Economie libyenne : le pétrole encore et toujours

Publié: 17 avril 2011 dans actualité, Economie, libye
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encore et toujours

L’économie de la Libye est totalement dépendante des revenus liés au pétrole. Son industrie n’est que peu développée et peu diversifiée. De plus, à l’instar de nombreux pays en transition vers une économie de marché, la Libye connaît des difficultés liées à la faiblesse institutionnelle du pays, à son cadre juridique peu adapté et aux rigidités de sa structure qui sont autant de frein face aux possibles réformes. Un troisième élément qui peut expliquer les difficultés que connaît le pays concerne les sanctions économiques internationales imposées par les Nations Unies entre 1992 et 1999 et par les Etats-Unis entre 1986 et 2006. Ces sanctions ont créé un isolement de la Libye par rapport au commerce international en décourageant les investisseurs étrangers dont une industrie pétrolière comme celle de la Libye a fortement besoin. Ces sanctions ont eu une influence considérable sur le secteur pétrolier, particulièrement sur les activités d’exportation et le développement de ce secteur. Kadhafi a régulièrement utilisé cet argument pour expliquer les difficultés économiques et sociales de son pays. Il estime que ces sanctions internationales lui ont coûté entre 24 et 28 milliards de dollars, ont affaibli le taux de croissance de son pays, ont provoqué un taux de chômage important ainsi qu’une inflation élevée.

Un faible renouvellement de l’appareil productif

La faiblesse de l’investissement étranger, mais également national n’a pas permis de nouvelles explorations. L’interdiction, depuis 1993, de vendre à la Libye tout matériel lié à l’industrie pétrolière a eu un effet dévastateur pour le pays. Le manque de pièce de rechange et donc l’entretien difficile ont ralenti la capacité de production du pays qui a baissé de 3,3 millions de barils par jour en 1973 à seulement 1,73 millions en 2007. Un expert pétrolier au Caire explique : «Même si la Libye a pu conserver son niveau de production autour de 1,5 million de barils par jour, il est devenu de plus en plus difficile et onéreux d’acheter des pièces de rechange sur le marché parallèle. Il existe un risque que la production chute brutalement. Ce serait dramatique pour le régime» . La levée de ces sanctions a permis à ce secteur de retrouver une certaine vitalité. Conscient des risques d’explosion sociale liés à une telle économie, le colonel Kadhafi a choisi de laisser sa fierté de côté et d’extrader les deux suspects des attentats de Lockerbie vers les Pays-Bas pour ainsi mettre fin à cet isolement. Cependant, si les Nations Unies annoncent rapidement la suspension des sanctions, la Libye continue à être isolé sur le plan international. Il reste encore trois importants dossiers à régler. Ce sont : les attentats, le terrorisme et les armes de destruction massive. Les Etats-Unis considèrent le régime du colonel Kadhafi comme un Etat terroriste depuis 1979, à cause du soutien qu’il a apporté à des organisations terroristes au Moyen Orient ou en Europe, ainsi qu’à des groups révolutionnaires d’Amérique latine. Cependant, la condamnation par Tripoli des attentats du 11 septembre 2001 comme la légitimité accordée de l’intervention américaine en Afghanistan vont donner une nouvelle dynamique à un rapprochement entre les deux pays.
Dès la levée de ces sanctions, le colonel Kadhafi a souhaité montrer au reste du monde que son pays avait changé, qu’il était devenu plus humain et n’était plus un pays révolutionnaire. Dans ce but, il a encouragé la Libye à se tourner vers les autres pays de son continent, ainsi qu’à accepter les investissements étrangers et à reprendre un dialogue avec les Etats-Unis. Il estimait que les pays arabes ne l’avaient pas assez soutenu durant ces années d’isolement international. C’est pour cette raison que, depuis 1997, Kadhafi a choisi de développer des relations avec des pays d’Afrique. Il a donc noué des liens étroits avec certains pays. Il a créé en 1998 la Communauté des Etats sahélo-sahariens.

Une économie basée sur le pétrole

La croissance de l’économie du pays est fortement liée au secteur énergétique. Le PIB suit l’évolution du prix du pétrole. Lorsque celui-ci augmente, le PIB fait de même. La croissance du PIB est estimée à 6,8 % en 2007 contre 5,6 % en 2006. Le pétrole est le moteur de la croissance nationale. Avec un prix du baril assez élevé, la dépendance de l’économie nationale au secteur pétrolier se renforce. En 2007, 99 % du revenu des exportations et 78 % des recettes publiques sont liées à ce secteur.
Pour diversifier son économie, la Libye devrait encourager la croissance dans d’autres secteurs que celui de l’hydrocarbure et créer de nouveaux emplois. Elle pourrait faciliter la transition vers une économie de marché en utilisant dans ce but les revenus du pétrole par un renforcement de la gestion des finances publiques, une plus grande transparence dans la formulation et l’exécution du budget et une bonne gestion des revenus liés au pétrole. Contrairement à d’autres pays, la Libye a une situation économique assez confortable pour lui permettre une telle transition tout en mettant en place des « filets de sauvegarde » lui permettant de réduire les coûts liés à l’ajustement à cette transition.
Pour passer à une économie de marché, il est aussi important de renforcer le secteur privé. Dans ce but, la Libye a rédigé, en octobre 2003, une liste de 360 entreprises, provenant de secteurs variés tels que l’acier, la pétrochimie, le ciment ou l’agriculture, potentiellement privatisables entre 2004 et 2008.
La Libye est un pays vaste. Sa surface équivaut à quarante fois celle de la Suisse. Cependant, il compte seulement un peu plus de 5 millions d’habitants. La population a été estimée à 5,32 millions lors du recensement de 2006. Le taux de croissance démographique, qui est en recul par rapport aux décennies précédentes, s’élève à 1,8 %. La part de la population âgée de plus de 15 ans est passée de 51 % en 1984 à 68 % lors du dernier recensement. Comme une majorité a moins de 20 ans, le marché du travail subit une pression importante, tout comme l’éducation et la santé.

Politique monétaire

En 1971, le dinar est sorti de la zone sterling. Depuis cette date, la politique de change de la Libye a beaucoup évolué. Le taux de change du dinar a continué à s’ajuster. La Banque centrale du pays avait mis en place une politique de change très active.
Il y a, jusqu’à aujourd’hui, quatre grandes phases caractéristiques dans le système de change libyen. Il y a d’abord eu, entre 1952 et 1986, la phase de l’étalon-or ; puis la phase de rattachement aux droits de tirage spéciaux entre 1986 et 1994 ; une phase avec deux taux de change fixes entre 1994 et 2001 et finalement le retour à un taux de change fixe et unique depuis février 1999. La Banque centrale de Libye (BCL) intervient fréquemment en dévaluant la monnaie dans le but de conserver un taux de change fixe.
Entre 2000 et 2004, le pouvoir d’achat a connu une amélioration importante en Libye, principalement grâce à l’unification des taux de change et aux mesures de libéralisation commerciale. Mais le désengagement de l’Etat, le développement du secteur privé, comme les pressions inflationnistes sont de réelles menaces. Selon des statistiques, 14 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Cependant, le nombre absolu de ces personnes est passé de 605 000 en 1993 à 739 000 en 2001.

De nombreuses avancées sociales

Selon le recensement de 2006, 30,7 % de la population occupe une activité sur le marché du travail. Bien que ce taux soit plus important que dans les années 1990, il reste bas par rapport à d’autres pays de la région. Son taux de chômage, bien qu’il y baissé ces dernières années, reste élevé. Il se situe à 14,8 % en 2006. Comme l’Etat emploi 60,5 % de la population, la transition vers l’économie de marché et ses conséquences au niveau social sera une étape cruciale à maîtriser. De plus, l’Etat a un rôle important dans la tendance à faire s’estomper les inégalités. L’Etat libyen apporte une aide importante en subventionnant et soutenant diverses aides sociales. Ce mécanisme peut être profondément altéré par une transition vers une économie de marché.
Des progrès sociaux importants ont été réalisés ces dernières années. L’espérance de vie à la naissance est passée de 63 ans en 1993 à 69 ans en 2004. Alors que le taux de mortalité infantile pour les moins de 5 ans est descendu de 16 % en 1970 à 1,9 en 2001. De plus en plus d’enfants sont vaccinés. Selon un rapport du PNUD, 99 % des enfants de moins de un an sont vaccinés contre la tuberculose et 93 % contre la méningite. Quant au taux d’alphabétisation, il a également considérablement augmenté. Le taux de la population analphabète est passé de 26,6 % à 18,3, alors que le taux de scolarisation atteint 94 % contre seulement 88 au milieu des années 1990. Depuis novembre 2007, la Libye occupe la 56e place mondiale et la première place africaine dans le classement des Nations unies. Elle est d’ailleurs passée d’un pays ayant un indice de développement humain moyen à un des 70 pays ayant un indice de développement élevé.
Bien que le pays possède plusieurs hôpitaux publics et centres de santé, dont les principaux se situent à Tripoli et à Benghazi, les années de sanction internationale ont débouché sur une détérioration de la qualité des services offerts. C’est pourquoi les Libyens possédant des capacités financières en-dessus de la moyenne se déplacent vers l’étranger et en particulier vers la Tunisie pour y subir des soins. Cependant, depuis 2002, le gouvernement libyen a décidé d’augmenter le budget de la santé dans le but d’en améliorer les services.

Bien que la Libye semble avoir réalisé des progrès considérables ces dernières années, sur les plans économique et social, il lui reste encore beaucoup à faire. Elle se doit avant tout de diversifier son économie, pour ne plus être totalement dépendante du pétrole, une ressource épuisable.

Eugénie Bron
Assistante de recherche

Sources :

Haddad, Saïd, « La Libye et l’Occident depuis 1999 : entre tropisme américain et ancrage euroméditerranéen », in Afrique contemporaine, Printemps 2004, pp. 179-196.

Martinez Louis, « L’économie libyenne à l’épreuve de la suspension de l’embargo », in Gongofi, Paola, Libia ogggi. I quaderni di Merifor. Sguardi sul Mediterraneo, 2005, Casa editrice il Ponte.

Martinez, Louis, « Libye : transformations socio-économiques et mutations politiques sous l’embargo », in Centre d’étude et de recherche internationale, juillet-août 1999, URL : http://www.ceri-sciencespo.com/archive/jaugust/artlmli.pdf

OCDE, Perspective économique en Afrique, 2008, URL : http://www.oecd.org/dataoecd/5/30/40570608.pdf

World Bank, Social and Economic Development Group, Middle East and North Africa Region, « Socialist People’s Libyan Arab Jamahiriya Country Economic Report », Report No. 30295-LY, July 2006

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