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Stratégies contre-révolutionnaires : expérience algérienne et actualité égyptienne

par Thomas Serres, Article 11, 27 décembre 2011, http://www.article11.info/?Strategies-contre-revolutionnaires#pagination_page

Algérie, Égypte. À vingt ans d’intervalle, les contre-révolutions se suivent et se ressemblent. Militarisation de la lutte politique, stratégies de gestion par le manque, cooptation de nouveaux acteurs pour figurer la représentation : le précédent algérien, cartel s’ingéniant avec succès à ne pas perdre sa mainmise sur le pouvoir, renvoie par bien des points à ce qui se passe aujourd’hui en Égypte. Parallèle.

L’année 2011 a vu le monde arabe connaître une série de soulèvements populaires qui sont parvenus à ébranler les fondements de régimes autoritaires établis depuis plusieurs décennies. Et l’étonnement qui a souvent accompagné ces soulèvements interpelle à juste titre : dans la mesure où l’illégitimité, le cynisme et la corruption des gouvernements jusqu’alors en place étaient de notoriété publique, où la précarité sociale et économique de la majeure partie de la population de ces pays était évidente aux yeux de quiconque daignait y prêter attention, cette réaction emprunte à l’irrationnel plutôt qu’aux faits. En vérité, la surprise et la méfiance à l’égard de ces mouvements spontanés de révolte traduisent la force d’une croyance fortement ancrée dans l’imaginaire occidental, à coup de déclarations culturalistes et d’analyses tronquées sur la nature tyrannique de l’Islam : les « Arabes » auraient jusque-là naturellement accepté l’inacceptable, soit leur domination par des États réunissant en leur sein des groupes mafieux seulement concernés par l’accaparement du bien public et la perpétuation de leur mainmise sur les outils de la domination.

Comment s’étonner alors qu’en dépit de la violence de la contre-révolution en cours en Égypte, l’attention se porte davantage sur des processus électoraux censés clore la période révolutionnaire en amenant au pouvoir des partis islamistes que sur les moyens employés par les réactionnaires au sein de l’État ? Les observateurs et autres experts oublient à dessein la réflexion éclairante de Pascal Ménoret, selon qui, « plutôt qu’une revanche de Dieu, l’islamisme est une revanche de la société sur le pouvoir » (1). Ils préfèrent se replonger avec délectation dans leurs analyses sur la compatibilité des sociétés « musulmanes » avec la démocratie, en ramenant cette dernière au système de représentation bourgeois dont la critique est par ailleurs exclue.

Cette insistance à poser la question de la compatibilité des « arabo-musulmans » avec la démocratie libérale traduit le décalage entre la réalité du terrain et les fantasmes. Les médias s’affolent de voir s’exprimer le conservatisme et le mécontentement social dans un vote qui n’a rien de surprenant puisque s’inscrivant dans une tendance mondiale à l’arrivée au pouvoir de mouvements favorables à l’économie de marché et à l’ordre moral. La mise en œuvre d’une réaction militaire meurtrière en Égypte est au contraire dépeinte comme s’inscrivant dans le cadre d’un retour à la normale et ne génère qu’une légère inquiétude quant au manque de modération du Conseil Supérieur des Forces Armées. Contre pareils errances analytiques, je voudrais mobiliser ici les enseignements hérités de la contre-révolution victorieuse menée en Algérie il y a une vingtaine d’années. Isoler certains facteurs permet de déterminer de quelle manière les mécanismes de défense de l’État ont pu triompher des processus électoraux, de la mise en place d’un champ partisan pluraliste, et se servir avec habilité d’une conjoncture de crise pour rétablir l’ordre.

Configuration révolutionnaire algérienne

L’Algérie a connu tout au long des années 1980 une crise protéiforme, à la fois économique, politique et culturelle. La chute du cours des hydrocarbures a placé l’État-développeur socialiste au bord de la cessation de paiement. Dans le même temps, le sous-prolétariat urbain se trouvait confronté aux problématiques multiples nées d’une transition démographique et économique mal gérée par un pouvoir corrompu : chômage, habitat précaire, crispation identitaire. Dans ce contexte, les organisations relais du régime, le parti unique FLN et la centrale syndicale UGTA,, étaient confrontées à une crise de légitimité croissante, du fait de leur soumission, et donc de leur incapacité à faire écho aux demandes urgentes de la population. Enfin, la nature hétérogène du régime a entraîné une série de confrontation au sommet, impliquant le président Chadli, les prétoriens de l’Armée Nationale Populaire, les technocrates réformateurs et enfin la vieille garde orthodoxe du FLN. Dans ce contexte, le pays a connu une série de contestations tout au long de la décennie, souvent sous forme d’émeutes. A partir de 1986, l’augmentation du prix des denrées alimentaires – majoritairement importées – a encore accentué la pression sur une population déjà précarisée. Le 19 septembre 1988, le président Chadli décida de réagir aux bruits de palais annonçant sa démission pour cause médicales. Il le fit à travers un discours lapidaire prononcé depuis le Club des Pins, lieu de résidence de l’aristocratie militaire situé dans les environs d’Alger. Au début du mois d’octobre, une vague d’émeutes sans précédent, véritable soulèvement de la jeunesse, éclatait dans tous le pays, et notablement à Alger.

À partir de cette date, le régime s’est trouvé dans l’obligation de céder aux exigences pressantes de sa population pour survivre. Il a donc procédé à une ouverture contrôlée, fait adopter une nouvelle constitution en février 1989 et, sous l’impulsion du réformateur Mouloud Hamrouche devenu Premier ministre, soutenu de manière volontariste la création d’une presse plurielle. Dans un contexte international qui semblait annoncer le triomphe de la démocratie bourgeoise et libérale, il s’est conformé aux dogmes esthétiques de la représentation : légalisation d’une myriade de partis (une soixantaine), libéralisation de l’expression et de la critique publique, tenue régulière de scrutins (municipales de 1990, législatives de 1991).

Dans le contexte partisan, les islamistes fondamentalistes du FIS se sont affirmés comme les compétiteurs naturel du vieux système. Ils ont largement profité du contexte de crise internationale alimenté par la seconde Guerre du golfe, en se posant à la fois comme les défenseurs des frères arabes et des lieux saint de l’islam, et comme les pourfendeurs du taghout (tyran) étatique inféodé aux puissances occidentales. Une partie de la population arabophone se reconnaissant dans l’idée de nation arabe s’est appropriée le sentiment d’agression et s’est crispée sur une offre politique défensive et identitaire (2). Si l’on ajoute à ce contexte international le charisme des prédicateurs du Front, leur popularité dans les quartiers et la force du sentiment de revanche sociale dont le mouvement était porteur, on comprend mieux son succès aux scrutins de 1990 et 1991. D’autant que les élections législatives de 1991, les premières de l’Algérie libre et plurielle, enregistrèrent une abstention située aux alentours de 40 %.

La suite est connue. Le 11 janvier, les rues de la capitale sont occupées par l’armée et le président Chadli poussé à la démission. Le 12, le Haut conseil de sécurité (HCS) décide de l’annulation du second tour du scrutin. Le 14, un Haut commissariat d’État (HCE) est créé pour parer à la vacance du pouvoir exécutif. A sa tête est placé Mohamed Boudiaf, l’un des leaders historiques de l’insurrection du 1er novembre 1954, rappelé pour l’occasion d’un exil de près de trente ans. Il sera assassiné le 29 juin à Annaba, victime de son empressement à corriger de l’intérieur les vices du système. Le 26 août 1992, un attentat à la bombe à l’aéroport d’Alger officialise l’entrée du pays dans la guerre civile.

Vingt ans plus tard, deux constats s’imposent. D’une part, celui de la permanence du régime, sous couvert d’une représentation de façade. D’autre part, celui de sa capacité à mettre en scène, tout au long de l’année 2011, une série de réformes politiques et de gestes économiques censés parer au mécontentement populaire. La situation de fond n’a pas véritablement changé depuis la fin des année 1980. En dépit de la remontée des cours du pétrole et donc du gaz, le mouvement de protestation agite toujours le pays, à coup d’abstention, d’émeutes et de grèves. L’embellie macro-économique ne profite qu’à un petit nombre, tandis que le malaise matériel et culturel des masses confine à un profond mal-être, fragilisant un peu plus un sous-prolétariat urbain qui vit aux portes du Parlement (3). Le mépris des élites (hogra) et leur corruption sont sur toutes les lèvres, ou presque. L’État persiste pourtant dans la même voie, en dépit de la profonde crise de légitimité des politiciens, des institutions et du système dans son ensemble. La fatigue sociale est telle que l’irruption brutale d’un mouvement de contestation ayant une portée mondiale n’a pas suffit à redonner à la population l’espoir d’un changement rapide par le biais de l’action collective. Dans ce contexte, il n’est pas vain de chercher à relever quelques moyens utilisés par la contre-révolution en Algérie.

Militarisation de la lutte politique

La première et, à mon sens, la plus importante des raisons de la réussite de la contre-révolution en Algérie tient dans le rôle capital joué par l’armée dans la gestion de la contestation. L’état-major avait jusqu’alors exercé son influence sans recourir à l’ensemble de son potentiel coercitif. Il laissait aux généraux retraités, aux technocrates et aux politiciens le soin de gérer le pays. Mais l’extrême illégitimité des civils du régime et leur incapacité à gérer la contestation a poussé l’armée à intervenir pour sauvegarder les privilèges de son aristocratie. Elle l’a fait avec les outils qui sont les siens. On a dès lors constaté en Algérie la militarisation de facto de la lutte politique et l’usage de la violence comme moyen de gestion de la société (4).

Si le coup d’État de janvier 1992 peut apparaître a posteriori comme le point de départ de l’usage de la violence militaire à des fins politiques, la période qui s’étend de 1988 à 1992 a été le théâtre d’une dramatisation croissante de la situation sécuritaire du pays, utilisée par l’ANP pour servir ses prétentions à contrôler le jeu politique au nom de la défense du peuple, des institutions et de la nation. Dès octobre 1988, les émeutes ont été matées dans le sang par l’armée de terre et les forces de sécurité, celles-ci n’hésitant pas à recourir à la torture et au viol aux dépens des jeunes tombés entre leurs mains. L’armée de terre était alors dirigée par le général Khaled Nezzar, futur ministre de la Défense de Chadli Bendjedid, par ailleurs l’un des principaux artisans de la chute du raïs au nom de la sauvegarde de la démocratie en 1992. Toute ressemblance avec le maréchal égyptien Tantaoui est absolument fortuite…

Tout à son entreprise de dramatisation, l’armée a trouvé dans le FIS son ennemi et partenaire désigné. Le radicalisme teinté de millénarisme du parti fondamentaliste le différenciait grandement des autres mouvements islamistes plus bourgeois et pragmatiques, à l’image notamment du Hamas des Frères musulmans algériens. Pendant la seconde Guerre du golfe, Ali Benhadj s’affichait ainsi en treillis militaire et appelait les jeunes à aller défendre les lieux saint de l’Islam contre la présence occidentale. La même année, les grèves insurrectionnelles de juin offraient une nouvelle occasion d’entretenir la crise pour justifier la répression. Réclamant l’abrogation de la nouvelle loi électorale favorable au pouvoir et des élections anticipées, Abassi Madani donna au président un ultimatum d’une semaine. En réponse, le 5 juin, Chadli instaura l’État de siège et le couvre-feu à Alger, Blida et Tipaza. Finalement, le 30 juin 1991, Ali Benhadj et Abassi Madani étaient arrêtés. Après avoir participé pleinement à l’entreprise de dramatisation du régime, les shuyukh du FIS trouvèrent dans les geôles du régime la récompense de leur action.

La militarisation de la lutte politique s’est poursuivie après le coup d’État, avec l’ouverture en février 1992 de onze centres de détentions dans le Sud du pays. Elle a débouché sur la guerre civile que l’on connaît, dont le bilan extrêmement meurtrier (150 000 morts) ne suffit pas à dépeindre les formes particulièrement horribles de la violence mise en œuvre (5). L’État, subordonné pour un temps à l’armée et renfloué par le FMI, est sorti vainqueur du conflit. Pour cela il a eu recours aux techniques classiques de la guerre contre-insurrectionnelle, aux unités spéciales, aux groupes paramilitaires, aux enlèvements, aux centres de torture et aux tribunaux militaires. Il ne faisait en cela que préfigurer les options prises par des régimes soit-disant démocratiques au nom de la lutte mondiale contre la « terreur ». Dans le même temps, la guérilla « islamiste » s’est fragmentée, ses courants politiques étant éliminés et marginalisés (AIS) tandis que ses franges excommunicatrices (takfiri) s’engageaient dans une dérive irrationnelle et meurtrière qui persiste encore sous la forme franchisée d’AQMI.

Plus important encore, la multiplicité des acteurs de la violence et la difficulté à cerner les responsabilités ont contribué à généraliser une posture défensive. Les relations de confiance entre concitoyens en sont sortis profondément et durablement altérés. Cette situation perdure d’autant plus que le règlement bureaucratique de la guerre a empêché toute recherche de vérité, toute fixation des responsabilités. Par exemple, dans le contexte des soulèvements arabes, ce n’est pas la réussite – certes relative – des Tunisiens et des Égyptiens qui attirait le regard en Algérie, mais la guerre en Libye. Lors d’une manifestation du Comité National pour la Défense des Droits des Chômeurs en mai dernier à Alger, je questionnais ainsi les spectateurs sur l’éventualité d’un changement (6). Alors que les cohortes de policiers anti-émeute (CNS) circonscrivaient sans peine la petite soixantaine de manifestants, les badauds n’avaient qu’une seule inquiétude à l’esprit : la situation en Libye. Et une affirmation subséquente, synonyme d’une terrible appréhension : « Ici ce sera pire. »

Gestion par le manque

La deuxième stratégie de la contre-révolution algérienne réside dans la capacité du cartel qui tient l’État à organiser la redistribution des ressources en sa possession en entretenant la demande sociale. Il tire ainsi profit de ses carences en terme de services publics pour créer une forme de dépendance à son égard. Soit une véritable stratégie de gestion par le manque reposant notamment sur les obstacles bureaucratiques que l’État est en mesure de poser ou de lever, afin d’imposer une situation d’instabilité et de précarité (7)..

Cela conduit à entretenir la soumission d’élites soucieuses de préserver leur éminence sociale et économique, et les avantages qui y sont liés. L’attribution des marchés publics et la corruption permettent de répartir les bénéfices et d’étendre le cartel qui tient l’État à de nouveaux acteurs, et d’ainsi élargir le soutien dont il peut jouir par le biais de l’intéressement. Dans le même temps, les classes populaires précarisées sont maintenues dans une situation d’insécurité économique telle qu’il est possible de contenir leur mécontentement par une distribution sociale des ressources. En Algérie, la majorité de celles-ci proviennent de la rente des hydrocarbures – cela ne signifie évidemment pas que seul les états disposant d’une pareille entrée de devise peuvent pratiquer la gestion par le manque. Le plus important est de maintenir la situation de précarité, et donc les carences des services publics. Dans la crise permanente et le manque, l’aumône d’État devient un moyen d’acheter une loyauté temporaire.

La distribution sociale de la rente sous la forme d’investissements massifs permet d’acheter une paix sociale a minima. Elle n’empêche nullement les émeutes. Au contraire, celles-ci deviennent un moyen d’exiger, dans le cadre d’un rapport conflictuel avec le pouvoir qui reste synonyme de dépendance. De son côté, le régime peut mettre en scène sa générosité en répartissant les excédents budgétaires. Le plan quinquennal algérien pour la période 2010-2014 prévoit ainsi pas moins de 286 milliards de dollars d’investissement et la construction de 800 000 logements pour faire face à la saturation du marché. En jouant sur ses ressources et sur la précarité qu’il entretient, le régime peut prévenir une soudaine inflation de la contestation, comme il l’a fait au cours de l’année passée. Après une vague d’émeute en janvier 2011, Bouteflika a annoncé le mois suivant une série de gestes économiques en direction de la jeunesse. Parmi ceux-ci, l’annulation des intérêts sur les crédits destinés aux jeunes et la distribution de 242 000 logements au cours de l’année. Devant un telle démonstration de générosité étatique, le quotidien Ennahar (proche du pouvoir) n’a pas manqué de noter que le raïs « est très au courant des aspirations de la jeunesse » et qu’il est « différent des présidents égyptien et tunisien déchus, Hosni Moubarak et Ben Ali, qui n’avaient rien entrepris pour calmer la colère de leurs citoyens » (8).

Cette stratégie de gestion par le manque conduit à une situation paradoxale où les manquements de l’État à l’égard de la population qu’il prétend servir servent la stratégie de perpétuation des groupes qui le contrôlent. Or la capacité du régime à acheter les fidélités ou du moins à calmer la colère populaire par le biais de la distribution de ses ressources suffit à suggérer l’idée de l’omniprésence des khobzistes, ceux qui ont pour seul but la prédation du bien public. Cette suspicion étend l’impression que toute action exercée sur la place publique, même quand il s’agit d’une action de contestation échappant au contrôle des institutions, est liée à la poursuite égoïste d’un bénéfice personnel. Ce sont les motivations mêmes de l’action qui en viennent alors à être dégradées.

Cooptation de nouveaux acteurs pour figurer la représentation

La dernière stratégie notable de la contre-révolution algérienne est la recomposition des groupes qui composaient le cartel aux commande de l’État. Il s’agissait notamment d’en modifier le visage en écartant le président de la République, mais aussi et surtout de coopter de nouveaux acteurs afin de réussir à figurer la « transition démocratique », comprise en fait comme l’établissement d’un système d’allure représentative. La problématique du cartel algérien était alors de réussir à justifier un coup d’État contre une procédure électorale légale et un parti bénéficiant du suffrage populaire. La cooptation s’est donc appuyée dans un premier temps sur la récupération du mouvement de la « société civile » en faveur de la laïcité, notamment à travers le Comité National pour la Sauvegarde de l’Algérie (CNSA). En fait, il s’agissait de recruter parmi les défenseurs de la laïcité des démocrates autoproclamés partisans de la répression des islamistes. Durant la guerre civile, les membres recrutés étaient ainsi d’anciens communistes, des fonctionnaires, des « patriotes » à l’origine de la constitutions des Groupes de légitime défense, ou encore des figures du milieu associatif. Avec le retour d’une paix relative, l’État s’est ensuite attaché à séduire les islamistes modérés pour bâtir le dispositif permettant de verrouiller la représentation à son avantage. Le parti HMS (ou MSP), anciennement Hamas, est ainsi devenu l’un des piliers de l’alliance présidentielle qui soutient la politique de Bouteflika depuis onze ans. Il complète harmonieusement la frange islamo-conservatrice du régime déjà présente au sein du FLN depuis l’Indépendance.

Le passage au multipartisme, présenté comme une condition de la « transition démocratique », implique une extension et une recomposition du cartel. Les partis sont devenus les moyens du recrutement des nouveaux membres et de la répartition du bénéfice, de la mise en scène d’un débat politicien sans enjeu supposé représenter le peuple (9). L’institutionnalisation de la démocratie a permis de la conformer aux exigences de l’Ordre, sans régler les questions de fond et sans impliquer davantage la population dans les procédures de décisions politiques. La représentation a ainsi conduit à réduire le politique à la politique, une activité de négociation entre partenaires réglée par les réflexes oligarchiques et bureaucratiques des organisations partisanes (10).

Tandis que le ralliement des acteurs au système s’est fait au nom de la raison, du juste milieu (wasatiyya), de l’intérêt général et du retour à la paix civile, le conflit essentiel qui oppose une population privée de son droit à choisir librement son destin et à jouir des trésors de sa terre au cartel qui contrôle l’État n’a jamais été réglé. Les institutions permettent la mise en scène. Les acteurs cooptés y jouent un rôle, certains de bonne foi, et donnent ainsi vie au simulacre. Si ce dernier ne trompe plus grand monde, il suffit à faire perdre foi dans l’idée de changement. En Algérie, la capacité du système à coopter de nouveau membres alimente une croyance presque mythique dans son omnipotence corruptrice. Cette mythologie, qui met en scène un système monstrueux et pervers, contribue à encourager le développement d’un fort sentiment d’impuissance, alimenté de surcroît par la peur d’un retour de la violence et une suspicion généralisée à l’égard des motivations des protagonistes de toute action publique.

Le déroulement de la contre-révolution en Égypte

L’Égypte de 2011 n’est évidemment pas l’Algérie de 1988. Nombre de différences existent entre les deux pays au-delà du gouffre temporel. Pour ne citer que les deux plus évidentes, notons la forte minorité copte et la proximité d’Israël. Il ne serait guère étonnant d’ailleurs que l’un et l’autre fournissent les ennemis intérieurs et extérieurs dont raffolent les discours contre-révolutionnaires en cette année 2011. Dans les deux cas, cependant, l’armée constitue une composante essentielle du cartel étatique. De surcroît, les deux pays ont connu dans les années 1990 une forme de violence takfiri, mais avec une intensité bien moindre en Égypte. Enfin, l’urbanisation chaotique, la crispation identitaire, le désespoir de la jeunesse et les inégalités économiques sont également omniprésents, à Alger et au Caire. La configuration égyptienne reste bien sûr particulière, je laisse aux connaisseurs le soin de la décrire plus précisément. L’objectif ici est d’analyser la contre-révolution en cours à la lumière des trois facteurs précédemment évoqués pour l’Algérie.

Concernant la militarisation de la lutte politique, elle est apparue évidente en Égypte dès la chute de Moubarak : l’État-major l’a déposé et s’est emparé du pouvoir dans la foulée. L’intervention des militaires, qui ont temporairement réussi à faire croire à leur attachement à la défense des intérêts du peuple, avait pour but premier la défense de leurs privilèges. Il n’est guère surprenant de constater que les principes supra-constitutionnels que l’état-major s’est chargé d’établir impliquent que le budget de l’armée ne soit jamais soumis au contrôle du gouvernement ou que celle-ci soit consultée avant toute loi la concernant. Pour protéger ses intérêts, le CSFA n’a eu de cesse d’intensifier la répression en ayant recours aux tribunaux militaires et en pratiquant une coercition de masse dépassant en intensité les pratiques des policiers de Moubarak. Il a de surcroît joint l’humiliation et l’agression sexuelle à la violence. Des photos montrent ainsi un militaire urinant sur les manifestants depuis le toit du Parlement lors des récentes contestations contre le CFSA. Les révolutionnaires sont dans le même temps soumis à des tests de virginité qui ne sont rien d’autres que des viols policiers (11).

Pour justifier la militarisation de la lutte politique, l’Etat-major a eu recours à une vieille ruse prétorienne déjà expérimentée en Algérie : la dramatisation. A force de répondre par la brutalité aux exigences populaires, la dégradation de la situation sécuritaire renforce le sens des valeurs d’ordre qui motivent la contre-révolution, au nom de la « sauvegarde de la nation ». Dans le même temps, la dramatisation donne du sens à des discours de justification relevant de la plus complète mystification. C’est ainsi que s’est produit samedi 17 décembre une spectaculaire acrobatie discursive, par laquelle le ministre de la Justice s’est permis de justifier la répression meurtrière aux dépens des jeunes contestataires en qualifiant ceux-ci d’éléments « contre-révolutionnaires ». En Égypte, la dégradation de la situation, favorable aux détenteurs des outils de la violence massive que sont les militaires, leur permet donc de travestir la réalité et de se poser en défenseurs des valeurs tels que la liberté ou l’idéal révolutionnaire, comme les putschistes algériens l’avaient fait en 1992 en s’appropriant la défense de la laïcité. Il est dans la nature même du discours étatique de dégrader les actes des révolutionnaires. Ceux-ci sont alors accusés d’être des voyous, des fainéants, des opportunistes ou encore des victimes d’une manipulation. Ce discours révèle le conflit social propre à la situation révolutionnaire, et fait écho aux craintes d’une élite soucieuse de conserver ses privilèges (12).

Avec la dégradation de la situation, la crise permettant la dramatisation, on retrouve sans surprise en Égypte une forme de la stratégie de gestion par le manque mise au service de la contre-révolution. Dès le début du mois de février, alors que le soulèvement contre Moubarak entrait dans sa deuxième semaine, les témoignages de citoyens soucieux de la pénurie grandissante, de la difficulté à faire face à la vie quotidienne, et donc demandeurs d’un retour à la normale, ont commencé à se multiplier. L’agitation révolutionnaire s’est vue propulsée au rang de responsable des carences, alors même qu’elle vise à mettre fin à la situation de domination et d’injustice sociale. Sans surprise, le Conseil Supérieur des Forces Armées, une fois arrivé au pouvoir, a fait du rétablissement de la situation économique du pays son leitmotiv. Face à la récession et à l’image donnée aux touristes, la réponse se résume au rétablissement de l’ordre et au retour au travail. C’est l’argument qui justifie la répression des grévistes et le maintien de l’emprise des militaires afin de sauver le pays. Dans le même temps, l’armée peut faire la démonstration de sa générosité envers la nation dont elle promet de défendre les intérêts. Son pouvoir économique n’est pas à démontrer : les entreprises qu’elle contrôle disposent d’un statut aménagé, ne payent pas d’impôt, et compteraient pour 10 à 15 % du PIB. Compte-tenu de la situation financière catastrophique du pays, elle a récemment accordé à la Banque centrale égyptienne un prêt de un milliard de dollars (13).

De fait, la chute du Raïs et le discrédit du PND ne signifient nullement que l’ordre ancien s’est soudainement évanoui. Nombre de ses composantes demeurent, notamment au sein de l’État lui-même. Le maréchal Tantaoui incarne cette permanence, lui qui a été pendant vingt années le ministre de la Défense de Moubarrak. Mais l’armée n’est pas la seule composante du cartel à être persistante. Le Procureur général nommé par l’ancien Raïs est toujours bien à sa place, et avec lui de nombreux hauts fonctionnaires soucieux de préserver leur situation. C’est dans ce contexte qu’il faut prévoir la troisième stratégie contre-révolutionnaire précédemment isolée : le recours à la cooptation pour figurer la « transition démocratique ». Pour ne pas disparaître, le cartel va être amené à se refonder. Des alliances sont alors susceptibles de se nouer, notamment entre les représentants d’une bourgeoisie conservatrice attachée à l’ordre et les composantes sécuritaires de l’ancien cartel. C’est ainsi que Rémy Leveau pronostiquait dès le milieu des années 1990 que la permanence autoritaire des régimes arabes passerait par une alliance entre islamistes bourgeois et militaires (14). Sous cet angle, on peut noter la grande prudence des Frères musulmans dans la gestion de la « transition » dont ils savent qu’ils seront amenés à être les grands bénéficiaires. La distance qu’ils ont prise à l’égard de la contestation contre le CFSA illustre leur pragmatisme souvent négligé par les observateurs occidentaux. La façade institutionnelle du cartel est à refaire, et il ne serait guère étonnant que les islamistes et les militaires, en tant que défenseurs naturels de l’Ordre, trouvent un terrain d’entente.

Je souhaite ici m’opposer à l’idée que « les révolutionnaires d’aujourd’hui sont les réactionnaires de demain », pour reprendre la conclusion désabusée de Robert Michels. Simplement : ceux qui profitaient de l’ancien ordre chercheront dans la révolution les moyens de perpétuer leurs privilèges, quitte à nouer de nouvelles alliances et à user de la violence et de la misère comme arguments en faveur de la réaction. Une fois cette observation réalisée, on ne peut que se désoler de constater le peu de soutien apporté aux jeunes Égyptiens qui ont tenté ces dernières semaines de s’opposer à l’emprise du CFSA. Il faut croire que la lutte de ces révolutionnaires pour leur liberté a moins d’attrait que le succès acquis d’avance de formations islamistes, ne faisant pas écho aux fantasmes occidentaux sur la soumission naturelle des masses arabes.

Notes

1 Pascal Ménoret, L’énigme saoudienne : les Saoudiens et le monde, 1744-2003, Paris, La Découverte, p 139.

2 Hugh Roberts, The Battlefield, Verso, Londres, 2003, pp 63-81.

3 De la Casbah ou de Bab el-Oued à l’Assemblée populaire nationale, il n’y a que quelques minutes à pied.

4 Luis Martinez, La Guerre civile en Algérie, Khartala, Paris, 1998.

5 En plus de l’ouvrage de Luis Martinez cité plus haut, voir Abderahmane Moussaoui, De la Violence en Algérie, Paris, Actes Sud, 2006.

6 Voir l’article publié le 7 novembre sur A11, « Alger-Ain Bessem : chroniques algériennes ».

7 Lamia Zaki, « Le Clientélisme, vecteur de politisation en régime autoritaire », in Autoritarismes démocratiques et démocraties autoritaires au XXIè siècle (sous la direction de) Olivier Dabène, Vincent Geisser, Gilles Massardier, Éditions La Découverte, Paris, 2008, p 160

8 Ennahar, 24 février 2011.

9 Les travaux de Richard S. Katz et Peter Mairs sur les partis de gouvernement européens les ont conduit à théoriser le modèle d’un parti-cartel. Les deux auteurs évoquent comme caractéristiques notables de ce modèle d’organisation sa dépendance économique vis-à-vis de l’État et son entente tacite avec ses homologues pour s’assurer le partage des ressources et du pouvoir politique. Richard S. Katz et Peter Mair, Changing Models of Party Organization and Party Democracy : the Emergence of the Cartel Party, Party Politics, n°1,1995, pp 5-28.

10 Robert Michels, Les partis politiques, Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, Flammarion, Paris, 1914

11 Mohamed Elshahed, Urbanizing the Counter-Revolution, Jadaliyya.com, 17 décembre 2011.

12 Voir pour le contexte français la très complète étude de Charles Tilly, La France Conteste, de 1600 à nos jours, Fayard, Paris, 1986.

13 Égypte : l’armée vient à la rescousse des finances de l’État, RFI, 3 décembre 2011.

14 Rémy Leveau, Islamisme et populisme, Vingtième Siècle, n°56, octobre-décembre 1997, pp. 214-223.

 

 

 


La mondialisation de la protestation

Joseph E. Stiglitz
Mardi 15 Novembre 2011

lanation.info

NEW YORK – Le mouvement protestataire qui a débuté en Tunisie en janvier pour s’étendre par la suite à l’Égypte puis à l’Espagne est désormais un phénomène mondial, avec des manifestations qui prennent d’assaut Wall Street et plusieurs villes d’Amérique. La mondialisation et la technologie moderne permettent désormais aux mouvements sociaux de transcender les frontières aussi rapidement que les idées. Et la contestation sociale a trouvé un terrain fertile partout dans le monde : un sentiment que le « système » a échoué et la conviction que, même au sein d’une démocratie, le processus électoral n’arrangera pas les choses – du moins, en l’absence d’une forte pression de la part de la rue.En mai, je me suis rendu sur les lieux des manifestations tunisiennes ; en juillet, j’ai eu l’occasion de parler avec les indignados espagnols ; je suis ensuite allé rencontrer les jeunes révolutionnaires égyptiens sur la place Tahrir au Caire ;  il y a quelques semaines enfin, j’ai discuté avec les contestataires d’Occupy Wall Street, à New York. Il existe un thème commun, exprimé par le mouvement
, et qui se résume en une phrase simple : « Nous représentons les 99% ».

Ce slogan fait écho au titre d’un article que j’ai récemment  publié : « Of the 1%, for the 1%, and by the 1% » (Des 1%, pour les 1%, et par les 1%), décrivant l’augmentation considérable des inégalités aux États-Unis : 1% de la population détient plus de 40% de la richesse et perçoit plus de 20% des revenus. Et les personnes appartenant à cette strate raréfiée sont souvent grassement récompensées, non pas pour leur contribution à la société – bonus et plans de sauvetage anéantissent clairement cette justification des inégalités – mais parce qu’ils sont, disons les choses clairement, des rentiers prospères (et parfois corrompus).

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L’Unesco dénombre près de 6,5 millions d’Algériens analphabètes

Elle qualifie de “moyenne” la pénurie d’enseignants au primaire

Liberté, 6 octobre 2011

L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) a indiqué, mercredi, que l’Algérie est parmi les pays où “la pénurie d’enseignants au primaire est moyenne”.

Dans un rapport publié à l’occasion de la Journée mondiale des enseignants célébrée annuellement le 5 octobre, cette organisation onusienne explique que les pays confrontés à une pénurie d’enseignants sont ceux où le nombre d’enseignants actuellement employés ne sera pas suffisant pour assurer un enseignement de qualité pour tous les enfants en âge d’entrer au primaire d’ici à 2015. Sur cette base, elle a classé les pays en quatre catégories : pénurie sévère d’enseignants au primaire, pénurie moyenne, faible pénurie et effectifs suffisants. Outre l’Algérie, les pays où la pénurie des enseignants au primaire est moyenne sont notamment l’Arabie Saoudite, l’égypte, les émirats arabes unis, l’Irak, Oman, les états-Unis, l’Espagne, l’Italie et la Suède. Pour cette catégorie de pays, l’Unesco estime que les recrutements nécessiteront un taux de croissance annuel d’embauche variant entre 0,25% et 2,9%. Estimant le nombre existant d’enseignants au primaire en Algérie (stocks d’enseignants) à “141 400 effectifs” (chiffre de 2009), l’Unesco considère que le nombre requis pour l’année 2015 est de “151 400 enseignants”.

En conséquence, précise-t-elle, le recrutement nécessaire devra être de “53 600 jusqu’à 2015” mais en prenant en considération le nombre d’enseignants qui quitteront la profession : retraite, maladie, décès, changement d’orientation professionnelle, changement de niveau d’enseignement ainsi que les enseignants qui quittent leurs fonctions pour assumer des tâches administratives. Abordant l’analphabétisme, l’organisation onusienne indique que le nombre d’analphabètes en Algérie est de “6,48 millions de personnes, dont 65,7% sont des femmes”.


Le retour du mouvement étudiant international

Hocine Belalloufi

Mardi 4 Octobre 2011

Lanation.info

On assiste depuis plusieurs mois déjà à une remontée spectaculaire des luttes étudiantes dans différents pays de la planète. Contestant les politiques de privatisation de l’éducation et de marchandisation du savoir, le mouvement estudiantin tend à déborder progressivement le cadre strictement universitaire pour se positionner aux côtés des victimes du néolibéralisme : travailleurs, chômeurs, retraités, paysans pauvres… Il s’agit là, indéniablement, d’un signe de d’affaissement de l’hégémonie néolibérale.

La crise qui secoue l’économie capitaliste mondiale depuis quelques années et les politiques de rigueur budgétaire prises, au détriment des populations, par des gouvernements qui se plient totalement aux seuls intérêts des marchés financiers provoquent en retour l’émergence d’une contestation sociale de grande ampleur.
Les salariés et leurs syndicats se mobilisent massivement contre les plans d’austérité et de restructuration qui ne sont plus réservés aux seuls «pays arriérés du Sud» mais qui s’appliquent désormais aux grandes puissances économique et politique du Nord…
Ces salariés et leurs organisations de défense élémentaire ne sont pas les seuls à réagir. La jeunesse en général et les étudiants en particulier se mobilisent eux aussi pour refuser l’avenir sans avenir que des gouvernements ultralibéraux, de gauche comme de droite, leur préparent. De Santiago du Chili à Athènes, en passant par Québec, Dublin, Londres, Berlin et Rome, ces étudiants et leurs organisations se lèvent, parfois massivement, pour dire non à la privatisation de l’école et du savoir, à la casse de l’éducation publique, à la marchandisation de la connaissance…
En rupture avec une vision corporatiste de couches privilégiées, ces résistances tendent au contraire à converger avec celles d’autres catégories sociales (ouvriers, chômeurs, paysans, retraités…) qui contestent les politiques néolibérales de leurs gouvernements respectifs. Le mouvement étudiant renoue ainsi avec le glorieux rôle d’avant-garde qu’il joua souvent par le passé, comme en Grèce où il contribua fortement, dans les années 1973-1974, à faire tomber la dictature des colonels.
Au cours du XXe siècle, les étudiants entrainèrent souvent dans leur combat le mouvement syndical et les organisations populaires. Ils pourraient fort bien rejouer le même rôle aujourd’hui dans les luttes contre l’injustice sociale qui se multiplient à l’échelle internationale.

Les étudiants chiliens pour une éducation gratuite et de qualité

C’est en 1981 qu’Augusto Pinochet ouvrit les portes de l’éducation au secteur privé. Cette politique sera renforcée par la coalition de centre-gauche qui lui succèdera. Trente années plus tard, le système éducatif chilien s’avère être l’un des plus privatisés et les plus chers au monde. Pour envoyer leurs enfants à l’école, beaucoup de familles des couches populaires et moyennes sont obligées de s’endetter. Les emprunts contractés par les étudiants ont ainsi permis aux banques privées de gagner 366 millions d’euros en cinq ans. Et l’Etat se porte garant de ces dettes qu’il rachète aux banques à des taux d’intérêts élevés, en cas de défaillance de l’étudiant-emprunteur.
Un vaste mouvement s’est développé depuis cinq mois pour réclamer une «éducation gratuite et de qualité» ainsi que l’ouverture de l’université aux travailleurs. Le mouvement est tellement puissant qu’il a contraint le président de la République à négocier, ce qu’il refusait de faire jusqu’ici. En dépit du spectre de l’année blanche, plus de 150 000 personnes (étudiants, lycéens, parents, grands-parents…) ont manifesté le 22 septembre dernier à Santiago contre le modèle néolibéral d’enseignement privatisé et concurrentiel. Ils exigent une réforme de l’éducation.

Un mouvement sans précédent en Grèce

Au printemps dernier, le mouvement étudiant est descendu dans la rue à Athènes, à Thessalonique (deuxième ville du pays) ainsi que dans d’autres villes.Il s’agit du plus important mouvement depuis les années 1970 et peut-être même au-delà. Presque toutes les facultés du pays ont été occupées sur décision des assemblées générales auxquelles participe la grande majorité des étudiants quiconteste un projet de loi-cadre du gouvernement.
Le projet prévoit la création de facultés privées, ce qui implique d’amender la Constitution du pays. Dans le but d’initier cette révision constitutionnelle, le Pasok (social-démocrate) qui gouverne actuellement a modifié sa position traditionnelle de soutien à l’éducation publique et gratuite. Le projet de loi-cadre entend également imposer des critères de gestion privée aux facultés publiques, remettre en cause les franchises universitaires, accroître la sélection, stopper la distribution gratuite d’ouvrages…
Ce projet menace aussi de précariser les enseignants universitaires. Une évaluation permanente de leur travail conditionnera le renouvellement de leurs contrats. Ils se sont donc mobilisés contre le projet gouvernemental, aux côtés des étudiants.
L’un des enjeux majeurs était de savoir si la mobilisation étudiante reprendrait après les vacances d’été. La réponse semble positive puisque les étudiants de Thessalonique occupent leur université depuis plusieurs jours. Ils dénoncent la loi de remise en cause des franchises universitaires adoptée en plein mois d’août par le Parlement, en dépit des promesses du report de son examen à octobre. Les manifestations étudiantes ont également repris à Athènes le 3 octobre. Elles ont donné lieu à de sévères affrontements avec la police.

Ailleurs, en Europe et en Amérique…

En novembre 2010, plus de 50 000 étudiants anglais sont descendus dans les rues de Londres pour protester contre le triplement des frais universitaires et les coupes budgétaires décidés par le gouvernement Cameron. Ils ont été suivis, les jours suivants, par les étudiants d’autres grandes villes du pays (Manchester, Oxford, Cardiff…).
Vers la même époque toujours, 40 000 étudiants irlandais manifestaient à Dublin pour dénoncer la marchandisation de l’enseignement supérieur. En Bulgarie, ils étaient plusieurs milliers à marcher pour réclamer une université libre et gratuite pour tous. En Italie, les étudiants se sont mobilisés pour dire non à la fusion des petits établissements, l’entrée du patronat dans les directions des établissements… En Allemagne, 10 000 étudiants battaient le pavé pour protester contre les coupes budgétaires concernant les universités publiques.
Aux Etats-Unis (université de Berkeley) ainsi qu’au Québec, les étudiants se battent, comme en Angleterre contre la hausse des frais d’inscription déjà élevés. A New York ainsi que dans une centaine d’autres villes américaines (Chicago, Boston, San Francisco, Philadelphie…) le mouvement des indignés qui contestent les inégalités sociales croissantes en se présentant comme les 99% de la population qui ne possèdent rien alors que le 1% restant possède tout, est composé de salariés mais aussi de nombreux étudiants.
Par-delà leurs spécificités, les mouvements étudiants qui essaiment à travers le monde partagent le même rejet de la vision néolibérale de l’école.

Les néolibéraux et l’école

En 2005, à l’occasion de la destruction d’une bonne partie de La Nouvelle-Orléans par l’ouragan Katrina, le «pape du libéralisme», Milton Friedman, écrivit un article dans le Wall Street Journal, organe de la finance américaine. Constatant que les écoles et les maisons des élèves qui les fréquentaient se trouvaient pour la plupart en ruine, le chef de file de l’Ecole de Chicago déclarait : «C’est une tragédie. C’est aussi une occasion de transformer de façon radicale le système d’éducation.»1
Conseiller d’Augusto Pinochet depuis le coup d’Etat de 1973, Milton Friedman avait raison. Il faut toujours s’appliquer à transformer les mauvaises choses en bonnes choses. Mais qu’entendait-il exactement par transformation ?
Profitant de l’effroi provoqué par Katrina au sein d’une population de La Nouvelles-Orléans pauvre et afro-américaine dans sa majorité, Friedman proposait de ne pas dépenser un dollars à reconstruire le réseau des écoles publiques de la ville. Il demandait au gouvernement des Etats-Unis d’octroyer des bons d’études aux familles des élèves afin que ceux-ci étudient dans des écoles privées. Une telle réforme devait selon lui devenir la norme dans tout le pays et bien au-delà car l’école publique, comme tout service public – santé, transport… – représentait aux yeux du chef de file de l’Ecole de Chicago ce qu’il y avait de pire : le socialisme !
Friedman fut entendu par l’administration républicaine du président Georges Walker Bush. Celle-ci déboursa plusieurs dizaines de millions de dollars pour transformer les écoles publiques de la ville sinistrée en «écoles à charte». Ces dernières sont subventionnées par l’Etat, mais gérées par des organismes privés qui respectent les critères de rentabilité. Résultat de la transformation prônée par Friedman et appliquée par l’administration républicaine : «Dix-neuf mois après les inondations, alors que la plupart des pauvres de la ville étaient encore en exil, presque toutes les écoles publiques de La Nouvelles-Orléans avaient été remplacées par des écoles à charte exploitées par le secteur privé. Avant l’ouragan Katrina, le conseil scolaire comptait 123 écoles ; il n’en restait plus que 4. Il y avait alors 7 écoles à charte ; elles étaient désormais 31. Les instituteurs de La Nouvelle-Orléans étaient représentés par un syndicat puissant ; leur convention collective était dorénavant réduite en lambeaux, et les quelques 4 700 membres du syndicat licenciés. Certains jeunes instituteurs furent réembauchés par les nouvelles écoles à charte, où ils touchaient un salaire nettement inférieur qu’auparavant. Bien d’autres n’eurent pas cette chance.»2
Telle est la conception de l’école que les néolibéraux tentent ou rêvent d’imposer à la planète. Ils ne peuvent bien évidemment pas toujours l’appliquer telle quelle, les résistances étant, comme nous l’avons vu, nombreuses et parfois puissantes. Aussi tentent-ils de profiter de crises majeures (naturelles ou sociales, politiques, militaires…) pour imposer leurs vues à des populations en état de choc. Dans l’attente permanente de chocs salvateurs, les néolibéraux tentent de grignoter l’école publique en procédant par petites touches : augmentation des frais d’inscription, introduction du secteur privé dans les structures de direction…

Une vision réactionnaire

Milton Friedman

Il n’est pas inintéressant de noter qu’aux Etats-Unis, pays de Milton Friedman, les adversaires de l’école publique sont en même temps les adversaires les plus résolus de la théorie de l’évolution de Charles Darwin à laquelle ils livrent un combat acharné. Ce combat se noue en particulier autour du contenu des programmes scolaires enseignés dans les écoles. Les néolibéraux pourfendent la théorie de l’évolution afin de l’éradiquer du système d’enseignement.
Cette théorie, comme toute théorie à caractère scientifique, n’est évidemment pas sacrée et doit faire l’objet d’un doute permanent. Mais il s’agit en l’occurrence d’un doute scientifique, c’est-à-dire basé sur la recherche et l’expérimentation, et non d’un doute a priori basé sur des convictions purement idéologiques.
Il s’avère également intéressant d’observer les dernières propositions émises en matière d’éducation par la candidate du Front national à l’élection présidentielle française de l’année prochaine. Marine Le Pen prône indéniablement une remise en cause de l’école publique et une privatisation de l’éducation par la création d’établissements publics dotés d’une personnalité juridique. Ces écoles disposeraient en effet d’une autonomie administrative et financière et serait dirigées par des managers. Mouvement d’extrême-droite, le Front national renoue ainsi avec la démarche classique des mouvements fascistes (italien et allemand notamment) qui développent une rhétorique antilibérale, étatiste voire même socialiste – souvenons-nous du parti national-socialiste d’Hitler – alors même qu’ils défendent en réalité un capitalisme des plus libéral, un capitalisme des moins entravés et des plus débridés.

Le chant du cygne néolibéral

Les mobilisations étudiantes qui se développent à travers la planète constituent un signe qui ne trompe pas. L’approfondissement de la crise économique et les réponses brutalement antisociales de gouvernants qui apparaissent de plus en plus comme de simples relais des marchés financiers poussent progressivement les peuples à la révolte. Les étudiants ne sont pas les derniers à se mobiliser et à entrer en grève. Ils pourraient même, durant une première phase plus ou moins longue, jouer un rôle d’avant-garde en substitution à des forces politiques de gauche souvent impuissantes, quelques fois défaillantes quand elles ne sont pas carrément responsables de la situation.
L’entrée en lutte massive des étudiants, aux côtés de classes populaires paupérisées, est révélatrice de la perte d’hégémonie de l’idéologie néolibérale. Loin de se concentrer cyniquement sur leur seul avenir, comme les y engagent depuis toujours les idéologues adeptes des thèses de Milton Friedman, ces étudiants découvrent ou redécouvrent progressivement que leur avenir n’est pas déconnecté  de celui de leur société ni opposé à celui des couches populaires et moyennes. Les politiques néolibérales plongent en effet dans la misère toutes ces catégories, sans distinction. Elles tendent donc à ressouder contre elles des forces sociales (mouvement syndical, mouvement étudiant…) qu’elle avait réussi, du temps de leur splendeur, à fragmenter, à atomiser, à séparer en autant de consommateurs individualistes.
Ces politiques néolibérales feront certainement encore beaucoup de mal. Elles peuvent même pousser à la guerre comme on le voit en Libye (recherche effrénée d’hydrocarbures), voire même en Europe comme le déclarait très récemment un ministre polonais à propos de la crise grecque. Mais le néolibéralisme ne convainc plus et entonne incontestablement son chant du cygne.

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1 Milton Friedman : The Promise of Vouchers. Wall Street Journal, 5 décembre 2005. Cité par Naomi Klein dans son ouvrage intitulé : La stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre. LEMEAC Editeur, 2008. Actes Sud. Babel. p. 11.

2 Naomi Klein… p. 12 et 13.


خلاف جبريل والاسلاميين ينذر بصراع على السلطة في ليبيا

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Mardi 4 Octobre 2011

نجح التيار المعارض لمحمود جبريل في دفع هذا المسؤول المعروف بتوجهه الليبرالي لاعلان رفضه ان تكون له اية علاقة

بالحكومة المقبلة، في خطوة تحمل في طياتها مخاوف من صراع على السلطة بين تيارات مختلفة ابرزها الاسلامي والليبرالي.

وبعد اسابيع من حملة المعارضة التي يقودها التيار الاسلامي ضد رئيس المكتب التنفيذي في المجلس الوطني الانتقالي، اعلن جبريل مساء الخميس في مؤتمر صحافي سبقته اشاعات حول نيته تقديم استقالته، انه لن يكون جزءا من الحكومة الليبية المقبلة.

وقال ردا على سؤال حول المعارك في سرت وبني وليد ‘اتمنى تحرير هاتين المنطقتين حتى نبدأ المشاورات حول تشكيل الحكومة المقبلة التي لن يكون لي علاقة بها باية حال’.

ويرى السياسي وحيد برشان وهو رئيس المجلس المحلي لمنطقة غريان ومقرب من الاسلاميين ان ‘التيار الاسلامي استطاع بالفعل ان يبعد جبريل (…) وعلى المجلس الانتقالي ان يقود المرحلة المقبلة ويعيد تشكيل نفسه ليمثل ليبيا بالكامل’.

ويشدد على انه ‘لا يتوجب على المجلس ان يعطي صلاحياته وثقة الشعب الليبي به لاي جهة او تشكيل آخر، اي ان المجلس هو الذي يجب ان يختار اشخاصا محددين ليديروا الازمة’.

ويتبنى الاسلاميون الليبيون، الذين يشكلون تيارا صاعدا في مرحلة ما بعد معمر القذافي الذي اطاحت به ثورة شعبية مسلحة، موقفا معتدلا مؤكدين استعدادهم للمشاركة في السلطة في اطار مؤسسات ديموقراطية.

ولطالما كرر رئيس المجلس الانتقالي مصطفى عبد الجليل ان الليبيين لن يقبلوا بالحركات المتطرفة، لا من اليمين ولا من اليسار، معلنا ان الاسلام سيشكل المصدر الرئيسي للتشريع في الدولة الجديدة.

وينظر بعض الاسلاميين الى جبريل على انه شخصية اقصائية ويشككون في قدرته على قيادة المرحلة الحالية، متهمين اياه ايضا بالفساد وبتمكين اقربائه واصدقائه من مفاصل الحكم.

ويعتبر بشير زعبية الكاتب ذو التوجه الليبرالي ان الخلاف بين التيار الاسلامي وجبريل ‘لم يبلغ مرحلة الصراع بعد ولكن هناك مخاوف بان يحدث هذا الامر’.

ويستبعد زعبية ان ‘يقود الاسلاميون المرحلة المقبلة’ نتيجة احتمال ابعاد جبريل عن السلطة ‘رغم انهم يتواجدون في الساحة السياسية’، مرحبا ‘بالمعتدلين منهم خصوصا جماعة الاخوان المسلمين التي لا يمكن تجاهلها’.

ويشدد زعبية في موازاة ذلك على ان الليبيين ‘لن يقبلوا بالفزاعة المتشددة الاسلامية’، مشيرا الى ان ‘جبريل يحظى بتاييد من الليبيين، وما يحدث في البلاد هو حراك ديموقراطي رغم انه يعطل تشكيل الحكومة’.

في مقابل ذلك يرى ابراهيم قرادة رئيس المؤتمر الوطني للمعارضة الليبية والمؤتمر الليبي للامازيغية ذو التوجه الليبرالي ايضا ان ‘جبريل ساهم في خلق تجاذبات جهوية في الساحة السياسية انعكس سلبا على القاعدة الشعبية والثوار’.

واضاف ان ‘طريقة تواصله مع الجميع غير متوازنة واقصائية خصوصا مع الاطراف الفاعلة في الساحة الوطنية’.

وسبق ان تاجل الاعلان عن تشكيل حكومة انتقالية جديدة في البلاد بسبب خلافات في وجهات النظر، وفقا لمصطفى عبد الجليل.

وينص الاعلان الدستوري في ليبيا على حكومتين، حكومة موقتة قبل تحرير كامل الاراضي، ثم حكومة انتقالية تشرف على الانتخابات وعلى اعداد الدستور وادارة العملية الانتخابية.

واكد عبد الجليل هذا الاسبوع ان ‘الذي عطل الحكومة هو عقلية الليبيين التي تربوا عليها خلال اكثر من 40 عاما فالكل يريد نصيبه من الحكومة، جهات مكانية وقبائل، اضافة الى ان هناك مدنا ترى انها من خلال نضالها الذي نقدره، لها افضلية’.

وفي الثامن من ايلول/سبتمبر، حذر جبريل من ‘الصراعات السياسية المبكرة في ليبيا’، لكنه لم يحدد اطرافها.

وقال في مؤتمره الصحافي مساء الخميس ان رئيس الحكومة المكلف هو الذي يختار اعضاء حكومته، وهو امر مختلف بين المكتب التنفيذي والمجلس الانتقالي الذي يريد المشاركة في هذه العملية مستمدا شرعيته الاساسية من الشعب.

وراى انه ‘اذا كان هناك بعض الجماعات او بعض الاشخاص لا يرون جبريل شخصا مناسبا، ولا يريدونه لاسباب شخصية فذلك امر يعود لهم لكن السيادة الوحيدة على هذه الارض هي سيادة المجلس الوطني الانتقالي، ولا اخفي سرا انهم ليسدون الي معروفا وجميلا اذا استمع الى رأي (بعضهم) واعفيت من هذه المهمة فعلا’.

وكان الشيخ علي الصلابي، احد القادة الاسلاميين النافذين في ليبيا، هاجم بشدة محمود جبريل واتهمه بالعمل على بناء اسس دولة ‘استبدادية’.

وقال الزعيم الاسلامي الذي يحظى بتاييد قطر والذي اضطلع بدور مهم في تمويل المقاتلين المعارضين لمعمر القذافي وتسليحهم، في تصريح لفرانس برس قبل حوالى اسبوعين ‘بدأت ملامح دولة استبدادية قادمة تلوح في الافق يقودها جبريل تعتمد اسلوب تكميم الافواه بالمال والسلطة’.

وذهب الشيخ الصلابي الى حد اتهام جبريل بـ’سرقة الثورة’.

ويقول مسؤول رفيع المستوى في المجلس الانتقالي رفض الكشف عن اسمه ان ‘المشكلة هي ليست بين العلمانيين والاسلاميين، لكن جبريل يريد ان يقدم الامور على هذا النحو للعالم’.

ويوضح ان ‘الليبيين مسلمون معتدلون، وليس لدينا متطرفين الا بعض الافراد’.

ويتابع ان ‘المعركة هي بين الوطنيين وغير الوطنيين (…) فالوطنيون هم الذين لا يملكون اجندة خاصة بل انهم شاركوا في التحرير من اجل العزة والكرامة والحرية، فيما ان غير الوطنيين قاموا بذلك من اجل مكاسب شخصية، وجبريل في الموقع الثاني من دون شك


Comité de l’IS pour l’Amérique latine et les Caraïbes

«Energie, développement et intégration» et «Compétitivité et équité» au centre de la réunion régionale à Bucaramanga, Colombie

30-31 mai 2011

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Andrés Felipe Valenzuela Parra
A Bucaramanga, capitale du Département de Santander en Colombie, dont le gouvernement est dirigé par Horacio Serpa, le Comité pour l’Amérique latine et la Caraïbe de l’IS a tenu sa réunion la plus récente les 30-31 mai 2011. Elle a été accueillie par le Parti libéral colombien (PLC), dont la délégation était conduite par le président du parti Rafael Pardo et comprenait un Vice-président de l’Internationale Socialiste Alfonso Gomez et le maire libéral  de Bucaramanga, Francisco Vargas.

Lors de la session inaugurale plus de cinq cent personnes ont applaudi avec enthousiasme les discours et l’hommage rendu par Martín Torríjos, président du Comité et Luis Ayala, Secrétaire général de l’IS, à Horacio Serpa, gouverneur de Santander, ancien Vice-président de l’IS et leader important doté d’une expérience considérable dans la famille politique social-démocratique.

Pendant les deux jours de travail, plus de 60 délégués (liste des participants) de 25 partis membres et organisations se sont penchés sur les thèmes principaux de l’ordre du jour, « Energie, développement et intégration » et plus tard « Compétitivité et équité ». Pendant le deuxième jour de travail, les membres du Comité ont eu l’occasion d’entendre des rapports nationaux sur les derniers développements dans des pays d’Amérique latine et de la Caraïbe.

Dans les débats sur le premier thème, le rôle central de l’énergie dans le processus de développement des pays de la région a été souligné. L’énergie nucléaire représentant moins de 15% de la consommation d’énergie électrique totale, même avant les réticences renouvelées suite au désastre de Fukushima vues ses dernières semaines, et  les énergies non conventionnelles et renouvelables formant une part encore plus petite de l’approvisionnement électrique mondial, les combustibles fossiles, charbon, gaz et pétrole, continueront de représenter la majorité du bouquet énergétique. Ce fait, il a été dit, devait mener à la continuation d’une réflexion approfondie de l’Internationale sur la question comment la croissance économique et le développement peuvent être réconciliés avec la lutte contre le changement climatique et la réduction d’émissions. Une attention particulière a été attirée sur le fait que plus d’un milliard et demi de gens au monde vivent dans la pauvreté extrême et qu’ils ne pouvaient aspirer à de meilleures conditions de vie qu’à condition que nous ayons la capacité et les renseignements pour chercher des combinaisons adéquates pour « motoriser le développement ».

Il a été souligné que la région est une partie de la planète exceptionnellement riche en énergies propres et renouvelables, particulièrement le soleil, ainsi que l’importance d’encourager l’échange d’expériences positives, de prototypes et de coopération scientifique et technologique au niveau des énergies renouvelables, attestant la grande importance que jouera l’éducation et la formation de nouvelles générations conscientes de ces défis.

La région dans son ensemble avait un surplus de ressources fossiles, cependant, l’option de technologies renouvelables devait être encouragée par respect pour l’environnement d’un côté et le manque d’homogénéité dans la disponibilité de ressources fossiles de l’autre. Il a été souligné que les  déficiences énergétiques intra-régionales elles-mêmes justifiaient précisément le progrès vers un plan régional d’intégration d’énergie.

Les représentants des partis social-démocratiques participant à la réunion sont convenus que les forces progressistes politiques doivent continuer d’être les traducteurs des revendications sociales grandissantes pour le développement associées au respect pour l’environnement en Amérique latine et la Caraïbe. Quelques participants ont mis en avant l’idée « d’énergie solidaire » pour la région, un concept qui englobe les coûts énergétiques, la sécurité de l’approvisionnement, l’intégration énergétique et le respect pour l’environnement.

Une autre question parmi celles discutées portait sur la question de souveraineté énergétique, en particulier à la lumière des processus d’intégration et d’ouverture aux investissements étrangers. La question de production d’énergie à partir de cultures vivrières a également été abordée. Tenant compte du débat éthique sur l’opportunité de produire de l’énergie à partir de nourriture dans un monde où une bonne partie de la population souffre toujours de faim chaque jour, la question a été posée en termes économiques concernant le lien entre ce type de production d’énergie et le manque de nourriture ainsi que de l’augmentation des prix dans les années à venir.

Sur le deuxième point de l’ordre du jour, « Compétitivité et équité » les participants ont entendu des déclarations introductives par les délégués colombiens. Ces contributions ont souligné, à titre d’exemple, les résultats positifs de la compétitivité locale à Bucaramanga, et plus généralement dans la région de Santander, où un groupe de mesures mis en œuvre sous l’administration de Horacio Serpa désignés à garantir l’amélioration de l’infrastructure, des institutions et de l’éducation, ont eu un impact considérable. De plus, toutes ces mesures sont des priorités sur lesquelles sont basées les politiques progressistes.

Les participants sont convenus qu’il n’y avait pas de compétitivité si elle n’allait pas main dans la main avec des mesures pour réduire l’inégalité, promouvoir l’inclusion et créer des meilleures conditions de vie pour le peuple. Une relation très directe a été établie entre la compétitivité et l’inquiétude progressiste de fournir non seulement des emplois, mais des emplois stables avec des conditions de protection et de dignité pour les employés. Le Comité fit référence à la législation récemment approuvée par le PLC de créer des emplois parmi les jeunes, puisqu’en Colombie, comme dans le reste du monde, les jeunes en tant que groupe étaient particulièrement touchés par le chômage.

Un autre problème sérieux touchant les pays de la région, en relation directe avec l’emploi, la productivité et la compétitivité, est celui de la migration. Le Comité a adopté une résolution avec une référence particulière à la migration vers les Etats-Unis. Les participants sont également convenus de tenir un séminaire régional de l’IS sur les perspectives et opportunités actuelles dans l’économie mondiale pour les pays de la région ainsi que sur des questions relatives aux thèmes de l’ordre du jour de la réunion, organisé en coopération avec la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes des nations unies, CEPALC.

Sur d’autres questions, le Comité est convenu que la question de santé reproductive, du droit de la femme de décider librement de son corps et de politiques qui ne violent pas les droits humains des femmes, seront discutés lors de la prochaine réunion.

Sous le point des situations nationales de l’ordre du jour, le Comité a approuvé une résolution concernant les anciennes Antilles néerlandaises, exprimant son inquiétude en vue de la décision des Pays-Bas d’imposer la catégorie de municipalités néerlandaises aux îles de Saba, Bonaire et Saint-Eustache et limitant l’autonomie gouvernementale d’Aruba convenue auparavant et plus récemment convenue avec Curaçao et St. Maarten. Une autre résolution adoptée fait référence à Puerto Rico, soutenant l’appel du Comité spécial de la décolonisation des Nations unies à l’Assemblée générale d’examiner le cas colonial de Puerto Rico et leur appel pour la libération des patriotes portoricains emprisonnés aux Etats-Unis. Cette résolution soutient également les efforts du PIP pour une représentation portoricaine observatrice dans la CELAC (Communauté d’États latino-américains et caraïbes).

Le Comité a décidé d’accepter l’invitation de la Mesa de Unidad qu’une délégation de l’IS aille visiter le Venezuela pour observer les élections primaires des partis de l’opposition le 12 février 2012. Par rapport aux élections législatives et présidentielles qui auront lieu le 1 juillet 2012 au Mexique, le Comité est également convenu d’envoyer une délégation d’observateurs, à la suite d’une invitation des partis membres de l’IS dans ce pays.

Dans l’analyse des inquiétudes régionales, la question du trafic de drogue et de l’insécurité de la population civile qui en résulte et lié aux effets du crime organisé a été soulignée en tant que sujet qui devait être abordé en priorité et un séminaire spécial sur la sécurité, le trafic de drogue et le crime organisé transnational aura lieu dans les six prochains mois.

Dernièrement, un document a été adopté qui résume les conclusions des discussions sur les deux thèmes principaux de la réunion à Bucaramanga, incorporant un nombre de politiques publiques progressistes à promouvoir, y compris la défense de l’égalité entre les sexes et les opportunités d’emploi pour les jeunes.

La réunion s’est terminée par l’accord que le Comité se réunira la prochaine fois dans la deuxième partie de l’année, en octobre, à Porto Alegre, Brésil, où le Comité sera accueilli par nos camarades du PDT et Vice-président de l’IS Carlos Vieira da Cunha.

LIENS VERS DES ARTICLES DE PRESSE :

Discussions de l’Internationale Socialiste à Bucaramanga (en espagnol), Vanguardia.com

30 mai 2011

A Bucaramanga la réunion de l’Internacional Socialiste se termine par des propositions sociales (en espagnol), Caracol Radio

31 mai 2011

 

Autres activités apparentées


01-02 juillet 2011

Le Conseil de l’Internationale Socialiste s’est réuni à Athènes les 1 et 2 juillet 2011, accueilli par le Mouvement Socialiste Panhellénique (PASOK), rassemblant des délégués de partis membres de l’IS de toutes les régions du monde, des représentants d’un nombre d’organisations et de partis invités ainsi que d’autres personnalités (liste des participants).

Michalis Karchimakis, Secrétaire général du PASOK, a souhaité la bienvenue à tous les participants à Athènes au nom du parti hôte. Le Président de l’IS et Premier ministre de Grèce George Papandreou, dans son discours d’ouverture, a remercié tous ceux présents pour leur solidarité et leur soutien envers son pays ces derniers jours et mois, et a souligné l’importance de la coopération régionale et mondiale en traitant la phase actuelle de la crise financière internationale. La Grèce a souffert des conséquences des marchés financiers dérégulés et de l’impact négatif de la spéculation. Le peuple grec, par le vote au parlement la veille du Conseil, avait tenu bon et à présent l’Europe, les institutions financières internationales et la politique devaient jouer leur rôle dans la construction de l’avenir. En ce qui concerne les questions sur l’ordre du jour, le Président a souligné l’engagement de l’Internationale de soutenir ceux luttant pour la démocratie dans le monde arabe, tel que cela a été le cas en Grèce, et dans beaucoup d’autres pays, où la social-démocratie avait été cruciale pour la lutte pour la démocratie.

Sur le premier thème principal, Faire avancer les espoirs du peuple dans le monde arabe: soutenir la vision de libertés et droits pour tous, les discussions ont commencé par un discours introductif du Président de la République d’Iraq Jalal Talabani, Vice-président de l’Internationale Socialiste, qui a examiné en détail les développements dans la région. Sur ce thème, un nombre d’intervenants du monde arabe ont contribué aux débats avec leurs perspectives de la situation dans leurs propres pays, d’Egypte, Mona Makram-Ebeid; de Tunisie, Tahar El Almi, Mouvement d’Unité Populaire (MUP); de Libye, Fathi Mohammed Baja, Responsable des Affaires étrangères du Conseil national de transition libyen; du Yémen, Mohamed Ghalib Ahmed Alsaqladi, (PSY); de Mauritanie, Ahmed Ould Daddah (RFD); du Maroc, Abderrahman Lamrani (USFP); et du Sahara occidental, Mohamed Sidati (Front Polisario). Le Conseil a également entendu le témoignage de blogueurs connus d’Egypte et de Tunisie, Tarek Amr et Amira Yahyaoui, qui ont parlé des soulèvements dans leurs pays et de leurs espoirs pour l’avenir en tant qu’activistes sur internet engagés aux côtés des mouvements démocratiques.

Des leaders de partis qui ont apporté leurs points de vue sur les développements dans cette partie du monde ont inclus Poul Nyrup Rasmussen, Vice-président de l’IS (PSE), Kemal Kılıçdaroğlu (CHP, Turquie), Ousmane Tanor Dieng, Vice-président de l’IS (PS, Sénégal), Pia Locatelli, Présidente de l’ISF, Julião Mateus Paulo, Vice-président de l’IS (MPLA, Angola), Sergey Mironov (Parti Une Russie juste), Zharmakhan Tuyakbay (NSDP-Azat, Kazakhstan). D’autres contributions sur ce thème ont été entendues par des partis membres en Espagne, en Afrique du Sud et en Italie et par des invités de Chine. (liste des intervenants).

Une résolution sur le premier thème principal adopté par le Conseil souligne le soutien de l’Internationale des démocrates au Yémen, en Libye et en Syrie dans leur lutte actuelle, et l’engagement d’accompagner l’important processus de transition vers la démocratie en Tunisie et en Egypte. Dans ce document, l’Internationale a réaffirmé son soutien pour une solution pacifique et durable du conflit du Sahara occidental et du travail de l’Envoyé spécial de l’ONU, donnant le mandat au Comité Méditerranée de continuer son travail sur cette question. Dans les prochaines semaines et mois, des missions de l’Internationale visiteront ces pays arabes luttant pour la démocratie dont la situation a été traitée par le Conseil, et un Comité spécial sur le monde arabe va être établi conformément à la résolution adoptée.

Les discussions sur la Paix au Moyen-Orient ont inclus des remarques par Nabil Shaath (Fatah, Palestine), Micha Harish et Colette Avital (Parti travailliste israélien) et Mustafa Barghouti (PNI, Palestine). Les intervenants ont rappelé la réunion du Comité Moyen-Orient de l’IS (SIMEC) en juin à Tel Aviv et Ramallah, qui a souligné le besoin urgent de reprendre les négociations et a abordé la droit du peuple palestinien à un Etat (liste des intervenants). Le Conseil a adopté une résolution sur la paix au Moyen-Orient basée sur les conclusions de cette réunion SIMEC, réaffirmant son point de vue que dans l’absence de la reprise des négociations, le Conseil soutient la reconnaissance de l’Etat de Palestine par les Nations unies avec les frontières de 1967.

Mizuho Fukushima, Leader du Parti Social-démocrate (SDP) du Japon et Vice-présidente de l’IS, a ouvert les discussions sur L’énergie nucléaire et les leçons de Fukushima, expliquant que son parti était le seul parti dans le pays qui s’était systématiquement opposé à l’utilisation de l’énergie nucléaire (discours). Décrivant les effets dévastateurs du tremblement de terre et du tsunami au Japon le 11 mars, elle a informé les délégués de la situation actuelle concernant la centrale nucléaire de Fukushima et a exposé les propositions du SDP pour la fin de l’énergie nucléaire. D’autres intervenants sur ce thème ont décrit les débats sur la question de l’énergie nucléaire dans leurs propres pays (liste des intervenants). Le Conseil a adopté une résolution sur ce thème, réitérant que le nucléaire n’est pas une solution à mi ou long terme aux besoins énergétiques mondiaux et appelant à l’utilisation d’énergies renouvelables.

Le Conseil a établi un groupe de travail sur la réforme de l’Internationale Socialiste, qui sera co-présidé par les Vice-présidents de l’IS Eero Heinäluoma (SDP, Finlande), Beatriz Paredes (PRI, Mexique) et Nouzha Chekrouni (USFP, Maroc), pour préparer des propositions sur cette question à l’avance de la prochaine réunion du Conseil. La première réunion du groupe aura lieu à Genève en septembre 2011.

Des situations nationales sources de préoccupation ont été soulignées par des contributions d’Aliaksandra-Volha Tyhrytskaya, du Parti Social-démocrate du Bélarus (Hramada), qui a attiré l’attention des délégués sur la lutte pour la démocratie dans ce pays et l’incarcération continue des candidats présidentiels de l’opposition, comprenant Mikalai Statkevich, Président du Parti Social-démocrate du Bélarus (Narodnaya Hramada), ainsi que sur la grave crise financière sévissant en Bélarus; de Sheur Bahadur Deuba, Vice-président de l’IS et ancien Premier ministre du Népal, qui a traité les défis pour la démocratie dans ce pays et le travail du Parti du Congrès Népalais; et de Taulant Balla (PSA, Albanie) qui a attiré l’attention sur le succès du parti dans les récentes élections locales et le renversement du résultat initial des élections du maire de Tirana, pour lequel il n’y pas de base dans aucune provision du code électoral.

D’autres documents adoptés par le Conseil comprennent une résolution sur l’Europe du Sud-Est, soutenant l’intégration européenne des pays des Balkans occidentaux, le renforcement des institutions démocratiques, le rôle positif de la coopération régionale et saluant le progrès fait par la Croatie vers l’adhésion à l’UE. Dans ce document, le Conseil a également donné son soutien à l’appel du Secrétaire général des Nations-unies à une enquête indépendante des allégations de trafic d’organes et de traitement inhumain pendant et après le conflit armé au Kosovo, et a exprimé sa préoccupation sur le renversement du résultat des élections municipales à Tirana. Une motion sur la situation touchant un nombre de parlementaires en Turquie a également été adopté, ainsi qu’une déclaration sur la situation sérieuse en Bélarus.

Dans ces remarques finales, le Secrétaire général de l’IS, Luis Ayala, a décrit le programme de travail pour l’organisation pour les prochains moins qui inclura des réunions des Comités Afrique, Asie-Pacifique, CEI, le Caucase et la Mer noire, et de l’Amérique latine et la Caraïbe entre autres. Le Comité spécial, nouvellement établi, sur le monde arabe, la Commission pour une Société Mondiale Durable, le groupe de travail sur la réforme et des missions dans des pays du monde arabe conformément à la résolution du Conseil, vont également avoir lieu.

Le Conseil est convenu que le lieu de sa prochaine réunion sera le Costa Rica, avec le Parti de libération nationale (PLN) comme hôtes et que le XXIVe Congrès de l’Internationale Socialiste en 2012, aura lieu en Afrique du Sud, accueilli par le Congrès National Africain (ANC).

Le Conseil a élu Harriet Harman, leader adjointe du Parti travailliste britannique, en tant que Vice-présidente de l’organisation remplaçant l’ancien Vice-président Gordon Brown, suite à la nomination de son parti.

Le Conseil a également adopté le rapport et les recommandations du Comité Ethique, présidé par Maurice Braud (PS, France), y compris la promotion du statut du Fatah, Palestine à membre de plein droit, et a approuvé le rapport du Comité de l’Administration et des Finances, présidé par Pertti Paasio (SDP, Finlande), y compris les comptes de 2010.