Comment les « services » ont fait marcher Alger à l’occasion de la « révolution » arabe

Publié: 10 avril 2011 dans actualité, analyse & opinion
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Comment les « services » ont fait marcher Alger à l’occasion de la « révolution » arabe

10 avril, 2011

Il ne faut pas se leurrer, les cerveaux des «services» ne sont pas des rigolos. Ils sont nés grâce à Boussouf pendant la guerre de libération, à partir de la promotion Tapis rouge formée au KGB aux techniques violentes de subversion et de manipulation des foules. Ils ont fait des enfants encore mieux formés qu’eux. 50 ans d’expérience, excusez du peu. Peut-être sont ils aujourd’hui la seule police politique au monde, résidu de la guerre froide. Héritiers du KGB, de la Stasi et de la Securitate à la fois. Nauséabonds et professionnels, sans états d’âme.
En face d’eux, ceux qui ont cru faire marcher les Algériens, malgré l’interdiction du ministre de l’Intérieur, n’ont pas pris la mesure des forces en présence. Ils ont fini pourtant par se rendre à l’évidence : c’est eux qu’on a fait marcher car ils sont tombés dans le piège, à moins que …eux-mêmes étaient aux ordres.
En réalité le régime autoritaire qui règne en Algérie depuis l’indépendance a eu vraiment très peur quand le malheureux Bouazizi s’est immolé en Tunisie. Les «services» ont flairé le piège : Alger pouvait s’embraser à tout moment tant la contestation sociale avait atteint le niveau maximum, le peuple était à bout. Et alors fini des privilèges des nantis du pouvoir, des colonels et des généraux en retraite (ou en activité), de leur progéniture et de leurs affidés. Finie la corruption «à ciel ouvert», au vu et au su de tout le monde, sans vergogne, sans pitié pour ceux qui souffrent dans ce pays.
Les «naïfs» ont cru que les émeutes de rue de janvier correspondaient au début d’un mouvement révolutionnaire. Ils auraient pourtant du se méfier : un embrasement sur l’ensemble du territoire au même moment et surtout sans slogan politique et qui cesse inopinément. Seule une organisation structurée dans tout le pays pouvait déclencher un tel mouvement puis le stopper. Suivez mon regard. Mais non, les «naïfs» se sont crus en novembre 1954 et ils ont appelé à des marches. Ils n’ont pas compris qu’il s’agissait en réalité d’un contre feu, technique classique de pompier quand la forêt brûle. Une manière de neutraliser l’incendie qui menace.
Et, alors que Tunis, Le Caire, Sanaa, Damas, Bahreïn, Benghazi s’embrasaient, Alger, petit à petit, s’éteint malgré quelques soubresauts et aussi grâce aux manifestions de force de la police qu’ils ont provoquée. Coordination après coordination, CNCD après Barakat. Pschitt !
Seul le FFS a flairé le piège et s’est contenté de dire sa présence et sa force avec la solidarité des partis démocratiques maghrébins. Histoire de dire aux services « FAKOU !»
Aujourd’hui il y a le foot, l’année de Tlemcen (capitale islamique ? arabe ? régionaliste ?). Et les annonces d’un grand discours d’un Président aphone depuis de longs mois. Ah le foot, l’équipe nationale, la coupe d’Algérie, et puis le bac et puis le ramadhan. Et nous voilà en octobre, la rentrée scolaire et à nouveau confrontés à …nos malheurs: une inflation galopante, le chômage, un coût de la vie insupportable pour les pères de famille (nombreuse).
Les cerveaux des «services» (la boite noire) ont commencé à réfléchir à la stratégie à adopter à partir d‘octobre prochain. Boutef reste ? (détail), il y a des «hommes» pour le remplacer ou peut-être une femme d’ailleurs, pourquoi pas ? Un changement d’APN avec de nouveaux larbins cupides appelés députés, apparus après des élections truquées ? Quelques attentats en Kabylie, ou ailleurs, de quoi justifier un nouvel état d’urgence ? Les choix sont variés et la réflexion est en cours.
Et les Algériens continueront de souffrir en regardant le monde aller de l’avant, en se connectant à Internet ou à la télé parabolée, et sans eux. Sauf les nantis du régime, bien évidemment.
Aujourd’hui c’est l’heure des bilans pour les militants des droits de l’homme comme pour les militants politiques de la démocratie. Comme dit CAMUS, il s’agit pour le Sysiphe que nous sommes de remonter le rocher vers le sommet. Avec détermination, obstination et aussi l’espoir en des jours meilleurs.
Long est encore le chemin !

Posté dans Algérie Révolte
Par Kamel DAOUD, militant des droits de l’homme (LADDH)

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