Archives de la catégorie ‘Construction Maghrébine’


Transitions arabes : quand le vieux se meurt et le nouveau n’arrive pas à naître

Ahmed Selmane
Mardi 22 Novembre 2011

Plusieurs pays en arabe sont en « transition », d’autres en attente installés dans un sentiment de sécurité illusoire. En Tunisie, l’évolution se déroule dans de bonnes conditions. En Egypte, elle est plus heurtée. Là, et encore davantage en Syrie, le vieux n’en finit pas de mourir et empêche le nouveau d’éclore.

Les tunisiens avancent

En Tunisie, n’en déplaise aux éditocrates parisiens décidemment très marqués par la vieille idéologue coloniale qui n’en reviennent pas de découvrir des tunisiens non-conformes à leurs visions, les choses se déroulent bien. Après une élection historique, l’Assemblée constituante se réunit à partir de ce mardi pour une inauguration solennelle. Auparavant, les principales forces politiques issues des urnes (Ennahda, 89 élus) et les deux partis de gauche Congrès pour la République (CPR 29 élus) et Ettakatol (20 sièges) se sont entendus sur la distribution du pouvoir. Les islamistes dirigeront le gouvernement avec Hamadi Jbali, le très tenace Moncef Marzouki, du CPR devient président de la république et Mustapha Ben Jaafar, pour présider la Constituante. Aucune expérience n’étant transposable sous forme de copié-collé, mais il faut bien constater que la Tunisie profite de la déconfiture morale de l’appareil policier de Ben Ali (qui va être sans doute, le corps à réformer le plus rapidement possible), l’armée ayant été de facto un réel soutien au processus de transition. Elle profite aussi de l’attitude très positive du personnel politique qui a aboutit, en définitive, à déminer le terrain. Et à créer les conditions pour que la politique soit enfin possible dans un pays où elle avait été bannie comme partout ailleurs dans le monde arabe. Le refus d’un Moncef Marzouki de reproduire les poncifs laïco-éradicateurs parisiens – chose qui n’a pas été évitée par d’autres – permet de rester sur un terrain politique moins phantasmatique. Rien n’est rose. La réalité est complexe. Il faut lire l’analyse de Sadri Khiari (Tunisie : commentaires sur la révolution à l’occasion des élections ) pour avoir un aperçu de la complexité politique et des difficultés qui attendent la Tunisie. Il faut néanmoins prendre acte d’un processus qui semble fonctionner. La Tunisie est marche. Et c’est sans doute le pays arabe où le changement se fait avec le moins de dégâts. Ce qui ne veut pas dire sans dégâts. Une boutade d’un homme politique sceptique disait que le changement a une chance de réussir car la Tunisie n’est pas dans une configuration géopolitique décisive. Mais il faut y ajouter – et c’est sans doute le plus important – une volonté générale d’avancer et de refuser les retours en arrière.

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Portrait — Hachemi Hamdi (suite et fin)

A l’ombre du RCD

Inculpée de «diffamation» et de «diffusion de fausses nouvelles portant préjudice à l’honneur de certaines personnes», Sihem Ben Sedrine sera interceptée et emprisonnée pendant plus d’un mois à son retour de Londres. Pour le pouvoir, la porte-parole du Conseil national pour les libertés en Tunisie avait le 17 décembre et sur la chaîne Al Mustekella largement dépassé les lignes rouges en mettant des dates, des noms et des visages sur le système, jusque-là occulte, de la corruption.
Aujourd’hui, Sihem Ben Sedrine, également cofondatrice de la radio Kalima, affirme avoir vu de ses propres yeux le 23 octobre dernier un ancien chef de choôba de la cité Mellassine (structure locale du RCD dissous) dans l’un des bureaux spéciaux aménagés pour les électeurs de la dernière minute prendre en charge les arrivants en les incitant à voter pour la Pétition populaire de Hamdi.
Mais que s’est-il passé entre-temps pour que le fondateur de la chaîne satellitaire rejoigne les rangs d’un régime qu’il attaquait en toute occasion après l’avoir encensé quelques années auparavant lorsqu’il avait rompu avec le Mouvement Ennahdha dont il était l’un des leaders les plus en vue à l’université tunisienne des années 80 ? Cette série non-stop de revirements à 180° a dû donner des idées aux stratèges du régime de Ben Ali : l’homme caméléon était probablement apte à changer encore de couleur…

Hamdi et Omar Bachir : les liaisons dangereuses

La fameuse artillerie lourde des pressions, des menaces et des chantages s’enclenche, du côté des autorités. Le mois de juin 2001, une plainte contre «l’Indépendante» sera déposée devant l’instance de la régulation de l’audiovisuel britannique. «La semaine suivant la diffusion de l’interview de Hamma Hammami, plusieurs invités d’Al Mustakella se verront interdire de quitter l’aéroport de Tunis. Depuis, les liaisons téléphoniques avec la chaîne sont devenues quasi impossibles à partir de la Tunisie. Beaucoup plus que la concurrence de la variété du dimanche après-midi diffusée sur Canal 7, cette stratégie qui consiste à isoler un média de son environnement semble hypothéquer l’avenir d’Al Mustakella car, en matière de journalisme, la rupture avec le terrain signifie souvent le début de la rupture avec les récepteurs», note Riadh Ferjani, universitaire et spécialiste des médias, dans un excellent article scientifique intitulé «Internationalisation du champ télévisuel en Tunisie» (Paris, Ina-Deboeck, 2003).
Sur les colonnes des journaux officiels et pseudo indépendants, une rafale d’accusations est assénée  à «l’intégriste intégral» dont la télé serait financée selon La Presse du 23 juillet 2001 par «des fonds spéciaux en provenance d’un pays qui a créé et continue à diriger l’internationale intégriste née à Karthoum et qui a généré le groupe terroriste Ben Laden». Traduisons les propos sibyllins de l’auteur: Hachemi serait l’homme du Soudanais Omar Bachir. Plus info qu’intox, selon la journaliste Sihem Ben Sedrine, c’est cet argument et les documents que détient l’Etat tunisien sur la compromission du Docteur Hamdi avec le régime classé parmi les mouvements terroristes de Bachir qui font retourner sa veste encore une fois au directeur d’Al Mustakella.

L’avocat du diable

Résultat des courses : Hachemi Hamdi pactise avec Ben Ali et se fait l’avocat du diable…et de la diablesse en s’évertuant à redorer le blason de Leïla Trabelsi dont il n’arrête pas de chanter les louanges sur toutes les antennes arabes : «Une mère modèle», «Une femme pieuse et pratiquante», «Une maman qui veille à ce que ses enfants respectent à la lettre les préceptes de l’Islam»… L’homme, devenu proche conseiller de l’ex-président, perd beaucoup de sa crédibilité et de son audience au profit de la chaîne qatarie Al Jazira, qui persiste dans son traitement critique de l’actualité tunisienne mais gagne en revanche 150.000 euros par an, somme que l’Agence tunisienne de communication extérieure (Atce) aurait doublée ces trois dernières années.
Seuls les Bouzidis, par sympathie, par solidarité ou par admiration pour l’enfant d’El Hawamed, continuent à suivre ses talkshows menés toujours sans contradicteur jusqu’à ce qu’il annonce cet été, dans l’inattention générale, la présentation de ses listes indépendantes aux élections de l’Assemblée constituante. Nouveau coup de théâtre, il revêt les habits du révolutionnaire. N’est-il pas «l’exilé depuis 25 ans de Sidi Bouzid, la terre des hommes libres», «victime des geôles de Ben Ali» et de son système répressif, martèle à longueur de journée ce candidat cathodique à la… présidence de la République ? Bizarrement, personne ne relève l’incohérence de cette candidature acceptée par l’Isie le 15 juillet dernier avec l’esprit du 14 Janvier 2011. Ni le ridicule et l’insensé qui imprègnent le nom des listes de Hamdi : Al Aridha Achaâbiya converti en français en la Pétition populaire pour la liberté, la justice et le développement. Encore plus abracadabrant était le nom de ses listes de départ «les conservateurs progressistes» : tous les antagonismes dans un seul titre !

Hachemi, candidat parabolique

Mais le plus intrigant reste la surprise créée par Hachemi Hamdi dès la proclamation des premiers résultats du vote, il rafle des sièges dans pratiquement tout le pays et même à l’étranger, dépassant largement les scores des forces politiques historiques et des partis de milliardaires. Paradoxalement, l’homme n’a pas foulé le sol tunisien pendant la campagne qu’il a entreprise à partir de sa télévision londonienne, ses têtes de liste sont d’illustres inconnus quasi absents pendant l’effervescence politique post électorale. Comment la greffe d’ «Al Aridha» a-t-elle si bien pris ? Qui sont les électeurs du Docteur Hamdi ?
A Sidi Bouzid, dans les bureaux de vote que nous avons visités le dimanche 23 octobre, le cœur des électeurs sondés à travers les longues files d’attente se partageait entre la Pétition et Ennahdha.
«Hechmi Hamdi est un homme du Sud, il parle avec notre accent, nous comprend. Nous ne voulons plus être représentés par un Sahélien ou un Tunisois», affirmaient Rania Bargougui, Nawras Bargougui et Nawal Hammami, jeunes étudiantes.
«Il se démarque par un programme unique. Personne n’a pensé à la gratuité du système de santé pour tous et de transport pour les plus âgés, ni à cette prime de 200 DT octroyée aux 500.000 chômeurs tunisiens», ajoute Neila N’siri, employée à l’agence Orange de la ville.
Ces électeurs de bonne foi, envoûtés par le populisme et la démagogie du discours de Hechmi, comparables d’ailleurs à ceux de Ben Ali, semblent minoritaires par rapport à tous ceux que la machine du Rassemblement constitutionnel démocratique dissous a récupérés et mobilisés dans les divers coins du pays juste trois jours avant le scrutin. Et les cellules dormantes du RCD, ses omdas, ses cheikhs, ses dirigeants locaux, ses ex-députés, ses milices, ses cadres «dégagés» des postes de responsabilité se réveillèrent subitement lorsque l’une des têtes pensantes du Rassemblement fantôme de Ben Ali se rend compte que les chances des grands partis destouriens étaient minimes. Il fallait changer très rapidement de stratégie et jouer la carte du candidat parabolique. La palme du machiavélisme reviendrait à celui qui a concocté ce plan d’urgence!
Sidi Bouzid est la seule ville où la Pétition dépasse Ennahda en nombre de sièges (trois contre deux). Elle aurait pu gagner encore plus de voix si tous les électeurs âgés et analphabètes n’avaient pas gaffé en cochant à droite d’Al Aridha, dans le casier réservé à une liste indépendante dont le chef a abandonné la campagne depuis longtemps ! Le candidat Al Mostakella (L’indépendant) Mohamed Salah Ilah s’est approprié ainsi toutes les voix buissonnières. L’heureux élu, classé ex æquo avec Ennahdha, gagna confortablement un siège et, après l’invalidation de la pétition à Sidi Bouzid, un autre.
«Le paradoxe de cette ville d’où est partie la Révolution revient au fait qu’elle abrite le plus grand réseau de cellules destouriennes. Les fidèles du RCD y ont été interdits chez nous de meetings et de réunions pendant la campagne. Ils se sont sentis humiliés. Soutenir un candidat tel Hechmi Hamdi a été à mon avis une façon de prendre leur revanche sur les Tunisiens», insiste Rachid Fetini, entrepreneur et directeur du centre d’affaires.

Auteur : Olfa BELHASSINE

Ajouté le : 31-10-2011

http://www.lapresse.tn/30102011/39558/a-lombre-du-rcd.html

 

 


Religion, Démocratie et Libertés au Maghreb

Smaïl Goumeziane
Mardi 15 Novembre 2011
lanation.info


Il a suffit de trois mots : charia, victoire et Ennahda, pour que le débat, passionné, sur la compatibilité de l’Islam et de la Démocratie soit relancé et que des craintes, réelles ou supposées, sur l’avenir du Maghreb, et de ses femmes, soient exprimées ça et là, des deux côtés de la Méditerranée. Contribuant, une fois de plus, et davantage, à entretenir la confusion plutôt qu’à en éclaircir les termes.  Pourtant, débarrassé de son caractère passionné, un tel débat reste plus que jamais d’actualité. A condition de le sortir des clichés, de l’affect et de recourir au maximum de rationalité.

En effet, dans cette région, depuis de nombreuses années, sur fonds de confusions, savamment entretenues, de manipulations idéologiques ou politiciennes, et de drames allant de la répression à l’affrontement armé, alimenté par la violence terroriste, un tel débat, forcément réducteur, ne pouvait avoir lieu à chaud et avec toute la sérénité nécessaire. Pendant toutes ces années, ce qui faisait lieu de débat convergeait vers cette idée toute simpliste de rapports exclusifs entre l’Islam et la Démocratie conduisant au mieux à la méfiance, au pire à la défiance et au rejet de l’une par l’autre. Dans ce cadre, les mêmes « vérités » étaient régulièrement assénées de part et d’autre : l’Islam est incompatible avec la Démocratie ; la Démocratie est étrangère à l’Islam ; la Démocratie ne protège pas de l’islamisme ; la Démocratie est une valeur occidentale ; le Maghreb n’est pas mûr pour la Démocratie…

Pour ces raisons on conçut alors aisément, dans les milieux politico-intellectuelo-journalistiques des deux côtés de la Méditerranée, que les pouvoirs autoritaires ou despotiques soient le seul rempart contre « les islamiste, ces ennemis de la liberté ». Installant dans toute la région le primat de la logique sécuritaire sur le dialogue politique, on en vint alors à soutenir  les stratégies répressives au détriment du dialogue réel,  tout en mettant en lumière un semblant de jeu démocratique se traduisant par l’exclusion de tous islamistes et de toutes forces démocratiques prônant la primauté du dialogue sur le sécuritaire, et par le refus de conclure tout contrat engageant les parties au respect des règles de fonctionnement des sociétés maghrébines. Le dialogue des armes s’imposa à l’arme du dialogue. Avec son lot d’attentats aveugles, de tueries collectives, d’assassinats, de disparitions,  d’arrestations et autres horreurs insoutenables…  Que l’on ne put que condamner fermement en tant que croyant et citoyen !

Tout au long de ces années, on vit alors se développer un processus démocratique au rabais, réduit à sa plus simple expression : scrutins à candidatures plurielles, voire uniques, sélectionnées par les pouvoirs ; organisation de la fraude à grande échelle ; scores électoraux ubuesques… Favorisant la radicalisation de la violence terroriste et sa répression, sur fonds de corruption à très grande échelle. Au bout du compte, au Maghreb, on assista à l’émergence, ou à la consolidation, de véritables « démocratures » (fruit d’une fusion contre nature de la démocratie et de la dictature) et à l’émergence de l’islamisme d’Etat dans la vie politique, s’appuyant sur la constitutionnalisation, souvent ancienne,  de l’Islam comme religion d’Etat, sur l’intégration d’ « islamistes modérés » (au sens où il ne mettent pas en cause la « démocrature ») dans les appareils de l’Etat, avec lesquels des compromis et des alliances de gouvernement furent conclus.

Pourtant, malgré cela, et bien qu’il y eut un recul incontestable de l’hydre du terrorisme, ce qui est communément convenu d’appeler le « Printemps arabe », dont l’épicentre se situe à Sidi Bouzid (Tunisie), est venu rappeler à tous les observateurs que cette « démocraturisation » du Maghreb n’avait guère trouvé de solutions viables aux revendications des citoyens, particulièrement en termes d’accès aux libertés essentielles et plus largement aux bénéfices d’un développement humain et durable toujours promis, jamais atteint.

Dans ces nouvelles conditions, peut-être est-il aujourd’hui temps d’essayer de proposer « pacifiquement » quelques éléments de réflexion pouvant éclairer ce débat, oh combien essentiel, du rapport entre la Religion et la Démocratie au Maghreb.

Bien que centré sur le Maghreb, un tel débat devrait d’abord concerner plus largement les rapports qu’entretiennent, ou devraient entretenir, la Religion et la Démocratie, partout  dans le monde, et pas seulement au Maghreb ou dans le monde arabe. En effet, à ce stade de la réflexion, il n’y a guère de raison de focaliser celle-ci sur le seul Maghreb ni sur la seule religion islamique, toutes les religions, notamment les trois grandes religions monothéistes, entretenant des liens plus ou moins forts avec la Démocratie dans la plupart des pays.

En effet, que constate-t-on ? Que de nombreux pays démocratiques entretiennent des relations plus ou moins officielles, plus ou moins fortes, avec une ou plusieurs religions. Sans que cela remette en cause le régime démocratique de ces pays.

A tout seigneur, tout honneur : la devise officielle des Etats-Unis d’Amérique n’est-elle pas « In God We Trust » ?  Bien sûr, dans ce pays, aucune religion n’est religion d’Etat. Mais, cela est le cas dans plusieurs pays européens. L’exemple le plus emblématique est celui de la Grande Bretagne, dont la Reine, à la fois chef héréditaire de l’Etat et chef de l’Eglise anglicane, est pourtant berceau de la démocratie moderne depuis le 17ème siècle. Il est vrai qu’on est là dans des pays de religion chrétienne. Qu’à cela ne tienne. Pour de nombreux observateurs, Israel, pays dont le régime politique si fusionnellement enraciné dans sa religion hébraïque, n’en reste pas moins considéré, malgré sa politique coloniale en Palestine, comme « le » modèle de démocratie au Moyen-Orient !

Ainsi, dans bien des pays de l’ouest comme de l’est,  avec ou sans religion d’Etat,    la religion dominante irrigue plus ou moins fortement les systèmes politiques (partis et syndicats religieux), juridiques (références religieuses dans les législations, notamment personnelles), éducatifs (écoles privées religieuses, place de la religion dans l’enseignement public). C’est d’ailleurs le cas même dans un pays comme la France dont la loi de 1905 a garantie la séparation de l’Eglise et de l’Etat. La fameuse « laïcité à la française ». Eh bien oui, tout cela serait compatible avec la Démocratie, et cela ne remettrait  nullement en cause le caractère hautement démocratique de ces pays.

Dès lors, en quoi l’Islam serait la seule religion monothéiste à poser problème ?

 Pour certains observateurs, l’Islam poserait un problème dans sa relation à l’Etat.  L’Islam serait à l’origine d’un conflit de pouvoir entre lui et l’Etat en général, et donc entre lui et tout Etat démocratique.  Pour d’autres, tant qu’il ne se séparera pas de l’Islam, l’Etat, serait donc incompatible avec la Démocratie. Or, sur ces deux aspects il semble bien qu’il y ait confusion. Selon moi, ce qui pose problème est davantage lié à la représentation de la religion musulmane et à son rapport à l’Etat, d’une part, et à la nature de l’Etat et à sa relation à la démocratie, d’autre part.

En effet, que sait-on de la représentation de l’Islam ? Contrairement aux autres religions, l’Islam n’a pas de représentation organisée, structurée, assurant un quelconque pouvoir religieux, encore moins temporel, sur les croyants et les citoyens. En Islam, la relation de Dieu à l’homme est directe. La seule médiation est le Coran (et les Hadith qui en découlent) et Mohamed, son Prophète, en fut le Messager. Dès lors point de clergé (exception de l’islam chiite), point de « pape » et donc point d’ « Eglise » structurée comme un pouvoir spirituel et temporel influant sur les consciences religieuse et civile des individus,  donnant sa légitimité au pouvoir politique ou s’y substituant. En Islam ceux qui diffusent le Coran et ses préceptes s’appellent les imams, les muftis et autres docteurs de la foi (fouqahas), exerçant dans les mosquées, les zaouïas (universités) et autres confréries. N’ayant pas « d’Eglise officielle », il est donc difficile pour les Etats en pays musulmans d’établir, par la loi, la séparation de l’Eglise et de l’Etat comme elle eut lieu en France en 1905 (fondement de la « laïcité à la française »). Dans ce cas, d’ailleurs, il s’agissait bien de la séparation de l’Etat français de l’Eglise, en tant qu’institution, c’est-à-dire de la représentation de la religion (dont par ailleurs le pouvoir papal se trouvait étranger au pouvoir français) et non de la séparation de l’Etat d’avec la Religion elle-même.

Dès lors, d’où vient le problème en pays musulman ? En fait, dans ces pays, les pouvoirs politiques, strictement (et « bassement » ?) humains, y ont décidé, le plus souvent par des constitutions imposées, d’y décréter l’Islam religion d’Etat, en d’autres termes de créer une « Eglise d’Etat », chargée d’organiser et de gérer le pouvoir religieux sur des citoyens-croyants, et de représenter ce pouvoir religieux au niveau des exécutifs (y compris en y associant des représentants de partis politiques religieux). Cette « Eglise d’Etat » et ses pratiques donnèrent naissance à un « Islamisme d’Etat ». Cela traduisit une volonté de soumettre la religion à l’Etat. Par ailleurs, en instaurant l’Islam religion d’Etat on lui conférait un statut exclusif qui renforçait le caractère monopoliste du pouvoir politique lui-même. En retour, et pour s’opposer à cet Etat qui phagocytait la religion, l’islamisme politique chercha à inverser les choses : soumettre l’Etat à la religion, et pour cela viser la mise en place d’un Etat théocratique pourtant étranger aux régimes musulmans des origines  (ni les califats, ni les empires et royaumes musulmans ne furent des théocraties). Et imposer la seule religion musulmane, à l’exclusion de toute autre, pour confirmer, là également, le caractère monopoliste de « l’Eglise islamique » érigée en pouvoir politique.

Dès lors, la question qui se pose dans les pays du Maghreb n’est pas, me semble-t-il, comment garantir la séparation de la religion et de l’Etat, mais comment disqualifier toute « Eglise » fabriquée par les Etats (Islamisme d’Etat) ou par les Islamistes (Etat théocratique) puisque celle-ci est étrangère, par essence, à l’Islam. Ainsi posée, cette question signifie tout autant qu’il ne suffit pas de séparer la religion de l’Etat pour lui conserver son caractère monopoliste sur les croyants et, en contre partie, lui opposer un Etat qui conserverait lui aussi un pouvoir monopoliste sur les citoyens.

Tout cela est totalement contraire non seulement au vécu  dans les royaumes berbéro-arabes du Maghreb, ou dans l’Andalousie musulmane, dont on sait que l’Islam y laissa coexister, sous la protection des pouvoirs politiques, les autres religions du Livre, et leurs adeptes, au moment où le catholicisme officiel se fit particulièrement inquisiteur dans toute l’Europe (ainsi, dès le début du 16ème siècle, Juifs et Musulmans d’Andalousie furent pourchassés et expulsés vers le Maghreb). En Algérie, c’est aussi particulièrement contraire à l’esprit et à la lettre de la déclaration de novembre 1954 qui prône tout autant le respect des principes islamiques que  l’exercice des libertés sans distinction de race ou de confession.

Cette création « ex nihilo » d’une « Eglise d’Etat sous sa forme islamique » eut son pendant en termes de démocratie. Au Maghreb, les Etats, qui ont créé cette « Eglise officielle » ou Islamisme d’Etat, sont, comme on l’a vu, des Etats autoritaires, voire despotiques, se refusant à toute évolution démocratique des sociétés. Pour justifier ce refus, ils mettent notamment en avant « l’Islam religion d’Etat » (ce qui, au demeurant est absurde : la religion établit une relation entre Dieu et les hommes, pas entre dieu et l’Etat. Un Etat peut-il prier ou accomplir le Hadj ?), et mobilisent tous les moyens de leur Eglise d’Etat. Mais, on le sait maintenant, ce qui est incompatible avec la démocratie ce sont les Etats non démocratiques du Maghreb, fondés sur l’autoritarisme ou le despotisme.  La démocratie de façade, instaurée sous forme de «démocratures », à fait long feu et ce n’est pas le moindre des résultats positifs du « Printemps arabe » que d’en avoir mis à nu la nature répressive et les modes de fonctionnement claniques et corrupteurs.

Au bout du compte, dans les pays du Maghreb, ce qui apparait clairement, c’est que la Religion et la Démocratie furent (et sont encore) otages des pouvoirs autoritaires et despotiques, qui jouent l’une comme repoussoir de l’autre, et inversement, pour mieux se protéger et de l’une et de l’autre, et tenter de durer advitam eternam.

Dès lors, comment libérer la Religion et la Démocratie de tout pouvoir autoritaire et despotique ? En les sortant toutes deux de l’alternative exclusive suicidaire (la Démocratie ou l’Islam, et inversement) imposée par les pouvoirs autoritaires et leurs soutiens, et en les inscrivant dans un dénominateur commun, celui de l’expansion historique des libertés humaines, fondement essentiel aussi bien de l’Islam que de la Démocratie. En effet, les relations de l’homme et de la nature à Dieu ne sauraient exclure les relations des hommes entre eux et des hommes à la nature. Le défi, car c’en est un, et là : comment construire, patiemment et pacifiquement, une dialectique nouvelle du religieux et du profane au Maghreb, fondée sur la liberté de ses habitants, entendue comme responsabilité de chacun et de tous d’exercer leurs libertés (religieuses et civiles)  au profit de chacun et de tous, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs, avec le même respect et la même tolérance ?

Pour construire cette nouvelle dialectique, faut-il attendre ou chercher un modèle étranger ? Qu’on achèterait à l’Occident démocratique comme on lui achète le blé ou la technologie, grâce à la main invisible du marché ? Ou qu’on leur demanderait d’instaurer de force, grâce au  poing visible des armées de l’Otan ? A l’évidence non. Sans renier les apports, souvent exceptionnels, de l’Occident et de l’Orient à l’Histoire universelle, il est tout aussi fondamental de s’appuyer sur l’Histoire même des pays maghrébins, ces pays berbéro-arabes et musulmans de longue date.

Bien avant l’arrivée de l’Islam et des Arabes, la région était peuplée de berbères qui s’appelaient eux-mêmes des Imazighen ou hommes libres épris de grands espaces, jaloux de leur indépendance à l’égard de tous pouvoirs internes et externes, et de l’intégrité de leur territoire. En ces temps là où la tribu était le cœur de leur organisation sociale,  et alors que naissaient les démocraties athénienne ou romaine, les berbères, alors polythéistes,  développaient une démocratie villageoise (Tajmaïth) qui permit de prendre collectivement les décisions engageant la vie de la tribu et de ses membres. Bien sûr, il ne s’agissait pas encore, et pour cause, de la démocratie moderne (les femmes et les jeunes étaient exclus des organes délibératifs ; la démocratie s’arrêtait aux portes du village et de la tribu et n’atteignait pas le cœur du pouvoir : la confédération de tribus et son pouvoir royal) mais en termes d’organisation politique et sociale la Berbérie (Tamezgha) se trouvait déjà dans la même dynamique qu’Athènes ou Rome.

Avec l’arrivée de l’Islam et des arabes, la région passa définitivement au monothéisme et  devint progressivement berbéro-arabe et musulmane. L’Islam, dont le Coran affirmait la liberté de l’homme (son libre arbitre), non seulement à l’égard des hommes et de la nature, mais aussi à l’égard de la religion elle-même (« nulle contrainte en religion »),  et l’interdiction pour lui d’assujettir d’autres hommes, comme cela fut rappelé par les premiers califes, convenait parfaitement aux Imazighen particulièrement rétifs à tout esclavage et à toute domination interne et externe. Pour ces raisons, l’Histoire des berbères du Maghreb fut une succession permanente de révoltes et de résistance à l’oppression, y compris celle des arabes d’Orient. Par ailleurs, l’égalité et la justice sociale, plus d’une fois réaffirmées par le Coran et la Sunna, justifiaient tout autant leur adhésion massive à cette nouvelle religion. Cependant, à ce moment là, le contenu démocratique charrié par les gouvernements musulmans, à travers les notions de Oumma et de Choura, n’eurent pas le même succès. A l’évidence, la Oumma (communauté des croyants) dépassait alors le cadre de l’organisation tribale et confédérale des berbères (dont les royaumes particulièrement instables étaient en conflits et rivalités récurrentes), et la Choura (conseil consultatif au service d’un pouvoir désigné par la Oumma) ne correspondait pas non plus à la Tajmaïth des Imazighen. En d’autres termes, la légitimité communautaire, à fondement religieux, se différenciait de la légitimité tribale, fondée sur la famille agnatique, sans pouvoir s’y substituer. Il faudra attendre le 19ème siècle, pour que l’Emir Abdelkader, face à la colonisation française qui tenta de détruire cette double identité berbère et musulmane de l’Algérie, mit en place une gouvernance basée sur une synthèse entre la Choura et la Tajmaïth, comme sources de légitimité de son pouvoir dans un cadre national. Celle-ci ne survécut pas à sa défaite.

Bien entendu, en ces instants, les berbéro-arabes du Maghreb, en tant que membres de la démocratie villageoise (Tajmaïth) ou de la « démocratie islamique » (Oumma et Choura), n’étaient pas encore en état d’accéder à une véritable citoyenneté démocratique. Ce ne fut d’ailleurs le cas nulle part ailleurs. En Europe, il faudra attendre les révolutions démocratiques de la Grande Bretagne et de la France, ainsi que celle des Etats-Unis, pour sortir des monarchies d’ordre divin et aller vers des régimes démocratiques modernes.

L’Histoire du Maghreb entre les 15ème et  18ème siècles montre que le non-passage à la citoyenneté, donc à la démocratie, fut moins le fait d’un blocage de ses sociétés par l’Islam que par celui des structures tribales et confédérales minées par des rivalités intestines récurrentes. Elles expliquent, pour l’essentiel, la marginalisation du Maghreb, au moment où les révolutions bourgeoises d’Europe assurèrent le dépassement de l’ordre monarchique de droit divin. Tout juste peut-on incriminer le poids de la religion dans l’interdiction de l’usure, instituée par le Coran (et qui aurait pu être dépassé par l’Ijtihad, comme ce fut le cas dans la chrétienté grâce au réformisme de Luther et Calvin et sa notion d’intérêt légal), pour expliquer l’incapacité des sociétés musulmanes à organiser avec efficacité le financement et l’essor économique et technique du Maghreb. Ce qui les cantonna dans des processus rentiers, leur interdisant toute révolution technique et industrielle, comme celles qui permirent l’envol de l’Europe.

Cette évolution historique révèle la dynamique du sujet « spirituel » et du sujet « temporel » au Maghreb  telle qu’elle s’est développée, sans qu’une claire distinction n’apparaisse entre ce qui ressort du spirituel et ce qui est du domaine du temporel. Ce qu’on appellerait aujourd’hui la dynamique du croyant et du citoyen. En effet, ce que les révolutions « bourgeoises » ont  apporté depuis le Siècle des Lumières, c’est la claire identification de ces deux « êtres » qui cohabitent en chaque homme et de l’unité dialectique de leur « gouvernance » : à la foi, aux « institutions et aux sciences religieuses » la gestion du croyant, grâce aux textes sacrés ; à la libre pensée, « aux institutions et aux sciences humaines » (selon la distinction pertinente d’Ibn Khaldoun) de gouverner les citoyens selon la rationalité et les règles de droit.

C’est pourquoi, comme indiqué précédemment, le droit des pays démocratiques fait référence, plus ou moins fortement, aux textes et à l’enseignement religieux, et pourquoi, inversement, dans les pays où l’Islam est religion d’Etat le droit  positif et l’enseignement ne s’appuient pas uniquement sur les préceptes religieux.  Ainsi comprise, cette dynamique fait que le croyant et le citoyen se distinguent plus fondamentalement du sujet privé de liberté (esclave, serf, ou « citoyen » de régime autoritaire) sommé de se soumettre aux ordres et décisions arbitraires du monarque absolu ou du dictateur.   En ce sens, cette dynamique du croyant et du citoyen réunit en l’homme sa liberté spirituelle et sa liberté temporelle, à la fois comme éléments essentiels de sa substance, mais aussi comme instruments de son action quotidienne,  pour la conquête de nouveaux principes et institutions de gouvernance et de nouvelles libertés.

Ce faisant, la dynamique de la religion et de la démocratie s’affirme comme un processus vivant, en constante évolution pour assurer l’expansion des libertés des hommes et des femmes du Maghreb. C’est pourquoi ces éléments et leur dialectique sont au cœur des débats en cours dans les pays du « Printemps arabe », notamment autour de la définition et de la mise en place des Constitutions, des institutions de pouvoir (Présidence, exécutif, parlement, justice…), de leur séparation et de leur indépendance. Mais aussi de la définition des libertés essentielles, dont la liberté d’association, la liberté de la presse, la liberté d’opinion, tout autant que la liberté de culte. En un mot, de tout ce qui est constitutif de ce qu’on appelle désormais les Droits Humains et Sociaux, fondements essentiels de tout Etat de droit.

Au bout du compte, et c’est là ma conviction, à la lumière de cette brève analyse, le vrai débat, qu’il faut instaurer, et qui doit guider la mobilisation et l’action pacifique des populations du Maghreb, doit répondre à cette question : comment construire patiemment, librement et dans la paix,  cette dialectique de la religion et de la démocratie débarrassée de tout pouvoir autoritaire et despotique? Bien sûr, les enjeux sont énormes et le chemin sera semé d’embûches. Raison de plus pour rester vigilants et ne pas se tromper d’adversaires.


élection d’une Assemblée constituante en Tunisie : Coup d’envoi d’une campagne historique

Le compte à rebours pour l’élection du 23 octobre en Tunisie a commencé samedi avec le lancement officiel de la campagne électorale, à laquelle participent des dizaines de partis et de formations, une première historique après des décennies de dictature et de parti unique.

Premier pays du Printemps arabe, la Tunisie sera aussi la première à se rendre aux urnes pour élire une Assemblée constituante neuf mois après la chute du régime de Zine El Abidine Ben Ali, chassé du pouvoir le 14 janvier par un
. «Rendez-vous avec l’histoire», «Dernière ligne droite», titraient samedi les quotidiens francophones pour saluer l’entrée officielle du pays en campagne, dans une atmosphère effervescente. A Tunis, dès le matin, des militants et sympathisants se sont attelés à coller des portraits des têtes de liste sur les panneaux muraux réservés à la campagne officielle, et de nombreux passants s’arrêtaient pour détailler les listes en lice. Elus à la proportionnelle au plus fort reste, les 217 membres de la future Constituante auront la charge de rédiger une nouvelle Constitution. Plusieurs partis ont prévu des conférences de presse ou meetings.

Le mouvement islamiste Ennahda, considéré comme le grand favori du scrutin, a très symboliquement choisi la ville de Sidi Bouzid (centre), berceau de la révolution tunisienne, pour lancer sa campagne. Durement réprimés sous Ben Ali, les islamistes bénéficient d’un capital de sympathie dû à leur passé d’opposant, mais «ce ne sont pas eux qui ont fait la révolution», rappellent régulièrement leurs détracteurs.

11 000 candidats pour 217 sièges

La campagne démarre également sur les médias nationaux, qui ont commencé à diffuser les 3 minutes de message électoral octroyées à un représentant de chaque liste. Au total, l’électeur tunisien est susceptible d’entendre trois heures de messages politiques par jour, calculait récemment un responsable de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE). Car l’offre politique pour ces premières élections post-Ben Ali est pléthorique : quelque 1500 listes, soit près de 11 000 candidats, se présentent dans les 27 circonscriptions de Tunisie.

Parmi elles, près de 800 représentent des partis et quelque 600 sont indépendantes, le reste des listes étant formées par des coalitions. Face à cette profusion, les Tunisiens restent dubitatifs et indécis, même si les cinq ou six formations politiques historiques devraient rafler le plus gros des sièges de la Constituante, selon les observateurs et les derniers sondages.

AFP

Les blogueurs du Printemps arabe en conclave à Tunis

Quelque 200 blogueurs arabes se retrouvent aujourd’hui à Tunis pour débattre du cyberactivisme et du rôle politique des réseaux sociaux, pour la première rencontre de ce genre depuis le déclenchement du Printemps arabe, a-t-on appris hier auprès des organisateurs tunisiens.

La troisième Rencontre des blogueurs arabes – les deux précédentes s’étaient tenues à Beyrouth en 2008 et 2009 – aura pour thème principal le rôle des cyberactivistes en période de transition démocratique, a indiqué à l’AFP Malek Khadraoui, co-organisateur de l’événement et administrateur du site collectif tunisien Nawaat. «C’est une rencontre exceptionnelle. Il y a eu trois révolutions arabes, et la plupart des blogueurs invités ont été impliqués dans ces révolutions, cela va leur permettre de se rencontrer et de développer les réseaux de solidarité», a-t-il ajouté. «Nous allons réfléchir ensemble aux nouveaux défis, évoquer les mouvements en cours en Syrie, à Bahreïn, au Yémen…», a-t-il poursuivi, soulignant le côté symbolique de la tenue de cette rencontre en Tunisie, «pays qui a ouvert le bal des révolutions arabes».

Le forum durera trois jours et abordera des thèmes tels que l’implication des blogueurs dans la vie politique, notamment en Tunisie où sept d’entre eux sont candidats à l’élection du 23 octobre, le rôle de WikiLeaks dans le Printemps arabe, la fiabilité des informations sur Twitter ou facebook…Cette rencontre se tient aussi alors que les noms de blogueurs arabes tels que la Tunisienne Lina Ben Mhenni, qui a tenu la chronique de la révolution sur internet, ou le cybermilitant égyptien Wael Ghonim, circulent pour le prix Nobel de la paix, qui sera remis le 7 octobre à Oslo.

AFP

Les soulèvements populaires et les transitions en cours au sud de la méditerranée sont, sans surprise, dissuasifs, pour les IDE. Pour l’Afrique du Nord, le bilan de l’observatoire Anima-Mipo, montre une chute importante des projets annoncés pour la Tunisie, l’Egypte et la Libye. A contrario, dans les pays où les tumultes politiques restent, encore, de basse intensité, les IDE restent stables (Algérie) ou progressent (Maroc).

2011 est une année de ralentissement pour  l’investissement direct étranger en Méditerranée (IDE) après avoir connu une reprise en 2010. La baisse des annonces de projets dans le pays Med est de 23% par rapport à 2010. Anima-Mipo n’a recensé que 322 projets au cours des six premiers mois 2011, contre 838 au total en 2010, et 430 au premier semestre 2010. Cette baisse est compensée par les montants des investissements annoncés qui sont 15,2 milliards d’euros au cours du premier semestre 2011 contre 14,5 milliards en 2010.  Les projets de partenariat reculent de manière sensible avec moins 38%. Il y a eu 159 projets de partenariats recensés au cours du premier semestre contre 255 au premier semestre 2010. Le chiffre pour toute l’année 2010 a été 513. L’impact des changements politiques en Tunisie et en Egypte  est net. Il se traduit par des baisses très sensibles (- 40%) du nombre des IDE au cours du premier semestre. La Tunisie compense cette baisse du nombre par un maintien en termes de montants. Les investisseurs dans le secteur des hydrocarbures (l’Autrichien OMV, le Britannique BG et l’Italien ENI) ne boudent pas la Tunisie. La tendance est même à l’amélioration depuis juillet, selon l’Agence de Promotion de l’Investissement Extérieur « FIPA-Tunisia ». En Egypte, les annonces d’IDE ont été pratiquement gelées après la chute de Moubarak, mais l’observatoire enregistre depuis le mois de juin 2011 un début de relance. Pour la Libye, les choses sont simples : aucun projet d’IDE n’a été recensé depuis la mi-janvier 2011. Le dernier IDE en date étant  la prise de participation de la Qatar National Bank (QNB) dans la banque libyenne du commerce et du développement.

« Stabilité » en Algérie après une année « médiocre »

Pour l’Algérie, les annonces d’investissements restent stables en termes de nombre de projets. Une « stabilité » qui signifie dans les faits que l’on reste a peu sur le même rythme, médiocre, de l’année 2010. Le chapitre IDE ne bouge, en termes de montants, que du fait de la relance du projet Dounya Park de l’Emirati EIIC après avoir reçu les autorisations. L’autre projet d’investissement étant celui que doit engager ArcelorMittal dans le complexe d’El Hadjar. Petite compensation dans le domaine du partenariat où l’on enregistre 11 projets  au cours des 6 premiers 2011, soit autant que pour toute l’année 2010. Le Maroc est le pays maghrébin et arabe qui a été le plus attractif pour les IDE. Il enregistre la « seule hausse significative du nombre de projets d’IDE au premier semestre 2011 (+23% par rapport au S1 2010) ». Le Maroc, estime l’observatoire « conserve la confiance des investisseurs et se place juste derrière la Turquie et Israël en nombre de projet détectés, confirmant ainsi la dynamique plutôt encourageante enregistrée en 2010 ». Petit bémol : les montants des IDE sont «  nettement en deçà des niveaux d’avant-crise, avec tout juste 500 millions d’euros annoncés entre le 1er janvier et le 30 juin 2011 ».

 

Écrit par Oussama Nadjib    Samedi, 24 Septembre 2011

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L’Algérie et le Maroc moteurs de la croissance prévisionnelle de Société générale

Salim Dali, Maghreb Emergent, 18 novembre 2010

Le groupe bancaire français Société générale table principalement sur le faible niveau de bancarisation dans la région et sur le potentiel de croissance de la population et des revenus pour devenir la première banque à capitaux privés au Maghreb. L’expansion de son réseau en Algérie et au Maroc portera l’essentiel de sa stratégie de croissance.

Société Générale a dévoilé à la presse sa stratégie de croissance 2009-2015 dénommée SG 2015 lors d’une rencontre organisée à Casablanca. Parmi ses axes importants l’ambition de développer ses activités au Maghreb via ses filiales implantées en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Société Générale, l’un des premiers groupes bancaires en Europe vise à drainer en l’espace de cinq ans 860.000 clients supplémentaires. Il s’agit d’ouvrir 280 nouvelles agences. Sur l’ensemble de l’Afrique du nord, la banque prévoit d’absorber 1 ,3 million de clients supplémentaires et d’ouvrir 380 nouvelles agences. L’essentiel de cet effort repose sur ses filables Algérie et Maroc. Société Générale Algérie (SGA) table sur 200.000 clients supplémentaires et l’ouverture de 90 nouvelles agences, soit une progression de 90% tandis que sa consœur marocaine vise 500.000 nouveaux clients et l’ouverture de 150 agences. La filiale marocaine, plus ancienne avec plus de 100 ans d’existence semble la plus dynamique. Elle enregistre un produit net bancaire de près de 300 millions d’euros en 2009 contre 100 millions d’euros pour Société Générale Algérie.

 

Le mobile banking expérimental au Maroc

De façon globale, Société générale veut devenir la première banque à capitaux privés de la zone. Cette volonté de renforcement de ses positions se justifie par différents facteurs. «C’est un marché important constitué par 160 millions d’habitants. Il enregistre un faible taux de bancarisation. La zone enregistre un taux de croissance moyen de 4,6% », a souligné Jean Louis Mattei, le Directeur de la banque de détail à l’international. Par ailleurs, un autre facteur joue en faveur de la réussite de cette feuille de route : la croissance cumulée de la population entre 2010-2015 concernant l’Algérie et le Maroc est estimée entre 5 et 10%.

A titre de comparaison, Société Générale en Afrique compte 2,8 millions clients et 850 agences. Son réseau africain lui procure 1 milliard d’euros de produit net bancaire annuel. Il emploie 13.000 collaborateurs sur les 60.000 que compte le groupe français à travers le monde.

Dans sa stratégie, Société générale table sur l’innovation. Après le e banking, c’est le mobile banking qu’entend promouvoir le groupe français. Le concept se résume à consulter ses comptes, effectuer des opérations bancaires via son mobile. Ce service est au stade de l’expérimentation au Maroc. Une fois les conditions de succès garanties, le mobile banking sera systématisé en Algérie et en Tunisie.

A noter que Société Générale est également présente en Mauritanie. Elle ne dispose pas de filiale en Lybie. Ses activités en Egypte sont également importantes. Sa filiale enregistre plus de 800.000 clients et plus de 100 agences. Son objectif dans ce pays est de drainer plus de 450.000 clients supplémentaires et d’ouvrir 90 nouvelles agences.

Synergie entre les filiales au Maghreb

Concernant la filiale algérienne, elle dispose de 63 agences. Société Générale Algérie compte près de 270 .000 clients. Elle emploie plus de 1300 collaborateurs. Ses fonds propres ont atteint 20 milliards de dinars en 2009. Au cours de cet exercice, elle a réalisé un résultat net bancaire de 2,5 milliards de dinars. Eu égard à l’importance de son réseau et de sa clientèle, elle est considérée comme la première banque privée en Algérie. Mais son développement rapide dépendra de l’évolution de l’environnement local. Société Générale tente également de développer des synergies entre les pays du Maghreb. Elle vise à tisser une coopération intense entre filiales. Parmi les premiers résultats, les filiales tunisiennes et algériennes accompagnent un promoteur tunisien dans la réalisation d’un projet sidérurgique en Algérie.

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