Les Algériens vivent au-dessus de leurs moyens, selon un économiste allemand
Écrit par Salim Hairouz Samedi, 23 Avril 2011 18:39 in maghrbemerent

Un dinar plus faible, des salaires plus bas. Ce serait la meilleure politique pour s’attaquer au chômage en Algérie affirme l’économiste et politologue allemand Harmut Elsenhans. Mais une telle démarche suppose une production locale suffisante pour que l’avantage comparatif puisse fonctionner. Manifestement, ce n’est pas encore le cas.

En l’absence d’un feuille de route claire de réformes économiques et sociales, l’Algérie ne pourra pas éviter une grave crise sociale comme ce qui se passe dans plusieurs pays arabes » a déclaré l’économiste et politologue allemand, Hartmut Elsenhans au cours d’une conférence donnée aujourd’hui au club de la presse de la Chambre Algéro-Allemande de Commerce et d’Industrie. Dans un exposé intitulé « l’Algérie entre réformes économiques et Mondialisation », l’économiste estime que l’Algérie doit impérativement accroitre ses exportations hors hydrocarbures vers l’Europe pour régler le problème du chômage élevé chez les jeunes. Le moyen d’y parvenir serait une politique économique et sociale basée fondée sur un dinar encore plus faible qu’il ne l’est actuellement et des salaires plus bas. L’économiste considère les algériens vivent au-dessus de leur moyens et consomment plus qu’ils ne produisent.

Un dinar trop cher !

«Le problème du non-emploi en Algérie vient du fait que le dinar et la force de travail algérienne sont encore trop chers ». Tout en admettant que cela peut être difficile à accepter par la population, l’économiste affirme qu’un « taux de change suffisamment bas est le vrai avantage comparatif qui a fait ses preuves notamment en Asie ». L’expert allemand redécouvre cependant l’objection fondamentale, le préalable pour cette politique ait un sens : que l’Algérie soit capable de fournir des produits agricoles et manufacturiers à des prix accessibles par rapport aux salaires. « Pour que l’avantage comparatif du salaire bas fonctionne, il faut que les produits agricoles, certains articles électroménagers ou textiles soient accessibles et fabriqués localement». L’expert inclut également la disponibilité et l’accessibilité au logement également comme condition préalable à la dévaluation du dinar. Selon lui, l’Algérie pourrait demander aux européens de céder leur surplus de production agricole à des prix abordables dans le cadre d’un commun accord de développement et de partenariat. Il estime que l’idée n’a rien de saugrenue et qu’il est de l’intérêt de l’Europe favoriser l’émergence d’une zone développée et stable au sud de la Méditerranée pour éviter des problèmes de sécurité et d’immigration. Elsenhans n’exclut pas un refus de coopération de la part de l’Europe. « Les pays européens estiment que le Maghreb est source de danger car il y a de graves problèmes de convergence et d’entente entre les divers groupes sociaux ».

Les « cartels de l’offre » et le changement de système

Abordant la question de la politique de subvention des couches moyennes de la société, l’économiste estime qu’elle ne peut fonctionner «dans un climat d’indiscipline et de manque de confiance ». Selon lui, les disfonctionnements de l’administration et les résultats économiques décevants des politiques menées jusqu’à maintenant ont fait perdre au pouvoir la légitimité pour faire fonctionner sa politique sociale. Une situation qui trouve son origine dans une ouverture économique qui s’est faite sur fond de rente pétrolière. « La facilité d’achat sur le marché international a plombé toute démarche tendant à industrialiser le pays » a-t-il expliqué. L’ouverture dans ces conditions a permis la création de réseaux d’affaire puissants qui font tout pour garder les choses dans leur état actuel, argue-t-il. Pour Hartmut Elsenhans, « les cartels de l’offre » doivent escompter des gains supérieurs à ceux qu’ils amassent grâce à leurs réseaux du marché informel pour qu’ils acceptent de participer au changement du système actuel.

Bio Express

Hartmut Elsenhans, est professeur de sciences politiques à l’université de Leipzig en Allemagne et membre de l’association allemande des économistes. Il a enseigné aux universités de Constance, Francfort, Berlin, Dakar, New Delhi et Montréal. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et contributions sur les conflits de décolonisation, les rapports Nord-Sud et les stratégies de développement dont beaucoup ont été publiés notamment en Algérie. Très bon observateur et connaisseur de l’Algérie, il a rédigé une thèse sur la guerre d’Algérie. Il a été associé au développement de l’Algérie en réalisant une étude sur la petite industrie avec le ministère de la planification dans les années 1980.

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