FFS

Monsieur le Ministre d’Etat, Directeur de Cabinet de la Présidence de la République,

Le FFS tient à remercier les organisateurs de cette consultation sur la révision constitutionnelle, pour l’invitation qu’ils ont bien voulu adresser à notre Parti en vue d’y participer.

La Direction Nationale du Parti a décidé, après un débat élargi, de répondre favorablement à cette invitation pour des raisons qui nous paraissent utiles de vous exposer.

1ère raison, la volonté de dialogue qui a toujours animé notre Parti et notre Président Hocine Ait Ahmed depuis la création du FFS en 1963, avec à son actif plusieurs initiatives depuis lors en direction des décideurs pour engager des discussions pour une sortie de crise, malheureusement restées sans suite. Cette volonté de dialogue n’est pas circonstancielle. Elle fait partie des valeurs fondatrices du parti.

2ème raison, l’objectif de réaliser un consensus national entre les acteurs politiques, du pouvoir, de l’opposition et de la société civile, un consensus qui permette de faire ensemble le bon diagnostic de la crise et de préconiser les mesures appropriées sur le plan constitutionnel, institutionnel,  du développement économique et du progrès social, à même d’assurer la paix, la stabilité et la prospérité de notre peuple. Ce consensus national a pu être réalisé le 1er Novembre et à la Soummam avec le succès que l’on sait pour faire triompher la Révolution et arracher l’Indépendance Nationale. Notre conviction est que la reconstruction de ce consensus national est possible aujourd’hui pour peu que l’on crée un climat de confiance, qu’on laisse tomber les préjugés et qu’on fasse preuve de volonté politique.

3ème raison, le devoir patriotique de témoigner et d’alerter le pouvoir sur le danger que court le pays pour  son unité, son intégrité territoriale, sa sécurité, ses ressources et l’avenir des futures générations si des changements urgents, impératifs et vitaux ne sont pas initiés dès à présent,  avec une approche systémique et inclusive, qui associe tous les acteurs du monde politique et  les représentants de la société civile incluant le mouvement associatif, les universitaires,  les entrepreneurs, les  journalistes et les  syndicalistes.

4ème raison, la fidélité au juste combat historique de notre Président Hocine Aît Ahmed de construire une Algérie libre et démocratique, en restituant au peuple algérien son droit à l’autodétermination, celui de choisir démocratiquement les institutions de son choix ainsi que les femmes et les hommes appelés à le représenter. A cet effet la tentative d’élaborer une Constitution en 1963 par une Assemblée Constituante n’ayant pas abouti, l’objectif demeure et reste à concrétiser car le système qui s’est construit depuis 5O ans sur des fondations non légitimées par le peuple se trouve confronté à des contestations internes et menacé dans sa sécurité par un environnement régional et international instable

Cela étant, nous souhaitons que notre démarche ne soit pas interprétée comme une caution au processus de révision constitutionnelle engagé, ayant exprimé dès le départ que l’élaboration et l’adoption de la constitution doivent émaner du peuple et de ses représentants légitimes, que toute approche dans ce domaine doit être concertée au préalable avec les acteurs politiques et ceux de la société civile pour espérer réaliser un consensus et que la rédaction d’une nouvelle constitution devrait intervenir non pas avant mais au terme de ces consultations.

Ceci dit, nous n’allons pas entrer en matière pour porter un jugement de valeur sur les révisions proposées.  Nous ne sommes pas non plus porteurs de propositions d’amendement car le parti est persuadé que ce texte ne répond qu’à un souci de gouvernance du régime à court terme, mais ne règle pas au fond la crise multidimensionnelle à la fois politique, économique, sociale, culturelle voire morale qui accable le pays. De notre point de vue une Constitution qui ne prend en compte que les intérêts du pouvoir n’aura pas le consensus nécessaire à sa stabilité. Toute Constitution devrait refléter un consensus le plus large de la population. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Nous sommes ici pour vous faire part, et à travers vous au Président de la République, des doléances, pour ne pas dire de la colère de nombreux citoyens dans le pays qui n’ont pas accès aux services sociaux de base, les communes n’ayant ni l’autonomie administrative, ni l’autonomie financière pour y pourvoir. Le chômage des jeunes est alarmant. Un plan national dans ce domaine s’impose plus que jamais car il y va de l’avenir du pays. A-t-on besoin de réviser la Constitution pour cela ?

Nous sommes là également pour vous exprimer la profonde préoccupation de la population sur l’avenir de nos ressources pétrolières, gazières, hydriques et solaires, exposées à l’appétit vorace et impitoyable des multinationales soutenues par leurs gouvernement respectifs, sentiment porté à son paroxysme après les récentes déclarations sur l’autorisation donnée à des firmes étrangères de prospecter le gaz de schiste. Il ne s’agit pas de démentir mais de s’interdire d’hypothéquer, en l’absence de tout débat, les ressources naturelles du pays, un bien commun de tous les algériens de cette génération et de celles à venir.  A-t-on besoin de la révision de la Constitution pour cela ?

Nous sommes là aussi pour lancer un cri d’alarme parce que le phénomène de la corruption se généralise à tous les niveaux de la société, que les activités informelles s’étendent à toutes les sphères d’activité, que des réseaux mafieux se développent dans les filières d’importation au détriment de la production nationale vouée à ce rythme à disparaître, que l’affairisme décourage toute activité productive. A-t-on besoin de réviser la Constitution pour combattre ces phénomènes et mettre fin à l’impunité en engageant les poursuites contre ceux qui ont violé la loi et volé la société.

Le devoir de vérité et de pédagogie que s’est assigné le Parti depuis sa création nous oblige à vous interpeller à cette occasion sur les engagements non tenus du pouvoir d’instaurer un Etat de droit, respectueux des libertés individuelles et collectives et  de démocratiser les institutions. La preuve en est que cet Etat de droit n’a pas été en mesure de protéger les biens et la sécurité de nos compatriotes de la région de Ghardaia, et que la démocratie promise se refuse à reconnaître officiellement les martyrs de 1963 qui ont sacrifié leur vie pour cet idéal, et continue à marginaliser la langue et la culture amazigh. Nul progrès constaté dans ce domaine, la révision constitutionnelle n’y change rien, alors que des dispositions peuvent être prises et annoncées dès à présent pour peu que s’affirme une volonté politique.

Nous sommes en même temps venus pour rassurer le système que notre souhait de reconstruire un consensus national pour le changer pacifiquement, ne vise pas à porter atteinte à l’administration nationale et locale qui œuvre dans sa grande majorité à servir dignement et honnêtement notre Etat à tous, mais au contraire à la consolider en l’adaptant à un environnement national, régional et international en mutation profonde et rapide. N’ayez donc pas peur du changement, il ne sera pas fait contre vous mais avec vous. Il n’y aura ni atteinte aux biens et à la sécurité des personnes, ni règlements de comptes. Ce changement du système n’a pas besoin d’une révision de la Constitution pour en discuter et fixer le contenu et les étapes avant de traduire les changements convenus dans une nouvelle Constitution.

Nous pouvons également ajouter- à la lumière des rencontres auxquelles nous avons participées et qui ont regroupé des partis se situant en opposition au système, et des contacts que nous avons eus et qui se poursuivent avec les acteurs du monde politique et de la société civile pour préparer la conférence du consensus- que les différentes initiatives engagées ou projetées pour sortir le pays de la crise pourraient converger sachant que dans leurs grandes lignes elles se rejoignent et peuvent donner lieu à un programme commun entre le pouvoir et l’opposition avec un calendrier  d’exécution permettant de sortir le pays de la crise.

Compte tenu de l’ensemble de ces considérations, nous avons engagé activement la préparation de la conférence du consensus national incluant la participation du système à travers ses représentants dans les partis politiques et les organisations gouvernementales, au côté des autres acteurs politiques de l’opposition et de la société civile. Cette participation s’entend à la fois sur le plan de l’organisation, de la définition des objectifs, de l’élaboration du programme et de l’esquisse des résultats escomptés. Votre adhésion à cette initiative est souhaitable dans l’intérêt national. Nous tenons à souligner à cet égard que le rôle du FFS se limite à celui de facilitateur et de catalyseur. Il a l’ambition de créer collectivement le cadre et le climat de confiance entre les différentes parties pour des échanges sereins et fructueux sur les voies et moyens de réaliser un large consensus national pour ouvrir des perspectives nouvelles au pays.

Alger, le 17 juin 2014

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