l’Algérie vit un printemps social sans ouverture politique

Publié: 3 avril 2011 dans actualité

l’Algérie vit un printemps social sans ouverture politique

Les politiques n’ont pas fait jonction avec la contestation sociale

L’Algérie vit au rythme des grèves et des sit-in de protestation. Les étudiants, les gardes communaux, les médecins, les cheminots, les enseignants contractuels et…les comptables sont montés au créneau et ont obtenu, pour la plupart, gain de cause. Les autorités ont choisi d’alimenter un printemps social pour gagner du temps sur le front politique. Un message que les corporations ont bien compris. L’opposition politique n’a pas pu en profiter pour faire jonction avec les radicales d’entre elles.

Les mouvements sociaux se sont montrés plus convaincants que les initiatives politiques, type CNDC, pour faire aboutir leurs revendications durant ce mois de mars. Les enseignants contractuels dont les revendications d’intégration en tant que titulaires dans le corps de l’Education, remonte à plus de 10 ans, sont en passe d’obtenir leur concrétisation. Le Palais présidentiel d’El Mouradia a donné instruction au ministre de l’éducation nationale pour répondre aux doléances des protestataires qui ont assiégé plus d’une semaine durant la place d’El Mouradia, non loin du bureau présidentiel. Les gardes communaux ont aussi imposé leur volonté. Ils ont fait, également en ce mois de mars, une véritable démonstration de force devant le siège de l’Assemblée populaire nationale (APN). Ce corps de sécurité écrasé, depuis sa création en 1995, sous le poids de l’invective populaire et du mépris des autorités, a su forcer le bras au pouvoir. Le mois d’avril qui débute est tout aussi chargé en tensions. Les paramédicaux vont revenir à la grève illimitée, leur débrayage de début mars n’ayant pas donné de résultats, aux yeux de leurs représentants syndicaux. Ils rejoindraient ainsi les docteurs résidents, en grève depuis une semaine. Les mouvements de contestations sociales ne sont pas restés confinés à la fonction publique. Ils menacent de s’étendre dans le secteur économique dans les semaines qui viennent. Ainsi, les cheminots qui ont réussi à amener leur employeur, la SNTF, à prendre en considération leurs revendications salariales, sont sur le qui vive, dans l’attente des résultats concrets. De même à SNVI Rouiba, ou une forte mobilisation a posé le problème de la gouvernance d’entreprise et avance vers des échéances de crise dans les jours prochains. Des mots d’ordre de grève prolifèrent aux quatre coins du pays. Des travailleurs de Sonatrach, premier contribuable de l’Etat, sont en grève sur plusieurs sites de production, dans le sud. Le gisement gazier de Hassi R’mel, exploité en solitaire par Sonatrach, est menacé d’arrêt si un accord ne survenait pas dans les prochains jours.

Le recul face à l’informel comme un signal

Les mouvements sociaux s’intensifient. L’Etat algérien a, face aux émeutes de la jeunesse de début janvier dernier et à la montée de la révolution démocratique chez les voisins arabes fait le choix de multiplier les signaux d’ouverture… sociale. Les vannes ont été ouvertes aux chômeurs désireux de monter leurs propres entreprises. Les banques publiques, jusqu’ici exagérément réticentes et intraitables, ont été sommées de financer les projets des jeunes promoteurs dans le cadre des dispositifs Ansej et Cnac. Dans la même logique, le gouvernement a été contraint de faire des concessions stratégiques au profit des barons de l’informel. L’obligation de l’usage du chèque est tout simplement abandonnée et le commerce de trottoir est plus que jamais autorisé. Selon les déclarations du premier ministre, Ahmed Ouyahia, invité d’un talk show à la télévision nationale mercredi dernier, les barons de l’informel ont été derrière les émeutes qui ont emmaillées plusieurs régions du pays en janvier dernier. Un aveu de faiblesse face à une sphère qui contrôle de 20 % à 30 % des circuits économiques du pays. Ces «signaux» ont sonné le top départ pour la montée des revendications catégorielles pour de nombreuses corporations, réputés dociles, à l’instar des agents communaux ou même des journalistes. Les journalistes de l’audiovisuel ont tenu un sit-in pour réclamer leur statut et menace de faire grève dans les jours à venir.

L’opposition politique n’en profite pas

Les concessions en rafale sur le front social n’ont pas seulement un prix, socialement utile, en dinars pour le trésor public. Elles permettent au pouvoir algérien de gagner du temps sur le front politique. Le président Bouteflika n’a toujours pas fait, à l’exclusion de la levée de l’Etat d’urgence, de concession d’ordre politique bien que le chef de l’Etat ait annoncé des « changements imminents et globaux» sur ce volet. L’ouverture du champ politique et audiovisuel – au sens de fin de monopole public sur l’audiovisuel – n’est toujours pas à l’ordre du jour du gouvernement. La mise en place d’une assemblée constituante, suggérée par Hocine Ait Ahmed et Abdelhamid Mehri, respectivement président du FFS et ancien SG du FLN, ne sont pas prise en compte par les actuels maîtres d’Alger. Et pour cause, les « forces » de l’opposition politique n’ont pas réussi à démontrer un important ancrage populaire, la répression policière n’arrangeant rien aux choses. L’échec des marches auxquelles a appelé la CNDC (coordination nationale pour la démocratie et le changement), notamment dans sa version unitaire du 12 et du 19 février, avant la scission aura été de ne pas avoir réussi à faire jonction avec ce bouillonnant mouvement social, plein de promesses politiques. Pourtant, tous les algériens qui se sont mobilisés ces dernières semaines, ne l’ont pas fait pour obtenir uniquement des salaires plus élevés. La grande mobilisation étudiante était à la lisière de la corporation et de la revendication démocratique. Les étudiants ont obtenu satisfaction concernant l’abrogation du décret portant équivalence des diplômes entre le système LMD et le système classique. Une victoire arrachée de haute lutte, après plusieurs semaines de grève et de sit-in devant le siège du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Mais qui n’a pas succombé à la tentation de profiter des marches du samedi, pour élargir la sphère de la lutte. Une tentation pas tout à fait éteinte, une frange des comités étudiants appelle à une marche nationale à la mi-avril, après la rentrée universitaire. Le printemps pourrait alors ne pas rester « que » social.

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