» Al-Qaida au Maghreb « , ou la très étrange histoire du GSPC algérien

Publié: 25 mars 2011 dans analyse & opinion

 » Al-Qaida au Maghreb « , ou la très étrange histoire du GSPC algérien

par François Gèze et Salima Mellah, Algeria-Watch, 22 septembre 2007

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Résumé

Créé en septembre 1998, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) a progressivement supplanté les  » GIA  » sur la scène du  » terrorisme islamiste  » en Algérie. D’abord cantonné dans une seule région du pays (la Kabylie), où il était relativement peu actif, il a acquis une notoriété internationale avec l’enlèvement d’une trentaine de touristes européens au Sahara, au premier semestre 2003. Depuis lors, il a multiplié attentats et actions armées dans le nord du pays, ciblant principalement les forces de sécurité, puis des civils et des cibles étrangères, au point d’être considéré comme une menace majeure en Europe, par ses  » réseaux dormants  » prêts à perpétrer des attentats meurtriers. Une menace confirmée par le ralliement du GSPC à Al-Qaida en septembre 2006 et sa transformation, en janvier 2007, en  » Organisation d’Al-Qaida au Pays du Maghreb islamique  » (AQMI).

Dans cet article, nous montrons que l’exploitation rigoureuse et critique des nombreuses  » sources ouvertes  » disponibles sur le GSPC algérien (sites Web de l’organisation, articles de la presse algérienne et de la presse occidentale), combinée à l’analyse des singularités du régime algérien depuis 1962, ne laisse place à aucun doute : le GSPC est une création des services secrets de l’armée algérienne, le Département de renseignement et de sécurité (DRS, ex-Sécurité militaire), dont les chefs contrôlent, depuis la guerre civile des années 1992-1999, la réalité du pouvoir. Derrière la façade civile du président Abdelaziz Bouteflika, élu en 1999 et réélu en 2004, le  » terrorisme résiduel  » du GSPC est un de leurs instruments pour consolider leur mainmise sur les richesses du pays et pour se légitimer auprès des puissances occidentales, en particulier auprès des États-Unis grâce à l’adhésion à la  » Global War on Terror  » de l’administration Bush.

Exposant la chronologie, en cinq phases successives, de l’histoire du GSPC de 1998 à 2007, nous expliquons pourquoi l’intensification de ses actions terroristes depuis 2006 s’explique par celle de la lutte des clans au sein du pouvoir pour le contrôle de la manne pétrolière (considérablement accrue par l’envolée des prix des hydrocarbures) : celui du général Mohammed  » Tewfik  » Médiène, chef du DRS depuis 1990, a vu sa prééminence contestée par le  » clan Bouteflika « , qui conteste l’alliance privilégiée nouée avec les États-Unis pour l’exploitation des hydrocarbures par le  » clan Tewfik « . D’où le choix de ce dernier, pour déstabiliser le clan adverse, de multiplier les actions terroristes du GSPC-AQMI, y compris contre des cibles étrangères. Et de préparer, après cette acmé de terreur, une éventuelle relève de ce groupe armé de plus en plus discrédité.

Table des matières

Une information aux sources très orientées

Des GIA au GSPC : de la terreur généralisée à la terreur sélective

GIA, action psychologique et massacres de masse

1999 :  » concorde civile  » et renouvellement de la  » façade démocratique  »

Première phase (1998-2002) : la constitution du groupe

Le GSPC, héritier direct des GIA

La paradoxale implantation du GSPC en Kabylie

Le curieux parcours de Hassan Hattab

Deuxième phase (2003) : l’affaire des otages du Sahara

Un très étrange enlèvement

Une opération made in DRS, pour justifier l’implantation militaire américaine au Sahel

Troisième phase (2003-2004) : la mutation du GSPC

Le surprenant parcours d’Abderrazak El-Para,  » islamiste  » made in DRS

2004 : la fin du GSPC  » première manière  » et le nouvel émir national Abdelmalek Droukdel

Quatrième phase (2004-2007) : du GSPC à  » Al-Qaida au Maghreb « 

Un combat d’abord cantonné à l’Algérie

2002-2004 : les  » preuves  » très fragiles de l’allégeance du GSPC à Al-Qaida

Juin 2005 : l’attaque par le GSPC de la caserne mauritanienne de Lemgheity

L’affiliation à Al-Qaida et la menace du GSPC contre la France

Cinquième phase (2006-2007) : le GSPC instrument de la lutte des clans au sommet du pouvoir

Les fissures au sommet du pouvoir et l’affaire Brown & Root-Condor

Mars-avril 2007 : attentats terroristes et messages codés

Vers la fin du GSPC et de la lune de miel algéro-américaine ?

Conclusion : comment en finir avec le GSPC-AQMI-DRS ?

Annexe : chronologie du GSPC (1998-2007)

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