L’argent « providentiel » et le désordre « organisé »
Par BAB in lanation.info

Mercredi 27 Avril 2011

A longueur de colonnes les médias égrènent, notamment depuis 1999, les sommes astronomiques que rapportent les hydrocarbures, celles qui sont économisées ou celles qui sont dépensées ici et là , également de celles qui sont volées. Parler de milliards, en dinars ou dollars, devient banal. D’une banalité surprenante pour les esprits qui ont encore les pieds sur terre. S’il fallait dire les choses en une phrase simple on dirait : y-a t-il un comptable des deniers publics en Algérie ?

Des « prêts » individuels de 10 millions de dinars à 1% d’intérêt à des jeunes à peine sortis de l’adolescence et sans aucune expérience de la vie active, cela veut dire quoi ? En général, avec cette manne, ils versent tous dans une activité commerciale. Officiellement, ces prêts sont un des moyens de combattre le chômage. Soit. Mais l’activité commerciale est-elle la vocation de tous ces jeunes gens ? Savent-ils vraiment dans quoi ils s’engagent ? Ont-ils une idée de la valeur de cet argent ?

Savent-ils ce que signifie l’effort ? Quelle est leur finalité ? En réalité, on n’en sait rien et personne n’a songé à consulter, au préalable, le prix Nobel 2006, Mohamed Yunus, dit « le banquier des pauvres ». L’économiste bangladais, initiateur de microcrédits adaptés aux pauvres aurait été hors sujet parce que les algériens ne sont pas pauvres et parce qu’ils sont spécifiques.

Spécifiques ? Ils veulent échapper à toutes les grilles de lecture. Pour de nombreux algériens, ces prêts sont juste leur « part des hydrocarbures ». Pour d’autres, c’est la providence du système algérien qui ne compte plus ses sous. Il en fait ce qu’il veut puisque de toutes les façons, il ne rend de compte à personne. C’est en tout cas la perception commune, dominante dans la société algérienne actuelle. Et ça continue.

« One, twoo, three… »

Le 09 avril dernier une dépêche de l’agence APS retraçait les grandes lignes de ce qui est entrepris pour « l’amélioration du niveau de vie des Algériens » d’ici 2014. On aurait du la diffuser en boucle sur les antennes de la télévision et de la radio nationales. On aurait pu alors vérifier si les algériens, en réaction, allaient sortir dans les rues pour exprimer leur joie. Elle n’a pas été diffusée en boucle et même presque pas du tout.

Peut être que si elle annonçait la qualification d’office du onze national à la prochaine coupe du monde de football, elle aurait été accueillie par les « one, two, three, viva l’Algérie », scandés à tue tête jusque tard dans la nuit dans les rues d’un pays en panne de liquidités au bureau de poste du coin.
Sur les cinq années du programme 2010-2014, ce seront ainsi quelque 286 milliards de dollars qui seront « dépensés pour améliorer les conditions de vie des algériens, mettre en place un développement durable », nous dit l’agence de presse APS qui n’est comptable devant personne de ces engagements politiques.

L’air de rien, la même agence annonce qu’une « bonne partie de ce budget est allée vers l’achèvement des grands projets déjà entamés, notamment dans les secteurs du rail, des routes et de l’eau, pour un montant de 9.700 milliards de DA, soit environ 130 milliards de dollars. Quant aux nouveaux projets, ils bénéficieront d’un montant de 11.534 milliards de DA, soit l’équivalent de 156 milliards de dollars. »

La fausse revanche des manants

Dans cet emballage stylistique, l’APS nous fait comprendre que les objectifs du précédent plan quinquennal n’ont pas été atteints dans les délais fixés – soit fin 2009 – et que pour les atteindre il faut juste y mettre 130 milliards de dollars supplémentaires. Rien que cela. L’argent tombe du ciel en Algérie.

Personne ne ressent le besoin de comprendre pourquoi cette énorme rallonge. Ni les partis dits de l’Alliance présidentielle, ni leurs relais, ni même le président de la République. Dans son discours à la nation du 15 avril dernier, il n’a pas jugé utile de fournir un bilan exhaustif du plan précédent. Pourquoi ? Parce que les 130 milliards de dollars à rajouter tombent du ciel ?

Parce qu’il estime n’avoir pas de compte à rendre aux manants ? Les interrogations que suscite ce silence sur l’usage de l’argent public sont très nombreuses. Les manants le lui rendent bien. Ils manifestent, réclament et cassent à l’occasion tout en reniant, hélas au mépris même des valeurs musulmanes basiques auxquelles ils disent tous être attachés, l’idée même qu’il existe des biens collectifs fruits des efforts et des sacrifices de la collectivité nationale.

L’argent censé contribuer à stabiliser la société devient source de désordre. Derrière ce désordre biens des intérêts se sont constitués et ligués pour que cette situation, si fructueuse, persiste. Il y a dans le Fonds de régulation plus de 66 milliards de dollars, soit l’équivalent de 4.800 milliards de dinars, et les réserves de change sont estimés à plus de 155 milliards de dollars. Soit environ 4 000 milliards de dinars multipliés par trois. Je n’arrive pas à aligner les zéros. Désolé pour tous les manants du pays. D’autres le font à notre place et s’occupent des 130 milliards de dollars. Dormons, tranquilles.

BAB in lanation.info

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s