Une réunion interdite : l’histoire du Maghreb d’Alger à Oujda

Publié: 19 mars 2011 dans Construction Maghrébine

Une réunion interdite : l’histoire du Maghreb d’Alger à Oujda

Un colloque à caractère scientifique marquant le cinquantième anniversaire de la rencontre de Tanger devait se tenir à Alger le 27 avril 2008. Le programme prévisionnel des interventions, la liste des participants, les dispositions techniques, et les modalités d’accueil des personnalités invitées étaient pratiquement finalisés. Sans explication, un des membres du Comité de préparation a reçu l’ordre d’interrompre sine die les préparatifs de cet événement.

L’autorité qui a transmis cet ordre sans appel est inconnue.

Les marocains ont heureusement maintenu leur initiative et ont créé les conditions pour que leur commémoration de la rencontre ait lieu avec plus d’éclat compte tenu de l’annulation imprévue du colloque algérois. La tenue d’une réunion à Oujda est un désaveu cinglant pour les autorités d’Alger. Il est vrai que ces autorités, n’ayant pas fait preuve en l’occurrence d’une grande dignité, ne sont pas à une humiliation près. Et pour ajouter le ridicule à l’indécence, on apprend que Abdelaziz Belkhadem, chef du gouvernement qui a interdit la réunion d’Alger, participe à celle qui se tient au Maroc…

L’interdiction de la réunion d’Alger en dit long sur les mœurs et la conception de l’histoire de ceux qui commandent à la destinée du peuple algérien. Aucune raison politique circonstancielle ne peut justifier cette décision : il s’agissait avant tout de manifester la fidélité à la mémoire et d’apporter le témoignage de ceux qui ont participé à la rencontre de Tanger et qui sont encore vivants. Il s’agissait d’une rencontre mêlant témoins et historiens destinée à transmettre aux jeunes générations le message d’unité qui avait fondé en grande partie le combat pour les indépendances.

Que penser de cette interdiction, en effet ? Elle n’est, en tout état de cause répétons le, aucunement justifiable par les aléas contemporains qui affectent les relations d’Etat. Toutefois, cette décision révéle crûment l’état des libertés dans l’Algérie de 2008. Cinquante après, si l’objectif des indépendances formelles a été atteint, celui des libertés démocratiques, de l’Etat de droit et de la pleine citoyenneté est loin d’avoir été réalisé.

La lettre de Monsieur Abdelhamid Mehri que nous reproduisons ci-dessous expose clairement l’incompréhension d’un des derniers témoins de la rencontre fondatrice de Tanger.

Algeria-Watch


Abdelhamid Mehri, Alger le 15 avril 2008

A son excellence, monsieur le président de la République, le frère Abdelaziz Bouteflika

Monsieur le président

Salutations à la hauteur de votre statut et de votre militantisme.

J’ai participé, depuis deux mois ou plus, avec les frères Abdelmadjid Chikhi, Directeur Général du Centre National des Archives et le Docteur Amine Zaouï, Directeur de la Bibliothèque Nationale, à la préparation d’un colloque historique à caractère scientifique se rapportant au cinquantenaire de la Conférence de Tanger qui a regroupé, en Avril 1958, les Partis qui ont conduit la bataille des indépendances en Tunisie et au Maroc et le Front de Libération Nationale algérien.

Le frère Abdelmadjid Chikhi a été chargé de prendre les contacts nécessaires et d’assurer la coordination avec les structures officielles qui, comme il est d’usage, s’occupent de ce genre de manifestations. Je pense qu’il a accompli cette mission.

J’ai été informé hier, 14 avril 2008, que des instructions fermes, dont je ne connais pas la source, ont été signifiées aux deux Institutions citées plus haut afin d’interrompre l’ensemble des dispositions et préparatifs de ce colloque et à renoncer définitivement à sa tenue.

Je pense, Monsieur le président, que vous imaginez bien l’ampleur de la surprise, du choc et de l’embarras provoqués par cette décision et la gravité des interrogations qu’elle suscite. Il n’est guère besoin d’un surcroît d’explications, vous êtes, par votre passé et par votre position, suffisamment instruit pour percevoir toutes les dimensions de ces questions.

Avec mes sincères salutations et respects fraternels

Abdelhamid Mehri

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