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La guerre, la Grande, comme “option”…

27 sept

par Philippe Grasset pour Dedefensa

Dans ces temps de crise(s) déchaînée(s), les esprits sondent fiévreusement l’avenir. Selon la méthode habituelle de l’expertise prévisionniste qui est l’activité principale en cette matière, plutôt que l’analyse des possibilités restantes de cette dynamique de crise déchaînée et hors de nôtre contrôle, on parle en général d’“options” qui donnent l’illusion d’un reste d’un certain contrôle des choses par les directions politiques, même si c’est pour le pire.

 

Se référant en ceci au déroulement des événements des années 1930 (la Grande Dépression conduisant à la Deuxième Guerre mondiale), l’“option” de la guerre est souvent citée (la Guerre Mondiale, certes, ou Grande Guerre, avec tous les moyens armées déchaînés). C’est le cas de Jean-Michel Quatrepoint, dans son livre Mourir pour le yuan, dont Philippe Cohen, dans Marianne2, fait un compte-rendu ce 24 septembre 2011. (Le titre même indique que, dans ce scénario, la Chine a une place prépondérante, d’ailleurs en tant que nouvelle puissance dominante in being.)

« Dans un monde où chacun croit les nations dépassées et les frontières explosées, la guerre, nous rappelle Jean-Michel Quatrepoint, journaliste (il fut longtemps au Monde et à la Tribune) et économiste, est la continuation de la politique par d’autres moyens. Or, si l’on regarde les développement la crise économique et financière avec le recul de l’histoire, le temps des conflits affleure la diplomatie mondiale.

»En apparence, les dirigeants du monde sont acquis aux idéaux de paix et de prospérité. Mais nous ne sommes plus dirigés par des hommes ayant vécu dans leur enfance le traumatisme de la guerre mais par des leaders désaffiliés qui ne seront pas forcément en capacité de maîtriser les processus qu’ils ont déclenchés.

» La première dimension de la guerre qui nous menace repose selon Quatrepoint sur deux pays qui ont leur revanche à prendre sur l’histoire : l’Allemagne muselée à la sortie de la deuxième guerre mondiale et la Chine que la guerre de l’Opium a ramené à l’état de “petite nation” pendant plus d’un siècle, ont en commun une humiliation nationale et certaines similitudes que l’ouvrage souligne en les exagérant parfois. »

D’une façon paradoxale, ou qu’on jugera plutôt provocatrice c’est selon, on observera que cette option de la guerre est extrêmement “optimiste” sinon “utopique”. Elle l’est parce qu’elle s’appuie sur la proposition qu’il y a “un après”, – après la crise, puisque la guerre serait l’option qui dénouerait la crise, par le fer et par le feu, par ce que des esprits appuyés sur une raison subvertie jugeraient être comme une sorte de “Jugement de Dieu”. Notre conviction est au contraire qu’avec la crise, “il n’y a plus d’après” concevable et contrôlable par nos moyens et nos intentions. (La fameuse chanson, peut-être prémonitoire, qu’“A Saint Germain-des-Près, il n’y a plus d’après”.) Pour le cas de l’“option de la Grande Guerre”, des indications très précises montrent que nous approchons du degré de l’impossibilité industrielle et économique de cette Grande Guerre, aux moyens nécessairement considérables et au champ nécessairement mondial (projection de forces), qui est évoquée ici. Ce constat concerne les USA, qui sont, dans l’hypothèse d’un conflit de cette sorte, un acteur inévitable par ses structures de puissance traditionnelles et, dirions-nous, à cause de sa politique, potentiellement un acteur déclencheur…

Nous nous reportons, pour cette affirmation, à une nouvelle de DoDBuzz.com, ce 21 septembre 2011. Il y est rendu compte d’un rapport qui vient d’être publié, de Barry Watts et Todd Harrison, du Center for Strategic and Budgetary Assessments qui est le think tank actuellement considéré comme la meilleure et la plus précise référence dans les questions d’évaluation de la puissance militaire US, notamment dans ses aspects industriel, technologique, et de capacité de production.

« Wednesday’s brief by two of DC’s top defense analysts included another interesting element besides their endorsement of an “industrial strategy” to protect the defense sector: If the U.S. got into a desperate national pinch and needed to “surge” its stocks of weapons or equipment, it probably could not do it, they said. Barry Watts and Todd Harrison, of the Center for Strategic and Budgetary Assessments, explained that there are many reasons why the U.S. could not switch on a major industrial effort like the one that built the “arsenal of democracy” in World War II… »

Les conditions de la guerre telles que les envisagent les USA ont profondément changé, d’une part durant la Guerre Froide lorsque la perspective d’un échange nucléaire impliquait une guerre nécessairement courte, ne nécessitant aucune réserve, d’autre part durant la période depuis la fin de la Guerre Froide où les guerres n’ont nécessité, – du point de vue du matériel et de la philosophie d’emploi, – aucun effort nouveau des USA, et surtout pas la nécessité de constituer des réserves. Le résultat est que la base industrielle quantitative de production de guerre des USA est extrêmement faible, voire dérisoire par rapport à ce qui fut constitué durant la Seconde Guerre Mondiale ; sa reconstitution demanderait un effort industriel, technologique et financier qu’il est tout simplement impensable d’envisager aujourd’hui, d’autant qu’il s’agirait d’une base industrielle extrêmement sophistiquée, donc coûteuse et très longue à constituer, – si, même, les USA sont encore capables de la réaliser, hypothèse hautement incertaine.

Actuellement, les réserves US sont extraordinairement ténues. Watts-Harrison présentent le cas du missile de croisière, instrument principal d’une attaque conventionnelle de haut niveau, qui est ici exemplaire et nullement qu’execeptionnel…

« … In the event of a major conflict, analysts worry the Navy and Air Force could expend most or even all of their weapons in the opening days and then lose their initiative. Harrison said the Navy fired about 200 Tomahawk cruise missiles in the early days of the Libya intervention, which he said was about the same number the Pentagon buys in a year. Not only that, Navy warships’ Vertical Launch System tubes can’t be reloaded at sea, so if your cruiser fires all its weapons, it’s out of action until it can swing by a friendly port. »

La même situation est envisagée dans d’autres domaines, y compris ceux des effectifs eux-mêmes, complètement dépassés du point de vue quantitatif par des adversaires potentiels. Philip Ewing, l’auteur de l’article conclut : « Watts and Harrison did not take a position on that issue, but their analysis does raise the question about whether America’s arsenal is as ready for anything as we tend to think it is. »

(Dans une autre partie du rapport, examinée également par DoDBuzz.com le même 21 septembre 2011, Watts-Harrison envisage tout de même l’idée d’une mobilisation industrielle. S’ils estiment qu’elle serait en théorie possible, ils émettent l’argument qu’elle devrait s’appuyer sur une “politique industrielle” radicale, impliquant une nationalisation de facto de l’industrie de défense, – chose dont on était extrêmement loin, même durant la Seconde Guerre Mondiale aux USA. Ils concluent que “ce n’est pas une option”, dans le climat idéologique et populaire actuel, une telle orientation signifiant rien de moins qu’une économie quasiment de type socialiste. Impensable, d’autant plus que le pouvoir US est d’une faiblesse telle que même la considération théorique d’une telle option est au-dessus de ses forces.)

Dans ce contexte d’impasse complète, il faut ajouter le facteur aggravant du temps. Toute idée de reconstitution d’une base industrielle acceptable de mobilisation, outre la capacité de la réaliser, est quelque chose qui se compterait en années, en très, très longues années. Cela vaut pour les USA comme pour les autres, car cela constitue une nouvelle et implacable réalité de la situation militaire (et militaro-budgétaire). Cette idée n’est pas complètement nouvelle puisque, il y a quelques années, en 2007, une étude avait été faite sur l’hypothèse de l’attaque terrestre de l’Iran par les USA (conflit très limité, rien de la Grande Guerre envisagée). Il avait été conclu qu’un peu plus d’un million d’hommes serait nécessaire et que la seule préparation et mobilisation de cette force prendrait entre deux et trois ans. Cette fois, Watts-Harrison examinent la situation structurelle générale impliquant une restructuration, et non plus un cas structurel qui n’implique finalement qu’une extension et un renforcement de structures déjà existantes. Pour eux, il est totalement impossible d’envisager le renouvellement d’un effort semblable à celui de la Seconde Guerre Mondiale, même dans une mesure réduite. Outre la situation générale très spécifique, de quasi “désarmement” structurel avec l’absence de stock et de réserve, il existe des situations qu’on pourrait considérer comme des “goulots d’étranglement” (comme le détroit d’Ormuz, ndlr). Au contraire de la Seconde Guerre Mondiale où des usines produisant d’autres biens que de l’armement pouvaient aisément passer à la production d’armement (comme les usines Ford de production d’automobiles prenant en charge une portion importante de la production du bombardier B-24), la spécificité des produits, la très haute technologie de ces produits et des méthodes de production, rendent impossible une telle possibilité. La constitution d’unités de production demande, de la même façon, des travailleurs d’une si grande qualité et d’une si grande spécificité, des méthodes et des moyens technologiques à mesure, qu’il y a là également une situation de quasi impossibilité. Tout cela doit être d’autant mieux compris que, dans les circonstances actuelles, de telles mesures de renforcement se mesurent sur des longueurs de temps qui peuvent approcher ou dépasser la décennie, dans une situation devenue d’une extraordinaire complexité et d’une très grande tension si l’on se réfère aux difficultés, voire aux impasses de production expérimentées dans tous les grands programmes d’armement aux USA. Depuis la génération des années 1970 (F-15, F-16 et F-18), les USA ont été impuissants à conduire à terme un programme de production d’avions de combat. Le même Barry Watts qui a co-signé le rapport dont il est question observe que les USA ont eu quatre programmes d’avions de combat depuis la fin des années 1970, tous à technologies furtive (le F-117, le A-12, le B-2 et le F-22, – en excluant le F-35 dont on dirait qu’il est “en cours de difficultés” plutôt qu’“en cours de développement”) ; ces quatre programmes devaient aboutir à la production de 2.378 exemplaires, selon la programmation initiale ; la production totale des quatre a atteint 267 exemplaires, et dans des conditions d’une complète incertitude (exemple de l’immobilisation au sol des 187 F-22 qui serait sur le point de se terminer après une durée de quatre mois)…

Le cas US est évidemment le cas en pointe. Les autres puissances impliquées dans un scénario hypothétique de grand conflit connaissent de meilleures conditions d’une éventuelle mobilisation nécessaire, mais elles ont de très sévères limitations d’un autre type. (Ces puissances sont essentiellement la Russie et la Chine, mais certainement pas l’Allemagne citée par Quatrepoint, qui est un pays qui n’a plus aucune infrastructure d’armement pouvant lui permettre d’envisager quelque confit que ce soit, et n’étant plus du tout au niveau technologique adéquat, sans parler du soutien populaire.) D’une façon générale, leurs structures de force ne sont nullement orientées vers la projection de forces nécessaires à un grand conflit mais vers le contrôle de la sécurité de leurs zones régionales ; un changement radical, si même il était voulu, demanderait également un temps extrêmement long (bien au-delà de la décennie), sans nulle garantie de succès car les caractéristiques des matériels et l’infrastructure nécessaire, de très haute technologie, pour ce type de forces, pousseraient sans doute vers une situation de blocage “à l’américaine”. La situation porte donc sur un paradoxe qui contrecarre complètement le scénario envisagé : la seule puissance (les USA) qui peut porter une guerre à longue distance, – la Grande Guerre envisagée, – est en train de sombrer très rapidement dans l’impasse et l’impuissance, tandis que les autres sont dans une posture défensive.

Enfin, il y a une autre quasi impossibilité avec le facteur temps. On a vu que ces spéculations de réarmement ou de mobilisation se comptent presque en décennies, alors que les crises se précipitent à une vitesse stupéfiantes et se succèdent de semaine en semaine. Les conditions évoquées d’un conflit possible ne concernent pas une tendance longue, mais une tendance ultra-courte, incontrôlée, complètement erratique. On ne peut imaginer une disparité plus grande, avec l’idée implicite que la crise et la cause d’une éventuelle Grande Guerre seraient largement consommées dans une situation complètement nouvelle avant qu’on puisse commencer à planifier un tel conflit. Il s’agit en réalité d’une situation où le système du technologisme qui soutiendrait une Grande Guerre atteint lui-même une impasse qui est celle de notre civilisation. Encore n’envisage-t-on pas l’énorme puissance du facteur populaire, qui pourrait s’avérer comme une entrave insurmontable de plus à tout projet de Grande Guerre.

Dans cette situation extrême, et si l’on tient à conserver l’option d’une Grande Guerre, le seul moyen restant est, très simplement et radicalement, celui d’un échange nucléaire, où les moyens restent disponibles. Ce cas nous paraît très aléatoire, et dépendre essentiellement d’une instabilité psychologique poussée à son extrême. Mais ce cas, justement, peut paradoxalement bénéficier de la situation de blocage “de civilisation” décrite ci-dessus ; ce blocage est évidemment entretenu également par une paralysie et une pesanteur bureaucratiques extraordinaires, surtout dans les appareils militaires, et cette paralysie et cette pesanteur joueraient probablement contre l’option d’une guerre nucléaire, vu la prudence des bureaucraties. Cela a sans doute été le cas en 2007, selon Seymour Hersh, où la bureaucratie militaire aurait réussi, par une menace de quasi insubordination, d’envisager une attaque nucléaire contre l’Iran. (voir le 3 juillet 2006).

Observé brièvement, nous dirons que nous ne sommes dans une situation d’impossibilité structurelle d’une Grande Guerre. Il faut dire que nous n’avons absolument pas besoin de cela pour notre situation d’effondrement actuel, qui ne se fait pas selon des antagonismes humains classiques, mais par des processus internes au Système, hors de notre contrôle, et à une vitesse qui renvoie la possibilité d’une Grande Guerre à un univers dépassé, qui n’existe plus…

Philippe Grasset

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Source : Dedefensa


Libye : guerre secrète

par Léon Camus pour Geopolintel

Les journalistes, fortiches en lapsus révélateurs, ne se gênent plus pour annoncer l’assaut imminent de l’OTAN sur les derniers bastions loyalistes libyens. Comme si la référence obligée à la vaillante rébellion – entre parenthèse dotée d’un coup de baguette magique de gilets pare-balles, de casques, de matériels offensifs lourds et d’une impressionnante puissance de feu, équipements qui apparemment ne sortent pas tous du seul pillage des arsenaux de la Jamahiriya – était maintenant devenue superfétatoire !

Il y a encore un mois à peine on évoquait, avec consternation ou ironie c’est selon, l’enlisement du conflit et l’impuissance des frappes combinées des aviations franco-anglaises (1). Chacun, sans beaucoup d’effort pourra à ce propos se remémorer les images des rebelles avançant en tiraillant au petit bonheur la chance puis repartant en sens inverse, se débandant dans des nuages de poussières et l’emballement des moteurs de leurs pick-up… Un mois après… succès sur toute la ligne. Les francs-tireurs brouillons se sont miraculeusement mués en combattants efficaces évoluant de manière ordonnée en tacticiens chevronnés !

Que s’est-il passé entre le moment d’un quasi enlisement et l’offensive fulgurante sur Tripoli ? L’hypothèse la plus vraisemblable est celle d’une intervention au sol des forces spéciales de l’OTAN qui en amont ont évidemment formé, entraîné et conseillé les rebelles et en aval les ont encadrés au combat. Enfin ce qu’il convient de nommer rebelles relève de la composition classique du fameux pâté d’alouette dans lequel la proportion est d’un oiseau pour un cheval ! Six cents hommes environ ont livré la bataille de Tripoli du 21 au 24 août. Venus pour les uns par mer depuis l’enclave côtière de Misrata, pour d’autres à partir du Djebel Nefoussa au Nord de la capitale où un aérodrome a été spécialement aménagé… Toutes choses qui supposent un plan tactique élaboré et une parfaite coordination opérationnelle dépassant de loin les compétences dont la rébellion avait fait preuve jusque là…

Six cents combattants dont la majeure partie était des bi-nationaux (bien préparés apparemment !),vivant à l’étranger (2) ! Que faut-il entendre par bi-nationaux : des Sépharades israélo-libyens (rappelons que la grand-mère de Mouammar Kadhafi était juive) à l’instar de ces Irakiens qui ont combattus sous l’uniforme américain en Irak et dont les corps de certains ont été rapatriés aux États-Unis enveloppés dans un drapeau frappé de l’Étoile de David ? Ou bien des djihadistes anciens des fronts afghans comme Abdelhakim Belhadj (3), chef du Conseil militaire de Tripoli mais peut-être aussi relai ou cheville ouvrière de la CIA comme l’a été en son temps Ben Laden en Afghanistan ?

Cocasse lorsque l’on sait les liens entretenus par Kadhafi avec la CIA et le MI-6 notamment dans la lutte anti-salafiste. Les Anglo-Américains avaient entre autres trouvé l’expédient de livrer des terroristes présumés à la Libye – idem pour l’Égypte ou le Pakistan – afin qu’ils y soient interrogés selon des méthodes non conventionnelles (chacun saisira de quoi il s’agit). Des documents prélevés dans les archives l’Agence de la sécurité extérieure libyenne par l’ONG américaine Human Rights Watch l’attesteraient sans équivoque, aucune (4). Les révélations se multiplient d’ailleurs à ce sujet, et jusqu’au plus grotesque… ainsi l’ex-Premier ministre anglais Tony Blair aurait lui-même mis la main à la pâte pour la confection d’une thèse de doctorat de London School of Economics au profit du fils aimé du Raïs libyen, Saïf al Islam (Cf. The Sunday Times 04/09/11) !

Plus modestement, les Français, pour leur part et selon le Wall Street Journal (5), avaient en 2008 équipé le renseignement libyen avec le logiciel de surveillance électronique Eagle… dont une version est opérationnelle en France depuis 2009 ! Mis au point conjointement par l’armée et par la filiale Amesys du Groupe informatique Bull, Eagle conférait aux services de sécurité libyens la capacité de placer sous surveillance simultanément les 8 millions de personnes composant la population libyenne. Excusez du peu ! Sur ce chantier, militaires français et ingénieurs de Bull ont œuvré en relation directe avec Abdallah Senoussi, beau-frère de Kadhafi et patron redouté des services de renseignement libyens. Un personnage connu pour avoir été condamné par contumace en raison de son implication dans la destruction au-dessus du Niger, en 1989, au moyen d’un missile, du vol 772 d’UTA. Acte de guerre qui fit 170 victimes !

Aujourd’hui, à rebours des amours d’hier, la rumeur médiatique – au Pakistan en tout cas – veut que la CIA ait recruté 1500 hommes aguerris pour combattre en Libye (6). Le chiffre est considérable et serait certainement plus vraisemblable divisé par dix. Au demeurant le fait n’aurait rien d’invraisemblable sachant que la même procédure a déjà été utilisée durant les guerres balkaniques, notamment en Bosnie. Reste qu’un mensonge franc et massif peut en cacher beaucoup d’autres, surtout par omission.

Ainsi lorsque la main sur le cœur M. Longuet jure mordicus au cours du 7/9 de Patrick Cohen du 23 août que la France n’a pas d’ « hommes au sol », le ministre de la Défense (mieux vaudrait dire de la Guerre ?) prend à l’évidence les auditeurs de France Inter pour ce qu’ils ne sont pas forcément, à savoir de fieffés imbéciles. Reste qu’en mentant comme un arracheur de dent M. Longuet masque des strates beaucoup plus troubles de la guerre subversive néocoloniale que livre en Libye les États-Unis et ses alliés euroméditerranéens, Israël, le Royaume-Uni, la France sarkozienne et l’Italie berlusconienne. Polariser l’attention sur un mensonge grossier et l’essentiel passera à l’as tant la presse ne se préoccupe au mieux que des verrues poussant sur les longs nez de nos Pinocchio politiques…

Parce qu’enfin, qui peut ignorer ce sur quoi toute la presse bien-pensante glose depuis des semaines en tentant maladroitement de faire la part du feu, c’est-à-dire de minimiser au moyen de semi aveux le rôle réel des troupes alliées au sol ? Le 25 août Le Point.fr titre « Paris confirme la présence de militaires français (et britanniques) en civil auprès de l’état-major des rebelles »… « Ces agents sont installés dans l’enceinte de la raffinerie à l’arrêt de Zuwaytinah, centre de commandement rebelle pour le front est, à environ 150 kilomètres au sud-ouest de Benghazi, siège du CNT ». Le 26 août, les services de communication de l’armée lâchaient également un peu de lest reconnaissant la présence en Libye d’une trentaine de militaires du Commandement des Opérations Spéciales (COS) tout en faisant attribuer le mérite de cette révélation à une indiscrétion de l’ineffable et détestable B.H. Lévy, l’homme de toutes les haines et de tous les fronts de guerre.

Au détour de ces timides aveux l’on voit donc se confirmer ce que nous écrivions en début d’article : début juin les insurgés se trouvaient en mauvaise posture à telle enseigne que l’armée de l’air (française) du procéder à des largages dans le secteur du Djebel Nefoussa déjà mentionné, au sud-ouest de Tripoli. Parachutages principalement constitués de médicaments et d’armes légères fournies par le Qatar ! En tout état de cause l’on voit mal comment des gens si mal lotis auraient pu remporter deux mois plus tard, et de haute main, la victoire sur les troupes organisées de Tripoli ?!

Il est incontestable que l’arbuste ne doit pas cacher la forêt : les rebelles ont lancé leur assaut le 20 août contre la capitale libyenne sous le nom de code « Opération aube de la sirène »… Un nom bien peu bédouin s’il en est ! Un assaut qui rappelait furieusement – mais en plus grand – la prise de la résidence de Laurent Gbagbo à Cocody, laquelle s’est effectuée sous le feu de des hélicoptères de combat français et onusiens et avec la participation au sol des forces spéciales tricolores… Celles-ci s’étant effacées à temps pour laisser parader une poignée d’exubérants assaillants locaux…. Ici l’on peut supposer – car nous n’y étions point et par conséquent nous sommes condamnés aux recoupements – que le matraquage par les chars volants de l’OTAN et l’artillerie de marine de nos bâtiments de guerre tirant à feu roulant, ont fait les trois quarts du travail… Néanmoins, les communiqués triomphalistes omettent de dire qu’à ce jour dix pour cent de la ville ne sont toujours pas tombés et 10% cela fait quand même, au bout de quinze jours une grosse poche de résistance !

Nous ne pourrions pas clore ce chapitre de nos guerres aventureuses qui commencent si bien et finissent généralement si mal – comme en Afghanistan et en Irak – sans une dose (minimale) de prospective géopolitique… Car il apparaît, gros comme le nez au milieu du visage, que l’affaire libyenne devrait rapidemententraîner des changement substantiels chez le grand voisin algérien, autre pion important sur l’échiquier pétrolier africain, et dirigé par un homme, Bouteflika, en complète fin de partie, et aussi par une armée qui semble avoir perdu foi en sa mission. La question qui s’impose alors : savoir dans quelle mesure la guerre subversive conduite contre la Libye – un cauchemar géopolitique potentiellement pire que celui de la Yougoslavie, l’Irak et l’Afghanistan réunis ? (LEAP 6/7/11) – pourrait constituer un facteur aggravant au processus de dislocation régionale ayant démarré l’hiver dernier avec les révoltes arabes ? Convulsions qui ne sont au fond que des manifestations périphériques de la crise systémique globale que nous traversons et subissons… À ceci près que ces crises ne sont pas tout à fait le fruit du hasard et que certains apprentis sorciers les planifient depuis près de soixante ans au risque de nous engloutir avec eux… (7) de la subversion à la submersion ? Mais désormais aujourd’hui plus aucun bastingage ne nous sépare plus de Charybde et de Scylla !

Léon Camus

Notes

(1) AFP/le Figaro 04/08/2011. Alain Juppé se contredisant : « Ça fait cinq mois que nous intervenons, personne n’a jamais parlé de guerre éclair… Sans doute avons-nous sous-estimé la résistance des forces de Kadhafi mais il n’y a pas enlisement. » En mars, le ministre des Affaires étrangères affirmait cependant que l’appui aérien aux insurgés ne devait durer que quelques semaines et « sûrement pas des mois »

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Second…

(3) Belhadj, alias Abou Abdellah Assadak, né en 1966 en Libye, ingénieur de formation, membre du Groupe islamique de combat libyen, il a participé au djihad en Afghanistan, Tchétchénie et Irak. Arrêté en 2004, il passe entre les mains de la CIA en Malaisie avant d’être remis aux services libyens, époque où la « Cie » s’était assurée « d’une présence permanente » dans sa succursale libyenne. Belhadj sera libéré avec 170 autres salafistes, suite à un accord négocié entre Saïf Al Islam Kadhafi et le GIC. L’émir du GICL – le premier à avoir pénétré dans l’enceinte du palais de Bab al-Aziza – aurait été le possible instigateur le 29 juillet de l’assassinat d’Abdelfattah Younès, alors commandant des forces rebelles mais ancien ministre de l’Intérieur libyen, autrement dit un autre grand démocrate devant l’Éternel. Aujourd’hui Belhadj voudrait engager des poursuites contre ses probables commanditaires de la CIA et du MI-6, sans doute pour effacer de la sorte son « retournement » ou son instrumentation par iceux ?

(4) Wall Street Journal http://online.wsj.com/article/SB100…

(5) Firms Aided Libyan Spies – WSJ Middle East 30 août 11

(6) http://www.nation.com.pk/pakistan-n…

(7) « Kivounim » Jérusalem février 1982. Pages 49 à 59. « En tant que corps centralisé, l’Égypte est déjà un cadavre…Sa division en provinces géographiques distinctes doit être notre objectif politique pour les années 1990, sur le front occidental. Une fois l’Égypte ainsi disloquée et privée de pouvoir central, des pays comme la Libye, le Soudan, et d’autres plus éloignés, connaîtront la même dissolution… La partition du Liban en cinq provinces… préfigure ce qui se passera dans l’ensemble du monde arabe ».

Source : Geopolintel


 

par Michel Chossudovsky

Mondialisation.ca, Le 11 septembre 2011

À l’occasion du dixième anniversaire du 11-Septembre, nous publions à nouveau cet article publié pour la première fois sur Global Research le 12 septembre 2001.

Note de l’auteur. Cet article fut rédigé le jour même des attaques. Il fut publié en anglais par Global Research le 12 septembre 2001.

Quelques heures après les attaques terroristes du 11 septembre au World Trade Center et au Pentagone, l’administration Bush concluait, sans preuve à l’appui, qu’Oussama ben Laden et son organisation, Al-Qaeda, étaient les suspects les plus probables. Le directeur de la CIA, George Tenet, déclarait que ben Laden « a la capacité de planifier plusieurs attaques sans avertissement ». Le secrétaire d’État Colin Powell qualifiait de son côté les attaques à Washington et à New York de « déclaration de guerre », ce que George Bush confirmait dans son discours à la nation le soir même en affirmant qu’il ne « fera aucune distinction entre les terroristes qui ont commis ces actes et ceux qui les ont soutenu ». L’ancien directeur de la CIA James Woolsey insinuait pour sa part la complicité de un ou plusieurs gouvernments étrangers. Et l’ancien conseiller à la sécurité nationale Lawrence Eagelberger déclarait dans une entrevue télévisée: « Je crois que nous allons démontrer que, lorsque nous sommes attaqués de cette façon, nous pouvons réagir d’une manière brutale avec force et détermination » (« we are terrible in our strength and in our retribution »).

Suite aux déclarations officelles, les médias occidentaux n’ont pas tardé (sans preuves à l’appui) à approuver le déclenchement d’actions punitives contre des cibles civiles au Moyen-Orient et en Asie centrale. William Saffire écrivait à ce propos dans le New York Times : « Lors que nous aurons raisonnablement pu déterminer la localisation des bases et des camps de nos attaquants, nous devrons les pulvériser – en minimisant mais également en acceptant les risques de dommages collatéraux. Nous devrons agir par des opérations [militaires] directes mais également par des actions en sous-main [de nos services de renseignement], afin de déstabiliser les États hôtes de la terreur. »

Le texte ci-dessous a pour object d’analyser l’histoire d’Oussama ben Laden et des liens entre la Jihad islamique et la politique étrangère des États-Unis depuis la Guerre froide.


Le premier suspect des attaques de New-York et Washington, le Saoudien Oussama ben Laden, qui est déjà désigné comme un « terroriste international « par le FBI pour son rôle présumé dans le bombardement d’ambassades étatsuniennes en Afrique, ironiquement fut au point de départ recruté par la CIA pour combattre les Soviétiques durant la guerre soviéto-afghane. 1

En 1979, la « plus grande opération secrète de l’histoire de la CIA » fut lancée en réponse à l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques afin de soutenir le gouvernement pro-communiste de Babrak Kamal. 2

Sous les vifs encouragements de la CIA et des Services secrets pakistanais, qui voulaient transformer la Jihad afghane en une grande guerre menée par tous les pays musulmans contre l’URSS, quelque 35 000 intégristes musulmans en provenance de 40 pays islamiques se joignirent à la lutte en Afghanistan entre 1982 et 1992. D’autres dizaines de milliers vinrent étudier dans les madrasah pakistanais. Avec le temps, plus de 100 000 intégristes musulmans furent directement influencés par la Jihad afghane. 3

La Jihad islamique était appuyée les États-Unis et l’Arabie saoudite, une grande partie du financement provenant du commerce de la drogue dans le Croissant fertile.

En mars 1985, le président Reagan signait la directive de sécurité nationale nº 166, qui autorisait une aide militaire secrète aux Mujahideen. Cette initiative démontrait sans équivoque que la guerre secrète ménéee en Afghanistan avait pour objectif de combattre les troupes soviétiques en Afghanistan. La nouvelle aide en sous-main des États-Unis fut marquée par une augmentation substantielle de la quantité d’armes fournies – une aide annuelle régulière équivalente, en 1987, à 65 000 tonnes d’armes -, de même qu’un flot incessant de spécialistes de la CIA et du Pentagone, au quartier général secret des Services de renseignements pakistanais, sur la route principale, près de Rawalpindi, au Pakistan. 4

La CIA, utilisant les services de renseignement pakistanais, jouait un rôle clé dans l’entraînement des Mujahideen. À son tour, la guérilla soutenue par la CIA fut intégrée avec les enseignements de l’Islam :

Les thèmes prédominants étaient que l’Islam est une idéologie socio-politique complète, que l’Islam sacré avait été violé par les troupes soviétiques athées et que le peuple islamique d’Afghanistan devrait réaffirmer son indépendance en se débarrassant du régime socialiste afghan soutenu par Moscou. 5

Le réseau des services de renseignement pakistanais

Les Service de renseignement pakistanais – Inter Service Intelligence (ISI) – furent utilisés comme « intermédiaire ». L’appui de la CIA à la Jihad fut réalisé par l’entremise de la ISI, c’est-à-dire que la CIA ne faisait pas parvenir son appui directement aux Mujahideen. En d’autres mots, afin de garantir le « succès » de ces opérations en sous-main, Washington avait pris soin de ne pas révéler l’objectif ultime de la Jihad, qui consistait à détruire l’Union soviétique.

Selon l’expression de Milton Beardman, de la CIA, cette agence « n’a pas entraîné les Arabes » en tant que tel. Cependant d’après Abdel Monam Saidali, du Centre Al-Aram d’études stratégiques du Caire, ben Laden et les « Arabes afghans » avaient reçu « par l’entremise de la CIA, un entraînement [militaire] très sophistiqué et spécialisé [dans différents champs d’application] ». 6

Beardman confirme néeanmoins qu’Oussama ben Laden n’était pas conscient du rôle qu’il jouait pour Washington : « Ni moi [ben Laden], ni mes frères n’avions pu observer une quelqonque aide américaine. » 7

Motivés par le nationalisme et la ferveur religieuse, les guerriers islamiques n’étaient guère conscients qu’ils se battaient contre l’Union soviétique pour le compte de l’« Oncle Sam ». Alors que des contacts furent établis et entretenus aux échelons supérieurs des services de renseignement, les commandants des rebelles islamiques sur le terrain n’avaient aucun lien direct avec Washington ou la CIA. Avec le soutien de la CIA et l’aide militaire américaine, la Inter Services Intelligence (ISI) pakistanaise s’est rapidement transformée en une « structure parallèle exerçant d’énormes pouvoirs sur tous les aspects de gouvernement ». 8 La ISI possédait un personnel, composé de militaires, d’agents de renseignement, de bureaucrates, d’agents doubles et d’informateurs, estimé à 150 000 personnes. 9 Entre-temps, les opérations de la CIA contribuaient également à renforcer le régime militaire pakistanais dirigé par le général Zia Ul Haq :

Les relations entre la CIA et les Services de renseignement pakistanais sont devenues plus amicales suite au coup d’État contre Bhutto par [le Genéral] Zia et l’installation d’un régime militaire. […] Durant la plus grande partie de la guerre d’Afghanistan, le Pakistan était encore plus anti-soviétique que les États-Unis. Peu après l’invasion de l’Afghanistan par des militaires soviétiques, en 1980, Zia avait donné ordre au directeur de la ISI de mener des actions en sous-main afin de déstabiliser les républiques soviétiques d’Asie centrale. La CIA n’a approuvé ce plan qu’en 1984. […] La CIA était encore plus prudente que les Pakistanais. Le Pakistan et les États-Unis choisirent tous deux la supercherie. Des actions diplomatiques de façade furent ménées alors que les services de renseignement [CIA et ISI] s’étaient préalablement entendus qu’une escalade militaire constituait la meilleure solution. 10

Le croissant d’or de la drogue

L’histoire du commerce de la drogue en Asie centrale est intimément liée aux activités secrètes de la CIA. Avant la guerre URSS-Afghanistan, il n’y avait pour ainsi dire presque pas de production locale d’héroïne.11 À cet égard, l’étude d’Alfred McCoy confirme que, durant les premières années des opérations de la CIA en Afghanistan, « les territoires près de la frontière pakistano-afghane devenaient le principal fournisseur d’héroïne pour le marché mondial, répondant à 60 % de la consommation d’héroïne au États Unis. Au Pakistan, le nombre de personnes dépendantes de l’héroïne est passé de près de zéro en 1979 à […] 1,2 million en 1985 – un accroissement beaucoup plus grand que celui connu par n’importe quel autre pays. » 12

La CIA contrôlait indirectement le commerce de l’héroïne. Lorsque les Mujahideen ont établi leur contrôle sur une partie du territoire afghan, ils ont donné l’ordre aux paysans de cultiver de l’opium en guise de taxe révolutionnaire. De l’autre côté de la frontière, au Pakistan, des leaders afghans et des groupes d’affaires locaux, sous la protection des Services de renseignement (ISI), ont mis sur pied des centaines de laboratoires de production d’héroïne. Durant cette décennie de commerce ouvert de la drogue, la US Drug Enforcement Agency à Islamabad s’est trouvé incapable de faire quelque saisie ou arrestation majeure que ce soit. […] Les autorités étasuniennes ont refusé d’enquêter sur toute charge en rapport avec l’héroïne à l’égard de leurs alliés afghans « parce que la politique des États Unis relative à la lutte contre le narcotraffic en Afghanistan fut largement subordonné à la guerre contre l’Union soviétique ». En 1995, le directeur des opérations de la CIA en Afghanistan, Charles Cogan, avait admis que la CIA avait sacrifié la guerre contre la drogue pour se consacrer à la Guerre froide. « Notre mission principale était d’infliger le plus de dommages possible aux Soviétiques. Nous n’avions pas vraiment les ressources et le temps requis pour enquêter sur le commerce de la drogue. […] Je ne crois pas que nous ayons à nous excuser de cela. Toute situation à ses inconvénients. […] Il y a eu un inconvénient au niveau du narcotraffic, oui. Mais l’objectif principal a été atteint. Les Soviétiques ont quitté l’Afghanistan. »13

Au lendemain de la Guerre froide

Au lendemain de la Guerre froide, la région de l’Asie centrale n’est pas seulement stratégique pour ses réserves de pétrole : elle fournit à elle seule les trois quarts de la production mondiale d’opium, ce qui représente un revenu de plusieurs milliards de dollars pour les milieux d’affaires, les institutions financières et bancaires impliquées dans le lavage de l’argent sale, les agences de renseignement et le crime organisé. Le commerce de la drogue dans le croissant d’or rapporte entre 100 et 200 milliards USD par année, soit environ le tiers du chiffre d’affaire annuel du commerce mondial de la drogue (heroïne, cocaine, etc), évalué (sans compter les retombéees dans d’autres secteurs d’activité) par les Nations unies à environ 500 milliards USD. 14

Avec la désintégration de l’URSS, la production de l’opium avait pris un essor considérable. Selon les estimations des Nation unies, la production afghane d’opium en 1998-1999 – dates qui coïncident avec le développement d’insurrections armées dans les anciennes républiques soviétiques – avait atteint un niveau record, avec 4 600 mètres cube de production. 15 De puissants groupes d’affaires de l’ex-URSS alliés avec le crime organisé se font concurrence pour le contrôle stratégique des « routes de l’héroïne ».

Le vaste réseau militaire des Services des renseignement pakistanais ne fut pas démantelé au lendemain de la Guerre froide. Par aillerus, la CIA continuait d’appuyer la Jihad islamique par l’entremise du Pakistan. De nouvelles initiatives secrètes furent lancéees en Asie centrale, dans le Caucase et dans les Balkans. L’appareil militaire ainsi que les Services de renseignement pakistanais ont essentiellement « servi de catalyseur pour la désintégration de l’URSS et l’émergence de six républiques musulmanes en Asie centrale ». 16

En parallèle avec ces actions en sous-main de la CIA, des missionnaires islamiques de la secte Wahhabi d’Arabie saoudite s’étaient installés dans ces républiques, de même qu’à l’intérieur de la Fédération russe, empiétant sur les institutions de l’État et de la sociéte civile. En dépit de leur idéologie « anti-ÉUA », les actions fondamentalistes islamiques ont pourtant servi les intérêts stratégiques de Washington en ex-URSS…

La guerre civile afghane s’est poursuivie suite à la retraite des forces soviétiques en 1989. Les Talibans avaient reçu l’appui des Deobandis pakistanais et de leur parti politique, le Jamiat ul Ulema e Islam (JUI). En 1993, le JUI s`était joint à la coalition du premier ministre Benazzir Bhutto. Des liens furent établis entre le JUI, l’armée et les Services des renseignements. En 1995, avec la chute du gouvernement Hezb i Islami de Hekmatyar, à Kaboul, les Talibans ont non seulement instauré un gouvernement islamique intégriste, mais ont aussi « confié le contrôle des camps d’entraînement afghans à des factions du JUI ». 17

Et le JUI, avec l’appui du mouvement Wahhabi, a joué un rôle majeur dans le recrutement de Mujahideen pour les Balkans et dans l’ex-URSS. Jane Defense Weekly confirme à cet égard que « la moitié des hommes et de l’équipement des Talibans provient des Services des renseignement pakistanais ». 18

En fait, il semblerait que, suite au retrait des troupes soviétiques, les differentes formations armées dans la guerre civile en Afghanistan ont continué à recevoir une aide en sous-main de la CIA par le biais des Services de renseignement pakistanais. 19

En d’autres mots, soutenus par l’ISI pakistanais lui-même contrôlé par la CIA, l’État islamique taliban a grandement servi les intérêts géopolitiques de Washington. Le commerce de la drogue dans le Croissant fertile a également servi à financer et équiper l’Armée musulmane bosniaque, dès le début des années 1990, et l’Armée de libération du Kosovo (UCK). Au cours des derniers mois, des mercenaires Mujahideen combattaient dans les rangs des terroristes de l’UCK impliquée dans la guerre civile en Macédoine. Et il est avéré que l’UCK est non seulement appuyé par l’Otan, mais elle est également en partie financée par la mission des Nations unies au Kosovo.

Cela explique sans l’ombre d’un doute pourquoi Washington a fermé les yeux sur le règne de terreur imposé par les Talibans, impliquant notamment des dérogations flagrantes aux droits des femmes, la fermeture des écoles de filles, le congédiement des employées de la fonction publique et l’imposition de la « loi pénale de la Sharia ». 20

La guerre en Tchétchénie

Les principaux leaders rebelles en Tchétchénie, Shamil Basayev et Al Khattab, ont reçu leur formation militaire et idéologique dans des camps d’entrainement financés par la CIA en Afghanistan et au Pakistan. Selon Yossef Bodansky, directeur du US Congress’s Task Force on Terrorism and Unconventional Warfare, la guerre tchétchène fut planifiée durant un réunion secrète de Hizb Allah, tenue en 1996 à Mogadishu, en Somalie. 21 De nombreux cadres supérieurs des Services de renseignement iranienne et pakistanaise, ont participé à cette réunion, à laquelle Oussama bin Laden était également présent. Le rôle de la ISI pakistanaise dans la guerre civile en Tchétchénie « va beaucoup plus loin que l’approvisionnement des Tchétchènes en armes et en expertise : les Service de renseignement pakistanais et ses mandataires islamiques radicaux sont en réalité ceux qui dirigent cette guerre ». 22

Le principal oléoduc russe traverse la Tchétchénie et le Daghestan. N’eut égard aux condamnations de pure forme du terrorisme islamique par Washington, les bénéficiaires indirects de la guerre tchétchène sont les géants pétroliers anglo-américains luttant pour le contrôle des ressources pétrolières et des oléoducs dans le bassin de la mer Caspienne.

Les deux principales armées rebelles tchétchènes (respectivement dirigées par le commandant Shamil Basayev et par l’émir Khattab), estimées à 35 000 hommes, furent financées par les Services des renseignement pakistanais. La ISI a aussi joué un rôle clé dans l’organisation et l’entraînement de l’armée rebelle tchétchène :

[En 1994], les Services des renseignement pakistanais ont organisé pour Basayev et ses lieutenants de confiance un endoctrinement islamique intensif et un entraînement de guérilla dans la province de Khost, en Afghanistan, dans le camp d’Amir Muawia, installé au début des année 1980 par la CIA et les Service de renseignement pakistanais et dirigé par le célèbre seigneur de guerre afghan Gulbuddin Hekmatyar. En juillet 1994, « diplômé » d’Amir Muawia, Basayev est transféré au camp de Markaz i Dawar, au Pakistan, pour y entreprendre un entraînement en tactiques de guérilla avancées. Au Pakistan, Basayev rencontrait également les plus hauts cadres des forces militaires et des services de renseignement : le ministre de la Défense, le général Aftab Shahban Mirani, le ministre de l’Intérieur, le général Naserullah Babar, et le directeur des Services de renseignement responsable pour l’acheminement de l’appui de la ISI aux causes islamiques, le général Javed Ashraf (tous maintenant à la retraite). Ces liens en haut lieu se montrèrent vite utiles à Basayev. 23

Suite à son entraînement et son endoctrinement, Basayev fut affecté pour mener un campagne militaire contre les troupes fédérales russes lors de la première guerre tchétchène de 1995. Son organisation avait également développé des liens étroits avec les consortiums criminels moscovites et avec le crime organisé albanais et l’UCK. En 1997-1998, selon le Service de la sécurité fédérale russe, « les seigneurs de guerre tchétchènes ont commencé à investir dans l’immobilier au Kosovo […] par l’intermédiaire de plusieurs firmes immobilières enregistrées en Yougoslavie en guise de couverture ». 24

L’organisation de Basayev fut également impliquée dans bon nombre de trafics, notamment les narcotiques, l’exploitation illégale et les sabotages d’oléoducs russes, le kidnapping, la prostitution, le commerce de faux dollars et la contrebande de matériaux nucléaires. 25 Avec le blanchiment de l’argent de la drogue, les profits de ces activités criminelles furent également utilisés pour financer le recrutement de mercenaires et l’achat d’armes.

Pendant son entraînement en Afghanistan, Shamil Basayev s’est lié avec le commandant vétéran saoudien Mujahideen Al Khattab qui avait combattu en Afghanistan. Quelques mois après le retour de Basayev à Grozny, début 1995, Khattab fut invité à créer une armée installée en Tchétchénie pour l’entraînement de combattants Mujahideen. Selon la BBC, le voyage de Khattab en Tchétchénie fut « planifié grâce à l’appui de la Islamic Relief Organisation (IRO) basée en Arabie saoudite qui avait expédié des fonds en Tchétchénie. La IRO était financée par des mosquées ainsi que des dons de riches individus [associés aux milieux d’affaires saoudiens]. » 26

En conclusion

Depuis l’ère de la Guerre froide, Washington a sciamment soutenu Oussama ben Laden, tout en le plaçant sur la liste des « personnes les plus recherchées par le FBI ».

Alors que les Mujahideen sont impliqués dans des insurrection armées pour le compte des États-Unis dans les Balkans et en ex-URSS, le FBI, a pour mandat de mener aux États-Unis de mener une guerre au terrorisme. De toute évidence, il s’agit là non seulement d’actions contradictoires mais d’une politique qui s’avère mensongère à l’endroit des citoyens. Car la CIA depuis la guerre URSS-Afghanistan, appuie le terrorisme international par l’entremise de ses opérations secrètes.

Cruelle ironie, la même Jihad islamique, présentée par l’administration Bush comme « une menace contre l’Amérique » responsable des assauts terroristes contre le World Trade Center et le Pentagone constitue un instrument clé des opérations militaires stratégiques de Washington dans les Balkans et en ex-URSS.

Au lendemain des attaques terroristes de New York et de Washington, la vérité sur les liens entre le gouvernment américain et le terrorisme international doivent être devoilés à l’opinion publique afin d’empêcher l’administration Bush et ses partenaires de l’Otan de se lancer dans une aventure militaire qui menace l’avenir de l’humanité.

Notes

  1. Hugh DAVIES., « International: `Informers’ point the finger at bin Laden; Washington on alert for suicide bombers ». The Daily Telegraph, Londres, 24 août 1998.
  2. Cf. Fred HALLIDAY. « The Un-great game: the Country that lost the Cold War, Afghanistan ». New Republic, 25 mars 1996.
  3. Ahmed RASHID., « The Taliban: Exporting Extremism ». Foreign Affairs, Novembre-décembre 1999.
  4. Steve COLL. Washington Post. 19 juillet 1992.
  5. Dilip HIRO., « Fallout from the Afghan Jihad ». Inter Press Services, 21 novembre 1995.
  6. Eric WEINER et Ted CLARK. Weekend Sunday (NPR). 16 août 1998.
  7. Ibid.
  8. Dipankar BANERJEE. « Possible Connection of ISI With Drug Industry », India Abroad, 2 décembre 1994.
  9. Ibid.
  10. Cf. Diego CORDOVEZ et Selig HARRISON. Out of Afghanistan: The Inside Story of the Soviet Withdrawal. Oxford University Press, New York, 1995. Cf. aussi la critique de Cordovez et Harrison. International Press Services. 22 août 1995.
  11. Alfred MCCOY. The Progressive, « Drug fallout: the CIA’s Forty Year Complicity in the Narcotics Trade ». 1 août 1997.
  12. Ibid.
  13. Ibid.
  14. Douglas KEH. Drug Money in a changing World, Technical document nº 4. Vienne, UNDCP, 1998, p.4. Cf. Report of the International Narcotics Control Board for 1999. E/INCB/1999/1 United Nations Publication, Vienne, 1999, pp.49-51 ; et Richard LAPPER, « UN Fears Growth of Heroin Trade ». Financial Times, 24 février 2000.
  15. Report of the International Narcotics Control Board. Op. cit., pp.49-51. Cf. Richard LAPPER. Op. cit.
  16. International Press Services. 22 août 1995.
  17. Ahmed RASHID. « The Taliban: Exporting Extremism ». Foreign Affairs, Novembre-décembre, 1999, p.22.
  18. In « Christian Science Monitor ». 3 septembre 1998.
  19. Tim MCGIRK. « Kabul learns to live with its bearded conquerors ». The Independent Londres, 6 novembre 1996.
  20. Cf. K. SUBRAHMANYAM., « Pakistan is Pursuing Asian Goals ». India Abroad 3 novembre 1995.
  21. Levon SEVUNTS. The Gazette, « Who’s calling the shots? Chechen conflict finds Islamic roots in Afghanistan and Pakistan ». Montréal, 26 octobre 1999.
  22. Ibid.
  23. Ibid.
  24. Cf. Vitaly ROMANOV et Viktor YADUKHA. Chechen Front Moves To Kosovo Segodnia. Moscou, 23 février 2000.
  25. The European. 13 février 1997. Cf. Itar-Tass, 4-5 janvier 2000.
  26. BBC. 29 septembre 1999.

Article original en anglais: http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=368

texte original

Version française: L’aut’journal, Montréal, octobre 2001

Articles de Michel Chossudovsky publiés par Mondialisation.ca


Une guerre contre l’Iran avant septembre 2011?

L’ex-chef des Services secrets israéliens prend position contre son gouvernement et met en garde contre une catastrophe pour Israël

La «Neue Zürcher Zeitung»,1 le «New York Times»2 et beaucoup d’autres journaux nous apprennent qu’Israël débat d’une éventuelle guerre contre l’Iran entre juin et fin sep­tembre. Fait extraordinaire, pour la première fois dans l’histoire du pays, un ancien chef du Mossad, c’est-à-dire des Services de renseignements, critique officiellement et sans aucune ambiguïté les dirigeants de son pays. Meir Dagan, qui a pendant plus de 8 ans, jusqu’en septembre dernier, assuré la sécurité extérieure d’Israël, ne passe pas pour un homme de gauche. Son intervention publique est d’autant plus explosive qu’elle a amené le commentateur d’un journal israélien à considérer la situation comme extrêmement grave. Et cela, selon l’ex-patron du Mossad, pour la survie de l’Etat d’Israël. Pour les médias israéliens, on ne sait pas si d’autres hauts responsables de l’establishment militaire et du renseignement partagent l’avis de Meir Dagan, mais on peut le supposer. Nous allons reproduire ci-dessous des extraits du débat et les déclarations du ministre israélien de la Défense Ehud Barak en nous fondant sur l’édition anglaise on line du quotidien israélien «Haaretz».
Des extraits de l’ouvrage de l’historien américain Stephen J. Sniegoski intitulé «Transparent Cabal. The Neoconservative Agenda, War in the Middle East and the National Interest of Israel» éclairent la dimension historique de l’implication des Etats-Unis dans cette affaire. (cf. p. 5 de notre journal). En effet, les néoconservateurs, qui ont fait la une des journaux surtout sous le gouvernement Bush, ne restent pas inactifs sous Obama. On verra si les «réalistes» autour de Zbigniew Brzezinski qui, comme Meir Dagan, sont farouchement opposés à une guerre contre l’Iran, arriveront à s’imposer.

ts. Selon la «Neue Zürcher Zeitung», le «New York Times» et divers autres journaux, en particulier des journaux israéliens, Meir Dagan, ancien chef du Mossad (chargé du renseignement, des opérations spéciales et de la lutte anti-terroristes à l’extérieur d’Israël), a déclaré, lors d’une conférence tenue le 1er juin à Tel Aviv, qu’Israël ne pourrait pas résister à un conflit régional déclenché par une attaque israélienne contre les installations nucléaires iraniennes. Il a insisté sur le fait qu’Israël n’était pas en mesure de mettre un terme aux ambitions nucléaires de l’Iran, qu’il pouvait tout au plus les retarder. Lors de sa première intervention publique après son départ en septembre 2010, Dagan avait déclaré en mai dernier, lors d’une conférence tenue à l’Université hébraïque de Jérusalem, qu’un bombardement des installations nucléaires iraniennes était «la chose la plus stupide [qu’il ait] jamais entendue». Et le 1er juin, il a été encore plus précis.
Dans un article intitulé «Selon l’ex-patron du Mossad, Israël ne résistera pas à la guerre que provoquera une attaque de l’Iran», Gili Cohen cite Dagan: «Si quelqu’un envisage sérieusement une attaque, il doit comprendre qu’il entraînera Israël dans une guerre régionale dont il ne saura pas comment sortir. Le risque pour sa sécurité serait insupportable. […] L’option militaire est la dernière option, l’ultime solution. Il faut envisager toutes les autres solutions avant le recours à la force.» A ceux qui l’ont critiqué, Dagan à répondu: «Je me sens obligé d’exprimer mon opinion sur certains sujets. Le Premier ministre et le ministre de la Défense sont les personnes en fonctions, mais parfois les bonnes intuitions et les bonnes décisions n’ont rien à voir avec le fait d’avoir été élu.»
En ce qui concerne les relations avec les Palestiniens, Dagan est d’avis qu’Israël devrait prendre l’initiative diplomatique: «Je pense qu’il devrait y avoir une initiative diplomatique. Les Palestiniens sont ici et il faudrait parvenir à un accord avec eux. Si nous ne faisons pas d’offre et que nous attendons, nous pourrions être confrontés à une réalité dans laquelle on nous imposerait des choses. Mais si nous pouvons choisir entre l’initiative et la contrainte, je préfère l’initiative.»3

Début de la guerre: entre le départ de Gates et celui de Mullen

Le 1er juin également, dans un article du «Haaretz» intitulé «Le nouvel état-major de la sécurité d’Obama pourrait approuver une attaque contre l’Iran», Amir Oren écrit qu’Obama a renouvelé une année avant les élections présidentielles son équipe chargée de la sécurité, ce qui entraîne de sérieuses conséquences pour Israël. Quatre mois avant le départ à la retraite de l’amiral Michael Mullen en tant que président des chefs d’états-majors interarmées, Obama a prévu pour lui succéder le général Martin Dempsey. Il y a peu de chances qu’au début de son mandat, Dempsey conseille à Obama d’attaquer l’Iran ou d’autoriser Israël à le faire. Il en va autrement de Mullen, qui ne réagirait pas avec enthousiasme à une attaque, mais ses liens avec l’état-major de l’armée israélienne sont si étroits qu’on peut supposer qu’il ne torpillerait pas une attaque israélienne sous Netanyahou et Barak. Oren conclut ainsi: «Entre la fin juin avec le départ de Gates et la fin septembre avec le départ de Mullen, le risque est grand que Netanyahou et Barak cherchent à créer la surprise en Iran, en particulier parce que cela détournerait l’attention de la question palestinienne.»
Voilà ce que pense Oren de la fenêtre temporelle d’une éventuelle guerre contre l’Iran.4

Absence d’aptitude au commandement

Le 3 juin, Ari Shavit évoque dans «Haaretz» une aggravation des tensions entre Dagan d’une part et Netanyahou et Barak d’autre part. Sous le titre «Dagan met en garde contre le manque de discernement de Netanyahou», il écrit que l’ex-patron du Mossad Meir Dagan s’inquiète davantage du manque d’aptitude au commandement du premier mi­nistre Benjamin Netanyahou et du ministre de la Défense Ehud Barak que des menaces iraniennes ou palestiniennes. La situation sera critique en septembre 2011 quand les Palestiniens demanderont devant l’Assemblée générale des Nations Unies la reconnaissance de leur Etat dans les frontières de 1967, demande dont Ethan Bronnen suppose, dans le «New York Times» du 3 juin, qu’elle sera approuvée.
Dagan qui, selon Shavit, est certes opposé à un tel Etat palestinien, est persuadé que pour son bien, Israël ferait mieux de prendre l’initiative diplomatique. Sinon il se pourrait que l’isolement croissant d’Israël mette ses dirigeants au pied du mur et les pousse à entreprendre des opérations irréfléchies contre l’Iran. Deux craintes ont incité Dagan à parler, Dagan qui est loin d’être un homme de gauche bien que ce soit ainsi que l’ont qualifié, à tort, les ministres du Likoud: ses opinions politiques sont plutôt un mélange de Sharon et d’Olmert. La première de ces craintes est celle, que nous avons déjà mentionnée, de voir Israël subir passivement des contraintes extérieures, si bien qu’il ferait mieux de prendre l’initiative de négociations (Dagan est favorable à l’initiative de paix saoudienne).
Sa seconde crainte, toujours selon Shavit, est que ne se développe une guerre régionale étendue à laquelle Israël aurait de la peine à résister. Si le traumatisme de Sharon était la défaite d’Israël à Latrun en 1948, celui de Dagan est la défaite de son pays au Sinaï dans les premiers jours d’octobre 1973. C’est à cause de ce traumatisme qu’il se sent obligé moralement d’empêcher une guerre inutile. C’est pourquoi, conscient qu’il brisait un tabou, il s’est adressé à l’opinion pu­blique pour ne pas faire partie de ceux qui se taisent, comme ce fut le cas avant la guerre du Yom Kippour.
Shavit loue le courage de Dagan. En temps normal, un ancien patron du Mossad ne se serait pas adressé ainsi à l’opinion publique, mais les temps ne sont pas normaux: il est moins cinq.5

Détourner l’attention de la création d’un Etat palestinien

Le 5 juin, dans «Haaretz», sous le titre «Ce que Dagan sait», Amos Harel fait part de quelques réflexions sur ce thème brûlant. Utilisant un terme du Mossad, il parle d’«assassinat ciblé» à propos de l’option militaire contre l’Iran par Dagan et relève que certains experts en sécurité, parmi lesquels il n’y a que peu de fans de Netanyahou et de Barak, craignent cependant que les déclarations de Dagan ne sapent les efforts israéliens en vue d’actions internationales contre l’Iran. Une issue positive est peu probable si l’Iran ne peut pas redouter une attaque d’Israël et si l’Occident ne peut pas comprendre qu’Israël pourrait «péter les plombs» («go berserk»). Le débat stratégique en Israël recouvre la période allant de septembre 2007, lorsqu’Israël, selon les médias occidentaux, a bombardé un réacteur nucléaire syrien, et septembre 2011, date de la tentative des Palestiniens d’obtenir de l’ONU la reconnaissance de leur Etat. De l’avis de certains experts occidentaux, la fenêtre des possibilités d’attaquer l’Iran se refermera.
Penser que Netanyahou et Barak chercheraient à éviter la crise qui les menace en septembre prochain (éventuelle reconnaissance d’un Etat palestinien par l’ONU) en attaquant l’Iran semble relever de la théorie du complot. Mais la question est de savoir quelles informations les responsables possèdent sur les événements-clés des dernières années. Si Dagan a vraiment observé un manque de discernement chez Netanyahou et Barak, il n’est pas étonnant qu’il tire la sonnette d’alarme publiquement, en particulier si son opinion est partagée, comme il semble le penser, notamment par l’ex-chef d’état-major de l’armée israélienne Gabi Ashkenazi, par l’ancien chef des Services de renseignements intérieurs (Shin Bet) Yuval Diskin et, avec moins d’enthousiasme, par l’ex-chef des Services de renseignements militaires Amos Yadlin.
Le fait qu’en parlant comme il l’a fait, Dagan ne se rende pas coupable de haute trahison est conforme au rapport intérimaire de la Commission Winograd sur la seconde guerre du Liban. On peut y lire ceci: «Le devoir suprême de loyauté parmi les professionnels est celui à l’égard de leur profession et de leur rôle, non celui à l’égard de leurs supérieurs hiérarchiques. Il vaut toujours mieux commencer par des discussions et des mises en garde à l’intérieur de l’organisation. Mais quand un supérieur ou une organisation agissent d’une manière qui peut, aux yeux d’un professionnel, causer de graves dommages, celui-ci devrait lancer une mise en garde et non chercher à éviter une confrontation directe avec son supérieur.» C’est là un principe qui réfère à des événements de la Seconde Guerre mondiale («Je n’ai fait qu’obéir aux ordres.») et aux conséquences qui en ont été tirées dans les Principes de Nuremberg (Chaque individu est personnellement responsable et ne peut pas se défausser sur la chaîne de commandement.)
Le journaliste du «Haaretz» conclut son article en écrivant que le personnage-clé d’une guerre contre l’Iran reste le chef de l’état-major. Il s’agit pour le moment de Benny Gantz. Bien que d’une manière générale, il ait l’air plus décontracté et plus ouvert à la critique que son prédécesseur Ashkenazi, un de ses anciens supérieurs a fait remarquer que c’était un homme intègre qui n’hésiterait pas, au moment critique, à rester sur ses positions.6

Le premier devoir civique de Dagan

Dans un article d’«Haaretz» du 5 juin intitulé «Israël devrait tenir compte de la mise en garde de l’ancien patron du Mossad contre une attaque de l’Iran», Gideon Levy déplore la nature du débat public en Israël. Pour lui, l’intervention publique de Dagan ne relevait pas seulement de son bon droit mais c’était son premier devoir civique. S’il avait agi autrement, il n’aurait pas rempli son rôle d’ancien chef du Mossad. Dans ses an­ciennes fonctions, il avait empêché des aventures comme celle de Netanyahou et de Barak, qu’il considère comme dangereuse. Il mérite qu’on le loue pour sa démarche responsable et courageuse. Il a agi en gardien de l’Etat désireux de lui éviter une seconde guerre du Yom Kippour. Ce n’est pas lui qui représente un danger pour Israël mais au contraire ceux qui voudraient lui interdire de parler. En se taisant, il aurait nui à la sécurité du pays. En parlant, en revanche, il la renforce. C’est l’heure de gloire de Dagan, dont le passé contient plus d’un chapitre trouble, aventureux, voire effrayant. Sur bien des points, il s’est exprimé de manière contradictoire, mais ce n’est pas un homme de gauche. Sur la question de l’Iran, il a toujours fait entendre la voix de la raison. Ceux qui lui ont confié pendant huit années le Mossad ne peuvent pas brusquement le faire passer pour fou, comme ils viennent de le faire. Si le Mossad avait été dirigé par un fou, la responsabilité en reviendrait à ses supérieurs.
A la fin de son article, Levy s’intéresse à la nature du débat public en Israël. On peut comprendre que des politiques cherchent à étouffer le débat public, bien que ce ne soit pas acceptable. Mais quand une armée de journalistes et de commentateurs s’y met, il y a quelque chose de fondamentalement faux dans la conception du rôle des médias. Au lieu de se comporter comme des hommes d’Etat ou des généraux, les médias auraient dû tirer la sonnette d’alarme, au moins aussi fort que Dagan.7

Dagan: Une attaque contre l’Iran serait contraire au droit international

Le 6 juin, «Haaretz» a publié, sous le titre «Barak: Les déclarations de Dagan sur l’Iran nuisent à la force de dissuasion d’Israël», une réplique du ministre israélien des Affaires étrangères Ehud Barak aux propos de Dagan. Il est revenu sur le sujet lors d’une interview accordée à «Israel Radio»: Toute tentative de clarifier les ambiguïtés de la question iranienne affaiblit la position d’Israël face à l’Iran. L’option militaire contre l’Iran doit rester sur la table afin que les efforts internationaux visant à stopper le programme nucléaire de l’Iran soient efficaces. Barak a précisé: «Il n’existe pas de décision d’attaquer l’Iran. Nous ne prenons pas des décisions à l’avance pour des situations hypothétiques. Je ne crois pas que quiconque serait heureux que l’on déclenche une opération militaire contre l’Iran.»
L’article de «Haaretz Service» et de «Reuters» fait remarquer en outre que Dagan a clairement fait la distinction entre deux programmes nucléaires iraniens, d’une part une structure secrète et d’autre part le programme civil. Seul le second est soumis à un contrôle international. Dagan a déclaré: «Toute at­taque contre le programme civil serait contraire au droit international.» L’article poursuit en mentionnant les craintes de Dagan dont nous avons parlé plus haut en ajoutant toutefois que l’ex-patron du Mossad a précisé qu’il était important de se rappeler que la guerre était seulement une option parmi beaucoup d’autres.8

Obama a-t-il l’intention de maintenir l’hégémonie occidentale?

Dans un article du 8 juin intitulé «Iran: Israël et les Etats-Unis tentent de provoquer une guerre régionale», «Haaretz Service» évoque l’appréciation de la situation par l’Iran. Il se réfère à un communiqué d’«Israel Army Radio» selon lequel le ministre iranien des Affaires étrangères accuse les deux pays de comploter contre l’Iran: «Les Américains croient que le résultat immédiat d’un conflit militaire dans la région sauvera le régime sioniste.» Il ajoute que les Etats-Unis et Israël essaient d’affaiblir les révoltes populaires dans la région afin de stopper l’extension de l’Islam auprès de leurs alliés dans la région. Obama veut maintenir l’hégémonie occidentale au Moyen-Orient et détruire la Répu­blique islamiste d’Iran.9

Tant qu’il y a de l’espoir, il y a de la vie

On souhaite pour tous les habitants du Moyen-Orient, et même au-delà, que dans la situation tendue actuelle des personnalités sages, prévoyantes et diplomates puissent l’emporter sur les va-t-en-guerre, d’où qu’ils soient. En effet, la guerre signifie toujours souffrances, misère, horreurs, graves maladies et mort.    •

1    Cf. George Szpiro: Der ehemalige Mossad-Chef macht sich Sorgen, Neue Zürcher Zeitung du 8/6/11.
2    Cf. Ethan Bronner: A former spy chief questions the judgment of Israeli leaders. New York Times du 3/6/11. www.nytimes.com/2011/06/04/world/middleeast/04mossad.html
3    Cf. Gili Cohen: Israel won’t withstand war in wake of strike on Iran, ex-Mossad chief says. Haaretz du 1/6/11. www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/israel-won-t-withstand-war-in-wake-of-strike-on-iran-ex-mossad-chief-says-1.365396
4    Cf. Amir Oren: Obama’s new security staff may approve attack on Iran. Haaretz du 1/6/11.

www.haaretz.com/print-edition/opinion/obama-s-new-security-staff-may-approve-attack-on-iran-1.365251
5    Cf. Ari Shavit: Dagan warns of Netanyahu’s poor judgment. Haaretz du 3/6/11. www.haaretz.com/print-edition/news/dagan-warns-of-netanyahu-s-poor-judgment-1.365616
6    Cf. Amos Harel: What Dagan knows. Haaretz du /5/6/11. www.haaretz.com/print-edition/opinion/what-dagan-knows-1.365976
7    Cf. Gideon Levy: Israel should heed ex-Mossad head’s Iran attack warning. Haaretz du 5/6/11. www.haaretz.com/print-edition/opinion/israel-should-heed-ex-mossad-head-s-iran-attack-warning-1.365973
8    Cf. Haaretz Service/reuters «Barak: Dagan’s comments on Iran hurt Israels’s ability of deterrence». 6/6/11. www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/barak-dagan-s-comments-on-iran-hurt-israel-s-ability-of-deterrence-1.366295
9    Cf. Haaretz Service: Iran: Israel and U.S. are trying to provoke a regional war. 8/6/11.
www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/iran-israel-and-u-s-are-trying-to-provoke-a-regional-war-1.366660


Les Américains vivent 1984

par Paul Craig Roberts

Le 10 mai 2011
Mondialisation.ca

L’histoire de la Maison Blanche sur “la mort de Ben Laden” s’est totalement décousue par elle-même. Cela fait-il une différence de savoir que dans les 48 heures qui suivirent l’annonce télévisée du président Obama de dimanche soir, l’histoire a tellement changé, qu’elle ne présente plus aucune crédibilité ?

Cela n’a jusqu’ici eu aucune importance pour la BBC, autrefois célèbre et renommée, qui le 9 Mai, 8 jours plus tard, continue de répéter la litanie propagandiste que les navy SEALS ont tué Ben Laden dans son complexe pakistanais, la où Ben Laden vivait en voisin de l’académie militaire pakistanaise, entouré de l’armée pakistanaise.

Même le président pakistanais ne trouve rien à redire de cette histoire rocambolesque. La BBC rapporte que le président lance une enquête totale pour savoir comment Ben Laden a bien pu vivre pendant des années dans une ville de garnison sans jamais être repéré.

Pour la plupart des Américains, l’ a commencé et fini avec ces cinq mots: “nous avons eu Ben Laden”. Les célébrations, la saveur sucrée de la vengeance, du triomphe et de la victoire sur “l’homme le plus dangereux de la planète” sont semblables à l’excitation expérimentée par les supporteurs de sport quand leur équipe de foot bat leur vieil ennemi ou quand leur équipe de baseball gagne les world series. Aucun fan ne veut entendre le jour d’après que cela n’est pas vrai, que tout cela était une erreur. Si ces Américains, des années dans le futur, apprennent que cette histoire n’a été qu’une fadaise orchestrée afin de propulser quelque agenda que ce soit, ils refuseront de le croire et diront que tout cela n’est que du défaitisme libéral-rose-coco.

Tout le monde sait que nous avons tué Ben Laden. Comment pourrait-il en être autrement ? Nous – le peuple indispensable – la nation vertueuse, la seule super-puissance au monde, les chapeaux blancs, sommes destinés à dominer. Il n’y a pas d’autre issue.

Personne n’a remarqué que ceux qui ont fabriqués l’histoire ont oublié de montrer la machine à dialyse rénale, machine qui de fait, a maintenu en vie Ben Laden pendant plus de dix ans. Il n’y avait aucun médecin sur les lieux.

Personne ne se rappellera qu’en Décembre 2001, Fox News a rapporté qu’Oussama Ben Laden était décédé de sa maladie.

Si Ben Laden avait contre toute attente pu survivre une autre décennie et attendre, désarmé et sans défense, l’arrivée des Navy SEALS la semaine dernière, comment est-il alors possible que “le cerveau de la terreur”, qui n’a pas seulement tenu en échec la CIA et le FBI, mais aussi 16 autres agences de renseignement ainsi que celles des alliés des Etats-Unis en Europe, Israël, le conseil national à la sécurité, le Pentagone, le NORAD, le contrôle aérien, la sécurité des aéroports, 4 fois dans la même matinée, etc, etc… n’a jamais connu un autre succès, même pas mineur ? Qu’a fait le “maître de la terreur” pendant 10 ans après le 11 Septembre ?

La “mort de Ben Laden” sert trop d’agendas qui couvrent le spectre politique pour que l’évidence de la supercherie soit reconnue par beaucoup. Les patriotes sont euphoriques que l’Amérique ait battu Ben Laden. Les progressistes ont saisi l’opportunité de cette histoire pour villipender les méthodes de justice extra-judiciare des Etats-Unis, ce qui nous brutalise tous. Quelques gens de gauche ont acheté l’histoire à cause de la satisfaction émotionnelle qu’ils recoivent des Arabes oppressés qui rendent les coups à leurs oppresseurs impérialistes. Ces gens de gauche sont très contents qu’il ait fallu une décennie entière aux incompétents américains pour trouver un Ben Laden qui se cachait en pleine vue. Pour ceux-là, l’incompétence américaine à trouver Ben Laden est simplement la preuve de l’incompétence du gouvernement qui déjà avait failli de les protéger lors des attaques du 11 Septembre.

Ceux qui ont donnés les ordres et ceux qui ont écrits ces mémos illégaux et totalement incompétents qui stipulaient que la torture était autorisée par la loi états-unienne et la loi internationale, ainsi mettant Bush et Cheney dans une position où ils pourraient être légalement inquiétés, participent à l’euphorie générale en déclarant que c’est grâce à la torture et les informations ainsi obtenues que les assassins de Ben Laden ont pu le trouver. D’un seul coup d’un seul, la torture, qui était enfin retournée au pilori où elle avait été mise depuis des siècles, est de nouveau une bonne chose. Quoi que ce soit qui puisse mener à l’élimination de Ben Laden est un outil utile et valide.

Ceux qui veulent augmenter la pression sur le Pakistan pour qu’il la ferme au sujet des Américains assassinant des citoyens pakistanais au Pakistan depuis les airs ou par leurs troupes au sol, ont gagné une nouvelle matraque qui va amener le gouvernement pakistanais à se soumettre: “vous nous avez caché Ben Laden !”

Ceux qui veulent continuer à engraisser le complexe militaro-industriel et les pouvoirs de la Sécurité Intérieure (Homeland Security), comme la secrétaire d’état Clinton, utilisent la seconde ou la neuvième mort de Ben Laden comme preuve que l’Amérique a du succès dans sa guerre contre la terreur et que la guerre doit continuer sur ce chemin glorieux jusqu’à ce que tous les ennemis soient éliminés.

La cerise sur le gâteau fut la déclaration du directeur de la CIA disant que la mort de Ben Laden menerait a de nouvelles attaques sur le sol américain et de nouveaux 11 septembre par Al Qaeda qui voudra se venger. Cet avertissement, fait quelques heures à peine après la déclaration du président Obama dimanche soir, “téléphona” l’inévitable message sur internet d’Al Qaeda qui posta que l’Amérique souffrira de nouveaux 11 septembre pour a voir tué leur leader.

Si les Talibans savaient en Décembre 2001 que Ben Laden était mort, quelqu’un pense t’il qu’Al Qaeda ne le savait pas ? En fait, personne du public n’a les moyens de savoir si Al Qaeda n’est pas juste une organisation de façade créée par la CIA et qui est chargée “des annonces d’Al Qaeda”. La pertinence du fait que les annonces faites par Al Qaeda soient faites par la CIA est très forte. Les différentes vidéos reçues et diffusées ces dernières neuf années ont été démontrées falsifiées par des experts. Pourquoi Ben Laden enverrait-il de vidéos montage bidouillées ? Pourquoi Ben Laden a t’il arrêté de s’exprimer sur vidéo, mais seulement par messages audios ? Une personne qui dirige une grosse entreprise terroriste internationale devrait-être capable de produire ses propres vidéos. Il serait aussi certainement entouré de bien meilleure protection que celle de quelques femmes. Où était Al Qaeda, qui selon Donald Rumsfeld consiste en “un groupe d’assassins les plus vicieux et les mieux entrainés sur cette terre” ? Ces hommes les plus dangereux de la planète ont-ils abandonné leur leader ?

L’avertissement du directeur de la CIA concernant de futures attaques terroristes, suivi par une menace suspecte “d’Al Qaeda”, suggèrent que si le public américain continue de perdre son enthousiasme pour les guerres sans fin menées par les Etats-Unis, guerres qui sont faites aux frais du contribuable et donc du déficit budgétaire, aux dépends de la valeur du dollar, de l’inflation, de la sécurité sociale, du Medicare, des programmes de support sociaux et de salaires, de l’emploi, de la sortie de la crise etc, “Al Qaeda” se jouera encore des 16 agences de renseignement, de celles de nos alliés, du NORAD, etc, etc… et infligera de nouveau à la seule super-puissance mondiale une nouvelle défaite humiliante, qui revigorera le support des citoyens pour la “guerre contre le terrorisme”.

Je pense “qu’Al Qaeda” pourrait faire sauter la Maison Blanche, ou le congrès ou les deux, et les Américains croiraient encore à cette fadaise, tout comme les Allemands, un peuple bien mieux éduqué et plus intelligent, se sont laissés bernés par l’incendie du Reichstag, tout comme bon nombre d’historiens par ailleurs.

La raison pour laquelle je dis ceci est pour signifier que les Américains ont succombé à la propagande qui les a conditionnée à croire qu’ils sont sous attaque perpétrée par des ennemis omnipotents. La preuve de ceci est ce qui est diffusé tous les jours. Par exemple j’ai entendu sur la radio nationale publique à Atlanta le 9 Mars, que l’université Emory, une université privée assez côtée gratifia sa classe de 3 500 étudiants fraichement diplômés d’un discours de Janet Napolitano, la directrice de Homeland Security.

Ceci est une agence qui a des gardes-chiourmes payés pour palper les organes génitaux de jeunes enfants et d’adultes dans les aéroports et qui a annoncée l’extension de cette pratique des passagers aériens aux clients de galeries marchandes, aux voyageurs de bus et de trains. Qu’une université sérieuse ait invité une telle personne de bas-étage, qui n’a clairement aucun respect pour les libertés civiles et individuelles des citoyens et qui est totalement dépourvue de tout bon sens commun, pour s’adresser à une classe de jeunes diplômés d’une élite du sud des états-unis est une claire indication que le Ministère de la Vérité a prévalu. Les Américains vivent le 1984 de Georges Orwell.

Pour ceux qui n’ont pas lu ce roman classique d’Orwell, prédisant notre époque, Big Brother, le gouvernement, y pouvait dire aux citoyens n’importe quel mensonge et celui-ci était accepté sans aucune discussion. Comme un lecteur perceptif me fit remarquer un jour, nous les Américains, avec notre “liberté de presse”, sommes à ce point aujourd’hui: “Ce qui est le plus alarmant aujourd’hui est la totale désinvolture de ces mensonges, comme si le gouvernement était devenu tellement confiant de sa capacité à tromper le peuple, qu’il ne fait virtuellement plus aucun effort pour paraître même crédible.”

Un peuple aussi naïf que le peuple américain n’a aucun avenir.

Article original en anglais : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=24698

Traduit par Résistance 71.


Libye, la guerre secrète de la Cia

Par Manlio Dinucci

Le 1 avril 2011

ilmanifesto.it

 

 

 

« Alors que le président Obama a réaffirmé qu’aucune force terrestre américaine (étasunienne) ne participe à la campagne de Libye, des groupes  d’agents de la Cia opèrent en Libye depuis plusieurs semaines » : révélations hier du New York Times. Les agents, dont le nombre est inconnu, sont ceux qui « avaient déjà travaillé à la centrale de l’agence d’espionnage à Tripoli » et d’autres arrivés plus récemment.  Kadhafi avait autorisé la CIA et d’autres agences étasuniennes, en 2003, à opérer en Libye pour contrôler qu’il avait bien renoncé à son programme nucléaire militaire et transférer hors du pays des instruments et projets pour la bombe. Ces agences mêmes ont ensuite « renoué leurs liens avec les informateurs libyens », quand « il y a plusieurs semaines, le président Obama a secrètement autorisé la Cia à fournir des armes et autres formes de soutien au rebelles libyens ».

Les groupes de la Cia -qui opèrent en Libye dans le cadre d’une « force ombre » dont font partie des agents britanniques et autres, véritables « troupes terrestres ombre », en contradiction avec la Résolution 1973- ont deux tâches. Avant tout, « contacter les rebelles pour comprendre qui sont leurs leaders et groupes d’appartenance ». L’amiral James Stavridis, qui commande les forces étasuniennes et OTAN en Europe, a déclaré, dans une audition au Sénat, que des indices existent d’une présence Al Qaeda parmi les forces anti-Kadhafi. Il convient donc de fournir armes et entraînement aux groupes fiables, c’est-à-dire utiles aux intérêts des Etats-Unis et de leurs principaux alliés (France et Grande-Bretagne), à l’exclusion de ceux qui n’offrent pas de garanties suffisantes. La France s’est déjà déclarée disponible à fournir des armes et, pour l’entraînement, des forces spéciales britanniques sont déjà en Libye.

En même temps, les agents étasuniens et alliés ont la mission de fournir aux pilotes des bombardiers les coordonnées de objectifs à frapper, surtout dans les zones urbaines, qui sont signalés avec des pointeurs laser portables. Les données transmises par les agents sont alors intégrées à celles recueillies par les avions espions de divers types (Global Hawk, U-2, Jstars, Rc-135) qui depuis des semaines, avant les attaques aériennes et navales, ont survolé en continu la Libye pour repérer les objectifs. Particulièrement important le rôle des Global Hawk, les avions télécommandés qui décollent de Sigonella (Sicile), dont les informations sont transmises au centre de commandement. Celui-ci envoie les données à un avion Awacs, venant de Trapani (Sicile), qui les transmet aux pilotes des bombardiers. Prêts à partir aussi les Predator, les drones utilisés en Afghanistan et au Pakistan, armés de missiles. L’enquête du New York Times montre ainsi que les préparatifs de guerre avaient commencé bien avant l’explosion du conflit intérieur et avant l’attaque USA/OTAN, et que les opérations guerrières ne sont pas seulement ce qui apparaît aujourd’hui à nos yeux. On ne sait pas si l’Italie aussi (et la France, NDT) fait partie de la force ombre qui opère en Libye. Mais le président Obama, en exprimant au président Napolitano et au premier ministre Berlusconi sa profonde appréciation pour « l’appui résolu aux opérations de la coalition en Libye », reconnaît la « compétence » de l’Italie dans la région. Indubitable compétence, acquise depuis que les troupes italiennes, il y a un siècle, en 1911, débarquèrent à Tripoli.

Edition de vendredi 1er avril 2011 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/01-Aprile-2011/art35.php3

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


Manlio Dinucci est géographe et collaborateur au quotidien il manifesto.