Incidences sur l’économie algérienne

La réponse par les réformes

La crise mondiale, sous sa forme financière et économique, est avant tout le résultat d’une mondialisation rampante qui a jeté ses tentacules sur les pays et les continents indépendamment de leurs identités, de leurs langues ou de leurs religions. Comme dans le domaine de la santé, il ne peut y avoir de septicémie que dans un corps où tous les organes sont mis en relation et interagissent solidairement.

La forte expansion des échanges qui a touché les économies de plusieurs pays à la fin du XVIIIe et au début su XIXe siècle, sous la forme de commerce colonial et de commerce entre les nations, a préfiguré la forme de globalisation/mondialisation qui est en train de se dérouler sous nos yeux. Ce phénomène, dont la genèse remonte à plus d’un siècle, a conduit les économistes à dépasser le point de vue mercantiliste de la contradiction des intérêts, et à établir la règle des “avantages comparatifs” promise à une belle fortune sémantique et axiologique.

À partir des dernières décennies du XXe siècle, pour plusieurs catégories de produits industrialisés, «les exportations mondiales de composantes croissent plus vite que les exportations de biens finals», souligne Bernard Lassudrie-Duchene dans sa préface à l’ouvrage intitulé Économie internationale des deux auteurs américains H. Lindert et Ch. P. Kindleberger. Il ajoute : «La multinationalisation des firmes peut être considérée, sous cet aspect, comme la résultante d’une logique puissante qui conduit à mobiliser les capacités différentes de plusieurs groupes nationaux pour obtenir des chaînes d’avantages comparatifs, plus ou moins inégalement répartis entre les firmes et les nations.» L’auteur établit de forts parallèles entre la “croissance des interdépendances productives” et l’unification du marché mondial du crédit et des capitaux.

A.Cotta écrit dans ce sillage : «L’ouverture croissante de toutes les économies, quels que soient leur niveau de développement et leur organisation économique et sociale, commence à apparaître, plus que la rapidité de la croissance elle-même, comme le fait majeur d’un après-guerre qui, à cet égard, n’a pas pris fin.» (in La France et l’impératif mondial-éditions PUF-1978).

Il y a 80 ans

Le krach boursier d’octobre 1929 est inscrit dans les pages les plus noires de l’économie mondiale du XXe siècle. Ses répercussions ont duré une dizaine d’années, et certains historiens sont allés dans leurs diagnostics des conflits mondiaux jusqu’à faire incomber une part importante de responsabilité à cette crise dans la montée en puissance des extrémismes nazi et fasciste à partir des années 1930. La chute brutale des cours des actions à Wall Street a fait que les gains antérieurs furent neutralisés. Les emprunteurs sont mis en difficulté entraînant la chute de certains établissements bancaires. En l’espace de trois ans, 9000 banques ont mis la clef sous le paillasson. La production industrielle aux Etats-Unis baissa alors de 50%, la PIB de un tiers et le chômage monta à 25% de la population active. Le recul du pouvoir d’achat a fait des stocks de produits, surtout agricoles, se sont constitués. On parla alors de “crise de surproduction”. Les marchandises invendues s’accumulent et les usines qui les produisent s’arrêtent les aunes après les autres, faute de débouchés. De nombreuses entreprises font faillite. Les agriculteurs n’arrivent plus à commercialiser leurs produits et les prix baissent continuellement. Des millions d’hommes et de femmes rejoignent le camp des chômeurs. La misère s’installe, alors que la surproduction conduit à la destruction des biens invendus.

L’ampleur et surtout la durée de la crise rendent l’intervention de l’État inévitable. Jusqu’alors, les industriels, les commerçants, les banquiers organisent librement leurs activités économiques. L’intervention de l’État a visé d’abord à réduire la production là où est enregistrée une surproduction. Le rôle de social de l’État s’accroît ; il intervient pour réduire la violence des affrontements sociaux.

Amender le capitalisme ?

Pour la première fois depuis la révolution industrielle, le système capitaliste s’expose d’une façon franche et argumentée à la critique la plus virulente de la part des populations, des syndicats et des partis de gauche. L’espoir socialiste prend de nouvelles couleurs et s’alimente en arguments puissants issus de la crise mondiale. D’autres alternatives invoquent la nécessité d’un chef tout-puissant qui épargnerait à la collectivité une révolution. Cette option conduira à la montée de l’hitlérisme et du fascisme en Europe, ainsi que du nationalisme au Japon. Ces mouvements cherchaient dans l’armement, puis dans l’expansion territoriale et la guerre, des solutions à la crise.

L’intervention de l’État telle qu’elle était mise en branle par le président Roosevelt sous le nom de “New Deal” consiste non seulement à enrayer la crise, mais surtout à éviter d’y retomber une nouvelle fois. «Notre tâche est remettre notre peuple au travail (…) Elle peut s’accomplir par embauche directe par le gouvernement, comme en cas de guerre, mais en même temps, en réalisant les travaux les plus nécessaires pour réorganiser l’usage de nos ressources naturelles», avait déclaré le président Roosevelt dans un discours en mars 1933.

L’action de l’État pour relancer l’économie par la relance de la consommation et par la politique des investissements publics – quitte à supporter un seuil d’inflation et un déficit budgétaire “tolérable” – rejoint largement la théorie keynésienne mise en circulation au premier tiers du XXe siècle.

«Pour ma part, je pense que le capitalisme aménagé peut être rendu probablement plus efficient pour atteindre des fins économiques de tout système alternatif envisagé pour l’instant ; mais je pense était, à bien des égards, extrêmement critiquable. Notre problème est d’établir une organisation sociale qui sera aussi efficiente que possible sans pour autant choquer nos notions concernant un mode de vie satisfaisant», écrivait Keynes dans son Essai de persuasion (1933).

La crise financière et économique qui, presque 80 ans après le krach boursier de 1929, frappera les établissements bancaires principalement en Amérique et en Europe en 2008, a eu son origine immédiate en 2007 dans la crise subprimes, crédits hypothécaires consentis aux ménages américains pour l’acquisition de logements. Devenus insolvables, les ménages n’ont d’autre choix que d’offrir leur logement à leur créancier. Or, il se trouve que les valeurs immobilières ont fortement chuté entre-temps, ce qui donne une valeur de “monnaie de singe” au gage que constitue le logement. Il est déclaré stérile sur le marché américain. Il s’ensuivit une chute en cascades de banques, d’abord en Amérique, ensuite en Europe et en Asie du fait que, aussi bien les acquéreurs de crédits hypothécaires que les établissements créanciers ont tissé une toile d’araignée à l’échelle planétaire en matière de demande, d’offre et de prestations.

L’État pour sauver… le privé

Le recul ininterrompu de la monnaie américaine face à l’euro depuis ces deux dernières années, la banqueroute de prestigieux établissements financiers en Amérique et en Europe depuis le mois de septembre 2008 et la chute subséquente des places boursières à l’échelle de la planète ont ébranlé le système financier international au point que le contribuable américain, via l’approbation par le Congrès du Plan Paulson, est appelé à secourir un des piliers de l’ordre capitalistique mondial. La première intervention du Trésor public US a porté sur la mobilisation de 700 milliards de dollars et la tendance qui se dessine semble ne pas se limiter à ce premier jet. Le Congrès américain est prêt à consentir encore l’argent du contribuable pour sauver des établissements bancaires. Cependant, le président Barack Obama, tout en abondant dans le même sens, considère cependant que le système mondial a plus besoin de réformes profondes que d’interventions publiques conjoncturelles qui ne règlent pas le problème fondamental. Il a même stigmatisé publiquement l’usage qui est fait des deniers publics (primes servis pour les actionnaires), argent pourtant que lesquels l’administration a débloqué pour sauver ces institutions.

Certains analystes en économie ont vite rappelé les vertus d’“un socialisme spontané”, c’est-à-dire sans socialistes ni idéologie de gauche. Réellement, pour sonder ce paradoxe, les choses sont bien moins simples et les pouvoirs publics beaucoup moins altruistes qu’on ledit. C’est toute la mécanique du système financier international et d’une mondialisation rampante qu’il faut “démonter” pour saisir la logique interventionniste du gouvernement américain et des autorités européennes tentées par le même type de réponse. Même si des nuances sont apportées ça et là– à l’exemple des attitudes françaises et allemandes exprimées à Colombey-les-Deux-Églises par Nicolas Sarkozy et Angéla Merkel lors du sommet franco-allemand de novembre 2008 – les réponses envisagées pour juguler la crise financière, ou à tout le moins pour en atténuer les effets sur la croissance, l’emploi et le niveau de vie des populations, s’inspirent toutes d’une intervention plus forte de l’État. «L’idée que les marchés ont toujours raison est une idée folle», dira le président français dans son discours de Toulon le 25 septembre 2008. Il s’agit, estime-t-il, de “refonder” le capitalisme. Ainsi, «l’État garantira la sécurité et la continuité du système bancaire et financier (…). Il interviendrait par des cautions, par des garanties, par des apports en capital ou par une modification de la réglementation bancaire». Pour reconstruire un système financier viable, il importe, comme le dira explicitement Sarkozy, de “moraliser” la capitalisme financier en priorité.

La réunion, au début de l’année en cours, des ministres des Finances de la planète autour des institutions internationales comme le FMI et la BIRD a apporté son lot d’incertitudes en confirmant la tendance à la réduction des liquidités et à la baisse de la croissance à l’échelle mondiale.

Dans l’étape actuelle de l’interdépendance des économies des pays du monde, cette chute en cascade de “citadelles” financières en Amérique et en Europe entraînera imparablement dans son sillage, d’après les spécialistes en finances internationales, le recul des prix du pétrole, un phénomène qui commence à se manifester dangereusement pour les pays exportateurs et qui a placé depuis plusieurs semaines le cours du baril au-dessous de 50 dollars malgré les dernières réductions de production décidées par l’OPEP au sommet de décembre dernier à Oran, soit 1,5 million de 3 à retirer du marché. Une nouvelle réduction était entrevue pour le dernier sommet de Genève de la mi-mars, mais, aucune décision de ce genre n’a été prise.

L’Algérie et la zone cyclonique

Le débat sur la crise financière et économique mondiale dans les médias algériens ne peut avoir évidemment de pertinence que lorsqu’il arrive à insérer – pour un décryptage serein et rationnel – la part ou le degré d’incidence de ces chamboulements planétaires sur l’Algérie. Or, les questionnements sur la relation de l’économie algérienne avec l’espace mondial n’ont pas attendu la crise actuelle pour se manifester. Chez certains spécialistes algériens, elles ont constitué presque un axe de recherche. Le fait est que la tension mondiale actuelle n’est pas la première épreuve que met l’économie de notre pays face à un “destin” mondialisé. La mini-crise de la fin des années 1990, due à chute brutale de certains établissements financiers au Sud-est asiatique, principalement l’Indonésie, du fait de certains investissements douteux qui ont jeté un “froid” dans les mécanismes du crédit, avait entraîné une réduction de consommation de pétrole au point où son prix de cession, moins de 10 dollars le baril, avait failli équivaloir à son coût d’extraction des champs sahariens d’Algérie. L’administration du président Liamine Zeroual était sur une corde raide d’autant plus que l’offensive terroriste était à son pinacle et le plan d’ajustement structurel (PAS), issu du rééchelonnement de la dette extérieure, avait déjà installé misère, chômage et pauvreté par la libéralisation des prix à la consommation et la mise à exécution des plans sociaux dans les entreprises publiques. Si la situation de la faiblesse du prix du pétrole avait duré plus d’un semestre avec le niveau qui était le sien, moins de 10 dollars le baril, ce serait indubitablement la sécurité et la pérennité de l’État national qui auraient été mises en jeu. Le chef de mission du FMI, M.Joël Toujas Bernaté, lors d’une visite au début de l’année en cours dans notre pays, a émis certaines appréhensions quant aux incidences directes ou retardées de la crise mondiale actuelle sur la machine économique et le front social algériens ; cela, contrairement à certains responsables ou gestionnaires algériens qui pensent à l’ “immunité” de l’économie algérienne face aux turbulences charriées par la dérégulation générale du système financier international. Hormis la faiblesse de la relation directe et automatique entre le système financier international et l’économie algérienne, le responsable du FMI n’a pas exclu les contrecoups de la grande bourrasque mondiale sur le futur immédiat de notre économie. Il rappelle, dans la foulée, la dépendance dangereuse du pays vis-à-vis du pétrole et les conséquences qui pourraient en découler. «Au cas où les prix chutent, on va se poser des questions concernant les ressources qui permettent à l’Algérie de poursuivre ses programmes d’investissement. C’est pour cela qu’il est recommandé aux autorités algériennes de se préparer à prendre des mesures préventives concernant les priorités dans les investissements publics et le soutien à la croissance», a-t-il affirmé. On comprend ici que ce sont tous les programmes et grands ouvrages conçus dans le cadre du Plan complémentaire de soutien à la croissance (PCSC), le programme des Hauts Plateaux et le programme Grand Sud qui sont menacés dans leur réalisation à moyen terme.

Auparavant, c’était le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui, tout en se montrant serein quant aux effets directs de la crise financière internationale sur l’Algérie, n’a pas manqué d’appeler à la vigilance en prônant plus que jamais la revivification de l’économie par la diversification des exportations. Il est temps, suggérait-il, d’aller vers les vraies réformes, de les mener par le moyen d’une politique nationale cohérente et concertée, au lieu d’avoir à les subir de l’extérieur par la pire des méthodes, celle qui n’agréerait ni aux populations ni aux intérêts stratégiques du pays. Il est vrai qu’au milieu du brouhaha accompagnant la crise financière mondiale, il difficile de raison garder et la voie s’ouvre plutôt vers toutes sortes de supputations et de procès en sorcellerie.

Une fragilité due à la mono-exportation

Les effets à moyen terme escomptés des entrées libres de marchandises de l’Union européenne suite à l’Accord d’association entré en vigueur en 2005 sont le “réveil” des secteurs algériens touchés par une concurrence féroce et une mise à niveau susceptible de contrebalancer les effets pervers d’une ouverture somme toute dictée par une mondialisation irrésistible des économies. Des “secousses” similaires ou sans doute plus complexes sont aussi prévues dans le cas où notre pays accède à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ce genre de difficultés n’a pas échappé aux décideurs algériens qui sont en train de négocier, au mieux des intérêts du pays, les étapes et les procédures inhérentes à cette accession dont on dit qu’elle va prendre du temps. De même, le Plan complémentaire de soutien à la croissance économique doté de 150 milliards de dollars et initié par le président de la République porte en lui les objectifs d’améliorer les conditions de l’investissement privé par l’installation des projets structurants de l’économie à l’exemple de l’autoroute, des grands barrages hydrauliques, de l’électrification, du chemin de fer, du développement des équipements publics et des soutiens aux secteurs en difficulté comme l’agriculture.

Après avoir franchi le seuil “psychologique” de 100 dollars le baril à la fin de l’année 2007, le prix du baril n’a fait que se conforter au point de caracoler à 150 dollars en juillet 2008. Ces chiffres ont donné du tournis même à nos décideurs. Mais, voilà ; depuis la rentrée 2008, deux événements sont venus “brouiller” cette lecture par trop triomphaliste d’une économie algérienne engoncée dans ses certitudes. D’abord le changement qui a lieu à la tête du gouvernement. En plaçant Ahmed Ouyahia à la tête de l’Exécutif, le président de la République semble vouloir apporter la réponse à une situation presque énigmatique de l’économie algérienne où se multiplient les paradoxes entre richesse potentielle ou virtuelle et pauvreté réelle, ainsi qu’entre la volonté politique de mener les réformes dans les secteurs sensibles de l’économie et de l’administration et les résistances légendaires des cercles d’intérêt, des coteries et de la “médiocratie”.

Ouyahia n’a pas joué à la cachotterie en annonçant publiquement que, même si la loi de Finances était basée sur un prix-étalon du baril de pétrole de 19 dollars jusqu’à fin 2007 et de 37 dollars à partir de la loi de finances complémentaire (LFC) de 2008, la réalité du budget algérien fait que le vrai prix du baril tel qu’il y est intégré dépasse 60 dollars. C’est pourquoi, il dit appréhender fortement la baisse du prix du baril de pétrole au-dessous de 70 dollars, ce qui remettrait en cause les projets d’investissements publics engagés par le gouvernement depuis 2005. A Dieu ne plaise, le recul du prix de l’or noir pourrait, dans un cas extrêmes, une partie des transferts sociaux décidés par les pouvoirs publics dans le cadre du soutien des prix de certains produits alimentaires et autres bonifications fiscales tendues vers l’encouragement de certains créneaux d’investissement.

Pour certains aspects de la crise financière internationale, le Premier ministre nous rassure en expliquant que l’Algérie avait raison de payer ses dettes par anticipation (depuis 2005), comme elle a bien agi en ne cédant pas à l’idée en vogue d’investir son argent dans des fonds souverains, idée défendue mordicus par certains cercles politico-médiatiques en 2008.

Il demeure évident que toutes ces “règles prudentielles” ne nous prémunissent pas ad vitam aeternam contre les répercussions de la crise mondiale, une crise que des analystes n’hésitent pas à comparer à celle de 1929.

Résistances, archaïsmes et impératif de renouveau

Les griefs adressés, particulièrement ces trois dernières années, à l’Algérie par les organismes financiers internationaux dans le domaine de l’action économique sont relatifs à la lenteur dans le processus de privatisation, l’immobilisme des établissements bancaires au sein desquels des surliquidités inquiétantes ont été enregistrées (elles ont atteint en décembre 2008 le montant de 1 400 milliards de dinars) et certaines procédures bureaucratiques liées à la gestion du foncier industriel.

Les spécialistes des questions financières pensent que les derniers scandales qui ont éclaboussé certains établissements bancaires publics (détournements, crédits douteux…) et d’autres établissements privés sont la preuve que les règles administratives et managériales régissant ces institutions sont faussées à la base. Les règles prudentielles – qui ne doivent pas signifier réticence des banques à financer l’économie – doivent être accompagnées d’ingénierie financière et de procédures d’audits réguliers. Les prises de participation ou la privatisation partielle de certains établissements sont une partie de la solution pour leur mise à niveau. Mais, la remise en cause de la privatisation du CPA – processus engagé pourtant depuis 2005 – constitue assurément un handicap pour la crédibilité des autorités financières du pays, même si des voix semi-officielles parlent d’une relance de l’opération.

Certains indices de l’économie algérienne poussent à un optimisme qu’il convient de relativiser par le contexte de leur réalisation. Il en est ainsi des chiffres fluctuants, parfois insaisissables, de l’emploi, selon qu’ils sont présentés par le gouvernement, maniés par le CNES ou triturés par l’ONS. Actuellement, le taux de chômage serait réduit, selon le directeur de l’ANEM, à environ 11,8% de la population active. Ould Abbès a, semble-t-il a trop poussé son optimisme primesautier en parlant de 10% de chômage, chiffre que l’ONS s’est empressé de démentir. Quoi qu’il en soit, l’utilisateur de ce chiffre voudrait savoir si les emplois saisonniers crées par les chantiers du bâtiment, de l’agriculture, des TUP-Himo, ainsi que les universitaires pré-emploi… sont comptabilisés dans ce pourcentage. Le taux d’inflation, quant à lui, a commencé à grimper les échelons à partir de 2007 et il se situe officiellement aujourd’hui à 4,8%, un taux que certains analystes mettent en cause – en suggérant qu’il est sous-évalué – au vu de l’inflation généralisée des produits alimentaires.

Entre déception et légitime vœu de promotion sociale

L’Algérie a engrangé au cours des dernières années des recettes conséquentes issues de l’exportation des hydrocarbures. La dette extérieure, moins de 5 milliards de dollars, ne représente plus une charge pour l’économie du pays après les payements anticipés commencés en 2005. Les autorités ne dramatisent pas l’inflation bien qu’elle ne soit pas loin de 5%. Mais, au lieu des 6 ou 7% de croissance attendue pour l’ensemble de l’économie, le FMI n’escompte pas plus de 3%. Il faut dire, à ce propos, que la plus grande partie des investissements réalisés au cours de ces dernières années et ceux qui sont programmés pour les cinq prochaines années sont des investissements publics conçus dans le cadre du Plan de soutien à la croissance. Ils soutiendront la croissance dans la mesure où ils sont des projets structurants, susceptibles, à terme, d’attirer les véritables investissements via les entreprises industrielles, manufacturières, agroalimentaires, de prestations de services, etc. En quoi ces chiffres secs et ces prévisions, qui relèvent pour l’instant presque du virtuel – d’autant plus que des facteurs de blocage, comme le système financier suranné et les lenteurs bureaucratiques, se mettent au travers des plus énergiques initiatives – peuvent-ils influer sur la vie des citoyens ? L’ancien premier ministre, Ahmed Benbitour, parle carrément du risque d’une explosion sociale. Même Farouk Ksentini, président de l’organisme chargé des droits de l’Homme, y va, dans son rapport présenté au président de la République, de ses griefs et de ses avertissements concernant la situation sociale des populations. En effet, à l’ombre d’un baril fort valorisé, le chômage, la faiblesse du pouvoir d’achat et la situation socioéconomique générale de la population ne poussent pas à l’optimisme.

Beaucoup d’encre a coulé au sujet des augmentations des salaires des travailleurs. Après la signature du fameux Pacte social et économique en 2006, une première augmentation a suivi. Le SMIG est monté à 12 000 dinars. Entre-temps, hormis la Fonction publique financée sur le budget de l’État, les entreprises publiques et privées ont eu d’immenses difficultés à concrétiser la décision du gouvernement. Parfois, cela s’est fait au détriment de la santé financière de l’entreprise et même de l’emploi, sachant que des employeurs ont procédé à des compressions, à l’encouragement de la retraite anticipée et au recrutement très sélectif (évitant les pères de familles et augmentant le nombre de non-déclarés sociaux). Et voilà qu’une nouvelle augmentation prend effet à partir du printemps dernier. Le bon sens populaire avait déjà donné son verdict : «Les futures augmentation sont déjà éliminées et consommées par les augmentations des prix que l’on vit depuis la rentrée sociale 2007.» Bouteflika et Ouyahia ont, au début 2006, refusé d’augmenter les salaires “nominaux” qui ne serviraient qu’à alimenter l’inflation. Seuls la productivité et le marché du travail – que sont censés commander la formation et la compétence- pourront induire le rehaussement du pouvoir d’achat sans passer nécessairement par l’augmentation des salaires. Les voies impénétrables du sérail a, quelques mois plus tard, porté à la Chefferie du gouvernement Abdelaziz Belkhadem, et ce qui devait arriver arriva. Première mesure économique : augmentation des salaires.

Au printemps 2008, il se trouve que quelques réflexes anciens ont repris du poil de la bête suite à une véritable panique qui avait gagné le gouvernement Belkhadem. Ainsi, pour certains produits alimentaires jugés stratégiques et touchés par de fortes hausses des prix, le gouvernement a pris la mesure de les soutenir une nouvelle fois au niveau du segment “consommation”. Il faut espérer que ce ne sont là que des mesures transitoires, lesquelles ne pourront jamais remplacer la stratégie sectorielle basée sur le soutien à l’investissement. S’il y a quelque chose à déplorer, comme a eu à le faire l’ancien argentier du pays, Abdellatif Benachenhou c’est le ciblage aléatoire et la répartition inique des fonds de soutien et les inévitables “faux barrages” de corruption qui leur sont dressés en cours de route.

Les deux plus grands défis qui se poseront au rôle social de l’État dans les prochaines années sont, sans aucun doute, d’une part, la provenance même des fonds qu’il y a lieu de tirer d’une plus-value sociale hors hydrocarbures et, d’autre part, l’efficacité dans la gestion des ressources allouées de façon à les soustraire aux réseaux de corruption.

Investissements : comment sortir de l’ornière ?

Les pouvoirs publics se sont penchés sur l’identification des divers et nombreux blocages qui ont hypothéqué jusqu’ici les grands flux d’investissements que notre pays est en droit d’attendre dans une conjoncture exceptionnellement propice sur le plan des finances publiques et de l’équilibre des grands agrégats économiques. Le traitement des dossiers par l’ancienne APSI, devenue par la suite ANDI (Agence nationale du développement de l’investissement) ne semble pas donner tous les résultats escomptés. Et pour cause, le passage au crible de cette Agence des différents dossiers qui atterrissent sur son bureau se limitait à faire valoir les avantages (fiscaux, douaniers, taux d’intérêt des crédits…) accordés par l’État aux candidats à l’investissement. De nombreux projets validés par cette institution qui travaille pour le compte de l’État n’ont pas pu voir le jour des années après leur validation en raison des lenteurs, entraves et dysfonctionnements qui caractérisent les autres institutions chargées d’encadrer l’investissement (banques, caisses de garantie, services de la wilaya pour ce qui a trait au foncier industriel,…). En tout cas, face à tous ces aléas, le gouvernement a initié un nouveau code des investissements qui est à l’État de gestation, mais qui est censé casser les barrières qui s’opposent aux investissements nationaux et étrangers massifs.

Le rapport 2009 Doing Business de la Banque mondiale portant sur le climat des affaires dans 181 pays étudiés situe notre pays dans la peu flatteuse 132e place. A titre de comparaison, l’Arabie Saoudite est positionnée 16e. Le rapport en question informe l’opinion que, entre juin 2007 et juin 2008, l’Algérie “n’a enregistré aucune réforme majeure”. En matière de création d’entreprises, notre pays occupe la 141e place. Pour l’embauche des travailleurs, l’Algérie occupe la 118e place. Le reste des critères utilisés par la Banque mondiale ne donnent pas une bonne image du climat d’investissement et des affaires de notre pays.

Pourtant, au niveau des orientations politiques officielles, des signaux forts et des mesures incitatives de façon à drainer plus efficacement et plus diligemment les investissements hors hydrocarbures, n’ont pas manqué. Dans les rangs de l’Assemblée populaire nationale, seuls quelques députés remettent en cause la politique nationale de privatisation ou la font accompagner de propositions sociales dissuasives.

Le président de la République mettra en exergue «les réformes en cours qui ont permis une meilleure bancarisation de l’économie, la réduction de la pression fiscale, la libéralisation du commerce extérieur, la convertibilité commerciale de la monnaie nationale, la simplification des formalités douanières». Ce sont des facteurs, assure Bouteflika, «qui doivent concourir à l’assèchement des activités dans la sphère informelle». En tout cas, avec le nombre de personnes qu’il emploie – environ 1,3 million – et l’éventail des activités qu’il embrasse, le secteur de l’informel ne peut laisser indifférents ni les pouvoirs publics, ni les vrais acteurs de la vie économique légalement installés, ni les services des Impôts et Caisses sociales pour lesquelles le manque à gagner se chiffre en centaines de milliards de dinars (évasion fiscale) ni, à plus forte raison, l’opposition politique et les monde syndical.

C’est ce de grisaille économique et d’espoirs de réformes profondes que l’Algérie offre en cette période de crise mondiale qui ne fait peut-être que commencer. La limitation des incidences négatives de cette crise sur la marche générale du pays, le niveau de vie des populations et les ressources naturelles et humaines qu’elles possèdent ne peut s’opérer que par la mise à niveau de l’appareil économique du pays et la réforme institutionnelle dans les domaines. Seul ce mouvement salutaire pourra faire acquérir à l’Algérie d’autres sources de recettes autres qu’énergétiques. Car la situation actuelle de la mono-exportation a figé tous autres mécanismes économiques et c’est le facteur le plus grave qui expose crûment l’Algérie à la crise mondiale. Qu’une vérité soit connue : le docteur Abdelmadjid Bouzidi soutient (magazine Le Cap, 1er janvier 2009) que «l’économie algérienne est, en cette décennie 2000, encore plus dépendante des hydrocarbures qu’elle ne l’était au cours de la décennie 1970. De 30%, la part des hydrocarbures dans le PIB est aujourd’hui passée à 50%».

Par Saâd Taferka in les Débat

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