Hommage a Jean-Jacques De Felice

Publié: 19 mars 2011 dans Uncategorized

Hommage a  Jean-Jacques De Felice

Les Algériennes et Algériens viennent de perdre en Jean-Jacques De Felice un ami très cher, un allié de toujours, d’hier et d’aujourd’hui, et un témoin vigilant et incorruptible.

Je présente mes condoléances les plus attristées et amicales à sa famille, ses amis et aux dirigeants et militants de la Ligue des Droits de l’Homme.

Jean-Jacques fait partie des Françaises et Français qui ont soutenu les longues luttes d’émancipations politiques et sociales depuis la fin de la première guerre mondiale … et auxquels j’exprime mes hommages les plus profonds.

Permettez-moi d’évoquer la mémoire Claude Bourdet, figure emblématique de la résistance française et d’une gauche sincère et conséquente. Sa solidarité anticoloniale reste marquée par l’enquête réquisitoire qu’il avait publiée sur la généralisation de la torture en Algérie, au lendemain de la terrible répression militaro-policière à Sétif et Guelma … sous le titre « Existe-t-il une gestapo en Algérie ? « .

Par ailleurs, sans oublier son texte sur le poids politico-médiatique « des lobbies de la grosse colonisation en Afrique du Nord » et leurs complots permanents pour torpiller les projets de réformes gouvernementaux si minimes soient ils, et ainsi empêcher toute évolution graduelle et pacifique des pays maghrébins vers leur indépendance. Il introduira et soutiendra le mouvement nationaliste dans les conférences de solidarité anti-coloniale. Une manière de rendre ses dirigeants conscients de la nécessité de faire jouer les courants de solidarité pour soutenir le mouvement national algérien. Le député MRP, libéral de droite Fonlup Espéraber, il s’est illustré par des campagnes de dénonciation du nouveau gouverneur Naegelen, responsable de falsifications électorales, il lui a collé « les Elections à l’Algérienne » comme une tunique de Nessus fabriquées par l’usage massif des fraudes et des répressions sanglantes.

Pratiques, d’ailleurs, hélas ! Toujours et encore en honneur aujourd’hui, depuis la confiscation de l’indépendance et du droit à l’autodétermination des Algériennes et des Algériens par une interminable gouvernance crypto-stalinienne.

De nombreuses figures anticoloniales : journalistes, avocats, démocrates de gauche et de droite militants politiques pour ne citer que Robert Barra, Germaine Tillon, Pierre Bourdieu, Jean-Paul Vernant, Jean Lacouture, Pierre Vidal-Naquet qui recevront de plein fouet la tragédie de la guerre de reconquête ; ils affronteront les terribles épreuves de la guerre coloniale en dénonçant les dérives totalitaires des répressions policières et des opérations militaires. Peu nombreux, certes, mais ils refusaient que l’Etat français se déshonore en torturant et tuant femmes et hommes qui combattaient pour leur liberté nationale et le respect des droits humains.

C’est exactement pour les mêmes valeurs que Me Jean-Jacques De Felice s’est engagé pour assurer la défense des compatriotes algériens livrés aux répressions sauvages, au règne de la responsabilité collective et de l’illégalité. Grâce à son courage et ses convictions morales et politiques, il a défié les pressions fascisantes qui pesaient sur les avocats.

L’assassinat de Me Ould Aoudia ayant été un avertissement contre les défenseurs de « terroristes ».

C’est exactement pour les mêmes idéaux démocratiques et des droits de l’homme que Jean-Jacques, après l’accession de l’Algérie à l’indépendance, ne s’en sera pas tenu à la solidarité anti-coloniale.

Il ira plus loin par delà une solidarité anti-coloniale, sans dérobade ni complexe. L’engagé d’hier ne se désengagera pas dans son soutien aux forces de la modernité et de l’Etat de droit. Il ne fera pas l’impasse sur les dérives catastrophiques des putschistes, accomplies au nom de la  » révolution » dans le style rétrograde des nationalismes fascisants et staliniens du 20ème siècle.

Face à la sale guerre, il n’a jamais cédé à l’indifférence, à la légèreté laïciste, et aux campagnes de manipulations et de désinformation qui ont banalisé et crédibilisé les thèses les plus saugrenues de la junte militaro-policière…jusqu’à faire croire aux fictions du suffrage universel, voire à l’existence d’une constitution légitime. Depuis qu’au lendemain du referendum d’auto-determination une clique miltaro-policière imposa à l’Assemblée Nationale Constituante une constituante trafiquée dans un cinéma. en 1962.

Jean-Jacques n’était pas dupe, il évoquait devant moi comment le FIS devait être perdant aux vraies premières élections législatives qui devaient avoir lieu en juin1991, la loi électorale et le découpage des circonspections ayant été préparés, sans par Mouloud Hamrouche, le 1er ministre qui avait ouvert le pays à la démocratie. Il savait donc la déroute assurée des radicaux islamistes, autrement dit, une solution démocratique par excellence et au surplus sans effusion de sang. Or, le 5 juin 1991, les panzers de l’armée occupent la capitale et le chef du gouvernement sera limogé. Le Cabiner Noir fera alors passer le FIS à la 2ème élection législative. Episode idéal visant à justifier le coup d’Etat militaire du 11 janvier 1992 qui devait enterrer définitivement l’ouverture démocratique. C’est à ce moment que le frère De Felice a percé la tragédie algérienne piégée par les mensonges et les manipulations dignes des systèmes totalitaires.

Ce faisant, a-t-il rompu ainsi avec un consensus de complicités occidentales, confortables et sans gloire, pour renouer avec cette solidarité qui ne nous a jamais fait défaut dans les pires moments. Comme pendant les années de braise, ils ne pouvaient mettre en balance, d’un côté les souffrances et la détresse d’un peuple qui se voit dépouillé de ses idéaux et d’une résistance très chère payée et de l’autre des groupes d’imposteurs qui ont confisqué son droit à la paix à une vie digne et heureuse.

Vos attitudes Jean-Jacques étaient tout sauf banales. Elles nous ont été incroyablement précieuses pendant notre résistance à la dictature. Tous ceux et celles qui refusent d’être dupes ont contribué à empêcher que les 200 000 morts de la décennie 90 soient engloutis dans cette indifférence généralisée qui fait de l’Algérie un pays à part, une sorte de trou noir où les valeurs universelles n’ont plus court, une Omerta à l’exemple de celle qui, dans les années 1930, avait été complice de la destruction de le république espagnole.

Vous restiez toujours disponible pour faire en sorte que le peuple français ne méprenne pas sur les enjeux réels d’un pouvoir mu par une obsession : que la France continue à cautionner une politique d’oppression et de régression afin d’empêcher toute solidarité avec celles et ceux qui, en Algérie, n’ont pas renoncé.

Merci Jean-Jacques d’être resté VOUS.

Le 28-11- 2008

Hocine Ait-Ahmed

 

 

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