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Message de Hocine AIT AHMED aux Algériennes et aux Algériens

Le droit d’avoir des droits.

Les révolutions en cours en Tunisie et en Egypte, la magnifique leçon de courage, d’organisation et de détermination populaire qu’elles ont donné à voir au monde entier nous interpellent directement.
Les développements dramatiques que connait la légitime demande populaire de changement démocratique en Lybie ont révélé au monde les pics de sauvagerie dont sont capables des dictateurs fous n’ayant de compte, à rendre à personne. Et surtout pas à leurs peuples.
La crise algérienne s’inscrit naturellement dans le cadre des crises en cours. Pour autant, il n’est pas question de céder à une quelconque « contagion démocratique » dans l’explication et le traitement de chaque situation nationale.
Deux « constantes » émergent pourtant de l’ensemble des révolutions en cours dans la région : D’une part l’existence de régimes prédateurs, impopulaires et inaptes à porter la demande de liberté et de dignité de leurs populations. Et d’autre part une forte réaffirmation, par les peuples, du droit d’avoir des droits.
Les algériens, qui se sont de longue date inscrits dans le combat pour la démocratie et le changement de régime, ont pour cela payé un prix très lourd.
Si les mobilisations populaires tunisiennes et égyptiennes nous rappellent dans leurs prémices le »printemps démocratique » (89-91), le scandaleux bain de sang déclenché par El Gueddafi rappelle quant à lui la furie éradicatrice des années 90 qui a déchainé – à l’intérieur et à l’extérieur des institutions- des algériens contre d’autres algériens durant toute une décennie.
C’est pour que l’Algérie n’ait plus jamais à payer un tel prix pour la maitrise de son destin, qu’il incombe aux algériens, dans la diversité de leurs convictions et de leurs appartenances, d’indiquer clairement la voie de la construction politique en alternative à la voie de la confusion et de la violence.
Il est plus que jamais temps de mettre à nu les pratiques de dépolitisation et de désarmement moral propagées par les tenants de la violence.
Trop pressés de substituer leur agenda à celui de la société, ils ont voulu profiter de quelques confusions médiatiques soigneusement entretenues pour semer encore une fois le trouble.
A chaque fois que cela sera nécessaire il faudra apporter les clarifications indispensables à une véritable construction politique nationale, démocratique, populaire et pacifique.
Il serait grave d’oublier le lourd tribut payé par les algériens depuis des décennies. Grave de considérer ces années de terreur et de folie comme une « simple erreur de parcours » sur laquelle il faut pudiquement tourner la page. Croire cela possible c’est insulter autant l’humanité de ce peuple que son sens politique.
C’est sur un socle d’amnésies successives que les régimes autoritaires post- coloniaux ont bâti, en Afrique et dans les pays arabes, des légitimités factices. C’est sur ces amnésies que des générations de cliques arrogantes et prédatrices se sont arrogé le droit de cracher un révisionnisme insultant à l’égard de nations bafouées.
Le révisionnisme ne consiste pas seulement à nier les luttes populaires d’hier, il consiste également à refuser aux peuples de leur reconnaitre, aujourd’hui, les qualités de maturité, d’unité, de solidarité et de lucidité dont ils ont su être capables hier.
A trop vite oublier que les peuples ont une mémoire, que cette mémoire structure leurs adhésions et leurs rejets, les régimes finissent par perdre tout lien avec leurs sociétés.

Tous les peuples ont soif de liberté.
Tous les peuples ont soif d’égalité, de justice et de dignité.
Tous les peuples mènent des combats et les paient horriblement cher avant de les voir aboutir.

Il ya plus d’un siècle que les algériens ont entrepris leur longue marche vers la liberté et la dignité dans leur acception politique moderne. (La marche est ici entendue dans son sens de mise en mouvement d’une société engagée en profondeur et non pas un bref footing en ville)
Le rajeunissement nécessaire des élites, les nouvelles formes que prennent leurs luttes, l’extension du champ de leurs revendications, qui secoue le vieux fonds classique des combats de leurs aînés, ne doit pas servir à l’odieux dessein de couper les générations en tranches jetables. Le combat pour l’indépendance nationale et le combat pour la démocratie sont indissociables. Ceux qui ont cru que l’une pouvait faire l’économie de l’autre ont fait la preuve de leur échec.
Cette marche sans cesse contrariée vers la liberté s’inscrit dans les combats des peuples du monde pour la conquête de leur souveraineté et de leurs droits. Elle ne relève ni d’une spécificité religieuse ni d’un particularisme régional.
Elle procède d’un élan démocratique pour l’auto détermination collective et individuelle.
D’abord dans le cadre des luttes de libération nationale. Ensuite contre des régimes despotiques et corrompus.
Les luttes anti- coloniales ont abouti à des libérations inachevées. La liberté conquise de haute lutte par les peuples ne s’est pas inscrite dans des Etats, des institutions et des textes capables de les mettre à l’abri des forces hostiles à l’émancipation des peuples, des sociétés et des individus.
C’est la part confisquée de démocratie, de liberté, de souveraineté, de citoyenneté, de justice et d’égalité devant la loi dans la construction d’un véritable Etat de droit qui a troublé les lendemains des indépendances.
Et c’est cette part de liberté confisquée qui revient périodiquement, portée par de nouvelles générations, pour affirmer, haut et fort, que sans liberté des individus et des peuples il n’ya ni indépendance ni souveraineté nationale, ni développement économique, politique et social.
Cinquante ans après la proclamation de l’indépendance nationale, nous voici face aux mêmes absences : Absence d’un Etat de droit, absence de vie politique, absence de constitution digne de ce nom, absence d’institutions légitimes capables de protéger le peuple autant que le pays des abus et d’assurer son droit à vivre dans la liberté et la dignité.
A peine l’indépendance proclamée par le peuple algérien et reconnue par la puissance coloniale ; un régime oppressif n’a ni tergiversé ni hésité avant de confisquer cette indépendance en enterrant les rêves démocratiques, les droits et la liberté.
On ne peut pour autant mettre sur un même plan la détresse et les souffrances des algériennes et des algériens dépouillés au lendemain d’une liberté chèrement acquise et les imposteurs qui ont confisqué leur droit à l’autodétermination.
Ceux qui ont crié sebaa snin barakat ! en 1962 avaient raison d’exprimer leur lassitude, leur trop plein de souffrance et de sang, leur rejet des divisions, leur crainte des guerres de factions.

Mais ils avaient politiquement tort.
Tort de croire que les divergences politiques de fond se règlent par des embrassades.
Tort de croire que les promesses d’unité et de fidélité aux principes de la révolution peuvent se suffire de discours.
Tort de croire qu’une constitution n’est qu’une formalité sans conséquence.
Tort de croire que l’indépendance d’une nation et la souveraineté d’un peuple peuvent se suffire d‘une page sanglante vite tournée.

Mais ils avaient raison mille fois raison d’affirmer haut et fort que ce peuple a trop payé de son sang !
Des décennies plus tard, il est non seulement impératif de rappeler que le sang des algériens n’a que trop coulé, mais il est aussi impératif de rappeler que c’est aux institutions politiques qu’il appartient de veiller à ce que le recours à la violence ne soit plus la seule option laissée aux algériens.

Cela s’appelle le droit d’avoir des droits. Et cela s’adresse à tous.

Ici, il faut souligner les convergences de vues qui existent entre ceux qui ont choisi la voie de l’exclusion, à l’intérieur comme à l’extérieur des institutions.

Ni Etat intégriste ni Etat policier.
Le malheur de l’Algérie n’aurait pas été si sanglant, ni son désarroi si profond, si le choix de l’exclusion et de la violence n’avait été le fait que du pouvoir. Il se trouve que des courants au sein de la société se sont construits exclusivement sur l’apologie de l’exclusion et de la violence. Quel que soit le lourd soupçon de manipulation par le pouvoir réel qui pèse sur ces courants, il n’en demeure pas moins qu’une clarification de leur part demeure indispensable pour signifier clairement un saut qualitatif dans la formulation du sacré en politique.
Ce qui est sacré, ce n’est plus seulement le sang déjà versé, c’est aussi la construction d’un système politique qui rende sacrée la préservation du sang des algériens. Et cela ne sera possible que dans le cadre d’un Etat de droit, construit précisément par les gens pour respecter et faire respecter le droit des gens.
Il serait léger de croire qu’il suffirait de dissoudre des institutions ou des partis pour que sortent de leurs décombres d’autres institutions et d’autres partis tous prêts pour un usage démocratique.
Tort surtout de croire que l’union est dans le reflux du politique au profit du fusionnel. Les unions sacrées et les faux consensus ne donnent que de fausses solutions).
A chaque moment-clé de notre histoire nous avons été mis en demeure de choisir entre les instruments du politique et les illusions politiques. A chaque fois nous avons dit non aux illusions et avons mis en avant les instruments du politique.
Un Etat de droit, des institutions fortes de leur légitimité, une justice indépendante, des contre – pouvoirs efficaces, une vie politique démocratique réglée par un contrat national, social et politique qui garantisse les libertés individuelles et collectives au même titre qu’il se porte garant de la justice sociale.
Le droit à la sécurité, au travail, au logement, à une scolarité de qualité, à une santé de qualité, à une justice de qualité, à un environnement de qualité, à une vie culturelle de qualité sont des questions qui intéressent tout le peuple.
Et par ce que ces questions intéressent tout le monde, elles mettent en jeux des intérêts contradictoires.

Comment gérer ces contradictions ?
La révolte d’octobre 88 a porté ces questions à travers l’irruption de la jeunesse dans la rue. Le pouvoir a riposté avec sa violence habituelle en semant la mort et en recourant à la torture.
Les réformes politiques et économiques initiées de l’intérieur du régime, combattues avec violence à l’intérieur et à l’extérieur du régime n’ont pas permis d’éviter la guerre.
20 ans de violences, d’errements sécuritaires, politiques et économiques ; preuve est faite, que le primat du droit peut seul permettre une gestion pacifique de conflits d’intérêts contradictoires.
Nous croyons, pour notre part, que les contradictions se gèrent par la construction d’un rapport de force politique, basé sur les discussions, la négociation pacifique, l’arbitrage, et non réductible par la manipulation, la ruse et la violence.
Nous sommes, aujourd’hui encore, loin d’avoir remporté la bataille de la construction démocratique de la Nation et de l’Etat Algériens. Mais nous n’avons jamais été aussi proches d’en voir les prémisses, portés par des pans entiers de la société. Pour accélérer ce processus, certaines vérités doivent être dîtes.
Ce n’est pas seulement la peur qui se dresse devant la conquête du droit d’avoir des droits.
Casser le mur de la peur, cela n’est pas nouveau :
C’est ce qu’ont fait tout au long de ces années de braise et de sang tous ceux qui se sont levés pour dénoncer la dictature autant que le terrorisme.
Oser clamer haut et fort, en 1992, Ni Etat policier, Ni Etat intégriste, les militants du FFS et tous ceux qui se sont retrouvés à leurs cotés l’ont fait ; c’était autrement plus courageux et lucide de le faire à cette époque que ça ne l’est aujourd’hui, que la jonction des deux options se sont réalisés dans le régime politique en vigueur. Ces deux options sont aujourd’hui discréditées auprès de l’ensemble de la société algérienne.

Casser le mur de la peur :
C’est ce qu’ont fait les familles de disparus depuis des années en bravant la répression et les interdits.
C’est ce qu’ont fait les avocats qui les ont soutenues et aidé à porter leur combat dans toutes les arènes nationales et internationales.
C’est ce qu’ont fait les familles de victimes du terrorisme.
C’est ce qu’ont fait les jeunes de Kabylie en 2001.
C’est ce qu’ont fait les jeunes de Ghardaïa
C’est ce qu’ont fait les jeunes d’Ouargla
C’est ce qu’ont fait les jeunes des Aurès
C’est ce qu’ont fait les jeunes de l’Oranie
C‘est ce qu’ont les jeunes de Constantine.
C’est ce qu’ont fait les femmes de Hassi Messaoud traquées et violentées qui ont osé défier la loi de l’omerta.
C’est ce qu’ont fait les syndicats autonomes qui ont osé construire des rapports de forces en faveur des travailleurs depuis des années.
C’est ce qu’ont fait certaines associations… Et tous ces quartiers d’Algérie rendus furieux par la l’exclusion et la hogra…Et ces bataillons de Harragas…
Et même si cela n’a pas fait tomber le régime cela à participé à mettre en évidence ses tares et ses faillites.

Pour l’autodétermination du peuple algérien.
Il manque pourtant à toutes ces résistances à l’injustice, à la violence et à l’oppression un ancrage social plus large.
Il leur manque l’aide et le soutien de médias libres et crédibles.
Il leur manque de se voir et de savoir ce qui les lie et ce qui les sépare et comment ne pas tomber dans les pièges de la division, de la dispersion et de la diversion…
Mais pour autant il serait vain de se mentir et de ne pas voir que le mur de la peur a été remplacé et aggravé au plus profond de la société par un mur de lassitude et de dégoût devant la vénalité et la vassalité des fausses élites imposées à l’ombre de la terreur, de la mafia politico-financière, des élections truquées, des médias sous haute surveillance.
Certes, la proximité des révolutions tunisienne et égyptienne donne un coup d’accélérateur à l’Histoire.
Certes, le contexte international du 21ème siècle ne peut plus se suffire des dictatures impopulaires et corrompues du siècle précédent.
Certes, une époque s’achève avec ses références et ses outils de domination. Une autre est en train d’émerger avec de nouveaux acteurs, de nouvelles générations et de nouvelles méthodes de lutte.
Et, plus que jamais auparavant, la libre auto- détermination des peuples est partout à l’ordre du jour.
C’est pour l’empêcher que des solutions illusoires sont montrées par les mêmes vieilles officines qui ont fait le malheur de ce pays. Des solutions qui mettent de nouveau de côté la mobilisation de la société et son organisation pacifique.
Il est des circonstances de l’histoire où il suffit d’un bulletin de vote pour exprimer l’auto-détermination d’un peuple.
C’est le cas pour mettre un terme à une guerre d’indépendance. Mais pour mettre fin à une guerre de décomposition sociale, l’autodétermination du peuple s’exprime par une large mobilisation de toutes les composantes de la société à l’intérieur de tous les cadres qui sont à sa portée.
Du collectif de quartier au mouvement syndical, de l’association écologique au mouvement d’étudiants et du mouvement des femmes pour leurs droits à celui des lycéens, des chômeurs, de l’organisation autonome des cadres, des intellectuels, des universitaires à l’organisation sérieuse des entrepreneurs et de toutes les corporations.
Pour que la vie des partis politiques ne soit pas qu’une lutte perpétuelle pour le positionnement interne.
Pour que la vie politique nationale ne soit pas mise en hibernation entre deux élections.
Pour que les militants des partis politiques ne soient pas pris en otage par des appareils qui se compromettent à négocier des privilèges indus.
Et pour que le pays ne soit pas en permanence mis en demeure de choisir entre la peste de la guerre civile et le choléra de la dictature politique ou religieuse.
L’autodétermination du peuple doit pouvoir s’inscrire en chaque chose petite et grande de la cité.
Pour que la politique redevienne un acte non coupé de la pratique citoyenne effective. Pour que chaque algérien apporte et assume sa part dans la construction et la sauvegarde de son pays. Une part qui ne peut se résumer au soutien apporté à une équipe de foot- ball ou à un drapeau accroché à un balcon.
Avec le déclenchement d’une dynamique de débat national qui porte sur les préoccupations quotidiennes des citoyens
Avec l’éclairage des intellectuels, des universitaires et des experts engagés auprès de leur société sur la base des préoccupations et des souffrances vécues par cette même société.
Avec la force de conviction et d’engagement des citoyens et des militants, et avec le retour de la confiance en soi et entre soi, le lien social et le lien politique seront de nouveau tissés.

Pour une assemblée constituante.

C’est seulement au terme d’une remobilisation citoyenne et politique des algériens que nous pourrons aborder l’ensemble du processus électoral devant aboutir à une refondation institutionnelle, qui remette les droits des citoyens, leur sécurité et leur développement ainsi que ceux du pays au cœur d’une constitution digne de ce nom, par ce que enfin issue d’une assemblée constituante librement élue par des algériens libres.
Ceux qui participeront à l’élaboration de ce processus seront les premiers algériens véritablement libres, et ceux qui seront partis avant, ne se seront pas battus pour rien.

Hocine .AIT AHMED

consensus1Les réactions allant de la simple critique à la désapprobation nette suite à la rencontre du Front des forces socialistes (FFS) avec les dirigeants du parti du Front de libération nationale (FLN) n’ont pas tardé à se manifester et promettent même de s’intensifier dans les jours à venir, à mesure que le plus vieux parti de l’opposition fera preuve de détermination à poursuivre sa stratégie de réalisation d’un « consensus national » pour faire face à la crise politique qui menace le pays.

Si nombre de sympathisants du FFS s’inquiètent de voir le capital crédit du parti s’en ressentir dans la société et au sein de la classe politique suite à cette démarche ressemblant à une incongruité, qui brouille jusqu’à son message politique traditionnellement articulé autour de l’idée de « dissidence citoyenne » et d’un positionnement souvent loin des centres du pouvoir,  d’autres, à l’instar de Sofiane Djilali, membre de La Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique (CNLTD), n’est pas allé par le dos de la cuillère pour asséner tout haut ce que les détracteurs du FFS pensent tout bas: « nous, on essaie d’aider le pouvoir à s’en aller et le FFS essaie de l’aider à rester ! ». Et le tonitruant chef du parti Jil Jadid (Nouvelle Génération) de conclure que l’initiative du FFS, en plus d’être « immorale », est un « alibi » pour rejoindre le gouvernement en place et à « décréter » sans aucune forme de procès l’excommunication du FFS de la « gentille famille des opposants .

Ces réactions, allant de l’étonnement à la virulence affichée par les uns et les autres à l’endroit de l’initiative du FFS, montrent que les acteurs politiques ont de la peine à analyser la conjoncture politique et du coup comprendre la stratégie du FFS, qui de son côté a besoin d’approfondir la réflexion autour de celle-ci pour ne pas laisser la porte ouverte ni aux spéculations ni encore moins à la suspicion. En effet, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts avec les déboires du « Printemps arabe » qui  ont fini par consacrer la conviction, au niveau du FFS et chez de larges secteurs de la société, que le changement démocratique ne peut advenir dans les termes qui ont été consacrés comme révolutionnaires et entamés avec la chute en Tunisie  du régime autoritaire de Zine el-Abidine Ben Ali en janvier 2011, à savoir par une insurrection populaire et frontale. Cette voie a largement montré ses limites et l’on se rend compte que le remède est pire que le mal.

Pour une raison simple, qu’à la veille du déclenchement du « Printemps arabe », l’on a pas pris la mesure du poids des forces de la contre-révolution façonnées par la mondialisation libérale et des courants de l’Islam politique dominant à s’emparer des mots d’ordre démocratiques pour les vider de leurs sens. Le sentiment dominant à la veille des ces « révolutions » est que les islamistes « ont beaucoup évolué », pour reprendre les termes d’une déclaration de Said Sadi dont le parti est membre de la CNTLD, signifiant par là qu’ils sont solubles dans la démocratie. Le travail de propagande mené par la confrérie des Frères musulmans pour améliorer son image avait porté ses fruits en se replaçant dans le jeu démocratique comme un partenaires fréquentable sans même  jamais se démarquer des organisations les plus radicales comme Al-Qaeda et renoncer à aucun de leur mot d’ordre et en particulier celui d’établir le Califat ou l’Etat islamique qui, au-delà de sa législation rétrograde et surannée, est la négation même de l’Etat-nation né des luttes de libération nationale.
Le FFS et les démocrates conséquents ne peuvent que tirer les conséquences politiques de cet état de fait, à savoir que la pensée islamiste dominante et les modèles qui ont émergé de ses entrailles sur la scène aussi bien nationale que régionale, tels les partis dits salafistes et les Frères musulmans ne peuvent pas être des partenaires sincères et crédibles dans un processus de transformation démocratique. Pire encore, de plus en plus, les islamistes apparaissent aux yeux de larges secteurs de l’opinion, à travers les expériences en cours en Egypte, en Libye, au Yémen en Syrie et même en Tunisie, qu’ils sont les outils de la contre-révolution et les exécutants d’agendas étrangers qui ne visent en définitive que la destruction des Etats nationaux et de leurs armées au seul profit des forces qui portent la mondialisation libérales à leur têtes l’impérialisme anglo-saxon, le sionisme et les vassaux dans la région.

Ces dernières s’appuient partout sur les forces de la régression islamistes soient légales, semi-légales, voire clandestines, ainsi que sur les mouvements séparatistes, les forces de l’argent liées au capital international pour affaiblir les régimes en place et les pays qui montrent la moindre velléité de se soustraire aux injonctions extérieures. L’Algérie n’échappe pas à ces pressions et pourrait être la prochaine cible des plans visant à transformer la région en champ de dévastation et de guerres sans fin. Et ce n’est pas une surprise si le FFS, qui œuvre à la mise en place d un nouveau consensus national, comme celui qui a prévalu lors de la période de la Guerre de libération nationale, soit traîné dans la boue. Le FLN lui aussi subit des attaques en règle qu’il n’est pas difficile de comprendre que ce qui est en cause n’est pas la gestion calamiteuse du parti du FLN, mais l’œuvre du FLN historique. La patronne du Parti des travailleurs,Louisa Hanoune, n’échappe pas elle aussi à cette campagne ciblée juste pour avoir appelé au « renforcement du front interne ».

Que le FFS réoriente sa stratégie politique à la lumière de ces réalités nouvelles n’est pas surprenant. Hocine Aït Ahmed a donné le ton de cette nouvelle stratégie, dans sa lettre  aux congressistes du parti réunis à Zeralda le 23 mai 2013, pour qui  « patriotisme et démocratie sont inséparables ». Dans son message, Hocine Aït Ahmed, écrit en outre: « durant ces cinquante années de lutte, le FFS a d’abord dû lutter pour empêcher qu’on piétine la démocratie au nom du patriotisme pour ensuite se battre pour empêcher qu’on piétine le patriotisme au nom de la démocratie. » Et le constat est sans ambages pour le dernier survivant des dirigeants de la Guerre de libération nationale : « L’actuel désordre mondial joue sans scrupule de tous ces éléments [extrémisme religieux, séparatisme, castes prédatrices et autoritarisme, ndr] pour asservir et dépouiller les peuples. »

Alors que l’Algérie est à un moment charnière de son existence, le pari du FFS de « mettre du mouvement dans le statu-quo »,  sous la forme d’une re-construction du consensus national ne peut que représenter une alternative salutaire face aux menaces et dangers qui guettent le pays. Ce pari peut effectivement avoir un sens, si au-delà des partis et des personnalités à l’image des membres de la CNTLD, qui demeurent arqueboutés dans de vieux schémas de pensée,  le FFS réussit à mobiliser toutes les forces politiques et sociales autour du seul axe stratégique, celui de la résistance face aux assauts de la mondialisation destructrice et aux agressions de plus en plus violentes de ces bénéficiaires et autour d’un grand projet patriotique, démocratique et social qui a pour objectif ultime la consécration véritable de l’indépendance nationale.

La clarté du débat et son inscription dans la situation concrète du pays, ainsi que des défis auxquels il devra faire face contribueront sans le moindre doute à l’accélération de la décantation politique et l’évacuation des questions liées aux personnes, comme celle caricaturale de la mise en œuvre de l’article 88 de la constitution revendiquée par la CNTLD, Barakat et l’ex-candidat à la présidence Ali Benflis,  afin d’aller vers une « transition démocratique ». Une transition pour le moins vaporeuse si ce n’est mortelle pour le pays au regard des contradictions insurmontables que charrie cet attelage fomenté de bric et de broc derrière cette exigence. C’est pourquoi, cette clarification synonyme d’approfondissement des contenus et des convergences est la seule à même de faciliter le plus rapidement la mise en route de ce nouveau consensus national, les modalités et le calendrier de sa réalisation, « sous la garantie de l’armée »,  comme le préconise Mouloud Hamrouche.

Par Ahmed Kaci
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FFS

 Le Conseil National a pris connaissance des modèles internationaux de consensus, en a tiré les leçons et, instruit par son expérience d’un demi siècle d’action politique, a conclu à la nécessité de réunir les meilleures conditions pour la tenue de la Conférence Nationale du Consensus et d’adopter un mode opératoire inclusif, participatif et transparent pour l’organisation de cette Conférence.

Les leçons à retenir

Il ressort de ces modèles des caractéristiques similaires, pouvant servir de référence pour la réalisation d’un consensus national pour un changement démocratique du système de gouvernance politique, économique, social, culturel et environnemental, notamment

  • La volonté politique du pouvoir,

Aucun processus de dialogue entre le pouvoir, l’opposition et la société civile n’a pu aboutir à un consensus national sans la volonté politique des régimes en place.

  • Le cadre du dialogue

Le cadre privilégié doit être inclusif, neutre, transparent et sans préalable. Les participants ont un statut identique, qu’ils soient du pouvoir, de l’opposition ou de la société civile.

  • L’organisation en commun de la conférence

Pour éviter un échec, l’élaboration du programme doit être un travail commun des parties prenantes de la conférence.

  • Le rôle de l’organisateur

Son rôle est celui de facilitateur. A ce titre, il doit:

–          avant la conférence, consulter les acteurs politiques et ceux de la société civile pour convenir notamment des objectifs et du programme de cette conférence.

–          pendant la conférence, modérer les débats

–          après la conférence, assurer le suivi des recommandations

  • La recherche d’un dénominateur commun

Pour arriver au consensus, il n’y a pas de chemins différents, ni de formules miraculeuses. Les différents acteurs disposés au consensus devront se préparer à céder, à renoncer à l’obtention du cent pour cent de leurs positions respectives, en cherchant un accord a minima possible. Dans le cas contraire, l’entente sera difficilement réalisable. Ceux qui arrivent à la table de négociation en exigeant le tout ou rien ont peu de chance de parvenir à leurs fins.

  • La progressivité et la persévérance dans la démarche

Une autre leçon à retenir des modèles de consensus est d’avancer à petit pas. Qui veut d’embler le tout risque de ne rien obtenir. C’est le cas le plus souvent. Il arrive ainsi que des acteurs s’excluent d’eux-mêmes de ces processus à cause de surenchères internes ou de calculs politiciens à court terme. Mais ceci n’empêche pas d’aboutir à un large consensus car le consensus national ne signifie pas unanimisme.

Le consensus ne s’obtient pas instantanément et ne dure pas indéfiniment. Des efforts de conciliation, avant, pendant et après sont nécessaires pour garantir le succès de tels processus.

  • Autres considérations

-Le consensus ne signifie ni la perte d’autonomie des acteurs, ni la fin de la compétition politique encore moins l’abandon de toute opposition.

– Là où les consensus ont pu se réaliser, la maturité politique des leaders a joué un rôle déterminant.

Dans le cas de l’Algérie

Le Conseil National tient à souligner que le Consensus National que le FFS veut contribuer à instaurer ne se substitue pas et ne constitue en aucun cas une démarche similaire aux autres initiatives.

Pour la simple raison que ces initiatives sont toutes construites unilatéralement, d’un côté ceux qui rejettent le système et de l’autre le pouvoir faisant peu de cas de ces derniers, alors que le Consensus National tel que recommandé par le 5ème Congrès du Parti est inclusif de tous les acteurs, du pouvoir et de l’opposition ainsi que de la société civile.

Ce Consensus National n’est pas défini à l’avance par l’un ou l’autre de ces acteurs, à travers une plateforme ou un programme, mais sera construit par l’ensemble des parties, dans un cadre neutre transparent permettant à chaque acteur, du système et de l’opposition, d’avancer ses propositions pour une meilleure gouvernance du pays sur le plan politique, économique, social, culturel et environnemental.

La Conférence du Consensus National offre ainsi le cadre approprié à ces acteurs pour présenter leurs propositions respectives et découvrir à cette occasion de possibles convergences et un large consensus sur des questions d’intérêt national.

Le Conseil National ne sous estime pas les difficultés de mise en-œuvre

La recherche d’un consensus dans le contexte politique national est une tâche complexe et risquée car sujette à critique par tous ceux qui pourraient y voir une menace pour leur position respective au sein du pouvoir ou dans l’opposition.

C’est la raison pour laquelle des précautions s’imposent surtout que c’est une première dans les annales politiques qu’un parti d’opposition lance une initiative pour la construction d’un Consensus National alors que de tous temps et en tout lieu une telle approche restait du ressort des gouvernements qui l’utilisaient pour élargir leur base de pouvoir.

Notre participation à la  conférence de la CLTD comme aux consultations sur la révision de la constitution initiée par le pouvoir vise à montrer l’intérêt que nous portons aux positions des uns et des autres ainsi que notre capacité unique à parler à tous, en toute confiance et sans préjugés, et de ce fait à même de les concilier dans le cadre de la reconstruction d’un consensus nationale en facilitant les échanges et la médiation entre tous.

En même temps, il faut bien admettre qu’il y a des incertitudes liées à la conjoncture politique nationale qui ne permettent pas d’identifier, le ou les acteurs au sein du régime en mesure d’engager le système dans la reconstruction du Consensus National et que les conditions ne sont donc pas encore réunies pour pronostiquer le succès de cette initiative.

Pour l’ensemble de ces considérations, Le Conseil National recommande :

-d’avancer dans la préparation de la conférence tout en restant vigilant face aux forces qui tenteraient d’entraver notre démarche.

-d’engager tous les acteurs dans toutes les étapes de ce processus, sans exclusive, afin que la conférence soit celle de tous les acteurs rassemblés et non celle du FFS. La réussite de cette conférence sera ainsi l’affaire de tous.

-d’organiser la conférence en deux phases : évaluer les divergences et les convergences lors de la 1ère phase avant d’engager la 2ème phase qui ne se tiendrait que si les conditions de consensus sont réunies.

-de continuer à promouvoir le consensus national, qui place le Parti au cœur du jeu politique et faire de lui un acteur incontournable de toute alternative démocratique.

– de poursuivre notre combat politique d’opposant au service de la population, car la recherche d’un consensus national n’implique pas l’arrêt de nos revendications pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des citoyens et n’empêche pas d’interpeller le pouvoir chaque fois qu’il y‘a violation des libertés individuelles et collectives.

-d’inscrire comme perspective à engager dès à présent de traduire sur le terrain le consensus projeté en implantant les structures du parti au plus proche des populations sur tout le territoire national.

Le Conseil National