Réformer la réforme

Publié: 29 avril 2011 dans actualité, analyse & opinion

Réformer la réforme
Par Abed Charef
Lundi 25 Avril 2011

La réforme est une aventure très complexe visant à changer une situation difficile. Mais la réforme qui vise à préserver le statuquo est un art sublime que l’Algérie manie avec une rare dextérité, comme en témoignent les « profondes réformes » annoncées par le président Abdelaziz Bouteflika dans son discours du 16 avril.

Le chef de l’état a promis des réformes en profondeur, avec une révision de la constitution et de certaines lois, notamment celles qui régissent l’information et les partis. A priori, ceci devrait annoncer de véritables bouleversements politiques. Mais il n’en sera rien, car ces changements sont en fait destinés à conserver le statuquo actuel, avec un habillage plus moderne, tout en préservant les équilibres internes du pouvoir. Et si, par bonheur, cela permet d’endiguer la menace d’une « révolte arabe », d’amortir la colère de la rue et de séduire certains partenaires externes vaguement « droits de l’hommiste », ce sera autant de gagné.

L’expérience de l’Algérie en matière de réforme durant la dernière décennie est là, cruelle, pour confirmer que quand on parle de changement, on évoque en réalité une adaptation du réel aux exigences du pouvoir, sans rien changer dans le fond. On ne réforme pas pour améliorer la gestion du pays, mais pour adapter la situation aux capacités du pouvoir.

Ainsi, réforme-t-on l’université, non pour améliorer la formation, adapter le contenu pédagogique aux nouvelles découvertes, ou mieux préparer l’étudiant au monde de demain, mais on réforme l’université pour faire face au flux massif d’étudiants ; on ne réforme pas la constitution pour approfondir l’expérience démocratique, mais pour permettre à M. Bouteflika de briguer un troisième mandat ; on réforme l’entreprise pour permettre à la nouvelle bureaucratie de prendre un peu de pouvoir ; et on réforme même le football pour permettre aux présidents de club de devenir patrons d’entreprises privées vivant grâce aux subventions de l’Etat !

Du point de vue du pouvoir, le changement reste un concept banni. Ce qui est logique : changer, en Algérie, c’est d’abord changer de pouvoir, changer de dirigeants, conditions devenues nécessaires pour changer de forme de gestion. Ce changement est donc impensable, du point de vue du pouvoir. L’humour populaire l’a bien saisi, en traduisant cette situation par une formule devenue célèbre au début de l’année: en Tunisie, le peuple voulait changer de pouvoir ; en Algérie, le pouvoir voulait changer de peuple.

En Algérie, la réforme est donc perçue non comme une opportunité pour changer ou d’améliorer les règles de gestion de la société, mais comme un moyen de régler les problèmes internes du pouvoir. Et pour l’heure, les problèmes du pouvoir se limitent à deux points : comment affronter au mieux la colère de la rue attisée par les révoltes arabes, et comment assurer en douceur la succession de M. Bouteflika.

La question de la succession de M. Bouteflika s’est compliquée avec la détérioration de son état de santé. Le chef de l’Etat n’est visiblement plus en mesure d’exercer pleinement ses fonctions. Ses apparitions sont de plus en plus rares, et, pour dire les choses crûment, elles sont devenues pénibles pour lui comme pour celui qui regarde.

Pourra-t-il aller à la fin de son mandat ? Difficile à dire. Avec un rythme de travail de plus en plus réduit, peut-être. Mais à un moment ou un autre, il faudra trancher. En premier lieu sur la manière d’organiser la succession. L’idéal, pour certains cercles du pouvoir, serait de flanquer le chef de l’état d’un vice-président, qui deviendrait président de fait et permettrait un passage en douceur à la fin de la président de M. Bouteflika. Mais celui-ci a jusque-là refusé cette hypothèse, de peur d’être poussé vers la sortie par son vice-président. Accepterait-il cette fois ?

Une chose est certaine : M. Bouteflika n’est plus maitre du jeu, s’il l’a jamais été un jour. A l’heure actuelle, ce qui compte pour lui, c’est de sortir avec les honneurs, et sans que ses proches soient inquiétés par la suite.

Ces préoccupations sont d’abord celles du pouvoir. Les changements envisagés se limiteront à ces questions. Mais le pouvoir va les vendre à l’opinion et aux étrangers sous le label de « réformes ». Abdelaziz Belkhadem, Ahmed Ouyahia et BouguerraSoltani vont pourtant battre campagne pour expliquer aux Algériens que c’est la survie de l’Algérie qui est en jeu cette fois-ci. Que ces réformes sont vitales pour l’avenir du pays. Comme l’a été la réforme précédente, qui offrait à M. Bouteflika la porte du troisième mandat.

A l’inverse, il n’est même pas nécessaire de faire campagne pour convaincre les Algériens que ces fausses réformes, menées par les ennemis déclarés du changement, sont inutiles, voire nuisibles. Pour une autre raison, tout aussi simple : l’Algérie a besoin de vraies réformes, qui introduisent un vrai changement.

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