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Mercredi 25 Mai 2011

Cette semaine ont débuté les consultations entre le Pouvoir, les partis politiques et la société civile autour des réformes annoncées par le Président de la République.

La multiplication des impasses.

Que pouvons-nous penser de cette démarche sachant ce que nous savons sur la manière avec laquelle le Pouvoir a conduit les affaires du pays depuis des décennies ?

Une conduite unilatérale. Brutale. Faisant peu de cas de la concertation. Ne procédant à aucune évaluation de sa démarche. Aucun bilan de la gestion de la séquence précédente. Sommant la société de s’aligner sur un agenda dont elle n’est pas convaincue et sur lequel elle n’a aucune prise. Aucun contrôle.

Qu’est-ce qui a changé pour que l’actuelle convocation du personnel politique et associatif soit différente des convocations antérieures ?

Depuis que des réformes ont été annoncées dans le sillage du « printemps arabe » rien dans l’attitude ni dans les déclarations publiques des dirigeants du pays ne laisse deviner une quelconque prise de conscience de la nature nouvelle de la séquence en cours.

Rien non plus pour ce qui est de l’esprit- radicalement nouveau- avec lequel il est essentiel que cette nouvelle phase de la crise nationale soit abordée.

Jusqu’ici, à chaque fois que sa gestion l’a conduit dans unes de ses impasses structurelles, le pouvoir a réagit de la même manière. En proposant d’entrer dans une autre impasse. Pour y rejouer la même vieille pièce.
Est-il possible, encore une fois, que le Pouvoir n’ait d’autre agenda que gagner du temps ?

Le Pouvoir a gagné

En vérité, le pays est usé jusqu’à la corde. Le Pouvoir a gagné. Il n’a plus d’adversaire en mesure d’affronter ses ruses et ses dribbles. Et ses menaces. Et ses fausses promesses.

Difficile à dire dans un pays où le machisme dominant consiste d’abord à se réfugier dans le déni de réalité. Le constat est pourtant là : Le pouvoir a gagné. Contre la politique qui ne mobilise plus. Contre la société qui ne s’organise plus. Contre le gouvernement qui ne gouverne plus. Contre la loi qui ne règne plus.

Il ne reste que deux acteurs majeurs : L’argent et la force. Deux acteurs qui se partagent le pays sur les deux modes selon lesquels ce dernier se décline. Un mode légal en déclin et un mode illégal en expansion croissante.
Dans une journée algérienne bien remplie, une fois que le ministre a fini la tournée de distribution de son quota de rente, c’est « le baron de l’Informel » qui prend le relais. Pour un puissant banditisme en col blanc. Qui reprend à son compte la rente injectée légalement dans une économie sans ressorts légaux efficaces. Le seul système qui permette de « salir » de l’argent propre.

Quand le policier a fini de réprimer les manifestants, de poursuivre les petits délinquants et de fignoler ses dossiers, c’est le voyou qui prend la main. Dans les quartiers populaires où la violence des bandes fait des incursions de plus en plus musclées et dans les bidonvilles où ne règne que la loi de la pègre.

Sans aller jusqu’à ce qui passe dans les maquis. Ni le long des frontières. Ni dans le grand sud transformé en échiquier grandeur nature pour la géopolitique globale. Avec ses narco- trafiquants. Ses contrebandiers. Ses tribus en manque d’Etat. Et tout ce beau monde lourdement armé.

Le pouvoir a gagné contre tout ce qui pouvait protéger la société. Des institutions crédibles. Une vie politique respectable. Une économie régie par des lois. Un Etat de Droit. Des libertés publiques. Une société civile puissante. Des élus reconnus par un véritable électorat. Un arbitrage légal et une justice au dessus de tout soupçon.
Et ce pouvoir ne semble même pas réaliser combien la faiblesse de la société finit par déboucher sur la faiblesse de l’Etat.

De coups de forces en coups de Jarnac. Et à force de coups, le Pouvoir a gagné le droit à un splendide isolement. Au dessus d’un champ de ruines. Et du désengagement civique d’une population en colère. Et meurtrie.

Changer d’approche

Dans le sillage du « printemps arabe », et même bien avant, les partenaires étrangers du pouvoir algérien, tout en lui apportant leur soutien, ont régulièrement souligné leur souci de voir émerger les instruments d’une bonne gouvernance, une société civile forte, des institutions démocratiques, un élargissement de la base sociale du régime… Et bien d’autres formules pour dire leur intérêt à voir les autorités garder le contrôle des populations.
Tant que ce contrôle pouvait se suffire de la lutte anti-terroriste comme cadre global de résolution, nulle insistance particulière ne s’est exprimée. Mais les turbulences que traversent le monde et la région rendent impérative une reprise en main des affaires de « monsieur tout le monde ». Celui justement qui a été jeté aux oubliettes, méprisé, humilié, torturé, menacé, licencié, appauvri…

Toutes ces choses qui rendent si semblables des régimes arabes trop enclins à se proclamer différents par delà la similitude de leurs pratiques. Et l’état de délabrement dans lequel ils laissent leurs sociétés respectives.
Ce n’est pourtant pas de cela que le Pouvoir veut discuter.

Le pouvoir veut recueillir des avis ou des propositions sur des amendements constitutionnels et sur des lois. Deux choses qui ne déterminent en aucune manière, dans le système actuel, la nature des rapports entre le pouvoir et la société.

Comment changer la nature des rapports entre Pouvoir et société ? Comment arriver à rendre le Pouvoir aux lois ? Comment donner une puissance effective à la constitution du pays ? Comment confier la sauvegarde des institutions au jeu institutionnel lui-même ? Comment donner aux processus électoraux leur caractère démocratique et politique ? Comment mettre les élections à l’abri des puissances d’argent, des maffias et de la violence politique ? Et quels mécanismes fiables pour l’évaluation de tout cela ?

En un mot, comment assainir un climat politique pour y rendre à nouveau possible l’exercice de… la politique ?
Entre la colère émeutière, la violence mafieuse, les pressions externes et la faiblesse des forces sociales
organisées il ne reste au pays qu’une mince « fenêtre de tir » pour lancer une véritable entreprise de réforme de son système de pouvoir.

La disponibilité à s’en saisir est le seul critère qui permette de différencier entre un despote patriote et un despote imbécile. Le premier acceptant de changer pour le bien de son pays et le deuxième entrainant son pays dans sa perte.

Le monde arabe a donné à voir quelques fameux spécimens de la deuxième catégorie de despotes. L’Algérie va-t-elle inaugurer le cycle des patriotes ? C’est en tous cas seulement à cette condition qu’elle pourra prétendre à la différence. De traitement.

Lanation.ionfo


Un seul héros : le peuple !
Par Samir Bouakouir (FFS)
Mercredi 18 Mai 2011

Episodiquement, tenaces, les vieilles rancunes et inimitiés ressurgissent pour occuper un temps durant les médias. Le spectacle donné, lamentable et affligeant, par ceux que la mémoire officielle ou les contingences et surtout le hasard ont érigé en symboles, illustre la puissance symbolique que la lutte révolutionnaire pour l’indépendance exerce sur les individus et les pouvoirs.

Pour n’avoir pas réussi la transition de la légitimité historique vers la légitimité démocratique, notre pays demeure otage d’une histoire falsifiée, unique ressource politique d’un système finissant, au sens politique et biologique, et destructeur de l’environnement social et humain.
Ce qui doit constituer un objet de d’investigation scientifique pour les historiens est devenu un enjeu politicien et un lieu où se déversent mensonges et contre-vérités, où s’exhibent sans aucune pudeur des états d’âmes tourmentées, chagrinées et aigries.

Quel bel exemple pour les générations postindépendance !
Aux rituels commémoratifs officiels abêtissant, où seuls les faits d’armes sont glorifiés, s’ajoute, maintenant, avec les « confidences », empreintes d’un narcissisme maladif, de Ben Belle à Jeune Afrique, une vision de l’histoire jalonnée d’intrigues, de luttes sanglantes et de complots divers. Bref, une conception du mouvement de libération qui réduit le peuple, principal agent de son émancipation, au rôle passif de figurant.

Faut-il encore rappeler à tous ces chefs autoproclamés, violeurs de la mémoire historique, que la résolution des Nations-Unis, reconnaissant le « droit du peuple Algérien à l’autodétermination », est intervenue suite aux mouvements populaires du 11 décembre 1960 ? C’est cet événement historique qui a réussi à débloquer le processus politique et mettre fin à l’impasse politique provoquée par les luttes sourdes entre les différents clans qui se disputaient le contrôle des organes de la révolution.

C’est toute la différence entre Ait Ahmed et Ben Bella !
Dans ce rapport au peuple. Ben Bella représente cette élite politique qui a tourné le dos au peuple et qui a servi d’escabeau aux appareils militaro-policiers pour confisquer la révolution et imposer la dictature.

Il représente cette élite politique adoubée, il en est en quelque sorte le précurseur, dont le profil psychologique répond aux critères établis par les officines de l’ombre, ces vrais maitres du pays : les services de renseignement. Mégalomanie, soif de pouvoir, comportement autoritaire, ambition démesurée, ces « qualités » requises pour accéder aux responsabilités politiques sont encore aujourd’hui celles présidant à la sélection et à la cooptation d’un personnel politique qui sert depuis bientôt cinquante ans de « façade civile » au système militaro-policier. Une « façade » renouvelée aux rythmes des crises internes cycliques et qui s’embellie, à l’occasion, de certaines figures de l’ « opposition ».

La trahison des clercs

C’est bien là que réside l’extraordinaire longévité du système. Dans la « trahison des clercs ». Et c’est ce qui rend la « spécificité algérienne » intelligible. Voilà pourquoi, entre autres raisons, la contagion démocratique, tant espérée, comme un processus mécanique, n’a pas eu lieu, même si le divorce entre le pouvoir et la société est largement consommé. Mais un divorce qui s’accompagne, ici mécaniquement, d’un rejet des «politiques » et de la « politique ».

La stratégie des « artistes-comploteurs » de l’ombre est d’une redoutable efficacité : rendre impossible, toute alternative démocratique en empêchant, par la combinaison corruption- manipulation- répression, la constitution d’une élite algérienne autonome, condition pour l’émergence d’une vraie société civile.

Mais cette stratégie est en même temps extrêmement périlleuse : la guerre contre le politique peut ressembler à ces guerres qui aboutissent à une sorte de « victoire à la Pyrrhus ». Avec à terme un effondrement brutal du système, et non pas simplement une chute du pouvoir visible. Inutile d’imaginer les graves conséquences dans un pays où l’obsession maladive à s’accrocher au pouvoir, à ne rien céder sur le fond sinon dans la forme, va fatalement libérer les forces centrifuges de désintégration du lien social et national.

lanation.info


Alger–Rabat : les calculs d’un rapprochement annoncé

C’est un peu le serpent de mer des relations algéro marocaines. La frontière entre les deux pays va t elle être rouverte ? Régulièrement ? la question revient au devant de la scène, les deux pays indiquant que cela se produira forcément un jour prochain, puis le sujet retombe aux oubliettes. Ces dernières semaines nous sommes entrés dans une nouvelle phase d’optimisme. Les responsables des deux côtés, et plus particulièrement algériens, ont multiplié les déclarations positives à l’égard du Maroc. Il y a eu le président de la République, le ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, et le ministre de l’Agriculture, Rachid Benaissa.

Ce énième revirement sur cette question aurait pu n’être qu’un retournement de plus s’il n’intervenait dans un contexte très particulier. Les tensions algéro marocaines sont effectivement au plus mal : le Sahara occidental avec le lobbying du Maroc à l’ONU pour orienter en sa faveur le prochain rapport onusien sur ce dossier, le boycott marocain de la cérémonie d’ouverture de « Tlemcen, capitale de la culture islamique » le 16 avril dernier ou les procès abusifs de militants sahraouis au Maroc, etc.

En d’autres temps, ces évènements auraient suffi à refroidir encore plus les relations entre les deux pays. Malgré tout, le 17 avril dernier, Abdelaziz Bouteflika l’affirmait : « il n’y a aucun problème entre l’Algérie et le Maroc ». « Le problème du Sahara occidental est un problème onusien. Le Maroc est un pays voisin et frère. Il faut coopérer et nous devons coopérer (avec lui) », avait insisté le chef de l’État.

Et le 25 avril, le ministre de l’Agriculture effectuait une visite officielle au Maroc et annonçait une coopération avec le royaume chérifien « pour assurer la sécurité alimentaire » des deux pays. On reparle également d’une relance de l’Union du Maghreb arabe, paralysée depuis des années à cause des tensions entre l’Algérie et le Maroc. Le 1er mars dernier, le ministre de l’Énergie et des mines annonçait également l’existence d’un projet de gazoduc algéro marocain pour approvisionner notre voisin en gaz, à l’occasion de la visite de la ministre marocaine de l’Énergie, Amina Benkhadra. La sécurité alimentaire et l’énergie sont des sujets de coopération extrêmement sensibles. Une coopération dans ces deux domaines passe inévitablement par un réchauffement sérieux des relations.

Alors, une question se pose à la lumière de cette conjonction de gestes de réchauffement entre les deux pays. Pourquoi ? Et surtout, pourquoi aujourd’hui ? La réponse réside peut être dans les évènements qui secouent le monda arabe depuis le début de l’année. Les régimes autoritaires sont secoués les uns après les autres par des mouvements de protestation populaires jamais vus. Chute de Ben Ali en Tunisie et de Moubarak en Égypte, départ inéluctable du président yéménite Ali Abdallah Saleh, guerre civile en Libye entre pro et anti Kadhafi, ou encore Bachar el Assad sur la sellette en Syrie.

De l’autre côté de la région, le Maroc et l’Algérie connaissent aussi leurs crises politiques et sociales, mais jusqu’ici, les pouvoirs en place tiennent le choc. Cependant, les dirigeants Abdelaziz Bouteflika chez nous et la famille royale incarnée par Mohamed VI chez notre voisin, doivent se sentir bien seuls à la table des dirigeants autocratiques de la région, qui se dépeuple de plus en plus. C’est une vieille règle historique, face à une menace commune, les ennemis d’hier se trouvent des intérêts partagés et une solidarité nouvelle. Est ce le calcul que font les pouvoirs marocain et algérien ? Ce qui est sûr, c’est que ce rapprochement aussi soudain qu’inattendu soulève bien des interrogations.

TSA