Entretien avec Ali Yahia, Président du Conseil national du secteur des communes (CNSC, SNAPAP)

Cette tripartite n’en est pas une.

Chafaa Bouaiche
Mardi 4 Octobre 2011
lanation.info

Le gouvernement a organisé une tripartite sans associer les syndicats autonomes. Quelle lecture faites-vous de cette exclusion et pourquoi le gouvernement ne discute qu’avec l’UGTA ?

Tout d’abord, nous tenons à dénoncer cette tripartite qui n’en est pas une en réalité.  Nous la qualifions, pour notre part, de bipartite étant donné que les travailleurs n’ont pas du tout été défendus et que leurs revendications n’ont pas été prises en charge.

L’UGTA n’est comme à chaque fois qu’un faire-valoir pour le gouvernement qui l’emploie à entériner ses décisions. Encore une fois l’UGTA a adopté un profil bas; malgré tout le tapage médiatique autour des dossiers qui devaient être discutés lors de cette tripartite, l’UGTA en fin de compte est rentrée bredouille. On ne peut pas dire autant du Patronat qui, lui, a bénéficié de nombre de largesses de la part du gouvernement sans aucune contrepartie comme la création de l’emploi…  Tout le monde se rappelle des émeutes dites de l’huile et du sucre de janvier 2011 qui avaient été suivies d’un tas de mesures en faveur du Patronat.

Concernant l’exclusion des syndicats autonomes, sachez que de toute façon, nous ne cautionnerons jamais de telles décisions qui creusent l’écart en matière des salaires entre les hauts fonctionnaires de l’Etat et le reste des travailleurs qui continueront à percevoir des salaires qui ne suffisent même pas à boucler les fins de mois. C’est ce qu’il convient d’appeler des disparités salariales honteuses. Les syndicats autonomes n’attendent pas la convocation d’une tripartite ou autre rencontre officielle pour mettre en avant les revendications des travailleurs à l’instar de l’amélioration du pouvoir d’achat ou de l’augmentation du SNMG pour des salaires dignes et des pensions de retraite en harmonie avec le coût réel de la vie. L’UGTA qui a définitivement tourné le dos aux revendications des travailleurs, reste pour ainsi dire le meilleur interlocuteur du gouvernement et du Patronat à la fois !

Le SNMG passera de 15000 à 18000 dinars à compter de janvier 2012. Cette augmentation aura-t-elle un impact positif sur le pouvoir d’achat des Algériens ?

Bien sûr que non ! Toutes les études menées par les syndicats autonomes déjà en 2006 ont fait ressortir que pour pouvoir vivre décemment, un travailleur avait besoin de percevoir un salaire minimum mensuel entre 35.000 et 40.000DA.

Certains disent que l’augmentation du SNMG bénéficiera plutôt aux hauts cadres de l’Etat. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

L’augmentation du SNMG telle que conçue actuellement profitera exclusivement aux hauts cadres de l’Etat dont les salaires sont indexés directement sur le SNMG contrairement aux autres salariés de la fonction publique dont les salaires sont fixés par une grille des salaires. Il suffit d’un petit calcul sur un salaire indexé sur le SNMG pour déterminer la valeur exacte de l’augmentation induite par le relèvement du SNMG pour les cadres de l’Etat.

Pourquoi à votre avis le gouvernement refuse d’abroger l’article 87 bis du Code du travail ?

Le gouvernement continuera à appliquer le 87 bis tant qu’il continuera à imposer une grille des salaires erronée et injuste envers les basses catégories. C’est cet article qui définit le SNMG comme la somme du salaire de base auquel l’on greffe toutes les primes et les indemnités. Et tout cela en brut sans compter les défalcations pour le compte de la sécurité sociale et de l’IRG. Si l’on prenait par exemple les catégories comprises entre une (1) et huit (8) dans la grille des salaires, l’on se rendra compte que les salaires de base respectifs sont de l’ordre de 9000 DA et 17055 DA. Sans les primes et les indemnités y afférent, l’on n’atteindrait pas le SNMG. Les salaires nets des travailleurs classés aux catégories une (1) et (5) n’atteignent pas 18000 DA ! Le gouvernement refuse de supprimer le 87 bis pour ne pas justement réviser la grille des salaires, préférant maintenir notamment les basses catégories dans la misère.

Un groupe de travail pour étudier les incidences financières de la baisse de l’IRG sur les salaires a été mis en place…

Le Premier ministre a opposé un niet catégorique quant à la baisse de l’IRG.
Je crois que c’est sans commentaire. Cependant, nous continuerons à porter les revendications des travailleurs car seule la lutte et la mobilisation feront reculer le gouvernement dans son mépris envers les travailleurs.

Qu’en est-il du dossier de la retraite ?

Nous dénonçons vivement le cynisme et du gouvernement et de l’UGTA envers les retraités qui pour beaucoup d’entre eux ont tout de même nourri un espoir de voir leurs pensions relevées à l’issue de cette tripartite, mais pas un seul geste ne leur a été consenti.

Allez-vous réagir à ces décisions ? Par quelles actions ?

Les travailleurs sont déjà en mouvement de lutte et ce, depuis 2010 en ce qui concerne les travailleurs communaux pour l’amélioration du pouvoir d’achat en harmonie avec le coût de la vie et des conditions socioprofessionnelles.  Nous lançons un appel à toutes les organisations syndicales autonomes qui se battent pour les intérêts des travailleurs en vue de fédérer nos forces pour un salaire minimum digne beaucoup plus conséquent en faveur des travailleurs que ce que le gouvernement et l’UGTA leur concèdent aujourd’hui. Nous exigeons l’indexation de tous les salaires y compris des pensions de retraite sur le SNMG.

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