Faut-il faire taire Omar Aktouf ?

Publié: 22 juillet 2012 dans actualité, Economie
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Faut-il faire taire Omar Aktouf ?

La dernière contribution sur El Watan du professeur en management aux HEC de Montréal sur les choix économiques de l’Algérie a suscité une avalanche de commentaires pas toujours doux à son endroit (voir plus basm le lien sur la contribution ).

Youcef Bendada, économiste, vivant au Canada, part à sa défense. Je publie ici son texte en intégralité :

 

Faut-il faire taire Omar Aktouf ?

Omar Aktouf sort de sa réserve et,  comme à l’accoutumée, parle vrai. Il parle économie, gestion, management sans détours. Et puis, il cisèle ses phrases et ne prend pas de gants pour dire vrai.  Sa contribution, puisqu’elle est ainsi intitulée, est un cri du cœur d’un sociologue doublé d’un économiste connu et reconnu à travers le monde. Je n’exagère pas, puisque son école s’étend de l’Europe aux deux continents américains grâce à sa maitrise des langues anglaise, espagnole et portugaise.

Omar Aktouf, me semble-t-il, n’attend rien de quiconque. Il dit ce qu’il pense et dérange ceux qui courtisent. Omar Aktouf a lancé un cri que l’on veut déformer afin de le discréditer et l’éloigner de son devoir d’intellectuel prêt à servir sa patrie. À quoi alors servirait un intellectuel, si ce n’est pour dénoncer les (vraies) dérives de son pays lorsqu’il est en danger?

Pourquoi a-t-on voulu l’éloigner de son pays déjà dans les années 90, lorsque certaines autorités logées à El Mouradia ont demandé à une annexe de l’ONU de le bannir d’un programme économique au service des pays en développement, alors qu’il n’en coûtait pas un dinar à notre pays pour profiter de son savoir? Mais peut-être que, justement, le savoir que Omar Aktouf propose ne «plaît» tout simplement pas à bien des intérêts solidement installés dans et hors l’Algérie ?

Omar Aktouf, dont l’engagement pour son pays n’a d’égal que son franc parler et la justesse de ses analyses, dérange, tout bonnement, toute une série de «cliques» qui se sont donné pour «noble mission» le contrôle privé des richesses de notre pays, quitte à tenter de trouver théories et justifications là où il n’y en a plus : les modèles US et le néolibéralisme.

Pour preuve que Omar Aktouf a toujours eu raison, il suffit de lire ses ouvrages prémonitoires quant à la fabuleuse filouterie des Surprimes que le système financier américain a concoctée, plongeant le monde entier dans un tourbillon de mesures démentes de néolibéralisme, qui n’en finit plus, et dont les ressorts ne sont que sucer le sang des travailleurs et massacrer la nature tout en continuant à engraisser les banquiers et leurs complices, dont font partie, businessmen, politiciens, «experts» et autres «éminents professeurs».

L’appel de Omar Aktouf, si on veut bien le lire pour ce qu’il est : le cri du cœur d’un homme droit et authentique algérien, en plus d’être celui d’un des plus précoces et fins analystes (encore une fois mondialement connu et reconnu) des dégâts de la mondialisation, du néolibéralisme et du modèle US… est une bénédiction pour notre pays qui n’en peut plus de souffrir l’infinie boulimie de ces courtisans sans foi ni loi, qu’on nous présente, «théories fumeuses» à l’appui, comme les sauveurs de la nation.

Par ailleurs, ce cri de Omar Aktouf est une suite logique à son essai de fin des années 1980, publié sous le titre «Algérie, entre l’exil et la curée» : cet ouvrage dénonçait déjà l’inanité du mode de fonctionnement de notre économie,  et surtout, mettait clairement  à nu un système pourri ne favorisant que clanisme, corruption et maintien de l’économie algérienne dans un sous-développement endémique.

Omar Aktouf tente de construire une démarche et une stratégie  aussi désintéressées que sérieuses, démarche qui permettrait de maitriser les ressources, en particulier toutes les ressources de type bien commun et publiques, aux mains d’un État fort («véritable État» comme il le dit, et non «cliques» d’économie de bazar,  s’improvisant «gouvernants») qui veille à un usage du revenu national de manière équitable, à une juste répartition entre «entreprises», travailleurs, nature…

Traiter Omar Aktouf de «naïf», de «déconnecté», de «soviétiste»… et de  tous ces «noms d’oiseaux» que je vois de ci-de là, n’est, pour moi, que refus de voir sérieusement ce qu’il a à nous dire, et gratuite insulte à son intelligence et à l’approche rigoureuse-constructive qu’il imprime à son discours.

Ne laissons pas son cri se transformer en désespoir. Quant aux charlatans, ils peuvent continuer à bénéficier de tous les supports, rien n’y fera, l’économie nationale sera sauvée par ses enfants, et, espérons le, la multiplication des Omar Aktouf.

 

Youcef Bendada

Économiste/Montréal

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