France-Algérie : les nouvelles révélations de WikiLeaks

Publié: 4 septembre 2011 dans actualité, international
Tags:, , ,

Santé du président Bouteflika, guerre des mémoires, business… Les derniers télégrammes américains mis en ligne par WikiLeaks apportent un nouvel éclairage sur les coulisses de la diplomatie franco-algérienne.
“Il faut s’attendre à ce que Jacques Chirac continue à travailler sa relation personnelle de longue date avec Bouteflika (et le capital politique gagné par le fait que Bouteflika soit soigné des médecins du gouvernement français) pour que le traité d’amitié franco-algérien aboutisse. En même temps, il semble que le gouvernement français ne cherche pas à conclure le traité à “n’importe quel prix”.” Les Américains avaient vu juste. Ce commentaire de l’ambassade des Etats-Unis à Paris remonte à 2006 et fait partie des milliers de télégrammes diplomatiques américains que WikiLeaks vient de publier.
Cinq ans plus tard, le traité d’amitié franco-algérien n’a toujours pas été signé. Et les relations entre Paris et Alger sont toujours aussi sensibles. Un câble d’octobre 2005 rapporte qu’après le référendum sur la charte pour la paix et la réconciliation nationale, un diplomate français s’est dit impressionné par les déclarations du département d’Etat américain qui “aurait aimé un débat public” sur le projet. Pendant que les Français, “convaincus que les chiffres officiels de la participation diffusés par le ministre de l’Intérieur Yazid Zehrouni étaient frauduleux, au moins en ce qui concerne Alger”, saluaient cette “consultation démocratique à laquelle le peuple algérien a participé”.
En reconnaissant que si la référence à une “consultation démocratique” était “clairement exagérée”, le diplomate souligne qu’ “une déclaration comme celle des Américains aurait déclenché un crise majeure” étant donné que “tout commentaire français sur la politique intérieure algérienne comprend une charge émotionnelle”. Et que les Français, avec Alger, “faisaient leur possible pour prendre des gants au moins jusqu’à ce que le traité d’amitié soit signé.”

“Obstruction” sur l’état de santé du président algérien
En décembre 2005, les Américains constatent que “le gouvernement français continue de faire obstruction sur l’état de santé du président Bouteflika, hospitalisé à Paris depuis le 17 novembre”. Un cadre du ministère des Affaires étrangères français concède que “l’hospitalisation de Bouteflika a compliqué les efforts du gouvernement à conclure un traité d’amitié avec Alger et qu’il ne parviendrait pas à un accord d’ici la fin de l’année comme il se l’était fixé.”
Le télégramme confidentiel de janvier 2006 note que le traité en question attendu depuis longtemps “reste bloqué sur des différends relatifs à des questions historiques, à savoir la façon de nommer la colonisation”. Il cite Missoum Sbih, ambassadeur d’Algérie en France : “Le gouvernement algérien a pensé à introduire la mention de “colonisation” dans le traité, ce à quoi les Français se sont opposés”. Et le diplomate algérien de rappeler que le refus de l’Assemblée nationale de revenir sur la loi de février 2005 sur le rôle positif de la colonisation “a compliqué encore davantage le sujet, devenu une controverse de politique intérieure à la fois en Algérie et en France” et que “les efforts pour réécrire cette loi à la demande du président Chirac n’aboutiront vraisemblablement pas, en raison des réticences publiques à reconnaître les méfaits de la colonisation et de la pression des élections présidentielles imminentes”.
L’abandon du traité ne serait pas, selon lui, “une terrible perte pour l’Algérie mais un gros revers pour la France”. Sans accord, les relations franco-algériennes resteraient à un “excellent niveau” sans atteindre toutefois le “niveau exceptionnel” (selon la définition de Missoum Sbih “meilleures que les relations françaises avec le Maroc et la Tunisie”) promis par le traité”.
Sarkozy “furieux”
Autre épisode de la saga franco-algérienne : alors que Nicolas Sarkozy doit se rendre en Algérie pour une visite d’Etat, fin 2007, Mohamed-Cherif Abbas, le ministre algérien des Moudjahidines, provoque la polémique sur les “origines juives” du président français et le “soutien” dont il aurait bénéficié auprès d’un prétendu “lobby juif” pour accéder à l’Elysée. Le président Bouteflika téléphone alors à Nicolas Sarkozy pour lui assurer que les propos du ministre “ne reflètent en rien la position de l’Algérie”, et qu’il serait “reçu en ami”.
A l’histoire connue, un câble de l’ambassade des Etats-Unis à Paris rapporte les propos de Boris Boillon, aujourd’hui médiatique ambassadeur de France en Tunisie, à l’époque conseiller Afrique du Nord, Proche et Moyen-Orient à l’Elysée. Ce dernier y décrit un Nicolas Sarkozy “furieux” après les déclarations “racistes et antisémites” du ministre des Moudjahidines. Le président français aurait “donné des instructions pour que soit convoqué l’ambassadeur algérien et que s’ensuive une déclaration officielle des Algériens afin qu’ils se démarquent des propos du ministre ou au moins, les condamnent.”
Toujours d’après Boris Boillon, Nicolas Sarkozy “aurait aimé” que le président algérien congédie son ministre mais “qu’il ne le demanderait pas expressément de crainte que les Algériens ne réagissent avec excès” et “qu’une nouvelle crise” entre les deux pays ne s’ensuive. Compte tenu des contrats à signer, “l’Algérie aurait beaucoup plus à perdre que la France si la visite devait subitement être annulée pour de telles raisons”, ajoute-t-il. Abdelaziz Bouteflika et Mohamed-Cherif Abbas “ont la même mentalité et appartiennent à la même génération, englués dans les années 60 ou peut-être les années 70″, aurait-t-il expliqué aux Américains, en notant “l’ironie de plusieurs leaders des organisations vétérans d’Algérie dont les enfants vivent et travaillent en France, sans parler des comptes bancaires français et des titres immobiliers”.
Les pertes de Renault
Dans un télégramme datant de septembre 2009, un cadre des Affaires étrangères français, assure que malgré les reports répétés de la visite d’Etat du président algérien en France, “les relations entre les deux pays ne sont pas tendues”. “L’inertie de la politique intérieure du côté algérien a créé l’apparence de tensions grandissantes entre les deux pays”, les élites politiques algériennes “prenant beaucoup de temps pour parvenir à des conclusions et à agir”.
Pour autant, la loi de finances complémentaire consacrant une série de mesures protectionnistes aurait considérablement détérioré les relations bilatérales. “Depuis que la loi est entrée en application, les exportations de la France vers l’Algérie ont baissé d’environ 60% (…). La loi comprend de nombreuses barrières structurelles à l’investissement et au commerce avec l’Algérie”. Et de citer en exemple Renault qui “a souffert de pertes significatives”.
Pour expliquer ce repli économique, les Français avancent “une peur grandissante de l’endettement parmi l’élite algérienne, en particulier Bouteflika, qui interprète la tourmente économique des années 80 comme la cause principale de la guerre civile des années 90. En limitant le déficit des comptes coutants, il semble penser qu’il peut créer de la stabilité politique.”
Mélanie Matarese
Source : blog.lefigaro.fr

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s