UN ŒIL SUR VOUS, CITOYENS SOUS SURVEILLANCE

Publié: 24 mars 2015 dans actualité

« UN ŒIL SUR VOUS, CITOYENS SOUS SURVEILLANCE », CE SOIR SUR ARTE À 20 H 50

Publié le 24 Mars 2015 par Daniel Sario

Image extraite du documentaire du cinéaste franco-argentin : « Mon film n’est pas anxiogène. je mets en avant ces personnes qui commencent à penser autrement. » Photo : Kiki Picasso
Image extraite du documentaire du cinéaste franco-argentin : « Mon film n’est pas anxiogène. je mets en avant ces personnes qui commencent à penser autrement. » Photo : Kiki Picasso
ALORS QU’UNE LOI SUR LE RENSEIGNEMENT A ÉTÉ PRÉSENTÉE EN FRANCE, ALEXANDRE VALENTI, DOCUMENTARISTE MULTIPRIMÉ, SIGNE UN ÉNORME TRAVAIL SUR LA CYBERSURVEILLANCE MONDIALE. IL NOUS EXPLIQUE OÙ NOUS EN SOMMES ET VERS QUOI NOUS TENDONS SI LE CITOYEN NE S’APPROPRIE PAS LE SUJET. ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AUDREY LOUSSOUARN

Aux quatre coins du monde, l’Argentin Alexandre Valenti (fipa d’or pour Argentine, les 500 bébés volés de la dictature) a interrogé des grands acteurs de la surveillance et ceux qui se battent pour leur poser des limites. On y parle de l’affaire Snowden, mais pas seulement : car les «passerelles» entre corporations de l’Internet et États sont nombreuses, nous dit-il. Son documentaire, réalisé avec plusieurs télévisions européennes, interpelle : ne laissons pas la lutte contre le terrorisme prendre le pas sur nos libertés.

Votre film, très riche en témoignages, se veut aussi très politique. Quel était le point de départ de cette enquête réalisée sur deux ans ?

J’avais réalisé, il y a une quinzaine d’années, un film pour Envoyé spécial après le vote de la loi Pasqua. La vidéosurveillance, contrôlée par la Cnil, passait alors entre les mains des préfets, et donc de la police. C’était la Préhistoire : ce qui était une surveillance presque physique et ciblée est devenu une surveillance planétaire, globalisée, qui a aboli toutes les frontières matérielles. Notre vie est devenue accessible à un tas d’acteurs de la surveillance, dont on ne connaît ni les objectifs ni les visages. Pour nous, simples citoyens, il n’est plus possible de fermer la porte, d’avoir une vie privée. Je voulais, avec ce film, comprendre comment cette surveillance a évolué, avec comme point de départ le 11 septembre 2001 et le Patriot Act de George Bush.

Pendant le tournage, l’affaire Snowden a éclaté. Et avec elle, l’ampleur de votre documentaire…

Avec ses révélations, les autorisations de tournage, avec notamment la police de New York, sont restées au point mort. Mon expérience dans le documentaire m’a appris à prendre le temps pour construire un sujet. Snowden a sa place mais ça n’est pas le plus important. Il fait partie d’un système global, qui affecte notre vie individuelle et collective.

Le moteur de votre film reste donc le citoyen ?

Oui, car j’ai voulu voir comment cela affecte notre vie citoyenne, notre droit à la différence. Depuis quelques années, on a oublié le citoyen. Quand est arrivée la grande crise financière de 2008, on a parlé du sauvetage des banques. Par ailleurs, ses causes, bien antérieures, n’ont intéressé que lorsque l’affaire a explosé. Ici, c’est pareil. Avec Snowden, ont fait surface tout un univers et une politique nés dans le secret. Le citoyen et son droit à une vie privée sont la base de la pyramide, de ce mot, devenu de plus en plus virtuel, qu’est la démocratie. Si on ne le respecte pas, son système n’a plus de sens. Nous devons ­demander des comptes à ceux qui détiennent le pouvoir, à ceux qui possèdent et utilisent nos données. Pour cela, il faut en être informé.

Avec cette question, vient celle de la domination de l’économie, en l’occurrence numérique, sur le politique…

La façon de fonctionner de Google a créé un monopole, une techno-dictature. Car, nous tous, à chaque connexion, nous lui fournissons des milliers de données. Pour en supprimer une, ensuite, nous devons nous attaquer au cœur même du système. Un humble Espagnol a réussi cet exploit devant la Cour européenne de justice. Le problème ? Nous sommes dans un système de « no man’s law ». Car, contrairement à eux, nous pensons en termes de frontières. Il existe une telle accélération technologique que les lois, tout comme la réflexion politique et philosophique ne suivent pas. Ce n’est pas un film anxiogène. Je mets en avant ces personnes qui commencent à penser autrement. ­Permettre au citoyen de contrôler ses informations est la bataille de demain.

En sommes-nous réellement au stade où les États peuvent contrôler notre libre arbitre ?

Prenons l’exemple d’Obama : il s’est fait élire pour son deuxième mandat grâce à l’utilisation des réseaux sociaux, à travers lesquels une équipe colossale a traité les opinions, pour se permettre d’induire les comportements. Les révélations de Snowden sont intéressantes car elles mettent au clair l’univers de la surveillance d’État, liée avec des passerelles très fortes à des grandes corporations de l’Internet, premier vecteur en la matière. Toutes les informations sont stockées et peuvent devenir des avatars de citoyens très intéressants pour les sociétés qui les traitent : comment je pense ? Quelles sont mes intentions ? Cela fonctionne pour des achats, mais aussi pour le vote.

En France, nous semblons tendre vers un sacrifice de nos libertés au nom de la sécurité…

La Loi de programmation militaire permet de faire surveiller n’importe qui au nom de la lutte contre le terrorisme. Seulement, est-ce le gouvernement d’aujourd’hui ou de demain qui incarne la République ? Ce pouvoir ne dépend d’aucun contre-pouvoir. Après les attentats de janvier, il est nécessaire de prendre du recul. Car, à force de vouloir sacrifier la liberté au nom de la sécurité, nous finirons par n’avoir ni l’une ni l’autre, comme disait Roosevelt. Le droit à avoir quelque chose à cacher est fondamental, car subjectif : le système peut changer et avec lui la notion de culpabilité, qui correspond aux normes qu’a en tête celui qui décide ce qu’est la norme. Dans la même logique, la notion de terroriste, après le 11 septembre 2001, s’est élargie des islamistes aux activistes. On garde tous les autres par « prévention » car toute une population sous contrôle est potentiellement coupable de quelque chose.

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