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En Algérie, les salaires ont augmenté et avec eux les envies de shopping. Mais les produits importés ne sont pas à la portée de toutes les bourses.

Elles sont bien loin les années 1990, cette décennie noire où l’Algérie a dû passer sous la tutelle du Fonds monétaire international (FMI) pour cessation de paiement, où la dette extérieure avait atteint la somme astronomique de 32 milliards de dollars, où les caisses de l’État étaient tellement vides qu’il avait fallu solliciter une monarchie du Golfe pour régler la facture d’un simple bateau de blé. Désormais, le pays a renoué avec l’aisance financière, à la faveur de l’envol des prix du pétrole et du gaz, ses deux principales richesses.

Depuis 1999, l’Algérie a engrangé près de 800 milliards de dollars, a remboursé ses dettes, et même prêté 5 milliards au « méchant » FMI en octobre 2012. Mieux, la Banque d’Algérie a accumulé quelque 200 milliards de dollars en réserves de change – dont une bonne partie a été placée en bons du Trésor aux États-Unis. De quoi assurer trois années d’importations, du jamais vu depuis l’indépendance.

Au cours de la dernière décennie, l’Algérie a connu une hausse substantielle du nombre de millionnaires en dollars, voire de milliardaires.

Et pour clore cette liste de records chiffrés régulièrement exhibée par les autorités pour démontrer que l’Algérie a bien changé, on peut rappeler que les gouvernements successifs du président Bouteflika ont engagé 600 milliards de dollars dans des projets de développement. Qu’ils ont revalorisé à cinq reprises le salaire national minimum garanti (SNMG), fixé à 18 000 dinars (DA, soit environ 180 euros) par mois depuis 2012, alors que la première revalorisation l’avait péniblement fait passer de 6 000 à 8 000 DA en 2001. Qu’ils ont par ailleurs rétabli le crédit à la consommation (supprimé en 2009) et dopé les salaires de 2010 à 2012. Le pouvoir d’achat a-t-il progressé pour autant ? La qualité de vie des Algériens s’est-elle améliorée ? Sont-ils heureux ?

L’Algérie, un eldorado pour ceux qui veulent gagner de l’argent rapidement ?

Invité le 11 mars à une conférence au siège du quotidien Liberté, Djamel Zenati, ancien député du Front des forces socialistes (FFS), s’est fendu de cette savoureuse formule : « Celui qui ne s’est pas enrichi sous Bouteflika ne sera jamais riche. »

Lyes fait partie de ces Algériens qui ont amassé une petite fortune au cours de ces quinze dernières années. Importateur de pièces détachées pour véhicules légers, ce père de 3 enfants se qualifie volontiers de privilégié du système. Plusieurs comptes bancaires garnis, villa avec piscine dans le quartier de Dely Brahim, sur les hauteurs d’Alger, progéniture scolarisée dans un établissement privé, vacances dans le sud de l’Espagne, en Thaïlande ou en Égypte…

Lyes n’a pas de scrupules à faire étalage de sa fortune. Sa dernière acquisition, qu’il aime exhiber dans le quartier de Sidi Yahia, les Champs-Élysées d’Alger : une limousine flambant neuve payée, en liquide, 7 millions de dinars (environ 70 000 euros). « Ces 7 millions sont une goutte d’eau, dit Lyes non sans fierté. Cette somme ne représente même pas la moitié de la valeur d’un conteneur. Or j’en importe deux à trois par mois. Mais cet argent ne fait pas vraiment notre bonheur. Je peux tout me permettre, mais les lieux de savoir, de distraction et d’évasion sont inexistants en Algérie. On s’y ennuie mortellement. »

Ancien trabendiste reconverti dans l' »import-import » – dénomination populaire de l’import-export -, Lyes estime que l’Algérie est un eldorado pour ceux qui veulent gagner de l’argent rapidement. À preuve, au cours de la dernière décennie, le pays a connu une hausse substantielle du nombre de millionnaires en dollars, voire de milliardaires. Une réussite symbolisée par celle de l’industriel Issad Rebrab, patron du groupe privé agroalimentaire Cevital, entré dans le classement 2013 du magazine Forbes avec une fortune estimée à 3,2 milliards de dollars.

« Nous ne produisons rien, nous importons tout, souligne Lyes. C’est pain bénit pour les hommes d’affaires qui sont sur ce créneau, et ce n’est pas demain que cette source va se tarir, car l’économie algérienne dépendra encore de la rente pétrolière dans les vingt prochaines années. On se frotte les mains d’avance… » Il ne croit pas si bien dire. De l’aveu même de l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, l’Algérie a importé pour 370 milliards de dollars au cours des quinze dernières années. Pour la seule année 2014, la facture pourrait même atteindre la barre des 55 milliards de dollars, alors qu’elle était à peine de 10 milliards en 1998. Une vraie dépendance, aussi, au « fabriqué à l’étranger ».

Des produits pas accessibles à toutes les bourses

Forcément, ce boom des importations et le prix des produits importés se ressentent dans la vie quotidienne. De la pomme de terre à la pièce détachée en passant par le téléphone, la voiture, les conserves, les viandes, le blé, les fruits, les vêtements, les Algériens consomment presque exclusivement des produits importés de Chine, d’Argentine, de France, des émirats du Golfe ou de Taïwan. À tel point que certains marchés populaires portent désormais des noms aussi exotiques que Dubaï, Chinatown ou Dallas. De quoi donner à chacun sa petite part de rêve…

Mais si tous les produits sont disponibles, ils ne sont pas accessibles à toutes les bourses. D’autant que le pouvoir d’achat des Algériens a sensiblement diminué au cours de ces cinq dernières années, bien que le SNMG ait été revalorisé et bien que les autorités, qui continuent de soutenir les produits de première nécessité (pain, lait, sucre, huile), aient procédé à des revalorisations salariales substantielles (avec effet rétroactif) pendant l’hiver 2012, dans la foulée des révolutions en Tunisie et en Égypte, pour garantir la paix sociale. Et même si, selon le FMI, le PIB par habitant est passé de 1 630 dollars en 1999 à 5 670 dollars en 2013, le pouvoir d’achat des Algériens s’est érodé. L’inflation, conjuguée à la flambée incessante des prix des produits de grande consommation, grève le budget des ménages.

Médecin au service ophtalmologie d’un hôpital public, mère de deux enfants, Nadjet se plaint de la cherté de la vie, malgré un salaire mensuel de 90 000 DA, pourtant largement supérieur à la moyenne. « Entre la nourriture et le téléphone, l’entretien et le remboursement de la voiture, le loyer, les soins de santé, la scolarité des enfants, les vêtements… Il ne reste plus grand-chose à la fin du mois, maugrée Nadjet. Pour les vacances d’été, il faut se contenter de la plage. Et il faut compter deux ou trois ans d’économies pour un séjour en Tunisie ou en Turquie », qui restent les deux principales destinations des touristes algériens.

Sportives et grosses berlines

Où et comment dépenser son argent ? Pour répondre à cette cruelle question et aux besoins des « nouveaux riches » algériens, quelques temples pour consommateurs haut de gamme ont vu le jour, surtout dans la capitale, où plusieurs concessionnaires proposent des véhicules de standing, négociables entre 5 millions et 20 millions de dinars (DA, entre 50 000 et 200 000 euros).

C’est « le » véritable signe extérieur de richesse. L’engouement pour ces berlines, limousines ou sportives est tel que, du 9 juillet au 9 août 2013, les clients aisés ont pu se rendre à loisir au premier Salon de l’automobile haut de gamme d’Alger. Sur les hauteurs de la capitale et dans ses banlieues chics, les villas avec piscine fleurissent, dont certaines se revendent à plus de 400 millions de DA. Des magasins de luxe, de grandes enseignes d’horlogerie, de vêtements ou d’électronique high-tech ont ouvert à Sidi Yahia, près du quartier huppé de Hydra, à Alger.

Et pour ceux qui aiment la discrétion, rien de tel que l’étranger. Les Algériens qui en ont les moyens aiment passer leurs vacances à Paris, à Monaco, dans le sud de l’Espagne ou à Cuba. Pour le shopping, ils préfèrent Londres, Genève, Dubaï ou Doha, d’autant plus prisé depuis que Qatar Airways propose des vols directs plusieurs fois par semaine. Ils sont aussi de plus en plus nombreux à acquérir maisons, appartements et commerces hors du pays pour assurer l’avenir de leurs enfants, faire des affaires, ou, pour quelques-uns, investir les petites et grandes fortunes amassées.

Par Farid Alilat


Statu quo contre dynamique politique
Par Salima Ghezali
Mercredi 18 Mai 2011

Un semestre pour rien.

Entre les déclarations du ministre de l’Intérieur au lendemain des violentes émeutes de janvier dernier et l’installation de la commission Bensalah qui doit entamer ses consultations ce samedi autour des Réformes politiques, il n’ya rien de nouveau sous le ciel officiel. Tout ce qui est présenté comme mesure, démarche ou discours a déjà été usé jusqu’à… la démobilisation quasi-totale de la société. Et même des segments les moins nocifs du régime. Le fameux « impératif de fonctionnement », qui a jusqu’ici péniblement trainé la carcasse de l’Etat de rendez-vous raté en rendez-vous gâché, peine à maquiller cette énième tentative en Grand jour.

« L’impression qui prévaut est une impression de fin de période mais d’une fin de période qui semble s’installer dans la durée. Et s’il ya consensus pour dire qu’il faut passer à « autre chose » c’est le grand flou qui domine lorsqu’il s’agît de parler pertinemment de cette autre chose. De plus, non seulement les conditions du passage ne semblent pas réunies mais les conditions en faveur du maintien du statu quo se révèlent d’une puissance insoupçonnée et d’une terrible efficacité. C’est comme si nous nous trouvions au milieu du gué non dans une position de marche mais dans une position d’immobilité, c’est-à-dire la pire qui soit. » ( l’article de Guerrid : Repenser l’université en crise ).

Ce propos de D. Guerrid sur la crise de l’université peut sans peine être appliqué à la crise nationale dans sa globalité. Ni le discours du Président Bouteflika, ni les déclarations de ses ministres, ni les autres interventions d’un personnel taillable et corvéable à merci n’ont donné lieu à ce fameux déclic susceptible de remettre le pays en marche. L’état de délabrement politique et moral du régime est tel qu’on ne serait pas surpris d’entendre quelque nouveau » laquad nadjahna ! » Au milieu de ce naufrage sans appel.

La grenouille et le scorpion

Dans son infinie sagesse, comme dans la longue liste de ses déboires, l’Afrique nous enseigne certaines choses essentielles. Comme cette histoire.
« Un scorpion qui avait besoin de traverser une rivière demanda à une grenouille de le mener jusqu’à l’autre rive sur son dos.
– Il n’en est pas question, répondit la grenouille. Je te connais et je sais que si je te laisse monter sur mon dos, tu me piqueras pour me tuer.
– Mais alors, je vais mourir noyé, répondit le scorpion.
La grenouille finit par accepter et alors qu’ils étaient à la moitié du parcours, le scorpion la piqua, lui injectant son venin mortel.
– Mais qu’est-ce que tu as fait, malheureux, s’écria la grenouille ! Maintenant, tu vas mourir, toi aussi !
– Je n’y peux rien, dit le scorpion. C’est ma nature.»

L’histoire sociale et politique de l’Algérie contemporaine est telle qu’il ne faut pas s’étonner que les foules ne soient pas sorties dans les rues pour demander la chute du régime. Alors que des dizaines de mouvements de contestation quotidiens troublent depuis des années la quiétude de responsables locaux mal élus, corrompus ou incompétents. Ou sans prérogatives réelles.

Pas plus qu’il ne faut s’étonner de voir l’armée résister aux sirènes d’un autre coup d’Etat. Alors qu’elle continue de peser de tout le poids de son silence sur l’ébauche de la moindre sortie de crise.
Ni de voir les acteurs politiques les plus significatifs refuser de s’embarquer dans l’aventure de réformes annoncées dans un râle et menées au pas de charge. Alors que ces acteurs ont formulé des propositions et
décliné leur engagement en vue de l’amorce d’une dynamique politique sérieuse.

Un signal fort.

Il n’ya nulle part l’indice que quelque chose a changé. Le ciel politique national demeure doublement plombé par l’omnipotence de la violence sous toutes ses formes. Et par le statu quo.
« La force du pouvoir algérien réside justement dans sa formidable capacité à neutraliser toute tentative d’organisation de l’opposition et des intellectuels à constituer un débat politique et à construire la moindre entente avec le peuple, par ses méthodes ultrasophistiquées appuyées par une violence politique extrêmement dissuasive. » ( l’article de Benzatat : De la polémique au débat politique)

Dans ce face à face entre l’Algérie et ses crises certaines clarifications s’imposent. Elles concernent l’ensemble des forces en présence. A l’exception de celles qui investissent dans la prolongation du statu quo. Quitte à entrainer dans leur dérive le pays vers une aggravation fatale de toutes les crises actuelles. Que signifie concrètement rassemblement des forces de l’opposition dans un système dominé depuis des décennies par la police politique ? Comment peut s’opérer la moindre « entente avec le peuple » alors que la violence de la gestion par la rente a pénétré en profondeur le monde des représentations sociales politiques et culturelles défigurant la notion même de société ?

« Les conditions fondamentales d’une expérimentation et d’une progression réelle ( …) est que la société (…) puisse représenter pour ses membres un bien commun incontestable. Or, l’usage actuel de la rente s’oppose à une telle représentation de la société. Il définit le jeu social comme un jeu à somme nulle. Ce que l’un gagne l’autre le perd. La coopération est un coût. Or, ce n’est pas le seul usage possible, comme le montre l’exemple de la Norvège. L’usage actuel dilapide notre capital naturel et contrarie la formation des autres capitaux. » ( l’article de Derguini: La crise de la jeunesse maghrébine)

Le potentiel de déflagration générale que comporte ce double containment de la société par la violence et par la rente pèse au dessus de tous les scénarios en cours.
Pour que quelque chose bouge enfin il faudrait de la part du pouvoir comme dit A. Mehri dans sa lettre ouverte au Président Bouteflika « un signal fort ». Or il n’ya rien de cet ordre dans la démarche actuelle.
S.G.



Par Salima Ghezali.
Mardi 26 Avril 2011

Il ya plusieurs façons de faire fausse route. Continuer dans la même voie pour le régime. Et appeler à un coup d’Etat pour l’opposition.

Que le Président Bouteflika soit malade cela ne constitue qu’un facteur aggravant de la crise. Cette dernière était déjà là quand le public sortait les chaises sur les trottoirs pour écouter aux terrasses des cafés le Bouteflika du premier mandat discourir à l’infini. Sur l’Algérie et sur le monde. Sur le passé et sur l’avenir. Sur le peuple et sur le pouvoir. Sur le président et sur les généraux.

Mais sur toutes ces questions Bouteflika comme tous ses prédécesseurs- et ceux qui les ont fait- n’a eu que des discours.

La réalité n’a jamais été abordée sérieusement. Par les actes. Ce n’était pas le but du jeu. Même si les discours se sont multipliés, tantôt se répétant. Tantôt se contredisant. Tantôt dans le style du sketche de Ramadan. Tantôt dans le savant babillage des experts. Et tantôt dans les roucoulements de quelques courtisans. Ou les rugissements de quelques opposants. La plupart en service commandé. Ou même pas. Ce qui est presque pire dans l’évaluation de l’état d’avilissement politique d’une société.

Bouteflika est malade et Ali yahia Abdennour demande sa destitution légale par recours à l’article 88 de la constitution.

A la tête d’une CNDC politiquement aussi malade que le Président lui-même, le vieux routier des Droits de l’Homme veut confier à un « conseil national de transition » désigné par un clan (fût-il de l’opposition !) la mission de tracer la feuille de route pour la sortie de crise.

On devine que cela ne va pas plaire aux autres clans. Ceux dans l’opposition. Pas plus que ceux déjà au pouvoir. Mais quel bonheur pour la crise !

Enfin ! Il ya là de la vraie matière pour continuer à faire comme avant en ayant l’air de changer. Et en changeant juste les figurants. Pour juste un épisode.

Et ce n’est pas le pire ! Le pire est que le pays, sa crise multiforme, sa société déstructurée, sa morale en putréfaction avancée, ses équilibres précaires, ses élites sous influence, traumatisées ou au bord de la crise de nerfs, ne seront pas en mesure de supporter le choc d’une autre issue illusoire.

Encore une porte ouverte sur le vide et tout le monde descend !

Ou plutôt tombe.

Qu’il est doux à demander Iskat ennidham ! Quand on est persuadé que le Nidham c’est l’Autre !

Quand on oublie, ou ne sait même pas, de combien d’autres on est l’Autre !

Et qu’on est le Nidham de tous ceux pour qui on est l’Autre.

On croit un certain nombre de choses assez curieuses chez nous.

Que seul le pouvoir est porteur de fausses solutions.

Que seul le pouvoir est concerné par le changement.

Que seul le pouvoir doit mettre ses actes en conformité avec ses paroles.

Et quand ça tourne mal on appelle l’armée à un redressement révolutionnaire.

Ou les jeunes à prendre les maquis.

Le problème est qu’on se trompe lourdement à demander aux militaires de prendre partie dans cette affaire.

Qu’ils n’ont plus les moyens, combien même en auraient-ils l’envie, de redistribuer les cartes comme ils l’ont toujours fait jusqu’ici.

Le problème est que les jeunes d’aujourd’hui n’ont plus envie de mourir pour les multiples « opiums »des idéologies. Même pas celles d’Internet.

Tant qu’à faire avec la violence. Les maquis des narco- trafiquants et du trafic d’armes sont un horizon stratégique ouvrant bien plus de perspectives de promotion sociale qu’un statut de martyr pour une révolution « par et pour les autres »

Dans sa faillite, le Pouvoir algérien a réussi à entrainer la faillite de l’opposition. Et la faillite de la société. C’est là le drame. Et c’est à ce drame qu’il faut trouver une solution.

C’est en cela que l’Algérie n’est pas concernée de la même manière que les autres par le « Printemps arabe ».

La révolution, si elle devait avoir lieu ici, sera consensuelle, négociée et pacifique !

A tous les autres programmes ce sera NON !

Elle a déjà donné l’Algérie !

Aux illusionnistes, aux génies du changement par décret, aux révolutionnaires de palais, aux relais d’ambassades, aux imbéciles impénitents, aux prédateurs à dents longues, aux assassins, aux calomniateurs, aux fanfarons, aux traitres, aux criminels et aux mercenaires de toutes obédiences !

Elle a donné les plus naïfs de ses enfants. Les plus irremplaçables. Par ce qu’on mettra longtemps avant de faire pousser à nouveau sur cette terre de cette sorte d’enfants qui meurent pour des idées.

On ne mourra plus désormais que pour tuer. La nuance est de taille. Entre ces deux espèces de candidats au sacrifice.

Il ya une génération qui a été sacrifiée. Et une autre qui préfère vendre chèrement sa peau. Et tant qu’à l’offrir ce sera aux poissons. Au feu. A la corde. Au bitume. Mais pas pour vos figures.

Les réactions au discours prononcé par le président Bouteflika vendredi dernier révèlent au moins une chose. La fracture qui traverse la scène algérienne entre une société virtuelle qui dispose du pouvoir réel, dont celui de neutraliser les institutions, et une société réelle qui ne dispose que d’un pouvoir virtuel, celui de se mobiliser.

Il reste quelques chances de sortir le pays de ce jeu pervers qui consiste à faire se télescoper le virtuel et le réel Sans que jamais ils ne se rencontrent.

Il est temps 50 ans après l’indépendance de libérer la société et le pouvoir. De ce piège des apparences. Fausses institutions, fausses sociétés, fausses mobilisations, fausses solutions et des textes à profusion.

Une seule règle en amont : Pas d’exclusion. Une seule en aval : le respect de la règle. Et entre les deux se mettre d’accord sur la règle.

Par une curieuse ironie du sort, à l’époque où Bouteflika remplissait bien sa mission d’amuseur des foules, après le diner en s’installant pour rigoler un bon coup on allait écouter le président parler dans les chaumières et on disait faut pas rater Cassandra ! C’était le nom du feuilleton mexicain à la mode avant l’arrivée des concurrents turcs.

Pour rappel Cassandre est le nom de cette héroïne grecque qui annonce les catastrophes. Dont la destruction de Troie.

Pour rappel également, un homme averti de la chose politique algérienne avait dit de Bouteflika à son arrivée au pouvoir : il enterrera le système… ou le pays.

Ne l’aidons pas à enterrer le pays par de fausses solutions.
S.G.


Algérie: vers la fin du compromis social fondé sur la rente ?
23 Avril 2011 Par ahmed.dahmani
L’Algérie indépendante fut marquée par l’organisation de son économie autour de la rente pétrolière. Un compromis social, tacite, s’est établi autour de ce système, dans les années 1980. Constamment remis en cause, ce modèle survivra-t-il aujourd’hui dans un pays en pleine mutation ?

Ahmed DAHMANI, membre de la section LDH Val-de-Bièvre et du Collectif « Pour un Maghreb des droits de l’Homme »

Plusieurs faits marquants, dans l’Algérie de ces dernières années, attestent la dégradation de la situation économique et sociale et le rejet du pouvoir politique qui domine depuis l’indépendance en 1962. Tous les jours, depuis le début des années 2000, des populations poussées à bout (1) sortent dans la rue pour crier leur colère, sous forme d’émeutes, de saccages, d’incendies d’édifices publics, de barrages de routes, etc. (2) Des jeunes, et des moins jeunes, sortent dans les rues de leurs agglomérations, parfois de simples bourgades, pour crier leur désespoir et revendiquer, qui un travail, qui un logement, qui de l’eau potable, etc. D’autres faits, non moins dramatiques, concernent des hommes, des femmes – et pas seulement des chômeurs –, parfois des catégories sociales en principe établies (travailleurs, employés, voire fonctionnaires…). Ils tentent la traversée à la recherche de l’eldorado, au nord de la Méditerranée, et souvent se retrouvent au fond des mers, dans les prisons tunisiennes ou libyennes, soit, pour les plus chanceux, dans les centres de rétention (à Lampedusa ou ailleurs), avec l’espoir d’une libération hypothétique. Enfin, en écho aux révoltes de la Tunisie voisine, à l’acte désespéré de Mohammed Bouazizi, une vingtaine d’Algériens ont commis le même geste d’immolation, et quatre en sont morts.
Nous retrouvons en Algérie quasiment les effets des mêmes causes que dans les autres pays du Maghreb et du Moyen-Orient (3) : chômage endémique, faiblesse du pouvoir d’achat et surtout absence de toute perspective, notamment pour les jeunes générations, en dépit de potentialités socio-économiques et culturelles importantes. La situation paraît cependant singulière, comparée à celle des pays de la région.

L’Algérie indépendante et l’Etat rentier

La spécialisation de l’Algérie dans la production et l’exportation des hydrocarbures date de la fin de l’ère coloniale, au milieu des années 1950. Toutes les stratégies de développement initiées par les gouvernements algériens successifs, de même que les programmes d’ajustement structurel, dictés par le FMI au milieu des années 1990, n’ont fait que renforcer cette tendance.
Ainsi, en douze ans, la part des hydrocarbures (pétrole et gaz) dans le produit intérieur brut a été multipliée par 1,65 : si, en 1995, les hydrocarbures représentaient 29 % du PIB, ils passent à 47,9 % en 2007. Quant à la fiscalité pétrolière, elle atteint 78 % en 2006, contre 62 % en 2002 ; et autour de 12 %, seulement, dans les années 1960. La part des hydrocarbures dans les exportations était de 69 % en 1970. Elle est aujourd’hui de 98 %. Même le Venezuela et l’Arabie saoudite sont en deçà. La branche des hydrocarbures, qui assure l’essentiel des exportations de l’Algérie, constitue le principal moteur de l’économie. Le prix du pétrole demeure la variable déterminante de la politique économique de l’Etat. Chaque année, le budget, le programme des importations, le volume des différentes subventions, etc., sont calculés en fonction du prix du pétrole. Ses fluctuations, notamment quand elles sont à la baisse, peuvent provoquer de graves problèmes économiques et sociaux.
Cette « rentisation » de l’économie s’étend aussi à la société. Elle a été un choix permanent de l’Etat algérien, plus précisément son groupe dominant (armée et services de sécurité), qui va privilégier un type d’intégration sociale financé par les ressources de la rente plutôt que fondé sur le travail et la production. S’établit alors un type de rapport singulier où l’Etat n’exige pas du citoyen-travailleur des devoirs mais ne lui reconnaît pas de droits : une sorte de « contrat » tacite, où l’absence d’efforts dans le travail et la production a pour contrepartie l’abstention de toute revendication sociale. Singulière configuration que ces rapports entre l’Etat et les citoyens !

L’illusion d’une prospérité sans limites

Dans la mesure où il centralise cette ressource, l’Etat se voit dans l’obligation de la redistribuer. Pour leur part, les citoyens vont considérer cette obligation morale de l’Etat comme un droit imprescriptible : les besoins sociaux se multiplient, les demandes sociales sont croissantes et insistantes. A cet effet, les entreprises étatiques et les administrations sont sommées d’employer des sureffectifs pour limiter la pression du chômage. La plupart des entreprises relevant de l’Etat sont maintenues en activité, alors que leur situation financière est catastrophique. Les prix des produits de consommation courante sont subventionnés par l’Etat pour soutenir le pouvoir d’achat des couches défavorisées, et éviter leur mécontentement.
La stabilité sociopolitique dépend dorénavant de ce nouveau « contrat ». Dans les faits, elle dépend moins des conditions internes du rapport direct de l’Etat aux citoyens que du lien avec le marché pétrolier international. D’où la capacité de l’Etat à négocier une part toujours plus importante de la rente pétrolière.
L’accès à la rente, l’inscription dans ses réseaux et ses circuits deviennent les préoccupations essentielles des différents agents économiques et sociaux. De nouvelles valeurs sociales marquent l’acte d’investissement, de production et de consommation. La croyance en une croissance sans limites, grâce au pétrole, est tenace (elle s’avérera illusoire). Le gaspillage et l’apparat deviennent des normes établies, au niveau des structures et des responsables étatiques. L’esprit de création, les capacités d’innovation ne sont pas encouragées. La culture de la rente s’impose à l’ensemble du corps social : perte du sens de l’effort, mépris du travail, développement de l’esprit de jouissance et de consommation, de l’illusion d’une prospérité sans limites. L’esprit civique disparaît et la corruption se généralise.

Une économie extrêmement fragile

En 1985-1986 l’Algérie subit un contre-choc pétrolier violent : les cours s’effondrent et se conjuguent avec la dévaluation du dollar (monnaie exclusive des transactions d’hydrocarbures). Pour l’Algérie, le choc va être particulièrement ressenti. Les importations sont réduites, l’approvisionnement des ménages et des entreprises chute. Tous secteurs confondus, la production baisse, le déficit des entreprises étatiques s’alourdit et leurs découverts bancaires s’aggravent. Le déficit budgétaire devient permanent et la dette extérieure empire. Ce retournement brutal du marché pétrolier va révéler l’extrême vulnérabilité d’une économie où la rente agit comme une variable exogène, déterminant le niveau d’activité économique, le niveau d’emploi et d’investissement, la politique économique.
Sur le plan social, les conditions de vie de la majorité de la population se dégradent dangereusement. Encouragé par les pénuries, le marché parallèle connaît un développement sans précédent. Plus grave encore, pour une société algérienne marquée par l’égalitarisme cultivé lors de la lutte de libération nationale, l’affairisme, la spéculation, l’étalage sans retenue de leurs richesses par les nouveaux nantis détonnent dangereusement avec l’austère décennie 1970. Conséquence logique, le mécontentement social se développe rapidement, jusqu’aux émeutes d’octobre 1988.
Entre 1988 et 1991, des réformes économiques et politiques sont engagées (4) : nouvelle Constitution instituant le multipartisme ; libéralisation de la presse écrite ; ratification des conventions internationales de protection des droits de l’Homme, etc. Mais ce processus de libéralisation politique n’a jamais été conçu par les tenants du pouvoir d’Etat comme un renoncement à l’exercice du monopole politique. Tout au plus est-il considéré comme un assouplissement des règles de son fonctionnement. L’essentiel est de maintenir à la source principale sinon exclusive du pouvoir politique les principaux généraux de l’armée et des services de sécurité, de préserver la même opacité dans la chaîne des décisions.

De la décennie de violences à Bouteflika

Cette volonté de ne pas se dessaisir du monopole politique explique l’interruption du processus électoral, qui devait assurer la victoire des islamistes aux législatives de décembre 1991. L’Algérie va alors connaître plus d’une décennie de violences meurtrières, causant des centaines de milliers de morts, de disparus, des blessures physiques et psychologiques profondes, à ce jour encore béantes.
L’atténuation des violences coïncide avec l’arrivée au pouvoir d’A. Bouteflika. Coopté par les principaux cercles de décision, il est seul candidat à la présidentielle d’avril 1999, et bien sûr élu. Aujourd’hui, le Président en est à son troisième mandat (5). Dès son premier mandat, il profite de la nette amélioration de la situation économique, grâce au renchérissement des prix du pétrole.
Jamais, dans l’histoire de l’Algérie indépendante, le pays n’a disposé d’autant de ressources financières. Près de quatre cents milliards de dollars sont engrangés en une dizaine d’années. Une manne inattendue, qui servira à apurer la dette extérieure, à financer de grands chantiers d’infrastructures et à disposer de réserves de change (6). Néanmoins, l’horizon économique demeure peu lisible et l’Algérie cumule les dépendances de toutes natures : les chantiers d’infrastructures et de logement sont confiés à des entreprises étrangères (asiatiques, turques, égyptiennes, etc.), qui recrutent une partie de leur main d’œuvre dans leur pays d’origine. Le sous-développement agricole rend impérative l’importation de près de la moitié de la consommation alimentaire des Algériens. Et surtout, la prédation et la corruption, naguère contenues ou limitées, prennent des proportions colossales.

Un Algérie aujourd’hui en colère

Attisée par l’afflux de milliards de dollars dans les caisses de l’Etat, l’avidité des nouveaux riches est sans limites, l’étalage de leurs fortunes mal acquises indécente aux yeux de la majorité de la population, qui voit les inégalités sociales s’aggraver, les catégories populaires, et même les couches moyennes, se paupériser. Près de 40 % de la population ne dispose pas du seuil minimum (trois cent cinquante euros mensuels) pour vivre modestement. Le chômage est estimé à 10 % mais les rues algériennes sont bondées de jeunes vivant du « commerce informel », quand ils ne passent pas leurs journées dans l’oisiveté et l’ennui, sans espaces de loisirs ou de détente. Le logement est inaccessible pour la plupart des citoyens qui voient se multiplier les programmes de construction sans que la crise s’atténue.
Plus encore, à la différence des années 1980, où l’islamisme politique avait rayonné, la société a connu des mutations socioculturelles profondes. La population algérienne a doublé en trente ans : trente-six millions d’Algériens et d’Algériennes aujourd’hui, majoritairement jeunes, instruits et très urbanisés. Par ailleurs l’espace public n’est plus réservé aux seuls hommes ; la proportion des jeunes filles dans les universités est au moins égale à celle des garçons, l’emploi féminin a beaucoup progressé.
Fortement imprégnés par la révolution informationnelle en cours (7) (TV satellitaires, Internet, réseaux sociaux…), les Algériens sont à l’écoute du monde et leurs besoins se sont accrus et complexifiés.
Dans ce contexte, la tentation du pouvoir d’utiliser la rente pour « calmer la rue », en annonçant distribution de logements, soutien des prix, création d’emplois, etc., pourrait s’avérer être une grande erreur d’analyse et de jugement face aux mouvements populaires qui montent dans toute l’Algérie. Les diverses mobilisations sociales, les multiples tentatives d’organisation de la révolte sauront-elles conserver leur forte dimension morale et éthique ? Iront-elles jusqu’au bout de leur rejet du système rentier, corrompu et corrupteur ? C’est, aujourd’hui, tout l’enjeu en Algérie.

(1) Le pouvoir réprime systématiquement tous les mouvements de revendication organisés par les syndicats autonomes, ne laissant d’autre choix à l’expression sociale que la rue.
(2) Pour la seule année 2010, il a été relevé officiellement plus de neuf mille manifestations à travers le territoire national, soit plus d’un mouvement de révolte par heure.
(3) La lecture des rapports du Pnud sur le développement humain dans le monde arabe dans les années 2000 est particulièrement éclairante à ce sujet.
(4) Ahmed Dahmani, L’Algérie à l’épreuve, économie politique des réformes, 1980-1997, L’Harmattan, 1999.
(5) Après modification de la Constitution qui, à l’origine, limitait l’exercice à deux mandats.
(6) Estimées, par le FMI, à cent soixante-dix milliards de dollars en 2010.
(7) Ahmed Dahmani, « Economie politique de l’Internet au Maghreb », in La Démocratie à l’épreuve de la société numérique, Karthala, 2007.

QUEL CHANGEMENT POUR QUELLE ALGÉRIE

Publié: 28 avril 2011 dans actualité, analyse & opinion
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QUEL CHANGEMENT POUR QUELLE ALGÉRIE

Alger le 22 avril 2011

COMMUNICATION DE DJAMEL ZENATI

Les récentes révoltes au Maghreb et au Machreq ont fait naître un grand espoir chez tous les peuples de la région. Elles ont réussi par ailleurs à ébranler beaucoup de certitudes et à démystifier des clichés considérés jusque là comme définitivement établis.

En effet, le mythe de l’invincibilité des autoritarismes de la région s’est effondré et le paradigme de l’incompatibilité de l’islam avec la démocratie invalidé. La thèse de l’incapacité génétique des peuples de la région à construire un Etat moderne est écartée et l’idée que ces autoritarismes sont un rempart contre l’intégrisme et le terrorisme est désormais abandonnée.

C’est dans cette conjoncture de grande intensité politique que ressurgit le thème du changement.

La notion de changement

Le changement a longtemps été attribué par la mémoire collective à la thématique officielle.
La forme propositionnelle « changement dans la continuité » ou plus encore sa réplique populaire « changement de façade » l’ont très vite marqué d’une charge suspicieuse et caricaturale.

Depuis quelque temps la problématique du changement revient au devant de la scène et polarise le débat public.
La forme adjectivale « changement radical » avancée dans la foulée des récentes contestations vise à réinscrire cette notion dans la positivité.
Il faut toutefois préciser que le degré de généralité de cette expression et l’unanimité qu’elle suscite tendent à diminuer de sa pertinence.

Pour cela il est impératif de définir le sens que recouvre cet objet complexe, de mettre en évidence sa nécessité et enfin de rendre visible les conditions de sa possibilité.

Pourquoi un changement radical

Le changement radical est dicté tant par le contexte national que par l’environnement international.

En effet l’Algérie est doublement menacée. Elle l’est d’abord par la persistance d’un système politique autoritaire qui ne cesse de produire échec et régression. Le sentiment d’exclusion qui gagne de plus en plus de couches sociales et la paralysie flagrante des institutions légales augurent de lendemains incertains. L’affaiblissement de l’identification à la communauté nationale et le repli dans des structures à solidarité primordiale fragilisent les fondements même de notre nation. L’émergence d’utopies communautaristes, latentes ou dominées, est un signe révélateur.

Elle l’est aussi par les effets pervers et ravageurs d’une mondialisation effrénée.
L’option d’un développement basé exclusivement sur l’industrie extractive a imprimé un caractère rentier à notre économie. Ce qui a engendré une dépendance structurelle de plus en plus accrue. L’embellie financière enregistrée ces dernières années aurait pu être exploitée pour réengager notre pays dans la voie de la reconstruction. Hélas elle n’a servi qu’à grossir les fortunes mal acquises, à entretenir les clientèles, à corrompre les consciences et à tenter d’acheter la paix sociale. Jamais « le paradoxe de l’abondance » n’a eu une aussi parfaite illustration.
Qu’adviendrait-il de notre pays si la demande mondiale en énergie venait à baisser ou que le cours du pétrole chutait ?

Cette justification de la nécessité du changement par la menace ne relève aucunement de quelque idéologie sécuritaire, cette dernière consistant à user d’une menace virtuelle à des fins dissuasives

L’enjeu qui se pose à notre pays aujourd’hui transcende les clivages politiques traditionnels et dépasse largement la question du pouvoir.
Il s’agit de relever un double défi.
Le premier défi est celui de l’intégration nationale. Il passe par la reconnaissance de tous les droits à même de fonder une citoyenneté réelle et dynamique, base fondamentale de la démocratie.
Le second a trait au mode d’insertion à l’économie mondiale par la mobilisation rationnelle de toutes les ressources humaines, symboliques et matérielles au profit de tous et dans le souci de préserver notre indépendance.

Quel sens donner au changement

Le slogan «echaab yourid isqat ennidham » qui a fusé de la place etahrir a très vite franchi les frontières égyptiennes pour gagner l’ensemble des pays de la région. Voilà un exemple de mondialisation positive

Ce slogan traduit de la manière la plus forte l’exaspération qu’éprouvent les peuples du Maghreb et du Machreq. On y décèle même une envie de venger les humiliations subies.

Il est évident que penser le changement c’est aller au-delà du slogan et de la psychologie de masse du moment.
Pour ma part je le conçois comme un processus de rupture. Un processus global, ordonné, mettant en mouvement l’ensemble de la société et intervenant dans un climat serein et apaisé. Le processus doit s’accompagner d’une révolution des comportements et des esprits.

Rupture avec le néo-patrimonialisme par la reconnaissance du peuple comme détenteur exclusif de la souveraineté. Il faut abandonner le fallacieux postulat selon lequel le peuple est incapable d’être l’agent de sa propre émancipation.

Rupture avec l’exclusion par la reconnaissance effective de tous les droits.
Rupture avec l’idée que la violence est le moteur de l’histoire et son utilisation comme mode de traitement des conflits politiques et sociaux
Rupture avec la gestion militaro-policière de la société par la dissolution de la police politique sous toutes ses formes.
Rupture avec l’économie rentière et démantèlement de tous les réseaux maffieux et clientélistes.
Rupture avec l’ensemble des dispositifs d’exception.


La famille ALGÉRIE doit être rassemblée. Pour cela il faut :

– réconcilier l’algérien avec son histoire, sa culture et son identité plurielle.
– réconcilier l’algérien avec les valeurs qui ont fait jadis sa grandeur comme la solidarité, la tolérance, le respect, l’honnêteté, l’hospitalité, la sagesse, le travail, etc.
– réconcilier l’algérien avec l’effort intellectuel.
– réconcilier l’algérien avec les institutions républicaines
– réconcilier l’algérien avec l’action politique.

De grandes réformes doivent d’ores et déjà être retenues et je pense particulièrement à l’école et à l’Etat.
L’impartialité de l’administration, par d’exemple, mérite la consécration constitutionnelle au même titre que le principe de l’indépendance de la justice.

Un grand débat national sur l’état du pays doit être organisé. Il ne doit occulter aucune question, notamment celles relatives à la violence et à la corruption, sans toutefois sombrer dans le règlement de compte ou dans la tentation d’un retour au passé.
L’ouverture des médias lourds est une urgence.

C’est une fois l’Algérie rassemblée, réconciliée, qu’elle pourra alors affronter le défi de la mondialisation par la construction de l’ensemble maghrébin. C’est le seul moyen pour mieux se faire entendre, négocier dans de meilleures conditions et bénéficier des avantages de la mondialisation. L’exemple Sud-américains dans ce domaine est à méditer.

Par devoir envers les générations montantes, la dimension stratégique doit imprégner toutes les décisions politiques et tous les aspects de la gestion des affaires de notre pays.

Ces options fondamentales vont constituer le socle sur lequel va reposer le nouveau contrat historique dont la traduction juridique se fera par une assemblée constituante. Une manière de restituer au peuple son pouvoir constituant et de réaliser du même coup l’une des revendications symboles du peuple algérien depuis le mouvement national.

Le changement est-il possible maintenant ?

La possibilité d’un changement radical et pacifique est subordonnée à une convergence des volontés patriotiques conscientes des enjeux et s’inscrivant dans une perspective nationale.
La mobilisation par le bas doit rencontrer l’expression d’une disponibilité par le haut.

Pour cela les forces sociales doivent briser les barrières du corporatisme. Les forces politiques pour leur part doivent se hisser à la hauteur des enjeux et des attentes et se libérer des rancœurs stérilisantes du passé. Quant aux décideurs, il leur revient la plus grande des responsabilités, celle d’éviter le chaos et l’ingérence, l’un favorisant l’autre. Est-il besoin de rappeler que l’ingérence résulte de l’entêtement des dirigeants à rester au pouvoir quitte à provoquer le chaos. Ils offrent ainsi aux puissances occidentales un motif précieux d’intervention. Ces dernières, sous le prétexte de l’assistance, déploient leurs stratégies de remodelage géopolitique pour mieux venir en aide à un capitalisme international en crise. L’exemple de l’Irak et plus récemment celui de la Lybie sont édifiants.

Les résistances au changement

Les résistances au changement se présentent sous divers aspects et à plusieurs niveaux.

Le pouvoir et ses constellations rejettent catégoriquement l’idée de changement radical sous le prétexte que le pays ne connaît pas de crise politique. La conflictualité croissante dans la sphère sociale est appréhendée en termes d’écart entre ce qui est et ce qui doit être. Ils feignent d’ignorer que cette situation découle directement de choix politiques délibérés. En fait les décideurs veulent à tout prix empêcher une jonction entre les forces sociales et les acteurs politiques militant pour le changement. L’argent public est mis à contribution pour calmer quelque peu cette contestation.

Le premier ministre a été jusqu’à soutenir que le système politique actuel est la seule modalité d’exercice politique et offre toutes les garanties d’une compétition politique démocratique. Il est vrai que des acteurs politiques existent et des élections se tiennent régulièrement. Mais il faut ajouter que ces dernières se caractérisent par un degré zéro d’incertitude et donc sans risque d’alternance. L’autoritarisme s’est en effet doté d’un régime très particulier puisqu’il présente tous les traits de la démocratie sans avoir les attributs. Ce que j’appelle « une dictature consultante ». La vox populi l’a déjà qualifié par l’expression « ellaab hmida erracham hmida ».

Ils usent par ailleurs de techniques de dissuasion comme par exemple celle qui consiste à présenter le changement comme une aventure vers l’incertain. Il n’hésite d’ailleurs pas à rappeler les drames du passé pour susciter une peur annihilante. Le discours du président est à cet égard un exemple de perfection.

L’autre résistance est beaucoup plus insidieuse puisque adossée à l’idée que la contagion est impossible car ce qui se passe en Tunisie et en Egypte s’est déjà produit en Algérie en 1988. Cette thèse repose sur un présupposé évolutionniste et tend à faire croire à l’existence d’un ordre nécessaire de déroulement de l’histoire. Ce qui serait de mauvaise augure pour l’avenir de la Tunisie et de l’Egypte puisque, d’après cette théorie, la prochaine séquence qui attend ces deux pays est une décennie de violence.

La peur de la chute des uns et la quête de sièges et de sinécures des autres expliquent ces postures différentes mais convergentes.

Différer le changement serait offrir notre jeunesse aux aventuriers locaux et aux magnats de la mondialisation.
Le danger des dérives extrémistes est réel car le populisme se nourrit de l’exclusion et utilise le désarroi des populations pour emprisonner leur soif de liberté dans des perspectives étroites et régressives
Lorsqu’on fonde l’ordre politique sur un principe unificateur supérieur, on ne quitte pas la sphère de l’autoritarisme. On ne fait que le réinventer sous une autre forme.
Je pense ici à tous les communautarismes, religieux ou ethnique, qui imposent aux individus de se définir par ce qu’ils sont et non par la conception qu’ils ont de la vie collective. Le système politique n’est plus alors le produit d’un contrat social librement établi mais l’émanation d’une catégorie transcendantale dont les actes échappent à la critique et au contrôle.

Je terminerai cette communication par un message que j’adresse à partir de cette tribune au président de la république.

Monsieur le président,

J’ai écouté attentivement votre discours et j’ai relevé quelques points que je vais vous soumettre

Le premier a trait à votre état de santé. Vous paraissez très affaibli par la maladie. Je tiens à vous souhaiter sincèrement un rapide rétablissement.
Mais vous n’êtes pas sans savoir Monsieur le président que l’Algérie est tout aussi affaiblie que vous. Sa maladie à elle est due à la greffe d’un système autoritaire qu’elle ne cesse de rejeter depuis 1962.
Cette communauté de situation ne pourrait-elle pas provoquer chez vous une marque de solidarité à son égard ?

Le deuxième concerne le décalage flagrant entre le contenu de votre discours et les exigences de la situation. Etes-vous sûr d’être bien informé ? J’ai comme l’impression que vos collaborateurs usent du mensonge pour vous égarer.
Ils l’ont fait avec le président Zéroual et ça lui a valu d’écourter son mandat.
Ils l’ont fait avec le président Boudiaf et ça lui a couté la vie.

Réveillez-vous Monsieur le président et associez-vous à cette grande œuvre de renouvellement de la perspective historique en Algérie.
Le verdict de l’histoire est souvent sévère


Ce que proposent Mehri, Rahabi et Zenati
Consensus pour changer le système politique

Abdelhamid Mehri, Abdelaziz Rahabi et Djamel Zenati ont appelé à l’unisson, vendredi, lors d’une conférence animée conjointement dans le cadre des Débats d’El Watan, à un changement de régime. En dépit de leurs parcours très différents et de leurs divergences de vue sur la crise des années 1990, les trois intervenants se sont néanmoins accordés sur la nécessité de jeter les bases d’un pacte ou d’un consensus politique national. Ce consensus est présenté par chacun d’eux comme une condition sine qua non pour réussir le changement auquel aspire la société et mettre le pays sur la voie d’un développement durable.

Abdelaziz Rahabi : «La diplomatie est une affaire de professionnels»
Autre figure du trio de conférenciers invités aux débats d’El Watan, et qui héritèrent de la lourde tâche de penser le changement en Algérie : Abdelaziz Rahabi. Ancien ministre de la Communication dans le gouvernement de Smaïl Hamdani (1998-1999) et ancien ambassadeur en Amérique centrale et en Espagne, et qui se consacre actuellement à l’enseignement universitaire, Abdelaziz Rahabi étrenne son exposé en s’attaquant à la sacro-sainte «légitimité historique» qu’il confronte à d’autres formes de légitimité, en particulier «la légitimité du savoir et celle des urnes». Il dira de prime abord : «Dans notre rapport aux légitimités, nous nous sommes retrouvés otages de la légitimité historique de sorte qu’il nous est difficile de nous projeter dans l’avenir. Nous n’arrivons pas à appréhender notre destin avec des outils modernes, au lieu de quoi nous privilégions l’approche historiciste de nos problèmes aussi bien que de nos solutions.» «Nul ne nie l’héritage de la guerre de Libération nationale. C’est l’acte fondateur et le socle doctrinal de l’Algérie moderne.» «Mais la guerre de Libération a eu ses héros et a eu ses commerçants. Et c’est dans cette dernière catégorie que se recrutent ceux qui en ont tiré profit», déplore le conférencier avant d’asséner : «Défendre le pays ne donne pas de priorité pour s’emparer du pouvoir et accaparer ses richesses.» «La situation post-révolutionnaire a provoqué une grosse fracture entre hommes d’Etat et hommes de pouvoir. C’est toute la différence entre Ben Bella et Ferhat Abbas. Entre Mandela et Mugabe.»

En finir avec «l’idéologie de la souffrance»

Disséquant les rhétoriques adossées à l’hagiographie révolutionnaire et le culte des martyrs comme source de légitimité, Rahabi regrette la trop grande place prise dans le discours officiel parce qu’il appelle «l’idéologie de la souffrance». Et de marteler : «Réformer, c’est arrêter de faire de la souffrance le fondement de notre identité. On n’a pas que les traumatismes comme socle de l’unité nationale. Il y a aussi des joies et des espoirs à partager.»
Pour Abdelaziz Rahabi, l’aspiration des Algériens au changement trouve ses racines dans des valeurs consensuelles fortes et, somme toute, universelles, comme la justice et la liberté. «C’est le déni de justice et de liberté qui a motivé le soulèvement des Algériens contre le système colonial. Donc, la convergence des Algériens vers les valeurs de la justice et de la liberté n’est pas nouvelle», appuie-t-il. Saluant les récentes révoltes de la jeunesse algérienne, il ajoute : «Les jeunes de 2011 ont compris le sens de ces valeurs. Ils ont transcendé toutes les idéologies, tous les clivages et les régionalismes. C’est la plus grande victoire de notre jeunesse.» Il insiste encore : «Réformer, c’est ne pas laisser le fait de guerre s’installer comme seule source de légitimité.» Fervent défenseur de la «légitimité du savoir», Abdelaziz Rahabi plaide ardemment pour une réhabilitation des élites dans notre société. «On ne parle pas beaucoup des élites. D’ailleurs, on n’aime pas le terme ’’élites’’, car le populisme est dominant dans la société», constate-t-il.
Le conférencier se désole cependant du délitement d’une grande partie de notre intelligentsia : «Terrassées par le terrorisme et le chantage alimentaire, une partie de nos élites a développé des logiques d’appareil. Déconnectées du monde, elles ont abandonné leur mission de veille et avec elle la responsabilité de remettre le pays dans le temps réel», argue-t-il. Dans la foulée, Rahabi dénonce «la dépréciation de la fonction intellectuelle et la désaffection vis-à-vis du savoir et des sciences». «Les élites doivent accompagner les mutations sociopolitiques», poursuit-il. «Le rapport à la religion doit être clarifié afin d’expliquer que l’Islam n’est pas responsable de l’image qui en est faite. Il leur incombe également d’alerter sur la situation des femmes ainsi que sur la place de l’argent dans la société.» «Réformer, c’est aussi rompre avec l’informel politique et économique qui ont pris place au détriment des valeurs du travail et de l’effort et surclassé les compétences.»

Proposition-clé de sa conception du changement, Abdelaziz Rahabi préconise de «promouvoir une culture du pacte» en vue d’imaginer un nouveau contrat social. Et d’attirer l’attention de l’auditoire sur le fait que «la terminologie en usage» est dépouillée de mots comme «fraternité», «dialogue», «échange», «négociation», «compromis». «Aujourd’hui, il est très difficile de forger un consensus entre tous les Algériens à court terme en raison de la complexité de la crise et de la rupture de confiance entre le pouvoir et le peuple. Réformer, c’est substituer le dialogue au rapport de forces et aux ruptures violentes.» Dans son exposé, Abdelaziz Rahabi n’a pas manqué de glisser quelques mots sur le secteur audiovisuel, faisant ainsi écho au dernier discours du président Bouteflika où aucune intention d’ouverture n’a été annoncée à l’endroit des médias lourds. «Nous assistons à une privatisation de l’audiovisuel qui ne dit pas son nom», souligne l’ancien ministre de la Communication, allusion au statut ambigu de l’ENTV qui est quasiment devenue la «propriété exclusive» de Bouteflika et consorts. «Nous assistons à un schéma d’infantilisation médiatique comme en Tunisie et en Egypte avant les révoltes», ajoute Rahabi en révélant qu’il existe 800 chaînes arabes.

«Le contre-modèle libyen me fait peur»

Pour ce qui est de la presse privée, il observe : «La presse s’accommode d’une relation de schizophrénie avec le pouvoir politique selon la règle : nous faisons ce que nous voulons, écrivez ce que vous voulez !» Revenant à la charge quant à l’urgence de réformer le paysage audiovisuel national, il lance : «On confie ainsi le façonnage de l’esprit des Algériens aux non-Algériens. On a livré l’âme de nos enfants à des productions étrangères, loin de la matrice identitaire nationale. On ne donne pas des ordres à l’esprit, on le nourrit. 75% de la nourriture provient de l’importation. Alors que dire de la dépendance immatérielle qui est bien supérieure !»
Dernier volet de son intervention : Abdelaziz Rahabi décortique la situation politique régionale et le vent de révolte qui souffle sur le monde arabe en s’attardant sur le conflit libyen. «Pour n’avoir pas engagé des réformes à temps, nous voici acculés à subir l’agenda international dont même les grandes puissances ne maîtrisent ni le rythme ni l’intensité. On va vers une situation complètement imprévue, dans l’improvisation la plus totale», dénonce-t-il, avant de confier : «Le contre-modèle libyen me fait peur.» L’orateur relève qu’en Libye comme en Algérie, «la rente nourrit des prédispositions à l’autoritarisme». En diplomate aguerri, il conseille : «Il faut veiller à ce que notre politique extérieure tienne compte de la synergie entre la défense nationale, les intérêts économiques et la diplomatie.» «Et la diplomatie est un métier. C’est l’affaire de professionnels», conclut-il dans un clin d’œil à peine voilé aux «ratages» de Medelci.

Abdelhamid Mehri : «La société civile doit se réveiller»

L’ancien secrétaire général du FLN, Abdelhamid Mehri, a appelé vendredi l’ensemble des forces politiques qui militent actuellement en faveur d’un changement de régime à unir leurs forces pour construire un «projet national consensuel» et jeter les bases d’une «Algérie démocratique, authentique et consensuelle». «A mon sens, le véritable changement commence par un projet consensuel. Celui-ci (le projet, ndlr) doit englober toutes les forces politiques qui aspirent au changement et se construire par la voie du dialogue et de la concertation», a soutenu M. Mehri dans une conférence-débat animée conjointement avec Abdelaziz Rahabi et Djamel Zenati lors de la dernière édition des Débats d’El Watan retenue sous l’intitulé «Quel changement pour quelle Algérie ?».
Pour rendre le changement possible, l’ancien cadre de la Révolution a estimé important d’admettre l’existence, sur le terrain, de dynamiques multiples. Pourquoi ? Il s’est dit croire dur comme fer que «l’on doit admettre des dynamiques multiples pour faire admettre le changement». «Si nous arrivons à nous entendre sur un projet national et consensuel de changement et les voies, les moyens et les actions pour le faire aboutir, à ce moment-là je pense que la société aura franchi un pas important», a ajouté le conférencier. Il a indiqué, par ailleurs, que la question théorique consistant à savoir si le changement doit avoir lieu avec ou sans le régime n’est pas d’une grande importance pour lui. Le plus important, a-t-il insisté, «est de savoir clairement ce que nous (acteurs sociaux et politiques, ndlr), nous voulons».

Abdelhamid Mehri – qui a pris soin tout au long de son intervention d’expliquer en quoi le changement de régime était une nécessité pour le pays – a prévenu que le projet consensuel qu’il souhaite voir se réaliser n’a aucune chance d’aboutir s’il est le résultat d’un accord d’appareils. Dans son analyse du système en place, il a justement défendu l’idée que le régime actuel se distingue uniquement de celui en place, du temps du parti unique par le fait qu’il s’est doté d’une vitrine démocratique. Au-delà de cette différence, somme toute formelle, Abdelhamid Mehri a expliqué que les pratiques n’ont pas changé avec celles en usage dans le passé dans la mesure où d’abord «la partie occulte ou non écrite a autant d’importance» que la partie visible ou «écrite» du pouvoir. Il citera encore les difficultés rencontrées par les élus, les partis ou les militants associatifs pour activer ou faire leur travail. Cette situation fait d’ailleurs que ce sont toujours les options «venues d’en haut qui passent». L’ancien secrétaire général du FLN n’a pas omis également d’énumérer les pressions auxquelles fait face la presse quotidiennement.

Le système actuel est le produit de l’échec de l’ouverture de 1988

Ce n’est pas tout. Abdelhamid Mehri a expliqué que le système actuel qui s’illustre par son caractère autoritaire est le produit de l’échec de l’ouverture démocratique engagée en 1989. Et cet échec, il l’impute «à tous ceux qui voulaient maintenir le statu quo et ainsi qu’à tous ceux qui estimaient que cette ouverture n’était pas suffisante». Selon lui, cette ouverture démocratique, «peut-être pas suffisamment préparée», a été aussi «insuffisamment soutenue à l’intérieur du système comme à l’extérieur». «Ce sont les réactions multiples à cette ouverture qui ont donné naissance au régime actuel», dira-t-il in fine. M. Mehri – qui a par ailleurs saisi l’occasion pour rejeter toute responsabilité personnelle dans l’assassinat de Ali Mécili – a rendu nécessaire le changement eu égard au fait notamment que les gouvernements qui se sont succédé depuis l’indépendance à nos jours ont été incapables d’assurer la stabilité et de doter le pays d’une économie (alternative) qui ne soit pas dépendante des hydrocarbures. «Le changement est demandé parce que le régime choisi ou subi par l’Algérie a fait son temps. Il a démontré qu’il ne pouvait garantir ni la stabilité (allusion faite aux nombreux mouvements de révoltes connues par l’Algérie depuis 1962) ni l’efficacité et encore moins la prise en charge des grands défis qui attendent notre pays», a-t-il déclaré. A ce propos, M. Mehri précisera que la crise de 1990 n’est toujours pas réglée.

Revenant au thème du débat, – non sans avoir au préalable défendu le contrat de Rome et mis au défi le pouvoir de le publier et de dire en quoi ce texte est contraire aux valeurs nationales (il s’ensuivra d’ailleurs une petite polémique avec Abdelaziz Rahabi. Voir à ce sujet l’article de Mustapha Benfodil) —, il s’est montré convaincu que «le moment est venu pour que la jeunesse et la société civile de se réveiller et de s’organiser chacun dans son secteur pour apporter leur contribution à l’élaboration et à la réalisation du changement». Mais s’il s’est montré favorable à un «changement pacifique», Abdelhamid Mehri a néanmoins averti qu’«il faut admettre que lorsque l’on parle de changement pacifique, cela ne veut pas dire un changement facile, un changement sans peine et encore moins un changement sans lutte». Il a en outre souligné la nécessité que le projet alternatif qui doit émaner de ce consensus «soit perçu par la société algérienne tout entière comme meilleur à ce qui existe maintenant». A l’occasion, l’ancien secrétaire général du FLN a révélé que la lettre qu’il a récemment adressée au président de la République «par respect» est en fait destinée surtout à «tous ceux qui veulent participer et qui veulent opérer un changement réel du régime». «(…) C’est à la société et surtout aux cadres algériens auxquels je m’adresse pour leur demander de s’organiser quelles que soient leurs tendances, quels que soient leurs points de vue et quelles que soient leurs opinions sur ce changement. Il faut qu’ils apportent leurs contributions d’une manière organisée et durable», a encore insisté M. Mehri.
Toutefois, il ne s’empêchera pas d’inviter «les responsables actuels de prendre conscience de la nécessité d’opérer un changement». «Ce que nous leur demandons (aux responsables, ndlr), c’est de permettre à la société de se prendre en charge et de participer à l’élaboration et à la réalisation de ce changement», a-t-il précisé. Au-delà, l’ancien ministre du GPRA a appelé «la classe politique, les faiseurs d’opinion, l’élite de ce pays à ne pas attendre de recevoir le feu vert pour se réunir et mettre en place les instruments de ce changement». Pour lui, c’est grâce à la conjonction des efforts des responsables en place, de la société et des élites de ce pays que l’on peut aboutir à un changement. «Il ne suffit pas de dire il faut que le régime parte. C’est maintenant qu’on doit préparer le changement et la relève. Je parle d’un changement dynamique qui va démarrer de plusieurs pôles et qui aboutira le jour des conjonctions de toutes les forces», a-t-il soutenu. Avant de terminer son intervention, l’ancien secrétaire général du FLN a réitéré son opposition à l’instauration d’une République théocratique et a invité l’assistance à se méfier du discours sur la promotion des jeunes.
D’après lui, il pourrait y avoir là «une volonté d’imposer une fausse relève». «Il faut défendre des idées jeunes comme la démocratie et non la démocratie de façade qui est une idée vieille», a-t-il lancé en guise de conclusion.

Djamel Zenati : «Un changement comme processus de rupture globale»

C’est un Djamel Zenati des grands jours, haranguant les foules, qui est venu exposer, aux Débats d’El Watan, sa vision du changement de régime politique et l’instauration d’un système démocratique. L’assistance, très nombreuse, a eu l’occasion de redécouvrir la fougue rebelle au discours politique radical et très élaboré de celui qui, depuis le début des années 1980, fut un des acteurs des luttes démocratiques dans le pays. Lorsque Zenati a pris la parole après avoir jusque-là écouté attentivement les interventions de Abdelhamid Mehri et de Abdelaziz Rahabi, ajustant son discours, il se transforme en orateur puissant, suscitant de vifs applaudissements dans la salle. «Confier les réformes politiques au ministère de l’Intérieur c’est les mettre en garde à vue», assène Djamel Zenati, annonçant la couleur de son propos.

La conviction profonde et sans ambages qu’il a affirmé que les récentes révoltes au Maghreb et au Machreq «ont fait naître un grand espoir chez tous les peuples de la région. Elles ont réussi par ailleurs à ébranler beaucoup de certitude et à démystifier des clichés considérés jusque-là comme définitivement établis. En effet, le mythe de l’invincibilité des autoritarismes de la région s’est effondré et le paradigme de l’incompatibilité de l’Islam avec la démocratie invalidé. La thèse de l’incapacité génétique des peuples de la région à construire un Etat moderne est écartée et l’idée que ces autoritarismes sont un rempart contre l’intégrisme et le terrorisme est désormais abandonnée». C’est dans cette conjoncture «de grande intensité politique que ressurgit le thème du changement» en Algérie, a-t-il fait remarquer.
Alternant envolée lyrique et pédagogie, l’orateur est revenu sur la notion du changement avant de défendre l’idée d’un changement radical. «Le changement a longtemps été attribué par la mémoire collective à la thématique officielle». La forme propositionnelle, «changement dans la continuité» ou plus encore sa réplique populaire «changement de façade» l’ont très vite marqué d’une charge suspicieuse et caricaturale. Depuis quelque temps, la problématique du changement revient au-devant de la scène et polarise le débat public. La forme adjectivale «changement radical», avancée dans la foulée des récentes contestations, vise à réinscrire cette notion dans la positivité. Il faut toutefois préciser que le degré de généralité de cette expression et l’unanimité qu’elle suscite tend à diminuer de sa pertinence. D’où l’impératif de définir le sens que recouvre cet «objet complexe», de mettre en évidence sa nécessité et enfin de rendre visibles les conditions de sa possibilité, a expliqué Zenati.

Pourquoi un changement radical et maintenant ?

«Il est dicté tant par le contexte national que par l’environnement international» a-t-il estimé. Car, selon Djamel Zenati, «l’Algérie est doublement menacée. Elle l’est d’abord par la persistance d’un système politique autoritaire qui ne cesse de produire échec et régression. Le sentiment d’exclusion qui gagne de plus en plus de couches sociales et la paralysie flagrante des institutions légales augurent des lendemains incertains. L’affaiblissement de l’identification à la communauté nationale et le repli dans des structures à solidarité primordiale fragilisent les fondements même de notre nation. L’émergence d’utopies communautaristes, latentes ou dominées, est un signe révélateur». L’autre menace qui guette le pays, de l’avis du conférencier, réside dans «les effets pervers et ravageurs d’une mondialisation effrénée. L’option d’un développement basé exclusivement sur l’industrie extractive a imprimé un caractère rentier à notre économie. Ce qui a engendré une dépendance structurelle de plus en plus accrue. L’embellie financière, enregistrée ces dernières années, aurait pu être exploitée pour réengager notre pays dans la voie de la reconstruction. Hélas, elle n’a servi qu’à grossir les fortunes mal acquises, à entretenir les clientèles, à corrompre les consciences et à tenter d’acheter la paix sociale», a analysé l’ancien dirigeant du Mouvement culturel berbère (MCB).

Convaincu et convaincant, Djamel Zenati dont les débats d’El Watan ont marqué son spectaculaire come-back, perçoit le changement comme «un processus de rupture globale et ordonné, mettant en mouvement l’ensemble de la société et intervenant dans un climat serein et apaisé». Un processus qui doit s’accompagner d’une révolution des comportements et des esprits, estime Zenati. Il énumère à cet effet une série de ruptures à faire. «Rupture avec le néo-patrimonialisme par la reconnaissance du peuple comme détenteur exclusif de la souveraineté en abandonnant le fallacieux postulat selon lequel le peuple est incapable d’être l’agent de sa propre émancipation. Rupture avec l’exclusion par la reconnaissance effective de tous les droits. Rupture avec l’idée que la violence est le moteur de l’histoire et son utilisation comme mode de traitement des conflits politiques et sociaux. Rupture avec la gestion militaro-policière de la société par la dissolution de la police politique sous toutes ses formes». Un tonnerre d’applaudissements fuse de la salle comme signe d’approbation. Et enfin «rupture avec l’économie rentière et démantèlement de tous les réseaux maffieux et clientélistes. Rupture avec l’ensemble des dispositifs d’exception». Après ce processus de rupture global, Djamel Zenati préconise «un grand débat national sur l’état du pays», pouvant permettre une Algérie réconciliée. Un débat qui ne devrait occulter aucune question, «notamment celles relatives à la violence et à la corruption», a-t-il noté.
L’Assemblée constituante serait la traduction juridique de ce processus, prône Zenati. «Ces options fondamentales vont constituer le socle sur lequel va reposer le nouveau contrat historique dont la traduction juridique se fera par une Assemblée constituante. Une manière de restituer au peuple son pouvoir constituant et de réaliser du même coup l’une des revendications symboles du peuple algérien depuis le mouvement national», défend l’orateur.
Avec ardeur et la force des arguments, Zenati tranche : «Le changement est possible et maintenant.» «La possibilité d’un changement radical et pacifique est subordonnée à une convergence des volontés patriotiques conscientes des enjeux et s’inscrivant dans une perspective nationale. La mobilisation par le bas doit rencontrer l’expression d’une disponibilité par le haut.» Forgé dans les luttes politiques les plus âpres, Zenati sait bien que cela passe par la jonction entre les forces sociales et politiques. «Les forces sociales doivent briser les barrières du corporatisme. Les forces politiques pour leur part doivent se hisser à la hauteur des enjeux et des attentes, et se libérer des rancœurs stérilisantes du passé.» «Aux décideurs, il leur revient la plus grande des responsabilités, celle d’éviter le chaos et l’ingérence, l’un favorisant l’autre (…)», préconise-t-il.

Si dans la société, le courant dominant est au changement, il n’en demeure pas moins que des résistances demeurent. Elles se présentent, selon Zenati, sous divers aspects et à plusieurs niveaux. «Le pouvoir et ses constellations rejettent catégoriquement l’idée de changement radical sous le prétexte que le pays ne connaît pas de crise politique (…) L’autoritarisme s’est en effet doté d’un régime très particulier puisqu’il présente tous les traits de la démocratie sans avoir les attributs. Ce que j’appelle une dictature consultante», dit-il. L’autre résistance «est beaucoup plus insidieuse puisque adossée à l’idée que la contagion est impossible car ce qui se passe en Tunisie et en Egypte s’est déjà produit en Algérie en 1988». Une thèse qui «repose sur un présupposé évolutionniste et tend à faire croire à l’existence d’un ordre nécessaire de déroulement de l’histoire», analyse l’intervenant, en disant que «la peur de la chute des uns et la quête de sièges et de sinécures des autres expliquent ces postures différentes mais convergentes».


Monsieur le Président,

J’ai écouté attentivement votre discours et j’ai relevé quelques points que je vais vous soumettre.

Le premier a trait à votre état de santé.
Vous paraissez très affaibli par la maladie. Je tiens à vous souhaiter sincèrement un rapide rétablissement.
Mais vous n’êtes pas sans savoir Monsieur le Président que l’Algérie est tout aussi affaiblie que vous. Sa maladie, à elle, est due à la greffe d’un système autoritaire qu’elle ne cesse de rejeter depuis 1962. Cette communauté de situation ne pourrait-elle pas provoquer chez vous une marque de solidarité à son égard ?
Le deuxième concerne le décalage flagrant entre le contenu de votre discours et les exigences de la situation. Etes-vous sûr d’être bien informé ?
J’ai comme l’impression que vos collaborateurs usent du mensonge pour vous égarer. Ils l’ont fait avec le président Zeroual et ça lui a valu d’écourter son mandat. Ils l’ont fait avec le président Boudiaf et ça lui a coûté la vie. Réveillez-vous Monsieur le Président et associez-vous à cette grande œuvre de renouvellement de la perspective historique en Algérie. Le verdict de l’histoire est souvent sévère.
Djamel Zenati