Extrait du Rapport de Hocine AÎT-AHMED au Comité central élargi de Zeddine, fin décembre 1948

« La politique des cadres est un état d’esprit qui est lié à la notion même de cadre. Il faut avoir une notion révolutionnaire du cadre pour faire une politique révolutionnaire des cadres et inversement »

Manque de cadres et de formation idéologique, 

 Le parti se heurte à l’insuffisance des cadres, du point de vue de la quantité et de la qualité. Le mouvement s’est développé très rapidement, parce que ses mots d’ordre patriotiques répondent aux aspirations profondes de notre peuple. L’encadrement, par contre, ne s’est pas développé dans des proportions correspondantes, il a poussé de lui-même, parfois aux hasards des rencontres, souvent dans la violence des luttes quotidiennes contre la répression et l’humiliation. La diversification des tâches, la spécialisation des militants des militants requièrent un nombre de responsables locaux, régionaux et nationaux sans cesse accru. Sans doute est-ce sympathique de voir encore à la tête des structures maintenant importantes, les mêmes éléments qui fondaient l’Etoile Nord Africaine, mais l’efficacité révolutionnaire exige un renouvellement des méthodes et des hommes et d’abord des idées. Tout se tient. Le nationalisme n’est plus à l’époque des balbutiements, des slogans sentimentaux et des méthodes à la Bab Ellah « Hasard ».

L’élargissement des assises sociales, du patriotisme révolutionnaire est une réalité nationale à laquelle doivent correspondre un élargissement et un approfondissement dans les horizons théoriques et organisationnels. L’ascension de la révolution est à ce prix. Le problème des hommes constitue un goulot d’étranglement, « un bouchon de route » sur la voie de la libération. Le renouvellement et le renforcement des cadres ne doivent pas se faire d’une façon bureaucratique par le grand sommet ou les petits sommets. Ils doivent être conçus d’une façon ouverte et démocratique afin de donner à nos structures des élites révolutionnaires, porteuses de la dialectique révolutionnaire. Ajoutons qu’il faut leur donner des responsabilités et les aider à les assumer sans paternalisme. Pleine d’ardeur notre jeunesse assoiffée de théories, d’idées d’avant-garde, sollicitée par les grands courants révolutionnaires qui travaillent le monde. Elle a besoin d’une mystique, d’une orientation idéologique. Le renouvellement idéologique accélérera le renouvellement des structures et des hommes et vice-versa aussi dans une grande mesure. Est-ce là la quadrature du cercle ? Qui, renouvellera quoi ? Nous ou les structures ? Ou les idées ? Sommes-nous capables de renouveler les idées et les structures pour jouer au petit jeu des hommes indispensables, apparatchiks traditionnels qui conçoivent tout renouvellement en fonction d’eux-mêmes, ou bien pour faire jouer les différentes dynamiques de la dialectique historique de la mobilisation des masses en vue de leur libération politique, économique et sociale ?

Un effort est à faire dans le sens de la clarification de nos positions politiques et de l’éducation politique du peuple. Chaque responsable de cellule explique à sa manière la ligne du parti. Notre presse ne leur apporte pas des données positives capables de les guider et de les enrichir. Les avatars de conceptions farfelues sont un danger au même que ceux qui découlent de l’obscurantisme colonial. Le peuple a besoin de voir clair et de marcher de lui-même avec foi et enthousiasme. Le rôle des cadres est un rôle fonctionnel, rendre possible est implacable ce processus

La Politique de renouvellement des cadres : 

Il est faux de prétendre que le parti manque de cadre.il est plus honnête de faire son autocritique et d’avouer que le parti n’a pas de politique de cadre. Qu’est-ce qu’un responsable, sinon un militant auquel le parti, c’est-à-dire en l’occurrence un autre militant, confie des responsabilités, ancienneté, compétence, copinage ? souvent il y a combinaison de plusieurs critères mais au hasards des appréciations au point où on peut dire « Dis-moi de qui tu t’entoures, je te dirais quel genre de responsable tu es ».

Force en tout cas est de constater que le parti confie très peu de responsabilités aux autres. Est-ce qu’il manque de militants capables d’assimilation et d’adaptation ? Non ! C’est une vérité d’évidence que pour être compétent, il faut accéder à des compétences et pour être responsable et avoir des responsabilités. Cette lapalissade n’est pas un artifice de logique, c’est le résultat d’une expérience. La plupart des cadres de l’OS sont en effet des militants de base, dévoués et intelligents. Nous leur avons fait confiance, ils font l’impossible pour mériter cette confiance. Ce sont des jeunes qui ont l’ambition de la jeunesse, une ambition qui est une vertu guerrière quand elle se nourrit de l’idéal révolutionnaire, l’expérience de l’OS démontre que le parti a eu tort de se fier aux mêmes hommes pour accomplir les mêmes rites dans la même défiance de la base. Une saine politique des cadres doit d’abord se débarrasser du cadre familier, des routines bureaucratiques, des affinités petites bourgeoisies et des conceptions du cadre type notable parvenu et indispensable.

Nul n’est indispensable. Nul ne doit être indispensable que ce soit en temps de paix ou en temps de luttes surtout pendant la guerre. « Si l’acte de guerre comme une horlogerie bien remonté perpétue toujours son propre mouvement », il s’ensuit que les indispensables que parce qu’ils peuvent être avantageusement remplacés, la réorganisation du parti à Alger, l’an dernier, a permis de découvrir que les indispensables sont souvent imprégnés de conceptions rétrogrades, voire féodales. On couve ces militants pour le plaisir de les couver et d’en compter cotisations. Ainsi qui sont encore plein d’enthousiasme et de possibilités, les indispensables ont généralement atteint leur plafond, tant au point de vue moral que du point de vue rendement. Ils courent le risque « de tourner » en notables auxquels le parti doit  beaucoup. Ceux qui prendront la relève auront par contre le sentiment de plus de devoirs au parti, ils apporteront ardeur et fraîcheur et finiront de surcroit de rendement, dont le parti a besoin, avant d’atteindre leur propre plafond a leur tour. Il y’aura sans doute moins de risques de les voir jouer aux indispensables. La politique des cadres est un état d’esprit qui est lié à la notion même de cadre, il faut avoir une notion révolutionnaire du cadre pour faire une politique révolutionnaire des cadres et inversement.

 

Hocine AÎT-AHMED Décembre 1948 ; Zéddine

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s