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Pourquoi voter FFS ?

 

  1. Il faut voter, réactiver la politique, car l’heure de la politique est de retour. Les exportations et le prix du pétrole vont baisser, le pouvoir militaire ne pourra comme au début de la décennie noire nous vendre la démocratie en échange de la paix sociale, pour la pervertir ensuite avec le retour des vaches grasses. Nous allons entrés dans l’ère des vaches maigres et de la gestion rationnelle des ressources.

 

La politique sera de retour d’abord pour éviter la catastrophe et la guerre civile. Le pouvoir militaire a entretenu le peuple avec des importations, il ne lui a pas appris à travailler. Quand l’heure des vaches maigres arrivera, la folie s’installera parmi nous. Nos besoins excités (penser à la jeunesse de notre société !) ne trouveront pas à se satisfaire. Les sociétés machinistes convoiteront nos énergies au plus bas prix. Elles profiteront de nos faiblesses. Alors que nous nous enfoncerons dans la guerre civile, elles exporteront notre énergie.

 

2. Pourquoi voter FFS ? Pour préparer la transition démocratique, afin que la résolution de nos problèmes le soit de manière pacifique, de manière politique, afin que nous puissions construire des consensus sociaux, économiques et politiques. Pour rendre l’initiative à la société, après que l’Etat ait monopolisé, centralisé toute l’activité. Pour que la croissance ne soit pas appauvrissement mais développement des capacités de la société.

 

3. Pourquoi participer à des élections locales qui consacrent l’impuissance des élus ? Pourquoi voter pour des élus qui n’auront aucun pouvoir[1] ? Aujourd’hui, l’Etat sait mieux que le citoyen ce dont la société a besoin. Ses statistiques donnent de meilleures informations que nos sentiments, nos expériences. Ses différentes directions s’occupent de nos besoins. Les ressources de l’Etat écrasent les ressources des citoyens, la dépense publique règne en maître. L’Etat seul dépense et il sait mieux que quiconque où il doit dépenser l’argent public. Il le sait mieux que nous, il ne nous le dit pas, mais nous ne pourrons le contester.

 

Où est donc le mal si l’Etat sait où (où) il dépense ? Le mal est dans comment le pouvoir militaire dépense. Le pouvoir militaire prend nos besoins pour prétexte à la dépense, il préfère juste les grands projets aux petits. Les petites infrastructures sont délaissées. Ce qui importe pour lui est dans la manière de dépenser, dans la gestion des marchés publics, où il s’attribue les profits, les parties juteuses de ces projets. Le pouvoir militaire s’est entendu contre la société, en ayant destitué le politique, il peut s’attribuer les profits faciles et faire supporter les coûts présents et à venir à la société, voilà pourquoi il nous nourrit mais ne nous apprend pas à travailler (penser au célèbre proverbe chinois).

 

Sous prétexte de servir la population, le pouvoir militaire la dépouille, la désarme face à la concurrence extérieure. Le peuple algérien est incapable de couvrir ses besoins fondamentaux sans l’aide extérieure. Faut-il attendre que le pétrole ne coule plus, faut-il attendre la catastrophe, pour se rendre compte de cette réalité ? Voilà en quoi consiste la manière de dépenser du pouvoir militaire, voilà en quoi consiste le développement sans et contre la société : s’enrichir et appauvrir la société.

 

Si les élus de manière générale ne peuvent (et ne doivent) plus décider du pourquoi de la dépense, ils peuvent et doivent savoir la manière dont est géré l’argent public, ils peuvent aider la société à s’informer puis à se mobiliser. Ils peuvent et doivent, avec l’aide de la population, soutenir certaines manières de faire et s’opposer à d’autres.

 

Voilà pourquoi aujourd’hui l’enjeu est-il d’abord de l’ordre du savoir : l’élu et le militant, doivent se faire aider par des « experts » afin de savoir quelles sont les destinations finales de l’argent public et le prix qu’il en coûte pour la société. Certains projets sont à peine des maquillages de détournements. Beaucoup cependant résultent d’un grand travail de maquillage. Beaucoup de bureaux d’études sont employés hélas dans ce but. Où va l’argent public ! Telle devrait être notre première exigence. Nos besoins étant connus, où va-t-il en fait ! Il enrichit les uns (ceux qui l’expatrient), et appauvrit les autres (ceux qui ne peuvent quitter le pays). Si nous ne (devons ni ne) pouvons décider (en théorie) où il va, nous pouvons l’empêcher d’aller là où il veut, en fait.

 

Viendra ainsi l’enjeu du pouvoir : il faudra créer les rapports de forces qui puissent aider ou empêcher les flux d’argent et de marchandises de prendre certaines destinations plutôt que d’autres. Ainsi l’argent pourra-t-il aller aux gens qui travaillent, aux entrepreneurs et non aux militaires (certains ont compris cela et se sont transformés en actionnaires). Ainsi la société pourra-t-elle être en mesure de couvrir par elle-même ses besoins de base, d’être in(ter)dépendante et non aliénée.

 

Il faut donc voter FFS pour que dans son cadre, les élus avec l’aide de la population et de ses experts, tout le monde, puisse SAVOIR où va l’argent public et puisse COMBATTRE afin qu’il aille à ses destinataires légitimes : ceux qui accroissent le pouvoir productif de la société, ceux qui enrichissent la société et non ceux qui l’appauvrissent. Un élu séparément, ou un candidat des partis du pouvoir, ne peut être que l’instrument du pouvoir militaire et un vendeur d’illusions. Une commune séparément, ou une wilaya séparément, ne peut parvenir à la maîtrise théorique ou pratique des flux et des stocks.

 

Le retour de la politique est donc proche, faisons en sorte qu’il précède une catastrophe et l’empêche, une catastrophe que nous avons refuser longtemps de voir venir ! Vive la politique, à bas la dictature !

 

Arezki DERGUINI

Bgayet 24/11/2012


Un os nommé Ait Ahmed
Interview de Hocine Aït Ahmed

Entretien réalisé par Saad Ziane, Libre Algérie n° 40 , 13 au 28 mars 2000-

Pour sa première interview depuis l’incident cardiaque qu’il a eu en Avril 1999, M.Hocine Aït Ahmed, va au fond des choses et dissèque la situation politique du pays et dénonce les illusions des fausses sorties de crise qui reconduisent les logiques qui ont mené le pays à la guerre et aux horreurs.

Commençons par l’actualité immédiate : que vous inspire la grâce amnistiante décrétée par le pouvoir…

D’abord, je suis de ceux qui ne séparent jamais la politique de l’ethique. Tout ce qui peut sauver une vie humaine, je le salue… Une vie humaine est un empire. Le second principe est qu’on ne peut pas blanchir comme ça, d’un trait de plume, ceux qui, des deux cotés, ont commis des massacres et des crimes. À l’évidence, la grâce, le pardon ou l’amnistie devraient être l’aboutissement d’un processus politique et psychologique qui concerne les victimes et toute la nation algérienne. Une mesure judiciaire ne peut faire le printemps, ni ramener la sérénité dans les coeurs des victimes. Sinon cela serait tout autre chose qu’une amnistie. On se retrouve devant une amnésie générale qu’on essaye d’imposer de manière autoritaire pour occulter les terribles épreuves subies par la nation au cours de ces dernières années. Je comprends que les victimes, toutes les victimes, celle du terrorisme islamiste comme celles de la violence d’Etat ressentent une profonde blessure. On leur a tué les leurs et personne n’est venu avouer son crime, ni s’expliquer et demander le pardon. C’est terrible car ils sont mis dans une situation d’incapacité d’entamer le douloureux et nécessaire travail de deuil. Et c’est terrible également pour la nation toute entière. Car en décidant par décret cette amnésie générale, en imposant cette absolution mutuelle entre gens d’armes, on ajoute à l’horreur subie, l’insoutenable absurdité de n’en tirer aucun enseignement pour le pays et ses enfants. Cette absolution, cette amnésie, ce refus d’appréhender les choses par la parole et la reconnaissance des torts, est une agression politique et psychologique.

En revanche, la solution politique que nous préconisons depuis toujours a justement pour but de créer les conditions d’un débat national qui va au fond des choses.  » Plus jamais ça  » en sera l’enseignement historique. Le syndrome de la guerre civile en Espagne y a permis la réussite de la transition démocratique car il a responsabilisé et rassemblé l’ensemble des acteurs politiques sur le leitmotiv: plus de retour à l’horreur, plus de retour à la case départ. Ce serait aussi pour nous le point de non-retour. Nous rendrons ainsi impossible l’usage de la force pour se maintenir au pouvoir ou pour y parvenir. Cette grâce par l’amnésie a peut-être suscité de faux espoirs, mais elle n’aboutit pas à cet enseignement. Au contraire, elle donne une prime exhorbitante au sabre et à la Kalashnikov. Une fois de plus quelle grave et dangereuse fausse sortie de crise ! Cette manière de faire ne préjuge rien de bon. Il est vraiment intolérable de laisser les choses en l’état. Le ventre d’où est issue la bête immonde n’en est que plus fécond, pour paraphraser Brecht.

Comment aurait-il fallu s’y prendre ?

L’histoire récente ne manque pas de modèle de sortie de crise. Prenons le plus parlant d’entre eux, celui de l’Afrique du sud. Il nous concerne directement. On a commencé par le commencement, mettre les partenaires politiques autour d’une table pour, d’une part, trouver une solution politique et ramener la paix et, d’autre part, préparer l’avenir démocratique en arrêtant les échéances pour édifier un Etat nouveau dans le respect du pluralisme et de la convivialité. Ce n’était pas une tache facile après des siècles de ségrégation raciale et de tueries, mais c’était la voie de la raison imposée par la volonté politique des uns et des autres. Ce n’est qu’à partir de là, qu’un climat de confiance et d’espoir a été créé et a fait tomber les tabous. C’est ce qui a rendu possible cette douloureuse thérapie par la vérité, ce psychodrame collectif comme moyen de réconcilier la société avec elle-même, dans le respect de ses différences. Les vertus de la thérapie par le débat et la vérité, pour l’individu comme pour une nation, ne sont pas à démontrer. Par contre, l’amnésie, c’est une maladie, ce n’est pas un chemin pour la guérison. Elle est grave pour un individu et absolument désastreuse pour toute une nation. On ne peut ignorer, mépriser, défier, voire insulter les Algériens qui ont perdu les leurs en grand nombre. Huit ans de sale guerre, plus de120.000 morts, des milliers de disparus, des destuctions hallucinantes et voilà qu’on fait en sorte que cela se termine en queue de poisson. La paix n’est pas là et la mort, cet incurable bacille , continue sa ronde macabre d’une région à une autre , étalant ses horreurs quotidiennement à la une des journaux. Un cautère sur jambe de bois. On s’est abstenu de remonter aux racines du mal, on a mis les Algériens et les acteurs politiques sur la touche au lieu de les associer. Au contraire, tout se fait dans les coulisses en recourant aux ruses et aux manipulations de bas étage. C’est qu’on ne veut pas résoudre le problème politiquement. Les logiques qui ont mené le pays à la ruine et vers la barbarie sont ainsi reconduites.

À l’évidence, la politique d’amnésie nous éloigne du sens véritable de la concorde. C’est plus qu’un échec. Quand les choses se font ainsi, l’impunité est consacrée et la violence banalisée. De plus, cette banalisation peut être perçue comme une prime à la violence. On est dans une situation Kafkaienne, celle de « crimes sans criminels et de criminels sans crimes « . Les Algériens en dépit des bombardements médiatiques qu’ils subissent comprennent, de plus en plus, que le référendum, n’était qu’une misérable comédie destinée à donner au chef de l’Etat imposé par la fraude, la légitimité qu’il n’a pu avoir au scrutin présidentiel. Et non pas à ramener la paix et résoudre les problèmes du pays. Toujours et encore la tragédie combinée à l’Opéra-bouffe , qui sont chargés de ne pas rendre la vue à l’Occident aveugle.

Est-ce que vous comprenez l’amertume chez les victimes ?

Je comprends que les victimes du terrorisme comme celles qui ont subi l’implacable répression du pouvoir ne comprennent rien à ce qui arrive. D’autant que la terreur, la mort et la peur sont toujours là. D’autres provocations criminelles semblent se mettre en place en Kabylie, à l’occasion de l’anniversaire du printemps amazigh qui a contribué à enraciner la revendication des pluralismes, Il nous faut un électrochoc à la mesure de la tragédie subie et des révisions déchirantes s’imposent pour les protagonistes de la guerre. Lorsque la question de la réconciliation est posée en termes techniques, on court droit à l’echec. C’est criminel de ne pas tirer les leçons de ces huit ans de souffrances imposées aux Algériens. Seuls les enseignements tirés des tueries absurdes et cruelles peuvent convaincre les familles de victimes que la réconciliation est une nécessité pour arrêter la machine qui risque encore de broyer les vies par centaines voire par milliers. Cela ne raménera pas, hélas, les êtres chers disparus, mais nous leur devons de tout faire pour qu’ils ne soient pas morts en vain. C’est aussi une manière d’honorer leur mémoire. Redonner la parole aux Algériens, c’est leur restituer leurs défenses immunitaires naturelles et les prémunir contre d’autres dérives sanglantes.

Ce qui n’est pas le cas avec la politique menée.

Ce n’est malheureusement pas le cas. La politique de l’éradication qui se fonde uniquement sur la violence et refuse la solution politique entraîne une responsabilité écrasante de ceux qui ne veulent pas la paix. Le choix est en effet entre la guerre et la paix. Les ultras au sein du pouvoir ont choisi la guerre. C’est clair, leur entêtement à refuser la solution politique, c’est-à-dire la paix, provient de leur refus obsessionnel de reprendre le chemin de la transition démocratique et de perdre le monopole politique qui pérénise leur système.

Nous voilà donc devant la quadrature du cercle. Ce sera le cas aussi longtemps qu’il n’y aura pas un compromis librement discuté, un dialogue transparent qui associe la population, car le premier et le plus important des dialogues, c’est avec les Algériens qu’il doit se faire. Il faut sortir de la politique du mépris pour entrer dans une dynamique politique de paix. L’Algérie en sera , à juste raison, plus

glorieuse d’elle-même, en ouvrant la porte du bonheur à son humanité.

Le problème est-il inhérent au refus permanent de toute alternative de changement ?

C’est tout à fait exact en ce qui concerne le pouvoir. Les Algériens se souviennent de toutes les occasions perdues depuis plus de trois décennies. À titre d’exemple, le coup d’Etat du 19 juin 1965 s’est fait contre l’accord FFS-FLN proclamé, trois jours auparavant, le 15 juin; accord qui dessinait les prémices d’une alternative pluraliste. Puis en juin 91, des chars ont investi Alger, Mouloud Hamrouche a été limogé et le premier processus législatif a été arrêté par un coup de force. Il faut le marteler : c’était un coup d’Etat et un état de siège contre les forces démocratiques et non contre les islamistes. Le système est incompatible avec un Parlement réellement représentatif, c’est ça l’équation fondamentale. Une telle institution serait une brèche stratégique ne serait-ce que par le contrôle qu’elle pourrait exercer sur l’usage des deniers publics. Ce serait la fin d’une gestion en vase clos exercée par des réseaux, sans reddition de comptes et dans l’impunité totale. La naissance historique du Parlement britannique avait pour but constitutif de contrôler l’usage des deniers publics. Il n’est pas inutile de le rappeler et de comparer avec cette APN algérienne factice qui ne voit rien, ne contrôle rien et ne demande jamais rien.

Le statu-quo, expression du refus de changement, est imposé par deux institutions fondamentales du régime : la force et la fraude électorale. Même l’alternance crédibilisée par les engagements solennels et publics du Général Liamine Zeroual s’est teminée en queue de poison. C’était un scrutin préfabriqué par les baionnettes.

Le régime ne change pas, mais les choses ont bien changé à travers le pays. Le retrait des six en a été l’expression spectaculaire, à la mesure des changements profonds qui ont animé la dynamique populaire lors de la campagne électorale. Cette dynamique a fait paniquer le régime, c’est ce qui explique l’OPA sur les urnes, le refus de lever l’état d’urgence, la relance des attentats et le harcèlement contre les forces politiques autonomes.

Ne pensez-vous pas que l’alternative manque de visibilité ?

On ne peut pas dire que le Contrat National, signé à Rome, n’était pas visible puisqu’il est apparu comme une alternative sérieuse non seulement au plan national mais aussi au niveau international. Les réactions et les attaques grossières du régime s’expliquent justement par sa visibilité et son énorme impact. Le changement était à portée de main pour peu que les tenants du système aient accepté l’offre de paix.

Le Contrat National était en lui-même un événement historique. Pour la première fois, dans l’Algérie indépendante, les partis d’opposition et des personnalités de tendances et idéologies différentes ont dialogué et ont fini par se mettre d’accord sur une solution pacifique, politique et démocratique de la crise. Nous avons commencé enfin à faire de la politique rappelant ainsi le pluralisme politique qui a existé dans la société durant la décennie 1944-1954. Nous ne nous sommes pas contentés de faire une déclaration platonique, nous avons proposé tout un processus concrèt pour ramener la paix et mettre en place, à plusieurs, les institutions pour préparer le retour à la transition démocratique. Nous avons tenu à faire un travail de balisage en précisant les principes qui constituent les piliers d’un système démocratique. Nous avons consacré le rejet de la violence pour se maintenir ou accéder au pouvoir, le respect des droits de l’homme et de la personne humaine, le respect des libertés individuelles et collectives sans distinction de sexe et de confession, le droit à l’alternance.

Nous avons vraiment fait de la politique et cela reste dans la tête et le coeur des gens. Loin d’aller en guerre , c’est la paix que nous avons déclaré au régime avec l’espoir que l’intelligence et le réalisme l’emporteraient sur les vieux schémas de domination de la société.

Un jour ou l’autre, il faudra bien s’asseoir à une table et parler avec le pouvoir. Le plus vite sera le mieux.

Vous avez pris connaissance de la composition du gouvernement. Que pensez-vous du statut spécial d’Ahmed Ouyahia ?

D’abord, l’Algérie est restée sans gouvernement pendant huit mois et celui qui a été formé est une Tchekchouka sans programme, ni vision d’ensemble. Les dosages avec lesquels il est composé ne répondent à aucune rationalité. Ses membres ne sont que les fonctionnaires apparents du pouvoir de l’ombre.

Par ailleurs, une série de faits montre que l’on va dans la mauvaise direction, qu’on tourne le dos au changement. Il est erroné de croire à un bras de fer entre Bouteflika et l’armée. Car Bouteflika fait partie d’un clan de l’armée dont la candidature a été vendue aux autres clans. Donc, l’enjeu n’est pas le changement, mais celui d’une guerre de suprématie à l’intérieur de la nomenklatura et cela n’intéresse pas l’avenir de l’Algérie. Et cette déclaration proclamant le monopole du pouvoir sur la télévision et qui de toute façon est inaccessible à l’opposition réelle! L’inculture traditionnelle du parti unique revient aux postes stratégiques ! On feint d’ignorer ce qu’est un service public, plus de dix ans après la chute du mur de Berlin! Et plus que jamais la reconduction de l’état d’urgence verrouille les champs politique et médiatique. Le fait que le FFS soit, aujourd’hui, systématiquement dans l’oeil du cyclone est une donnée plus inquiétante: supprimer

un parti parce qu’il a su et pu conserver son autonomie prouve que l’on veut boucler l’ultime étape de la normalisation, au sens bréjnévien du terme. La nomination d’Ouyahia à la justice s’inscrit dans cette même logique et c’est un

très mauvais présage…

Pourquoi ?

Parce que les oeuvres de cet homme parlent d’elles-mêmes. Il a été Premier ministre et sur ses ordres des lettres de cachets ont été utilisées pour parquer des charettes entières de cadres en prison. Je passe sur les ponctions de salaires et les mensonges publics sur le bilan des victimes de la guerre. Lui-même a dit qu’il avait accompli le  » sale boulot  » et il faut craindre que cela ne soit aussi sa mission à la tête de la justice. Faut-il espérer que cet homme va laisser la justice faire la lumière sur les crimes, les disparus, sur les assassinats qui ont eu lieu, comme celui de Matoub ou du jeune Hamza Ouali et de tant d’autres? J’ai l’impression que loin de s’ouvrir, ces dossiers vont se refermer et subir la glaciation générale du système. Je n’entre pas dans les lectures qui veulent qu’Ouyahia soit là pour marquer Bouteflika et se préparer à la succession.

L’indépendance de la justice passe par une rupture totale du cordon ombilical et autoritaire qui maintient sa sujétion au pouvoir politique. J’ai peine à croire qu’Ouyahia puisse répondre aux aspirations des Algériens à une justice qui fonctionne sur la base de l’égalité devant la loi et qui consacre le principe de la présomption d’innocence. C’est d’une gravité exceptionnelle que de couper l’espoir aux Algériens et aux magistrats en maintenant la confusion entre les pouvoirs.

Ou réside la gravité ?… ?

Quand j’entends Bouteflika dire qu’il y a des milliards de dollars qui attendent, je pense qu’on est en pleine supercherie. Ou en plein délire.

On peut trouver des économistes géniaux qui peuvent élaborer les meilleurs plans de développement, cela n’y changera absolument rien. Mêmes les embellies pétrolières seront englouties dans la logique de prédation mafieuse qui domine dans le pays. Car ni l’argent, ni même ces milliards dont il ne cesse de parler, ni les meilleurs projets ne permettent le developpement économique et social quand le règne du droit est absent. Aucun programme, qu’il soit libéral ou non, de droite ou de gauche, ne peut être valable dans un système de non droit. Et nous sommes dans un système de non droit. Pourquoi voulez-vous que les investisseurs étrangers ou nationaux prennent des risques pour mettre leur argent dans cette jungle ? Et c’est là, le rapport avec la justice. Le droit, ce n’est pas de la philosophie abstraite, c’est du concret. Et la crise économique dans laquelle sombre notre société, l’absence de relance économique s’expliquent aisément par cette situation. Pour me résumer, l’Etat de droit, est l’in-put majeur qui manque à notre pays. Or, le grand problème est que ce système dont la faillite est lisible à ciel ouvert, dont la faillite est reconnue par son représentant officiel lorsqu’il affirme que l’Etat est pourri, ce système demeure réfractaire à la mise en place d’un Etat de droit. Cela devient criminel quand on connaît l’ampleur des problèmes sociaux, de cette paupérisation qui s’élargit au point que l’on se retrouve maintenant dans une reproduction de la société coloniale avec une petite couche aisée et tout un peuple dans la misère. C’est grave, ce régime est non seulement incapable de résoudre les problèmes des uelles à sa dignité. Il en a vu d’autres. Huit ans d’un cauchemar sans égal n’ont pas entamé chez les algériens cette volonté de vivre ensemble, toujours solidaires et généreux.

Dans une lettre au congrès de wafa vous avez souligné l’importance pour le pays d’avoir une classe politique autonome. Pensez-vous que la classe politique actuelle soit sous contrôle ?

C’est l’évidence historique, il n’y a pas eu de vie politique depuis l’indépendance. Faute de la participation des citoyennes et des citoyens dans tous les domaines de la gestion de la cité, il ne peut y avoir de formation d’une classe politique. Une classe politique n’est pas un phénoméne de génération spontanée, elle est l’aboutissement de compétitions pluralistes. On ne peut parler aujourd’hui que de classe politique en formation dans une société qui a eu très peu d’occasions de s’exprimer et de s’organiser librement. Il est évident qu’à chaque fois que la parole lui a été rendue, elle l’a exploitée avec une très grande maturité politique. J’ai été ébloui mais pas étonné par la qualité des interventions des électeurs que j’ai rencontrés lors de la campagne éléctorale dans toutes les régions du pays. Je n’en étais pas étonné car une vie politique empêchée de s’exprimer librement n’en existe pas moins. Nous avons connu cela sous l’occupation coloniale ; l’interdiction ne fait que pousser la maturité politique à un cheminement souterrain et clandestin

Donc il y a une classe politique en formation qui se bat malgré tout. On l’empêche de se former et de se développer par le déni du droit à l’expression et à la libre organisation. Le verouillage du champ politique et médiatique n’est pas un phénomène conjoncturel, il ne date pas de l’interruption du processus électoral, c’est un phénoméne structurel qui découle de la nature très spéciale du régime. Il y a évidemment un microcosme de castes dirigeantes qui par le monopole  » politique « , la répression et les trucages éléctoraux ont empêché les Algériens de s’immiscer dans leurs propres affaires.

En quoi consiste cette nature spéciale ?

À bien des égards, la dictature algérienne a été fondée et continue de l’être sur la prépondérance conjuguée de l’armée et de la police politique. Par armée, j’entends sa haute hiérarchie. En régime démocratique, la population est souveraine et exerce par des élections libres et régulières son contrôle sur les institutions de l’Etat.

Chez nous comme dans les régimes staliniens, au nom de l’orthodoxie sécuritaire et des  » intérêts supérieurs de l’Etat « , c’est la police politique qui contraint la société pour la soumettre en la privant des moyens politiques de s’exprimer. On raconte qu’un Égyptien dont la femme a accouché d’un bébé frappé d’une malformation visible s’est écrié :  » M’rakeb Ghalat, il a été monté à l’envers ! ». Il faut reconnaître que le montage de notre Etat indépendant a été contraire aux formes démocratiques et à l’opposé des critères élémentaires de la modernité. Dans les pays de l’Est que nous avons allégrement plagié, il y avait au moins un contrepoids effectif à l’armée et à la police politique, celui de partis communistes intransigeants sur leur prééminence. Ce n’était pas des fictions ou de simples rouages comme le parti unique en Algérie.

Notre Etat a été formé à l’envers avec une prépondérance totale des appareils sécuritaires.

Ce noyau non écrit, non avoué agit dans l’opacité, sans contrôle, par réseaux et cadres clandestins interposés. Tout se passe comme si cette malformation condamnait le régime à s’opposer et à combattre tout changement. Ce particularisme constitutif a fait que le coup d’Etat qui a échoué à Moscou a réussi en Algérie. Les événements et la terrible répression d’octobre 1988 ont contraint le régime à une certaine ouverture, par effraction certes, mais ouverture quand même, qui a entrainé une éclosion de journaux et de partis politiques. Je passe sur le fait qu’on a fabriqué des partis-cocottes minutes pour parasiter le champ politique… mais la population a exploité cette petite ouverture pour essayer de rendre irréversible le respect des pluralismes politique, linguisitique et syndicaux. L’on sait que l’état de siège proclamé en juin 1991 a initié le processus de retour à la case départ. Et après la signature du Contrat National, la parade du pouvoir a consisté à mettre fin de manière définitive au multipartisme et à s’approprier toutes les expressions de la société voire de mener des coups d’Etat au sein des partis. Cela a commencé par le FLN, puis Ennahdha et cela continue. Pour parachever la comédie de la façade démocratique, ils n’ont pas interdit légalement le multipartisme- encore que la loi organique de Zeroual était une loi scélérate – mais ils ont tout fait pour le rendre sans effet. Il y a un terrible acharnement avec utilisation de moyens faramineux ou se mèle un travail de basse police et des actions de corruption, pour détruire les forces représentatives. Je suis donc tout à fait logique avec moi-même d’avoir salué la naissance du parti Wafa en disant dans ma lettre à Taleb Ahmed combien ce nom de Wafa, qui signifie fidélité, est lourd de sens dans cette période difficile. Car en tout état de cause un parti n’est un parti que s’il est réellement autonome.

Cette difformité de l’Etat dure encore ?

Oui, cette anomalie constitute le socle du régime, C’est un Etat hanté et squatté par des gens d’armes qui violentent la société en se plaçant au-dessus d’elle. Aussi longtemps que la nature du régime n’a pas changé et que l’Etat n’est pas remis à l’endroit, on restera dans la logique meurtrière qui est imposée à la nation depuis 1992. Il ne peut y avoir une alternative que de la société. Avec le pouvoir bien sûr, mais à condition que la société puisse s’exprimer librement. Or, c’est précisément pour empêcher l’émergence d’une alternative que le pouvoir consacre beaucoup de ressources humaines et financières à domestiquer les partis. Sa réaction grossière et hystérique après la signature du Contrat National s’explique par le fait que le monde et les partenaires de l’Algérie découvraient l’existence d’une alternative. Jusque-là, ils prétendaient qu’il n’y avait de choix qu’entre les islamistes et l’armée. Or, ils découvraient, alors que la politique d’éradication était un échec, une alternative sérieuse qui ne se contentait pas d’énoncer des principes mais qui a arrêté un processus pratique de retour à la paix et à la démocratie.

Et la réaction du pouvoir a éte dure contre vous…

Jusque-ici, le FFS a été l’un des rares partis à conserver et à sauvegarder son autonomie. Je pense que cela tient aux choix stratégiques que j’ai énoncés dès mon retour en Algérie en Novembre 1989 : empêcher que l’islamisme ait le monopole de l’opposition et de la moralisation de la vie publique. J’avais dit que nous devions être un parti populaire, ce qui ne veut pas dire populiste, qu’il fallait éviter d’être un club d’intellectuels sans rapports rééls avec la population. Et que nous devions organiser un vrai mouvement démocratique de la société. C’était notre but et nous restons sur cette ligne. Les Algériens le savent, à l’approche de chaque congrés du parti, le pouvoir nous prépare des surprises et des renversements. Mais le FFS est un vieux parti qui a beaucoup d’expérience et de maturité; il a su déjouer ces tentatives grâce à l’existence du libre débat au sein de ses instances dirigeantes. Quiconque n’est pas d’accord avec la ligne a le droit de venir s’exprimer, d’exposer son point de vue et de le défendre au sein du conseil national ou des fédérations. Cette capacité de dialogue absorbe les tentatives de coup d’Etat et les rends inopérants.

Le dialogue avec le pouvoir a été vain jusque-là

Écoutez, nous avons été les premiers à appeler au dialogue et nous n’avons pas cessé de marteler qu’il faut organiser une conférence nationale. Malheureusement le pouvoir s’est saisi de tous notre vocabulaire pour le pervertir. Nous allons toujours au dialogue, mais lorsque les choses tournent à la supercherie, nous avons toujours eu le courage de claquer la porte. Cela nous coûte car nous respectons les gens et nous n’aimons pas les scandales. Mais cela nous coûterait beaucoup plus si nous ne sommes pas fidèles aux engagements pris vis-à-vis de la population.

Notre démarche n’est pas d’être contre le pouvoir mais d’être contre les leurres. Nous n’avons pas le droit d’être dupes, car on aurait ainsi contribué à duper la population.

Certains disent que le FFS aurait dû soutenir le coup d’Etat et qu’il y avait un accord de gouvernement et que votre rencontre avec Hachani entrait dans ce but…

Ces propos sont d’une grossiereté achevée.

Goebels, chef de la propagande nazie, disait que le  » mensonge le plus impudent laisse toujours des traces même s’il a été réduit à néant « . Voilà qu’à huit ans d’intervalles, on retrouve effectivement des  » traces  » de la campagne « impudente » orchestrée par le pouvoir, après le coup d’Etat de Janvier et pendant des mois, sur une prétendue alliance entre le FFS et le FIS et un prétendu accord de gouvernement FFS, FIS, FLN.

Pour répondre aux critiques sur la situation des droits de l’homme en Algérie le chef de l’Etat a invoqué les notions de spécificités et de souveraineté. Qu’en pensez-vous ?

Un droit international des droits de l’homme s’est construit depuis la défaite du nazisme et du fascisme en 1945, sur la base d’un tryptique : la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, le Pacte International pour la Défense des Droits Civils et Politiques et le Pacte International pour la Promotion des Droits Sociaux, Economiques et Culturels. Ensuite, une multitude de conventions est venue renforcer cette notion. De toute évidence, ces Pactes et ces Conventions s’imposent à tous les Etats qui les ont signés et ratifiés ; d’autant que la quasi-totalité des constitutions qui ont fondé ces Etats, y compris les plus dictatoriaux d’entre eux, admettent le primat de la loi internationale sur la loi nationale. L’époque du bourreau maître chez soi est donc révolue avec l’effondrement des régimes qui, au nom de la sécurité de l’Etat, ont opprimé leurs populations et déclenché les guerres. Du reste, à chaque fois que la violation des droits de l’homme atteint un degré massif, elle crée ce qu’on appelle juridiquement une situation qui relève du Conseil de Sécurité. Et la souveraineté nationale n’est plus opposable à l’intervention des Nations-Unies.

Pour l’anecdote : un ministre européen des affaires étrangères fut interloqué d’entendre son homologue algérien affirmer que l’Algérie a signé davantage de conventions que son pays. Ce partenaire a même eu la pudeur de ne pas lui demander si un de ces instruments au moins était respecté par l’Etat algérien.

La spécificité historique de l’Algérie réside justement dans le fait que le combat pour la libération a été mené au nom des droits de l’homme jusque dans les institutions internationales où la défense de la thèse nationale ne pouvait pas se réclamer de l’existence d’un Etat comme pour le Maroc (sultanat protégé) et la Tunisie (Beylicat). Elle était fondée sur l’universalité des droits de l’homme et la dénonciation du colonialisme négateur du premier des droits de l’homme, le droit des peuples à l’autodetermination. Ce n’est pas un hasard si le dernier des mouvements indépendantistes se nommait Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD). La résolution qui a cassé le tabou de l’ingérence dans les affaires intérieures françaises et ouvert toute grande, la voie à l’internationalisation de la question algérienne durant de la guerre de libération a été prise à Bandoung en avril 1955. Elle reconnaissait au peuple algérien le droit à l’autodetermination et à l’indépendance.

Ainsi donc pendant la lutte de libération nous faisions appel au caractère universel de la protection des droits de l’homme et voilà qu’à l’indépendance, on a mis en avant ce concept de spécificité pour en priver les Algériens. On a étouffé la souveraineté du peuple pour mieux jouer de la souveraineté de l’Etat.

Tous ces termes, de açala, de spécificité sont des inventions de dictatures. J’avais dit à l’époque que la açala ( authenticité) ne se décrète pas et que les cultures d’un peuple se nourissaient de la libre expression. Le priver du droit à l’expression revenait à lui nier sa culture. Et donc, la açala bien comprise, nous fait revenir sur le champ souverain des droits de l’homme.

Revenir à la notion de spécificité, c’est la négation totale de notre histoire, c’est un révisionnisme de type politique qui fait fi du combat plus que séculaire de notre pays. On crie sur tous les toits et chaque soir sur l’ENTV qu’on veut restaurer la dignité de l’Algérie, mais on refuse la dignité aux Algériens, à ceux qui font ce pays. Ce n’est pas étonnant qu’à la faveur de cette régression, on assiste à la naissance de mutants qui ne connaissent rien de leur passé. Pire, il tue également le présent des Algériens en banalisant les massacres et les meurtres. Et cela ne s’arrête pas là. On interdit aux institutions de l’ONU d’assumer leur mission de contrôle et de sauvegarde des droits de la personne humaine dont le droit à la vie et à l’intégrité physique ne souffre aucune dérogation selon les normes internationales. Il s’ensuit que l’Algérien ne serait plus un homme à part entière. Il déchoit en sous-homme dès lors que son pays est devenu indépendant. Cela expliquerait-il les politiques d’indifférence, da passivité et de complicité que poursuivent les partenaires de notre pays vis-à-vis de cette guerre à huis-clos ?

Peut-être que cela tient à la vision de l’histoire qu’a Bouteflika. Il vient de dire dans une interview que l’Algérie a été libérée par une élite et que le reste des Algériens dormait ou collaborait avec la France.

Plus le système est grossier plus il ne faut s’étonner de rien. On ne s’imagine pas que l’on est en train d’insulter un peuple qui a été porté aux nues par la communauté internationale. Cette négation historique est démentielle. Le peuple algérien a été le véritable artisan de l’indépendance. Le mot de Benmhidi se passe de commentaire :  » Confiez la révolution au peuple, il la mènera jusqu’à la victoire « . Cela a été une conspiration générale de femmes, d’enfants, de vieillards et d’hommes comme disait Mazzini, un des libérateurs de l’Italie. Les Algériens ont su trouver, sans attendre un ordre de x ou d’y, la parade au quadrillage effectué par un demi-million de soldats et à la mise en place de zones interdites, pour nourrir, héberger et en renseigner les moudjahidine. C’était un phénomène presque unique d’auto-mobilisation de la société. Ce sont les grandes manifestations historiques d’octobre 1961 qui ont imposé et précipité le processus de négociation avec De Gaulle. Les grands dirigeants de l’extérieur en ont été probablement tirés de leur sommeil. Je n’aime pas les mythes… Pourtant, il faut le dire, ce sont les Algériens qui ont libéré le pays malgré leurs dirigeants.

Je voudrais dire aux Algériens que ceux qui ont eu des résonances publiques dans l’histoire de la révolution ont un devoir d’humilité envers eux. Et qu’ils n’ont absolument aucun complexe à avoir vis-à-vis de ceux qui croient pouvoir, même au niveau de l’histoire, imposer l’amnésie et semer le doute dans l’identité historique de la nation. Décidement il n’a pas de limite à l’imposture, on veut tout confisquer, l’histoire, l’Etat, la souveraineté, le passé, le présent et même l’avenir puisqu’ils veulent culpabiliser même les enfants qui ne sont pas nés. C’est surréaliste ! On a l’impression qu’on veut fermer aux Algériens ce gigantesque refuge qu’est la mémoire. On ne peut que réprouver cette volonté malsaine de destruction du moi historique de la nation algérienne. On est tenté d’oser le terme de génocide spirituel. Et il est impérieux que cela cesse.

Abdelkader Hachani dans son ultime interview à Libre-Algérie disait que le pouvoir n’aime traiter qu’avec les extrémismes pour les instrumenter mais qu’il combattait avec acharnememt ceux qui sont modérés et développent une approche sérieuse pour le pays.

Je la partage entièrement et encore une fois je regrette le sort qu’il a subi. L’Algérie a perdu un homme de valeur, de conviction, un homme modéré. Je l’ai rencontré avant l’arrêt du processus électoral et découvert qu’il était le fils Si Brahim, un grand patriote avec lequel j’ai milité au PPA. Il doit sans doute ses qualités au fait d’avoir baigné dans cette grande école du nationalisme politique.

Bouteflika veut se doter d’une nouvelle constitution

Ce sera une de plus et cela n’empêchera le pays de vivre sans normes. Il y a eu par le passé des constitutions sur mesure comme celles que se sont données les dictatures de par le monde. Avec la pratique enracinée chez les tenants du pouvoir de ne pas respecter les lois, les règles et même les textes constitutionnels. C’est le règne de la loi du plus fort.

On attendait du général Zeroual qu’il tienne sa dernière promesse électorale qui était de ramener la paix et il nous a fait une constitution qui est un véritable monstre juridique, une constitution dictatoriale qui rappelle le statut de l’Algérie imposé par la France en 1947. La revendication d’une assemblée constituante élue au suffrage universel marque le long itinéraire du nationalisme politique. L’élection de l’Assemblée Nationale Constituante en 62 consacrait le rêve de plusieurs générations. Elle a fait l’objet d’un coup de force en 63, porte ouverte à tous les sacrilèges.

On a fabriqué une constitution de toutes pièces et l’on a ramené des gens dans un cinéma pour la faire approuver. C’est édifiant car depuis ce temps-là, le règime ne cesse de faire du cinéma en faisant régulièrement des constitutions qu’il ne respecte pas. C’est d’ailleurs un cinéma qui n’amuse personne. La logique des promesses de la révolution exigeait l’exercice effectif par les algériens de leurs droits politiques pour concrètiser par eux-mêmes leurs droits économiques, sociaux et culturels. Malheureusement du fait de ce coup de force contre la constituante, l’Algérie est mal partie…

On parle de dissolution de conseil de la nation et son remplacememt par un comité de sages désignés. Etes-vous un sage ?

Considérez-moi comme vous voulez, mais je ne serais jamais le larbin de personne. Par contre, je peux vous dire que la sagesse est d’arrêter la guerre, d’arrêter cette hémorragie meurtrière et d’aller vers une véritable sortie de crise. Du strict point de vue personnel, la sagesse, c’est d’avoir le temps de méditer, d’écrire et de vivre librement. En tout cas et à la rigueur, être élu librement à la tête d’une mairie, n’importe oû en Algérie est plus sage que d’être un président désigné… La sagesse, c’est d’être sérieux et de revenir à l’essentiel en élisant une assemblée constituante. Et je ne perds rien à m’adresser à l’intelligence des gens parce qu’il n’y a pas d’autre d’alternative. Par contre, un risque potentiel de chaos existe et peut mettre en danger l’intégrité physique de notre population, l’honneur de notre pays et son unité. Ces gens-là doivent savoir qu’on ne peut faire la grandeur d’un pays en avilissant sa population.

Parlons un peu du FFS. Après le report du congrès, qu’attendez vous de cette échéance ?

Nous aurions aimé que le congrès se déroule dans un climat de paix et de liberté d’expression et d’organisation pour l’Algérie. Car la création d’une dynamique au sein du FFS dépend aussi de la dynamique de la société. Et nous sommes un parti qui a l’ambition d’être proche des Algériens, de les servir et non de s’en servir. Cette symbiose que nous voulons avec notre société, nous crée un devoir de responsabilité. Nous savons que nous disposons d’un capital de confiance et nous voulons être constamment à la hauteur de cette confiance. C’est cela notre plus grande force.

Le report du congrés tient à notre volonté de capitaliser la sympathie et l’adhésion que nous avons constatée au sein de la population lors de la campagne électorale.

Pourquoi demander à des gens extérieurs au FFS de donner leur point de vue dans le cadre de l’audit national ?

Oui ! l’audit est ouvert aux alliés, aux sympathisants et à quelques dirigeants du mouvement associatif autonome. Dans la mesure de nos moyens, évidemment, la parole leur sera donnée, et c’est là également une façon de dialoguer avec la société civile.

Nous devons apprendre à nous remettre en cause en étant en écoute permanente des gens et pas seulement des militants. L’esprit de responsabilité commande d’ intégrer les nouvelles élites issues des catégories sociales marginalisées. Vous voyez donc, nous nous mobilisons pour faire du 3e Congrès, une grande avancée pour la culture démocratique dans le pays ainsi que pour une modernisation plus grande du parti.

Mais l’enjeu primordial sera pour le FFS , à cette occasion, de relancer la dynamique de l’alternative démocratique, en réfléchissant sur les conditions concrètes et les modalités pratiques d’un vrai processus de sortie de crise, dans ses étapes successives ; sans oublier les garanties indispensables que chaque acteur politique doive donner à tous, et que tous doivent donner à l’Algérie, c.à.d. aux citoyennes et aux citoyens.

Avec les contributions des démocrates sincéres et cohérents, l’un des thémes que nous voulons aborder et approfondir est la nécessité d’un Etat fort et démocratique.

Un Etat fort et démocratique parce qu’il sera l’émanation d’une majorité politique exprimée et il sera par là-même soumis au contrôle et à la sanction des seuls mécanismes démocratiques du suffrage universel.

Un Etat fort et démocratique, car entre deux consultations populaires, il doit pouvoir intégrer dans ses options générales et ses propres actions quotidiennes, les initiatives privèes et collectives issues de la société, dès lors que leurs apports à l’interêt général seront évidents .

Un Etat fort et démocratique, qui ne soit pas velléitaire, ou bien parasité par des hommes et des réseaux irresponsables, encore moins embourbés dans des luttes de

clans. Un Etat disposant d’une légitimité réelle peut travailler et agir avec la force morale et politique que lui confère cette légitimité. Il n’hésitera pas, le cas échéant, à utiliser les moyens dont il dispose en tant que puissance publique, et ce dans le cadre de l’Etat de droit, cela va de soi.

En clair, un Etat digne de ce nom, débarrassé de la confusion des rôles, des pratiques maffieuses et auquel aucune stratégie d’appareil ne peuvent se substituer.

Un Etat bénéficiant de la confiance de la population qui la stimule et l’encourage dans ce qu’elle a de meilleur.  » La haute politique est le bon sens appliqué aux grandes choses « , disait Napoléon.

Un mot pour les militants du FFS qui ont fait l’objet d’une attention médiatique particulière.

Je ne saurai jamais rendre assez hommage aux militants du FFS qui tiennent chaquejour et depuis si longtemps. Les militants du FFS ne sont pas des anges, ce sont des femmes et des hommes, qui ont besoin de travailler, de nourrir et d’éduquer leurs enfants, de les envoyer à l’université… Ce sont des jeunes qui veulent construire leur vie et se former… Et militer dans les conditions de l’Algérie d’aujourd’hui au milieu d’un harcèlement policier qui n’a jamais cessé est une véritable épopée. C’est une capacité remarquable à surmonter le deséspoir. Pour militer face au harcèlement médiatique, au harcèlement corrupteur et aux menaces, il faut vraiment être de la trempe de la génération qui m’a formée. Ce sont des gens qui étaient de véritables héros et qui ont fait toutes les prisons d’Algérie, de France et de Navarre. Cela me réconforte car au sein du FFS, il y a des femmes et des hommes de cette trempe qui demeurent persévérants et fidèles à leurs idéaux.

Vous savez que c’est l’anniversaire des décrets donnant naissance à la presse privée. Y a-t-il quelque chose à dire à la presse ?

Je voudrais commencer par ceux qui sont les plus mal lotis, je veux parler des journalistes du secteur public. J’en connais qui sont pleins de talents mais qui n’ont pas la possibilité de le montrer. Je voudrais leur dire toute ma sympathie. Le traitement que leur inflige le pouvoir est insupportable ; ce mépris qui se dégage des propos de responsables qui leur dénient toute conscience et les réduisent à être des choses, à les ramener au statut de serviteurs est inacceptable. Je sais qu’ils savent ce qu’est la signification du service public et qu’elle n’est pas réductible à un homme ou à un pouvoir. Je sais aussi que ce genre de propos et de pratiques les blesse, car il va à l’encontre de la notion du service public et contre l’identité fondamentale de l’Algérien qui s’appelle dignité.

Pour la presse indépendante, je pense que les journalistes sont déjà plus à l’aise pour réfléchir à leur métier et à faire leur propre bilan. Il ne me viendrait jamais à l’esprit de leur demander de soutenir le FFS. Par contre, je souhaite qu’ils se battent pour devenir une institution autonome, de se libérer des pressions et de la volonté du pouvoir de les asservir. C’est là, dans cette bataille, qu’ils rencontreront la société. On peut ne pas avoir les mêmes idées, mais on peut avoir un même combat. Les journalistes ne doivent pas oublier que leur liberté est liée à celle de tous les Algériens. La liberté de la presse, c’est une branche dans un arbre que sont les libertés publiques et ils doivent prendre garde à ne pas couper ce tronc commun qui la rend possible. La presse ne peut pas être une enclave de liberté au milieu d’un pays sans liberté. Il y a en Algérie un combat général contre l’humiliation et le mépris. Chacun dans son domaine, au-delà des idéologies, est concerné par ce combat. Car la dignité pour un journaliste est de pouvoir exercer librement son métier, la dignité d’un avocat est de pouvoir assumer son rôle et celle de l’homme de politique de pouvoir défendre sa vision dans l’autonomie. L’honneur de la presse, comme des acteurs de la vie publique, est de ne jamais aller à l’encontre des exigences de liberté, de justice et de paix.

Parlons de stratégie d’avenir car le troisième millénaire est quand même un tournant notamment avec le processus de mondialisation ?

La mondialisation, au sens positif et humaniste, pose un impératif d’ouverture au niveau national et international. Seuls les pays démocratiques sont outillés pour négocier ce tournant.

Dans les années 70, l’idée d’un nouvel ordre économique mondial était la tarte à la crème des technocrates algériens. L’idée était bonne mais comment auraient-ils pu être pris au sérieux quand l’ordre interne est totalitaire. Il faut toujours commencer par balayer devant sa porte…

La mondialisation est déjà là, elle s’impose à tous et nous envahit de toutes parts. Elle comporte d’indéniables aspects positifs pour ceux qui savent s’y insérer de manière planifiée et au mieux des intérêts de leur peuple. L’Europe est partie prenante de la mondialisation car, au préalable, elle a réussi une unification fondée sur un socle démocratique partagé. C’est ce qui fait sa force et lui permet de sauvegarder son identité et ses capacités compétitives dans tous les domaines. En revanche, l’intégration séparée des pays maghrébins hypothéque leurs intêrêts et leurs souverainetés. On ne saurait évaluer les conséquences facheuses de l’échec de la construction maghrébine. Les options bureaucratiques et les conceptions étriquées du nationalisme ont stérilisé les nombreuses tentatives d’intégration régionale au Maghreb. Pire elles ont créé un état de tension permanent incompatible avec la coopération et le développemeent. Il est déjà tard, mais il est encore temps de relancer la construction maghrébine en changeant de démarche et en édifiant un socle démocratique qui est seul capable de mobiliser les ressources et les énergies pour un développement durable. Le Maghreb aurait ainsi des atouts et le pouvoir de négocier au mieux de l’intérêt de ses enfants son insertion dans ce monde nouveau qui s’installe.

J’ajoute que d’une manière générale les pays développés ont une grande responsabilité dans l’aggravation des situations politiques, économiques et sociales des pays du Sud. Leur démarche strictement financière et technocratique favorise en fait la mise en place d’une véritable internationale des dictatures. Ils semblent faire jouer à ces dictatures le rôle de containment des flux migratoires et de gardiens de la stabilité des sources d’approvisionnement en matières premières. On est loin des professions de foi emphatiques sur les droits de l’homme et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Nul doute que cette politique du double langage et du double standard fait le lit de toutes les formes d’extrémisme.

Par extrémisme, vous pensez à l’islamisme?

Entre autres.L’islamisme, par l’ampleur de l’aire géo-démographique où il se manifeste, est l’un des principaux défis des temps présents. Mais il est indissociable des réalités politiques marquées par l’autoritarisme, la corruption et la marginalisation. Ce phénoméne est loin d’être monolithique ; c’est une nébuleuse totalitaire dans la majorité de ses tendances et, c’est vrai, même certains modérés d’entre eux ont une vision purement tactique de la démocratie. Faut-il gérer ce phénoméne par la violence? Je pense que c’est une erreur. Une gestion politique est possible. Il faut s’attaquer aux causes et non pas seulement aux effets. Ces mouvements sont très souvent une réaction aux tentatives de modernisation autoritaire de la société qui ont mis sur la touche des pans entiers des populations. Le paradoxe est que les dictatures qui ont favorisé leur émergence s’en servent souvent pour justifier leur perennité.Un seul remède, le véritable : la démocratie et le respect des droits de la personne humaine. Il est clair que l’exclusion et la repression, instruments des dictatures ne sont pas des parades, au contraire, elles sont les meilleurs agents recruteurs du terrorisme et des mouvements violents.

Plus vite les Algériens exerceront leurs droits et plus l’Etat en sera renforcé et armé contre les dérives extrémistes. Cela est possible pour peu que les sociétés disposent de leurs droits politiques et de véritables espaces d’expression et de représentation. L’exemple de l’Iran est révélateur. J’ai des réserves de fond à l’égard du système en place, mais je constate que l’existence d’un scrutin crédible et d’une presse libre ont permis à la société iranienne de s’en saisir pour favoriser une évolution contre  » tout Mollah  » au profit des réformateurs et des mouvements de gauche. Force est de constater qu’on sort de tout, sauf du système algérien dont la véritable spécificité est de priver, par la violence et la fraude, la société algérienne des instruments du changement pacifique. Il n’y a pas de voie de réforme royale, elle est toujours particulière. Mais au-delà des particularités historiques et culturelles, la réforme ne peut se faire, pacifiquement, quand les conditions de l’exercice effectif des libertés démocratiques ne sont pas réunies.

Derniére question : comment va la santé ?

Pour ne rien vous cacher, j’ai eu un méchant infarctus. De plus, l’intervention chirurgicale a été tardive. Elle a été lourde mais réussie. Depuis, je poursuis ma convalescence tout en observant un traitement médical plus léger. Je n’ai pas eu de rechute, Dieu Merci. Mon médecin et mon cardiologue me mettent sévèrement en garde contre le stress en me conseillant de ralentir mes activités. Ils ont fini par admettre que mon stress peu provenir d’un tel ralentissement. Alors je continue à me soigner tout en poursuivant mon combat. Non sans tenir compte cette fois de mes limites.


Militants défendez votre parti !

Arezki DERGUINI
Mardi 24 Juillet 2012

Beaucoup de voix se lèvent pour faire appel au président pour gérer la crise que traverse la prétendue crise au FFS. Prétendue, car largement fabriquée, contrôlée. Pour ma part, je tends à croire qu’Ait Ahmed n’interviendra pas maintenant, parce qu’il sait que fasse aux médias, dont les injonctions le laisseront insensibles, il faut pouvoir peser, et qu’il ne veut pas faire l’économie du travail de la société sur elle-même. Travail qui fera la consistance de l’expérience du parti. De plus, il n’a pas attendu la dernière minute pour se préparer à la séparation avec son parti. Il a trop longtemps entendu des amis du parti lui répéter qu’après lui le FFS disparaîtrait. Je peux ajouter que dans la conjoncture mondiale et régionale actuelle, il est fort possible qu’il n’est plus besoin de son parti. Car dans l’opinion publique on admet depuis longtemps qu’il faille distinguer entre le leader et son parti. Les plus anciens militants ne font plus allégeance qu’au maître et non à son instrument. Dans notre régime que j’ai décrit un jour comme « nidham al mekhfi », il n’est pas difficile de se convaincre qu’il faille se méfier davantage de ses amis que de ses ennemis. Ceux-là sont découverts, gardent la distance ou respectent des règles, ces autres cachent beaucoup de travestis en tout genre et usent de toutes les ressources pour vous discréditer, vous éliminer.

Par son silence, ce qu’il m’est donné de comprendre, mais pas seulement, c’est qu’un jour il ne pourra plus répondre, intercéder et que ce sera aux militants de défendre leur parti car ce sont eux bientôt qui le porteront seuls. Et aujourd’hui, antichambre de demain, ce sont eux qui ont et auront besoin de leur parti, devront apprendre à gérer et régler leurs différends. Ceux qui se disputent aujourd’hui la succession d’Ait Ahmedveulent soit détruire le parti et ceux là sont conséquents, soit hériter d’un appareil commode parce que déjà là, pour réaliser leurs ambitions personnelles. Mais ceux-là sont moins conséquents que les premiers car il leur faut un appareil performant pour réaliser leurs objectifs, il leur faut de vrais militants pour tirer une plus value de leur militantisme. Les opportunistes existeront toujours, les contrats resteront toujours imparfaits, il est illusoire de penser les éradiquer. Les opportunistes ont donc besoin du travail des vrais militants dont ils profitent, alors que ceux qui veulent le détruire aspirent au contraire à les priver de cette ressource indispensable. Aussi comprendront-ils rapidement qu’il est de leur intérêt de sauvegarder le parti et de le défendre de ceux qui le disputent au risque de l’anéantir. S’il faut défendre le parti des opportunistes, et particulièrement de ceux qui sont aveugles, ce sont donc de ceux qui veulent le détruire qu’il faut en priorité le défendre.

J’estime que le début de la fin « de la dernière dictature du Maghreb », commencera avec l’épreuve et le résultat des élections présidentielles. Pensez-vous que le régime algérien aurait pu faire ce qu’il a fait en 1998 dans le contexte actuel ? Impossible. Mais lui a besoin de croire le contraire et il a besoin d’en être conforté par la société. Voilà le climat dans lequel nous devrions nous sentir, trouver notre chemin afin que le dénouement ne soit pas semblable à celui de la Syrie ou quelque chose de pas éloigné. Aussi un de ses objectifs sera-t-il de détruire toutes les oppositions qui peuvent menacer le consensus prégnant en son sein (« sans lui point de salut »), et qui pourraient accroitre les dissensions et les défections en son sein. Nous en appelons à la sagesse afin que les présidentielles soient le moment du début d’une véritable réconciliation. Je suis convaincu que le régime et ses profiteurs n’auraient pu tenir s’il n’avait ses honnêtes travailleurs. A mes yeux, ceux qui veulent détruire le parti nous font miroiter l’image d’un pouvoir un. Mystification ! Je peux aller jusqu’à dire, et je ne suis pas le seul, que tout le monde en fait partie mais dans certaines proportions. Et c’est pour cette raison que cela va changer et que le changement pacifique est possible si la trame du pouvoir est bien comprise.

Militants défendez votre parti, vos associations et rappelez vous que nous sommes tous des mortels mais que des combats on survécu aux hommes tant qu’ils n’avaient pas connu leur terme. Abdelhamid MEHRI est parti sans pouvoir voir se lever le jour d’une libération du pays de la dictature, fasse Dieu que Hocine Ait Ahmed connaisse un autre destin !



Ainsi pourrait-on résumer la thèse qui sous-tend l’excellent exposé de l’historien américain Matthew Connelly dont l’intervention a fait sensation au point de lui valoir des applaudissements nourris. Matthew Connelly est professeur à Columbia University. Il est notamment l’auteur d’un ouvrage de référence : L’arme secrète du FLN. Comment De Gaulle a perdu la Guerre d’Algérie (Payot, 2011). Et c’est précisément l’intitulé de sa communication. On comprendra que l’arme dont il est ici question n’a rien d’un arsenal de guerre et que la métaphore renvoie plutôt à son impact décisif dans la gestion politique du conflit. «Je vous demande pardon de poser cette question : comment l’Algérie a gagné son indépendance ? Les enfants ici apprennent, dès leur jeune âge, que le peuple algérien a chassé les Français par la force des armes. Mais est-ce vraiment sur le champ de bataille [que cette victoire a été arrachée] ?», s’interroge le conférencier en titillant quelques certitudes bien ancrées dans nos manuels scolaires.

L’historien américain s’attachera tout au long de son exposé à déconstruire un récit fortement enraciné dans la mémoire collective, et faisant la part belle aux prouesses militaires de nos valeureux maquisards. D’après lui, les leaders du FLN avaient, dès le début de la lutte armée, intégré dans leur stratégie la dimension politico-diplomatique pour donner plus d’impact au combat libérateur. «Lorsque j’ai commencé à travailler sur les archives du FLN, j’ai découvert que ce n’est pas de cette façon (en privilégiant l’action armée, ndlr) que les dirigeants pensaient la lutte. Même avant 1954, ils prônaient déjà une campagne internationale. En 1948, Hocine Aït Ahmed a rédigé un rapport sur les aspects tactiques et stratégiques. (…) Aït Ahmed insistait sur la nécessité d’obtenir le soutien d’autres pays et d’isoler la France de ses alliés. Il soutenait que la politique étrangère devrait être indépendante et éminemment flexible.»

Matthew Connelly nous sort rapidement du huis clos franco-algérien en faisant entrer dans l’arène un troisième acteur, et plutôt de taille : les Etats-Unis. «La France comptait sur le soutien militaire et économique des Etats-Unis dans son effort de guerre et aussi pour empêcher que la question algérienne fasse l’objet d’un débat à l’ONU. Mais quand la Révolution a commencé, les relations franco-américaines étaient déjà tendues».

«Un Dien Bien Phû diplomatique» 

L’historien indique à ce propos que le secrétaire d’Etat américain John Foster Dulles s’inquiétait vivement de la situation en Algérie : «En public, Dulles a déclaré qu’il soutenait la France, mais en privé, il a dit très clairement qu’il y avait une limite à ce soutien. Il disait que c’est peut-être le problème le plus grave auquel nous soyons confrontés, et que cela pouvait même faire éclater l’OTAN.»  Pour Matthew Connelly, il y avait une influence réciproque entre le front militaire et le front diplomatique dans l’action globale du FLN. «C’est un phénomène de résonance et de réciprocité», dit-il. Graphiques à l’appui, il établit une corrélation entre le travail de lobbying dans les coulisses de l’ONU en 1955 pour inscrire la question algérienne à l’Assemblée générale des Nations unies et les offensives de l’ALN du 20 août 1955 dans le Nord-Constantinois.

«Même quand il était au sommet de sa puissance militaire en Algérie, le FLN a décidé de donner la priorité à la campagne internationale. Le FLN a lancé la Bataille d’Alger non pas parce qu’il espérait prendre le contrôle d’Alger, mais pour gagner la bataille de New York, c’est-à-dire le combat à l’Assemblée générale de l’ONU», souligne le professeur de Columbia. Il citera au passage cette directive de Abane Ramdane : «Les frères savent que notre infériorité vis-à-vis de l’armée coloniale en hommes et en matériel ne nous permet pas de remporter de grandes et décisives victoires militaires. Vaut-il mieux pour notre cause tuer dix ennemis dans un lit de rivière de Telaghma dont personne ne parlera ou un seul, à Alger, dont la presse américaine parlera le lendemain ?»

De fait, pour Matthew Connelly, «la caméra était l’arme secrète du FLN. Elle était plus puissante que le couteau ou le pistolet». «D’autres armes comprenaient les rapports sur les droits de l’homme, les conférences de presse, les congrès de la jeunesse. Il y a aussi la bataille sur le front de l’opinion mondiale et du droit international», appuie l’orateur. Autant d’instruments qui faisaient du FLN une organisation révolutionnaire moderne qui maîtrisait déjà l’art de la com’ et les arcanes du marketing politique.

L’offensive tous azimuts du FLN a le don d’agacer sérieusement la diplomatie française : «Le ministre résident Robert Lacoste a averti en 1958 que la France fait face à un Dien Bien Phû diplomatique», rapporte l’historien, avant d’ajouter : «De Gaulle a accepté l’idée que l’Algérie dispose d’une certaine forme d’autonomie mais pas l’indépendance. Le FLN a répondu par la création du GPRA (19 septembre 1958, ndlr). C’était quelque chose d’entièrement nouveau dans l’histoire du monde. Le GPRA a réussi à obtenir sa reconnaissance sans avoir libéré le territoire national, pas même une partie.» «Le GPRA avait rallié une majorité contre la France à l’ONU. Il était accueilli par 21 coups de canon dans beaucoup de capitales du monde.»

Matthew Connelly le dit clairement : «La victoire du FLN a été gagnée sur la scène internationale. A travers ce prisme plus large, nous pouvons commencer à comprendre comment, libérée de ses fardeaux coloniaux, la France n’avait plus besoin de l’aide américaine pour les préserver. Elle n’avait même plus besoin de son alliance avec l’OTAN.» Et de marteler : «Ce n’est pas la France qui a donné son indépendance à l’Algérie, c’est l’Algérie qui a donné son indépendance à la France.» Salve d’applaudissements.

Matthew CONNELLY Historien est Professeur à Columbia University. Il est l’auteur de A Diplomatic Revolution: Algeria’s Fight for Independence and the Origins of the Post-Cold War Era, Oxford, Oxford University Press, 2002 (traduit en français L’arme secrète du FLN. Comment De Gaulle a perd la guerre d’Algérie, Paris, Payot, 2011) et de Fatal Misconception. The Struggle To Control World Politics, Harvard, Harvard University Press, 2008.


Kamal NACER
Jeudi 19 Juillet 2012

 

« La lâcheté tend à projeter sur les autres la responsabilité qu’on refuse »
Julio Cortazar

Le Front des Forces Socialistes subit depuis un certain temps une véritable opération de lynchage publique. Sur les colonnes « généreuses » de la presse écrite nationale et à travers certaines chaines satellitaires, des intervenants connus ou anonymes passent sans honte, leur temps à dénigrer le doyen de l’opposition algérienne.

L’extinction de voix qui a touché les principaux acteurs de la société civile, le nombre de sièges « obtenus » par le FLN lors des législatives passées, le pacte conclu à cette occasion en catimini entre le RCD et le MAK, les immolations, les émeutes, les délestages, mais aussi la crise au Mali, le terrorisme résiduel ou eternel, ne subjuguent plus les inspirations. Par contre, tenter de laminer un parti politique de l’opposition démocratique semble faire le consensus au niveau de certaines rédactions.

Tout est parti de la non-compréhension de la décision du FFS de participer aux élections législatives, pour se transformer en un mécontentement sur fond de soupçon.

Pourtant, à ce jour, cela n’a abouti à aucune certitude !

Plusieurs analyses et papiers de presse et des centaines de commentaires sur les réseaux sociaux se sont penchés sur le sens de cette participation. Mais il n’est pas juste de taire que peu d’entre eux ont fait ressortir le fait que cette décision fut le couronnement d’un débat long, large, et profond mené au sein de cette formation politique mais aussi en dehors.
Aucun commentaire ne s’est intéressé au caractère démocratique, consensuel et pédagogique qu’a connu ce débat ; car, au-delà de la pertinence d’une telle décision, il y avait une leçon inédite en termes de pratique politique dans notre pays. Et c’est précisément cela que tout le parasitage médiatique devait couvrir.
Il est vrai que prendre une décision d’une manière consensuelle et démocratique ne peut pas être du gout de ceux qui, durant des décennies, ont imposé des « choix » au peuple algérien par l’arbitraire et dans la violence !

Face à ce « massacre médiatique » qui prend de plus en plus des allures vindicatives, rares sont les plumes, rares sont les consciences et rares sont les voix qui se sont élevées et réveillées pour dire HALTE, BASTA !!! Pour dire simplement, sans être héros ni rebelle, que le FFS est un parti autonome qui peut avoir des stratégies qui le guident et des objectifs qui le motivent et que cela le concerne exclusivement ! Ensuite, au peuple et à travers lui à l’histoire d’être l’arbitre des actes et des choix des hommes.

Comment rester de marbre quand l’un des derniers remparts contre la dictature et la tyrannie essuie des attaques injustifiables qui de surcroit prennent pour cible le dernier historique plutôt que ceux qui ont bradé le pays, massacré leur peuple et hypothéqué l’avenir des générations futures ?

Cette mission qui consiste à briser le seul « miroir » de résistance et de vérité qui demeure, s’apparente à l’exécution d’une vraie feuille de route : En finir avec un parti qui commence à se rendre visible ailleurs qu’en Kabylie.

Mais où sont les démocrates, que deviennent les militants des droits de l’homme ?
Où êtes-vous ?!

La destruction du FFS vous arrange-t-elle autant ?

Préférez-vous vraiment la résignation plutôt que de dénoncer la tentative de mise à mort d’une formation politique qui a perdu les meilleurs de ses militants au service d’une Algérie libre et heureuse ?

Que vous ne soyez pas d’accord avec les choix politiques du FFS peut être parfaitement compréhensible, mais qu’en est-il de votre silence ? De votre inertie face à cette stratégie pernicieuse qui vise réellement à en finir définitivement avec un homme, un parti qui incarnent qu’on le veuille ou non, les rares espoirs pour l’instauration d’une véritable transition démocratique dans le pays.

L’histoire du Front des Forces Socialistes est pleine d’enseignements. Depuis sa création, il a fait l’objet des pires manœuvres et stratégies : assassinats, infiltrations, dénigrements, menaces, intimidations, encerclement et campagnes répétitives de déstabilisation.

Résultat : il fêtera l’année prochaine sa cinquantième année d’existence grâce aux sacrifices et à la valeur de ses militants, grâce à l’amour grandissant que lui manifestent des couches de plus en plus importantes de la société algérienne, mais surtout grâce à sa détermination à rester souverain et autonome !

Quant à ceux qui se taisent, que restera-t-il de votre silence si ce n’est le regret de n’avoir pas eu le courage de dire tout simplement la vérité !

KAMAL NACER
Observateur malheureux de la résignation de l’élite algérienne 


Ses perspectives n’étaient pas définies seulement par des idéaux, mais aussi dans les grands moments historiques de la vie du peuple, par des initiatives stratégiques et radicales.

Evoquer le rôle patriotique de Hocine Aït Ahmed, dernier chef historique, avant le déclenchement de la Révolution et après, c’est démythifier la guerre de Libération. Une révolution qui a été honorablement menée par le peuple, mais confisquée et détournée à des fins de pouvoir politique par les dictateurs, qui se sont succédé pour régner depuis l’Indépendance. Que dire de Hocine Aït Ahmed en tant qu’homme? Que c’était, dès son jeune âge, un militant politique anticolonialiste, honnête, fermement engagé et responsable, faisant partie de ceux qui de l’action politique sont passés à l’action armée pour l’émancipation du peuple algérien. Ne s’arrêtant pas là, Hocine Aït Ahmed a continué son combat politique après l’Indépendance pour libérer ses concitoyens des manipulations continuelles des groupes militaro-policiers, pour restituer à la nation sa mémoire, sa fierté et sa dignité. Notons également que le dernier chef historique a, sans cesse, oeuvré à redonner aux Algériennes et Algériens confiance en eux-mêmes pour reprendre en main pacifiquement leur destin. Cela se justifie et se confirme notamment par ces incessants appels au retour à la légitimité populaire et la volonté de construction d’un Etat et des institutions démocratiques à tous les niveaux, qui furent le fondement même de la plate-forme de la Soummam.

Renforcer le rôle diplomatique du FLN
Ses perspectives n’étaient pas définies seulement par des idéaux mais aussi, dans les grands moments historiques, soit depuis 1948 à ce jour, par des initiatives stratégiques et radicales. Et que dire de lui en tant qu’homme politique sérieux et conséquent? C’est dire, à l’évidence, que ce n’est pas le titre qui fait l’homme, mais c’est l’homme qui honore le titre.
Ainsi, après avoir été pendant la guerre de libération l’un des principaux chefs du Front de Libération nationale (FLN), Aït Ahmed démissionne du Gouvernement provisoire (Gpra) et de tous les organes du nouveau pouvoir lors de la crise de l’été 1962. En septembre 1963, il fonde le Front des forces socialistes (FFS), qui réclame le pluralisme politique face au verrouillage de la vie politique imposé par le système du Parti unique.
Arrêté et condamné à mort en 1964, il s’évade de la prison d’El Harrach le 1er mai 1966. Exilé en Suisse, il décroche son doctorat en droit. Il rentre en Algérie après les émeutes de 1988, mais quitte de nouveau son pays après l’assassinat du président en exercice, Mohamed Boudiaf, en 1992.
Il y reviendra à plusieurs reprises, notamment à l’occasion du 50e anniversaire du déclenchement de la guerre de Libération. Le parcours du combattant est riche en évènements et jalonné de symboliques durant la Révolution et post-Révolution. Très jeune, la flamme révolutionnaire brûlait en lui. A 16 ans, encore lycéen, il adhère au Parti du peuple algérien (PPA). Il devient rapidement le plus jeune membre du Comité central auquel il présente, en 1948, un rapport décisif sur les formes et la stratégie de la lutte armée pour l’indépendance. Un rapport que l’histoire de la lutte du peuple algérien retiendra dans ses annales. Lors du congrès clandestin du PPA en 1947, il avait préconisé catégoriquement la création d’une Organisation (OS), chargée de la formation des cadres militaires et de la mise en place d’un dispositif clandestin pour amorcer et développer la lutte armée. Durant deux ans, Hocine Aït Ahmed a mis en place, à l’échelle nationale, les structures pour la formation politique et militaire afin de mener à bien la guerre de Libération. C’est dans ce contexte qu’il organisa le hold-up de la poste d’Oran, qui permit, en mars 1949, de s’emparer d’une importante somme d’argent, sans effusion de sang. Recherché par les autorités françaises après la découverte de l’OS par les services de renseignement français ayant précipité sa dissolution, il est désigné membre de la délégation du PPA-Mtld, en exil au Caire.
Aït Ahmed insiste sur l’importance de la diplomatie pour donner une visibilité et une crédibilité politiques au plan international du «mouvement de libération national». Il assiste à la première Conférence des partis socialistes asiatiques, tenue en janvier 1953 à Rangoon en Birmanie. L’une des premières résolutions adoptées par cette organisation d’inspiration marxiste consiste à soutenir la lutte de libération du Maghreb.
La Conférence met en place un bureau anticolonial dont le rôle, notamment, est de suivre les luttes anticoloniales auprès de l’Organisation des Nations unies(ONU). Aït Ahmed se rend au Pakistan, en Inde et en Indonésie pour créer des Comités de soutien à la cause de l’indépendance algérienne.
En avril 1955, il dirige la délégation algérienne à la Conférence de Bandung. Les résolutions prises par cette Conférence en faveur du droit à l’autodétermination et à l’indépendance des trois pays du Maghreb ont été préparées par les trois partis nationalistes (Tunisie, Maroc et Algérie), qui ont su mener une action commune sur la base d’un «Mémorandum maghrébin».
En avril 1956, il ouvre et dirige le bureau de la délégation du FLN à New York. En septembre 1956, le problème algérien est inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée générale de l’ONU. Ce qui provoque le retrait retentissant de la délégation française, présidée par le Premier ministre Antoine Pinay.
En octobre 1956, Aït Ahmed est arrêté par les autorités françaises, en compagnie de Mohamed Boudiaf, Mohamed Khider, Ahmed Ben Bella, Mostefa Lacheraf, après l’interception et l’arraisonnement de l’avion qui les conduisait du Maroc à Tunis, où devait se tenir une Conférence maghrébine de la paix. Tout au long de sa détention, Aït Ahmed communique avec les dirigeants du FLN-ALN (Armée de libération nationale) (voir
La Guerre et l’après-guerre, éditions de Minuit, 1963, Paris).
Dans la plus importante de ces communications, Aït Ahmed en appelle avec urgence à la création d’un gouvernement provisoire en exil. Il considère que cette initiative peut contribuer à résorber la crise interne provoquée par des responsables qui s’opposent au Congrès de la Soummam, tenu en août 1956, et préparent un congrès antagoniste.

Aït Ahmed s’insurge contre le groupe de Oujda
Membre du Conseil National de révolution (Cnra) et du Gouvernement provisoire (Gpra) en 1962, il prend une position ferme contre la violence de l’Etat-major des frontières. Il met en garde les notables politiques contre un processus de crise qui risque de dégénérer en guerre civile. Aït Ahmed dénonce le groupe de Tlemcen, appelé communément «Groupe de Oujda».
Il appelle les forces d’avant-garde, femmes, syndicats, étudiants, etc. pour faire barrage aux affrontements autodestructeurs. Les grandes manifestations populaires scandant «Sabaa snin barakat!» (Sept ans, ça suffit!) avaient pu interrompre, momentanément, ces violences.
La préfabrication d’une Constitution dans un cinéma à Alger a dessaisi l’Assemblée nationale constituante de sa prérogative essentielle qui est de fonder les bases d’un État de droit. Hocine Aït Ahmed ne s’est pas contenté de démissionner avec quelques députés dont le président de l’Assemblée, Ferhat Abbas. Il profite de la campagne publique qu’il mène contre le «Coup de force constitutionnel» pour créer le Front des forces socialistes (FFS) en septembre 1963. L’épisode de cette révolte, dit «Révolte du FFS», avait duré plusieurs mois et sera conduit par Hocine Aït Ahmed et le colonel Mohand Oulhadj. Le bilan s’est soldé par la mort de centaines de personnes. L’influence modératrice du FFS empêcha l’affrontement de dériver jusqu’à une guerre civile totale et le capital politique du parti au sein de la population se renforça. Arrêté en octobre 1964, Hocine Aït Ahmed est condamné à mort, puis gracié. Il est ensuite déporté à la prison de Lambèse. Malgré ce revers pour le FFS, le président Ahmed Ben Bella constate l’échec de la stratégie du chef d’état-major, Houari Boumediene, et de sa police politique à porter un coup d’arrêt à ce mouvement de résistance, il décide donc d’entrer dans un processus de négociation. Suite à des négociations menées à l’étranger, le FLN (Parti unique) et le FFS parviennent à un accord, qui sera rendu public par la presse nationale le 16 juin 1965. Trois jours plus tard (le 19 juin 1965), le coup d’Etat, perpétré par Houari Boumediene, met fin à toute possibilité de pluralisme politique pour sauvegarder l’orthodoxie de la pensée unique. Après plus de 70 ans dans le combat armé et politique, Aït Ahmed est toujours là et lutte pacifiquement pour l’Avènement d’une Assemblée constituante et la démocratie.

Par Kamel LAKHDAR-CHAOUCHE – Jeudi 05 Juillet 2012

in l’expression


Aït Benali Boubekeur
Mardi 10 Avril 2012

 

Depuis l’annonce de la participation du FFS aux élections législatives, le parti est attaqué tous azimuts. Bien qu’une certaine campagne de déstabilisation atteigne un niveau insoutenable, le FFS, après une concertation avec sa base, maintient le cap et déploie, par la même occasion, tous les efforts en vue de rassembler sa famille politique. Cela dit, toute position politique peut faire l’objet de critiques. À ce titre, les choix du parti ne peuvent pas déroger à cette norme. Là où le bât blesse, c’est quand ces attaques sont dépourvues de tout sens moral.

En tout cas, le FFS est habitué à entendre ses adversaires le calomnier. En effet, la campagne de déstabilisation venant des personnes qui avaient, depuis des lustres, comme objectif d’assener un coup terrible au FFS ne choque guère. Néanmoins, la dernière sortie médiatique de Djamel Zenati –et c’est le moins que l’on puisse dire –est inattendue. Elle l’est d’autant plus que son auteur fut, un moment donné, un haut responsable du parti. D’ailleurs, plusieurs militants et sympathisants, pour ceux qui participent à des groupes sur facebook, ont attendu son retour imminent au parti. Il faut dire aussi que son passage, comme dirigeant du parti, fut bien apprécié. Il est, à ce titre, considéré comme une valeur sûre. Cela dit, chacun est libre de croire à une autre voie que celle préconisée par sa famille, ou son ancienne famille, politique.

D’une certaine façon, sa contribution au journal El Watan du 3 avril 2012 laisse les observateurs perplexes. Concluant son texte, Zenati estime que « le boycott de cet abject cérémonial est une chance pour la paix et la stabilité de l’Algérie ». De toute évidence, cette conclusion, en lisant méticuleusement le texte, peut être son contraire, sans qu’elle soit en totale contradiction avec l’ensemble du contenu. En effet, le rappel historique peut dégager un consensus même parmi les dirigeants. Le ministre de l’Intérieur, ne disait-il pas, récemment, qu’en privant le GPRA de gouverner, l’Algérie a enregistré un retard de quarante ans. Pour le FFS, cette usurpation du pouvoir a été constamment mise en exergue. D’ailleurs, qui peut ne pas être d’accord avec ce jugement : « De la spécificité à l’exception, de l’urgence au danger, toutes sortes de spectres sont inlassablement brandis pour peser sur les représentations sociales et contraindre les citoyens à abdiquer leur droit de disposer librement de leur destin », écrit Djamel Zenati. En dehors du débat sur les législatives du 10 mai, quel que soit l’engagement de l’Algérien, ce point de vue pourrait être communément partagé.

D’une façon générale, le parcours d’Ait Ahmed ne symbolise-t-il pas  le combat d’un homme pour que les droits fondamentaux des Algériens ne soient pas bafoués ? À un moment donné, les deux hommes, Zenati et Ait Ahmed, ont œuvré ensemble pour la réalisation de ce changement, plaçant l’Algérien au centre de la vie politique. Et sans l’acharnement du pouvoir occulte, l’Algérie a été tout prés du succès, au début des années 1990. La démocratie étant un processus du long terme, le FFS a plaidé pour qu’on donne la chance au processus électoral, interrompu en janvier 1992. Sauf que les dirigeants et les éradicateurs ont tenté de catégoriser les Algériens en bons et mauvais électeurs. La majorité hélas appartenait à cette deuxième catégorie. Ce qui fut condamné par le FFS. En effet, pour peu que l’Algérien fasse son choix librement, le FFS ne se préoccupe pas de savoir pourquoi a-t-on choisi untel ou untel. Et pour qu’il n’y ait pas la moindre confusion, le FFS a défendu et continue de défendre un projet de société ne s’appuyant ni sur le turban ni sur la casquette. Lorsque le choix a été fait en décembre 1991, le FFS s’est battu pour que le choix de ceux-là soit respecté. À ce moment-là, ce fut aussi la position à laquelle adhérait pleinement Djamel Zenati.

Cependant, tentant de discréditer les élections du 10 mai, [en ce sens, on peut être d’accord en partie sur la malhonnêteté, pointée par Zenati, des dirigeants ayant excellé jusque-là dans la fraude], Zenati écrit : « Ces derniers [les imams], un Coran dans une main et une bourse dans l’autre, se lancent à la conquête des esprits récalcitrants ». Est-ce cela l’esprit démocratique ? A-t-on le droit de cataloguer les Algériens de cette façon, à moins qu’on ait des preuves. Dans ce cas, il faudra citer les noms pour que ces personnes, voulant tordre le cou à la démocratie, soient recadrées. En tout cas, en disant cela, sa rupture avec le FFS est quasiment consommée. Car, dans l’esprit du FFS, la démocratie reste un long processus d’apprentissage. À ce titre, les Algériens peuvent faire un mauvais choix, mais ce dernier doit être réellement le leur.

Quoi qu’il en soit, si les décideurs avaient accepté cette voie préconisée par le FFS, on n’aurait pas eu ce retard dû essentiellement à la gestion du coup d’État. Le résultat n’est-il pas catastrophique : 200000 morts, plus de 20000 disparus. Cette violence a causé beaucoup de torts. Djamel Zenati le signale magistralement en notant à juste titre : « Le texte du serment présidentiel, devant être prononcé par les membres du HCE à leur intronisation, en janvier 1992, a été modifié pour mieux coller à la conjoncture. Il est en effet malséant, voire provoquant, de jurer, la main sur le Coran, « de défendre la Constitution » et « de respecter le libre choix du peuple » quand on vient juste de substituer à l’institution présidentielle une instance étrangère à la Constitution et que l’on s’apprête à interrompre un processus électoral ».

D’une façon générale, cette interruption du processus électoral a plongé le pays dans une crise abyssale. L’exercice politique est, depuis, verrouillé, de façon hermétique, par le régime. Et sans les événements ayant secoué plusieurs pays de l’Afrique du Nord, on pourrait dire que la voie menant au changement est définitivement obstruée. Mais depuis les révolutions, tunisienne d’abord, égyptienne et libyenne ensuite, sans omettre les réformes mises en œuvre, au Maroc, ayant débouché sur la reconfiguration de la carte politique dans le royaume chérifien, il est désormais permis de croire à un changement en Algérie. Toutefois, la question lancinante est la suivante : quelle voie doit-on emprunter en Algérie ?

De toute évidence, un pays, qui a perdu plus de 200000 citoyens en une décennie, ne pourrait pas se hasarder sur la voie de la violence. Or, on entend ici et là que le salut ne pourrait venir que dans le statu quo. Pour jeter le discrédit sur les législatives, on peut même lire des analyses selon lesquelles les élections du 10 mai ne seront que le remake de celle de décembre 1991. Bien que chaque parti ait le droit de considérer que « si les partis islamistes arrivaient au pouvoir, ce serait un chaos général », on a aussi le droit de dire que ce qui est fondamental, notamment pour le FFS, c’est que l’élu soit choisi librement par ses concitoyens. En revanche, si cette voie de sagesse risque de ne pas aboutir au changement, les partisans du boycott ne nous disent pas comment y parvenir. Quelle voie reste-t-elle ? Autrement dit, qui a le courage politique d’appeler à une révolte du style libyen ? Cette démarche étant trop coûteuse, certains trouvent des formules du genre « Les Algériens doivent sortir dans les rues pour exiger le changement ».

Mais les Algériens ne l’ont pas fait quand le CNCD les avait appelés à manifester. En effet, contrairement au forcing exercé par les Égyptiens pour rejoindre la place El Tahrir, les Algériens n’ont pas fait de même pour rejoindre la place du 1er mai. En ce sens, il ne pouvait y avoir aucune comparaison entre les deux places. De la même manière, le changement ne peut pas se concrétiser, en Algérie, à la manière égyptienne. Par conséquent, en Algérie, comme au Maroc, d’ailleurs, un certain nombre de garanties a été donné pour que le processus se fasse sans violence. Un observateur de la vie politique algérienne, Abed Charef, constate que le scrutin du 10 mai sera différent des précédents dans la mesure où « le suivi ne sera pas assuré par les traditionnelles commissions électorales, mais par la justice. Peu importe que celle-ci n’ait pas encore prouvé son indépendance et son impartialité. Mais le simple fait que la validation, des résultats soit confiée aux juges, constitue déjà un pas dans la bonne direction ». Pour cet observateur averti, cette évolution connaîtrait son couronnement lors des élections locales de l’automne. Si ces deux joutes sont gérées de façon impartiale, l’Algérie connaitra indubitablement un nouveau climat politique.

Enfin, il reste juste à situer la position du FFS par rapport à cette évolution. Bien que sa participation ne puisse, en aucun cas, s’apparenter à un alignement sur la politique du régime, le parti, par la voix de son président, Hocine Ait Ahmed, ne cesse de le répéter, à qui veut ouvrir un tant soit peu ses oreilles, que le projet du FFS et celui du régime, se situent aux antipodes. Mais quand le régime s’engage à respecter la volonté du peuple, le FFS a toujours été et sera d’ailleurs partie prenante de ce processus. Cette conviction est partagée par l’ensemble ou peu s’en faut des militants et sympathisants du FFS. Le reste n’est qu’ergotage et esprit mal vaillant qui ne peut entamer la détermination de la famille politique, dirigée par Ait Ahmed.