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Paradoxe de la zone Euro : Pourquoi ça ne vaut pas la peine de sauver l’Euro (The Guardian)

 Mark WEISBROT

L’Euro est tombé aujourd’hui à un très bas niveau par rapport au Franc suisse et les taux d’intérêt des bons du trésor italien et espagnols ont atteint des sommets. Le dernier épisode de la crise de la zone Euro provient de la crainte que la contagion ne s’étende à l’Italie. L’Italie qui a une économie de 2000 milliards de dollars et 2,45 mille milliards de dette est trop importante pour qu’on la laisse faire faillite et les autorités européennes sont inquiètes. Bien qu’il y ait peu de chance que les intérêts de la dette italienne n’augmentent assez pour mettre le pays en faillite, les marchés financiers agissent de façon irrationnelle et augmentent ainsi tout à la fois la peur et les chances que ce qu’ils craignent ne se produise. Le fait que les autorités européennes ne puissent même pas se mettre d’accord sur la manière de résoudre le problème de la dette grecque -une économie qui est six fois moins importante que celle de l’Italie- n’inspire pas confiance dans leur capacité de faire face à une crise plus grave.

Les pays dont les économies sont les plus faibles de la zone Euro -la Grèce, le Portugal, l’Irlande et l’Espagne- sont déjà confrontées à la perspective d’années de punition économique, y compris de hauts niveaux de chômage (16, 12, 14 et 21% respectivement). Puisque le but de toute cette souffrance volontaire est de sauver l’Euro, il faut se demander si ça vaut la peine de sauver l’Euro. Et il faut se poser cette question en se mettant à la place de la majorité des Européens qui travaillent pour vivre, c’est à dire en partant d’un point de vue progressiste.

On dit souvent que l’union monétaire qui comprend maintenant 17 pays, est nécessaire à la mise en oeuvre du projet européen qui est d’empêcher la progression du nationalisme de droite pour promouvoir des idéaux respectables comme la solidarité, l’élaboration de principes communs pour les droits de l’homme et l’insertion sociale tout en favorisant aussi bien sûr l’intégration politique et économique qui sous-tend un tel progrès.

Mais cela revient à confondre l’union monétaire, la zone Euro, avec l’Union Européenne elle-même. Le Danemark, la Suède et la Grande Bretagne par exemple font partie de l’Union Européenne mais pas de l’union monétaire. Il n’y a aucune raison pour que le projet européen ne puisse pas se poursuivre et que l’Union Européenne ne puisse pas prospérer sans l’Euro.

Et tout porte à croire que ce serait en effet le cas. Le problème est que l’union monétaire, à la différence de l’Union Européenne est un projet indiscutablement de droite. Si on ne s’en est pas rendu compte au début, on devrait en avoir malheureusement pris conscience maintenant que les économies les plus faibles de la zone Euro subissent le traitement punitif qui était auparavant réservé aux économies du tiers-monde prises dans l’étau du Fond Monétaire International (FMI) et de ses dirigeants du G7. Au lieu d’essayer de sortir de la récession grâce au incitations fiscales et/ou monétaires, comme la plupart des gouvernements l’ont fait en 2009, ces gouvernements sont forcés de faire le contraire au prix d’un énorme coût social. Les humiliations qui s’ajoutent aux souffrances, comme pour les privatisations en Grèce ou « la réforme du marché du travail » en Espagne ; les effets régressifs des mesures prises sur la répartition des revenus et de la richesse ; et la diminution et l’affaiblissement de l’état providence pendant que les banques sont renflouées par les contribuables -tout cela montre clairement que les autorités de l’Europe suivent un programme de droite ; la manière dont elles profitent de la crise pour mettre en place des changement politiques de droite vient corroborer cette analyse.

Le positionnement à droite de l’union monétaire a été institutionnalisé dès le début. Les règles qui limitaient la dette publique à 60% du PIB et les déficits budgétaires annuels à 3% du PIB -même si en pratique elles n’ont pas été appliquées- sont des règles inutilement restrictives en période de récession et de chômage endémique. Le mandat de la banque centrale européenne de veiller seulement sur l’inflation et pas du tout sur les emplois est un autre signe de ce positionnement néfaste. La Réserve Fédérale (Fed) des USA par exemple est une institution conservatrice mais la loi lui demande quand même de s’occuper de l’emploi tout en essayant de contenir l’inflation. Et la Fed – même si elle a prouvé son incompétence en se révélant incapable de prévoir la bulle immobilière de 8000 milliards de dollars qui a fait s’écrouler l’économie des USA, a fait preuve de souplesse en émettant plus de 2000 milliards de dollars dans le cadre de la politique d’expansion monétaire pour faire face à la récession et à la faible reprise. Les extrémistes qui dirigent la banque centrale européenne ont, quant à eux, augmenté les taux d’intérêt depuis le mois d’avril en dépit de la dépression et du taux élevé de chômage dans les économies les plus faibles de la zone Euro.

Des économistes et des observateurs politiques disent que la zone Euro a besoin d’une union fiscale avec une meilleure coordination des politiques budgétaires pour bien fonctionner. Mais la politique fiscale de droite est contre-productive, comme on peut le constater, et le restera même si elle est mieux coordonnée. D’autres économistes -et j’en fait partie- disent que les écarts importants de productivité entre les membres de l’union rendent une union monétaire très difficile. Mais même si on pouvait surmonter ce problème, le fait est que la zone Euro ne vaut pas la peine d’être sauvée si c’est un projet de droite.

L’intégration économique européenne antérieure à la zone Euro était d’une nature différente. A la différence de l’approche « nivellement par le bas » de l’Accord de libre-échange nord américain (NAFTA) qui a provoqué l’exode de centaines de fermiers mexicains tout en faisant baisser les salaires et l’emploi dans les usines des USA et du Canada, l’Union Européenne avait fait des efforts pour augmenter les bas salaires et protéger les plus faibles. Mais les autorités européennes qui président à l’union monétaire se sont révélées impitoyable.

L’idée que l’Euro doit être sauvé pour préserver la solidarité européenne joue sur une interprétation simpliste de la résistance que les contribuables de pays comme l’Allemagne, les Pays-bas et la Finlande opposent au fait « d’aider » la Grèce. Il est certes indéniable que cette résistance vient en partie de préjugés nationalistes -que les médias de masse encouragent souvent- mais pas seulement. Beaucoup d’Européens n’aiment pas l’idée d’avoir à « aider » les banques européennes qui ont fait de mauvais prêts. Et les autorités européennes « n’aident » pas plus la Grèce que les USA et l’OTAN « n’aident » l’Afghanistan -pour mentionner un autre débat où ceux qui s’opposent à des actions destructrices sont aussi qualifiés de « réactionnaires » et « d’isolationnistes ».

Il semble que la gauche européenne ne se rende pas compte que les institutions, les pouvoirs ni surtout les politiques macroéconomiques de la zone Euro sont essentiellement de droite. Cette méconnaissance fait partie d’un problème plus général qui est que personne dans le monde ne comprend les enjeux macroéconomiques ce qui a permis aux banques centrales de droite de mettre en oeuvre des politiques destructrices parfois même sous des gouvernements de gauche. Cela ajouté au manque de participation démocratique explique peut-être que les politiques macroéconomiques de l’Europe soient plus à droite que celles des USA en dépit du fait que l’Europe possède des syndicats et d’autres organismes qui promeuvent une économie progressiste beaucoup plus puissants qu’aux USA.

Mark Weinsbrot

Mark Weinsbrot est économiste et co-directeur du Center for Economic and Policy Research. Il a écrit « the phony crisis » avec Dean Baker, de Social Security.

Cet article a été publié originellement dans The Guardian.

Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/weisbrot07132011.html

Note :

L’économie et la macroéconomie :

L’économie consiste en la réunion de millions de consommateurs et d’entreprises qui interagissent quotidiennement pour déterminer quels biens et services seront produits, quelles entreprises fourniront ces biens et services, quels consommateurs les emporteront chez eux à la fin de la journée et à quels prix ils seront vendus. Même dans les pays à économie de marché, tels que le Canada et les États-Unis, tous les ordres de gouvernement jouent un rôle important : ils se procurent des revenus en levant des impôts sur de nombreuses activités économiques et consacrent ces ressources à la fourniture de services comme la défense, les soins de santé, l’éducation et le logement social. Même lorsqu’ils ne taxent pas et ne dépensent pas directement, les gouvernements font souvent sentir leur présence au moyen des règlements qu’ils prescrivent en matière de sécurité des produits, d’intérêts étrangers, de permis de télédiffusion, de quotas de production laitière et de salaire minimum, pour nommer quelques exemples.

La macroéconomie entre rarement dans le détail des données relatives à des marchés de biens et de services particuliers ; elle s’intéresse plutôt au comportement des indices économiques tels que la production totale, l’inflation, le chômage et la croissance économique. La politique macroéconomique comporte deux grands volets : la politique budgétaire et la politique monétaire. La politique budgétaire est l’ensemble des décisions que prend un gouvernement en matière de fiscalité, de dépense et d’emprunt. Les trois ordres de gouvernement (fédéral, provincial et municipal) ont une politique budgétaire, tous ayant la capacité de se procurer des revenus par une forme quelconque de taxation, et de dépenser ces revenus en biens et services. La politique budgétaire de tout gouvernement, en particulier celle de l’administration fédérale, comporte de multiples dimensions, car les recettes fiscales proviennent de diverses sources et les dépenses peuvent porter sur de nombreux produits dans différentes régions et viser tout un éventail de bénéficiaires. (Site de la Banque du Canada)

URL de cet article 14202

http://www.legrandsoir.info/paradoxe-de-la-zone-euro-pourquoi-ca-ne-vaut-pas-la-peine-de-sauver-l-euro-the-guardian.html


Premier semestre 2011

Algérie : L’excédent commercial en hausse à 13 milliards de dollars

21 juillet 2011

L’excédent commercial de l’Algérie s’est inscrit en hausse pour s’établir à 13,34 milliards de dollars au premier semestre 2011, contre 11,22 milliards durant la même période en 2010, selon le Centre national de l’informatique et des statistiques des douanes (CNIS).

Les exportations ont atteint 36,63 milliards de dollars, contre 31,27 milliards de dollars au cours de la même période de l’année écoulée, en hausse de 17,13 %, a précisé le CNIS. Quant aux importations, elles se sont établies à 23,29 milliards de dollars contre 20,05 milliards de dollars au cours de la même période en 2010, soit une hausse de 16,14 %, indiquent les chiffres provisoires du CNIS.

Sur le montant global des exportations, les hydrocarbures ont représenté 97,15 % en s’établissant à 35,59 milliards de dollars lors des six premiers mois 2011, contre 30,45 milliards de dollars durant la même période de 2010, en hausse de 16,87 %. Les exportations hors hydrocarbures, malgré une hausse de près de 27 % durant les six premiers mois de 2011, demeurent toujours faibles, avec seulement 1,04 milliards de dollars, soit 2,85 % des exportations globales de l’Algérie.

Les principaux produits hors hydrocarbures exportés sont constitués du groupe des demi-produits avec 798 millions de dollars (+30,18 %), des biens alimentaires avec 155 millions de dollars (+ 27,05 %), des produits bruts avec 68 millions de dollars (+13,33 %) et des biens d’équipements industriels avec 15 millions de dollars (+7,14 %), selon la même source. Par ailleurs, les exportations du groupe des biens de consommation non alimentaires ont connu une baisse de 46,15 % totalisant sept millions de dollars durant les six premiers mois 2011, contre 13 millions de dollars à la même période en 2010. Pour les importations, il est constaté une hausse de tous les groupes de la structure à l’exception de celui de l’énergie et lubrifiants, qui a reculé de 34,42 % pour un montant de 404 millions de dollars, note le CNIS. La hausse la plus importante de la structure des importations a été enregistrée par le groupe « alimentation » avec 4,83 milliards de dollars (+59,87 %), « produits bruts » 907 millions (+35,37 %) et des biens de consommation non alimentaires 3,39 milliards de dollars (+28,23 %).

Les autres groupes de produits de la structure des importations ont également connu des hausses, il s’agit des biens d’équipements agricoles avec 218 millions de dollars (+26,74 %) et des biens d’équipements industriels avec 8,19 milliards de dollars en hausse de 5,48 %.

La France toujours premier fournisseur et les Etats-Unis premiers clients

De janvier à juin 2011, les cinq principaux clients de l’Algérie étaient les Etats-Unis (8,29 milliards de dollars), l’Italie (4,91 milliards de dollars), l’Espagne (3,81 milliards de dollars), la France (2,86 milliards de dollars), et les Pays-Bas (2,38 milliards de dollars). Quant aux fournisseurs, la première place est revenue à la France (3,65 milliards de dollars), suivie de l’Italie (2,55 milliards de dollars), la Chine (2,02 milliards de dollars), l’Espagne (1,70 milliards de dollars) et l’Allemagne (1,30 milliard de dollars).

Plus de la moitié des importations proviennent de l’UE

La répartition par régions économiques montre que les pays de l’UE restent toujours les principaux partenaires de l’Algérie, avec 53,78 % des importations et 45,69 % des exportations. Par rapport au premier semestre 2010, les importations en provenance de l’UE ont enregistré une hausse de 19,05 %, passant de 10,52 milliards de dollars à 12,52 milliards de dollars, les exportations de l’Algérie vers ces pays ayant augmenté de 10,69 %, passant de 15,12 milliards de dollars durant le premier semestre 2010 à 16,74 milliards de dollars à la même période en 2011.

Les pays de l’OCDE (hors UE) viennent en deuxième position avec 38,98 % des importations et de 37,76 % des exportations de l’Algérie. Par rapport aux six premiers mois 2010, des augmentations « appréciables » des exportations algériennes ont été réalisées avec ces pays, passant de 11,40 milliards de dollars à 13,84 milliards de dollars, en hausse de 21,36 %, alors que les importations ont diminué de 1,27 %, passant de 3,23 milliards de dollars à 3,13 milliards de dollars. Les échanges commerciaux entre l’Algérie et les autres régions restent marqués par de faibles proportions. Ainsi, le volume global des échanges avec les pays Asiatiques s’est établi à 6,67 milliards de dollars au premier semestre 2011 contre 6,31 milliards de dollars à la même période 2010, enregistrant ainsi une hausse de 5,79 %. Avec les pays arabes (hors UMA), le volume des échanges est passé à 1,35 milliard de dollars au premier semestre 2011, contre 882 millions de dollars, en hausse également de 53,17 %.

Le volume des échanges avec les pays de l’Union du Maghreb Arabe (UMA) a augmenté lui aussi de 55,41 %, passant de 924 millions de dollars durant les six premiers mois 2010 à 1,44 milliard de dollars durant la même période de référence en 2011.

Tags: Algérie Exportation Importation Devises Balance commerciale

Source : El-annabi.com

 


Propos recueillis par Hamid Guemache TSA

Vous venez de publier votre premier livre, « La Martingale algérienne ». Pourquoi avez‑vous décidé de parler maintenant ? 
Parce que nous sommes à une étape de changement fondamental et crucial pour notre pays. Avec l’arrivée au pouvoir des nouvelles générations qui n’ont pas vécu octobre 1988  et qui pensent qu’il faut faire table rase du passé pour réussir. Ces générations se trompent. Il faut au contraire tenir compte du passé et surtout des erreurs passées. J’ai 59 ans, bientôt 60 ans. Je parle à ces jeunes parce qu’il y a une chance qu’il ne faut pas rater. Eux sont prêts, et à un moment où le reste du monde est dans un processus de changement profond.  L’Algérie ne peut rater cette séquence.
 
Que dites-vous dans votre livre ?
Je donne des clés qui permettent de concrétiser la transition, entre l’ancien et le nouveau; entre l’ancienne et la nouvelle génération, à un moment où tout est possible. Il y a un puzzle qui se met en place pour permettre aux nouvelles générations de prendre les destinées du pays. Dans mon livre, il y a des formules pour tenter de comprendre. Ces formules constituent des axes directeurs à partir desquels  je voudrais engager un débat avec la nouvelle génération.
Il faut se rappeler que le Maghreb était fort durant la période préhistorique. C’était une zone d’inventions. Mais nos ancêtres avaient dû quitter leur territoire pour des régions mieux pourvues en eau, indispensable pour tout développement. Aujourd’hui, c’est la première fois qu’on peut faire venir l’eau vers nous, grâce à la technologie et non pas aller vers l’eau, comme l’avaient fait nos ancêtres. La richesse se construit autour de l’eau, de l’agriculture et des richesses du sous‑sol mais bien sûr, surtout de l’homme. Aujourd’hui, nous avons tout pour réussir. On peut ramener l’eau vers nous et on a les compétences humaines. Ne laissons pas le système perdurer. C’est un système destructeur de valeur.
 
 
La transition va‑t‑elle se faire ?
Il faut absolument initier un dialogue avec les jeunes ! Nos prédécesseurs ont fait le 1er novembre 1954, mais ils ont tourné le dos à   leurs prédécesseurs comme Messali Hadj et Ferhat Abbas. Aujourd’hui ils refusent de passer le témoin à la nouvelle génération ; considérant même la mienne comme étant trop jeune. C’est cela qui les a affaiblis face aux manipulations de l’État colonial et c’est cela encore qui ne permet pas, encore aujourd’hui, la construction d’un État moderne. La solidarité des générations est fondamentale dans l’évolution d’un peuple.
 
Quel diagnostic faites‑vous de l’économie algérienne aujourd’hui ?
Il n’y a plus de réflexion sur l’économie algérienne depuis 20 ans. Dans le temps, il y avait un système cohérent, avec le plan, les statistiques, les études stratégiques. Tout cela a été détruit. L’administration et le pouvoir se sont retrouvés sans capacités d’études et de prospectives.
On ne peut parler d’économie. Il y a des décisions administratives, sans soubassement économique, ni idéologique, ni technique. On ne comprend pas s’il y a une politique de création de richesse, une politique industrielle. L’Algérie participe au bon fonctionnement de l’économie mondiale au détriment de la création d’emplois et de sa propre économie. Les augmentations erratiques de salaires, les passations de contrat avec l’étranger sans contreparties en sont des manifestations éloquentes.
Dans le livre, j’essaie d’expliquer que cette situation n’est pas le fait d’un individu, mais d’un processus dans lequel nous nous sommes progressivement installés. Mon message est qu’il est urgent d’engager une réflexion pour sortir des pièges et des impasses dans lesquelles nous stagnons, à la lumière d’une grille d’analyse  qui est précisément le contraire d’une martingale.
 
Vous proposez une refondation de l’État algérien…
Je propose une reconstruction du système politique algérien sur la base de l’expérience internationale mais aussi de l’expérience nationale en remontant jusqu’au néolithique s’il le faut. On ne fait pas de démocratie parlementaire en tournant le dos à la Djemâa (assemblée du village). Nos institutions traditionnelles ont résisté aux épreuves du temps. Calquer des institutions théoriques provoque le rejet des populations. L’homme neuf, issu de la tabula rasa, ne peut être que le produit d’un fascisme ordinaire ou d’esprits dérangés.
A votre avis, le dialogue politique initié par le président Bouteflika va‑t‑il aboutir à de véritables réformes démocratiques ?
Je reviens à mon livre. Je parle de l’économie informelle dont nous savons que son existence est liée à la présence d’un pouvoir informel. C’est dire que nous avons une société civile désignée qui parle avec la façade désignée du Pouvoir. Donc, la réalité du pouvoir, comme celle de la population, n’est pas concernée par le débat. La population n’est pas concernée par les débats actuels, elle en subira pourtant les conséquences.
La situation d’aujourd’hui est la conséquence de ce qui s’est passé depuis 1956 dans notre pays. Au départ, nous n’avions pas pu résoudre la question liée à l’équilibre des pouvoirs. Les choses n’ont fait que se compliquer pour aboutir aujourd’hui à une impasse.
 
Vous avez dirigé la Banque centrale d’Algérie. Cette institution est‑elle indépendante aujourd’hui ?
Lorsqu’on a un pouvoir informel, on ne peut pas avoir une Banque centrale autonome et tenue par le formalisme et la légalité. C’est objectif. Ce n’est pas lié à un gouverneur particulier.

Abderrahmane Hadj Nacer dédicacera son livre, « La Martingale algérienne », samedi prochain à 14 h 30 la librairie du Tiers‑Monde, place Emir Abdelkader, Alger.


Libye : le pays des mirages

 

Par Victor Kotsev pour Asia Times Online

Les absurdités de la guerre en Libye ont atteint un nouveau degré, avec des voix contradictoires qui rendent très difficile de faire la part entre réalité et fantasme. Toutefois, il est clair que dans un futur prévisible, aucun vainqueur ne sera prêt à émerger et que ce conflit s’enfoncera un peu plus dans le chaos et le carnage.

 

Au cours de la semaine qui vient de s’écouler, les absurdités de la guerre de Libye ont atteint un nouveau degré. Les responsables américains disent que les collaborateurs de Kadhafi veulent négocier sa sortie ; Kadhafi dit qu’il va mourir en martyr (en réalité, cela fait un certain temps que l’OTAN tente de l’aider à faire exactement cela).

Les rebelles disent qu’ils progressent avec « difficulté », comme le soulignent le grand nombre de victimes dans leur camp et la situation sur le terrain. La Cour Pénale Internationale (CPI) dit qu’elle veut ajouter le viol de masse à l’inculpation de Kadhafi pour crimes de guerre, tandis que la Turquie offre des « garanties » au colonel s’il devait démissionner. En attendant, les bannières opposées de l’intervention humanitaire et de la souveraineté des États flottent si haut qu’elles semblent avoir perdu tout point d’ancrage sur le terrain.

Croyez ce que vous voulez ! Comment pourrons-nous un jour nous souvenir que cette guerre sera résolue seulement une fois terminée, probablement dans bien longtemps, par une variation de la règle universelle que l’histoire est racontée par les vainqueurs. Cependant, dans un avenir prévisible, aucun vainqueur n’émergera, mais seulement plus de chaos et plus de carnage. Ces moments constituent les angles morts de l’histoire : la Libye se trouve donc dans une période sombre, non seulement d’un point de vue humanitaire, mais aussi du point de vue de l’histoire.

Kadhafi, ainsi que l’influent think-tank américain Stratfor le soutient, semble faire le pari d’une impasse. Stratfor a écrit dans un rapport récent :

Kadhafi a perdu toute chance de pouvoir réunifier la Libye sou son règne, mais il continue à espérer qu’il pourra survivre à la campagne aérienne de l’OTAN. Il est impossible de dire s’il croit vraiment ou non pouvoir reconquérir toutes les régions qu’il a perdues depuis février. Malgré tout, si Kadhafi devait parvenir à tenir pendant les prochains mois, il pourrait contraindre l’Occident à négocier un accord sur une certaine forme de partition, aussi dur à avaler que cela puisse paraître pour les pays qui mènent la campagne aérienne sous l’égide du Conseil des rebelles. En public, il nie avoir la partition comme objectif, mais avec une victoire totale qui est hors de question, ce serait le meilleur résultat possible qui resterait pour le dirigeant libyen.

En effet, la plupart des combats récents se sont déroulés autour d’importants terminaux d’exportation de pétrole, et l’on rend compte que Kadhafi et les rebelles se livrent une vive concurrence pour le contrôle des capacités de production de pétrole. Comprendre : sur le terrain, les deux camps sont à la recherche d’une source de revenu stable à long terme, très probablement en prévision d’une impasse prolongée qui nécessiterait de se réarmer constamment. Avec de puissants réseaux de contrebande d’armes qui ont déjà pris racine en Libye, l’embargo sur les armes, de toute façon régulièrement violé par toutes les parties, n’est guère une nuisance.

Sur le terrain, à l’Ouest de la Libye, le gouvernement a eu recours en grande partie à la même stratégie que celle qu’il a appliquée précédemment pour conduire à une impasse à l’Est. Ses tactiques et son équipement militaires supérieurs démoralisent les rebelles et leur infligent de lourdes pertes. Le lourd bilan civil sert à élargir la division et à inciter à la haine entre les partisans de Kadhafi et les rebelles, sclérosant ainsi ce conflit et consolidant la base de soutien du colonel. (La CPI envisage d’inculper Kadhafi de crimes de guerre contre la population civile ; les frappes aériennes de l’OTAN de plus en plus intensives produiraient également de lourds « dommages collatéraux »).

Sur le plan militaire, Kadhafi est confronté à une milice relativement nouvellement recrutée à l’Ouest, sans doute composée en grande partie d’hommes mécontents venant de la grande ville portuaire de Misrata, le principal fief rebelle dans cette partie du pays et l’épicentre de violents combats, ces deux ou trois derniers mois. Outre les bombardements aériens implacables de l’OTAN contre les forces du gouvernement, un facteur majeur derrière les avancées récentes des rebelles a été la disponibilité en hommes et en armes légères de contrebande arrivées par voie maritime.

« Les rebelles de Misrata ont de grandes ressources potentielles en hommes », explique un reportage de la BBC. « Dans cette population de 300.000 personnes beaucoup se sont durcis dans leur opposition au Colonel Kadhafi, durant de ce que les dirigeants occidentaux ont comparé à un « siège médiéval », disent les habitants [1]. »

Les rebelles sont forts lorsqu’ils combattent en ville, sur des lignes d’approvisionnement et de communication courtes et sur un terrain qui leur est intimement familier. Cependant, une fois qu’ils avancent vers Tripoli, la capitale de Kadhafi, comme ils l’ont tenté à maintes reprises ces dernières semaines, leur manque de discipline et d’entraînement de base devient déterminant.

Ils sont susceptibles de tomber dans des pièges et des embuscades où les armes lourdes de Kadhafi, cachées dans des endroits difficiles à découvrir à l’avance et à bombarder depuis les airs, les déciment. C’est ce qui s’est passé sur le front de l’Est entre les villes de Ajdabiya et de Brega, il y a deux mois [2] ; en fait, ce s’y est produit à nouveau dimanche dernier, quand une attaque rebelle sur Brega a été repoussé et que plus de la moitié de leurs forces ont été blessées ou tuées [3].

Aujourd’hui, la ligne de combat entre Misrata et les villes voisines à l’Ouest semble très similaire à la ligne de combat fluide dans l’est dans les premiers jours de la campagne de l’OTAN. Les rebelles ont repoussé de Misurata les troupes du gouvernement et ont avancé en direction de Tripoli, avec de violents combats dans les villes de Zlitan et de Zawiya.

Cependant, les forces de Kadhafi ont par la suite contre-attaqué et, en fin de semaine dernière, les combats se déroulaient à nouveau autour de Misrata, faisant des dizaines de morts et un nombre inconnu de blessés parmi les rebelles. Dimanche, le gouvernement a emmené des journalistes étrangers pour une brève visite tendue du centre de Zawiya [4]. Tôt lundi, des reportages sont sortis disant que les rebelles avaient de nouveau avancé vers la ville.

Une milice berbère rebelle distincte s’est emparée de la ville de Yafran, mais on rapporte qu’il y a eu peu ou pas de résistance et qu’il est peu probable que les Berbères avancent sur Tripoli. Selon certaines sources, Kadhafi garde en réserve ses troupes d’élite les mieux préparées ; actuellement, il semble s’appuyer sur une stratégie de guerre de mouvement et de contre-attaques, afin de retarder la campagne et de consolider son contrôle sur un territoire de base.

Pendant ce temps, L’OTAN a intensifié ses bombardements, la capitale Tripoli et le siège désormais vide de Kadhafi attirant un grand nombre des bombes. Cette stratégie semble viser à démoraliser le cercle rapproché du colonel, dans l’espoir que ce dernier sera éliminé par un putsch interne. La secrétaire d’Etat états-unienne Hillary Clinton a récemment affirmé que des propositions « nombreuses et répétées », faites par des personnes proches de Kadhafi pour qu’il négocie son départ du pouvoir, lui était parvenues [5].

En dépit des rapports faisant état qu’une poignée de proches collaborateurs de Kadhafi ont été tués, blessés ou ont fait défection, cette stratégie ne semble pas fonctionner. Kadhafi insiste sur le fait qu’il restera dans son pays jusqu’à la fin (ce qui signifie, au pouvoir sous une certaine forme), et il est peu probable que son cercle rapproché, constitué de ses proches et des personnes dont le destin est intimement liée au sien, prendrait des mesures contre sa volonté.

La proposition de la Turquie visant à lui offrir des « garanties », sans doute contre des poursuites pénales, semble vide, en particulier à la lumière de l’intention déclarée de la CPI de l’inculper de crimes de guerre. L’exemple du Nigeria, qui est revenu sur des garanties similaires faites à l’ancien président libérien Charles Taylor et qui l’a extradé 2006, est susceptible d’être encore présent à l’esprit de Kadhafi.

Il existe deux façons de sortir de l’impasse [6] : en éliminant physiquement Kadhafi et une grande partie de son cercle rapproché ou si l’OTAN envoie des forces terrestres en Libye. Un certain nombre de bombardements de l’OTAN dans les derniers mois ressemblait beaucoup à des attentats contre sa vie ; l’un d’eux aurait tué le fils obscur de Kadhafi, Saif al-Arab, et plusieurs petits-enfants du colonel. De manière ironique, la fille de Kadhafi a récemment intenté un procès pour crimes de guerre contre l’OTAN sur la base de cet incident.

Même s’il est difficile de dire combien de personnes en dehors de Kadhafi l’OTAN aurait à tuer pour abattre son régime, certains responsables de l’OTAN ont déjà commencé à tergiverser (plutôt que d’émettre des réfutations) pour savoir si Kadhafi est un objectif officiel de la campagne. « Tandis que l’assassinat de dirigeants étrangers est généralement mal vu et rarement admis, Kadhafi ne devrait probablement pas compter sur la loi pour le protéger », conclut Joshua Keating, dans une récente analyse juridique parue dans Foreign Policy [7].

Quant à une invasion terrestre, c’est une option encore plus risquée et serait le signe que l’OTAN considère que tout le reste a échoué. Toutefois, plusieurs indices montrent que l’alliance pose les bases d’une possible guerre terrestre en Libye, notamment, l’utilisation d’hélicoptères et la surenchère d’allégations de crimes de guerre.

Hormis ces deux options, il ne semble pas y avoir grand chose d’autre qui puisse chasser Kadhafi du pouvoir. Nous devrions envisager des replis tactiques du colonel à la lumière de ces menaces. S’ils ne se concrétisaient pas, une impasse en Libye serait pratiquement assurée au bout du compte. En attendant, ce conflit nous réserve plus de chaos et de confusion.

Victor Kotsev

 


Jean Ziegler aux Tunisiens: « Ne comptez pas sur la loi pour récupérer les biens des Ben Ali en Suisse »

 

  • Pourrait-on juger les prédateurs de la finance pour crime contre l’humanité? Peut-être, mais pas en Suisse, estime Jean Ziegler, sociologue suisse réputé pour dénoncer les abus des «seigneurs de la guerre économique qui ont mis la planète en coupe réglée».
  • En 2005, Jean Ziegler publiait son ouvrage «L’empire de la honte». Aujourd’hui, il parle en Tunisie du pouvoir de la honte. «Si vous voulez récupérer votre argent, ce n’est certainement pas en suivant des procédures légales à ne pas en finir mais en militant, en vous exprimant par tous les moyens pour faire honte à ces Etats occidentaux qui «attaquent le pouvoir normatif des Etats, contestent la souveraineté populaire, subvertissent la démocratie, ravagent la nature et détruisent les hommes et leurs libertés… La dette et la faim sont les deux armes de destruction massive utilisées par les maîtres du monde pour asservir les peuples, leur force de travail, leurs matières premières, leurs rêves. Sartre disait que “pour aimer les hommes, il faut détester fortement ce qui les opprime“.

C’est ainsi que s’est exprimé Jean Ziegler lors de la conférence organisée par l’Association tunisienne de la Transparence financière qu’il a présentée samedi 11 juin à Tunis.

Le 19 janvier 2011, le gouvernement fédéral suisse a gelé les avoirs de 48 personnes de nationalité tunisienne. L’opération consiste à envoyer via un message électronique à Berne aux banques suisses un message disant «Si vous avez des comptes au nom de Ben Ali et des personnes qui se trouvent sur cette liste, toute transaction de retrait ou de transfert est interdite à partir de demain 12h». C’est une saisie qui n’a aucun impact sur le plan judiciaire, elle est une ordonnance constitutionnelle. Donc, les mesures effectives ne pourraient être prises que si les intérêts de la Confédération sont menacés à l’international. L’Etat qui veut rapatrier ses avoirs doit user d’une loi appelée loi sur l’enquête judiciaire. Il n’est pas dit, non plus, que cette procédure sera efficace car les banques suisses sont libres d’indiquer l’existence de comptes ou de ne pas le faire. Des clients comme Ben Ali sont par ailleurs très appréciés par la nomenclature bancaire suisse très concurrentielle car elle peut leur imposer des intérêts très bas puisque la provenance de capitaux n’est pas des plus transparentes.

Et même si le gouvernement suisse avait communiqué au gouvernement tunisien avoir gelé et saisi les avoirs de 70 noms soit un montant de 60 millions d’€ (une somme insignifiante), on ne peut arriver à cerner l’étendue des fonds déposés dans les banques suisses et autres. Les racketteurs à l’échelle de l’Etat peuvent user de mille et un subterfuges pour camoufler leurs malversations et principalement à travers les sociétés off shore et la diversification des lieux et des paradis fiscaux. Le président de l’Union des banques suisses a d’ailleurs protesté violemment contre la saisie et le gel précoces des biens des biens des Ben Ali et alliés.

Pour récupérer les biens spoliés à la Tunisie et déposés en Suisse, il faudrait que les législations des deux pays en matière de malversations bancaires et financières soient conformes, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Il faudrait aussi prouver le rapport entre ces fonds et leurs provenances par des pratiques mafieuses ou dans le cadre du blanchiment d’argent, ce qui n’est pas évident.

La Suisse, les capitaux spoliés sont chez moi, ils y restent. Vive le secret bancaire!

Le secret bancaire est sacré en Suisse, ceux qui le violent sont passibles de lourdes peines de prisons pouvant aller jusqu’à cinq ans. C’est en 1934 et suite à la mise à mort par Hitler de trois Allemands pour cause de compte en Suisse, que l’Etat helvète a convenu définitivement de la nécessité d’une loi stricte réglementant le secret bancaire afin de permettre aux clients de ses banques de bénéficier de la protection du code pénal. Et bien qu’en 2009 le Conseil fédéral suisse ait voté une loi permettant la levée du secret fiscal couvrant les évadés fiscaux étrangers, il n’est pas dit que la tâche pour la récupération des capitaux déposés dans ses institutions bancaires soit aisée. Berne n’aurait rien lâché sur ce qui constitue l’essence du secret bancaire suisse, c’est-à-dire la sauvegarde de la sphère privée pour toute personne «honnête».

Comment prouver que les fonds déposés dans les banques helvètes sont mal acquis? Et combien de temps cela prendrait? Dieu seul le sait.

En attendant, les Sani Abacha (Nigeria), Mobutu (ex-Zaïre), Jean-Claude Duvalier (Haïti), Marcos (Philippines), Ben Ali, Trabelsi et autres continueront à déposer en toute confiance le produit de leurs spoliations en Suisse. La Suisse, qui n’a aucune richesse naturelle, a un PNB de l’ordre de 550 milliards de $, celui de la Tunisie, par contre, est de l’ordre de 44 milliards. 27% des fonds off shore de par le monde se trouvent en Suisse.

«Je vous laisse imaginer comment la Suisse est devenue aussi riche», a déclaré sur un ton moqueur Jean Ziegler. En fait, la loi helvétique sur le secret bancaire est d’une telle complexité que très peu de gouvernements ont une chance quelconque de récupérer plus que quelques miettes des fortunes de leurs tyrans déchus. Et il ne s’agit pas que de Tyrans, nombre de riches ressortissants européens (Français, Espagnols ou Italiens), pratiquent l’évasion fiscale en se réfugiant en Suisse.

Dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, il est stipulé que tous les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes… peuvent disposer librement de leurs richesses et qu’en aucun cas, un peuple ne pourra être privé de ses propres moyens de subsistance. Dans l’article 14 de cette convention, il est dit que les États Parties envisagent de mettre en œuvre des mesures réalisables de détection et de surveillance du mouvement transfrontière d’espèces et de titres négociables ainsi que des mesures visant à prévenir le blanchiment d’argent et instituer un régime de contrôle des banques afin de décourager et de détecter toutes formes de blanchiment d’argent. Ce régime met l’accent sur les exigences en matière d’identification des clients et, s’il y a lieu, des ayants-droit économiques, les États Parties s’accordent mutuellement l’entraide judiciaire la plus large possible lors des procédures judiciaires concernant les infractions visées par la Convention à identifier, geler et localiser le produit du crime.

Il n’est pas dit que la Tunisie arrive à récupérer les capitaux placés dans les banques suisses. La tâche ne sera certainement pas aisée et c’est pour cela que pour Ziegler, il faut faire de la pression par le biais de la société civile, des médias et des dénonciations. «Il faudrait que les Etats qui abritent les biens volés aux peuples aient honte, il faudrait qu’ils sachent qu’ils s’exposent à une honte internationale», crie-t-il en terminant sur une belle citation de Pablo Neruda: «Nos ennemis peuvent couper toutes les fleurs mais jamais ils ne seront maîtres du printemps».


Enquête sur la consommation des Algériens

par Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 12 juin 2011

Une enquête nationale sur les habitudes de consommation en Algérie a été lancée en avril dernier, avec comme objectif de cerner les grandes tendances qui se profilent pour les ménages algériens. Selon l’Office national des statistiques (ONS), cette enquête sur les comportements de consommation des Algériens devrait être exploitée par les pouvoirs publics pour mieux cibler la politique sociale et économique du gouvernement. Une telle démarche est annoncée officiellement pour la première fois par l’ONS, qui, au demeurant, est devenu prestataire de ce type d’enquête, menée habituellement par le CENEAP, lui-même dépositaire de l’ancienne AARDES. Selon l’Office, cette enquête sur la consommation des ménages, qui s’inscrit dans le nouveau système (EPACA), a été initiée dans le cadre du programme d’appui au management de l’économie (AMECO) réalisé en collaboration avec l’Union européenne.

Cette première opération du genre couvre les différents aspects des conditions de vie des ménages dans le but d’améliorer l’observation de leurs comportements de consommation, et fournir aux pouvoirs publics un outil d’évaluation des politiques économiques et sociales, a indiqué le directeur national du programme AMECO, M. Youcef Bazizi, cité par l’APS. L’échantillon visé par cette enquête est de 2.500 ménages, et les résultats devront permettre d’obtenir des indicateurs sociaux de conjoncture relatifs à leurs conditions durant l’année. Cette enquête est complémentaire à la 5e enquête nationale sur les dépenses de consommation des ménages que mène actuellement l’Office pour ainsi dire permettre la mise en place par le gouvernement d’une politique sociale de soutien de l’Etat en direction des couches sociales les plus vulnérables.

L’introduction des volets liés à l’appréciation et à la mesure du niveau de vie et des conditions sociales des ménages, «constitue la nouveauté de cette enquête afin de produire des indicateurs qui permettront de distinguer les inégalités dans la société et de bien cerner la politique de soutien et de subvention de l’Etat», souligne M. Bazizi. Outre les indicateurs de base présents dans chaque enquête, il est prévu d’insérer un volet concernant les dépenses des ménages dans leur globalité, ainsi que les indicateurs d’opinion des ménages sur la conjoncture économique, afin de combler le déficit d’information sur les dépenses des ménages durant la période séparant les deux grandes enquêtes de consommation, qui se déroulent chaque 10 ans. L’enquête a été par ailleurs lancée au moment où l’Etat, sous la pression sociale, a décidé d’octroyer des augmentations de salaires dans presque tous les secteurs économiques, ainsi que dans la fonction publique.

Des revendications sociales, des débrayages et des mouvements syndicaux ont amené le gouvernement à faire des concessions sur le front des salaires, alors que l’inflation montait en flèche, notamment pour les produits de large consommation dont ceux alimentaires. Selon le Conseil de la monnaie et du crédit (CMC), le taux d’inflation en 2011 sera de 4%, et «nous prévoyons qu’elle resterait autour de ce niveau». A fin février dernier, l’inflation était de 3,87% contre des prévisions à 3,88%, soit un écart «quasi nul», selon lui. Mais, selon l’Office national des statistiques, l’inflation est remontée au mois d’avril 2011, date de lancement de cette enquête, à 4,5%, tirée vers le haut par les produits alimentaires (+4,3%), avec une progression prodigieuse de 8,1% pour les produits agricoles frais et 1,3% pour les produits industriels. Pour les quatre premiers mois de l’année, l’inflation s’est établie en hausse de 3,7%, avec une évolution quasi généralisée de tous les produits: 2,9% pour les biens alimentaires, dont 3,4% pour les produits agricoles frais et 2,5% pour les produits alimentaires industriels, et 5% pour les biens manufacturés et 3% pour les services. Une hausse très nette en fait des prix à la consommation, selon l’Office. Des indicateurs qui devront «influencer», sinon guider dorénavant les futures politiques sociales et économiques des pouvoirs publics, pour notamment éviter une trop grande fracture sociale.



COMMUNIQUÉ

Algérie : le président du SNAPAP, interdit de séjour en France

Comité international de soutien au syndicalisme autonome algérien (CISA), Paris, le 8 juin 2011

Rachid Malaoui est le président du SNAPAP (Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique), principal syndicat autonome en Algérie, fer de lance de toutes les luttes sociales et politiques actuellement en cours dans le pays. C’est dans cette période si cruciale des mobilisations pour le changement en Algérie que le tribunal administratif de Nantes, dans une décision du 27 mai 2011, a rejeté la requête de M. Malaoui, qui contestait un refus de visa pour se rendre en France.

Le 4 novembre 2010, M. Malaoui sollicitait auprès du Consulat général de France à Oran la délivrance d’un visa d’entrée en France pour participer à une réunion de travail de l’Union syndicale solidaire à Paris le 16 novembre. La veille, il a été informé par un simple mail du consul général, M. Jean-Louis Soriano, que cette demande de visa avait été rejetée, au motif que M. Malaoui serait redevable en France d’une dette hospitalière de 16 457,99 €, suite à une hospitalisation en urgence qu’il avait dû subir à l’Hôpital de Meaux, en septembre 2006, pour une tuberculose pulmonaire. Or, conformément à la Convention générale relative aux soins de santé dispensés en France à certaines catégories d’assurés sociaux algériens du 1er octobre 1980, c’est le régime algérien d’assurance maladie qui aurait dû s’acquitter de cette dette, ce qu’il a refusé de faire – à l’évidence pour placer un opposant au régime dans une situation difficile.

De son côté, le tribunal administratif de Nantes, refusant de prendre en compte l’argumentation juridique très précise de M. Malaoui, a donc décidé de rejeter la requête du plaignant visant à faire annuler la décision de refus de visa dont il a été l’objet, ce qui revient de facto à empêcher M. Malaoui de pouvoir se rendre en France.
Le CISA dénonce cette très grave entrave à la liberté de circulation d’un éminent syndicaliste qui a besoin plus que jamais de se rendre en Europe afin de développer les relations entre son syndicat et ses homologues européens.

Le CISA déplore qu’au moment où il faudrait manifester notre solidarité avec l’action exemplaire des syndicats autonomes, dans l’esprit de l’appel récent du G8 à la solidarité avec les sociétés du Maghreb et du Machrek, la France s’obstine à refuser un visa court séjour à un syndicaliste qui mène une lutte courageuse et digne en Algérie.

CISA
21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris (France)
http://www.cisa-solidaritesyndicats-algerie.org

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Luttes syndicales