Entretien avec le président de LA LADDH,MOSTAFA BOUCHACHI : « L’ESSENTIEL POUR LE POUVOIR ALGERIEN C’EST D’EVITER LE CHANGEMENT POLITIQUE »

Publié: 23 mai 2011 dans actualité
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Entretien avec le président de LA LADDH,MOSTAFA BOUCHACHI : « L’ESSENTIEL POUR LE POUVOIR ALGERIEN C’EST D’EVITER LE CHANGEMENT POLITIQUE »
22/05/2011

« La Croix » : Le président du Conseil de la nation (Sénat) Abdelkader Bensalah entame demain une série de consultations sur des réformes politiques promises par le président Bouteflika. Qu’en attendez-vous ?

Mostafa Bouchachi : Pourquoi vouloir changer des lois puisqu’elles ne sont pas appliquées ? Le problème de l’Algérie n’est pas un problème de texte ou de Constitution, car le pouvoir agit en dehors des lois et affiche son mépris des lois. La démocratie n’est que de façade. Pour 80 % des textes, le président Bouteflika a légiféré par ordonnance. Il confie au président du conseil le soin de mener des consultations auprès des partis et personnalités, mais Abdelkader Bensalah est membre fondateur du Rassemblement national démocratique (RND), le parti du premier ministre, impliqué dans des fraudes électorales.
Un tiers des membres du Sénat sont désignés par le président. Cette deuxième chambre du parlement ne sert pas à grand-chose sauf à pouvoir bloquer le changement pour la démocratie.

Et c’est ce même parlement qui a amendé la Constitution pour offrir un troisième mandat au président ! Ces annonces de réforme sont de la poudre aux yeux. Personne ne s’y est trompé. L’essentiel pour le pouvoir algérien c’est précisément d’éviter le changement politique.

Amnesty International vient de dénoncer les violations des droits de l’homme en Algérie en 2010. Comment la situation évolue-t-elle ?

Il a y eu des personnes blessées et des arrestations pendant les marches. Les personnes ont depuis lors été relâchées. Même s’il n’y a pas de détenus politiques en Algérie – le pouvoir est trop intelligent pour cela –, la situation des droits de l’homme reste inquiétante.

Le pays est fermé. Il n’y a pas de liberté de rassemblement, ni de constitution de parti ou de syndicat. Et, point omis par Amnesty, la torture est toujours utilisée comme moyen d’arracher des aveux.

Les révolutions tunisienne et égyptienne ont-elles de l’écho ?

Bien sûr, mais il y a trop de séquelles dans la conscience des Algériens. Le traumatisme de la guerre civile sera très difficile à surmonter. 200 000 morts, des dizaines de milliers de disparus. Chaque famille a été touchée. En Égypte, en Tunisie, le pouvoir était aux mains d’un président et de sa famille.

En Algérie le système est beaucoup plus compliqué et le pouvoir partagé entre le département du renseignement et de la sécurité (DRS), la police politique, l’armée, le président. Si l’on dit « Bouteflika dégage », cela ne changera rien. Ce sera au mieux un changement dans le système, mais pas du système.

On ne sent pourtant pas une chape de plomb comme dans la Tunisie de Ben Ali.
À la différence de la police tunisienne, la police politique algérienne laisse des petits espaces de liberté. Un président de parti peut critiquer le président ou le puissant directeur du DRS. La presse, surtout la presse francophone, jouit d’une certaine liberté de ton. C’est précisément la force du système algérien. Il donne au monde extérieur une image de semblant de démocratie.

Or, en dépit des apparences, il contrôle tout et la liberté d’expression s’exerce dans le vide, sans influer sur l’opinion publique. Le pouvoir a puissamment œuvré pour discréditer une opposition qui n’a d’ailleurs jamais existé depuis l’indépendance si ce n’est l’intermède de deux ans en 1989-1990.

Les Algériens ont peur, ils osent tout de même faire grève et manifester
Ils ont parfaitement intégré les limites à ne pas franchir. Ils savent que le système tolère les revendications socioprofessionnelles. D’ailleurs la contestation sociale est endémique, elle dure depuis des années.

Et le pouvoir, en satisfaisant certaines de ces revendications, cherche à corrompre des esprits. Mais les Algériens savent parfaitement, à l’inverse, que le système ne tolère pas de revendications d’ordre politique pour l’avènement de la démocratie.

journal la Croix.
Recueilli par MARIE VERDIER (à Alger)
le 19 mai 2010

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