Igrek, rappeur et fils d’Ali Mécili « Le combat d’Ali Mécili n’a pas été oublié par le peuple algérien »

Publié: 7 avril 2011 dans actualité, Affaire Mecilli, culture, Hommage et commémoration
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C’est par l’écriture qu’il vient à la musique. Yalhane Mécili, le fils d’Ali Mécili, assassiné à Paris le 7 avril 1987, emprunte aujourd’hui le rap pour dire sa colère, sa perception du monde, sa douleur et ses espoirs. Sous le nom d’artiste d’Igrek, il compose des musiques et des textes qui savent trouver l’essentiel. L’une de ses chansons, « 90 % », en référence aux scores électoraux des dictatures, comme celui d’Abdelaziz Bouteflika, a été regardée par un nombre impressionnant d’internautes aux quatre coins du monde.

Pour TSA, Yalhane a accepté de parler de son parcours artistique. Il nous dit aussi que la démocratie est indispensable en Algérie pour qu’enfin la lumière soit faite sur l’assassinat de son père, au moment où on commémore le 24e anniversaire de la perte cruelle de ce grand militant de la démocratie qu’était Ali Mécili.

Votre père a consacré sa vie pour la démocratisation de l’Algérie avant d’être assassiné. Pensez vous qu’un jour la lumière sera faite sur cette élimination physique que la raison d’État ici et là tente d’occulter ?
Pour que toute la lumière soit faite sur l’assassinat de mon père et que la justice lui soit enfin rendue, il faudrait tout d’abord que le pouvoir algérien change fondamentalement de nature et devienne une vraie démocratie. Il faudrait également que la France réaffirme ses propres valeurs et cesse de soutenir un régime qui assassine ses opposants. Je rappelle qu’en 1987, l’assassin présumé de mon père très vite interpellé et mis en garde à vue, a été aussitôt expulsé en Algérie et ainsi durablement soustrait à la justice française. Aujourd’hui encore, à l’heure du « printemps arabe », la France, à travers la visite de l’ancien 1er ministre Jean Pierre Raffarin, vient de réaffirmer son soutien à un régime algérien de plus en plus menacé par un mouvement de révolte légitime. Cependant, je dois dire que même si tout a été fait politiquement pour étouffer cette affaire, j’ai quand même le sentiment d’une victoire. Grâce au travail de mémoire accompli par ma mère depuis plus de vingt ans avec le soutien de militants et d’amis fidèles, le nom d’Ali Mécili, et le combat qui fut le sien, n’ont pas été oubliés par le peuple algérien et résonnent aussi en France aujourd’hui.

Comment voyez-vous aujourd’hui le combat de votre père ?
Le combat de mon père était un combat pacifiste placé sous le signe de l’universalisme, pour la défense des droits de l’homme, pour la démocratie, la liberté et aussi pour l’identité amazighe. C’était un combat pour la libération de tout le peuple sous le joug d’une domination et mon père s’était par exemple beaucoup investi pour soutenir la lutte du peuple palestinien. Ce combat est toujours d’actualité aux quatre coins du monde, partout où sont encore en place des régimes autoritaires et, évidemment en Algérie, où 50 ans après l’indépendance, le peuple n’est toujours pas maître de sa destinée, demeurant soumis à un pouvoir qui le méprise. J’ajouterai que ce combat demeure aussi d’actualité dans nos démocraties occidentales qui, même si elles passent leur temps à donner des leçons au monde entier, ne sont pas toujours à la hauteur des principes qu’elles prétendent incarner.

Comment êtes-vous venu à la musique ?
Je suis venu à la musique par l’écriture. Enfant timide et réservé, l’écriture m’a servi très tôt d’exutoire et m’a permis d’exprimer tout ce que je ne disais pas. J’écrivais des poèmes dans ma chambre avant de découvrir le rap au début des années 1990. J’ai tout de suite accroché à ce genre musical et surtout au contenu des textes qui, en plus de délivrer un message social, politique et contestataire, avaient une dimension poétique. On sentait qu’une génération était en train de se lever et, avec elle, une très grande énergie créatrice, toute cette génération que l’on retrouve sur la compilation mythique « Rapattitude ». J’ai monté mon groupe « Reflet » en 1995, on a fait des maquettes à n’en plus finir, des concerts et puis on a sorti un album « Asile poétique » en 2009 sur Internet.

Je me suis lancé en solo il y a 2 ans environ, j’ai commencé à écrire des textes plus intimes, à développer des thèmes plus personnels et ça a débouché sur mon album intitulé « Le meilleur des mondes », sorti en janvier 2011. Je me suis fait connaître avec le morceau « 90 % », en référence au dernier score de Bouteflika aux présidentielles. Ce morceau, qui critique sévèrement le pouvoir algérien dont le président n’est que l’incarnation, a fait un petit buzz. Mais j’aborde aussi beaucoup d’autres thèmes dans cet album, comme l’individualisme, le consumérisme, l’indifférence, la guerre du tous contre tous, le capitalisme mondialisé et ses conséquences, l’immigration, l’exil… J’essaie de poser un regard critique sur le monde contemporain et d’en faire une sorte de synthèse en chanson, parfois avec gravité, parfois avec humour. J’essaie de prendre du recul par rapport à la société dans laquelle je vis. Toutefois, je ne prétends pas me situer au dessus de ce que je critique, sachant trop bien que j’en fais également partie.

Youcef Zirem

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