Statu quo contre dynamique politique
Par Salima Ghezali
Mercredi 18 Mai 2011

Un semestre pour rien.

Entre les déclarations du ministre de l’Intérieur au lendemain des violentes émeutes de janvier dernier et l’installation de la commission Bensalah qui doit entamer ses consultations ce samedi autour des Réformes politiques, il n’ya rien de nouveau sous le ciel officiel. Tout ce qui est présenté comme mesure, démarche ou discours a déjà été usé jusqu’à… la démobilisation quasi-totale de la société. Et même des segments les moins nocifs du régime. Le fameux « impératif de fonctionnement », qui a jusqu’ici péniblement trainé la carcasse de l’Etat de rendez-vous raté en rendez-vous gâché, peine à maquiller cette énième tentative en Grand jour.

« L’impression qui prévaut est une impression de fin de période mais d’une fin de période qui semble s’installer dans la durée. Et s’il ya consensus pour dire qu’il faut passer à « autre chose » c’est le grand flou qui domine lorsqu’il s’agît de parler pertinemment de cette autre chose. De plus, non seulement les conditions du passage ne semblent pas réunies mais les conditions en faveur du maintien du statu quo se révèlent d’une puissance insoupçonnée et d’une terrible efficacité. C’est comme si nous nous trouvions au milieu du gué non dans une position de marche mais dans une position d’immobilité, c’est-à-dire la pire qui soit. » ( l’article de Guerrid : Repenser l’université en crise ).

Ce propos de D. Guerrid sur la crise de l’université peut sans peine être appliqué à la crise nationale dans sa globalité. Ni le discours du Président Bouteflika, ni les déclarations de ses ministres, ni les autres interventions d’un personnel taillable et corvéable à merci n’ont donné lieu à ce fameux déclic susceptible de remettre le pays en marche. L’état de délabrement politique et moral du régime est tel qu’on ne serait pas surpris d’entendre quelque nouveau » laquad nadjahna ! » Au milieu de ce naufrage sans appel.

La grenouille et le scorpion

Dans son infinie sagesse, comme dans la longue liste de ses déboires, l’Afrique nous enseigne certaines choses essentielles. Comme cette histoire.
« Un scorpion qui avait besoin de traverser une rivière demanda à une grenouille de le mener jusqu’à l’autre rive sur son dos.
– Il n’en est pas question, répondit la grenouille. Je te connais et je sais que si je te laisse monter sur mon dos, tu me piqueras pour me tuer.
– Mais alors, je vais mourir noyé, répondit le scorpion.
La grenouille finit par accepter et alors qu’ils étaient à la moitié du parcours, le scorpion la piqua, lui injectant son venin mortel.
– Mais qu’est-ce que tu as fait, malheureux, s’écria la grenouille ! Maintenant, tu vas mourir, toi aussi !
– Je n’y peux rien, dit le scorpion. C’est ma nature.»

L’histoire sociale et politique de l’Algérie contemporaine est telle qu’il ne faut pas s’étonner que les foules ne soient pas sorties dans les rues pour demander la chute du régime. Alors que des dizaines de mouvements de contestation quotidiens troublent depuis des années la quiétude de responsables locaux mal élus, corrompus ou incompétents. Ou sans prérogatives réelles.

Pas plus qu’il ne faut s’étonner de voir l’armée résister aux sirènes d’un autre coup d’Etat. Alors qu’elle continue de peser de tout le poids de son silence sur l’ébauche de la moindre sortie de crise.
Ni de voir les acteurs politiques les plus significatifs refuser de s’embarquer dans l’aventure de réformes annoncées dans un râle et menées au pas de charge. Alors que ces acteurs ont formulé des propositions et
décliné leur engagement en vue de l’amorce d’une dynamique politique sérieuse.

Un signal fort.

Il n’ya nulle part l’indice que quelque chose a changé. Le ciel politique national demeure doublement plombé par l’omnipotence de la violence sous toutes ses formes. Et par le statu quo.
« La force du pouvoir algérien réside justement dans sa formidable capacité à neutraliser toute tentative d’organisation de l’opposition et des intellectuels à constituer un débat politique et à construire la moindre entente avec le peuple, par ses méthodes ultrasophistiquées appuyées par une violence politique extrêmement dissuasive. » ( l’article de Benzatat : De la polémique au débat politique)

Dans ce face à face entre l’Algérie et ses crises certaines clarifications s’imposent. Elles concernent l’ensemble des forces en présence. A l’exception de celles qui investissent dans la prolongation du statu quo. Quitte à entrainer dans leur dérive le pays vers une aggravation fatale de toutes les crises actuelles. Que signifie concrètement rassemblement des forces de l’opposition dans un système dominé depuis des décennies par la police politique ? Comment peut s’opérer la moindre « entente avec le peuple » alors que la violence de la gestion par la rente a pénétré en profondeur le monde des représentations sociales politiques et culturelles défigurant la notion même de société ?

« Les conditions fondamentales d’une expérimentation et d’une progression réelle ( …) est que la société (…) puisse représenter pour ses membres un bien commun incontestable. Or, l’usage actuel de la rente s’oppose à une telle représentation de la société. Il définit le jeu social comme un jeu à somme nulle. Ce que l’un gagne l’autre le perd. La coopération est un coût. Or, ce n’est pas le seul usage possible, comme le montre l’exemple de la Norvège. L’usage actuel dilapide notre capital naturel et contrarie la formation des autres capitaux. » ( l’article de Derguini: La crise de la jeunesse maghrébine)

Le potentiel de déflagration générale que comporte ce double containment de la société par la violence et par la rente pèse au dessus de tous les scénarios en cours.
Pour que quelque chose bouge enfin il faudrait de la part du pouvoir comme dit A. Mehri dans sa lettre ouverte au Président Bouteflika « un signal fort ». Or il n’ya rien de cet ordre dans la démarche actuelle.
S.G.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s