Le statu quo peut s’avérer mortel selon le FFS

Publié: 14 février 2015 dans actualité
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Rachid HALET. Membre de l’instance présidentielle du FFS

Le FFS semble se diriger vers le report de la la tenue de la conférence nationale du consensus (CNC). Pourquoi ?

Dès le départ nous avons proposé une date et en aucun cas elle n’a été fixée. A partir de là, nous sommes en train de réexaminer cette proposition de date, d’abord au vu de l’état d’avancement de notre préparation à la conférence du consensus national et aussi de l’intérêt et de la sympathie que continue de susciter  cette initiative. Les échanges et les rencontres se poursuivent, il faut quand même en tenir compte. Nous sommes attentifs au fait que certains de nos interlocuteurs politiques nous ont fait part de leur indisponibilité pour ces dates-là. Vu tous ces éléments, je crois que le report de la date ne peut pas être exclu.

Je voudrais souligner deux choses : quelques semaines ou quelques mois de délai, vu les ambitions affichées par cette conférence et les objectifs assignés, peuvent faire toute la différence entre le succès et la possibilité d’un échec. Nous n’avons jamais focalisé sur une date particulière ou sur un accord qui arriverait à une date particulière. Nous gardons notre marge et notre liberté de manœuvre. Je crois que, fondamentalement, le succès ou l’échec d’une telle conférence serait lié à toute la situation politique d’ensemble, au rapport de forces lié à tout ce qui bouge dans la société et éventuellement au sein des institutions.

Aujourd’hui, pensez-vous que la situation permet la tenue d’une telle conférence ?

La situation est marquée par l’incertitude et peut-être même par l’imprévisibilité ; cela a des conséquences sur la préparation et sur les discussions qui sont, il faut le dire, normales par rapport à la préparation de cette conférence avec l’ensemble de nos partenaires. C’est tout de même un grand projet. Je voudrais souligner que notre projet, tel qu’il a été élaboré lors du cinquième congrès, en mai 2013, ne se réduit pas à la tenue d’une conférence ou d’un accord entre quatre ou cinq partenaires ; il a une ambition beaucoup plus grande et c’est un choix justifié. J’estime que notre pays a besoin de transformations politiques, économiques et sociales fondamentales. Et cette conférence nationale de consensus est une étape dans l’approche globale de notre parti.

Le FFS présente son initiative comme un projet pour sauver à la fois le pays de la dérive et apporter un changement profond du système. Pourquoi  dit-on qu’il peine à convaincre ?

Ne tombons pas dans l’angélisme, nous restons convaincus de notre projet, de notre méthode, de notre politique, mais nous n’avons pas la naïveté de croire que tout ira d’une écriture automatique lors de cette conférence. Nous savons que la politique c’est des idées, des convictions mais aussi des intérêts et des ambitions. Le choc de ces intérêts et de ces ambitions explique en partie les choses.
Autre élément : il faut être conscient des réalités  politiques, économiques, sociales et culturelles actuelles. Il y a encore des partisans du statu quo. Force est de constater que le régime ou le système, au-delà des hommes, est quand même toujours là. Jusqu’à l’heure actuelle, malheureusement je dirais, que ce soient des événements nationaux ou des pressions internationales, rien n’a pu l’ébranler de façon durable et l’amener à composer.

Ceci étant, chaque jour est une nouvelle réalité politique. Et quand je dis cela, c’est interroger à la fois le contexte politique national mais aussi le contexte régional et international. Il y a des évènements qui se produisent et s’inscrivent dans la durée, qui nécessiteront à terme des décisions difficiles et exigeront des sacrifices. C’est à la fois la démocratie, la cohésion nationale, la stabilité nationale et la sécurité nationale qui mériteraient qu’on ne s’arrête pas au choc des intérêts et des ambitions.

Pensez-vous que le pouvoir en soit conscient ?

Je vous dirais que je suis assez ambivalent. On pourrait légitimement s’interroger et se dire comment un pouvoir qui prône une approche consensuelle pour nos voisins, que ce soit le Mali, la Libye ou la Tunisie, refuserait-il de s’inscrire avec toutes les forces politiques et sociales du pays dans une perspective de consensus national.

D’un autre côté, et là je voudrais une fois de plus entrer dans la notion de temps, il existe peut-être des difficultés à harmoniser les objectifs de court et de long termes, mais j’insiste en disant que le temps passe et que chaque jour qui passe nous rapproche de la crise. Je crois qu’on n’a pas assez évalué — nous en tant que politiques et même tout ce qui est élite — le revers de la médaille. Si demain, cette offre politique de consensus national venait à échouer, où irait l’Algérie ? Je crois que cela mériterait de s’y attarder.

Lors d’une conférence de presse, vous aviez parlé d’«adversaires du consensus». Qui sont-ils et en quoi le consensus dérange-t-il leurs intérêts ?

J’avais ajouté que c’est dans l’action qu’ils se dévoileraient. Je crois que travailler à la fois dans la société et dans les sphères politiques et civiles en faveur du consensus se traduit par des actes, des initiatives et des risques aussi. Les événements, les attitudes et les décisions ne manquent pas. Je vous cite par exemple le cas d’In Salah. On a bien vu qu’il y avait diversité des positions, des attitudes et des actions.
C’est là qu’on peut évaluer jusqu’à quel point l’engagement est sincère, jusqu’à quel point on se donne les moyens de mettre en œuvre ses engagements.

Nous sommes toujours dans notre travail de facilitateurs et je suis gêné de tomber dans des polémiques… Je rappelle tout de même qu’exhumer, en ce moment, des conflits anciens en matière d’histoire, instrumentaliser la religion, jouer à faire peur à la population ne reflète pas un engagement pour le consensus national. Il est important de faire évoluer les choses parce que le statu quo peut s’avérer mortel.
Réaffirmer l’envie de vivre ensemble, de se rassembler autour de valeurs patriotiques et de justice, je crois qu’il n’est jamais inutile de le faire.

C’est l’esprit de l’initiative du FFS ?

C’est ce à quoi nous appelons. Quelque part, on a prétendu que notre démarche n’est qu’un pur deal affiché ou masqué avec le pouvoir. On voit bien que les choses ne sont pas aussi simples. Je préfère ne pas m’attarder là dessus et dire que nous ne sommes ni désespérés, ni démoralisés, ni dans une situation d’isolement tel qu’on le dit. C’est tout à fait inexact, notamment au regard de ce que nous avons pu compter comme compréhension et sympathie à travers  notre mobilisation sur le terrain et même au niveau des forces politiques et sociales. J’ajouterais que pour l’instant, il n’y a pas eu de rupture, contrairement à l’idée répandue. Il y a encore des discussions et une rupture franche n’est qu’une vue de l’esprit. Aucune des forces politiques que nous avons vues récemment n’a parlé de rupture.

Qu’en est-il du FLN ?

C’est illustrer toute la complexité du dialogue entre partis. La première réunion avait, au moins au plan du principe, confirmé la participation du FLN, nous restons sur ce constat, d’ailleurs nous continuons à être en contact avec le FLN qui a délégué deux membres de sa direction pour continuer le dialogue avec le FFS. Et comme je l’ai dit au début, il faut quand même reconnaître que nous avons encore besoin de temps.

Le changement de position d’Amar Saadani a été concomitant à la décision du MSP d’entrer en dialogue avec le pouvoir. Pensez-vous qu’il existe un lien entre les deux positions ?

C’est difficile à affirmer, parce qu’il a aussi repris la parole pour dire que les positions étaient trop éloignées pour donner matière à rapprochement ou à discussion.De mon point de vue, il ne faut pas se renier, garder le contact avec ses propres militants et, en même temps, ne pas tomber dans les surenchères, fussent-elles démocratiques.Pour nous, cette première conférence a à la fois une fonction symbolique et une fonction politique.

La fonction symbolique se traduit par un message en direction de l’opinion nationale et internationale sur le désir de rassemblement patriotique du peuple algérien et sur le désir de réhabiliter le politique, de fonder de nouvelles relations entre partis politiques et d’instaurer aussi la confiance entre les différents partenaires.

La fonction politique était de dire que voilà, nous sommes tous autour de la même table, opposition politique, partis du pouvoir, forces de la société civile, personnalités…, assumons-nous et prenons nos responsabilités.
Nous avons essayé de profiler la conférence en la segmentant. Le premier but est d’arriver à tenir la conférence de consensus, les objectifs viendront après cette première rencontre. C’est là que les discussions s’engageront, que les négociations entre partis se feront et, à partir de là, chacun aura son rôle.

Certains reprochent au FFS de venir avec une feuille blanche…

Les objectifs généraux du dernier congrès du FFS sont connus, c’est la démocratie, c’est l’Etat de droit, c’est la diversification économique et le développement durable, c’est aussi l’équité sociale avec toutes ses déclinaisons. Le FFS a une feuille de route en tant que parti, mais dans cette initiative, nous sommes d’abord un facilitateur. C’est atypique comme organisation, la façon dont nous avons conçu la CNC.

Jusqu’au dernier moment, nous nous situons dans la retenue. Notre but n’est pas que le parti signe des accords bilatéraux, ça viendra peut-être après. Notre objectif est de mettre tous les acteurs autour d’une table et qu’il y ait des discussions sur tout. Personnellement, ma préférence serait qu’il y ait des communications libres, mais ça reste toujours à l’état de proposition.

C’est peut-être cela qu’il y a d’inhabituel ; on propose une date d’aucuns disent c’est la date de la conférence, on propose une définition collective, des points à l’ordre du jour et même du programme sur place, les gens butent. Donc je crois que la seule critique que j’admets est qu’on n’a pas assez discuté.

Donc le FFS prendra le temps qu’il faudra pour réunir tout le monde sans exclusive…

Bien sûr et c’est aussi valable pour toutes les forces, partis ou associations qui seraient à l’heure actuelle engagées dans d’autres initiatives, à charge d’évaluer ensemble ce qui pourrait faire consensus et espaces de consensus. Un seul préalable — même si je n’aime pas le mot préalable quand on parle de consensus — c’est de souscrire à l’Etat de droit et à un engagement moral pour éviter que la conférence ne dégénère en polémique.

Nous sommes décidés à poursuivre notre démarche, nous restons en contact avec toutes les forces politiques que nous avons contactées jusque-là. Nous essayerons éventuellement, dans les plus brefs délais, de constituer une espèce de groupe de contact, parce que nous voudrions que les propositions deviennent incontestables.

Si on regarde les expériences de transition démocratique dans des pays comme l’Amérique latine ou l’Espagne,  le rôle de l’armée a été  important. Pensez-vous que, dans le cas de l’Algérie, il soit important d’associer l’armée à l’œuvre de consensus ?

Au-delà de la forme ou de la nature que prendra cette préparation, ce qui est important de préciser — et c’est un espoir chez moi — c’est que dans leur évaluation, tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à cette institution se sont rendu compte que l’intervention de l’armée dans le domaine politique et même sur le terrain éventuellement n’est pas une garantie de stabilité durable. C’est un point particulièrement important.

Vous parliez de l’Amérique latine, on pourrait regarder peut-être un peu plus près de chez nous. Même si les conditions sont différentes, en Tunisie, l’armée n’a pas eu de rôle ; à l’inverse, en Egypte, l’armée est intervenue avec certaines conséquences. Et on voit où a abouti la dislocation d’une armée nationale en Libye.

Donc il s’agit d’intégrer toutes ces expériences et d’en tirer les conséquences. Je ne pense pas qu’il soit utile d’avoir une position immédiate sur cette question. Il est important de rester attentif à la situation d’ensemble qui influera et influencera l’attitude et l’action des différents acteurs. Non seulement sur la conférence nationale du consensus mais sur bien d’autres espaces, qu’ils soient de types institutionnel ou sociétal.

Vous comptez sur les forces du changement dans les institutions ? Elles existent ?

Nous avons toujours pensé que les forces du changement existent dans les institutions. La société algérienne, de façon générale, est un mélange d’homogénéité et d’hétérogénéité ; c’est un peu paradoxal, mais c’est ainsi que je le perçois.C’est une société complexe, qui a subi des différenciations parfois mal perçues ou perçues de façon graduelle. Donc  il n’y a pas de raison de rendre les choses plus complexes ni de désespérer de l’attitude des uns ou des autres.

L’espoir est-il permis que la volonté de changement l’emporte sur le statu quo ?

J’en suis profondément convaincu. Le consensus se fera sur cette nécessité de changement. Et j’espère que ce changement se fera sur le mode pacifique, sur le mode démocratique, même si je suis conscient que le changement  pacifique a ses limites aussi et on le voit, mais il vaut mieux qu’un changement violent, avec ses risques et ses dérives.

Nadjia Bouaricha

In elwatan.dz

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