consensus1Les réactions allant de la simple critique à la désapprobation nette suite à la rencontre du Front des forces socialistes (FFS) avec les dirigeants du parti du Front de libération nationale (FLN) n’ont pas tardé à se manifester et promettent même de s’intensifier dans les jours à venir, à mesure que le plus vieux parti de l’opposition fera preuve de détermination à poursuivre sa stratégie de réalisation d’un « consensus national » pour faire face à la crise politique qui menace le pays.

Si nombre de sympathisants du FFS s’inquiètent de voir le capital crédit du parti s’en ressentir dans la société et au sein de la classe politique suite à cette démarche ressemblant à une incongruité, qui brouille jusqu’à son message politique traditionnellement articulé autour de l’idée de « dissidence citoyenne » et d’un positionnement souvent loin des centres du pouvoir,  d’autres, à l’instar de Sofiane Djilali, membre de La Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique (CNLTD), n’est pas allé par le dos de la cuillère pour asséner tout haut ce que les détracteurs du FFS pensent tout bas: « nous, on essaie d’aider le pouvoir à s’en aller et le FFS essaie de l’aider à rester ! ». Et le tonitruant chef du parti Jil Jadid (Nouvelle Génération) de conclure que l’initiative du FFS, en plus d’être « immorale », est un « alibi » pour rejoindre le gouvernement en place et à « décréter » sans aucune forme de procès l’excommunication du FFS de la « gentille famille des opposants .

Ces réactions, allant de l’étonnement à la virulence affichée par les uns et les autres à l’endroit de l’initiative du FFS, montrent que les acteurs politiques ont de la peine à analyser la conjoncture politique et du coup comprendre la stratégie du FFS, qui de son côté a besoin d’approfondir la réflexion autour de celle-ci pour ne pas laisser la porte ouverte ni aux spéculations ni encore moins à la suspicion. En effet, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts avec les déboires du « Printemps arabe » qui  ont fini par consacrer la conviction, au niveau du FFS et chez de larges secteurs de la société, que le changement démocratique ne peut advenir dans les termes qui ont été consacrés comme révolutionnaires et entamés avec la chute en Tunisie  du régime autoritaire de Zine el-Abidine Ben Ali en janvier 2011, à savoir par une insurrection populaire et frontale. Cette voie a largement montré ses limites et l’on se rend compte que le remède est pire que le mal.

Pour une raison simple, qu’à la veille du déclenchement du « Printemps arabe », l’on a pas pris la mesure du poids des forces de la contre-révolution façonnées par la mondialisation libérale et des courants de l’Islam politique dominant à s’emparer des mots d’ordre démocratiques pour les vider de leurs sens. Le sentiment dominant à la veille des ces « révolutions » est que les islamistes « ont beaucoup évolué », pour reprendre les termes d’une déclaration de Said Sadi dont le parti est membre de la CNTLD, signifiant par là qu’ils sont solubles dans la démocratie. Le travail de propagande mené par la confrérie des Frères musulmans pour améliorer son image avait porté ses fruits en se replaçant dans le jeu démocratique comme un partenaires fréquentable sans même  jamais se démarquer des organisations les plus radicales comme Al-Qaeda et renoncer à aucun de leur mot d’ordre et en particulier celui d’établir le Califat ou l’Etat islamique qui, au-delà de sa législation rétrograde et surannée, est la négation même de l’Etat-nation né des luttes de libération nationale.
Le FFS et les démocrates conséquents ne peuvent que tirer les conséquences politiques de cet état de fait, à savoir que la pensée islamiste dominante et les modèles qui ont émergé de ses entrailles sur la scène aussi bien nationale que régionale, tels les partis dits salafistes et les Frères musulmans ne peuvent pas être des partenaires sincères et crédibles dans un processus de transformation démocratique. Pire encore, de plus en plus, les islamistes apparaissent aux yeux de larges secteurs de l’opinion, à travers les expériences en cours en Egypte, en Libye, au Yémen en Syrie et même en Tunisie, qu’ils sont les outils de la contre-révolution et les exécutants d’agendas étrangers qui ne visent en définitive que la destruction des Etats nationaux et de leurs armées au seul profit des forces qui portent la mondialisation libérales à leur têtes l’impérialisme anglo-saxon, le sionisme et les vassaux dans la région.

Ces dernières s’appuient partout sur les forces de la régression islamistes soient légales, semi-légales, voire clandestines, ainsi que sur les mouvements séparatistes, les forces de l’argent liées au capital international pour affaiblir les régimes en place et les pays qui montrent la moindre velléité de se soustraire aux injonctions extérieures. L’Algérie n’échappe pas à ces pressions et pourrait être la prochaine cible des plans visant à transformer la région en champ de dévastation et de guerres sans fin. Et ce n’est pas une surprise si le FFS, qui œuvre à la mise en place d un nouveau consensus national, comme celui qui a prévalu lors de la période de la Guerre de libération nationale, soit traîné dans la boue. Le FLN lui aussi subit des attaques en règle qu’il n’est pas difficile de comprendre que ce qui est en cause n’est pas la gestion calamiteuse du parti du FLN, mais l’œuvre du FLN historique. La patronne du Parti des travailleurs,Louisa Hanoune, n’échappe pas elle aussi à cette campagne ciblée juste pour avoir appelé au « renforcement du front interne ».

Que le FFS réoriente sa stratégie politique à la lumière de ces réalités nouvelles n’est pas surprenant. Hocine Aït Ahmed a donné le ton de cette nouvelle stratégie, dans sa lettre  aux congressistes du parti réunis à Zeralda le 23 mai 2013, pour qui  « patriotisme et démocratie sont inséparables ». Dans son message, Hocine Aït Ahmed, écrit en outre: « durant ces cinquante années de lutte, le FFS a d’abord dû lutter pour empêcher qu’on piétine la démocratie au nom du patriotisme pour ensuite se battre pour empêcher qu’on piétine le patriotisme au nom de la démocratie. » Et le constat est sans ambages pour le dernier survivant des dirigeants de la Guerre de libération nationale : « L’actuel désordre mondial joue sans scrupule de tous ces éléments [extrémisme religieux, séparatisme, castes prédatrices et autoritarisme, ndr] pour asservir et dépouiller les peuples. »

Alors que l’Algérie est à un moment charnière de son existence, le pari du FFS de « mettre du mouvement dans le statu-quo »,  sous la forme d’une re-construction du consensus national ne peut que représenter une alternative salutaire face aux menaces et dangers qui guettent le pays. Ce pari peut effectivement avoir un sens, si au-delà des partis et des personnalités à l’image des membres de la CNTLD, qui demeurent arqueboutés dans de vieux schémas de pensée,  le FFS réussit à mobiliser toutes les forces politiques et sociales autour du seul axe stratégique, celui de la résistance face aux assauts de la mondialisation destructrice et aux agressions de plus en plus violentes de ces bénéficiaires et autour d’un grand projet patriotique, démocratique et social qui a pour objectif ultime la consécration véritable de l’indépendance nationale.

La clarté du débat et son inscription dans la situation concrète du pays, ainsi que des défis auxquels il devra faire face contribueront sans le moindre doute à l’accélération de la décantation politique et l’évacuation des questions liées aux personnes, comme celle caricaturale de la mise en œuvre de l’article 88 de la constitution revendiquée par la CNTLD, Barakat et l’ex-candidat à la présidence Ali Benflis,  afin d’aller vers une « transition démocratique ». Une transition pour le moins vaporeuse si ce n’est mortelle pour le pays au regard des contradictions insurmontables que charrie cet attelage fomenté de bric et de broc derrière cette exigence. C’est pourquoi, cette clarification synonyme d’approfondissement des contenus et des convergences est la seule à même de faciliter le plus rapidement la mise en route de ce nouveau consensus national, les modalités et le calendrier de sa réalisation, « sous la garantie de l’armée »,  comme le préconise Mouloud Hamrouche.

Par Ahmed Kaci
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