Archives de la catégorie ‘Construction Maghrébine’


Transitions arabes : quand le vieux se meurt et le nouveau n’arrive pas à naître

Ahmed Selmane
Mardi 22 Novembre 2011

Plusieurs pays en arabe sont en « transition », d’autres en attente installés dans un sentiment de sécurité illusoire. En Tunisie, l’évolution se déroule dans de bonnes conditions. En Egypte, elle est plus heurtée. Là, et encore davantage en Syrie, le vieux n’en finit pas de mourir et empêche le nouveau d’éclore.

Les tunisiens avancent

En Tunisie, n’en déplaise aux éditocrates parisiens décidemment très marqués par la vieille idéologue coloniale qui n’en reviennent pas de découvrir des tunisiens non-conformes à leurs visions, les choses se déroulent bien. Après une élection historique, l’Assemblée constituante se réunit à partir de ce mardi pour une inauguration solennelle. Auparavant, les principales forces politiques issues des urnes (Ennahda, 89 élus) et les deux partis de gauche Congrès pour la République (CPR 29 élus) et Ettakatol (20 sièges) se sont entendus sur la distribution du pouvoir. Les islamistes dirigeront le gouvernement avec Hamadi Jbali, le très tenace Moncef Marzouki, du CPR devient président de la république et Mustapha Ben Jaafar, pour présider la Constituante. Aucune expérience n’étant transposable sous forme de copié-collé, mais il faut bien constater que la Tunisie profite de la déconfiture morale de l’appareil policier de Ben Ali (qui va être sans doute, le corps à réformer le plus rapidement possible), l’armée ayant été de facto un réel soutien au processus de transition. Elle profite aussi de l’attitude très positive du personnel politique qui a aboutit, en définitive, à déminer le terrain. Et à créer les conditions pour que la politique soit enfin possible dans un pays où elle avait été bannie comme partout ailleurs dans le monde arabe. Le refus d’un Moncef Marzouki de reproduire les poncifs laïco-éradicateurs parisiens – chose qui n’a pas été évitée par d’autres – permet de rester sur un terrain politique moins phantasmatique. Rien n’est rose. La réalité est complexe. Il faut lire l’analyse de Sadri Khiari (Tunisie : commentaires sur la révolution à l’occasion des élections ) pour avoir un aperçu de la complexité politique et des difficultés qui attendent la Tunisie. Il faut néanmoins prendre acte d’un processus qui semble fonctionner. La Tunisie est marche. Et c’est sans doute le pays arabe où le changement se fait avec le moins de dégâts. Ce qui ne veut pas dire sans dégâts. Une boutade d’un homme politique sceptique disait que le changement a une chance de réussir car la Tunisie n’est pas dans une configuration géopolitique décisive. Mais il faut y ajouter – et c’est sans doute le plus important – une volonté générale d’avancer et de refuser les retours en arrière.


Portrait — Hachemi Hamdi (suite et fin)

A l’ombre du RCD

Inculpée de «diffamation» et de «diffusion de fausses nouvelles portant préjudice à l’honneur de certaines personnes», Sihem Ben Sedrine sera interceptée et emprisonnée pendant plus d’un mois à son retour de Londres. Pour le pouvoir, la porte-parole du Conseil national pour les libertés en Tunisie avait le 17 décembre et sur la chaîne Al Mustekella largement dépassé les lignes rouges en mettant des dates, des noms et des visages sur le système, jusque-là occulte, de la corruption.
Aujourd’hui, Sihem Ben Sedrine, également cofondatrice de la radio Kalima, affirme avoir vu de ses propres yeux le 23 octobre dernier un ancien chef de choôba de la cité Mellassine (structure locale du RCD dissous) dans l’un des bureaux spéciaux aménagés pour les électeurs de la dernière minute prendre en charge les arrivants en les incitant à voter pour la Pétition populaire de Hamdi.
Mais que s’est-il passé entre-temps pour que le fondateur de la chaîne satellitaire rejoigne les rangs d’un régime qu’il attaquait en toute occasion après l’avoir encensé quelques années auparavant lorsqu’il avait rompu avec le Mouvement Ennahdha dont il était l’un des leaders les plus en vue à l’université tunisienne des années 80 ? Cette série non-stop de revirements à 180° a dû donner des idées aux stratèges du régime de Ben Ali : l’homme caméléon était probablement apte à changer encore de couleur…

Hamdi et Omar Bachir : les liaisons dangereuses

La fameuse artillerie lourde des pressions, des menaces et des chantages s’enclenche, du côté des autorités. Le mois de juin 2001, une plainte contre «l’Indépendante» sera déposée devant l’instance de la régulation de l’audiovisuel britannique. «La semaine suivant la diffusion de l’interview de Hamma Hammami, plusieurs invités d’Al Mustakella se verront interdire de quitter l’aéroport de Tunis. Depuis, les liaisons téléphoniques avec la chaîne sont devenues quasi impossibles à partir de la Tunisie. Beaucoup plus que la concurrence de la variété du dimanche après-midi diffusée sur Canal 7, cette stratégie qui consiste à isoler un média de son environnement semble hypothéquer l’avenir d’Al Mustakella car, en matière de journalisme, la rupture avec le terrain signifie souvent le début de la rupture avec les récepteurs», note Riadh Ferjani, universitaire et spécialiste des médias, dans un excellent article scientifique intitulé «Internationalisation du champ télévisuel en Tunisie» (Paris, Ina-Deboeck, 2003).
Sur les colonnes des journaux officiels et pseudo indépendants, une rafale d’accusations est assénée  à «l’intégriste intégral» dont la télé serait financée selon La Presse du 23 juillet 2001 par «des fonds spéciaux en provenance d’un pays qui a créé et continue à diriger l’internationale intégriste née à Karthoum et qui a généré le groupe terroriste Ben Laden». Traduisons les propos sibyllins de l’auteur: Hachemi serait l’homme du Soudanais Omar Bachir. Plus info qu’intox, selon la journaliste Sihem Ben Sedrine, c’est cet argument et les documents que détient l’Etat tunisien sur la compromission du Docteur Hamdi avec le régime classé parmi les mouvements terroristes de Bachir qui font retourner sa veste encore une fois au directeur d’Al Mustakella.

L’avocat du diable

Résultat des courses : Hachemi Hamdi pactise avec Ben Ali et se fait l’avocat du diable…et de la diablesse en s’évertuant à redorer le blason de Leïla Trabelsi dont il n’arrête pas de chanter les louanges sur toutes les antennes arabes : «Une mère modèle», «Une femme pieuse et pratiquante», «Une maman qui veille à ce que ses enfants respectent à la lettre les préceptes de l’Islam»… L’homme, devenu proche conseiller de l’ex-président, perd beaucoup de sa crédibilité et de son audience au profit de la chaîne qatarie Al Jazira, qui persiste dans son traitement critique de l’actualité tunisienne mais gagne en revanche 150.000 euros par an, somme que l’Agence tunisienne de communication extérieure (Atce) aurait doublée ces trois dernières années.
Seuls les Bouzidis, par sympathie, par solidarité ou par admiration pour l’enfant d’El Hawamed, continuent à suivre ses talkshows menés toujours sans contradicteur jusqu’à ce qu’il annonce cet été, dans l’inattention générale, la présentation de ses listes indépendantes aux élections de l’Assemblée constituante. Nouveau coup de théâtre, il revêt les habits du révolutionnaire. N’est-il pas «l’exilé depuis 25 ans de Sidi Bouzid, la terre des hommes libres», «victime des geôles de Ben Ali» et de son système répressif, martèle à longueur de journée ce candidat cathodique à la… présidence de la République ? Bizarrement, personne ne relève l’incohérence de cette candidature acceptée par l’Isie le 15 juillet dernier avec l’esprit du 14 Janvier 2011. Ni le ridicule et l’insensé qui imprègnent le nom des listes de Hamdi : Al Aridha Achaâbiya converti en français en la Pétition populaire pour la liberté, la justice et le développement. Encore plus abracadabrant était le nom de ses listes de départ «les conservateurs progressistes» : tous les antagonismes dans un seul titre !

Hachemi, candidat parabolique

Mais le plus intrigant reste la surprise créée par Hachemi Hamdi dès la proclamation des premiers résultats du vote, il rafle des sièges dans pratiquement tout le pays et même à l’étranger, dépassant largement les scores des forces politiques historiques et des partis de milliardaires. Paradoxalement, l’homme n’a pas foulé le sol tunisien pendant la campagne qu’il a entreprise à partir de sa télévision londonienne, ses têtes de liste sont d’illustres inconnus quasi absents pendant l’effervescence politique post électorale. Comment la greffe d’ «Al Aridha» a-t-elle si bien pris ? Qui sont les électeurs du Docteur Hamdi ?
A Sidi Bouzid, dans les bureaux de vote que nous avons visités le dimanche 23 octobre, le cœur des électeurs sondés à travers les longues files d’attente se partageait entre la Pétition et Ennahdha.
«Hechmi Hamdi est un homme du Sud, il parle avec notre accent, nous comprend. Nous ne voulons plus être représentés par un Sahélien ou un Tunisois», affirmaient Rania Bargougui, Nawras Bargougui et Nawal Hammami, jeunes étudiantes.
«Il se démarque par un programme unique. Personne n’a pensé à la gratuité du système de santé pour tous et de transport pour les plus âgés, ni à cette prime de 200 DT octroyée aux 500.000 chômeurs tunisiens», ajoute Neila N’siri, employée à l’agence Orange de la ville.
Ces électeurs de bonne foi, envoûtés par le populisme et la démagogie du discours de Hechmi, comparables d’ailleurs à ceux de Ben Ali, semblent minoritaires par rapport à tous ceux que la machine du Rassemblement constitutionnel démocratique dissous a récupérés et mobilisés dans les divers coins du pays juste trois jours avant le scrutin. Et les cellules dormantes du RCD, ses omdas, ses cheikhs, ses dirigeants locaux, ses ex-députés, ses milices, ses cadres «dégagés» des postes de responsabilité se réveillèrent subitement lorsque l’une des têtes pensantes du Rassemblement fantôme de Ben Ali se rend compte que les chances des grands partis destouriens étaient minimes. Il fallait changer très rapidement de stratégie et jouer la carte du candidat parabolique. La palme du machiavélisme reviendrait à celui qui a concocté ce plan d’urgence!
Sidi Bouzid est la seule ville où la Pétition dépasse Ennahda en nombre de sièges (trois contre deux). Elle aurait pu gagner encore plus de voix si tous les électeurs âgés et analphabètes n’avaient pas gaffé en cochant à droite d’Al Aridha, dans le casier réservé à une liste indépendante dont le chef a abandonné la campagne depuis longtemps ! Le candidat Al Mostakella (L’indépendant) Mohamed Salah Ilah s’est approprié ainsi toutes les voix buissonnières. L’heureux élu, classé ex æquo avec Ennahdha, gagna confortablement un siège et, après l’invalidation de la pétition à Sidi Bouzid, un autre.
«Le paradoxe de cette ville d’où est partie la Révolution revient au fait qu’elle abrite le plus grand réseau de cellules destouriennes. Les fidèles du RCD y ont été interdits chez nous de meetings et de réunions pendant la campagne. Ils se sont sentis humiliés. Soutenir un candidat tel Hechmi Hamdi a été à mon avis une façon de prendre leur revanche sur les Tunisiens», insiste Rachid Fetini, entrepreneur et directeur du centre d’affaires.

Auteur : Olfa BELHASSINE

Ajouté le : 31-10-2011

http://www.lapresse.tn/30102011/39558/a-lombre-du-rcd.html

 

 


Religion, Démocratie et Libertés au Maghreb

Smaïl Goumeziane
Mardi 15 Novembre 2011
lanation.info


Il a suffit de trois mots : charia, victoire et Ennahda, pour que le débat, passionné, sur la compatibilité de l’Islam et de la Démocratie soit relancé et que des craintes, réelles ou supposées, sur l’avenir du Maghreb, et de ses femmes, soient exprimées ça et là, des deux côtés de la Méditerranée. Contribuant, une fois de plus, et davantage, à entretenir la confusion plutôt qu’à en éclaircir les termes.  Pourtant, débarrassé de son caractère passionné, un tel débat reste plus que jamais d’actualité. A condition de le sortir des clichés, de l’affect et de recourir au maximum de rationalité.

En effet, dans cette région, depuis de nombreuses années, sur fonds de confusions, savamment entretenues, de manipulations idéologiques ou politiciennes, et de drames allant de la répression à l’affrontement armé, alimenté par la violence terroriste, un tel débat, forcément réducteur, ne pouvait avoir lieu à chaud et avec toute la sérénité nécessaire. Pendant toutes ces années, ce qui faisait lieu de débat convergeait vers cette idée toute simpliste de rapports exclusifs entre l’Islam et la Démocratie conduisant au mieux à la méfiance, au pire à la défiance et au rejet de l’une par l’autre. Dans ce cadre, les mêmes « vérités » étaient régulièrement assénées de part et d’autre : l’Islam est incompatible avec la Démocratie ; la Démocratie est étrangère à l’Islam ; la Démocratie ne protège pas de l’islamisme ; la Démocratie est une valeur occidentale ; le Maghreb n’est pas mûr pour la Démocratie…

Pour ces raisons on conçut alors aisément, dans les milieux politico-intellectuelo-journalistiques des deux côtés de la Méditerranée, que les pouvoirs autoritaires ou despotiques soient le seul rempart contre « les islamiste, ces ennemis de la liberté ». Installant dans toute la région le primat de la logique sécuritaire sur le dialogue politique, on en vint alors à soutenir  les stratégies répressives au détriment du dialogue réel,  tout en mettant en lumière un semblant de jeu démocratique se traduisant par l’exclusion de tous islamistes et de toutes forces démocratiques prônant la primauté du dialogue sur le sécuritaire, et par le refus de conclure tout contrat engageant les parties au respect des règles de fonctionnement des sociétés maghrébines. Le dialogue des armes s’imposa à l’arme du dialogue. Avec son lot d’attentats aveugles, de tueries collectives, d’assassinats, de disparitions,  d’arrestations et autres horreurs insoutenables…  Que l’on ne put que condamner fermement en tant que croyant et citoyen !

Tout au long de ces années, on vit alors se développer un processus démocratique au rabais, réduit à sa plus simple expression : scrutins à candidatures plurielles, voire uniques, sélectionnées par les pouvoirs ; organisation de la fraude à grande échelle ; scores électoraux ubuesques… Favorisant la radicalisation de la violence terroriste et sa répression, sur fonds de corruption à très grande échelle. Au bout du compte, au Maghreb, on assista à l’émergence, ou à la consolidation, de véritables « démocratures » (fruit d’une fusion contre nature de la démocratie et de la dictature) et à l’émergence de l’islamisme d’Etat dans la vie politique, s’appuyant sur la constitutionnalisation, souvent ancienne,  de l’Islam comme religion d’Etat, sur l’intégration d’ « islamistes modérés » (au sens où il ne mettent pas en cause la « démocrature ») dans les appareils de l’Etat, avec lesquels des compromis et des alliances de gouvernement furent conclus.

Pourtant, malgré cela, et bien qu’il y eut un recul incontestable de l’hydre du terrorisme, ce qui est communément convenu d’appeler le « Printemps arabe », dont l’épicentre se situe à Sidi Bouzid (Tunisie), est venu rappeler à tous les observateurs que cette « démocraturisation » du Maghreb n’avait guère trouvé de solutions viables aux revendications des citoyens, particulièrement en termes d’accès aux libertés essentielles et plus largement aux bénéfices d’un développement humain et durable toujours promis, jamais atteint.

Dans ces nouvelles conditions, peut-être est-il aujourd’hui temps d’essayer de proposer « pacifiquement » quelques éléments de réflexion pouvant éclairer ce débat, oh combien essentiel, du rapport entre la Religion et la Démocratie au Maghreb.

Bien que centré sur le Maghreb, un tel débat devrait d’abord concerner plus largement les rapports qu’entretiennent, ou devraient entretenir, la Religion et la Démocratie, partout  dans le monde, et pas seulement au Maghreb ou dans le monde arabe. En effet, à ce stade de la réflexion, il n’y a guère de raison de focaliser celle-ci sur le seul Maghreb ni sur la seule religion islamique, toutes les religions, notamment les trois grandes religions monothéistes, entretenant des liens plus ou moins forts avec la Démocratie dans la plupart des pays.

En effet, que constate-t-on ? Que de nombreux pays démocratiques entretiennent des relations plus ou moins officielles, plus ou moins fortes, avec une ou plusieurs religions. Sans que cela remette en cause le régime démocratique de ces pays.

A tout seigneur, tout honneur : la devise officielle des Etats-Unis d’Amérique n’est-elle pas « In God We Trust » ?  Bien sûr, dans ce pays, aucune religion n’est religion d’Etat. Mais, cela est le cas dans plusieurs pays européens. L’exemple le plus emblématique est celui de la Grande Bretagne, dont la Reine, à la fois chef héréditaire de l’Etat et chef de l’Eglise anglicane, est pourtant berceau de la démocratie moderne depuis le 17ème siècle. Il est vrai qu’on est là dans des pays de religion chrétienne. Qu’à cela ne tienne. Pour de nombreux observateurs, Israel, pays dont le régime politique si fusionnellement enraciné dans sa religion hébraïque, n’en reste pas moins considéré, malgré sa politique coloniale en Palestine, comme « le » modèle de démocratie au Moyen-Orient !

Ainsi, dans bien des pays de l’ouest comme de l’est,  avec ou sans religion d’Etat,    la religion dominante irrigue plus ou moins fortement les systèmes politiques (partis et syndicats religieux), juridiques (références religieuses dans les législations, notamment personnelles), éducatifs (écoles privées religieuses, place de la religion dans l’enseignement public). C’est d’ailleurs le cas même dans un pays comme la France dont la loi de 1905 a garantie la séparation de l’Eglise et de l’Etat. La fameuse « laïcité à la française ». Eh bien oui, tout cela serait compatible avec la Démocratie, et cela ne remettrait  nullement en cause le caractère hautement démocratique de ces pays.

Dès lors, en quoi l’Islam serait la seule religion monothéiste à poser problème ?

 Pour certains observateurs, l’Islam poserait un problème dans sa relation à l’Etat.  L’Islam serait à l’origine d’un conflit de pouvoir entre lui et l’Etat en général, et donc entre lui et tout Etat démocratique.  Pour d’autres, tant qu’il ne se séparera pas de l’Islam, l’Etat, serait donc incompatible avec la Démocratie. Or, sur ces deux aspects il semble bien qu’il y ait confusion. Selon moi, ce qui pose problème est davantage lié à la représentation de la religion musulmane et à son rapport à l’Etat, d’une part, et à la nature de l’Etat et à sa relation à la démocratie, d’autre part.

En effet, que sait-on de la représentation de l’Islam ? Contrairement aux autres religions, l’Islam n’a pas de représentation organisée, structurée, assurant un quelconque pouvoir religieux, encore moins temporel, sur les croyants et les citoyens. En Islam, la relation de Dieu à l’homme est directe. La seule médiation est le Coran (et les Hadith qui en découlent) et Mohamed, son Prophète, en fut le Messager. Dès lors point de clergé (exception de l’islam chiite), point de « pape » et donc point d’ « Eglise » structurée comme un pouvoir spirituel et temporel influant sur les consciences religieuse et civile des individus,  donnant sa légitimité au pouvoir politique ou s’y substituant. En Islam ceux qui diffusent le Coran et ses préceptes s’appellent les imams, les muftis et autres docteurs de la foi (fouqahas), exerçant dans les mosquées, les zaouïas (universités) et autres confréries. N’ayant pas « d’Eglise officielle », il est donc difficile pour les Etats en pays musulmans d’établir, par la loi, la séparation de l’Eglise et de l’Etat comme elle eut lieu en France en 1905 (fondement de la « laïcité à la française »). Dans ce cas, d’ailleurs, il s’agissait bien de la séparation de l’Etat français de l’Eglise, en tant qu’institution, c’est-à-dire de la représentation de la religion (dont par ailleurs le pouvoir papal se trouvait étranger au pouvoir français) et non de la séparation de l’Etat d’avec la Religion elle-même.

Dès lors, d’où vient le problème en pays musulman ? En fait, dans ces pays, les pouvoirs politiques, strictement (et « bassement » ?) humains, y ont décidé, le plus souvent par des constitutions imposées, d’y décréter l’Islam religion d’Etat, en d’autres termes de créer une « Eglise d’Etat », chargée d’organiser et de gérer le pouvoir religieux sur des citoyens-croyants, et de représenter ce pouvoir religieux au niveau des exécutifs (y compris en y associant des représentants de partis politiques religieux). Cette « Eglise d’Etat » et ses pratiques donnèrent naissance à un « Islamisme d’Etat ». Cela traduisit une volonté de soumettre la religion à l’Etat. Par ailleurs, en instaurant l’Islam religion d’Etat on lui conférait un statut exclusif qui renforçait le caractère monopoliste du pouvoir politique lui-même. En retour, et pour s’opposer à cet Etat qui phagocytait la religion, l’islamisme politique chercha à inverser les choses : soumettre l’Etat à la religion, et pour cela viser la mise en place d’un Etat théocratique pourtant étranger aux régimes musulmans des origines  (ni les califats, ni les empires et royaumes musulmans ne furent des théocraties). Et imposer la seule religion musulmane, à l’exclusion de toute autre, pour confirmer, là également, le caractère monopoliste de « l’Eglise islamique » érigée en pouvoir politique.

Dès lors, la question qui se pose dans les pays du Maghreb n’est pas, me semble-t-il, comment garantir la séparation de la religion et de l’Etat, mais comment disqualifier toute « Eglise » fabriquée par les Etats (Islamisme d’Etat) ou par les Islamistes (Etat théocratique) puisque celle-ci est étrangère, par essence, à l’Islam. Ainsi posée, cette question signifie tout autant qu’il ne suffit pas de séparer la religion de l’Etat pour lui conserver son caractère monopoliste sur les croyants et, en contre partie, lui opposer un Etat qui conserverait lui aussi un pouvoir monopoliste sur les citoyens.

Tout cela est totalement contraire non seulement au vécu  dans les royaumes berbéro-arabes du Maghreb, ou dans l’Andalousie musulmane, dont on sait que l’Islam y laissa coexister, sous la protection des pouvoirs politiques, les autres religions du Livre, et leurs adeptes, au moment où le catholicisme officiel se fit particulièrement inquisiteur dans toute l’Europe (ainsi, dès le début du 16ème siècle, Juifs et Musulmans d’Andalousie furent pourchassés et expulsés vers le Maghreb). En Algérie, c’est aussi particulièrement contraire à l’esprit et à la lettre de la déclaration de novembre 1954 qui prône tout autant le respect des principes islamiques que  l’exercice des libertés sans distinction de race ou de confession.

Cette création « ex nihilo » d’une « Eglise d’Etat sous sa forme islamique » eut son pendant en termes de démocratie. Au Maghreb, les Etats, qui ont créé cette « Eglise officielle » ou Islamisme d’Etat, sont, comme on l’a vu, des Etats autoritaires, voire despotiques, se refusant à toute évolution démocratique des sociétés. Pour justifier ce refus, ils mettent notamment en avant « l’Islam religion d’Etat » (ce qui, au demeurant est absurde : la religion établit une relation entre Dieu et les hommes, pas entre dieu et l’Etat. Un Etat peut-il prier ou accomplir le Hadj ?), et mobilisent tous les moyens de leur Eglise d’Etat. Mais, on le sait maintenant, ce qui est incompatible avec la démocratie ce sont les Etats non démocratiques du Maghreb, fondés sur l’autoritarisme ou le despotisme.  La démocratie de façade, instaurée sous forme de «démocratures », à fait long feu et ce n’est pas le moindre des résultats positifs du « Printemps arabe » que d’en avoir mis à nu la nature répressive et les modes de fonctionnement claniques et corrupteurs.

Au bout du compte, dans les pays du Maghreb, ce qui apparait clairement, c’est que la Religion et la Démocratie furent (et sont encore) otages des pouvoirs autoritaires et despotiques, qui jouent l’une comme repoussoir de l’autre, et inversement, pour mieux se protéger et de l’une et de l’autre, et tenter de durer advitam eternam.

Dès lors, comment libérer la Religion et la Démocratie de tout pouvoir autoritaire et despotique ? En les sortant toutes deux de l’alternative exclusive suicidaire (la Démocratie ou l’Islam, et inversement) imposée par les pouvoirs autoritaires et leurs soutiens, et en les inscrivant dans un dénominateur commun, celui de l’expansion historique des libertés humaines, fondement essentiel aussi bien de l’Islam que de la Démocratie. En effet, les relations de l’homme et de la nature à Dieu ne sauraient exclure les relations des hommes entre eux et des hommes à la nature. Le défi, car c’en est un, et là : comment construire, patiemment et pacifiquement, une dialectique nouvelle du religieux et du profane au Maghreb, fondée sur la liberté de ses habitants, entendue comme responsabilité de chacun et de tous d’exercer leurs libertés (religieuses et civiles)  au profit de chacun et de tous, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs, avec le même respect et la même tolérance ?

Pour construire cette nouvelle dialectique, faut-il attendre ou chercher un modèle étranger ? Qu’on achèterait à l’Occident démocratique comme on lui achète le blé ou la technologie, grâce à la main invisible du marché ? Ou qu’on leur demanderait d’instaurer de force, grâce au  poing visible des armées de l’Otan ? A l’évidence non. Sans renier les apports, souvent exceptionnels, de l’Occident et de l’Orient à l’Histoire universelle, il est tout aussi fondamental de s’appuyer sur l’Histoire même des pays maghrébins, ces pays berbéro-arabes et musulmans de longue date.

Bien avant l’arrivée de l’Islam et des Arabes, la région était peuplée de berbères qui s’appelaient eux-mêmes des Imazighen ou hommes libres épris de grands espaces, jaloux de leur indépendance à l’égard de tous pouvoirs internes et externes, et de l’intégrité de leur territoire. En ces temps là où la tribu était le cœur de leur organisation sociale,  et alors que naissaient les démocraties athénienne ou romaine, les berbères, alors polythéistes,  développaient une démocratie villageoise (Tajmaïth) qui permit de prendre collectivement les décisions engageant la vie de la tribu et de ses membres. Bien sûr, il ne s’agissait pas encore, et pour cause, de la démocratie moderne (les femmes et les jeunes étaient exclus des organes délibératifs ; la démocratie s’arrêtait aux portes du village et de la tribu et n’atteignait pas le cœur du pouvoir : la confédération de tribus et son pouvoir royal) mais en termes d’organisation politique et sociale la Berbérie (Tamezgha) se trouvait déjà dans la même dynamique qu’Athènes ou Rome.

Avec l’arrivée de l’Islam et des arabes, la région passa définitivement au monothéisme et  devint progressivement berbéro-arabe et musulmane. L’Islam, dont le Coran affirmait la liberté de l’homme (son libre arbitre), non seulement à l’égard des hommes et de la nature, mais aussi à l’égard de la religion elle-même (« nulle contrainte en religion »),  et l’interdiction pour lui d’assujettir d’autres hommes, comme cela fut rappelé par les premiers califes, convenait parfaitement aux Imazighen particulièrement rétifs à tout esclavage et à toute domination interne et externe. Pour ces raisons, l’Histoire des berbères du Maghreb fut une succession permanente de révoltes et de résistance à l’oppression, y compris celle des arabes d’Orient. Par ailleurs, l’égalité et la justice sociale, plus d’une fois réaffirmées par le Coran et la Sunna, justifiaient tout autant leur adhésion massive à cette nouvelle religion. Cependant, à ce moment là, le contenu démocratique charrié par les gouvernements musulmans, à travers les notions de Oumma et de Choura, n’eurent pas le même succès. A l’évidence, la Oumma (communauté des croyants) dépassait alors le cadre de l’organisation tribale et confédérale des berbères (dont les royaumes particulièrement instables étaient en conflits et rivalités récurrentes), et la Choura (conseil consultatif au service d’un pouvoir désigné par la Oumma) ne correspondait pas non plus à la Tajmaïth des Imazighen. En d’autres termes, la légitimité communautaire, à fondement religieux, se différenciait de la légitimité tribale, fondée sur la famille agnatique, sans pouvoir s’y substituer. Il faudra attendre le 19ème siècle, pour que l’Emir Abdelkader, face à la colonisation française qui tenta de détruire cette double identité berbère et musulmane de l’Algérie, mit en place une gouvernance basée sur une synthèse entre la Choura et la Tajmaïth, comme sources de légitimité de son pouvoir dans un cadre national. Celle-ci ne survécut pas à sa défaite.

Bien entendu, en ces instants, les berbéro-arabes du Maghreb, en tant que membres de la démocratie villageoise (Tajmaïth) ou de la « démocratie islamique » (Oumma et Choura), n’étaient pas encore en état d’accéder à une véritable citoyenneté démocratique. Ce ne fut d’ailleurs le cas nulle part ailleurs. En Europe, il faudra attendre les révolutions démocratiques de la Grande Bretagne et de la France, ainsi que celle des Etats-Unis, pour sortir des monarchies d’ordre divin et aller vers des régimes démocratiques modernes.

L’Histoire du Maghreb entre les 15ème et  18ème siècles montre que le non-passage à la citoyenneté, donc à la démocratie, fut moins le fait d’un blocage de ses sociétés par l’Islam que par celui des structures tribales et confédérales minées par des rivalités intestines récurrentes. Elles expliquent, pour l’essentiel, la marginalisation du Maghreb, au moment où les révolutions bourgeoises d’Europe assurèrent le dépassement de l’ordre monarchique de droit divin. Tout juste peut-on incriminer le poids de la religion dans l’interdiction de l’usure, instituée par le Coran (et qui aurait pu être dépassé par l’Ijtihad, comme ce fut le cas dans la chrétienté grâce au réformisme de Luther et Calvin et sa notion d’intérêt légal), pour expliquer l’incapacité des sociétés musulmanes à organiser avec efficacité le financement et l’essor économique et technique du Maghreb. Ce qui les cantonna dans des processus rentiers, leur interdisant toute révolution technique et industrielle, comme celles qui permirent l’envol de l’Europe.

Cette évolution historique révèle la dynamique du sujet « spirituel » et du sujet « temporel » au Maghreb  telle qu’elle s’est développée, sans qu’une claire distinction n’apparaisse entre ce qui ressort du spirituel et ce qui est du domaine du temporel. Ce qu’on appellerait aujourd’hui la dynamique du croyant et du citoyen. En effet, ce que les révolutions « bourgeoises » ont  apporté depuis le Siècle des Lumières, c’est la claire identification de ces deux « êtres » qui cohabitent en chaque homme et de l’unité dialectique de leur « gouvernance » : à la foi, aux « institutions et aux sciences religieuses » la gestion du croyant, grâce aux textes sacrés ; à la libre pensée, « aux institutions et aux sciences humaines » (selon la distinction pertinente d’Ibn Khaldoun) de gouverner les citoyens selon la rationalité et les règles de droit.

C’est pourquoi, comme indiqué précédemment, le droit des pays démocratiques fait référence, plus ou moins fortement, aux textes et à l’enseignement religieux, et pourquoi, inversement, dans les pays où l’Islam est religion d’Etat le droit  positif et l’enseignement ne s’appuient pas uniquement sur les préceptes religieux.  Ainsi comprise, cette dynamique fait que le croyant et le citoyen se distinguent plus fondamentalement du sujet privé de liberté (esclave, serf, ou « citoyen » de régime autoritaire) sommé de se soumettre aux ordres et décisions arbitraires du monarque absolu ou du dictateur.   En ce sens, cette dynamique du croyant et du citoyen réunit en l’homme sa liberté spirituelle et sa liberté temporelle, à la fois comme éléments essentiels de sa substance, mais aussi comme instruments de son action quotidienne,  pour la conquête de nouveaux principes et institutions de gouvernance et de nouvelles libertés.

Ce faisant, la dynamique de la religion et de la démocratie s’affirme comme un processus vivant, en constante évolution pour assurer l’expansion des libertés des hommes et des femmes du Maghreb. C’est pourquoi ces éléments et leur dialectique sont au cœur des débats en cours dans les pays du « Printemps arabe », notamment autour de la définition et de la mise en place des Constitutions, des institutions de pouvoir (Présidence, exécutif, parlement, justice…), de leur séparation et de leur indépendance. Mais aussi de la définition des libertés essentielles, dont la liberté d’association, la liberté de la presse, la liberté d’opinion, tout autant que la liberté de culte. En un mot, de tout ce qui est constitutif de ce qu’on appelle désormais les Droits Humains et Sociaux, fondements essentiels de tout Etat de droit.

Au bout du compte, et c’est là ma conviction, à la lumière de cette brève analyse, le vrai débat, qu’il faut instaurer, et qui doit guider la mobilisation et l’action pacifique des populations du Maghreb, doit répondre à cette question : comment construire patiemment, librement et dans la paix,  cette dialectique de la religion et de la démocratie débarrassée de tout pouvoir autoritaire et despotique? Bien sûr, les enjeux sont énormes et le chemin sera semé d’embûches. Raison de plus pour rester vigilants et ne pas se tromper d’adversaires.


élection d’une Assemblée constituante en Tunisie : Coup d’envoi d’une campagne historique

Le compte à rebours pour l’élection du 23 octobre en Tunisie a commencé samedi avec le lancement officiel de la campagne électorale, à laquelle participent des dizaines de partis et de formations, une première historique après des décennies de dictature et de parti unique.

Premier pays du Printemps arabe, la Tunisie sera aussi la première à se rendre aux urnes pour élire une Assemblée constituante neuf mois après la chute du régime de Zine El Abidine Ben Ali, chassé du pouvoir le 14 janvier par un
. «Rendez-vous avec l’histoire», «Dernière ligne droite», titraient samedi les quotidiens francophones pour saluer l’entrée officielle du pays en campagne, dans une atmosphère effervescente. A Tunis, dès le matin, des militants et sympathisants se sont attelés à coller des portraits des têtes de liste sur les panneaux muraux réservés à la campagne officielle, et de nombreux passants s’arrêtaient pour détailler les listes en lice. Elus à la proportionnelle au plus fort reste, les 217 membres de la future Constituante auront la charge de rédiger une nouvelle Constitution. Plusieurs partis ont prévu des conférences de presse ou meetings.

Le mouvement islamiste Ennahda, considéré comme le grand favori du scrutin, a très symboliquement choisi la ville de Sidi Bouzid (centre), berceau de la révolution tunisienne, pour lancer sa campagne. Durement réprimés sous Ben Ali, les islamistes bénéficient d’un capital de sympathie dû à leur passé d’opposant, mais «ce ne sont pas eux qui ont fait la révolution», rappellent régulièrement leurs détracteurs.

11 000 candidats pour 217 sièges

La campagne démarre également sur les médias nationaux, qui ont commencé à diffuser les 3 minutes de message électoral octroyées à un représentant de chaque liste. Au total, l’électeur tunisien est susceptible d’entendre trois heures de messages politiques par jour, calculait récemment un responsable de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE). Car l’offre politique pour ces premières élections post-Ben Ali est pléthorique : quelque 1500 listes, soit près de 11 000 candidats, se présentent dans les 27 circonscriptions de Tunisie.

Parmi elles, près de 800 représentent des partis et quelque 600 sont indépendantes, le reste des listes étant formées par des coalitions. Face à cette profusion, les Tunisiens restent dubitatifs et indécis, même si les cinq ou six formations politiques historiques devraient rafler le plus gros des sièges de la Constituante, selon les observateurs et les derniers sondages.

AFP

Les blogueurs du Printemps arabe en conclave à Tunis

Quelque 200 blogueurs arabes se retrouvent aujourd’hui à Tunis pour débattre du cyberactivisme et du rôle politique des réseaux sociaux, pour la première rencontre de ce genre depuis le déclenchement du Printemps arabe, a-t-on appris hier auprès des organisateurs tunisiens.

La troisième Rencontre des blogueurs arabes – les deux précédentes s’étaient tenues à Beyrouth en 2008 et 2009 – aura pour thème principal le rôle des cyberactivistes en période de transition démocratique, a indiqué à l’AFP Malek Khadraoui, co-organisateur de l’événement et administrateur du site collectif tunisien Nawaat. «C’est une rencontre exceptionnelle. Il y a eu trois révolutions arabes, et la plupart des blogueurs invités ont été impliqués dans ces révolutions, cela va leur permettre de se rencontrer et de développer les réseaux de solidarité», a-t-il ajouté. «Nous allons réfléchir ensemble aux nouveaux défis, évoquer les mouvements en cours en Syrie, à Bahreïn, au Yémen…», a-t-il poursuivi, soulignant le côté symbolique de la tenue de cette rencontre en Tunisie, «pays qui a ouvert le bal des révolutions arabes».

Le forum durera trois jours et abordera des thèmes tels que l’implication des blogueurs dans la vie politique, notamment en Tunisie où sept d’entre eux sont candidats à l’élection du 23 octobre, le rôle de WikiLeaks dans le Printemps arabe, la fiabilité des informations sur Twitter ou facebook…Cette rencontre se tient aussi alors que les noms de blogueurs arabes tels que la Tunisienne Lina Ben Mhenni, qui a tenu la chronique de la révolution sur internet, ou le cybermilitant égyptien Wael Ghonim, circulent pour le prix Nobel de la paix, qui sera remis le 7 octobre à Oslo.

AFP

Les soulèvements populaires et les transitions en cours au sud de la méditerranée sont, sans surprise, dissuasifs, pour les IDE. Pour l’Afrique du Nord, le bilan de l’observatoire Anima-Mipo, montre une chute importante des projets annoncés pour la Tunisie, l’Egypte et la Libye. A contrario, dans les pays où les tumultes politiques restent, encore, de basse intensité, les IDE restent stables (Algérie) ou progressent (Maroc).

2011 est une année de ralentissement pour  l’investissement direct étranger en Méditerranée (IDE) après avoir connu une reprise en 2010. La baisse des annonces de projets dans le pays Med est de 23% par rapport à 2010. Anima-Mipo n’a recensé que 322 projets au cours des six premiers mois 2011, contre 838 au total en 2010, et 430 au premier semestre 2010. Cette baisse est compensée par les montants des investissements annoncés qui sont 15,2 milliards d’euros au cours du premier semestre 2011 contre 14,5 milliards en 2010.  Les projets de partenariat reculent de manière sensible avec moins 38%. Il y a eu 159 projets de partenariats recensés au cours du premier semestre contre 255 au premier semestre 2010. Le chiffre pour toute l’année 2010 a été 513. L’impact des changements politiques en Tunisie et en Egypte  est net. Il se traduit par des baisses très sensibles (- 40%) du nombre des IDE au cours du premier semestre. La Tunisie compense cette baisse du nombre par un maintien en termes de montants. Les investisseurs dans le secteur des hydrocarbures (l’Autrichien OMV, le Britannique BG et l’Italien ENI) ne boudent pas la Tunisie. La tendance est même à l’amélioration depuis juillet, selon l’Agence de Promotion de l’Investissement Extérieur « FIPA-Tunisia ». En Egypte, les annonces d’IDE ont été pratiquement gelées après la chute de Moubarak, mais l’observatoire enregistre depuis le mois de juin 2011 un début de relance. Pour la Libye, les choses sont simples : aucun projet d’IDE n’a été recensé depuis la mi-janvier 2011. Le dernier IDE en date étant  la prise de participation de la Qatar National Bank (QNB) dans la banque libyenne du commerce et du développement.

« Stabilité » en Algérie après une année « médiocre »

Pour l’Algérie, les annonces d’investissements restent stables en termes de nombre de projets. Une « stabilité » qui signifie dans les faits que l’on reste a peu sur le même rythme, médiocre, de l’année 2010. Le chapitre IDE ne bouge, en termes de montants, que du fait de la relance du projet Dounya Park de l’Emirati EIIC après avoir reçu les autorisations. L’autre projet d’investissement étant celui que doit engager ArcelorMittal dans le complexe d’El Hadjar. Petite compensation dans le domaine du partenariat où l’on enregistre 11 projets  au cours des 6 premiers 2011, soit autant que pour toute l’année 2010. Le Maroc est le pays maghrébin et arabe qui a été le plus attractif pour les IDE. Il enregistre la « seule hausse significative du nombre de projets d’IDE au premier semestre 2011 (+23% par rapport au S1 2010) ». Le Maroc, estime l’observatoire « conserve la confiance des investisseurs et se place juste derrière la Turquie et Israël en nombre de projet détectés, confirmant ainsi la dynamique plutôt encourageante enregistrée en 2010 ». Petit bémol : les montants des IDE sont «  nettement en deçà des niveaux d’avant-crise, avec tout juste 500 millions d’euros annoncés entre le 1er janvier et le 30 juin 2011 ».

 

Écrit par Oussama Nadjib    Samedi, 24 Septembre 2011

http://www.maghrebemergent.com


L’Algérie et le Maroc moteurs de la croissance prévisionnelle de Société générale

Salim Dali, Maghreb Emergent, 18 novembre 2010

Le groupe bancaire français Société générale table principalement sur le faible niveau de bancarisation dans la région et sur le potentiel de croissance de la population et des revenus pour devenir la première banque à capitaux privés au Maghreb. L’expansion de son réseau en Algérie et au Maroc portera l’essentiel de sa stratégie de croissance.

Société Générale a dévoilé à la presse sa stratégie de croissance 2009-2015 dénommée SG 2015 lors d’une rencontre organisée à Casablanca. Parmi ses axes importants l’ambition de développer ses activités au Maghreb via ses filiales implantées en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Société Générale, l’un des premiers groupes bancaires en Europe vise à drainer en l’espace de cinq ans 860.000 clients supplémentaires. Il s’agit d’ouvrir 280 nouvelles agences. Sur l’ensemble de l’Afrique du nord, la banque prévoit d’absorber 1 ,3 million de clients supplémentaires et d’ouvrir 380 nouvelles agences. L’essentiel de cet effort repose sur ses filables Algérie et Maroc. Société Générale Algérie (SGA) table sur 200.000 clients supplémentaires et l’ouverture de 90 nouvelles agences, soit une progression de 90% tandis que sa consœur marocaine vise 500.000 nouveaux clients et l’ouverture de 150 agences. La filiale marocaine, plus ancienne avec plus de 100 ans d’existence semble la plus dynamique. Elle enregistre un produit net bancaire de près de 300 millions d’euros en 2009 contre 100 millions d’euros pour Société Générale Algérie.

 

Le mobile banking expérimental au Maroc

De façon globale, Société générale veut devenir la première banque à capitaux privés de la zone. Cette volonté de renforcement de ses positions se justifie par différents facteurs. «C’est un marché important constitué par 160 millions d’habitants. Il enregistre un faible taux de bancarisation. La zone enregistre un taux de croissance moyen de 4,6% », a souligné Jean Louis Mattei, le Directeur de la banque de détail à l’international. Par ailleurs, un autre facteur joue en faveur de la réussite de cette feuille de route : la croissance cumulée de la population entre 2010-2015 concernant l’Algérie et le Maroc est estimée entre 5 et 10%.

A titre de comparaison, Société Générale en Afrique compte 2,8 millions clients et 850 agences. Son réseau africain lui procure 1 milliard d’euros de produit net bancaire annuel. Il emploie 13.000 collaborateurs sur les 60.000 que compte le groupe français à travers le monde.

Dans sa stratégie, Société générale table sur l’innovation. Après le e banking, c’est le mobile banking qu’entend promouvoir le groupe français. Le concept se résume à consulter ses comptes, effectuer des opérations bancaires via son mobile. Ce service est au stade de l’expérimentation au Maroc. Une fois les conditions de succès garanties, le mobile banking sera systématisé en Algérie et en Tunisie.

A noter que Société Générale est également présente en Mauritanie. Elle ne dispose pas de filiale en Lybie. Ses activités en Egypte sont également importantes. Sa filiale enregistre plus de 800.000 clients et plus de 100 agences. Son objectif dans ce pays est de drainer plus de 450.000 clients supplémentaires et d’ouvrir 90 nouvelles agences.

Synergie entre les filiales au Maghreb

Concernant la filiale algérienne, elle dispose de 63 agences. Société Générale Algérie compte près de 270 .000 clients. Elle emploie plus de 1300 collaborateurs. Ses fonds propres ont atteint 20 milliards de dinars en 2009. Au cours de cet exercice, elle a réalisé un résultat net bancaire de 2,5 milliards de dinars. Eu égard à l’importance de son réseau et de sa clientèle, elle est considérée comme la première banque privée en Algérie. Mais son développement rapide dépendra de l’évolution de l’environnement local. Société Générale tente également de développer des synergies entre les pays du Maghreb. Elle vise à tisser une coopération intense entre filiales. Parmi les premiers résultats, les filiales tunisiennes et algériennes accompagnent un promoteur tunisien dans la réalisation d’un projet sidérurgique en Algérie.

lemonde.fr


26/08/2011 – 10:14:00 – Sicavonline

/www.sicavonline.fr

La fin proche du conflit libyen suscite l’intérêt des économies développées. Si à court terme, l’industrie pétrolière peut reprendre rapidement des couleurs, les experts de CM-CIC Securities s’attendent à ce que les entreprises occidentales profitent également du développement des secteurs du bâtiment et du luxe. Cette relance devrait également profiter aux autres pays du Maghreb.

 

Des perspectives encourageantes

Les spécialistes de la recherche Afrique de CM-CIC Securities sont formels : « Riche pays pétrolier (9èmes réserves mondiales avec 41,5 milliards de barils) avec une faible population (moins de 6 millions d’habitants), la nouvelle Libye devrait, à court et à moyen terme, et sous condition d’une gestion sans anicroche de la transition post révolutionnaire, constituer un véritable eldorado pour les entreprises françaises et britanniques, dont les gouvernements ont porté à bras le corps l’opposition armée libyenne. »

En effet, « la France et le Royaume-Uni (…) devraient profiter [de leur soutien actif] pour placer leurs pions mais les investisseurs historiques risquent de ne pas se laisser remplacer facilement. L’Italie reste le partenaire occidental le plus important de la Libye, » même si « sa réaction initialement hostile au soutien occidental du CNT et le passé colonialiste, encore fort présent dans l’esprit des libyens, peut peser sur les relations futures entre les deux pays, » anticipe CM-CIC Securities.

Cependant, les pays développés ne devraient pas être les seuls bénéficiaires de la situation, si l’on en croit les spécialistes de CM-CIC Securities : « Les économies de la zone Maghreb devraient également [profiter] du changement de régime du fait de l’adhésion de la Libye à l’Union du Maghreb Arabe, bloc économique régional «mort vivant » depuis sa création en 1989, ainsi que de l’importance des relations économiques liant ce pays notamment avec la Tunisie et le Maroc. »

Sécurisation et (ré)unification du la Libye : des enjeux clés pour le CNT

Pourtant, si la situation est en bonne voie de dénouement, elle n’est pas encore totalement réglée. Mais une fois la guerre terminée, « la stabilisation du pays dans l’après Kadhafi va être la première problématique à gérer pour les nouvelles autorités politiques, » affirme-t-on chez CM-CIC. Car « du fait des tensions tribales et des enjeux pétroliers, la voie est loin d’être dégagée. »

Les experts de l’Afrique de CM-CIC prévoient, dans cette perspective, que « le Conseil National de
Transition devrait profiter de sa victoire pour essayer d’unifier la population autour de lui et constituer un socle pour une « union nationale » et ainsi bâtir rapidement un nouvel Etat. Cependant, la réaction forte de la tribu de Kadhafi, les Gaddafa, prééminente dans les villes de Syrte et de Sabha, devrait être déterminante dans le climat politique et sécuritaire du pays dans les prochains mois. »

La Tunisie et le Maroc, acteurs de la reprise au Maghreb

La reprise d’une activité économique en Libye, permise par la fin de la guerre, est à même de favoriser un rebond de l’économie au Maghreb.
La Tunisie, du fait des relations économiques étroites avec son voisin libyen grâce au tourisme et à l’import/export, est très concernée par la fin du conflit. « La volonté de consolider les relations économiques après la chute du régime de Kadhafi est apparue clairement dans la déclaration du président du CNT lors de son déplacement en Tunisie en juin 2011, où il a annoncé que la Tunisie aurait un rôle important à jouer dans la reconstruction de la Libye, » note CM-CIC Securities. On devrait donc voir une reprise rapide des exportations de main d’œuvre et de matériaux vers la Libye.

Les spécialistes de l’Afrique chez CM-CIC jugent également que « les nouveaux dirigeants libyens ont tout intérêt à renforcer les échanges commerciaux avec le Maroc pour profiter de sa main-d’œuvre qualifiée, de l’expertise de ses cadres dans les secteurs vitaux de l’économie tels que le BTP, de son offre en produits agricoles bon marché et surtout pour mieux équilibrer le poids des échanges économiques avec la Tunisie et l’Egypte. »

© Sicavonline


Afrik.com (France), 6/9/11

Les bouleversements historiques que connaissent la Tunisie et la Libye et qui ont conduit à mettre fin à des régimes dictatoriaux, les réformes constitutionnelles au Maroc dont l’objectif est de consolider la démocratie dans ce pays, et la stabilité relative en Mauritanie avec une volonté de mettre en place un état de droit, tout cela est de nature à lever les obstacles politiques devant des relations naturelles entre les pays du Maghreb et présage une reconstruction de l’Union du Maghreb Arabe sur de nouvelles bases solides, après des décennies de conflits au détriment du développement économique et des aspirations démocratiques des peuples de région .

Dans ce contexte l’Algérie apparait comme une exception qui entrave les retombées positives de ces bouleversements sur l’avenir maghrébin, en s’accrochant à des mécanismes d’action obsolètes et en décalage avec la nouvelle donne géostratégique, même si le peuple algérien aspire, au même titre que les autres peuples de la région, à une moralisation du système de gouvernance, à un développement pérenne et à la liberté politique et démocratique.

Devant la pression du printemps arabe et la rue algérienne, le régime algérien, qui est un régime militaire avec un visage civil, opère un tricotage constitutionnel et multiplie les promesses afin de maintenir son emprise sur le pouvoir et garantir ses intérêts. Il dépense sans compter pour acheter la paix civile. Ce régime perpétue également des tensions avec tous les voisins de l’Algérie. Le but étant de surfer sur le sentiment nationaliste afin de créer un front intérieur contre un danger extérieur imaginaire. Cela lui a permis d’être hermétique à tout changement démocratique réel malgré un simulacre multipartisme et des élections dont les résultats sont connus à l’avance.

C’est à la lumière de ce constat que la position algérienne via à vis de que la question du sahara marocain (occidental) et les tensions avec Rabat qui en résultent peuvent être comprises. Malgré toutes les annonces de l’Algérie que cette question est une affaire onusienne et qu’elle y observe une neutralité, n’empêche que ce pays déploie tous les moyens pour entraver la recherche d’une solution. Elle encourage le Polisario (groupe subsaharien armé qui lutte pour l’indépendance du Sahara marocain et qui a été fondé par l’Algérie et la Libye de Kadhafi) à se retrancher dans l’intransigeance, tout en continuant à l’héberger sur son sol et en lui assurant un soutien diplomatique, financier et militaire sans faille. De même malgré les annonces de séparer ce dossier des autres relations bilatérales, l’Algérie continue à refuser la réouverture des frontières avec le Maroc et à maintenir les échanges entre les deux pays à leur bas niveau.

Lorsque l’Algérie justifie son soutien au Polisario par le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, elle refuse ce même principe au peuple libyen et tunisien. L’Algérie refuse de reconnaitre le conseil national de transition libyen en prétextant aligner sa position sur celle de l’Union Africaine, après l’avoir alignée sur celle de la Ligue Arabe avant que celle-ci ne reconnaisse finalement ce conseil. Après avoir été soupçonnée de fournir des armes et des mercenaires aux forces de Kadhafi avant la prise de Tripoli par les rebelles, elle accorde l’asile à la famille de Kadhafi. Comble de l’ironie, son gouvernement déclare sans convaincre personne l’avoir fait « pour des raisons humanitaires ». En effet, c’est dans cette même Algérie, dans les camps de Tindouf, dans le sud-Ouest du pays où s’opère un véritable génocide depuis presque 40 ans avec la duplicité de l’ONU et de l’Europe qui continuent à traiter l’Algérie comme l’enfant gâté du Maghreb. Dans ces camps, de s générations ont été décimées. Les vivants y errent sans aucun avenir, dans des conditions inhumaines et sans aucune possibilité de quitter ces camps. Ils sont là par la seule volonté de l’Algérie qui les présente comme des victimes du voisin marocain.

Le régime algérien exprime également des « contraintes » de voir des mouvements « terroristes  » infiltrer le nouveau pouvoir de Tripoli ou soutenir des mouvements terroristes algériens, Comprenez « Al Qaïda au Maghreb Islamique ». Le crédit que l’on peut accorder à ses explications est bien mince, puisque pendant les six derniers mois, aucune organisation terroriste n’a pu être identifiée en Libye malgré la profération des armes et la multitude des lignes de front. Sans oublier que tous les responsables politiques et militaires libyens ce cessent de déclarer leur attachement à l’Etat de droit, au multipartisme et à la démocratie.

Mieux que cela, lorsque les rebelles libyens étaient concentrés sur les Kata’ib (unités) de Kadhafi, l’Algérie était le théâtre de plusieurs attentats terroristes sanguinaires dans plusieurs localités se trouvant à l’intérieur des terres, loin des frontières. La lutte contre le terrorisme au niveau maghrébin ne peut se faire en alimentant des tensions et en échangeant des accusations. Il exige l’instauration de nouvelles relations basées sur la confiance entre ces pays. Cela permet la coordination des actions sécuritaires, les échanges d’informations, le suivi des cellules terroristes et les déplacements de leurs éléments, ainsi que l’identification de leurs sources de financement.

Par sa position hostile vis-à-vis du nouveau pouvoir libyen, le régime algérien cherche à créer un foyer de tension supplémentaire, et confisque par la même occasion l’avenir des relations bilatérales entre les deux pays. Le pays du million de martyres pour l’indépendance et la liberté apparait ainsi comme une exception qui entrave la construction.

http://www.afrik.com/article23619.html


 

Vendredi 17 juin 2011, le roi Mohammed VI a adressé au peuple marocain un discours sur la réforme constitutionnelle. Yabiladi.com vous propose le texte  intégral du discours royal

« Louange à Dieu.

Prière et salut sur le Prophète, Sa famille et Ses compagnons.

Cher peuple.

Je M’adresse à toi pour renouveler notre pacte par une nouvelle Constitution qui représente un tournant historique et déterminant dans le processus de parachèvement de la construction de l’Etat de droit et des institutions démocratiques. Il s’agit, en l’occurrence, de consacrer les principes et les mécanismes de bonne gouvernance, et de réunir les conditions d’une citoyenneté digne et d’une justice sociale équitable.

Ce processus, Nous l’avons entamé dès Notre accession au Trône, en parfaite communion avec toutes les forces vives de la Nation. Et c’est grâce à lui, du reste, que nous sommes parvenus, trois mois après le lancement du processus de révision constitutionnelle, à mettre au point une nouvelle charte constitutionnelle démocratique. Ce texte repose sur le cadre référentiel avancé de Notre Discours historique du 9 mars dernier qui a recueilli l’adhésion unanime de la nation. Il s’appuie également sur les propositions pertinentes avancées par les instances politiques, syndicales, associatives et de jeunesse, ainsi que sur le travail novateur accompli par la Commission consultative et l’action constructive menée par le Mécanisme politique, Commission et Mécanisme que Nous avons mis en place précisément à cette fin.

Nous tenons à rendre hommage à chacun pour sa contribution démocratique qui, grâce à cette approche participative, nous a permis d’aller, au-delà de la révision de la Constitution actuelle, vers la confection d’une nouvelle Constitution, laquelle se distingue par trois caractéristiques majeures, tant au niveau de la méthodologie de son élaboration, qu’aux plans de la forme et du contenu.

Concernant la méthodologie, Nous avons tenu à ce que, pour la première fois dans l’histoire de notre pays, la Constitution soit faite par les Marocains, pour tous les Marocains.

Quant à la forme, son originalité tient au fait que le texte repose sur une nouvelle architecture agençant tous les chapitres de la Constitution, depuis le préambule qui en constitue une partie intégrante, jusqu’aux derniers articles, dont le total est passé de 108 à 180 articles.

S’agissant du contenu, il institue un modèle constitutionnel marocain original, reposant sur deux piliers complémentaires l’un de l’autre :

Le premier pilier traduit l’attachement aux constantes immuables de la Nation marocaine, dont Nous avons la charge d’assurer la pérennité et la continuité dans le cadre d’un Etat musulman où le Roi, Amir Al Mouminine, assure la protection de la foi et des fidèles, et le libre exercice des cultes.

Le projet consacre, par ailleurs, la position de notre pays en tant que partie intégrante du Grand Maghreb, ainsi que son engagement en faveur de la construction de l’Union Maghrébine qui en est issue. Il marque également l’adhésion de notre pays à la consolidation des relations de fraternité arabe et islamique et de solidarité africaine. Il illustre aussi notre attachement à oeuvrer pour l’élargissement et la diversification des relations de coopération et de partenariat avec son voisinage euro-méditerranéen et avec les différents pays du monde. Ce projet, c’est aussi l’expression de la volonté du Maroc d’être un Etat moderne, attaché aux chartes et conventions onusiennes, et agissant comme partie prenante et acteur à part entière au sein de la communauté internationale.

S’agissant du deuxième pilier, il traduit la volonté de conforter et de consacrer les attributs et les mécanismes qu’induit le caractère parlementaire du régime politique marocain. Celui-ci, en effet, repose, dans ses fondements, sur les principes de souveraineté de la Nation, la prééminence de la Constitution comme source de tous les pouvoirs, et la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes. Tout cela s’inscrit dans un schéma constitutionnel efficient et rationnel, qui est foncièrement propre à garantir la séparation, l’indépendance et l’équilibre des pouvoirs, et qui a vocation à assurer la liberté et le respect de la dignité du citoyen.

A cet égard, la séparation des Pouvoirs et la clarification de leurs compétences respectives, apparaissent, entre autres indices saillants, à travers la décision de scinder l’article 19 de la Constitution actuelle, qui se décline désormais, en deux articles distincts :.

– Un article indépendant portant sur les attributions exclusives du Roi, Amir Al Mouminine, Président du Conseil Supérieur des Ouléma, lequel a été érigé en institution constitutionnelle.

– Un autre article définit le statut du Roi, en tant que Chef de l’Etat, son Représentant Suprême, Symbole de l’unité de la Nation, Garant de la pérennité et de la continuité de l’Etat, de l’indépendance, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Royaume, Guide éclairé, et Arbitre Suprême qui, transcendant toute appartenance politique ou autre veille à la préservation des choix démocratiques de la Nation, et à la bonne marche de ses institutions constitutionnelles.

Le Roi exerce ses missions régaliennes de Garant et d’Arbitre, qui sont énoncées dans cet article, sur la base des dispositions d’autres articles, expressément stipulées dans la Constitution, étant entendu que la législation est du ressort exclusif du parlement.


Cher peuple,

Le projet officiel de Constitution va bien au-delà d’une loi suprême pour le Royaume. En fait, il constitue, à Nos yeux, le socle solide du modèle marocain original de démocratie et de développement. Mieux encore, il s’agit d’un nouveau pacte historique entre le Trône et le peuple. Cette particularité ressort clairement des dix axes majeurs ci-après:

Axe Premier : La consécration constitutionnelle de la Monarchie citoyenne et du Roi citoyen, et ce à travers:

– Une disposition stipulant l’inviolabilité de la personne du Roi et le respect qui Lui est dû en tant que Roi, Amir Al Mouminine et Chef de l’Etat.

– Un amendement portant l’âge de la majorité du Roi à 18 ans, au lieu de 16, à l’instar de tous Ses frères et soeurs marocains.

– Le transfert de la présidence du Conseil de Régence au Président de la Cour constitutionnelle, dans la mesure où celle-ci a vocation à veiller au respect de la Constitution, ce qui représente l’essence même des missions dévolues à ce Conseil. En outre, celui-ci comporte, dans sa composition, tous les Pouvoirs constitutionnels, et ce par l’adjonction de deux membres, en l’occurrence le Chef du gouvernement et le Président-délégué du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire. La représentation des Ouléma s’y trouve également rehaussée, puisque le Secrétaire général du Conseil Supérieur des Ouléma, siège désormais au Conseil de Régence.

Axe II : La constitutionnalisation de l’Amazighe comme langue officielle du Royaume, au côté de la langue arabe :.

En effet, eu égard à la symbiose unissant les composantes de l’identité nationale unie, riche de la pluralité de ses affluents arabo-islamiques, amazigh, saharo-africain, andalou, hébraïque et méditerranéen, le projet de Constitution consacre l’Arabe comme langue officielle du Royaume. L’engagement de l’Etat à en assurer la protection et la promotion s’y trouve clairement affirmé.

Le projet prévoit aussi la constitutionnalisation de l’Amazigh comme langue officielle également. Il s’agit d’une initiative d’avant-garde, qui constitue le couronnement du processus de réhabilitation de l’Amazigh, comme patrimoine commun à tous les Marocains. Son officialisation effective devra s’inscrire dans un processus graduel, au moyen d’une loi organique, qui en définira les modalités d’intégration dans l’Enseignement et aux secteurs prioritaires dans la vie publique.

Parallèlement, le projet prévoit la promotion de toutes les expressions linguistiques et culturelles marocaines, en premier lieu, le Hassani comme culture authentique de nos chères provinces sahariennes.

Afin de concrétiser Notre volonté de favoriser la qualification de nos ressources humaines, en particulier les jeunes, de sorte qu’ils puissent s’insérer dans la société du savoir et la mondialisation, et qu’ils parviennent à maîtriser les sciences et la technologie, le projet de Constitution prévoit la nécessaire ouverture sur l’apprentissage et la maîtrise des langues internationales les plus utilisées, et ce, dans le cadre d’une stratégie cohérente permettant de raffermir et de cimenter l’unité nationale. Sa mise en Œuvre sera pilotée par un Conseil Supérieur ayant pour vocation de veiller à la promotion de la culture marocaine et des langues nationales et officielles, ainsi que la rationalisation et l’opérationnalisation de leurs institutions, y compris celle chargée du développement de la langue arabe.

Axe III : La constitutionnalisation de tous les droits de l’Homme tels qu’ils sont reconnus universellement, avec tous les mécanismes nécessaires pour assurer leur protection et garantir leur exercice. De ce fait, la Constitution marocaine sera une Constitution des droits de l’Homme, un véritable pacte des droits et des obligations de la citoyenneté.

Ont été constitutionnalisées à cet égard, la prééminence des conventions internationales telles que ratifiées par le Maroc, par rapport aux législations nationales, ainsi que l’égalité de l’homme et de la femme pour ce qui concerne les droits civils, et ce, dans le respect des dispositions de la Constitution ainsi que des lois inspirées de la religion musulmane. Sont consacrées, au même titre, l’égalité entre l’homme et la femme, dans tous les droits politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux, ainsi que la création d’un mécanisme de promotion de la parité entre l’homme et la femme.

Se trouvent également consacrés dans ce projet de Constitution tous les droits de l’Homme, notamment la présomption d’innocence, la garantie des conditions d’un procès équitable, la criminalisation de la torture, des disparitions forcées, de la détention arbitraire et de toutes les formes de discrimination et des pratiques humiliantes pour la dignité humaine, ainsi que la garantie de la liberté de la presse, d’expression et d’opinion, et le droit d’accès à l’information et de présentation de pétitions, conformément à des normes fixées par une loi organique.

Par ailleurs, les garanties constitutionnelles concernant les droits de la classe laborieuse, ainsi que la justice sociale et la solidarité nationale ont été consolidées. De même qu’a été consacrée la garantie de la libre entreprise, et de l’Etat de droit dans le domaine des affaires.

Axe IV : L’émergence démocratique du Pouvoir exécutif sous la conduite du Chef de Gouvernement :.

A cet égard, le statut constitutionnel du « Premier Ministre » sera élevé à celui de « Chef de Gouvernement ». Il en est de même de l’Exécutif qui sera désigné au sein du parti arrivé en tête des élections de la Chambre des Représentants, marquant ainsi l’émergence d’un gouvernement issu du suffrage universel direct.

Consacrant la responsabilité pleine et entière du Chef de Gouvernement vis-à-vis des membres de l’équipe gouvernementale, la Constitution lui confère la compétence de proposer ces membres, de mettre fin à leurs fonctions, de conduire et de coordonner l’action gouvernementale et de superviser l’administration publique. Ainsi, il a désormais compétence pour nommer, par décret, aux postes civils, conformément à une loi organique qui fixe la liste de ces postes et les critères d’accès aux fonctions publiques sur la base des principes de méritocratie, de transparence et d’égalité des chances pour tous les Marocains.

Le Roi, sur proposition du Chef de Gouvernement et à l’initiative des ministres concernés, exerce le pouvoir de nomination, en Conseil de Ministres, dans certaines hautes fonctions publiques, telles celles de wali, gouverneur, ambassadeur et des responsables des administrations de la sécurité intérieure et des institutions nationales stratégiques, étant entendu que la nomination à des postes militaires demeure de la compétence exclusive et régalienne du Roi, Chef Suprême, Chef d’Etat-major Général des Forces Armées Royales.

Le projet confère, en outre, au Chef de Gouvernement, le pouvoir de dissoudre la Chambre des Représentants et consacre le principe de sa consultation par le Roi, avant la déclaration de l’état d’exception et la dissolution du parlement. Il définit les normes régissant chaque cas, afin de garantir la séparation des pouvoirs, l’équilibre et la coopération entre eux.

Afin que le gouvernement puisse disposer d’une base constitutionnelle pour exercer ses responsabilités organisationnelles et exécutives, il est prévu de constitutionnaliser le Conseil de Gouvernement et de définir et clarifier ses compétences, en cohérence et en complémentarité avec le Conseil des Ministres et en toute distinction par rapport à celui-ci.

En effet, le Conseil des Ministres se tient sous la Présidence du Roi, à Son initiative, où à la demande du Chef du Gouvernement, qui participe à ses travaux, en présence des ministres uniquement. Le Roi peut déléguer la présidence d’un Conseil des Ministres au Chef du Gouvernement, sur la base d’un ordre du jour déterminé, et ce, afin de renforcer son pouvoir exécutif.

Quant au Conseil de Gouvernement, il se tient sous la présidence de son Chef, à son initiative, et dans une composition comprenant tous ses membres.

S’agissant des attributions de ces deux organes, elles se distinguent notamment par le fait que le Conseil de Gouvernement dispose de larges compétences exécutives et décisionnelles qui lui sont propres et d’autres, délibératives, qui font que certaines questions sont renvoyées devant le Conseil des Ministres pour statuer, dans le cadre des compétences stratégiques, d’arbitrage et d’orientation, qui lui sont réservées, notamment pour ce qui concerne la nécessité de préserver les équilibres macro-économiques et financiers, devenue désormais une règle constitutionnelle.

Axe V : Instauration d’un Pouvoir parlementaire exerçant des compétences substantielles en matière de législation et de contrôle.

En effet, le projet de Constitution consacre la prééminence du statut de la Chambre des Représentants, en lui conférant le pouvoir de statuer sur l’adoption des textes législatifs. Il renforce également ses attributions en matière de contrôle du gouvernement, notamment en consacrant la responsabilité exclusive du gouvernement devant lui.

De même, le pouvoir de législation et d’édiction de toutes les lois est désormais du ressort exclusif du parlement. Elargis également, les domaines de la loi passent de 30, actuellement, à plus de 60 domaines dans la Constitution proposée.

Dans le souci de moraliser l’action parlementaire, le projet prévoit la constitutionnalisation de l’interdiction de la transhumance parlementaire. Il limite l’immunité parlementaire pour qu’elle ne porte que sur l’expression d’opinion, écartant ainsi les délits et crimes de droit commun. De même qu’il est prévu de supprimer la Haute Cour, réservée aux ministres, consacrant ainsi l’égalité de ceux-ci avec les citoyens face à la loi et à la justice.

Quant à la deuxième Chambre, la Constitution proposée prévoit, dans un souci de rationalisation de sa composition, qu’elle comprend de 90 à 120 membres.

A cet égard, et en réponse à la requête qui Nous a été soumise par les centrales syndicales, avec l’appui des partis politiques, au sujet de la représentation des syndicats au sein de la deuxième Chambre, Nous avons décidé, dans le cadre de Nos missions d’arbitrage, d’inscrire dans le projet une représentation appropriée pour les syndicats, ainsi que pour les organisations professionnelles et les instances représentatives des entreprises nationales. C’est une décision qui procède de l’essence même du régime monarchique marocain, de sa vocation sociale et de Notre doctrine du pouvoir en vertu de laquelle, Nous inscrivons la promotion de la situation sociale de nos citoyens au cŒur de Nos préoccupations, tant au niveau politique, que sur le terrain.

Pour ce qui concerne nos citoyens résidant à l’étranger, ils disposeront d’une représentation parlementaire dès que la formule démocratique y afférente aura muri, étant entendu qu’ils jouissent du droit de voter et de se porter candidat dans les deux Chambres du parlement.


Axe VI
: Octroi à l’opposition d’un statut spécial et de mécanismes efficients: le but est de renforcer son rôle et conforter son statut pour qu’elle puisse enrichir l’action parlementaire en matière législative et de contrôle. Elle disposera, désormais, du droit de représentation proportionnelle dans tous les organes du parlement.

Dans le même ordre d’idées, le projet dispose, en outre, que le Chef du Gouvernement présente un exposé d’étape sur l’action gouvernementale et qu’il réponde aux questions relatives à la politique générale. Il prévoit également la réduction du quorum requis pour l’introduction d’une motion de censure, ainsi que pour la formation de commissions d’enquêtes et le renvoi des projets de loi devant le Conseil Constitutionnel. De même qu’il stipule que les commissions parlementaires ont compétence pour interpeller les responsables des administrations et des entreprises publiques.

Axe VII : Consécration d’un Pouvoir judiciaire indépendant vis-à-vis des Pouvoirs exécutif et législatif, ce qui conforte l’indépendance de la justice dont Nous sommes le Garant.

En effet, il est expressément stipulé dans le nouveau projet de Constitution que si le jugement est bel et bien prononcé au nom du Roi, il n’en reste pas moins qu’il doit être fondé sur la loi. Ainsi, et pour préserver l’inviolabilité de la justice, il a été prévu la pénalisation constitutionnelle de toute ingérence de l’autorité, de l’argent ou de tout autre forme de pression, dans les affaires de justice.

De même, le projet prévoit la création du « Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire », qu’il érige en institution constitutionnelle présidée par le Roi. Cette institution qui remplace le Conseil Supérieur de la Magistrature bénéficie de l’autonomie administrative et financière. En plus, et pour mieux marquer la séparation des pouvoirs, le projet confie au président de la Cour de cassation, les fonctions de président-délégué qui sont assurées actuellement par le ministre de la justice.

Parallèlement, la composition du nouveau Conseil a été renforcée en augmentant le nombre des magistrats élus, et la proportion de représentation de la femme juge, ceci outre les dispositions envisagées pour garantir une ouverture du Conseil permettant d’y faire siéger des personnalités et des institutions ayant un rapport avec les droits de l’Homme et la défense de l’indépendance de la justice.

Au même titre, le Conseil dispose de compétences élargies couvrant désormais, outre la carrière professionnelle des magistrats, les missions d’inspection et celles lui permettant de donner son avis sur les textes législatifs et réglementaires concernant la justice et l’évaluation du système judiciaire.

En confirmation de la primauté de la Constitution et de la loi, le Conseil constitutionnel a été érigé en « Cour Constitutionnelle ». Celle-ci dispose de larges compétences comprenant, outre les prérogatives de l’actuel Conseil, le contrôle constitutionnel des conventions internationales, et le pouvoir de trancher les litiges entre l’Etat et les Régions. En outre, et afin de renforcer la démocratie citoyenne, la Cour constitutionnelle aura désormais compétence pour se prononcer sur les recours des justiciables invoquant l’inconstitutionnalité d’une loi dont la justice estime qu’elle pourrait porter atteinte aux droits et libertés constitutionnels.


Axe VIII
: Constitutionnalisation de certaines institutions fondamentales, en maintenant la possibilité de créer par des textes législatifs ou réglementaires d’autres instances et mécanismes, susceptibles de renforcer la citoyenneté et la participation démocratique.

Ainsi, ont été constitutionnalisés de nombreux Conseils et institutions, tels que l’Institution « Al-Wassit » (Médiateur), le Conseil de la Communauté marocaine à l’étranger et la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle. De même que le Conseil Economique et Social a vu ses compétences élargies pour englober les questions environnementales, alors que le Conseil de l’Education dispose désormais de prérogatives qui couvrent également la formation et la recherche scientifique.

Le projet prévoit, en outre, la constitutionnalisation du Conseil National des Droits de l’Homme, ainsi que le renforcement du statut constitutionnel des partis politiques, des organisations syndicales, professionnelles, et de la société civile, en consacrant à chacune de ces structures plusieurs articles dans la Constitution.

Par ailleurs, et afin que les jeunes puissent disposer d’un espace institutionnel d’expression et de discussion, Nous avons tenu à créer un Conseil de la jeunesse et de l’action associative, formant une force de proposition. L’objectif recherché est de leur permettre de contribuer, dans un esprit de démocratie et de citoyenneté, à l’édification du Maroc de l’unité, de la dignité et de la justice sociale.

Axe IX : Renforcement des mécanismes de bonne gouvernance, de moralisation de la vie publique et de lutte contre la corruption, par la mise en place, à cet effet, d’un système institutionnel cohérent et harmonieux.

Il est prévu, à cet égard, de renforcer le rôle de la Cour des Comptes et des Cours Régionales des Comptes, dans le contrôle des finances publiques, l’ancrage des principes de transparence, de responsabilité, de reddition des comptes et de non-impunité. Le projet prévoit également la constitutionnalisation du Conseil de la Concurrence et de l’Instance nationale de la probité et de lutte contre la corruption.

Dans la mesure où la sécurité, dans son acception stratégique, est devenue désormais un défi mondial, Nous avons tenu à doter notre pays d’un mécanisme institutionnel consultatif, sous la forme d’un Conseil Supérieur de Sécurité, que Nous présidons et dont Nous pouvons déléguer la présidence d’une réunion au Chef de Gouvernement, selon un ordre du jour déterminé.

Le Conseil compte parmi ses membres les Chefs des Pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, les ministres, les responsables et les personnalités concernées.

Le Conseil est compétent pour gérer les questions sécuritaires stratégiques internes et externes, structurelles et imprévues. Il constitue une force d’évaluation et de proposition dédiée à la consolidation de la bonne gouvernance sécuritaire dans notre pays.


Cher peuple,.

Notre vision globale et intégrée de la démocratie authentique et des attributs de bonne gouvernance ne se limite pas à une simple redistribution des pouvoirs centraux. Elle repose, plutôt, sur la répartition des pouvoirs et des ressources entre le centre et les régions, et ce, dans le cadre d’une régionalisation avancée que Nous considérons comme la pierre angulaire de toute réforme profonde et de toute modernisation des structures de l’Etat.

C’est dans cette vision que s’insère le Dixième Axe qui consiste en la consécration constitutionnelle du Maroc uni des Régions, un Maroc fondé sur une décentralisation élargie, vouée à la démocratie et dédiée au développement humain, durable et intégré, dans le cadre de l’unité de l’Etat et de la Nation, et de l’intégrité territoriale et dans le respect des principes d’équilibre et de solidarité nationale et régionale.

Pour mettre en relief cette option stratégique dans le projet de Constitution, tout un chapitre de la Constitution est consacré aux collectivités territoriales et à la régionalisation avancée, sur la base du cadre référentiel que Nous avons annoncé dans Notre Discours historique du 9 mars, étant entendu qu’une loi organique fixera les compétences de l’Etat et des Régions, ainsi que les ressources, les mécanismes et l’organisation de la régionalisation.

Cher peuple,

Toute Constitution, quel qu’en soit le degré de perfection, ne saurait constituer une fin en soi. Elle est plutôt un moyen d’instaurer des institutions démocratiques. Celles-ci nécessitent des réformes et une mise à niveau politique qu’il appartient à toutes les parties prenantes de mettre en Œuvre afin de concrétiser notre ambition collective visant à réaliser les objectifs de développement et à assurer aux citoyens les moyens et les conditions d’une vie digne.

Ton Premier Serviteur remplira son devoir national en votant OUI pour le projet de nouvelle Constitution, soumis au référendum populaire. Je dirai OUI parce que Je suis profondément convaincu que ce projet de Constitution nouvelle intègre en son sein toutes les institutions et l’ensemble des principes présidant à la démocratie, au développement et aux mécanismes de bonne gouvernance. Je dirai d’autant plus volontiers que ce projet préserve la dignité et les droits de tous les Marocains, dans le respect de l’égalité et de la primauté de la loi.

Je dirai donc OUI à ce projet, car Je suis convaincu que, de par son essence démocratique, il donnera une forte impulsion à la recherche d’une solution définitive pour la juste cause de la marocanité de notre Sahara, sur la base de notre Initiative d’autonomie. Ce projet confortera, de surcroît, la position d’avant-garde qu’occupe le Maroc dans son environnement régional, en tant qu’Etat qui se distingue par son parcours démocratique, unificateur et original.

Que les partis politiques, les centrales syndicales, et les Organisations de la société civile qui ont participé en toute liberté et avec un total dévouement à la confection de ce pacte constitutionnel avancé, du début du processus jusqu’à son terme, s’attellent ensemble à la mobilisation du peuple marocain, non seulement pour qu’il vote en faveur du projet, mais pour qu’il le mette également en pratique. Car il constitue le meilleur moyen de réaliser les ambitions légitimes qui habitent nos jeunes, conscients et responsables, voire tous les Marocains qui ont à coeur de consolider la construction du Maroc de la quiétude, de l’unité, de la stabilité, de la démocratie, du développement, de la prospérité, de la justice, de la dignité, de la primauté de la loi et de l’Etat des institutions.

Tu Me trouveras, peuple fidèle, en première ligne, parmi ceux qui s’investissent dans la mise en oeuvre optimale de ce projet constitutionnel avancé. C’est un projet qui est appelé, une fois entériné, par la grâce de Dieu, lors du référendum populaire du 1er juillet prochain, à consolider les piliers d’une Monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale.

« Dis : « Voici ma voie, j’appelle les gens (à la religion) d’Allah, moi et ceux qui me suivent ».

Véridique est la parole de Dieu.

Wassalamoualaïkoum Wa Rahmatoullahi Wa barakatouh ».