Sectes et manipulation mentale

Publié: 29 mars 2011 dans Académie Politique

Sectes et manipulation mentale

Méthodes et techniques utilisées

Cette page est la suite de : Sectes et manipulation mentale

On peut distinguer quatre grandes phases : l’approche, la séduction, la persuasion, l’aliénation.

Approche

Approche séductrice ou suscitant la curiosité

Exemples :
– programmes de développement personnel,
– activités humanitaires, écologiques, culturelles et éducatives,
– médecines alternatives,
– psychothérapie,
– ésotérisme…

 

Détection des adeptes potentiels

Ils sont choisis pour leur caractère fragile :
– repérage du caractère dépressif par un test, une consultation, une discussion,
– exploitation de l’échec scolaire, professionnel ou sentimental,
– ciblage sur les personnes en chômage, en deuil.

 

Séduction

Multiplication des promesses

On fait miroiter l’espoir de s’en sortir, de guérir, de résoudre les problèmes de chacun, d’atteindre le bonheur, d’être sauvé d’un péril imminent…

 

Flatterie

On affirme au futur adepte qu’il dispose d’importantes potentialités… mais qu’il ne peut y accéder qu’au sein de la secte. On le félicite, on le glorifie en s’appuyant sur le besoin d’estime et de reconnaissance de soi des êtres humains.

 

« Bombardement » d’amour ou d’amitié

Le but est de donner au futur adepte l’impression qu’il a enfin découvert sa « vraie » famille et qu’il ne sera plus seul.

 

Sentiment de puissance et de faire partie de l’élite

L’adepte a accès, au sein du groupe, à des connaissances secrètes, extraordinaires dont ne peut disposer le commun des mortels. Ces connaissances sont réservées aux initiés, aux « élus », dont il fait bien évidemment partie. Dans la secte, l’adepte a le sentiment d’être du bon côté et de pouvoir être « sauvé ».

 

Langage secret, codé, mystérieux

Le vocabulaire des sectes utilise des mots détournés de leur sens réel, souvent faciles à retenir. Intérêt d’un langage spécifique : – servir de signes de reconnaissance,
– être un moyen mnémotechnique pour retenir la doctrine de la secte,
– isoler les membres de la secte du reste du monde,
– renforcer le sentiment d’unité,
– conforter l’adepte dans l’idée de faire partie d’une élite.

 

Croire agir pour une « bonne cause »

Il est, en effet difficile, de rejeter ce qui semble être une bonne cause, surtout quand l’adepte entre dans une phase « d’engagement passionnel » au sein de la secte comme après une rencontre amoureuse. Mais, peu à peu, tous les « moyens » deviennent bons pour défendre la « bonne cause » : mensonges, manipulations, truquages, désinformations, vols, détournements de fonds, abus de biens sociaux, espionnage, infiltrations, intimidations, menaces, chantages, voire meurtres, attentats, suicides collectifs…
Il s’agit sans doute-là d’un des leviers les plus forts et les plus dangereux de la manipulation car il permet de réduire, voire de faire disparaître les barrières morales des adeptes.

 

Persuasion

Système de « Vérités » simplificatrices et réductrices

Ces vérités sont présentées comme scientifiques et incontestables par l’utilisation d’un raisonnement d’apparence bien construit, utilisant éventuellement des impostures, de fausses preuves, des trucages, des mises en scène, de faux témoignages, des sophismes… Dans certains cas, la « Vérité » peut être gardée secrète, ce qui permet à la secte ou à son gourou d’échapper aux critiques extérieures.
L’adepte, en bénéficiant de cette « Vérité », est censé devenir plus « lucide », plus clairvoyant ou posséder un « état supérieur de conscience ». Grâce à elle, il n’a plus de doute, car il a réponse à tout.

 

Utilisation du mensonge

Le véritable contrôle mental ne peut s’exercer sans mensonge avéré, au moins sur les finalités réelles de la secte. Les auteurs de ces mensonges mentent par action ou par omission. Après coup, la secte ou son gourou prétendra ne pas avoir tout dit sous prétexte que cela n’aurait pas été compris ni accepté par un non-initié.

 

Empêchement du questionnement personnel

Le chef de la secte ayant reçu une « révélation », une « illumination », il est vain pour l’adepte d’essayer de réfléchir par lui-même, il doit se laisser guider et sera ainsi plus à même de comprendre la « Vérité ».
Un autre moyen d’y parvenir est de faire en sorte que l’adepte soit constamment occupé.

 

Utilisation des sentiments de peur et d’inquiétude

En jouant sur le besoin de sécurité de chacun, la secte convainc l’adepte que, sans sa protection, il encourt un malheur personnel ou risque d’être confronté à une future catastrophe, l’apocalypse, qui menace la société extérieure toute entière. Il ne peut quitter la secte, sans quoi il lui arrivera malheur.

 

Expérience affective de groupe

La secte utilise la propension des êtres humains à se conformer aux autres membres du groupe, à en intérioriser les règles, à se sentir membre d’une communauté. Il s’instaure une dépendance au groupe pouvant aller jusqu’à la fusion, avec le risque de perte de son identité et de ses émotions individuelles au profit de celles du groupe. La fusion au sein d’un groupe génère, selon les chercheurs, illusion, euphorie, excitation, états régressifs, baisse de l’activité intellectuelle, manque d’indépendance et d’initiative.

 

Aliénation

Emission d’instructions ou de messages contradictoires

Ces changements de direction ou d’attitude sont toujours expliqués de manière crédible. Il s’ensuit une confusion dans l’esprit de l’adepte quant aux valeurs de la secte, entre ce qui est autorisé ou non et un accroissement de son sentiment de culpabilité, de son indécision et par conséquent de sa soumission.
Pour la secte, cet ensemble de signaux contradictoires constitue un système de défense efficace en cas d’accusation.

 

Utilisation de psychothérapies

En détournant les psychothérapies de leur but pour en faire des moyens d’aliénation et non de transformation, les sectes parviennent à déstabiliser les adeptes par un travail de remise en question de leurs visions du monde extérieur et d’eux-mêmes. La relation privilégiée qui s’instaure entre le patient et le thérapeute et l’acquisition de nouvelles connaissances facilitent le remodelage de la personnalité.
Exemple de techniques de psychothérapies détournées par les sectes : analyse transactionnelle, Programmation Neuro-Linguistique (PNL), hypnose, sophrologie…

 

Confession publique

Révéler en public ses pensées les plus intimes provoque chez l’adepte des scrupules et des phobies qui vont dans le sens des « valeurs » de la secte et transforme sa conscience morale. La confession publique qui supprime toute intimité et renforce le sentiment de culpabilité, s’apparente à un « viol psychique ».
En outre des enregistrements audio ou vidéo peuvent être réalisés par les sectes. Ils constituent potentiellement des moyens de chantage sur des adeptes récalcitrants.

 

Disparition de l’inhibition

A l’issue de la confession publique, l’adepte peut être amené à abandonner toute pudeur, toutes valeurs morales ou toutes inhibitions sur certains sujets. Il s’agit là d’un moyen de l’impliquer davantage par rapport aux actes de la secte et à le faire adhérer à des thèses délirantes ou répréhensibles.

 

Vie sexuelle régentée

Elle peut faire l’objet de restrictions ou, au contraire de permissivité. Certaines sectes peuvent aller jusqu’au mariage imposé ou inciter à la pédophilie, voire à l’inceste.

 

Endettement

L’endettement de l’adepte envers la secte est un moyen de le rendre dépendant financièrement et de l’impliquer toujours plus dans ses activités.

 

Conditionnement à être de plus en plus à disposition de la secte

Ce conditionnement est obtenu par un effet d’entraînement mutuel du fait de la soumission à l’autorité, de l’ambiance, du semi enfermement, d’un emploi du temps très rempli, d’une nourriture pauvre et déséquilibrée, de la privation de sommeil, de la perte de la notion du temps, du jour et de la nuit, de la pratique de chants lancinants, tambourinés à un rythme proche des battements de coeur… Son état chronique de fatigue ne permet plus à l’adepte d’être en mesure d’analyser les situations dans lesquelles il se trouve et de les critiquer.

 

Règles intransigeantes imposées par une stricte hiérarchie

Sous prétexte de recherche de l’humilité, l’adepte doit demander la permission à une hiérarchie très structurée pour les actes les plus anodins. L’effet est de réduire progressivement le libre-arbitre et d’accroître la dépendance.

 

Rupture avec le milieu d’origine

Pour éviter les influences du monde extérieur qui est « ignorant » et qui peut compromettre sa « renaissance personnelle », l’adepte ne peut recevoir de visites, de lettres, de coups de téléphone…

 

Déracinement

Le déracinement géographique, culturel, linguistique, la privation des papiers d’identité, le changement de nom (en vue d’une « renaissance » spirituelle) coupent l’adepte de son ancien environnement, de son entourage et de tous ceux qui pourraient l’aider ou le soustraire de l’emprise de la secte.

Paranoïa

La secte invente des ennemis, des complots, des menaces extérieures réelles ou imaginaires. L’existence de ces menaces permet de resserrer les liens au sein du groupe et le conduit à agir en secret, à se replier sur soi.

Pierre Tourev, 21/04/2007

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s