Aït Benali Boubekeur
Mardi 10 Avril 2012

 

Depuis l’annonce de la participation du FFS aux élections législatives, le parti est attaqué tous azimuts. Bien qu’une certaine campagne de déstabilisation atteigne un niveau insoutenable, le FFS, après une concertation avec sa base, maintient le cap et déploie, par la même occasion, tous les efforts en vue de rassembler sa famille politique. Cela dit, toute position politique peut faire l’objet de critiques. À ce titre, les choix du parti ne peuvent pas déroger à cette norme. Là où le bât blesse, c’est quand ces attaques sont dépourvues de tout sens moral.

En tout cas, le FFS est habitué à entendre ses adversaires le calomnier. En effet, la campagne de déstabilisation venant des personnes qui avaient, depuis des lustres, comme objectif d’assener un coup terrible au FFS ne choque guère. Néanmoins, la dernière sortie médiatique de Djamel Zenati –et c’est le moins que l’on puisse dire –est inattendue. Elle l’est d’autant plus que son auteur fut, un moment donné, un haut responsable du parti. D’ailleurs, plusieurs militants et sympathisants, pour ceux qui participent à des groupes sur facebook, ont attendu son retour imminent au parti. Il faut dire aussi que son passage, comme dirigeant du parti, fut bien apprécié. Il est, à ce titre, considéré comme une valeur sûre. Cela dit, chacun est libre de croire à une autre voie que celle préconisée par sa famille, ou son ancienne famille, politique.

D’une certaine façon, sa contribution au journal El Watan du 3 avril 2012 laisse les observateurs perplexes. Concluant son texte, Zenati estime que « le boycott de cet abject cérémonial est une chance pour la paix et la stabilité de l’Algérie ». De toute évidence, cette conclusion, en lisant méticuleusement le texte, peut être son contraire, sans qu’elle soit en totale contradiction avec l’ensemble du contenu. En effet, le rappel historique peut dégager un consensus même parmi les dirigeants. Le ministre de l’Intérieur, ne disait-il pas, récemment, qu’en privant le GPRA de gouverner, l’Algérie a enregistré un retard de quarante ans. Pour le FFS, cette usurpation du pouvoir a été constamment mise en exergue. D’ailleurs, qui peut ne pas être d’accord avec ce jugement : « De la spécificité à l’exception, de l’urgence au danger, toutes sortes de spectres sont inlassablement brandis pour peser sur les représentations sociales et contraindre les citoyens à abdiquer leur droit de disposer librement de leur destin », écrit Djamel Zenati. En dehors du débat sur les législatives du 10 mai, quel que soit l’engagement de l’Algérien, ce point de vue pourrait être communément partagé.

D’une façon générale, le parcours d’Ait Ahmed ne symbolise-t-il pas  le combat d’un homme pour que les droits fondamentaux des Algériens ne soient pas bafoués ? À un moment donné, les deux hommes, Zenati et Ait Ahmed, ont œuvré ensemble pour la réalisation de ce changement, plaçant l’Algérien au centre de la vie politique. Et sans l’acharnement du pouvoir occulte, l’Algérie a été tout prés du succès, au début des années 1990. La démocratie étant un processus du long terme, le FFS a plaidé pour qu’on donne la chance au processus électoral, interrompu en janvier 1992. Sauf que les dirigeants et les éradicateurs ont tenté de catégoriser les Algériens en bons et mauvais électeurs. La majorité hélas appartenait à cette deuxième catégorie. Ce qui fut condamné par le FFS. En effet, pour peu que l’Algérien fasse son choix librement, le FFS ne se préoccupe pas de savoir pourquoi a-t-on choisi untel ou untel. Et pour qu’il n’y ait pas la moindre confusion, le FFS a défendu et continue de défendre un projet de société ne s’appuyant ni sur le turban ni sur la casquette. Lorsque le choix a été fait en décembre 1991, le FFS s’est battu pour que le choix de ceux-là soit respecté. À ce moment-là, ce fut aussi la position à laquelle adhérait pleinement Djamel Zenati.

Cependant, tentant de discréditer les élections du 10 mai, [en ce sens, on peut être d’accord en partie sur la malhonnêteté, pointée par Zenati, des dirigeants ayant excellé jusque-là dans la fraude], Zenati écrit : « Ces derniers [les imams], un Coran dans une main et une bourse dans l’autre, se lancent à la conquête des esprits récalcitrants ». Est-ce cela l’esprit démocratique ? A-t-on le droit de cataloguer les Algériens de cette façon, à moins qu’on ait des preuves. Dans ce cas, il faudra citer les noms pour que ces personnes, voulant tordre le cou à la démocratie, soient recadrées. En tout cas, en disant cela, sa rupture avec le FFS est quasiment consommée. Car, dans l’esprit du FFS, la démocratie reste un long processus d’apprentissage. À ce titre, les Algériens peuvent faire un mauvais choix, mais ce dernier doit être réellement le leur.

Quoi qu’il en soit, si les décideurs avaient accepté cette voie préconisée par le FFS, on n’aurait pas eu ce retard dû essentiellement à la gestion du coup d’État. Le résultat n’est-il pas catastrophique : 200000 morts, plus de 20000 disparus. Cette violence a causé beaucoup de torts. Djamel Zenati le signale magistralement en notant à juste titre : « Le texte du serment présidentiel, devant être prononcé par les membres du HCE à leur intronisation, en janvier 1992, a été modifié pour mieux coller à la conjoncture. Il est en effet malséant, voire provoquant, de jurer, la main sur le Coran, « de défendre la Constitution » et « de respecter le libre choix du peuple » quand on vient juste de substituer à l’institution présidentielle une instance étrangère à la Constitution et que l’on s’apprête à interrompre un processus électoral ».

D’une façon générale, cette interruption du processus électoral a plongé le pays dans une crise abyssale. L’exercice politique est, depuis, verrouillé, de façon hermétique, par le régime. Et sans les événements ayant secoué plusieurs pays de l’Afrique du Nord, on pourrait dire que la voie menant au changement est définitivement obstruée. Mais depuis les révolutions, tunisienne d’abord, égyptienne et libyenne ensuite, sans omettre les réformes mises en œuvre, au Maroc, ayant débouché sur la reconfiguration de la carte politique dans le royaume chérifien, il est désormais permis de croire à un changement en Algérie. Toutefois, la question lancinante est la suivante : quelle voie doit-on emprunter en Algérie ?

De toute évidence, un pays, qui a perdu plus de 200000 citoyens en une décennie, ne pourrait pas se hasarder sur la voie de la violence. Or, on entend ici et là que le salut ne pourrait venir que dans le statu quo. Pour jeter le discrédit sur les législatives, on peut même lire des analyses selon lesquelles les élections du 10 mai ne seront que le remake de celle de décembre 1991. Bien que chaque parti ait le droit de considérer que « si les partis islamistes arrivaient au pouvoir, ce serait un chaos général », on a aussi le droit de dire que ce qui est fondamental, notamment pour le FFS, c’est que l’élu soit choisi librement par ses concitoyens. En revanche, si cette voie de sagesse risque de ne pas aboutir au changement, les partisans du boycott ne nous disent pas comment y parvenir. Quelle voie reste-t-elle ? Autrement dit, qui a le courage politique d’appeler à une révolte du style libyen ? Cette démarche étant trop coûteuse, certains trouvent des formules du genre « Les Algériens doivent sortir dans les rues pour exiger le changement ».

Mais les Algériens ne l’ont pas fait quand le CNCD les avait appelés à manifester. En effet, contrairement au forcing exercé par les Égyptiens pour rejoindre la place El Tahrir, les Algériens n’ont pas fait de même pour rejoindre la place du 1er mai. En ce sens, il ne pouvait y avoir aucune comparaison entre les deux places. De la même manière, le changement ne peut pas se concrétiser, en Algérie, à la manière égyptienne. Par conséquent, en Algérie, comme au Maroc, d’ailleurs, un certain nombre de garanties a été donné pour que le processus se fasse sans violence. Un observateur de la vie politique algérienne, Abed Charef, constate que le scrutin du 10 mai sera différent des précédents dans la mesure où « le suivi ne sera pas assuré par les traditionnelles commissions électorales, mais par la justice. Peu importe que celle-ci n’ait pas encore prouvé son indépendance et son impartialité. Mais le simple fait que la validation, des résultats soit confiée aux juges, constitue déjà un pas dans la bonne direction ». Pour cet observateur averti, cette évolution connaîtrait son couronnement lors des élections locales de l’automne. Si ces deux joutes sont gérées de façon impartiale, l’Algérie connaitra indubitablement un nouveau climat politique.

Enfin, il reste juste à situer la position du FFS par rapport à cette évolution. Bien que sa participation ne puisse, en aucun cas, s’apparenter à un alignement sur la politique du régime, le parti, par la voix de son président, Hocine Ait Ahmed, ne cesse de le répéter, à qui veut ouvrir un tant soit peu ses oreilles, que le projet du FFS et celui du régime, se situent aux antipodes. Mais quand le régime s’engage à respecter la volonté du peuple, le FFS a toujours été et sera d’ailleurs partie prenante de ce processus. Cette conviction est partagée par l’ensemble ou peu s’en faut des militants et sympathisants du FFS. Le reste n’est qu’ergotage et esprit mal vaillant qui ne peut entamer la détermination de la famille politique, dirigée par Ait Ahmed.

commentaires
  1. hamzaa dit :

    Comme d’habitude, le temps nous donnera raison. Et ces mêmes détracteurs nous donnerons raison. Que voulez vous faire, ils ont toujours du retard.

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