Tunisie: élection d’une Assemblée constituante le 24 juillet

Publié: 29 mars 2011 dans actualité, Construction Maghrébine

Tunisie: élection d’une Assemblée constituante le 24 juillet

Marie Verdier, La Croix, 3 mars 2011

http://www.tunisiawatch.com/?p=4105

TUNIS — Le président tunisien par intérim Foued Mebazaa a annoncé jeudi soir, dans un discours télévisé à la nation, l’élection le 24 juillet d’un Assemblée constituante, chargée d’élaborer une nouvelle Constitution pour l’après-Ben Ali.

« Nous proclamons aujourd’hui l’entrée dans une nouvelle ère (…) dans le cadre d’un système politique nouveau qui rompt définitivement avec le régime déchu« , a déclaré M. Mebazaa.

Pour cela, des élections seront organisées le 24 juillet pour « la formation d’une Assemblée nationale constituante qui élaborera une nouvelle constitution« , a-t-il ajouté.

Il a ajouté qu’il resterait en poste au-delà de la date prévue du 15 mars pour assurer la transition jusqu’à la tenue des élections. (AFP – 03 Mars 2011)

La Tunisie s’achemine vers des élections le 24 juillet

Pour mettre fin aux tâtonnements du processus révolutionnaire, le président par intérim Foued Mebazaa s’est finalement rallié à l’idée d’élire une assemblée constituante. Il doit annoncer ce jeudi 3 mars au soir la date du scrutin

«La révolution tunisienne est une révolution spontanée sans leader, sans organisation, comme une fusée sans tête. » Par une simple image, Kais Saied, professeur de droit constitutionnel de l’université de Tunis, explique les errements et tâtonnements de la transition démocratique. C’est certain : un vent de liberté souffle sur le campus de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales où les cours ont repris début février, comme dans l’ensemble des établissements d’enseignement après deux ou trois semaines d’arrêt.

Cette révolution sans tête, tout le monde la revendique. «?Nous n’avons pas de figure charismatique et c’est tant mieux, elles ont été jusqu’à présent de la graine de dictateur, se réjouit l’économiste Abdeljelil Bédoui, tête pensante du syndicat UGTT. Évidemment, le coup d’État eut été la voie la plus radicale qui aurait évité les hésitations, poursuit-il en balayant d’un revers de main ce terme si peu dans l’esprit de la révolution tunisienne. On a choisi la voie civile beaucoup plus complexe. On souhaite respecter la légalité, mais le contexte révolutionnaire ne s’en accommode pas. Et légalité ne signifie pas légitimité. »

Du coup, à vouloir créer un contexte politique neuf mais soucieux de légalité, à vouloir rompre dans la continuité, la question du « qui doit faire quoi ? » est quotidiennement à l’ordre du jour. Qui devait être président par intérim ? Qui peut être ministre ? « Quand le premier ministre Mohamed Ghannouchi a démissionné dimanche, le gouvernement tout entier aurait dû tomber », s’étonne maître Abderrazak Kilani, bâtonnier de l’ordre national des avocats. Or, depuis lundi, les ministres ont démissionné à la queue leu leu, avant qu’un troisième gouvernement ne soit nommé par le nouveau premier ministre Béji Caïd Essebsi. Péripétie supplémentaire d’une transition qui se cherche tandis que la contestation de la rue ne faiblit pas.

Fausses notes

« À force de changer de gouvernement dans la précipitation, la frustration s’amplifie, commente Abdeljelil Bedoui. Il n’y a pourtant pas besoin d’être fin politicien pour comprendre que les circonstances requièrent de la concertation. » Alors pourquoi le président par intérim Foued Mebazaa et l’ancien premier ministre Mohamed Ghannouchi sont-ils restés sourds à la requête ? Maladresse, vieilles habitudes dictatoriales, incapacité à faire comprendre leur action ou volonté de ne pas changer ?

L’art du gouvernement de souffler le chaud et le froid a accentué le doute. D’un côté, il adopte une loi d’amnistie générale, de l’autre 19 des 24 préfets qu’il nomme dans un premier temps sont d’anciens du RCD, l’ancien parti du dictateur Ben Ali. « Le gouvernement n’a pas pris les mesures d’urgence qui s’imposaient, notamment dissoudre la police politique, ou remercier, voire sanctionner, la cinquantaine de juges notoirement corrompus. Seuls six d’entre eux l’ont été », déplore Me Kilani. En dépit de mesures d’ouverture, toutes ces fausses notes ont laissé penser que les tenants de l’ancien régime étaient toujours aux commandes.

« On a perdu beaucoup de temps », poursuit-il. Et pendant ce temps, le pays s’est mis à tanguer. Des grèves tournantes continuent à paralyser des villes, des jeunes venus des différentes régions ont réinstallé, le 20 février, leur campement devant le gouvernement, place de la Kasbah à Tunis. Les révolutions en Égypte et en Libye ont donné un second souffle aux Tunisiens bien déterminés à crever l’abcès et aller jusqu’au bout de leur révolution.

« Beaucoup d’armes et d’argent circulent »

« Beaucoup d’armes et d’argent circulent, des adolescents ont été achetés pour casser », affirme le juriste Yadh Ben Achour, qui préside la commission de la réforme politique, chargé de préparer les premières élections libres de l’histoire du pays et est donc, à ce titre, le véritable pivot de la naissance de la Tunisie nouvelle. Les forces contre-révolutionnaires profitent du flou pendant lequel tous les jeux restent ouverts. Les images de vitrines pillées et de cafés éventrés le week-end dernier ont fait le tour du monde.

Montrer une Tunisie qui sombre dans le chaos était manifestement le but poursuivi par les fauteurs de trouble. « Les forces révolutionnaires n’ont aucun intérêt à casser, elles font valoir pacifiquement leurs revendications » à la Kasbah ou à la coupole d’El Menzah, lieu de rassemblement depuis lundi de ceux qui se définissent comme « la majorité silencieuse » pour s’opposer au vide politique et au chaos qui guette le pays, justifie Abdeljelil Bédoui. Lundi, la bourse de Tunis a suspendu ses transactions pour trois jours. « L’armée elle-même s’est déclarée inquiète », affirme Me Kilani.

Le conseil de protection de la révolution, créé à l’instigation de l’ordre des avocats et du syndicat UGTT et réunissant diverses formations politiques et de la société civile, a donné de la voix mardi. « Mais qui sont-ils pour s’autoproclamer gardiens de la révolution ? », s’énerve l’écrivain Hélé Béji. « On ne veut pas des personnes, on veut des institutions », clame Seif Nsiri, jeune chômeur de Sidi Bouzid, qui campe à la Kasbah. « Il y a une grave crise de confiance, personne ne peut se prévaloir de la légitimité populaire », explique Kais Saied.

L’option d’une assemblée constituante

Selon Yadh Ben Achour, ce conseil devrait être fondu avec la commission de la réforme politique dans un nouveau comité. Le juriste le plus important de Tunisie a cependant bon espoir que le président par intérim fasse baisser la tension. « Foued Mebazaa va annoncer ce soir aux Tunisiens l’élection, le 24 juillet prochain, d’une assemblée constituante », explique-t-il à La Croix. Elle sera chargée d’élire un président, de nommer un gouvernement et de préparer une nouvelle constitution, laquelle remettra les compteurs à zéro pour préparer de nouvelles élections conformes aux choix constitutionnels.

« L’actuelle Constitution et le régime présidentiel sont le symbole du despotisme avec lequel les Tunisiens veulent rompre », justifie Kais Saied. Après avoir résisté, le gouvernement a fini par se rallier à cette option d’assemblée constituante qui a émergé dans la société tunisienne. Prête à faire un grand saut dans l’inconnu. « On est comme un pilote qui va atterrir dans la tempête, cela ne marche pas à tous les coups », reconnaît Yadh Ben Achour.

En attendant cette assemblée constituante au profil totalement imprévisible, Tunis se relaxait hier après des jours de forte tension. À la Kasbah, certains pensaient démonter leur campement. « On a quasiment gagné, mais ce n’est pas encore le moment de la fête même s’il faut progresser dans la joie », résumait Ezzeddine Hazgui, enseignant retraité qui fut le premier à s’opposer à Ben Ali en ayant voulu se présenter contre lui, à l’élection présidentielle de 1989.

 

 

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