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À l’initiative de sa famille et de ses amis

RASSEMBLEMENT POUR ALI MECILI

MECILI 1Le dimanche 13 avril 2014 à 14 h 30
Cimetière du Père Lachaise – Entrée principale

Dans son dernier éditorial pour  » Libre Algérie », le journal qu’il avait créé, Ali Mécili écrit : « Habitués qu’ils sont à toutes les farces électorales qui ont émaillé l’histoire de l’Algérie depuis 1830, les Algériens et les Algériennes préfèrent se taire sur le sujet. Lorsqu’ils se déplacent pour déposer leur bulletin dans l’urne, peu importe d’ailleurs ce qui est imprimé sur ce bulletin, ils s’empressent aussitôt de justifier leur geste en brandissant le fameux tampon qu’il faudra peut-être montrer demain pour voir aboutir toute démarche administrative. Si le pouvoir avoue aujourd’hui plus de 25% d’abstentions à Alger et à Oran et au moins 15% de bulletins nuls, c’est tout bonnement pour cesser de se couvrir totalement de ridicule en continuant à faire voter les morts, les handicapés et les malades mentaux qui s’entassent dans les asiles d’aliénés ressemblant fort à des camps d’internement (…) ».

En 2014, à la veille de l’élection présidentielle algérienne, le président d’un parti politique soutient le plus sérieusement du monde: « Oui, je voterais pour Bouteflika mort ou vivant ».

Hier, on faisait déjà voter les morts et, aujourd’hui, on pourrait donc aller jusqu’à voter pour un mort. Les historiens qui, plus tard, se pencheront sur l’histoire de l’Algérie apprécieront à leur juste valeur de telles avancées démocratiques.

Tant de vies sacrifiées pour ça et parmi ces vies, celle d’Ali Mécili, combattant avec Hocine Aït-Ahmed pour la démocratie et les droits de l’homme, assassiné le 7 avril 1987 par la Sécurité militaire algérienne. Il nous manque.

Retrouvons-nous, plus nombreux que jamais, le 13 avril prochain à 14h30, pour conjurer le désespoir et nous recueillir sur sa tombe.

Paris le 31 mars 2014
Annie Mécili


Moh achir

La dictature des choix binaires en Algérie
ACHIR Mohamed*

La machine brutale du système mis en place après le coup de force constitutionnel a brillé, depuis l’indépendance, dans la dépolitisation et démobilisation de la société, le mépris total et l’écrasement de toutes les oppositions démocratiques, ce qui a vidé l’Algérie de sa culture démocratique émancipatrice et libératrice et laisser une place à la montée des extrémismes violents ou à des choix binaires entre deux camps de dictatures : la dictature des factions du pouvoir en place et la dictature des exclus du système qui se joignent à des fractions qu’ils ont paradoxalement combattu, voire autrefois, tenté d’éradiquer.

La question relève, donc, du secret de polichinelle et doit être vite tranchée. En réalité, aucun projet alternatif de changement démocratique ne peut intéresser les deux parties, mis à part l’alternance clanique visant l’accaparement des sources de la rente, ou le souci de faire remplacer une dictature par une autre dans la continuité du système. C’est dans cette logique, en effet, que les élections présidentielles du 17 Avril 2014 ont suscités autant de guéguerres fomentées par des factions composant le système et sous-traitées par une clientèle bien structurée.

Les élections présidentielles ne représentent, pour le système algérien, que l’un des maillons relais lui permettant un autre crédit de légitimité via les urnes pour se reproduire et se pérenniser. Cependant, il est tout à fait évident d’enregistrer des crises temporelles, voire structurelles, dans un système âgé de plus de 50 ans, conduit par des vieux grabataires et gagné par des contradictions internes originelles. Faut-il rappeler que la tradition, qui marque les échéances électorales en Algérie, est leur transformation en occasion propice qui donne aux factions du pouvoir une opportunité de restructuration et d’exhibition des forces brutales et des capacités de nuisance.

Autrement dit, la réaffirmation de leur rôle indispensable dans l’équilibre général du système. C’est à ce moment-là que c’est fort évident qu’une agitation médiatique, plus ou moins propagandiste, devrait occuper le dessus et dévier l’opinion publique des vrais débats censés animer les élections.

Ce type de crise relève, donc, plus de la confrontation pure et simple des clans composant le système que d’une affirmation d’acteurs autonomes se démarquant du système ou, du moins, aspirant à sa transformation. C’est le changement des rapports de force tacites de l’intérieur qui fait réagir les acteurs du pouvoir qui, rappelons-le, contrôle la quasi-totalité de l’économie.

La dialectique du système est dans le maintien du pouvoir permettant la préservation des acquis et la mobilisation des avoirs pour se maintenir au pouvoir. C’est une symbiose bien entretenue tant que l’équilibre n’est pas menacé par ses propres acteurs. « … Elle tient moins à l’opposition entre deux visions différentes de l’exercice du pouvoir qu’à l’exacerbation d’une vieille crainte des décideurs algériens : celle de voir l’un d’entre eux, n’importe lequel, accaparer tous les leviers du pouvoir ». C’est l’analyse faite par Hocine Ait Ahmed, en septembre 2003 (voir le journal Le Monde), avant les présidentielles de 2004.

Justement, l’analyse me semble toujours plausible et d’actualité concernant les élections présidentielles de 2014. Le combat douteux, qui a accaparé les unes des quotidiens nationaux et qui insinuait une opposition supposée entre la présidence et le DRS, ne fait que confirmer l’hypothèse de crainte d’autonomisation d’un clan, voire la suprématie d’un clan sur l’autre. D’ailleurs, lorsque l’agitation médiatique a pris de l’ampleur, voire des pistes dangereuses qui allaient déboucher dans des affrontements violents, le secret de l’omerta s’est vite imposé pour arranger les affaires de la maison en lui évitant un effondrement qui allait l’emporter.

Les séquelles de ces batailles révèlent l’arrogance et la démagogie politique qui animent les uns et les tentations dangereuses et aventureuses des autres. Les luttes des antagonistes, qui se sont manifestées dans des médias propagandistes interposés et qui sous-traitent les diversions et les contres diversions par la tactique de crises par étapes, se rencontrent quand-même dans l’objectif visant la déviation de l’opinion publique de l’essentiel en l’ennuyant, voire embrigadant, dans des débats ridicules qui ne respectent ni les règles élémentaires de l’éthique politique ni la grandeur de l’histoire du peuple algérien qui a su être un exemple de libération et d’indépendance.

Son silence ne signifie pas la peur et la résignation, mais plutôt l’indignation, la sagesse et la lucidité, Parce qu’il est conscient de la légèreté politique qui marque le pouvoir mythomane et les menaces régionales qui convoitent le pays. Mais, peut-il continuer à résister devant les manœuvres des protagonistes nationaux et étrangers qui manipulent les esprits, entretiennent la haine et prospectent les étincelles dans les tribus, les ethnies, les factions religieuses … etc. ? Sachant qu’il existe toujours des idiots utiles, disait Lénine ! Ces idiots peuvent être facilement mobilisés par des loups déguisés en moutons.

S’il est avéré que les présidentielles de 2014 ne sont guère différentes des précédentes, force est de constater qu’elles se distinguent par l’entrée en force de la bourgeoisie compradore et des lobbys économiques dans l’échiquier politique. Ces derniers ont été créés, soit directement par le pouvoir politique formel et informel, dont une partie s’est fortement reconvertie dans les affaires économiques depuis, notamment, la deuxième moitié des années 1990, ou grâce aux largesses économiques qui résultent des privatisations, de l’importation et du captage de la rente.

L’offensive des groupes d’affaires, dans la politique des pays qui n’ont pas encore construit des États de droit, peut facilement conduire à l’effritement de l’État et à son éviction dans les décisions stratégiques, qui seront l’œuvre des pouvoirs privés nationaux et transnationaux. C’est surtout la mexicanisation de l’Algérie qu’il faut absolument éviter. Le peuple mexicain est toujours conçu quand un général remplace un autre. C’est les groupes mafieux et les multinationales qui font office de l’État.

Que faire ?

Le sens de la responsabilité politique réside, aussi, dans la capacité d’un acteur de résister au souci de soi et de voir plus loin au-delà du bout de son nez. La transition démocratique nécessite un long travail de politisation de la société, d’institutionnalisation, de formation et de fédération des forces sociales affranchies des caprices du système et porteuses de projets concrets traduisant les aspirations réelles des Algériennes et Algériens.

C’est, d’abord, la culture du débat et du dialogue qu’il faut réhabiliter pour que les acteurs politiques puissent s’accepter mutuellement dans leurs idées et divergences. C’est un processus de formation lente, sociopolitique, mais dont les fondements existent déjà dans la société, il suffit de les réhabiliter. Ce n’est qu’à travers la réalisation d’un consensus par recoupement qu’un projet de renaissance nationale durable puisse se traduire en réalité.

La démocratie est une construction qui nécessite un processus de formation et d’institutionnalisation de plusieurs consensus dans les différentes sphères sociales, politiques et économiques. Il ne s’agit pas d’un simple remplacement d’un régime despote ou d’un potentat par un autre régime jouissant d’une façade démocratique, mais qui dissimule, dans le fond, les mêmes principes et mécanismes autoritaires. Il s’agit plutôt de mettre en place un État de droit consacrant la séparation des pouvoirs et garantissant l’exercice des libertés individuelles et collectives.

L’État de droit est la condition sine qua non de la démocratisation du pays. La construction de l’État est une affaire de longue haleine, qui nécessite une stratégie et des hommes visionnaires capables d’insuffler le changement. Les élites doivent, notamment, jouer un rôle fondamental en apportant leurs contributions au débat national et en enrichissant les propositions de sortie de crise.

Une transition est certainement indispensable et urgente pour pouvoir repenser le fonctionnement des organes de l’État et, il faut dire que cela ne se fera qu’au lourd prix de résistance face à la damnation de l’ordre inscrit qui a plongé les esprits dans une quête de rente et d’appartenance aux plus forts, au lieu de veiller à la mise en place de la justice, de l’équité et du droit pour tous.

Comment, donc, faire pour instaurer un État moderne qui survit aux hommes, aux gouvernements et aux crises ? Le travail doit être fait par l’ensemble des acteurs, quels que soient leur rang et leur appartenance sociale, en vue de mettre fin à l’hégémonie de la pensée unique, de l’esprit du clan. Il est plus que jamais urgent de sortir dignement de l’ornière et du « hna fih na », comme on le dit si bien chez nous.

Le processus sera-t-il lancé par le prochain président à travers la mise en place d’un gouvernement de transition démocratique susceptible d’encadrer la transition vers une deuxième République ?

*Enseignant Chercheur – Université de Tizi-Ouzou / Faculté d’économie.

mohachir2000@yahoo.fr

jeudi, 06 mars 2014 in TSA


FFS

Présidentielle de 2014

Entre la participation et le boycott, le FFS choisi un consensus national

Madjid Laribi, 9 mars 2014

La réaction du FFS à l’élection présidentielle a agacé, voire indisposé, certains acteurs d’un agrégat politico-médiatique. Le conseil national extraordinaire du plus vieux parti de l’opposition est sorti avec une analyse qui ne plait pas à ce conglomérat qui, en réaction, dit en substance au parti d’Ait Ahmed qu’il n’as pas le droit de penser et d’agir autrement qu’eux. Pourtant le FFS a été on ne peut plus clair en abordant le « jour d’après », celui qui suivra le 17 avril 4014. « Le prochain scrutin ne permettra certainement pas de conjurer les risques de vide politique, d’instabilité institutionnelle, de radicalisations possibles et n’effacera pas les pressions économiques, diplomatiques voire sécuritaires qui s’accentuent sur notre pays. Comme ne sera pas effacé le risque de scénarios catastrophiques comme vécus par nombre de pays dans notre aire régionale. ». La réaction est claire, visible et lisible pour peut que l’on veut s y pencher sans aucune arrière pensée politicienne.


Entre constance et versatilités

Ce que la plupart de ces acteurs n’arrivent pas à saisir et qui se trouve dans la démarche du FFS depuis pratiquement sa création, se résume dans son autonomie de décision et la constance de ses positionnements. Que sa lecture de la situation dans sa globalité n’obéit pas à des schémas intégrés dans la « gestion démocratique » de ces mêmes acteurs par le système. Ces acteurs, dans un passé pas lointain, ont eu, à un moment ou un autre, des soutiens actifs pour le gouvernement, même si certains d’entre eux ont préféré garder une certaine distance sur certains sujets, en s’installant dans une position d’aller-retour entre le pouvoir et l’opposition. Ce sont ceux là qui ont permis à Bouteflika de casser le verrou constitutionnel qui lui a permis de se représenter autant de fois qu’il veut à l’élection présidentielle. Alors pourquoi ce retournement de situation ? Souffler le chaud et le froid, dire et faire une chose et son contraire, ne peut être une position politique sérieuse. Un inventaire même rapide, des parcours, profils et positions politiques, montre que ces acteurs ne sont que l’autre revers du système. Ils ont participé et soutenu le pouvoir lorsqu’ils avaient des dividendes à récolter, lesquelles ne sont mêmes pas politiques pour bénéficier d’un certain respect, et se vantent aujourd’hui d’être des opposants lorsque le pouvoir les a remercier. Un système qui se renouvelle, s’ouvre et intègre de nouveaux groupes en son sein pour se donner un sang nouveau, tout en rejetant les factions usées et vidées.

Si le FFS n’a pas opté pour le boycott, il n’a pas aussi choisi la participation et le soutien au système en place qu’il a de tout temps et historiquement combattu au prix de tant de sacrifices. Dans sa résolution, accouchée après un débat houleux entre les membres de son conseil national, il ne va pas du dos de la cuillère avec le système. « Le FFS ne compte toujours pas sauver le système au nom du patriotisme, mais il n’oublie toujours pas le patriotisme au nom de la démocratie. », assène le vieux parti de l’opposition pour qui « toute la problématique est là : comment sauver le pays, consolider l’État, enraciner les libertés et défendre les pluralismes sans sauver le système ? C’est un chemin qui n’est pas facile. Mais peut-être faut-il au moins savoir ce qu’il ne faut pas faire comme refuser les radicalisations violentes. Les expériences que nous avons vécues et celles que nous voyons se dérouler en Egypte, en Libye, au Soudan ou en Ukraine sont édifiantes. Notre choix est irréversible : toutes nos actions s’inscrivent dans une logique de changement pacifique. ».

Pour un consensus national

Ainsi, le FFS n’est ni dans le jeu du pouvoir, ni dans celui des boycotteurs. Mais ce « ninisme » sur lequel certains tentent de mettre en avant n’est pas fermé d’un point, mais suivi d’une proposition de sortie de crise qui ne semble arranger nullement, du moins pour l’instant, les deux revers de la même médaille que sont le pouvoir et les boycotteurs. La troisième voit qu’ouvre le FFS et qui ne se ferme pas après le 17 avril prochain est celle de la construction d’un consensus national. « La préservation des intérêts de notre pays, nous impose la nécessité de prendre le temps qu’il faut pour réunir les conditions de ce consensus. Comme nous devons garder à l’esprit les nécessités économiques et géostratégiques du pays qui nous contraignent à éviter l’effondrement de l’État et le vide politique », explique la résolution qui soutient que « dans l’ordre historique et dans l’ordre stratégique, dans l’étape actuelle, la reconstruction d’un consensus national, autour d’un programme et d’un calendrier de transition, est notre objectif majeur. ».

L’analyse faite par le FFS converge d’une certaine manière avec celle faite par certains acteurs de la scène politique algérienne, que ce soit au sujet de l’élection présidentielle prochaine ou concernant la nécessité d’un large consensus national. La différence est dans le choix des destinataires des discours des uns et des autres, un choix qui peut être nuancé pour éviter des lectures manichéennes vu la gravité de la situation. Le FFS, dans son discours, s’adresse et prends à témoins les citoyens car, au final, c’est à eux, dans les organisations et les institutions, qu’échoit la tâche de rendre irréversible le processus de la construction d’un consensus national.


da lho

 

Le FFS plaide pour un consensus national

L’histoire contemporaine de l’Algérie montre à l’évidence que l’appel de Novembre et les résolutions du Congrès de la Soummam, avaient défini les termes d’un consensus national fondamental et fondateur.
Ce consensus s’est organisé autour du triptyque : indépendance nationale, Etat démocratique et social dans le cadre des principes de l’Islam, construction du Maghreb démocratique. Il a permis la concrétisation de l’indépendance et l’élection d’une Assemblée Constituante.
La recomposition politique, violente, opérée à l’occasion de la crise de l’été 62, a brisé ce consensus et a permis la mise en place d’un système politique autoritaire qui perdure jusqu’à nos jours.
Aujourd’hui, le statu quo politique, l’instabilité constitutionnelle, la crise morale, la crise économique et les injustices sociales trouvent leurs sources respectives dans l’absence d’un consensus national, dans le pays.
Le statu quo politique
La récurrence des révisions constitutionnelles vise à maintenir le rapport de force nu, afin de perpétuer le statu quo politique, d’infléchir les équilibres et les options politiques internes et, surtout, de conserver la légitimité internationale des équipes dirigeantes qui prennent le pouvoir.
Le but fondamental du statu quo politique est de maintenir la prééminence d’une institution de l’Etat sur les autres, tout en décrédibilisant et en délégitimant ces dernières. La relation, entre le civil et le militaire, dans le pays, est garante de ce statu quo.
Nous devons relever aussi que l’absence manifeste d’un projet politique et économique clair, porté par la société et par un Etat de Droit, fait le bonheur d’oligarchies possédantes et de forces diverses qui instrumentalisent les archaïsmes. Certaines sont directement connectées sur la grande corruption et la grande criminalité ; leur nuisance est démultipliée par la conjoncture internationale au point de menacer dangereusement l’intégrité et l’avenir de l’Algérie, Etat, Nation et Société.
La première conséquence est le désintérêt et la démobilisation incontestables de la population, lesquels s’expriment par une abstention massive et manifeste lors des différents scrutins.
Les élections qui se déroulent à intervalles réguliers dans le pays, ne peuvent pas mener à de vraies alternances ; ni à plus forte raison, à une alternative démocratique.
Seconde conséquence, cette population amputée de sa citoyenneté, est acculée à l’émeute, cantonnée et contenue dans des revendications sectorielles.
Les Algériennes et les Algériens sont conscients, aujourd’hui, que le statu quo politique est intenable et qu’en tous cas, il ne peut se concevoir dans les termes que le pouvoir cherche à imposer.
La crise morale
De larges franges de la population ont perdu repères, valeurs et sens civique. Les Algériennes et les Algériens n’ont pas confiance dans la justice de leur pays. Ils ne croient plus à l’égalité des chances et à l’ascension sociale par le mérite. Devant les passes droits et une corruption systémique et généralisée, le travail et l’éducation ne sont plus perçus comme des moyens émancipateurs.
La crise économique
L’Algérie, à ce jour, n’a pas réussi sa transition d’une économie administrée et centralisée, vers une économie sociale de marché. Elle n’a pas réussi à passer d’une économie rentière, dépendante et mono exportatrice, vers une économie diversifiée capable, au moins, de satisfaire les besoins nationaux. Elle n’a pas pu amorcer une dynamique de développement économique et social, malgré l’exploitation, voire la surexploitation des hydrocarbures ; qui n’a profité ni à l’agriculture, ni à l’industrie.
Les perspectives de changement
L’enjeu principal, aujourd’hui, pour trouver une issue à la crise nationale et préserver l’avenir pour toutes les Algériennes et tous les Algériens, est la reconstruction d’un consensus national fondamental qui pourrait s’organiser autour de la démocratie politique, de la citoyenneté, du développement économique et de l’équité sociale. Concrètement, il s’agit du respect des pluralismes politique, linguistique, syndical, et des libertés fondamentales pour permettre l’autodétermination individuelle de chaque Algérienne et Algérien et l’autodétermination collective du peuple algérien.
La pensée politique, le projet et la stratégie du FFS, depuis sa fondation, visaient à atteindre cet objectif.
Il est temps que Tamazight soit constitutionnalisée langue nationale et officielle. Que le respect des droits de l’Homme s’enracine dans la société et les institutions, afin qu’ils deviennent une réalité incontestable dans la vie des Algériennes et des Algériens.
Il est temps que l’Algérie respecte ses engagements énoncés dans les Chartes et Conventions internationales garantissant les droits et les libertés (droit de l’homme, libertés syndicales, liberté d’expression, …etc).
Il est temps que le sacrifice des martyrs du FFS, pour la démocratie, soit reconnu par l’Etat Algérien et que les anciens militants de 1963 puissent bénéficier de tous leurs droits.
Aujourd’hui, il ne s’agit pas de verser dans la dramatisation, mais tout le monde, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, estime que le bilan n’incite pas à l’optimisme. Les Algériennes et les Algériens sont face à un vrai dilemme.
Est-il besoin de souligner les limites et les dangers d’un changement par la violence ? Cette voie, pour le pays, ne favorise pas une évolution vers la démocratie. Elle a donné, pour trop longtemps, un coup d’arrêt à l’ouverture politique tentée après octobre 88. Les radicalismes autonomistes ou djihadistes, ne profitent qu’au pouvoir en place, et à tous ceux qui allument des contrefeux pour éviter toute avancée démocratique.
En tout état de cause, le prix, politique et humain, voire économique, à payer, est exorbitant.
Dans un contexte national difficile, le changement pacifique trouve, lui aussi, ses limites : La société est soumise à des transformations rapides et brutales, alors que les inégalités et les injustices sociales s’accroissent de façon explosive. L’espace contestataire est hétérogène et faiblement organisé, alors que les mesures démagogiques, destinées à acheter la paix sociale, ne répondent pas aux vrais problèmes.
La fermeture politique, la non-reconnaissance des pluralismes et les restrictions des libertés, expliquent, en grande partie, l’échec de la société politique et de la société civile.
Nous ne pouvons ni ignorer, ni sous estimer, ni éluder une conjoncture de grands bouleversements internationaux, marquée par des comportements brutaux de la part des puissances colonialistes. Craignant leur déclassement, celles-ci mettent davantage la pression sur les pouvoirs et les sociétés, pour que s’y dégagent des forces prêtes à se soumettre aux injonctions extérieures ; au mépris des intérêts bien compris du pays et de sa population.
Une raison supplémentaire pour rassurer le pouvoir et lui permettre de refuser toute discussion et toute négociation sérieuse. Il n’y a aucune volonté politique pour mener de vraies réformes qui amèneraient un rapprochement des positions et ouvriraient le champ des discussions et des négociations.
La vérité est que les réformes actuelles, menées au pas de charge et sanctionnées par un vote contestable dans des assemblées disqualifiées, sont rejetées par l’immense majorité de la population.
Et pourtant, l’espoir est toujours là : les Algériennes et les Algériens continuent, dans leur immense majorité, de rejeter les extrémismes et les dérives autoritaires et, ils attachent un grand prix à la paix civile et à l’unité nationale. Les nouvelles dynamiques populaires, nées de la chute des dictatures dans les pays voisins, incitent, elles aussi, à l’optimisme.
Fait remarquable, la mobilisation et l’engagement des femmes dans les mouvements populaires, ont joué un rôle décisif. Que ce soit en Tunisie, au Yémen ou en Egypte, leur apport a permis aux luttes populaires de gagner en confiance, en énergie et en efficacité.
Dans notre pays, les femmes sont présentes en force, et parfois majoritaires dans certains secteurs stratégiques de la vie nationale. Quoi que l’on puisse penser de la décision d’instaurer une discrimination positive à l’égard de la femme dans les institutions, elle aura forcément des conséquences importantes sur la société. L’enjeu pour la femme aujourd’hui, c’est d’exploiter cette opportunité pour s’affirmer et conquérir tous ses droits. Cette décision peut paraître nécessaire, elle est sûrement insuffisante pour que la femme puisse accéder à un exercice politique effectif. La lutte ne peut se limiter au champ institutionnel, c’est un débat, c’est un combat de tous les jours dans la famille et dans la société. Même si les approches peuvent paraître hétérodoxes, l’essentiel est que la femme algérienne puisse occuper toute sa place et jouer pleinement son rôle.
Autre raison d’espérer, les mouvements, associatif et syndical, se sont développés en dépit des restrictions réelles, directes ou indirectes, à leur activité. Ils gagnent en représentativité et en audience; quelques uns d’entre eux ont atteint une dimension nationale. Ils exercent une pression réelle sur les pouvoirs publics.
Cependant, ces organisations entretiennent des liens complexes avec l’Etat et avec le mouvement politique en général. Des liens qui demandent à être explorés et clarifiés, dans l’action.
Enfin, il peut paraître paradoxal de parler de la jeunesse comme entité politique et sociale, quand nous savons que l’écrasante majorité de la population est constituée de jeunes. Fondamentalement, les problèmes du pays sont, d’abord et avant tout, les problèmes de sa jeunesse. Il apparaît de plus en plus que c’est elle qui arbitrera l’avenir. Ceci ne doit surtout pas empêcher d’avoir des politiques sociales prioritaires pour les secteurs paupérisés de notre jeunesse, afin de freiner et, si possible, de stopper la désagrégation sociale ; cela ne doit surtout pas empêcher un pouvoir, soucieux de l’avenir des générations futures, d’arrêter le désastre national en matière d’éducation et d’engager un débat national pour la mise en place d’un système éducatif performant, basé sur l’algérianité et ouvert sur le monde.
Les femmes et les hommes de notre pays sont conscients de la gravité du moment. Ils savent que la poursuite des options actuelles est de nature à compromettre l’avenir.
Ils savent qu’« il faut faire quelque chose », ils savent que leur pays couve une révolution pacifique, ils veulent que ça change.
Que devons-nous faire ? Que doit faire le FFS ?
Les forces du changement sont là ; elles sont à l’œuvre dans le pays. Non seulement dans la société, mais probablement aussi, dans les institutions ; nous en avons la ferme conviction. L’ambition du FFS, c’est de réunir les conditions qui permettent une dynamique politique, plurielle, pacifique et organisée. Osons ! A nous de conduire le changement.
A nous de nous impliquer avec force et lucidité pour rompre les enfermements et construire, avec tous les Algériens, un changement qui soit profitable à tous. Un changement qui préserve l’avenir du pays et qui mette un terme au bradage et au pillage de nos ressources et de nos richesses.
L’action pacifique, l’action légale, par des moyens légaux, pour des intérêts quotidiens, peut permettre l’amorce d’un mouvement citoyen et démocratique.
Il faut multiplier les débats avec nos compatriotes pour réhabiliter le politique et remobiliser la société. Il faut coller aux préoccupations de la population et multiplier les initiatives en direction de toutes les couches de la société notamment, celles frappées par la paupérisation, pour accompagner et soutenir leurs luttes pour la dignité.
Notre présence dans les institutions doit les faciliter et les potentialiser. C’est ainsi que nous donnerons sens à notre présence au sein des assemblées élues. C’est ainsi que nous renouerons, tous ensemble, avec l’engagement citoyen. Il faut renverser la perspective et le changement devrait se faire en partant du point de vue du citoyen. C’est la condition qui peut permettre d’enclencher une dynamique de mobilisation durable et unitaire.
International
La mondialisation sécuritaire est toujours à l’ordre du jour. Ce que nous pouvons dire, c’est que pour notre pays il n’y a pas d’avenir viable sans sécurité ; il n’y a pas de sécurité sans cohésion nationale ; il n’y a pas de cohésion nationale sans démocratie et sans bonne gouvernance.
Nous voulons mettre notre pays à l’abri des aventures et des ingérences d’où qu’elles viennent.
La crise financière et économique internationale durable, annonce un nouvel équilibre international fondé sur l’internationalisation des capitaux, le libéralisme économique et les dérégulations. L’impact sur notre pays est certain, inévitable. Sommes-nous prêts, sommes-nous préparés à cette insertion dans ce nouvel ordre en gestation ?
Force est de constater que nos relations avec les grands ensembles politiques et économiques restent illisibles. Existe-t-il par exemple, une volonté réelle d’adhérer à l’Organisation Mondiale du Commerce, ou de construire un vrai partenariat avec l’Union Européenne ?
Au cours de ce que l’on a appelé le « Printemps arabe », différents pays de la région ont connu un processus politique complexe. Ce processus a vu naître les premières tentatives de gestion politique de l’islamisme, l’élection d’Assemblées Constituantes et les premières élections libres.
Après la chute des dictatures, les islamistes sont arrivés au pouvoir par des élections et, le résultat a été reconnu en interne et par la communauté internationale.
Le processus se poursuit, il rencontre beaucoup d’obstacles et la situation dans ces pays n’est pas encore stabilisée.
Nous avons la conviction que l’Algérie ne constitue ni une anomalie ni une exception. Le printemps algérien est à venir.
Nous sommes optimistes. Nous souhaitons, nous espérons, que cette nouvelle évolution de la situation régionale permettra de lever les obstacles à la construction d’un Maghreb démocratique et d’un ensemble nord-africain solidaire. Cette construction suppose le respect de l’autodétermination de tous les peuples de la région et dans le respect de l’autodétermination individuelle. Nous sommes bien conscients que cela ne se fera pas dans l’immédiat.
Le Front des Forces Socialistes veut enraciner la dimension maghrébine parce qu’elle fonde la cohésion de nos pays. C’est pour nous une ambition nécessaire dont la réalisation est urgente. Nous continuerons de travailler au renforcement des liens humains, politiques, culturels et économiques entre nos peuples.
Cela nous permettra d’affronter ensemble les grands défis géopolitiques ou économiques qui se posent à nous, et par là-même, d’occuper la place qui nous revient en tant que versant Sud de la méditerranée occidentale.
Nous sommes en accord avec la proposition dialectique qui veut que : « Aller au Maghreb peut contribuer à déverrouiller l’intérieur de nos pays respectifs, et, déverrouiller l’intérieur de nos pays peut contribuer à construire le Maghreb ».
Quelles sont les perspectives à notre frontière sud ?
L’évolution de la situation dans la région Sahélo-Saharien a un impact important sur notre doctrine de défense et de sécurité. Nous ne sommes plus dans la conception de la sécurité nationale telle que nous l’avons connue.
Désormais, nous sommes inscrits dans une logique de sécurité collective et d’interdépendance. Le pays est impliqué, de manière directe ou indirecte, dans la lutte internationale contre le terrorisme et dans un interventionnisme extérieur qui ne dit pas son nom.
Notre doctrine de sécurité nationale est remise en cause, et, rien ne dit que nos politiques militaire, diplomatique et économique soient adaptées à cette nouvelle situation. Nous avons le devoir de prendre la mesure exacte de cette réalité nouvelle pour préserver notre souveraineté, notre autonomie de décision et la cohésion nationale.
Dans cet esprit, le FFS souligne la nécessité et l’urgence d’institutions de l’Etat, dont la légitimité soit incontestable et qui seraient pleinement associées à la redéfinition de nos options militaires, diplomatiques et économiques. Le processus de décision serait alors, sans doute, plus intelligible et plus efficace, et la décision plus crédible.
L’impératif de redéfinir une politique africaine s’impose. Pour nous, il s’agit d’une option de cœur et de raison. Ainsi, nous renouerons avec le projet africain porté par la Révolution algérienne.


hamrouche

Ancien chef de Gouvernement

Notre pays vit des moments sensibles qui vont conditionner son avenir immédiat et profiler irrémédiablement son devenir, au delà de la présidentielle, indépendamment du fait que le Président soit candidat ou pas, par l’arrivée de nouvelles générations aux postes de responsabilité.

Pour que notre pays vive ces échéances dans la cohésion, la sérénité et la discipline légale et sociale, il est primordial que les différents intérêts de groupes, de régions et de minorités soient préservés et garantis. De même qu’il est impératif que l’État préserve tous les droits et garantisse l’exercice de toutes les libertés. Ceci est essentiel pour assurer la sécurité, renforcer les avancées, corriger les distorsions, et éliminer les failles.

Faut-il rappeler ici et maintenant que la renaissance de notre identité algérienne et notre projet national ont été cristallisés, abrités et défendus, successivement, par l’Armée de Libération Nationale, puis, l’Armée Nationale Populaire ?
Cela n’a été possible que grâce aux hommes qui ont su trouver des compromis et élaborer des consensus. A chaque étape et à chaque crise, ces hommes ont su préserver l’unité des rangs, la discipline et transcender tout clivage culturel, tribal, régional en préservant l’identité et le projet national.

Faut-il convoquer aujourd’hui, la promesse d’édifier un État moderne qui survit aux hommes, aux gouvernements et aux crises ? Faut-il rappeler encore l’engagement pris de poursuivre le processus démocratique ? Faut-il invoquer la promesse de continuer la réforme ?
Nos constituants sociaux ne peuvent s’accommoder de pouvoir souverain sans contre-pouvoir. Il ne peut y avoir d’exercice d’un pouvoir d’autorité ou de mission sans habilitation par la loi et sans un contrôle. Il y va de l’intérêt et de la sécurité de l’Algérie, de tous les Algériens et de toutes les régions du pays.

C’est à ces conditions, que notre Armée Nationale Populaire assurera sa mission plus aisément et efficacement et nos institutions constitutionnelles assumeront clairement leurs rôles et fonctions.

C’est à ces conditions aussi que notre peuple persévèrera dans la voie du progrès, de l’équité et de la solidarité entre toute ses composantes sociales, et appréhendera les enjeux, tous les enjeux et relèvera les défis, tous les défis, d’aujourd’hui.

C’est à ces conditions que notre État demeurera crédible, sérieux et fiable pour ses partenaires et ses voisins.

Chaque crise a ses victimes et ses opportunités.

Évitons de gâcher ces nouvelles opportunités ou d’avoir de nouvelles victimes.

Alger le 17/2/2014


15 octobre 2013

 https://i2.wp.com/img.over-blog-kiwi.com/300x300/0/55/08/98/201310/ob_c336ff2a1a235a9a271685a8546539f0_hocine-ait-ahmed-jpg.jpeg

Le 29 septembre 2013 fut une date importante pour l’opposition démocratique algérienne, qui a fêté le cinquantenaire de la création du Front des Force Socialistes (FFS) par son actuel président d’honneur, Hocine Aït Ahmed. Cet anniversaire coïncide avec la retraite politique, depuis mai 2013, à l’occasion du cinquième congrès de son parti, de ce grand homme qui a donné plus de 70 ans de sa vie à lutte indépendantiste puis à l’opposition démocratique en Algérie.

C’est une occasion de revenir sur son parcours exceptionnel, au-delà des reproches que peuvent lui faire ses adversaires politiques concernant certains choix ou positions de l’historique chef de l’OS. Il est connu comme la bête noire des éradicateurs en Algérie. Ecrire le CV du Zaïme HAA, appelé aussi Si L’Hocine ou encore Da l’Hocine, revient simplement à écrire l’histoire contemporaine de l’Algérie.

Admiré par la quasi-totalité du peuple algérien pour son parcours historique durant la guerre de libération, Aït Ahmed Mohand Oulhoucine, dit Hocine, il a pu construire une légende autour de sa personne. On le cite souvent comme l’homme politique aux sept langues, faisant référence aux nombreuses langues étrangères qu’il maîtrise.


Le charismatique fondateur du FFS, le plus vieux parti d’opposition en Algérie, est né à Aïn El Hammam, ex-Michelet (haute Kabylie), un certain 20 août 1926. Ce descendant du Saint-poète populaire, Cheikh Mohand Oulhoucine, se familiarisa rapidement avec la vie paysanne kabyle de dignité et de fierté patriotique. Encore enfant, il compose des poèmes, en kabyle et en français, à la gloire de l’identité algérienne et contre la colonisation française. Son année de naissance correspondant également à l’époque de la création de l’Etoile-Nord-Africaine (ENA), sa route de lutte est donc déjà toute tracée !

Sur la route révolutionnaire !

L’adolescent Hocine, alors qu’il est encore lycéen à Ben Aknoun, rejoint le Parti du peuple algérien (PPA) en 1942. Il n’a que 16 ans quand il commence à prendre des responsabilités au sein du Comité central du PPA. Après les répressions du 8 mai 1945, Ouali Bennaï encadrent les jeunes Aït Ahmed, Ali Laïmache, Amar Ould-Hamouda et Omar Oussedik et les ramènt en Kabylie pour préparer la riposte du PPA. La direction nationale a décidé de déclencher une insurrection armée dans tout le pays, le 22 mai 1945, heure zéro. Le jeune Hocine, d’à peine 19 ans, est chargé d’organiser dans sa région natale cette révolution, presque improvisée. Le même rôle est attribué à tous les autres. A quelques heures de l’heure fatidique, les responsables du Parti décrochent et envoient un contre-ordre. La révolution est reportée. Hocine Aït Ahmed et ses camarades rentrent à Alger, déçus, pour passer la première partie de l’épreuve du Baccalauréat. Il réussit mais décide d’arrêter les études pour se consacrer à la politique, chez lui en Kabylie, où il est rapidement remarqué par des responsables locaux et nationaux. Entre 1945 et 1947, il n’arrête pas d’harceler la direction nationale par des initiatives, toutes radicales, qui consistent à s’organiser et préparer le peuple algérien à la Révolution.

Lors du congrès du PPA-MTLD en 1947, à Alger, il propose au Comité central (CC) la création d’une Organisation Spéciale (OS) paramilitaire qui serait chargée d’entraîner des combattants et acheter des armes afin de mieux anticiper l’éventualité d’une lutte armée. L’OS est crée et dirigée, pendant un bref moment, par Mohammed Belouizdad. En effet, alors qu’il a été désigné auparavant comme membre du CC et du Bureau politique (BP), Aït Ahmed prend la tête de l’OS, vers novembre 1947, en replacement de Belouizdad, gravement malade. En décembre 1948, lors du Comité central élargi du PPA-MTLD, le chef-national de l’OS rédige un rapport sur l’histoire de l’Algérie et les orientations idéologiques d’une très éventuelle guerre révolutionnaire.

« Il fallait surtout accorder la priorité à la préparation militaire du PPA. D’où le fait que le parti s’étant engagé dans une véritable politique légaliste ; nous avons réclamé, à plusieurs reprises, l’application des résolutions du congrès de 1947. Je pense que la répression menée par Naegelen (Marcel-Edmond Naegelen, gouverneur général de l’Algérie 1948-1951) lors des élections de 1948 a sonné le glas de la période électoraliste qui nous a permis de reprendre l’initiative au sein de l’Organisation spéciale. Personnellement,  j’ai présenté un rapport au comité central élargi, en décembre 1948, pour dire : maintenant c’est fini, il faut se préparer sérieusement », raconte le Zaïme dans cette vidéo:

Selon Mohammed Harbi, « ce document est l’analyse la plus cohérente et la plus radicale produite alors par un dirigeant algérien ». Dans ce texte, Aït Ahmed évite de parler de la langue ou de la religion, imposant le terme d’«une identité algérienne» de l’Algérie. En plus, il plaide ouvertement pour la lutte armée. Ces deux idées ont suffi pour irriter Messali Hadj qui conduisait une lutte idéologique arabo-musulmane, sous la houlette de la Ligue arabe, dont le secrétaire général est son ami Azzam Pacha.

La fausse crise berbériste de 1949

En plus de son refus d’entamer la lutte armée, Messali a, en effet, lancé, en septembre 1948, un Appel aux Nations Unies où il définit l’Algérie comme un pays arabo-musulman, dont l’histoire commence par la conquête arabe au Maghreb. Cette position a provoqué les militants kabyles radicaux du PPA-MTLD. En novembre 1948, en réponse à Messali, la fédération de France vote une motion de Rachid Ali Yahia pour demander la définition de l’identité nationale algérienne, en préconisant l’égalité entre les langues et cultures arabes et berbères. Les militants de cette fédération ont refusé la thèse d’une « Algérie arabe et musulmane » et opté pour l’idée d’une « Algérie algérienne ». C’était le premier grain de ce qui va devenir la crise berbériste de 1949, présentée par Ait Ahmed et de nombreux témoins comme un « complot contre l’OS et ses militants Kabyles qui voulaient s’emparer des décisions au sein du MTLD ». Cette motion est soutenue ouvertement par quelques chefs du Parti en Kabylie comme Ouali Bennaï et Amar Ould-Hamouda. Ces deux chefs historiques du PPA-MTLD et militants de l’OS, ont été les camarades de toujours d’Aït Ahmed depuis 1945, en plus d’Ali Laïmache et Omar Oussedik.

La pression exercée par les jeunes militants kabyles, qui veulent« une guerre révolutionnaire » et « une identité algérienne» , ramène Messali à conclure qu’il ne peut plus contenir l’insolence de cette jeunesse contre ses ordres et ses choix idéologiques. Il le découvre encore plus après le vote à l’unanimité du rapport d’Aït Ahmed par les membres du CC élargi. Il n y avait qu’une seule voix contre, et une abstention qui était celle de Messali lui-même. Sentant le contrôle du mouvement nationaliste entrain de lui échapper au profit « de jeunes révolutionnaires radicaux », pratiquement tous issus de la Kabylie, il décide de frapper fort pour rétablir son autorité.

Il ordonne à la direction du Parti, à Alger, de préparer une réaction violente à l’initiative de la fédération de France. Cette dernière est dissoute. Messali envoie des représentants pour reprendre de force tous les bureaux du parti en France, en excluant tous ceux qui sont « soupçonnés de berbérisme ». En Algérie, les messalistes propagent des rumeurs sur l’existence d’un « complot berbère fractionniste contre la nation algérienne arabo-musulmane, mené par un Parti populaire kabyle (PPK) ». A partir de mars 1949, tous les camarades berbéristes d’Aït Ahmed sont arrêtés par les autorités coloniales: Bennaï, Ould Hamouda et Oussedik, et beaucoup d’autres militants et cadres du PPA-MTLD de la Kabylie. Selon plusieurs sources historiques, tous ont été dénoncés par la direction de leur parti.

Pendant ce temps-là Aït Ahmed, porté par le succès de son initiative pour une lutte armée malgré l’abstention de Messali, cherche les moyens financiers pour acheter des armes et préparer la guerre de libération imminente. Le chef national de l’OS planifie l’attaque de la Grande poste d’Oran, avec le chef de l’OS à Oran, Ahmed Ben Bella. Grâce à la planification d’Aït Ahmed, un commandos de l’OS passe à l’action, le 5 avril 1949, et récupère, sans la moindre effusion de sang, plus de trois millions d’anciens Francs. Ce deuxième succès ne peut qu’agacer Messali davantage. Et voilà qu’Aït Ahmed est rattrapé par la purge anti-berbériste. Bien qu’il se démarque de ce qui s’est passé en France, il a été soupçonné d’être l’une des têtes pensantes des berbéristes (dans son rapport de décembre 1948, il revendique l’identité algérienne et retrace l’histoire de l’Algérie depuis l’antiquité en, citant les chefs de toutes les révolutions populaires de l’histoire maghrébine: Jugurtha, Tacfarinas, l’Emir Abdelkader, El Mokrani, etc.). En plus de ça, il a refusé de cautionner la remise en cause du patriotisme ou de porter atteinte à l’intégrité morale et physique de ses anciens compagnons. En juillet 1949, en son absence, la direction d’Alger décide de dissoudre toutes les sections de l’OS en Kabylie. Au mois de septembre, Aït Ahmed est remplacé par Ben Bella à la tête de l’OS et se voit également exclu officieusement du CC et du BP. Il ne découvrira ces changements qu’en décembre 1949. Isolé et ne recevant aucune nouvelle affectation, il vit dans la clandestinité civile totale, à Alger, depuis cette date jusqu’à fin 1951. Il profite de cette période pour revoir sa famille et se marier avec Tounsia Toudert, dite Djamila.

Le diplomate de la révolution naissante

Sur le plan politique, le PPA-MTLD est au bord de l’éclatement. Plus grave encore, les autorités coloniales découvrent l’OS et arrêtent des centaines de militants à travers tout le territoire national. Ben Bella, le nouveau patron de l’OS, est lui-même arrêté à Alger, en mois de mai 1949. Après ce coup presque fatal au mouvement indépendantiste, la direction du Parti décide de recontacter Aït Ahmed par le biais d’Ahmed Bouda, opposant à cette époque à Messali. Bouda lui propose de quitter Alger pour le Caire. Après une rencontre avec Hocine Lahoual et le Dr Chawki Mostefaï, tous deux membres influents du BP, Si L’Hocine présente un avant-projet pour lancer une diplomatie algérienne qui renforcera les liens avec le Tiers-monde et tous les mouvements anticolonialistes en Afrique et en Asie. En octobre 1951, les dirigeants du MTLD font voyager Aït Ahmed dans un bateau, en partance vers Marseille. Il monte à bord, vêtu en officier de la Marine. Mostefa Ben Boulaïd, ex-responsable de l’OS aux Aurès, fait établir à son ex-responsable hiérarchique une fausse carte d’identité. Hocine Aït Ahmed s’appelle temporairement: Saïd Farhi, né dans le douar des Ouled-Aouf à Batna.

Une fois arrivé à Marseille, il prend le train vers Paris où il devrait attendre son laissez-passer vers le Caire. En janvier 1952, Messali fait son mea-culpa non assumé. Il vient à la rencontre de l’ancien chef de l’OS. Evitant, ne serait-ce que le fait de rappeler les différends entre les deux hommes qui agitaient leur relation depuis début 1947, Messali demande à Da L’Hocine de rédiger un rapport qui définira les modalités pour relancer l’OS. Le patron du MTLD aura son rapport en février. Aït Ahmed, quant à lui, prendra la route vers le Caire, fin avril. Il fait une escale à Berne, en Suisse, où il rencontre l’ambassadeur égyptien qui lui remet un laissez-passer et lui procure un billet d’avion d’un vol-direct: Zurich-Le Caire. Le 1er mai 1952, Aït Ahmed est au Caire et devient officiellement membre de la délégation extérieure du PPA-MTLD dont l’un des éléments n’est autre que Mohammed Khider. Au Caire, il ne se préoccupe plus des conflits de «chefs», à l’intérieur du Parti, entre Messalistes et Centralistes, notamment après le congrès de 1953. Il soutiendra, néanmoins, à temps le CRUA (Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action), créé en mars 1954 comme une troisième voix. Le CRUA se substitue aux deux parties antagonistes et décide de préparer le déclenchement de la guerre de libération nationale.

En attendant, le nouveau cairote pose ses premières pierres dans l’édifice d’une diplomatie révolutionnaire algérienne. En janvier 1953, il prend part à la toute première conférence des partis socialistes asiatiques à Rangoon en Birmanie. Cette organisation marxiste a soutenu, dès lors, la lutte de libération du Nord-Africain. Il profite de ce voyage pour se rendre au Pakistan, en Inde et en Indonésie pour créer des comités de soutien à l’autodétermination du peuple algérien.

Le 1er novembre 1954, Aït Ahmed, Khider et Ben Bella (il s’est évadé de la prison en 1952 et finit par rejoindre la capitale égyptienne) étaient au Caire pour rendre publique la proclamation du Front de Libération Nationale (FLN). Ces trois leaders de l’extérieur se rajoutent aux six chefs de l’intérieur (Krim Belkacem, Mohamed Boudiaf, Rabah Bitat, Didouche Mourad, Mostefa Ben Boulaïd et Larbi Ben M’hidi) pour former le noyau dur des neufs historiques qui ont déclenché la guerre de libération nationale.

Hocine Aït Ahmed à la conférence de Bandung, en 1955.
Hocine Aït Ahmed à la conférence de Bandung, en 1955.

En avril 1955, Si L’Hocine est à la tête de la délégation algérienne à Bandung où il a présenté, avec son compagnon M’Hamed Yazid, et conjointement avec les délégations marocaine et tunisienne, un «Mémorandum Maghrébin» réclamant l’indépendance de ces trois pays. D’après l’historien français Yves Courrière, c’est uniquement grâce à l’effort individuel du natif d’Aïn El Hammam que la question algérienne sera inscrite à l’ordre du jour de cette conférence. Il est resté en Indonésie, tout seul, plus d’un mois avant ce rendez-vous, dans l’unique but de négocier et d’arracher au président Soekarno le feu vert pour la participation du FLN à l’historique «Conférence de Bandung». En début de l’année 1956, les deux diplomates de la Révolution, Hocine et Yazid, réussissent même l’exploit d’ouvrir un bureau du FLN auprès des Nations-Unies (ONU) à New York. C’est-à-dire quelques mois avant le Congrès de la Soummam, auquel Aït Ahmed, comme on le saura ci-après, devait participer.

Le congrès de la Soummam, 20 août 1956 

Aït Ahmed considère que le congrès de la Soummam est le vrai acte fondateur du Front de libération national. Lors d’une émission radiophonique, diffusée durant les années 1990 sur les ondes de la Radio nationale Chaîne 2, il s’attaqua frontalement à Ben Bella. « Il faut préciser que, de tout temps, Ben Bella considérait que c’est lui qui a fait la révolution ; lui et les Egyptiens. C’est lui qui a créé le FLN… », a-t-il rappelé avant de continuer: « la vérité c’est que le Front n’a pas été créé en novembre 1954. Il est vrai que l’appel du Caire avait sont importance et son poids psychologique. Mais la vraie organisation du Front a été entamée avec la venue d’Abane, paix à son âme. A Alger, il demanda à Rebbah Lakhdar (responsable d’Alger et lieutenant rapproché d’Abane. C’est chez lui que la décision de composer l’hymne national algérien a été prise en mai 1955) de lui organiser des auditions avec tous les chefs des partis politiques: les communistes, les centralistes, les oulémas, Ferhat Abbas, etc. Abane leur a imposé de dissoudre leurs formations et de se joindre au FLN car il a compris que la France voulait exploiter les divisions pour frapper la révolution ».

Enfonçant un peu plus le clou contre ceux qui ont confisqué le pouvoir en 1962, Aït Ahmed rajoute, sans non ironie: « Il faut dire que l’histoire n’a pas été faite par les cow-boys ». Il affirme que toute l’organisation de l’ALN et du FLN était l’« œuvre » d’Abane Ramdane, en lui reconnaissant intelligence et compétence:« Organiser le congrès de la Soummam, c’était une prouesse de sa part. Je me demande comment il a réussi à faire une telle réunion en plein cœur des batailles contre l’armée coloniale ? Quand on m’a mis au courant, j’étais vraiment content en me disant chapeau bas à lui et ses camarades ». Da L’Hocine n’a été informé de cette initiative, fondatrice de l’Etat algérien moderne, que quelques jours avant le fameux détournement d’avion d’octobre 1956.

Pratiquement deux mois après la tenue de ce congrès, l’ancien chef de l’OS rencontre Khider au Maroc. «Vers le 17 octobre, j’ai rencontré Mohamed Khider qui m’a donné une copie de la plateforme de la Soummam. Il m’a expliqué qu’on nous l’a envoyée pour que nous donnions notre avis. Je l’ai lue et elle m’a plu. Il y avait certes des petites retouches à faire mais j’étais vraiment content du résulta final », témoigne-t-il. Son compagnon d’armes l’informe, à cette même occasion, d’un détail:« Khider m’a dit qu’en fait, ils nous ont appelé, moi et Boudiaf, pour que nous soyons présents. Je lui ai demandé: alors pourquoi vous ne me l’avez pas dit ? Je ne le savais pas ! », regrette celui qui devait fêter ses 30 ans à la Soummam. « Justement, nous devrons nous réunir à Madrid. Ben Bella et Boudiaf ne sont pas d’accord avec les résolutions du Congrès », lui répond Mohamed Khider.

(à suivre)

 15 octobre 2013 |

Par Samir Ghezlaoui

in http://blogs.mediapart.fr/blog/samir-ghezlaoui/151013/hocine-ait-ahmed-l-histoire-d-un-pays-dans-le-portrait-d-un-homme

Références vidéos :


16 octobre 2013

Les cinq responsables du FLN, après le détournement de leur avion, en 1956.
Les cinq responsables du FLN, après le détournement de leur avion, en 1956.

Retiré de la vie politique depuis le printemps 2013, Hocine Aït Ahmed a donné plus de 70 ans de sa vie à lutte indépendantiste puis à l’opposition démocratique en Algérie. L’histoire d’un pays dans le portrait d’un homme, deuxième partie.

Le détournement de l’avion des Cinq

Le rendez-vous a été donc pris pour se retrouver rapidement dans la capitale espagnole. Cela sans compter sur l’arrivée d’un imprévu d’envergure. Moulay Hassan (futur roi Hassan II) a été chargé par son père, le roi Mohamed V, d’organiser le voyage d’une délégation du FLN vers Tunis pour prendre part à une conférence maghrébine autour de l’indépendance de l’Algérie et sa relation future avec le Maroc et la Tunisie. Le 22 octobre 1956, en effet, cinq responsables du FLN prennent un vol Rabat-Tunis. Aït Ahmed, chef de délégation, est accompagné par Ben Bella, Boudiaf, Khider et Lacheraf. L’avion est détourné, d’une manière à la fois douce et spectaculaire, vers Alger. A vrai dire, « cet acte de piraterie caractérisé, en violation du droit international », comme le qualifie souvent Si L’Hocine, a été très bien préparé par les autorités coloniales. De fait, plusieurs rumeurs circulaient depuis cette date à propos d’une trahison dont auraient été victimes les leaders du FLN.

Ben Bella, par exemple, a émis plusieurs fois des doutes sur la loyauté des Marocains. Il déclare ceci à la radio France Culture: « Nous devions aller avec le sultan du Maroc dans son avion, puis il y a eu un changement de programme. On nous a dit: vous n’allez pas dans l’avion de Mohammed V car il y a son harem. Vous irez dans un autre avion ». En 2008, des accusations graves et affirmatives, cette fois-ci, viennent de l’écrivain et journaliste égyptien Mohamed Hassanein Heikal, ancien directeur d’Al-Ahram. Ce dernier a accusé, sur Al-Jazzera, le pouvoir marocain de l’époque, notamment le prince Hassan, d’avoir livré les « Cinq » au gouvernement de Guy Mollet.

Évoquant « le devoir de mémoire et de vérité », Hocine Aït Ahmed accepte de livrer sa version des faits sur la chaîne franco-marocaine Midi1Sat:

Il explique qu’après l’arraisonnement de l’avion Air Atlas – Air Maroc, le souverain chérifien était très en colère. « La réponse du roi Mohamed V était ferme. Il a dénoncé fermement cet acte. Il faut rappeler quand même qu’il a proposé son fils (le prince héritier Hassan) comme otage en échange de nous », admet-il encore. L’historique chef du FLN explique que même le futur roi Hassan II a été très dévoué à la cause algérienne, avec cet argument: « Je devais faire venir un bateau d’armes des Etats-Unis au Maroc, et je me suis adressé au prince héritier Moulay Hassan qui m’a dit: je vous donne la licence et je vous autorise à faire ça ».

Enfin, il affirme que c’est lui-même, en sa qualité de chef de délégation, qui a réclamé de voyager dans un deuxième avion, en pensant que c’était très risqué d’exposer le roi Mohamed V, sachant que le Sdece (Service français de documentation extérieure et de contrespionnage) guettait de près les chefs du FLN à Tunis, à Rabat et au Caire. « Le prince Hassan a transmis, au roi Mohamed V, ma crainte lorsqu’ils ont décidé que nous partions ensemble dans le même avion que le roi. Je les ai mis en garde contre les risques qu’encourait le roi Mohamed V et suggéré de prendre un autre avion », a précisé Aït Ahmed avec assurance.

Il profite de cette tribune pour rappeler les objectifs visés par ce qui devait être la conférence maghrébine de Tunis pour la paix (en plus du FLN et du roi Mohamed V, le président tunisien Habib Bourguiba devait être présent aussi). L’artisan de Bandung poursuit son témoignage télévisé: « Je me suis confié à une journaliste française en lui disant que désormais l’affaire de l’indépendance de l’Algérie, ce n’est plus le monopole des Algériens mais de tout le Maghreb. C’est notre nouvelle stratégie. Avec tout le Maghreb uni, les rapports de forces changeront… J’ai profité de cet entretien pour lui donner le document des résolutions de la Soummam ». Cette journaliste française qui a fait le voyage avec les « cinq historiques », à bord du Douglas DC-3, s’appelait Eve Paret-Deschamps. Lors d’un épisode des «Dossiers de l’écran», émission diffusée sur Antenne 2 (France 2), le 4 mai 1982, Paret-Deschamps, face à face avec Aït Ahmed, relit ce qu’il lui déclara 26 ans auparavant: « Les conversations que nous avions eues, à Rabat, avec le roi Mohamed V étaient très utiles. Nous avons eu un débat sérieux pour une solution d’ensemble, qui pourrait être proposée à un gouvernement vraiment désireux de négocier. Il n’y a pas une solution marocaine, une solution tunisienne, une solution algérienne ; il y a une solution nord-africaine parce qu’il y a un problème nord-africain. Nous voudrions faire une fédération des trois pays de l’Afrique du Nord, et après conclure avec la France une alliance étroite ». Selon plusieurs acteurs et sources historiques, dont Mustapha Lacheraf, les seuls traîtres dans cette affaire sont le pilote et l’équipage qui étaient tous français. Ils ont fini par céder aux pressions et au harcèlement du Sdece.

Le GPRA et les accords d’Evian 

En prison, Aït Ahmed continue la lutte à sa manière. Il a entretenu une correspondance régulière, jusqu’à l’indépendance, avec les chefs de la révolution en liberté. Selon Redha Malek, « l’idée de créer le gouvernement provisoire, comme action radicale et point de non-retour vers l’indépendance, est venue de Hocine Aït Ahmed ». Le leader emprisonné suivait les conflits de chefferie qui risquaient de casser la révolution à tout moment. Ce qui posait problème, c’était surtout le fait que beaucoup de responsables influents refusaient de se soumettre aux résolutions du congrès de la Soummam et aux ordres du CCE (Comité de coordination et d’exécution), créé par Abane. Alors, Aït Ahmed propose de dissoudre le CCE au profit d’un gouvernement provisoire algérien qui sera l’instance exécutive suprême de la révolution. Lors d’une réunion du Conseil national de la révolution (CNRA), tenue au Caire en août 1958, cette proposition a été effectivement concrétisée. Le 19 septembre, Ferhat Abbas fait sa première déclaration en tant que président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA).

Le GPRA s’imposa rapidement comme le seul porte-parole légitime de la révolution. Mais en réalité, la lutte fratricide perdurait: ceux qui étaient contre les résolutions de la Soummam l’étaient encore davantage contre le GPRA. Hocine Aït Ahmed raconte sur la chaîne française Histoire que « pendant les négociations entre le GPRA et le gouvernement français, la crise latente, qui existait entre le haut commandement de l’armée aux frontières marocaines et aux frontières tunisiennes, commence à paraître. C’est à ce moment là que les militaires commencent à prendre des initiatives politiques très fortes. Ils ont manifesté leur désaccord avant la signature des accords d’Evian. C’était pour nous, un devoir de rappeler à l’ordre l’Etat-major. Donc nous avons écrit aux dirigeants militaires pour leur dire que c’est une erreur politique grave que d’avoir ouvert une crise au moment des négociations. Et nous avons écrit une lettre de soutien à Benkhedda ».

Dans ce cadre, HAA dévoile l’une des premières conspirations politiques orchestrées contre le GPRA par le colonel Houari Boumediene, chef de l’État-major général (EMG) créé en 1959. Mal connu dans la société algérienne, Mohamed Bouhkarouba commença à chercher le soutien des «Historiques» emprisonnés en France. « Boumediene a envoyé Bouteflika recruter un historique. Ils voulaient d’abord convaincre Boudiaf de les rejoindre. Boudiaf leur a dit: “Qu’est-ce que c’est que cette initiative que vous prenez ? Vous divisez le pays. Au moins il fallait être en position de force au moment des négociations”. Il a été très dur à l’égard de l’Etat-major. Donc out… le nom de Boudiaf est éliminé. En ce qui me concerne, il n’était pas question de m’en parler, ils connaissaient déjà mon point de vue idéologique. Ils se sont rabattus sur Ben Bella », avance le futur ministre d’Etat, toujours pour la chaîne Histoire. Redha Malek, l’un des négociateurs des accords d’Evian, affirme aussi que « Boumediene était contre les accords d’Evian dès le début des négociations ». Quant à Aït Ahmed, il a soutenu ces accords et le GPRA. Dans un document vidéo diffusé par l’Ina.fr,il admet qu’il « était pour les accords d’Evian car ils permettaient d’abord à l’Algérie d’accéder à l’indépendance. Et en suite, ce qui est plus important, éviter la partition. Mon cauchemar, c’était la partition ».

Signature des accords d'Evian, mars 1962.
                                                                                               Signature des accords d’Evian, mars 1962.

Aussitôt les accords d’Evian signés, le 19 mars 1962, Aït Ahmed et tous les prisonniers politiques ont été libérés. Soulagé de retrouver son pays, il décrit, dans un autre témoignage, la satisfaction du peuple algérien du cessez-le-feu: « C’était un instant de bonheur, et surtout de voir la joie, le déferlement d’enthousiasme et les danses ! C’était une atmosphère presque magico-métaphysique. C’était extraordinaire. C’était irréaliste de voir les femmes enlever leurs voiles et se mettre en jupon et aller embrasser les hommes ». Cette ambiance festive est vite gâchée par les attentats terroristes de l’OAS et la lutte des «Chefs» de l’été 1962.

La lutte des clans et l’indépendance confisquée

Alors que rien n’allait plus entre le GPRA et l’EMG depuis 1961, malgré le remplacement de Ferhat Abbas par Benkhedda, les désaccords vont encore s’aggraver davantage dès avril 1962. C’est en ce mois que les cinq historiques seront unis pour la dernière fois. Boumediene les reçoit à l’Etat-major mais ne veut rien céder à quiconque. Pourtant, ayant compris l’alliance Boumediene-Ben Bella, Aït Ahmed a sollicité la médiation de Jamal Abdel-Nasser, très influent sur les deux alliés. Interrogé dans « Algérie été 1962: l’indépendance à deux visages », film documentaire réalisé en 2002 par Jean Michel Meurice et Benjamin Stora, le fondateur du premier parti d’opposition au régime de Ben Bella assure: « Personnellement, j’ai fait des efforts pour que nous rentrions unis (au pays). J’ai profité de ma présence au Caire, lors de la réunion du Groupe Africain de Casablanca (le GAC est l’un des ancêtres de l’actuelle Union africaine. Fort probablement, Aït Ahmed parle de la deuxième session du comité économique de ce groupe, tenue entre le 26 mars et le 2 avril 1962.), pour aller voir Nasser, avec l’autorisation du chef du gouvernement. Je lui ai dit: “si jamais cette crise atteint l’Algérie, vous ne seriez pas gagnant, Ben Bella aussi, personne ne sera gagnant. Ce sera l’atomisation. S’il vous plaît, faites quelque chose. Moi, je suis prêt à soutenir un remaniement possible du GPRA pour mettre à sa tête Ben Bella. Mais de grâce, il faut intervenir parce que ce qui risque de se produire en Algérie, c’est du nihilisme si on dérive vers la guerre civile” ».

« Algérie été 1962: l’indépendance à deux visages », par Jean-Michel Meurice et Benjamin Stora (2002).

La division entre les différentes fractions à la tête de la révolution va s’éterniser et se concrétise avec l’entêtement de Ben Bella, fort du soutien de l’Etat-major, qui a tout fait pour convoquer un congrès du CNRA. Il aura ce qu’il demande pour le 27 mai 1962. La réunion se tient à Tripoli. Seuls les responsables de l’Algérois (la wilaya IV) s’opposent clairement au Congrès de Tripoli et réclament sa tenue à l’intérieur du pays. Aït Ahmed de son côté était contre mais il a fini par y participer. Il s’explique sur ce point en ces paroles : « j’étais contre la réunion du CNRA à Tripoli. Pour moi, ce qui était important, c’était d’envoyer tous les cadres disponibles à l’intérieur du pays, surtout qu’il y a eu la lutte contre l’OAS. Une fois en Algérie, il fallait créer des conditions et des préparations démocratiques du congrès du FLN. C’était ça ma vision. Je m’y étais opposé mais minoritaire. »

Le premier point de l’ordre du jour était de valider les accords d’Evian. Le CNRA, en effet, a voté unanimement la signature des accords d’Evian. Aït Ahmed raconte que Redha Malek et Ben Yahia se sont même autocritiqués en expliquant qu’ils ont dû faire des concessions durant les négociations pour accéder à l’indépendance. Selon lui (et c’est ce que confirme souvent Ali Haroun): « 30 membres ont voté contre dont Boumediene et Si Nacer (nom de guerre du colonel de la wilaya III Mohammedi Saïd, soutien indéfectible de Ben Bella) en disant que les négociateurs ont vendu l’Algérie à la France ». Le zaïme se souvient deux anecdotes très descriptives de l’ambiance régnant lors des travaux de ce congrès: « Nous avons adopté la plateforme. Après l’adoption, deux notes folkloriques: Ferhat Abbas crie et dit, en montrant la plateforme: “ça, c’est du communisme mal digéré”, mais il l’a votée quand même. Et Si Nacer a dit, en faisant le salut de la main, après l’adoption de la plateforme à l’unanimité: “Heil Hitler” ».

A l’entame du deuxième point de l’ordre du jour, c’est-à-dire la désignation du bureau politique, l’entente a été impossible et les travaux ont été levés sans jamais reprendre depuis le 7 juin 1962. Selon Ali Haroun, « l’ambiance a été surchauffée. Des mots regrettables ont été prononcés par certains. Pour calmer les esprits, Omar Boudaoud, président de la séance, a suspendu les travaux en annonçant qu’ils reprendraient le lendemain. Depuis ce jour-là, le CNRA ne s’est jamais réunis de nouveau. Donc il n y a pas eu de vote au congrès de Tripoli pour élire une direction, majoritairement et démocratiquement. Il n y a eu plus de représentation politique du FLN, légitime et acceptée par tous ».

L’ANC et la constitution du Majestic

Avec la confrontation fratricide qui perdure entre les trois groupes «Alger», «Tlemcen» et «Tizi-Ouzou», Aït Ahmed démissionne du GPRA le 27 juillet 1962, refusant cette lutte de clans. « Je profite d’une escale à Paris pour rendre publique ma démission de tous les organismes directeurs de la révolution. Cette décision est irrévocable. Elle répond au consensus populaire, au désir profond du peuple qui rend responsable tous les dirigeants, sans exception, de la situation actuelle et qui voudrait voir tous s’en aller», déclare à l’époque Aït Ahmed sur la télévision française.

Il a salué, à cette occasion, « l’attitude responsable et intelligente, parce que neutre et arbitrale, des frères dirigeants de la wilaya IV ». Il a appelé par ailleurs, le comité inter-wilayas, constitué le 25 juin 1962 par les wilayas II, III, IV, la Zone autonome d’Alger et la Fédération de France, à « dégager une formule de réconciliation nationale et d’une direction incontestée ». Pour rappel, ce comité, initié par Boudiaf et Krim Belkacem, entre rapidement en conflit avec l’EMG de Houari Boumediene qui a eu la mainmise sur le CNRA et toute l’armée des frontières.  Répondant à son intervieweur sur ceux qui devront mener l’arbitrage entre les différents clans, le démissionnaire répond sans ambigüité: « la solution est dans l’arbitrage et la médiation qui se développe à l’heure actuelle. L’arbitrage des militants qui s’articulera probablement sur le conseil inter-wilayas et non pas le CNRA. Je dois dire franchement, le CNRA est un organisme qui me paraît réactionnaire en ce sens qu’il ne reflète pas l’esprit de la révolution, ni la nature de la révolution. Son niveau politique ne lui permet pas de s’adapter et de participer à la reconversion de notre lutte en fonction des tâches d’édification. »

Le 3 août 1962, à Alger, Ben Bella impose son choix de constituer un nouveau bureau politique qui remplacera le GPRA à la tête de l’Etat algérien naissant. Aït Ahmed refuse encore une fois de s’associer à ce coup de force mais Boudiaf y participe cette fois-ci (les deux hommes ont déjà refusé la même proposition du groupe de Tlemcen, le 22 juillet). Le 9 septembre, l’armée des frontières rentre victorieuse à Alger après plusieurs semaines d’exactions et de confrontation militaire avec quelques wilayas (particulièrement la wilaya IV).

Le 20 septembre, l’Assemblée nationale constituante (ANC) a été élue sur liste unique. Autrement dit, beaucoup de cadres du FLN et de l’ALN révolutionnaires sont désignés comme députés d’office de l’ANC, malgré leur opposition à Ben Bella. C’est le cas de Krim, Boudiaf et Aït Ahmed. Ce dernier n’a pas cessé de critiquer la nature du régime que veulent instaurer les benbelistes. Voilà l’une de ses interventions en tant que député de l’ANC : « ce qui importe, c’est de redonner la parole au peuple. Nous nous engageons, de toute façon, à militer pour la permanence des règles de jeu démocratique, pour le respect du pluralisme linguistique et le pluralisme politique. Personnellement, je suis allergique aux adjectifs ; république, démocratique, populaire… formidable ! Moi je me contenterais du mot République. Ce qui est important, c’est le contenu. Nous espérons innover en la matière, faire œuvre pédagogique, et ne pas tomber uniquement dans les représentations symboliques. Il faut essayer de donner un contenu réel, un contenu démocratique ; redonner aux Algériens le droit à l’autodétermination, c’est ça que nous voulons». Le 25 septembre, Ferhat Abbas est élu président de l’ANC et Ben Bella est appelé à former le premier gouvernement de l’Algérie indépendante. Le 29 septembre 1962, Ben Bella forme son gouvernement sur mesure.

A l’occasion de la célébration du premier anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, le 5 juillet 1963,  Aït Ahmed critique ouvertement le clanisme et le régionalisme de Ben Bella. Il paraît dans un documentaire, produit conjointement par les télévisions algérienne et française, pour lancer un message très clair: « Tout va mal. Pour que ça aille bien, il faut en discuter. Discuter avec qui ? Avec les véritables révolutionnaires… La majorité des députés étaient pour l’ouverture d’un débat. Je les ai vus, j’ai fait un travail de couloir. Tous se plaignent de la situation, de la dégradation qu’il y a dans le pays… Il n y a qu’à faire le contraire de ce qui a été fait à Tlemcen. Tlemcen c’est de la démagogie révolutionnaire. C’est la politique de clans. Ce sont les alliances du hasard et c’est la guerre civile, il faut faire le contraire. Je suis contre la guerre civile, je suis contre la politique de clans. Que Ben Bella fasse un gouvernement d’union nationale avec les véritable révolutionnaires, je le soutiendrai, ou qu’il s’en aille». Faisant la sourde oreille, son successeur à la tête de l’OS refuse la moindre ouverture d’esprit et refuse de partager le pouvoir avec les «vrais révolutionnaires». Ainsi, en dehors de l’ANC, il se fait préparer un avant-projet de constitution qui sera approuvé par référendum national le 8 septembre 1963 et promulgué deux jours après.

Selon plusieurs témoignages comme celui d’Ali Haroun, député de l’ANC, les cadres du FLN pro-Ben Bella, c’est-à-dire le BP, se réunissent trois jours avant la plénière (celle du 28 août 1963 où le texte de la nouvelle constitution sera adoptée) dans un grand cinéma d’Alger, le Majestic (actuellement l’Atlas), et adoptent un texte d’avant-projet pour la constitution sans que la sous-commission de la rédaction de ce texte, désignée par l’assemblée constituante, ne soit au courant. De son côté, Aït Ahmed explique à qui voulait l’entendre que «la constitution a été faite dans un cinéma par des gens triés sur le volet. Et puis, comme à chaque fois, ils essayent de respecter les normes en l’imposant à l’Assemblée constituante. C’est là où le sens de l’honneur chez certains, comme Ferhat Abbas, les a poussé à démissionner». L’ascension autoritaire de Ben Bella ne s’arrête pas à ce niveau. Le 15 septembre 1963, il s’impose comme le premier président élu de l’Algérie indépendante et s’offre les pleins pouvoirs, bien sûr sous l’œil, à la fois protecteur et méfiant, de son allié Boumediene, nommé à juste titre ministre de la Défense et vice-président.

16 octobre 2013 |

par Samir Ghezlaoui

in http://blogs.mediapart.fr/blog/samir-ghezlaoui/161013/hocine-ait-ahmed-2-de-lenlevement-aux-accords-devian

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