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Les Américains vivent 1984

par Paul Craig Roberts

Le 10 mai 2011
Mondialisation.ca

L’histoire de la Maison Blanche sur “la mort de Ben Laden” s’est totalement décousue par elle-même. Cela fait-il une différence de savoir que dans les 48 heures qui suivirent l’annonce télévisée du président Obama de dimanche soir, l’histoire a tellement changé, qu’elle ne présente plus aucune crédibilité ?

Cela n’a jusqu’ici eu aucune importance pour la BBC, autrefois célèbre et renommée, qui le 9 Mai, 8 jours plus tard, continue de répéter la litanie propagandiste que les navy SEALS ont tué Ben Laden dans son complexe pakistanais, la où Ben Laden vivait en voisin de l’académie militaire pakistanaise, entouré de l’armée pakistanaise.

Même le président pakistanais ne trouve rien à redire de cette histoire rocambolesque. La BBC rapporte que le président lance une enquête totale pour savoir comment Ben Laden a bien pu vivre pendant des années dans une ville de garnison sans jamais être repéré.

Pour la plupart des Américains, l’ a commencé et fini avec ces cinq mots: “nous avons eu Ben Laden”. Les célébrations, la saveur sucrée de la vengeance, du triomphe et de la victoire sur “l’homme le plus dangereux de la planète” sont semblables à l’excitation expérimentée par les supporteurs de sport quand leur équipe de foot bat leur vieil ennemi ou quand leur équipe de baseball gagne les world series. Aucun fan ne veut entendre le jour d’après que cela n’est pas vrai, que tout cela était une erreur. Si ces Américains, des années dans le futur, apprennent que cette histoire n’a été qu’une fadaise orchestrée afin de propulser quelque agenda que ce soit, ils refuseront de le croire et diront que tout cela n’est que du défaitisme libéral-rose-coco.

Tout le monde sait que nous avons tué Ben Laden. Comment pourrait-il en être autrement ? Nous – le peuple indispensable – la nation vertueuse, la seule super-puissance au monde, les chapeaux blancs, sommes destinés à dominer. Il n’y a pas d’autre issue.

Personne n’a remarqué que ceux qui ont fabriqués l’histoire ont oublié de montrer la machine à dialyse rénale, machine qui de fait, a maintenu en vie Ben Laden pendant plus de dix ans. Il n’y avait aucun médecin sur les lieux.

Personne ne se rappellera qu’en Décembre 2001, Fox News a rapporté qu’Oussama Ben Laden était décédé de sa maladie.

Si Ben Laden avait contre toute attente pu survivre une autre décennie et attendre, désarmé et sans défense, l’arrivée des Navy SEALS la semaine dernière, comment est-il alors possible que “le cerveau de la terreur”, qui n’a pas seulement tenu en échec la CIA et le FBI, mais aussi 16 autres agences de renseignement ainsi que celles des alliés des Etats-Unis en Europe, Israël, le conseil national à la sécurité, le Pentagone, le NORAD, le contrôle aérien, la sécurité des aéroports, 4 fois dans la même matinée, etc, etc… n’a jamais connu un autre succès, même pas mineur ? Qu’a fait le “maître de la terreur” pendant 10 ans après le 11 Septembre ?

La “mort de Ben Laden” sert trop d’agendas qui couvrent le spectre politique pour que l’évidence de la supercherie soit reconnue par beaucoup. Les patriotes sont euphoriques que l’Amérique ait battu Ben Laden. Les progressistes ont saisi l’opportunité de cette histoire pour villipender les méthodes de justice extra-judiciare des Etats-Unis, ce qui nous brutalise tous. Quelques gens de gauche ont acheté l’histoire à cause de la satisfaction émotionnelle qu’ils recoivent des Arabes oppressés qui rendent les coups à leurs oppresseurs impérialistes. Ces gens de gauche sont très contents qu’il ait fallu une décennie entière aux incompétents américains pour trouver un Ben Laden qui se cachait en pleine vue. Pour ceux-là, l’incompétence américaine à trouver Ben Laden est simplement la preuve de l’incompétence du gouvernement qui déjà avait failli de les protéger lors des attaques du 11 Septembre.

Ceux qui ont donnés les ordres et ceux qui ont écrits ces mémos illégaux et totalement incompétents qui stipulaient que la torture était autorisée par la loi états-unienne et la loi internationale, ainsi mettant Bush et Cheney dans une position où ils pourraient être légalement inquiétés, participent à l’euphorie générale en déclarant que c’est grâce à la torture et les informations ainsi obtenues que les assassins de Ben Laden ont pu le trouver. D’un seul coup d’un seul, la torture, qui était enfin retournée au pilori où elle avait été mise depuis des siècles, est de nouveau une bonne chose. Quoi que ce soit qui puisse mener à l’élimination de Ben Laden est un outil utile et valide.

Ceux qui veulent augmenter la pression sur le Pakistan pour qu’il la ferme au sujet des Américains assassinant des citoyens pakistanais au Pakistan depuis les airs ou par leurs troupes au sol, ont gagné une nouvelle matraque qui va amener le gouvernement pakistanais à se soumettre: “vous nous avez caché Ben Laden !”

Ceux qui veulent continuer à engraisser le complexe militaro-industriel et les pouvoirs de la Sécurité Intérieure (Homeland Security), comme la secrétaire d’état Clinton, utilisent la seconde ou la neuvième mort de Ben Laden comme preuve que l’Amérique a du succès dans sa guerre contre la terreur et que la guerre doit continuer sur ce chemin glorieux jusqu’à ce que tous les ennemis soient éliminés.

La cerise sur le gâteau fut la déclaration du directeur de la CIA disant que la mort de Ben Laden menerait a de nouvelles attaques sur le sol américain et de nouveaux 11 septembre par Al Qaeda qui voudra se venger. Cet avertissement, fait quelques heures à peine après la déclaration du président Obama dimanche soir, “téléphona” l’inévitable message sur internet d’Al Qaeda qui posta que l’Amérique souffrira de nouveaux 11 septembre pour a voir tué leur leader.

Si les Talibans savaient en Décembre 2001 que Ben Laden était mort, quelqu’un pense t’il qu’Al Qaeda ne le savait pas ? En fait, personne du public n’a les moyens de savoir si Al Qaeda n’est pas juste une organisation de façade créée par la CIA et qui est chargée “des annonces d’Al Qaeda”. La pertinence du fait que les annonces faites par Al Qaeda soient faites par la CIA est très forte. Les différentes vidéos reçues et diffusées ces dernières neuf années ont été démontrées falsifiées par des experts. Pourquoi Ben Laden enverrait-il de vidéos montage bidouillées ? Pourquoi Ben Laden a t’il arrêté de s’exprimer sur vidéo, mais seulement par messages audios ? Une personne qui dirige une grosse entreprise terroriste internationale devrait-être capable de produire ses propres vidéos. Il serait aussi certainement entouré de bien meilleure protection que celle de quelques femmes. Où était Al Qaeda, qui selon Donald Rumsfeld consiste en “un groupe d’assassins les plus vicieux et les mieux entrainés sur cette terre” ? Ces hommes les plus dangereux de la planète ont-ils abandonné leur leader ?

L’avertissement du directeur de la CIA concernant de futures attaques terroristes, suivi par une menace suspecte “d’Al Qaeda”, suggèrent que si le public américain continue de perdre son enthousiasme pour les guerres sans fin menées par les Etats-Unis, guerres qui sont faites aux frais du contribuable et donc du déficit budgétaire, aux dépends de la valeur du dollar, de l’inflation, de la sécurité sociale, du Medicare, des programmes de support sociaux et de salaires, de l’emploi, de la sortie de la crise etc, “Al Qaeda” se jouera encore des 16 agences de renseignement, de celles de nos alliés, du NORAD, etc, etc… et infligera de nouveau à la seule super-puissance mondiale une nouvelle défaite humiliante, qui revigorera le support des citoyens pour la “guerre contre le terrorisme”.

Je pense “qu’Al Qaeda” pourrait faire sauter la Maison Blanche, ou le congrès ou les deux, et les Américains croiraient encore à cette fadaise, tout comme les Allemands, un peuple bien mieux éduqué et plus intelligent, se sont laissés bernés par l’incendie du Reichstag, tout comme bon nombre d’historiens par ailleurs.

La raison pour laquelle je dis ceci est pour signifier que les Américains ont succombé à la propagande qui les a conditionnée à croire qu’ils sont sous attaque perpétrée par des ennemis omnipotents. La preuve de ceci est ce qui est diffusé tous les jours. Par exemple j’ai entendu sur la radio nationale publique à Atlanta le 9 Mars, que l’université Emory, une université privée assez côtée gratifia sa classe de 3 500 étudiants fraichement diplômés d’un discours de Janet Napolitano, la directrice de Homeland Security.

Ceci est une agence qui a des gardes-chiourmes payés pour palper les organes génitaux de jeunes enfants et d’adultes dans les aéroports et qui a annoncée l’extension de cette pratique des passagers aériens aux clients de galeries marchandes, aux voyageurs de bus et de trains. Qu’une université sérieuse ait invité une telle personne de bas-étage, qui n’a clairement aucun respect pour les libertés civiles et individuelles des citoyens et qui est totalement dépourvue de tout bon sens commun, pour s’adresser à une classe de jeunes diplômés d’une élite du sud des états-unis est une claire indication que le Ministère de la Vérité a prévalu. Les Américains vivent le 1984 de Georges Orwell.

Pour ceux qui n’ont pas lu ce roman classique d’Orwell, prédisant notre époque, Big Brother, le gouvernement, y pouvait dire aux citoyens n’importe quel mensonge et celui-ci était accepté sans aucune discussion. Comme un lecteur perceptif me fit remarquer un jour, nous les Américains, avec notre “liberté de presse”, sommes à ce point aujourd’hui: “Ce qui est le plus alarmant aujourd’hui est la totale désinvolture de ces mensonges, comme si le gouvernement était devenu tellement confiant de sa capacité à tromper le peuple, qu’il ne fait virtuellement plus aucun effort pour paraître même crédible.”

Un peuple aussi naïf que le peuple américain n’a aucun avenir.

Article original en anglais : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=24698

Traduit par Résistance 71.


Affaires américaines – De Ben Ali à Ben Laden… ou la chute des idiots politiques utiles
Par Ahmed Selmane lanation.info
Mardi 3 Mai 2011

L’exécution de Ben Laden – et l’immersion immédiate de son corps au prétexte, ridicule, de respecter la règle musulmane de l’enterrement rapide – est une affaire américaine. Il est presqu’inutile, mis à part un souci d’historien, de s’appesantir sur la dimension clair-obscur de la «fin » de la star Ben Laden qui vivait tranquillement dans un manoir à une quarantaine de kilomètres de la capitale d’un gouvernement vassal. La véritable question est de savoir si la fin du feuilleton Ben Laden met un terme à une gestion impériale du monde arabo-islamique par les manipulations et les guerres ? Aucun « spécialiste » de plateau ne se hasarde à l’affirmer. Et par principe de précaution et de préservation de l’emploi, ces « spécialistes » soulignent avec insistance que « Ben Laden est mort » mais qu’« Al Qaïda n’est pas enterrée ». Le feuilleton – un art américain parfaitement maitrisé – peut ainsi continuer. Après tout Ben Laden campait le rôle relativement secondaire – et substituable – de la personnification du mal, tandis que l’acteur principal, les Etats-Unis, l’archange du Bien, est toujours là, prêt à poursuivre la partie. L’hypothèse optimiste – si tant est que cela ait du sens à ce niveau – est que la décision d’éliminer Ben Laden après de « bons et loyaux services » est la conséquence de la confirmation définitive de son inutilité. La Tunisie et l’Egypte où des régimes vassaux « remparts » présumés contre l’islamiste ont été bousculés par des sociétés qui tentent de reprendre leur droit le montrait amplement. Ni les appareils de répression, ni le discours anti-islamiste n’ont suffit.

Une nuit américaine

La fuite de Ben Ali et la chute de Moubarak ont créé, pour les sociétés arabes, une brèche significative dans l’enfermement hermétique – on l’oublie un peu trop – où elles ont été placées après les attentats du 11 septembre 2011 et la « Global War » des néoconservateurs, fourriers du complexe militaro-industriel américain. Dans cette vaste aire arabo-musulmane, la décennie écoulée a été celle d’une nuit américaine où, derrière l’ombre d’un mouvement terroriste surdimensionné, on a mené des guerres (pour le pétrole ou pour liquider une cause, celle des palestiniens) avec l’assentiment obligé de régimes autoritaires soumis, à qui l’hyper-puissance tutélaire ne manquait pas de rappeler leur peu de légitimité. Bush, président américain de peu d’intelligence mais bien encadré par des stratèges ploutocratiques (Dick Cheney notamment) qui savaient précisément ce qu’ils voulaient, aura laissé dans l’histoire de ces régimes, l’espace d’un bref moment, une sainte frayeur nommée GMO (Le Grand Moyen Orient). Rien de sérieux, mais un message suffisant pour obtenir « l’obéissance » des régimes qui confirmaient, clairement, qu’ils ne tenaient plus leur légitimité que du rôle de « rempart » et de supplétif qui leur était dévolu par le centre.

Des « remparts » handicaps

Les mouvements de révolte en Tunisie et en Egypte – dont l’issue reste encore incertaine – ont introduit, à la surprise des stratèges américains, les sociétés comme acteurs nouveaux. Les « remparts » pouvaient désormais devenir un handicap. Le schéma mis en place après septembre 2001 s’en est retrouvé perturbé. Outre la puissance militaire, la force du système hégémonique américain réside dans une remarquable d’adaptation et un opportunisme avéré. On lâche Ben Ali et Moubarak en escomptant rattraper le cours des événements, on prend des « actions » – au sens boursier et militaire – dans la rébellion libyenne pour montrer qu’on ne laissera pas les sociétés aller dans la direction qu’elles souhaitent ; et, last but not least, on se débarrasse de Ben Laden, symbole même de la décennie écoulée. Barack Obama, image bien plus avenante des Etats-Unis que son prédécesseur, engrange un vrai bonus électoral après une liquidation qui redonne du moral aux américains. Des américains qui, eux aussi il faut le rappeler, ont perdu de leurs libertés au cours des années Bush-Laden. Ces constats n’assurent pourtant pas une meilleure lisibilité de la politique américaine à l’égard du monde arabe. Il est probable que Washington continuera à manœuvrer sur tous les registres en surveillant, avec attention, les mouvements de sociétés arabes qui peuvent créer des problèmes mais qui offrent aussi – c’est un fait – des possibilités d’interventions directes en bénéficiant avantageusement de l’onction onusienne. Il est clair que pour les sociétés arabes – et cela a été toujours le cas en dépit de la propagande – que Ben Laden et sa nébuleuse n’offraient aucune perspective et servaient, volontairement ou non, les desseins de la grande alliance entre les Etats-Unis et les autoritarismes locaux. La disparition de « l’icône » Ben Laden n’introduira pas de changement dans ce domaine.

Solde de tout compte de la décennie Bush-Laden

L’Impérium militaire américain continuera à soutenir les « bons » autoritarismes jusqu’à ce qu’ils ne servent plus et deviennent contre-productifs pour son ordre. Il cherchera à profiter du mouvement des sociétés pour asseoir davantage son emprise sur les régimes ou pour intervenir directement sur l’alternative à mettre en place. En un mot, l’intrusion « inattendue » des mouvements de contestation civiques, pour perturbante qu’elle soit, élargi la panoplie des modes d’intervention de l’empire. Il est évident que cette marge d’action plus grande donnée aux Etats-Unis et aux occidentaux, n’est pas – ou n’est plus – une raison suffisante pour inhiber les mouvements de contestation politiques dans les sociétés arabes. A contrario, le thème du terrorisme et de la menace islamiste et d’Al Qaeda n’est également pas – ou n’est plus – un facteur d’inhibition. Dans ce « solde de tout compte » de la décennie Bush-Laden, il ressort clairement que, pour garder la main, les Etats-Unis sont prêts à sacrifier les responsables politiques arabes les plus fidèles. Politiquement, cela signifie que les Etats et les régimes arabes se retrouvent dans une situation de fragilisation sans précédent. La seule manière pour les personnels politiques en place d’en sortir sans trop de dégâts serait qu’ils prennent l’initiative de réformes politiques démocratiques endogènes sérieuses surtout que le scénario libyen d’intrusion directe de l’armada militaire occidentale est désormais extensible partout. Les Etats-Unis ne changeront pas de politique vis-à-vis du monde arabe si celui-ci ne change pas. Du point de vue de Bush comme d’Obama, Moubarak, Ben Ali ou Ben Laden incarnent parfaitement les idiots politiques utiles… jusqu’à ce qu’ils ne servent plus à rien.