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le 29.09.13ait 2

Il est des hommes dont l’histoire personnelle est liée à celle d’une nation. Il est des hommes dont le parcours est un cheminement de positions et d’actions suscitant l’admiration des amis et forçant le respect des adversaires.

Parler de Hocine Aït Ahmed, c’est évoquer l’histoire d’un pays, c’est aussi et surtout faire le constat d’une conviction constante et inébranlable en l’édification d’une Algérie démocratique. De ce jeune lycéen qui a vite pris conscience de la justesse de la lutte contre le colonialisme en adhérant au PPA dès l’âge de 16 ans, à l’homme politique émérite et de grande valeur qu’il est devenu, Aït Ahmed, même s’il a été président d’un parti, ne peut être réduit à ce seul rang. Ce grand visionnaire, au-delà du Front des forces socialistes qu’il fonda en guise de moyen de lutte pacifique pour la démocratie, a été et est toujours le leader que l’Algérie serait fière de compter parmi les grands défenseurs de la démocratie que connaît le monde. La compétence du jeune militant le fit devenir membre le plus jeune du comité central du PPA-MTLD. Armé d’intelligence et de sincérité, il fut sans conteste l’un des militants les plus brillants du Mouvement national.

Patron de l’Organisation secrète, Aït Ahmed a été à l’origine,  en 1948, de ce qui deviendra le socle de la Révolution algérienne, le rapport Zeddine. En temps que chef de l’Organisation secrète, il établit avec force détails et précisions le chemin que devrait prendre la lutte armée. L’homme, épris de justice et de liberté, ne ménagea aucun effort pour rendre possible le rêve d’indépendance.
Il était tout naturel de le retrouver parmi les premiers chefs historiques à l’origine du déclenchement de la Révolution. L’architecte de cette Révolution, fin connaisseur de la chose politique, a été celui qui fit entendre la voix de son peuple au monde, en Asie et à New York notamment. Celui qui, parmi les chefs historiques détenus suite au premier détournement d’avion de l’histoire de l’humanité, a soutenu le Congrès de la Soummam, convaincu qu’il était de la primauté du politique sur le militaire. Une doctrine qu’il n’a jamais cessé de défendre jusqu’à nos jours.

«Pari démocratique»

Il fut à l’origine de la création du GPRA et il était tout naturel qu’il s’opposât au coup de force opéré par l’état-major général de l’armée des frontières en 1962 pour s’emparer du pouvoir. Il refusait de voir l’Algérie, qui venait de s’affranchir du colonialisme, basculer dans l’autoritarisme et le pouvoir personnel. Il était tout tracé, pour cet homme de conviction, de ne pas céder à la compromission avec un régime de dictateurs et d’apparatchiks. La naissance du Front des forces socialistes et son opposition au pouvoir a été la marque de fabrique d’un esprit libre et hermétique au contrôle. Celui qui a qualifié l’insurrection du 1er Novembre 1954 de «pari démocratique» ne peut que réclamer la démocratie en juillet 1962. «Je ne suis pas un opposant systématique, je suis opposant à la dictature, je suis pour la démocratisation. Notre mouvement n’a jamais cessé de lutter pour les droits de l’homme ; civils, politiques, économiques et socioculturels, c’est pour nous un tout indivisible», affirmait-il lors d’un débat télévisé sur la création du FFS.

Du maquis à la clandestinité, de l’exil au retour au pays en 1989, Aït Ahmed fit du FFS le porte-flambeau de la lutte démocratique. «Quand, avec des compagnons de lutte contre le colonialisme et pour l’indépendance nationale, nous avons fondé le Front des forces socialistes, pour que cette indépendance algérienne s’accomplisse dans la démocratie, dans le respect des libertés, dans le respect de la justice sociale, dans le respect du pluralisme politique et culturel, fondateurs du mouvement de libération nationale, je n’imaginais pas que cinquante ans plus tard nous en serions encore à nous battre pour défendre notre simple droit à exister. Nous, militants du FFS, et plus généralement nous, Algériens», disait-il dans son message au dernier congrès du FFS tenu au mois de mai dernier. Une phrase qui traduit à la fois la sincérité d’un combat pour les libertés et la déception de voir que l’idéal démocratique reste encore à conquérir. Patriote de la première heure il l’est, patriote il le restera, ne perdant jamais de vue que la lutte démocratique ne saurait s’accommoder d’une atteinte à la souveraineté nationale et l’unité territoriale. «Il est exclu que quiconque nous donne des leçons en politique, en démocratie, en militantisme, en patriotisme et en takvaylith», rétorque-t-il aux semeurs de doutes qui font de la division une politique et de la politique un interdit. «Pour le FFS, patriotisme et démocratie sont inséparables. Durant ces cinquante années de lutte, le FFS a d’abord dû lutter pour empêcher qu’on piétine la démocratie au nom du patriotisme pour ensuite se battre et empêcher qu’on piétine le patriotisme au nom de la démocratie», affirme-t-il encore à l’adresse des congressistes auxquels il annonce son retrait de la présidence du parti. Intransigeant sur les principes, il a su déjouer les complots d’un régime à qui il n’a jamais rien cédé ou troqué.

Aït Ahmed cumule 70 années de militantisme et ce qu’il y a de mieux à lui souhaiter c’est que Dieu lui prête vie pour voir, comme Mandela, son rêve de démocratisation de son pays se réaliser. Au cours des 50 années de lutte à la tête et au sein du FFS, le leader charismatique n’a eu de cesse de mettre devant leurs responsabilités les décideurs du pouvoir et montrer au monde leur vrai visage. De tout temps il se mit du côté des Algériens et non de celui des comploteurs. L’enfant né à Aïn El Hamam en 1926 n’a jamais cédé un iota de son amour pour son pays. Même contraint à s’en éloigner, la première fois en s’évadant des geôles de Boumediène et la seconde en échappant à un assassinat certain, comme celui dont a été victime Mohamed Boudiaf. Avec son parcours et son poids politique, Aït Ahmed a refusé de servir de burnous de légitimité au pouvoir. Il n’a pas monnayé son passé révolutionnaire, refusant même la présidence de la République quand d’autres tiraient la langue devant les officines du pouvoir pour en être gratifiés. 70  années de militantisme se sont construites avec comme seule ligne de conduite défendre la liberté et la démocratie. Force est de constater que l’histoire n’a pas cessé de donner raison à cet historique.

Une constance à toute épreuve

En visionnaire, il a été contre l’arrêt du processus électoral en 1992, il a prôné la solution politique pour arrêter l’effusion de sang durant la décennie noire, il soutient le combat des familles de disparus, il ne cesse de faire des propositions pour une sortie pacifique de la crise et l’édification d’une deuxième République réellement démocratique. Amis et adversaires politiques lui reconnaissent une constance dans ses positions et l’incarnation du mot résistance. Résistance au pouvoir, aux coups de force et au temps. Ce n’est donc pas à son âge, aujourd’hui, qu’il va commencer une carrière de compromission avec le pouvoir. Infatigable combattant pacifique, il décide de créer une fondation qui portera son nom, signe encore une fois d’une foi inébranlable en des idées qu’il mit une vie entière à défendre. La perpétuation de ses idées, du combat politique pacifique pour la démocratie et la liberté sera le meilleur hommage à rendre à ce monstre de la politique, ce brillant visionnaire.

Nadjia Bouaricha

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