L’assassinat d’Ali Mecili: un crime politique couvert par la raison d’État

Publié: 8 avril 2013 dans actualité, Affaire Mecilli

Ali mecili

Dans la vie, il y a des combats qui ne s’estompent pas. Celui d’Ali Mecili en fait incontestablement partie. Bien que son promoteur ne soit pas de ce monde, grâce à la mobilisation de Hocine Ait Ahmed et de sa famille, son sacrifice n’est ni oublié ni abandonné. À ce titre, chaque année, sa famille, le FFS et tous ceux qui sont épris de justice commémorent l’anniversaire de l’assassinat d’Ali Mecili par les services secrets algériens. Cette année, un rassemblement est prévu demain, le 7 avril 2013, à 14 heures 30 au cimetière Pierre Lachaise.

De toute évidence, malgré les 26 ans qui nous séparent de cet ignoble meurtre, la plaie est toujours béante. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a du mal à cicatriser, car tout est fait, du côté français comme du côté algérien, pour que la vérité ne se sache pas. En tout cas, par sa couverture d’un assassinat perpétré sur son sol, la France, au nom de la raison d’État, a couvert et couvre encore les auteurs de la sale affaire. Malheureusement, la France a choisi le camp des tyrans, en étant peu regardante sur les valeurs qui sont les siennes. En effet, un pays qui affirme son attachement à la justice, au respect des principes humanistes, peut-il bâcler l’enquête en livrant l’assassin au pays qui a planifié une liquidation d’un opposant politique sur son propre sol ?

À moins que le combat d’Ali Mecili pour le changement de régime en Algérie contrarie des desseins occultes. Et pourtant, le combat d’Ali Mecili pour l’instauration de la démocratie en Algérie ne devait pas a priori poser un cas de conscience à un pays qui s’apprêtait à l’époque à fêter les deux cents ans de la chute de la monarchie. En tout cas, pour Ali Mecili, une Algérie libérée par le sang de ses meilleurs fils ne méritait pas de sombrer dans le chaos. Le compagnon de lutte de Hocine Ait Ahmed ne voulait pas assister, après avoir contribué à mettre fin au joug colonial, à une autre forme de domination de son peuple.

Cette probité le rapproche naturellement de Hocine Ait Ahmed, dont le combat pour une Algérie libre, heureuse et épanouie n’est plus à présenter. D’ailleurs, dès l’automne1962, les deux hommes se sont engagés pacifiquement dans un combat politique en vue de restituer sa dignité au peuple algérien. Quoi qu’il en soit, le combat politique à l’intérieur des institutions ayant montré ses limites, ils ont créé, en compagnie d’autres grands militants, le front des forces socialistes, le 29 septembre 1963. Et durant sa riche carrière politique, la devise d’Ali Mecili était la suivante : « la démocratie d’aujourd’hui est également la garantie de la démocratie de demain. »

De toute façon, la persévérance d’Ali Mecili dans son combat est perçue comme une menace sérieuse par le régime d’Alger. D’autant plus que, dans les années 80, Ali Mecili œuvre pour le rassemblement de l’opposition algérienne. Créant son organe de presse, en l’occurrence Libre Algérie, Ali Mecili dénonce les abus du régime algérien et les mesures iniques des autorités françaises à l’égard des opposants algériens en France. Dans ces conditions, comme le feraient tous les régimes dictatoriaux, la liquidation physique devient une nécessité en vue d’éteindre la voix dénonciatrice. Dès lors, le sort d’Ali Mecili est scellé, selon Hocine Ait Ahmed. « « Ali André Mecili a été tué par la conjuration des barbouzes et des maquereaux contre le rapprochement des hommes au sein d’un même peuple et le rapprochement entre les peuples au sein d’un même monde. C’est parce que le FFS s’est inscrit dans la logique d’union nationale, de convergence démocratique, de la lutte pacifique en Algérie et de rapprochement entre les peuples français et algérien dans le respect mutuel qu’Ali André Mecili a été tué », déclare-t-il à l’occasion du 23ème anniversaire de l’assassinat de son ami.

En somme, il va de soi que l’assassinat d’Ali Mecili résulte de la bêtise humaine. En un mot, les usurpateurs du pouvoir en Algérie, dès 1962, ne voulaient pas que quiconque les contrarie. Quant aux autorités françaises de l’époque, leur arrangement avec le régime d’Alger en vue d’étouffer l’affaire s’est fait au détriment des valeurs fondatrices de l’État français. Dans ce cas, et en dépit des difficultés tous azimuts, il ne reste aux proches d’Ali Mecili et à sa famille politique, à travers des cérémonies annuelles, qu’à perpétuer son combat, et ce, jusqu’à ce que la lumière soit faite sur ce lâche assassinat. « Nous allons donc continuer et comme chaque année, en avril, nous retrouver pour nous recueillir sur la tombe d’Ali et redire notre espoir de voir un jour la vérité venir d’une Algérie enfin démocratique », écrit en 2010 Annie Mecili, veuve d’Ali Mecili. Enfin, ce jour, où la vérité jaillira, interviendra, espérons-le, avec la réalisation du vœu d’Ali Mecili inhérent à la fin de la dictature en Algérie.

Boubekeur Ait Benali, 7 avril 2013

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