Articles Tagués ‘Ben laden’


 

par Michel Chossudovsky

Mondialisation.ca, Le 11 septembre 2011

À l’occasion du dixième anniversaire du 11-Septembre, nous publions à nouveau cet article publié pour la première fois sur Global Research le 12 septembre 2001.

Note de l’auteur. Cet article fut rédigé le jour même des attaques. Il fut publié en anglais par Global Research le 12 septembre 2001.

Quelques heures après les attaques terroristes du 11 septembre au World Trade Center et au Pentagone, l’administration Bush concluait, sans preuve à l’appui, qu’Oussama ben Laden et son organisation, Al-Qaeda, étaient les suspects les plus probables. Le directeur de la CIA, George Tenet, déclarait que ben Laden « a la capacité de planifier plusieurs attaques sans avertissement ». Le secrétaire d’État Colin Powell qualifiait de son côté les attaques à Washington et à New York de « déclaration de guerre », ce que George Bush confirmait dans son discours à la nation le soir même en affirmant qu’il ne « fera aucune distinction entre les terroristes qui ont commis ces actes et ceux qui les ont soutenu ». L’ancien directeur de la CIA James Woolsey insinuait pour sa part la complicité de un ou plusieurs gouvernments étrangers. Et l’ancien conseiller à la sécurité nationale Lawrence Eagelberger déclarait dans une entrevue télévisée: « Je crois que nous allons démontrer que, lorsque nous sommes attaqués de cette façon, nous pouvons réagir d’une manière brutale avec force et détermination » (« we are terrible in our strength and in our retribution »).

Suite aux déclarations officelles, les médias occidentaux n’ont pas tardé (sans preuves à l’appui) à approuver le déclenchement d’actions punitives contre des cibles civiles au Moyen-Orient et en Asie centrale. William Saffire écrivait à ce propos dans le New York Times : « Lors que nous aurons raisonnablement pu déterminer la localisation des bases et des camps de nos attaquants, nous devrons les pulvériser – en minimisant mais également en acceptant les risques de dommages collatéraux. Nous devrons agir par des opérations [militaires] directes mais également par des actions en sous-main [de nos services de renseignement], afin de déstabiliser les États hôtes de la terreur. »

Le texte ci-dessous a pour object d’analyser l’histoire d’Oussama ben Laden et des liens entre la Jihad islamique et la politique étrangère des États-Unis depuis la Guerre froide.


Le premier suspect des attaques de New-York et Washington, le Saoudien Oussama ben Laden, qui est déjà désigné comme un « terroriste international « par le FBI pour son rôle présumé dans le bombardement d’ambassades étatsuniennes en Afrique, ironiquement fut au point de départ recruté par la CIA pour combattre les Soviétiques durant la guerre soviéto-afghane. 1

En 1979, la « plus grande opération secrète de l’histoire de la CIA » fut lancée en réponse à l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques afin de soutenir le gouvernement pro-communiste de Babrak Kamal. 2

Sous les vifs encouragements de la CIA et des Services secrets pakistanais, qui voulaient transformer la Jihad afghane en une grande guerre menée par tous les pays musulmans contre l’URSS, quelque 35 000 intégristes musulmans en provenance de 40 pays islamiques se joignirent à la lutte en Afghanistan entre 1982 et 1992. D’autres dizaines de milliers vinrent étudier dans les madrasah pakistanais. Avec le temps, plus de 100 000 intégristes musulmans furent directement influencés par la Jihad afghane. 3

La Jihad islamique était appuyée les États-Unis et l’Arabie saoudite, une grande partie du financement provenant du commerce de la drogue dans le Croissant fertile.

En mars 1985, le président Reagan signait la directive de sécurité nationale nº 166, qui autorisait une aide militaire secrète aux Mujahideen. Cette initiative démontrait sans équivoque que la guerre secrète ménéee en Afghanistan avait pour objectif de combattre les troupes soviétiques en Afghanistan. La nouvelle aide en sous-main des États-Unis fut marquée par une augmentation substantielle de la quantité d’armes fournies – une aide annuelle régulière équivalente, en 1987, à 65 000 tonnes d’armes -, de même qu’un flot incessant de spécialistes de la CIA et du Pentagone, au quartier général secret des Services de renseignements pakistanais, sur la route principale, près de Rawalpindi, au Pakistan. 4

La CIA, utilisant les services de renseignement pakistanais, jouait un rôle clé dans l’entraînement des Mujahideen. À son tour, la guérilla soutenue par la CIA fut intégrée avec les enseignements de l’Islam :

Les thèmes prédominants étaient que l’Islam est une idéologie socio-politique complète, que l’Islam sacré avait été violé par les troupes soviétiques athées et que le peuple islamique d’Afghanistan devrait réaffirmer son indépendance en se débarrassant du régime socialiste afghan soutenu par Moscou. 5

Le réseau des services de renseignement pakistanais

Les Service de renseignement pakistanais – Inter Service Intelligence (ISI) – furent utilisés comme « intermédiaire ». L’appui de la CIA à la Jihad fut réalisé par l’entremise de la ISI, c’est-à-dire que la CIA ne faisait pas parvenir son appui directement aux Mujahideen. En d’autres mots, afin de garantir le « succès » de ces opérations en sous-main, Washington avait pris soin de ne pas révéler l’objectif ultime de la Jihad, qui consistait à détruire l’Union soviétique.

Selon l’expression de Milton Beardman, de la CIA, cette agence « n’a pas entraîné les Arabes » en tant que tel. Cependant d’après Abdel Monam Saidali, du Centre Al-Aram d’études stratégiques du Caire, ben Laden et les « Arabes afghans » avaient reçu « par l’entremise de la CIA, un entraînement [militaire] très sophistiqué et spécialisé [dans différents champs d’application] ». 6

Beardman confirme néeanmoins qu’Oussama ben Laden n’était pas conscient du rôle qu’il jouait pour Washington : « Ni moi [ben Laden], ni mes frères n’avions pu observer une quelqonque aide américaine. » 7

Motivés par le nationalisme et la ferveur religieuse, les guerriers islamiques n’étaient guère conscients qu’ils se battaient contre l’Union soviétique pour le compte de l’« Oncle Sam ». Alors que des contacts furent établis et entretenus aux échelons supérieurs des services de renseignement, les commandants des rebelles islamiques sur le terrain n’avaient aucun lien direct avec Washington ou la CIA. Avec le soutien de la CIA et l’aide militaire américaine, la Inter Services Intelligence (ISI) pakistanaise s’est rapidement transformée en une « structure parallèle exerçant d’énormes pouvoirs sur tous les aspects de gouvernement ». 8 La ISI possédait un personnel, composé de militaires, d’agents de renseignement, de bureaucrates, d’agents doubles et d’informateurs, estimé à 150 000 personnes. 9 Entre-temps, les opérations de la CIA contribuaient également à renforcer le régime militaire pakistanais dirigé par le général Zia Ul Haq :

Les relations entre la CIA et les Services de renseignement pakistanais sont devenues plus amicales suite au coup d’État contre Bhutto par [le Genéral] Zia et l’installation d’un régime militaire. […] Durant la plus grande partie de la guerre d’Afghanistan, le Pakistan était encore plus anti-soviétique que les États-Unis. Peu après l’invasion de l’Afghanistan par des militaires soviétiques, en 1980, Zia avait donné ordre au directeur de la ISI de mener des actions en sous-main afin de déstabiliser les républiques soviétiques d’Asie centrale. La CIA n’a approuvé ce plan qu’en 1984. […] La CIA était encore plus prudente que les Pakistanais. Le Pakistan et les États-Unis choisirent tous deux la supercherie. Des actions diplomatiques de façade furent ménées alors que les services de renseignement [CIA et ISI] s’étaient préalablement entendus qu’une escalade militaire constituait la meilleure solution. 10

Le croissant d’or de la drogue

L’histoire du commerce de la drogue en Asie centrale est intimément liée aux activités secrètes de la CIA. Avant la guerre URSS-Afghanistan, il n’y avait pour ainsi dire presque pas de production locale d’héroïne.11 À cet égard, l’étude d’Alfred McCoy confirme que, durant les premières années des opérations de la CIA en Afghanistan, « les territoires près de la frontière pakistano-afghane devenaient le principal fournisseur d’héroïne pour le marché mondial, répondant à 60 % de la consommation d’héroïne au États Unis. Au Pakistan, le nombre de personnes dépendantes de l’héroïne est passé de près de zéro en 1979 à […] 1,2 million en 1985 – un accroissement beaucoup plus grand que celui connu par n’importe quel autre pays. » 12

La CIA contrôlait indirectement le commerce de l’héroïne. Lorsque les Mujahideen ont établi leur contrôle sur une partie du territoire afghan, ils ont donné l’ordre aux paysans de cultiver de l’opium en guise de taxe révolutionnaire. De l’autre côté de la frontière, au Pakistan, des leaders afghans et des groupes d’affaires locaux, sous la protection des Services de renseignement (ISI), ont mis sur pied des centaines de laboratoires de production d’héroïne. Durant cette décennie de commerce ouvert de la drogue, la US Drug Enforcement Agency à Islamabad s’est trouvé incapable de faire quelque saisie ou arrestation majeure que ce soit. […] Les autorités étasuniennes ont refusé d’enquêter sur toute charge en rapport avec l’héroïne à l’égard de leurs alliés afghans « parce que la politique des États Unis relative à la lutte contre le narcotraffic en Afghanistan fut largement subordonné à la guerre contre l’Union soviétique ». En 1995, le directeur des opérations de la CIA en Afghanistan, Charles Cogan, avait admis que la CIA avait sacrifié la guerre contre la drogue pour se consacrer à la Guerre froide. « Notre mission principale était d’infliger le plus de dommages possible aux Soviétiques. Nous n’avions pas vraiment les ressources et le temps requis pour enquêter sur le commerce de la drogue. […] Je ne crois pas que nous ayons à nous excuser de cela. Toute situation à ses inconvénients. […] Il y a eu un inconvénient au niveau du narcotraffic, oui. Mais l’objectif principal a été atteint. Les Soviétiques ont quitté l’Afghanistan. »13

Au lendemain de la Guerre froide

Au lendemain de la Guerre froide, la région de l’Asie centrale n’est pas seulement stratégique pour ses réserves de pétrole : elle fournit à elle seule les trois quarts de la production mondiale d’opium, ce qui représente un revenu de plusieurs milliards de dollars pour les milieux d’affaires, les institutions financières et bancaires impliquées dans le lavage de l’argent sale, les agences de renseignement et le crime organisé. Le commerce de la drogue dans le croissant d’or rapporte entre 100 et 200 milliards USD par année, soit environ le tiers du chiffre d’affaire annuel du commerce mondial de la drogue (heroïne, cocaine, etc), évalué (sans compter les retombéees dans d’autres secteurs d’activité) par les Nations unies à environ 500 milliards USD. 14

Avec la désintégration de l’URSS, la production de l’opium avait pris un essor considérable. Selon les estimations des Nation unies, la production afghane d’opium en 1998-1999 – dates qui coïncident avec le développement d’insurrections armées dans les anciennes républiques soviétiques – avait atteint un niveau record, avec 4 600 mètres cube de production. 15 De puissants groupes d’affaires de l’ex-URSS alliés avec le crime organisé se font concurrence pour le contrôle stratégique des « routes de l’héroïne ».

Le vaste réseau militaire des Services des renseignement pakistanais ne fut pas démantelé au lendemain de la Guerre froide. Par aillerus, la CIA continuait d’appuyer la Jihad islamique par l’entremise du Pakistan. De nouvelles initiatives secrètes furent lancéees en Asie centrale, dans le Caucase et dans les Balkans. L’appareil militaire ainsi que les Services de renseignement pakistanais ont essentiellement « servi de catalyseur pour la désintégration de l’URSS et l’émergence de six républiques musulmanes en Asie centrale ». 16

En parallèle avec ces actions en sous-main de la CIA, des missionnaires islamiques de la secte Wahhabi d’Arabie saoudite s’étaient installés dans ces républiques, de même qu’à l’intérieur de la Fédération russe, empiétant sur les institutions de l’État et de la sociéte civile. En dépit de leur idéologie « anti-ÉUA », les actions fondamentalistes islamiques ont pourtant servi les intérêts stratégiques de Washington en ex-URSS…

La guerre civile afghane s’est poursuivie suite à la retraite des forces soviétiques en 1989. Les Talibans avaient reçu l’appui des Deobandis pakistanais et de leur parti politique, le Jamiat ul Ulema e Islam (JUI). En 1993, le JUI s`était joint à la coalition du premier ministre Benazzir Bhutto. Des liens furent établis entre le JUI, l’armée et les Services des renseignements. En 1995, avec la chute du gouvernement Hezb i Islami de Hekmatyar, à Kaboul, les Talibans ont non seulement instauré un gouvernement islamique intégriste, mais ont aussi « confié le contrôle des camps d’entraînement afghans à des factions du JUI ». 17

Et le JUI, avec l’appui du mouvement Wahhabi, a joué un rôle majeur dans le recrutement de Mujahideen pour les Balkans et dans l’ex-URSS. Jane Defense Weekly confirme à cet égard que « la moitié des hommes et de l’équipement des Talibans provient des Services des renseignement pakistanais ». 18

En fait, il semblerait que, suite au retrait des troupes soviétiques, les differentes formations armées dans la guerre civile en Afghanistan ont continué à recevoir une aide en sous-main de la CIA par le biais des Services de renseignement pakistanais. 19

En d’autres mots, soutenus par l’ISI pakistanais lui-même contrôlé par la CIA, l’État islamique taliban a grandement servi les intérêts géopolitiques de Washington. Le commerce de la drogue dans le Croissant fertile a également servi à financer et équiper l’Armée musulmane bosniaque, dès le début des années 1990, et l’Armée de libération du Kosovo (UCK). Au cours des derniers mois, des mercenaires Mujahideen combattaient dans les rangs des terroristes de l’UCK impliquée dans la guerre civile en Macédoine. Et il est avéré que l’UCK est non seulement appuyé par l’Otan, mais elle est également en partie financée par la mission des Nations unies au Kosovo.

Cela explique sans l’ombre d’un doute pourquoi Washington a fermé les yeux sur le règne de terreur imposé par les Talibans, impliquant notamment des dérogations flagrantes aux droits des femmes, la fermeture des écoles de filles, le congédiement des employées de la fonction publique et l’imposition de la « loi pénale de la Sharia ». 20

La guerre en Tchétchénie

Les principaux leaders rebelles en Tchétchénie, Shamil Basayev et Al Khattab, ont reçu leur formation militaire et idéologique dans des camps d’entrainement financés par la CIA en Afghanistan et au Pakistan. Selon Yossef Bodansky, directeur du US Congress’s Task Force on Terrorism and Unconventional Warfare, la guerre tchétchène fut planifiée durant un réunion secrète de Hizb Allah, tenue en 1996 à Mogadishu, en Somalie. 21 De nombreux cadres supérieurs des Services de renseignement iranienne et pakistanaise, ont participé à cette réunion, à laquelle Oussama bin Laden était également présent. Le rôle de la ISI pakistanaise dans la guerre civile en Tchétchénie « va beaucoup plus loin que l’approvisionnement des Tchétchènes en armes et en expertise : les Service de renseignement pakistanais et ses mandataires islamiques radicaux sont en réalité ceux qui dirigent cette guerre ». 22

Le principal oléoduc russe traverse la Tchétchénie et le Daghestan. N’eut égard aux condamnations de pure forme du terrorisme islamique par Washington, les bénéficiaires indirects de la guerre tchétchène sont les géants pétroliers anglo-américains luttant pour le contrôle des ressources pétrolières et des oléoducs dans le bassin de la mer Caspienne.

Les deux principales armées rebelles tchétchènes (respectivement dirigées par le commandant Shamil Basayev et par l’émir Khattab), estimées à 35 000 hommes, furent financées par les Services des renseignement pakistanais. La ISI a aussi joué un rôle clé dans l’organisation et l’entraînement de l’armée rebelle tchétchène :

[En 1994], les Services des renseignement pakistanais ont organisé pour Basayev et ses lieutenants de confiance un endoctrinement islamique intensif et un entraînement de guérilla dans la province de Khost, en Afghanistan, dans le camp d’Amir Muawia, installé au début des année 1980 par la CIA et les Service de renseignement pakistanais et dirigé par le célèbre seigneur de guerre afghan Gulbuddin Hekmatyar. En juillet 1994, « diplômé » d’Amir Muawia, Basayev est transféré au camp de Markaz i Dawar, au Pakistan, pour y entreprendre un entraînement en tactiques de guérilla avancées. Au Pakistan, Basayev rencontrait également les plus hauts cadres des forces militaires et des services de renseignement : le ministre de la Défense, le général Aftab Shahban Mirani, le ministre de l’Intérieur, le général Naserullah Babar, et le directeur des Services de renseignement responsable pour l’acheminement de l’appui de la ISI aux causes islamiques, le général Javed Ashraf (tous maintenant à la retraite). Ces liens en haut lieu se montrèrent vite utiles à Basayev. 23

Suite à son entraînement et son endoctrinement, Basayev fut affecté pour mener un campagne militaire contre les troupes fédérales russes lors de la première guerre tchétchène de 1995. Son organisation avait également développé des liens étroits avec les consortiums criminels moscovites et avec le crime organisé albanais et l’UCK. En 1997-1998, selon le Service de la sécurité fédérale russe, « les seigneurs de guerre tchétchènes ont commencé à investir dans l’immobilier au Kosovo […] par l’intermédiaire de plusieurs firmes immobilières enregistrées en Yougoslavie en guise de couverture ». 24

L’organisation de Basayev fut également impliquée dans bon nombre de trafics, notamment les narcotiques, l’exploitation illégale et les sabotages d’oléoducs russes, le kidnapping, la prostitution, le commerce de faux dollars et la contrebande de matériaux nucléaires. 25 Avec le blanchiment de l’argent de la drogue, les profits de ces activités criminelles furent également utilisés pour financer le recrutement de mercenaires et l’achat d’armes.

Pendant son entraînement en Afghanistan, Shamil Basayev s’est lié avec le commandant vétéran saoudien Mujahideen Al Khattab qui avait combattu en Afghanistan. Quelques mois après le retour de Basayev à Grozny, début 1995, Khattab fut invité à créer une armée installée en Tchétchénie pour l’entraînement de combattants Mujahideen. Selon la BBC, le voyage de Khattab en Tchétchénie fut « planifié grâce à l’appui de la Islamic Relief Organisation (IRO) basée en Arabie saoudite qui avait expédié des fonds en Tchétchénie. La IRO était financée par des mosquées ainsi que des dons de riches individus [associés aux milieux d’affaires saoudiens]. » 26

En conclusion

Depuis l’ère de la Guerre froide, Washington a sciamment soutenu Oussama ben Laden, tout en le plaçant sur la liste des « personnes les plus recherchées par le FBI ».

Alors que les Mujahideen sont impliqués dans des insurrection armées pour le compte des États-Unis dans les Balkans et en ex-URSS, le FBI, a pour mandat de mener aux États-Unis de mener une guerre au terrorisme. De toute évidence, il s’agit là non seulement d’actions contradictoires mais d’une politique qui s’avère mensongère à l’endroit des citoyens. Car la CIA depuis la guerre URSS-Afghanistan, appuie le terrorisme international par l’entremise de ses opérations secrètes.

Cruelle ironie, la même Jihad islamique, présentée par l’administration Bush comme « une menace contre l’Amérique » responsable des assauts terroristes contre le World Trade Center et le Pentagone constitue un instrument clé des opérations militaires stratégiques de Washington dans les Balkans et en ex-URSS.

Au lendemain des attaques terroristes de New York et de Washington, la vérité sur les liens entre le gouvernment américain et le terrorisme international doivent être devoilés à l’opinion publique afin d’empêcher l’administration Bush et ses partenaires de l’Otan de se lancer dans une aventure militaire qui menace l’avenir de l’humanité.

Notes

  1. Hugh DAVIES., « International: `Informers’ point the finger at bin Laden; Washington on alert for suicide bombers ». The Daily Telegraph, Londres, 24 août 1998.
  2. Cf. Fred HALLIDAY. « The Un-great game: the Country that lost the Cold War, Afghanistan ». New Republic, 25 mars 1996.
  3. Ahmed RASHID., « The Taliban: Exporting Extremism ». Foreign Affairs, Novembre-décembre 1999.
  4. Steve COLL. Washington Post. 19 juillet 1992.
  5. Dilip HIRO., « Fallout from the Afghan Jihad ». Inter Press Services, 21 novembre 1995.
  6. Eric WEINER et Ted CLARK. Weekend Sunday (NPR). 16 août 1998.
  7. Ibid.
  8. Dipankar BANERJEE. « Possible Connection of ISI With Drug Industry », India Abroad, 2 décembre 1994.
  9. Ibid.
  10. Cf. Diego CORDOVEZ et Selig HARRISON. Out of Afghanistan: The Inside Story of the Soviet Withdrawal. Oxford University Press, New York, 1995. Cf. aussi la critique de Cordovez et Harrison. International Press Services. 22 août 1995.
  11. Alfred MCCOY. The Progressive, « Drug fallout: the CIA’s Forty Year Complicity in the Narcotics Trade ». 1 août 1997.
  12. Ibid.
  13. Ibid.
  14. Douglas KEH. Drug Money in a changing World, Technical document nº 4. Vienne, UNDCP, 1998, p.4. Cf. Report of the International Narcotics Control Board for 1999. E/INCB/1999/1 United Nations Publication, Vienne, 1999, pp.49-51 ; et Richard LAPPER, « UN Fears Growth of Heroin Trade ». Financial Times, 24 février 2000.
  15. Report of the International Narcotics Control Board. Op. cit., pp.49-51. Cf. Richard LAPPER. Op. cit.
  16. International Press Services. 22 août 1995.
  17. Ahmed RASHID. « The Taliban: Exporting Extremism ». Foreign Affairs, Novembre-décembre, 1999, p.22.
  18. In « Christian Science Monitor ». 3 septembre 1998.
  19. Tim MCGIRK. « Kabul learns to live with its bearded conquerors ». The Independent Londres, 6 novembre 1996.
  20. Cf. K. SUBRAHMANYAM., « Pakistan is Pursuing Asian Goals ». India Abroad 3 novembre 1995.
  21. Levon SEVUNTS. The Gazette, « Who’s calling the shots? Chechen conflict finds Islamic roots in Afghanistan and Pakistan ». Montréal, 26 octobre 1999.
  22. Ibid.
  23. Ibid.
  24. Cf. Vitaly ROMANOV et Viktor YADUKHA. Chechen Front Moves To Kosovo Segodnia. Moscou, 23 février 2000.
  25. The European. 13 février 1997. Cf. Itar-Tass, 4-5 janvier 2000.
  26. BBC. 29 septembre 1999.

Article original en anglais: http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=368

texte original

Version française: L’aut’journal, Montréal, octobre 2001

Articles de Michel Chossudovsky publiés par Mondialisation.ca


Les Américains vivent 1984

par Paul Craig Roberts

Le 10 mai 2011
Mondialisation.ca

L’histoire de la Maison Blanche sur “la mort de Ben Laden” s’est totalement décousue par elle-même. Cela fait-il une différence de savoir que dans les 48 heures qui suivirent l’annonce télévisée du président Obama de dimanche soir, l’histoire a tellement changé, qu’elle ne présente plus aucune crédibilité ?

Cela n’a jusqu’ici eu aucune importance pour la BBC, autrefois célèbre et renommée, qui le 9 Mai, 8 jours plus tard, continue de répéter la litanie propagandiste que les navy SEALS ont tué Ben Laden dans son complexe pakistanais, la où Ben Laden vivait en voisin de l’académie militaire pakistanaise, entouré de l’armée pakistanaise.

Même le président pakistanais ne trouve rien à redire de cette histoire rocambolesque. La BBC rapporte que le président lance une enquête totale pour savoir comment Ben Laden a bien pu vivre pendant des années dans une ville de garnison sans jamais être repéré.

Pour la plupart des Américains, l’ a commencé et fini avec ces cinq mots: “nous avons eu Ben Laden”. Les célébrations, la saveur sucrée de la vengeance, du triomphe et de la victoire sur “l’homme le plus dangereux de la planète” sont semblables à l’excitation expérimentée par les supporteurs de sport quand leur équipe de foot bat leur vieil ennemi ou quand leur équipe de baseball gagne les world series. Aucun fan ne veut entendre le jour d’après que cela n’est pas vrai, que tout cela était une erreur. Si ces Américains, des années dans le futur, apprennent que cette histoire n’a été qu’une fadaise orchestrée afin de propulser quelque agenda que ce soit, ils refuseront de le croire et diront que tout cela n’est que du défaitisme libéral-rose-coco.

Tout le monde sait que nous avons tué Ben Laden. Comment pourrait-il en être autrement ? Nous – le peuple indispensable – la nation vertueuse, la seule super-puissance au monde, les chapeaux blancs, sommes destinés à dominer. Il n’y a pas d’autre issue.

Personne n’a remarqué que ceux qui ont fabriqués l’histoire ont oublié de montrer la machine à dialyse rénale, machine qui de fait, a maintenu en vie Ben Laden pendant plus de dix ans. Il n’y avait aucun médecin sur les lieux.

Personne ne se rappellera qu’en Décembre 2001, Fox News a rapporté qu’Oussama Ben Laden était décédé de sa maladie.

Si Ben Laden avait contre toute attente pu survivre une autre décennie et attendre, désarmé et sans défense, l’arrivée des Navy SEALS la semaine dernière, comment est-il alors possible que “le cerveau de la terreur”, qui n’a pas seulement tenu en échec la CIA et le FBI, mais aussi 16 autres agences de renseignement ainsi que celles des alliés des Etats-Unis en Europe, Israël, le conseil national à la sécurité, le Pentagone, le NORAD, le contrôle aérien, la sécurité des aéroports, 4 fois dans la même matinée, etc, etc… n’a jamais connu un autre succès, même pas mineur ? Qu’a fait le “maître de la terreur” pendant 10 ans après le 11 Septembre ?

La “mort de Ben Laden” sert trop d’agendas qui couvrent le spectre politique pour que l’évidence de la supercherie soit reconnue par beaucoup. Les patriotes sont euphoriques que l’Amérique ait battu Ben Laden. Les progressistes ont saisi l’opportunité de cette histoire pour villipender les méthodes de justice extra-judiciare des Etats-Unis, ce qui nous brutalise tous. Quelques gens de gauche ont acheté l’histoire à cause de la satisfaction émotionnelle qu’ils recoivent des Arabes oppressés qui rendent les coups à leurs oppresseurs impérialistes. Ces gens de gauche sont très contents qu’il ait fallu une décennie entière aux incompétents américains pour trouver un Ben Laden qui se cachait en pleine vue. Pour ceux-là, l’incompétence américaine à trouver Ben Laden est simplement la preuve de l’incompétence du gouvernement qui déjà avait failli de les protéger lors des attaques du 11 Septembre.

Ceux qui ont donnés les ordres et ceux qui ont écrits ces mémos illégaux et totalement incompétents qui stipulaient que la torture était autorisée par la loi états-unienne et la loi internationale, ainsi mettant Bush et Cheney dans une position où ils pourraient être légalement inquiétés, participent à l’euphorie générale en déclarant que c’est grâce à la torture et les informations ainsi obtenues que les assassins de Ben Laden ont pu le trouver. D’un seul coup d’un seul, la torture, qui était enfin retournée au pilori où elle avait été mise depuis des siècles, est de nouveau une bonne chose. Quoi que ce soit qui puisse mener à l’élimination de Ben Laden est un outil utile et valide.

Ceux qui veulent augmenter la pression sur le Pakistan pour qu’il la ferme au sujet des Américains assassinant des citoyens pakistanais au Pakistan depuis les airs ou par leurs troupes au sol, ont gagné une nouvelle matraque qui va amener le gouvernement pakistanais à se soumettre: “vous nous avez caché Ben Laden !”

Ceux qui veulent continuer à engraisser le complexe militaro-industriel et les pouvoirs de la Sécurité Intérieure (Homeland Security), comme la secrétaire d’état Clinton, utilisent la seconde ou la neuvième mort de Ben Laden comme preuve que l’Amérique a du succès dans sa guerre contre la terreur et que la guerre doit continuer sur ce chemin glorieux jusqu’à ce que tous les ennemis soient éliminés.

La cerise sur le gâteau fut la déclaration du directeur de la CIA disant que la mort de Ben Laden menerait a de nouvelles attaques sur le sol américain et de nouveaux 11 septembre par Al Qaeda qui voudra se venger. Cet avertissement, fait quelques heures à peine après la déclaration du président Obama dimanche soir, “téléphona” l’inévitable message sur internet d’Al Qaeda qui posta que l’Amérique souffrira de nouveaux 11 septembre pour a voir tué leur leader.

Si les Talibans savaient en Décembre 2001 que Ben Laden était mort, quelqu’un pense t’il qu’Al Qaeda ne le savait pas ? En fait, personne du public n’a les moyens de savoir si Al Qaeda n’est pas juste une organisation de façade créée par la CIA et qui est chargée “des annonces d’Al Qaeda”. La pertinence du fait que les annonces faites par Al Qaeda soient faites par la CIA est très forte. Les différentes vidéos reçues et diffusées ces dernières neuf années ont été démontrées falsifiées par des experts. Pourquoi Ben Laden enverrait-il de vidéos montage bidouillées ? Pourquoi Ben Laden a t’il arrêté de s’exprimer sur vidéo, mais seulement par messages audios ? Une personne qui dirige une grosse entreprise terroriste internationale devrait-être capable de produire ses propres vidéos. Il serait aussi certainement entouré de bien meilleure protection que celle de quelques femmes. Où était Al Qaeda, qui selon Donald Rumsfeld consiste en “un groupe d’assassins les plus vicieux et les mieux entrainés sur cette terre” ? Ces hommes les plus dangereux de la planète ont-ils abandonné leur leader ?

L’avertissement du directeur de la CIA concernant de futures attaques terroristes, suivi par une menace suspecte “d’Al Qaeda”, suggèrent que si le public américain continue de perdre son enthousiasme pour les guerres sans fin menées par les Etats-Unis, guerres qui sont faites aux frais du contribuable et donc du déficit budgétaire, aux dépends de la valeur du dollar, de l’inflation, de la sécurité sociale, du Medicare, des programmes de support sociaux et de salaires, de l’emploi, de la sortie de la crise etc, “Al Qaeda” se jouera encore des 16 agences de renseignement, de celles de nos alliés, du NORAD, etc, etc… et infligera de nouveau à la seule super-puissance mondiale une nouvelle défaite humiliante, qui revigorera le support des citoyens pour la “guerre contre le terrorisme”.

Je pense “qu’Al Qaeda” pourrait faire sauter la Maison Blanche, ou le congrès ou les deux, et les Américains croiraient encore à cette fadaise, tout comme les Allemands, un peuple bien mieux éduqué et plus intelligent, se sont laissés bernés par l’incendie du Reichstag, tout comme bon nombre d’historiens par ailleurs.

La raison pour laquelle je dis ceci est pour signifier que les Américains ont succombé à la propagande qui les a conditionnée à croire qu’ils sont sous attaque perpétrée par des ennemis omnipotents. La preuve de ceci est ce qui est diffusé tous les jours. Par exemple j’ai entendu sur la radio nationale publique à Atlanta le 9 Mars, que l’université Emory, une université privée assez côtée gratifia sa classe de 3 500 étudiants fraichement diplômés d’un discours de Janet Napolitano, la directrice de Homeland Security.

Ceci est une agence qui a des gardes-chiourmes payés pour palper les organes génitaux de jeunes enfants et d’adultes dans les aéroports et qui a annoncée l’extension de cette pratique des passagers aériens aux clients de galeries marchandes, aux voyageurs de bus et de trains. Qu’une université sérieuse ait invité une telle personne de bas-étage, qui n’a clairement aucun respect pour les libertés civiles et individuelles des citoyens et qui est totalement dépourvue de tout bon sens commun, pour s’adresser à une classe de jeunes diplômés d’une élite du sud des états-unis est une claire indication que le Ministère de la Vérité a prévalu. Les Américains vivent le 1984 de Georges Orwell.

Pour ceux qui n’ont pas lu ce roman classique d’Orwell, prédisant notre époque, Big Brother, le gouvernement, y pouvait dire aux citoyens n’importe quel mensonge et celui-ci était accepté sans aucune discussion. Comme un lecteur perceptif me fit remarquer un jour, nous les Américains, avec notre “liberté de presse”, sommes à ce point aujourd’hui: “Ce qui est le plus alarmant aujourd’hui est la totale désinvolture de ces mensonges, comme si le gouvernement était devenu tellement confiant de sa capacité à tromper le peuple, qu’il ne fait virtuellement plus aucun effort pour paraître même crédible.”

Un peuple aussi naïf que le peuple américain n’a aucun avenir.

Article original en anglais : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=24698

Traduit par Résistance 71.


Affaires américaines – De Ben Ali à Ben Laden… ou la chute des idiots politiques utiles
Par Ahmed Selmane lanation.info
Mardi 3 Mai 2011

L’exécution de Ben Laden – et l’immersion immédiate de son corps au prétexte, ridicule, de respecter la règle musulmane de l’enterrement rapide – est une affaire américaine. Il est presqu’inutile, mis à part un souci d’historien, de s’appesantir sur la dimension clair-obscur de la «fin » de la star Ben Laden qui vivait tranquillement dans un manoir à une quarantaine de kilomètres de la capitale d’un gouvernement vassal. La véritable question est de savoir si la fin du feuilleton Ben Laden met un terme à une gestion impériale du monde arabo-islamique par les manipulations et les guerres ? Aucun « spécialiste » de plateau ne se hasarde à l’affirmer. Et par principe de précaution et de préservation de l’emploi, ces « spécialistes » soulignent avec insistance que « Ben Laden est mort » mais qu’« Al Qaïda n’est pas enterrée ». Le feuilleton – un art américain parfaitement maitrisé – peut ainsi continuer. Après tout Ben Laden campait le rôle relativement secondaire – et substituable – de la personnification du mal, tandis que l’acteur principal, les Etats-Unis, l’archange du Bien, est toujours là, prêt à poursuivre la partie. L’hypothèse optimiste – si tant est que cela ait du sens à ce niveau – est que la décision d’éliminer Ben Laden après de « bons et loyaux services » est la conséquence de la confirmation définitive de son inutilité. La Tunisie et l’Egypte où des régimes vassaux « remparts » présumés contre l’islamiste ont été bousculés par des sociétés qui tentent de reprendre leur droit le montrait amplement. Ni les appareils de répression, ni le discours anti-islamiste n’ont suffit.

Une nuit américaine

La fuite de Ben Ali et la chute de Moubarak ont créé, pour les sociétés arabes, une brèche significative dans l’enfermement hermétique – on l’oublie un peu trop – où elles ont été placées après les attentats du 11 septembre 2011 et la « Global War » des néoconservateurs, fourriers du complexe militaro-industriel américain. Dans cette vaste aire arabo-musulmane, la décennie écoulée a été celle d’une nuit américaine où, derrière l’ombre d’un mouvement terroriste surdimensionné, on a mené des guerres (pour le pétrole ou pour liquider une cause, celle des palestiniens) avec l’assentiment obligé de régimes autoritaires soumis, à qui l’hyper-puissance tutélaire ne manquait pas de rappeler leur peu de légitimité. Bush, président américain de peu d’intelligence mais bien encadré par des stratèges ploutocratiques (Dick Cheney notamment) qui savaient précisément ce qu’ils voulaient, aura laissé dans l’histoire de ces régimes, l’espace d’un bref moment, une sainte frayeur nommée GMO (Le Grand Moyen Orient). Rien de sérieux, mais un message suffisant pour obtenir « l’obéissance » des régimes qui confirmaient, clairement, qu’ils ne tenaient plus leur légitimité que du rôle de « rempart » et de supplétif qui leur était dévolu par le centre.

Des « remparts » handicaps

Les mouvements de révolte en Tunisie et en Egypte – dont l’issue reste encore incertaine – ont introduit, à la surprise des stratèges américains, les sociétés comme acteurs nouveaux. Les « remparts » pouvaient désormais devenir un handicap. Le schéma mis en place après septembre 2001 s’en est retrouvé perturbé. Outre la puissance militaire, la force du système hégémonique américain réside dans une remarquable d’adaptation et un opportunisme avéré. On lâche Ben Ali et Moubarak en escomptant rattraper le cours des événements, on prend des « actions » – au sens boursier et militaire – dans la rébellion libyenne pour montrer qu’on ne laissera pas les sociétés aller dans la direction qu’elles souhaitent ; et, last but not least, on se débarrasse de Ben Laden, symbole même de la décennie écoulée. Barack Obama, image bien plus avenante des Etats-Unis que son prédécesseur, engrange un vrai bonus électoral après une liquidation qui redonne du moral aux américains. Des américains qui, eux aussi il faut le rappeler, ont perdu de leurs libertés au cours des années Bush-Laden. Ces constats n’assurent pourtant pas une meilleure lisibilité de la politique américaine à l’égard du monde arabe. Il est probable que Washington continuera à manœuvrer sur tous les registres en surveillant, avec attention, les mouvements de sociétés arabes qui peuvent créer des problèmes mais qui offrent aussi – c’est un fait – des possibilités d’interventions directes en bénéficiant avantageusement de l’onction onusienne. Il est clair que pour les sociétés arabes – et cela a été toujours le cas en dépit de la propagande – que Ben Laden et sa nébuleuse n’offraient aucune perspective et servaient, volontairement ou non, les desseins de la grande alliance entre les Etats-Unis et les autoritarismes locaux. La disparition de « l’icône » Ben Laden n’introduira pas de changement dans ce domaine.

Solde de tout compte de la décennie Bush-Laden

L’Impérium militaire américain continuera à soutenir les « bons » autoritarismes jusqu’à ce qu’ils ne servent plus et deviennent contre-productifs pour son ordre. Il cherchera à profiter du mouvement des sociétés pour asseoir davantage son emprise sur les régimes ou pour intervenir directement sur l’alternative à mettre en place. En un mot, l’intrusion « inattendue » des mouvements de contestation civiques, pour perturbante qu’elle soit, élargi la panoplie des modes d’intervention de l’empire. Il est évident que cette marge d’action plus grande donnée aux Etats-Unis et aux occidentaux, n’est pas – ou n’est plus – une raison suffisante pour inhiber les mouvements de contestation politiques dans les sociétés arabes. A contrario, le thème du terrorisme et de la menace islamiste et d’Al Qaeda n’est également pas – ou n’est plus – un facteur d’inhibition. Dans ce « solde de tout compte » de la décennie Bush-Laden, il ressort clairement que, pour garder la main, les Etats-Unis sont prêts à sacrifier les responsables politiques arabes les plus fidèles. Politiquement, cela signifie que les Etats et les régimes arabes se retrouvent dans une situation de fragilisation sans précédent. La seule manière pour les personnels politiques en place d’en sortir sans trop de dégâts serait qu’ils prennent l’initiative de réformes politiques démocratiques endogènes sérieuses surtout que le scénario libyen d’intrusion directe de l’armada militaire occidentale est désormais extensible partout. Les Etats-Unis ne changeront pas de politique vis-à-vis du monde arabe si celui-ci ne change pas. Du point de vue de Bush comme d’Obama, Moubarak, Ben Ali ou Ben Laden incarnent parfaitement les idiots politiques utiles… jusqu’à ce qu’ils ne servent plus à rien.