Lorsqu’on ouvrira cette lettre, se sera accomplie une destinée qui, depuis ma plus tendre enfance, n’aura jamais cessé de hanter mon esprit.

J’aurais pu mourir hier sous les balles des soldats de la colonisation, je meurs aujourd’hui sous des balles algériennes dans un pays que l’ironie de l’Histoire a voulu que je connaisse après l’avoir combattu les armes à la main.

Je meurs sous des balles algériennes pour avoir aimé l’Algérie.

Je meurs, parce qu’issu du plus vieux peuple du Maghreb, j’avais caressé le rêve de voir ériger ses antiques traditions démocratiques au rang d’institutions.

Je meurs seul, dans un pays d’indifférence et de racisme.

Je meurs pour avoir naïvement cru qu’il n’y avait qu’un seul socialisme: celui, qui, mettant fin à l’exploitation de l’Homme par l’Homme, met fin à l’exploitation des ventres creux.

Je meurs pour avoir naïvement cru qu’il n’y avait qu’une seule démocratie: celle qui, en assurant le respect des libertés fondamentales, redonne à l’Homme sa dignité et les moyens les plus appropriés pour épanouir sa personnalité.

Je meurs pour ne pas avoir accepté la compromission et le déshonneur dans lesquels se complaisent les plus grand nombre d’élites du Tiers Monde.

Je meurs pour ne pas avoir accepté le silence devant les cris des suppliciés qui hantent les cris des villas mauresques, naguère hauts lieux de pacification.

Je meurs pour avoir vu mourir l’Algérie au lendemain même de sa naissance et pour avoir vu bâillonner l’un des peuples de la Terre qui a payé le plus lourd tribut pour affirmer son droit à l’existence.

commentaires
  1. Benelhadj Mohamed dit :

    Pourquoi veux-tu me faire croire que tu es mort ? C’est moi qui suis mort, pas toi. J’ai été le premier que tu as appelé quand un voyou, un moins que rien, un petit maquereau, payé pour sa sale besogne t’a abattu alors que tu rejoignais à pieds ton domicile du Boulevard Saint Michel (cet appartement que tu venais de louer parce que justement tu craignais que le précédent fût « grillé »).
    Par la voix de Da L’ho, ce soir du 07 avril 1987, tu m’annonças que les balles assassines, trois au total, venaient de t’atteindre. Ces balles que tu attendais. Un soir, en rentrant chez toi. Tu te souviens ? Tu savais que les réseaux franco-barbouzards de Larbi Belkheir et de Charles Pasqua, la police de Hadi Lakhdhiri, et la police politique du général Lakhal Ayat, te coursaient.
    Chadli Bendjedid venait de valider le principe de ton assassinat.
    Tu sais, ils sont tous morts. Un cancer de ci-de là, un infarctus, une tuberculose. Les vers auraient refusé d’y goûter mais auraient fini par les dévorer. Les vers, c’est comme tout le monde. Nécessité fait loi. Alors les vers ont mangé Larbi Belkheir (sans ses milliards volés à l’Algérie), et Lakhal Ayat (sans ses milliards volés à l’Algérie) et El Hadi Lakhdhiri et cet idiot de Chadli, qui donna l’ordre parce qu’il avait peur que tes idées occupent son fauteuil de petit président à la petite cervelle.
    Il est mort ! Lui aussi ? Comment se peut-il ?
    Tu n’es pas mort Ali. C’est moi qui suis mort de ne les avoir pas tous tués. J’en ai rêvé, le sais-tu ? Pour te venger. Et puis, à chaque mort de chacun d’eux, je mourais aussi, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie.
    Ne dis pas que tu es mort. C’est nous tous qui sommes morts. Du chagrin de t’avoir perdu. De la honte de n’avoir pas su te recommencer.
    Mohamed Belhadj, ancien dirigeant du MDA.

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