Vive le capitalisme ! Le «cancer» c’est les capitalistes…

Publié: 10 mai 2011 dans actualité, culture, Economie
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Vive le capitalisme ! Le «cancer» c’est les capitalistes…

Omar Aktouf, Ph.D
Professeur titulaire HEC Montréal
Auteur de Halte au gâchis; en finir avec l’économie management à l’américaine, Liber, Montréal, 2008.
Et de l’autruche, post-mondialisation, management et rationalité économique, Écosociété, Montréal, 2003

En première du Devoir (1er Mai 2010) se posait la question «le capitalisme, cancer de l’humanité» ? Bien que j’aie aussi utilisé cette expression, je voudrais ici, surprenant plusieurs sans doute, réhabiliter «le capitalisme» contre ceux qui se disent «capitalistes».
Vive le capitalisme, le vrai !
Marx a entamé son gigantesque «Capital», partant d’une question surprenante : pourquoi le capitalisme ne fonctionne pas comme la théorie capitaliste (smithienne surtout) le prétend ? C’est à dire réalisant le bien être général, les équilibres simultanés des marchés, assurant les justes prix…, sous la houlette de la bienveillante main «invisible» ?
Que dit donc cette «vraie» théorie du capitalisme ? Retournons à Adam Smith pour répondre. En effet, si on se fie à «la» théorie du capitalisme établie par Smith, il ressort quelques éléments indubitables : grâce à la main invisible qui assurerait «équilibres et justes prix», et aux hypothèses de concurrence pure et parfaite, information parfaite et disponible, atomicité des producteurs et consommateurs, substituabilité des produits… une implacable «justice» du marché va s’imposer, faisant en sorte que… tout finisse par se vendre au plus près du coûtant, imposant l’idée de profits optimums-raisonnables, qui seraient les seuls vrais «profits d’équilibres» et durabilité !
Il tombe sous le sens que, sous les hypothèses précédentes, c’est, automatiquement que, n’importe quel nouvel producteur n’a d’autre choix que de, à qualité égale, vendre moins cher que la concurrence s’il veut une clientèle ! La loi d’airain à laquelle croyait Smith s’impose alors : le dernier entrant DEVRA vendre au plus près du coût et donc… renoncer aux profits maximaux ! Mais croit-on, sans «profits maximums» le capitaliste n’est plus rémunéré, l’investissement stoppe… : faux et mensonger !

Smith naïf ? Profit maximal indispensable motivation- rémunération du capital ?
Smith s’est montré «naïf», car, implicitement, il croyait (même s’il a écrit qu’il ne fallait pas laisser les businessmen sans surveillance…) que grâce à sa main invisible, les agents économiques seraient poussés à jouer fair play. Grave erreur ! Les capitalistes tuent les vertus du capitalisme smithien. Les attendues vertus du laisser-faire se transforment en empêchement du laisser-faire par monopoles et oligopoles interposés, donnant le contraire de ce que «la» théorie capitaliste originale prévoyait.
Le capitaliste se transforma vite (un Thorstein Veblen l’a très bien établi dans Theory of the Firm et Therory of the Leisure Class) en simple faiseur d’argent aussi «maximum» que possible (financiarisation de l’économique) au lieu de producteur d’utilités d’abord. Se rémunérant, de surcroît, au moins cinq à six fois, non une seule : «le profit», comme on le fait croire (je parle ici du «grand» capital financier dominant, et non du «dépanneur du coin qui en arrache», fallacieusement assimilé à ce que devrait être le prototype «du» capitalisme) :

1. Le salaire (et quel salaire !) que se donne le capitaliste
2. Les primes, bonis, stocks options… parachutes dorés…
3. L’amortissement des moyens de production
4. L’intérêt sur la mise d’argent en «passif» de l’entreprise
5. La capitalisation de l’entreprise (survaleur «intangible» acquise par l’entreprise avec le temps)
6. La capitalisation sur les immobilisations (survaleur des biens mobiliers et immobiliers…)
7. Les dividendes (profits après impôts et amortissements) en dernier.

Les capitalistes qui tuent profits et capitalisme !
À force de confondre le mieux avec le plus et le plus avec le trop… nos capitalistes modernes tuent leur poule aux œufs d’or : leur enrichissement ne se fait plus qu’en s’attaquant aux facteurs mêmes qui le permettent, le travail et la nature !
Le cancer, seul phénomène «maximaliste» dans la nature est l’analogie qui s’impose devant un tel comportement… Nos capitalistes «faiseurs d’argent maximum à tout prix» se comportent en cancer du système capitaliste et de l’humanité. Comment entretenir l’illusion de profits maximums, quand notre planète ne connait aucun maximum de rien du tout !? Comment faire le maximum de profits sur d’illusoires maximums d’arbres ? de morues ? de pétrole ?…
La finance pour la finance, transformée en pseudo «économie», peut entretenir cette illusion, se multipliant à l’infini par pures spéculations (il ne s’agit plus que de digits manipulés par des ordinateurs vendant/achetant en… nanosecondes) ! La bourse et la finance sont non seulement inutiles et dangereuses (on l’a assez vu ces derniers temps), mais ce ne sont que casinos fous où raison et sens n’ont plus place : pour quels humains travaillent des machines qui «décident» en nanosecondes ?
Si les capitalistes appliquaient le «vrai» capitalisme dans toute la signification et la rigueur de sa théorie originale, humanité nature seraient bien heureuses !

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