Oussama Nadjib, Maghreb Emergent, 08 Mai 2011
Couvre-feu nocturne rétabli dans la capitale, manifestations réprimées, limogeage de Farhat Rajhi, de la présidence du Haut Comité sur les droits de l’homme après ses annonces sur un projet de « coup d’Etat » des «sahéliens ». La transition tunisienne se fait sous tension. Le dispositif pour aller vers la Constituante se met laborieusement en place. L’échéance de juillet pour l’élection de l’assemblée constituante pourrait être décalée de quelques mois. Le grand progrès réside dans l’adoption de la proportionnelle et de la parité.

Dans un entretien publié par le journal La Presse de Tunisie, M.Iadh Ben Achour, président du Conseil de l’Instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique, estime que les élections pourraient être reportées au mois d’octobre ou novembre. La lenteur des discussions qui ont entouré l’élaboration de la loi électorale ont fait qu’elle ne sera promulguée que la semaine prochaine, avec deux mois de retard sur l’échéance prévue. Le délai entre cette promulgation et la date du 24 juillet prévue pour les élections est trop court. M.Ben Achour estime qu’il n’est pas suffisant pour préparer convenablement les premières élections libres de l’histoire du pays. « L’opération électorale devra être entourée de toutes les garanties nécessaires pour assurer sa totale réussite. Cette opération est compliquée et exige une logistique à la fois lourde et coûteuse. De l’établissement des listes des électeurs à la proclamation des résultats, en passant par le découpage des circonscriptions électorales, les bureaux de vote, le choix et la formation du personnel en charge de ces élections…plusieurs étapes sont, en fait, indispensables et cela nécessitera beaucoup de temps et d’effort ». Il estime « probable » un report de élections alors que la commission supérieure indépendante qui sera chargée de l’organisation des élections n’est pas encore constituée. « Demain lundi, nous procèderons au sein de l’Instance au choix de ses 16 membres parmi les 70 candidats présentés par les instances concernées». Il faudra encore deux à trois mois pour être fin prêt pour cette importante échéance. C’est pourquoi octobre ou novembre seraient mieux indiqués pour le déroulement des élections. La question est entre les mains du gouvernement de M.Béji Caïd Essebsi qui jugera de l’opportunité de la date » a-t-il indiqué.
Proportionnelle et parité

Outre l’élection ce 8 mai de 16 membres de la commission supérieure indépendante des élections parmi les 70 candidats proposés par les structures concernées, l’Instance, très occupée par la finalisation de la loi électorale, va à nouveau relancer les discussions sur un projet de « pacte républicain » liant l’ensemble des acteurs politiques du pays. Il s’agit, indique M.Ben Achour, d’une « convention, solennelle entre les différentes parties » qui ne devrait pas avoir « caractère coercitif ». « Les signataires s’engageront à respecter un certain nombre de valeurs communes à tous les Tunisiens. Et même s’il n’a pas une valeur juridique, l’engagement moral a autant de force que l’engagement écrit». Pour rappel, le débat sur l’exclusion des anciens cadres du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) de la candidature aux élections de la Constituante a été tranché par le gouvernement qui a décidé de la limiter à ceux qui ont exercé des responsabilités au cours des dix dernières années. Certaines propositions voulaient que cela s’applique à tous les responsables dans la direction du RCD durant les 23 ans de pouvoir de Ben Ali. M.Essebssi avait justifié la limitation à dix ans seulement en faisant valoir qu’il y avait des responsables du RCD qui ont également subi la répression de l’ancien régime. Une liste des « empêchés » de participation devrait être rendue publique. La Tunisie a également adopté le mode de scrutin proportionnel fondé sur des listes paritaires pour la Constituante. A l’heure où l’on évoque un « coup d’Etat » en cas de victoire islamiste, ces mesures sont clairement destinées à préserver les équilibres et à assurer une représentation large des tunisiens. La consécration du principe de parité homme-femme, une première dans le monde arabe – qui peut gêner les nouveaux partis – a été soutenue aussi bien par des partis de gauche que par le parti islamiste Ennahda.
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