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Rachid HALET. Membre de l’instance présidentielle du FFS

Le FFS semble se diriger vers le report de la la tenue de la conférence nationale du consensus (CNC). Pourquoi ?

Dès le départ nous avons proposé une date et en aucun cas elle n’a été fixée. A partir de là, nous sommes en train de réexaminer cette proposition de date, d’abord au vu de l’état d’avancement de notre préparation à la conférence du consensus national et aussi de l’intérêt et de la sympathie que continue de susciter  cette initiative. Les échanges et les rencontres se poursuivent, il faut quand même en tenir compte. Nous sommes attentifs au fait que certains de nos interlocuteurs politiques nous ont fait part de leur indisponibilité pour ces dates-là. Vu tous ces éléments, je crois que le report de la date ne peut pas être exclu.

Je voudrais souligner deux choses : quelques semaines ou quelques mois de délai, vu les ambitions affichées par cette conférence et les objectifs assignés, peuvent faire toute la différence entre le succès et la possibilité d’un échec. Nous n’avons jamais focalisé sur une date particulière ou sur un accord qui arriverait à une date particulière. Nous gardons notre marge et notre liberté de manœuvre. Je crois que, fondamentalement, le succès ou l’échec d’une telle conférence serait lié à toute la situation politique d’ensemble, au rapport de forces lié à tout ce qui bouge dans la société et éventuellement au sein des institutions.

Aujourd’hui, pensez-vous que la situation permet la tenue d’une telle conférence ?

La situation est marquée par l’incertitude et peut-être même par l’imprévisibilité ; cela a des conséquences sur la préparation et sur les discussions qui sont, il faut le dire, normales par rapport à la préparation de cette conférence avec l’ensemble de nos partenaires. C’est tout de même un grand projet. Je voudrais souligner que notre projet, tel qu’il a été élaboré lors du cinquième congrès, en mai 2013, ne se réduit pas à la tenue d’une conférence ou d’un accord entre quatre ou cinq partenaires ; il a une ambition beaucoup plus grande et c’est un choix justifié. J’estime que notre pays a besoin de transformations politiques, économiques et sociales fondamentales. Et cette conférence nationale de consensus est une étape dans l’approche globale de notre parti.

Le FFS présente son initiative comme un projet pour sauver à la fois le pays de la dérive et apporter un changement profond du système. Pourquoi  dit-on qu’il peine à convaincre ?

Ne tombons pas dans l’angélisme, nous restons convaincus de notre projet, de notre méthode, de notre politique, mais nous n’avons pas la naïveté de croire que tout ira d’une écriture automatique lors de cette conférence. Nous savons que la politique c’est des idées, des convictions mais aussi des intérêts et des ambitions. Le choc de ces intérêts et de ces ambitions explique en partie les choses.
Autre élément : il faut être conscient des réalités  politiques, économiques, sociales et culturelles actuelles. Il y a encore des partisans du statu quo. Force est de constater que le régime ou le système, au-delà des hommes, est quand même toujours là. Jusqu’à l’heure actuelle, malheureusement je dirais, que ce soient des événements nationaux ou des pressions internationales, rien n’a pu l’ébranler de façon durable et l’amener à composer.

Ceci étant, chaque jour est une nouvelle réalité politique. Et quand je dis cela, c’est interroger à la fois le contexte politique national mais aussi le contexte régional et international. Il y a des évènements qui se produisent et s’inscrivent dans la durée, qui nécessiteront à terme des décisions difficiles et exigeront des sacrifices. C’est à la fois la démocratie, la cohésion nationale, la stabilité nationale et la sécurité nationale qui mériteraient qu’on ne s’arrête pas au choc des intérêts et des ambitions.

Pensez-vous que le pouvoir en soit conscient ?

Je vous dirais que je suis assez ambivalent. On pourrait légitimement s’interroger et se dire comment un pouvoir qui prône une approche consensuelle pour nos voisins, que ce soit le Mali, la Libye ou la Tunisie, refuserait-il de s’inscrire avec toutes les forces politiques et sociales du pays dans une perspective de consensus national.

D’un autre côté, et là je voudrais une fois de plus entrer dans la notion de temps, il existe peut-être des difficultés à harmoniser les objectifs de court et de long termes, mais j’insiste en disant que le temps passe et que chaque jour qui passe nous rapproche de la crise. Je crois qu’on n’a pas assez évalué — nous en tant que politiques et même tout ce qui est élite — le revers de la médaille. Si demain, cette offre politique de consensus national venait à échouer, où irait l’Algérie ? Je crois que cela mériterait de s’y attarder.

Lors d’une conférence de presse, vous aviez parlé d’«adversaires du consensus». Qui sont-ils et en quoi le consensus dérange-t-il leurs intérêts ?

J’avais ajouté que c’est dans l’action qu’ils se dévoileraient. Je crois que travailler à la fois dans la société et dans les sphères politiques et civiles en faveur du consensus se traduit par des actes, des initiatives et des risques aussi. Les événements, les attitudes et les décisions ne manquent pas. Je vous cite par exemple le cas d’In Salah. On a bien vu qu’il y avait diversité des positions, des attitudes et des actions.
C’est là qu’on peut évaluer jusqu’à quel point l’engagement est sincère, jusqu’à quel point on se donne les moyens de mettre en œuvre ses engagements.

Nous sommes toujours dans notre travail de facilitateurs et je suis gêné de tomber dans des polémiques… Je rappelle tout de même qu’exhumer, en ce moment, des conflits anciens en matière d’histoire, instrumentaliser la religion, jouer à faire peur à la population ne reflète pas un engagement pour le consensus national. Il est important de faire évoluer les choses parce que le statu quo peut s’avérer mortel.
Réaffirmer l’envie de vivre ensemble, de se rassembler autour de valeurs patriotiques et de justice, je crois qu’il n’est jamais inutile de le faire.

C’est l’esprit de l’initiative du FFS ?

C’est ce à quoi nous appelons. Quelque part, on a prétendu que notre démarche n’est qu’un pur deal affiché ou masqué avec le pouvoir. On voit bien que les choses ne sont pas aussi simples. Je préfère ne pas m’attarder là dessus et dire que nous ne sommes ni désespérés, ni démoralisés, ni dans une situation d’isolement tel qu’on le dit. C’est tout à fait inexact, notamment au regard de ce que nous avons pu compter comme compréhension et sympathie à travers  notre mobilisation sur le terrain et même au niveau des forces politiques et sociales. J’ajouterais que pour l’instant, il n’y a pas eu de rupture, contrairement à l’idée répandue. Il y a encore des discussions et une rupture franche n’est qu’une vue de l’esprit. Aucune des forces politiques que nous avons vues récemment n’a parlé de rupture.

Qu’en est-il du FLN ?

C’est illustrer toute la complexité du dialogue entre partis. La première réunion avait, au moins au plan du principe, confirmé la participation du FLN, nous restons sur ce constat, d’ailleurs nous continuons à être en contact avec le FLN qui a délégué deux membres de sa direction pour continuer le dialogue avec le FFS. Et comme je l’ai dit au début, il faut quand même reconnaître que nous avons encore besoin de temps.

Le changement de position d’Amar Saadani a été concomitant à la décision du MSP d’entrer en dialogue avec le pouvoir. Pensez-vous qu’il existe un lien entre les deux positions ?

C’est difficile à affirmer, parce qu’il a aussi repris la parole pour dire que les positions étaient trop éloignées pour donner matière à rapprochement ou à discussion.De mon point de vue, il ne faut pas se renier, garder le contact avec ses propres militants et, en même temps, ne pas tomber dans les surenchères, fussent-elles démocratiques.Pour nous, cette première conférence a à la fois une fonction symbolique et une fonction politique.

La fonction symbolique se traduit par un message en direction de l’opinion nationale et internationale sur le désir de rassemblement patriotique du peuple algérien et sur le désir de réhabiliter le politique, de fonder de nouvelles relations entre partis politiques et d’instaurer aussi la confiance entre les différents partenaires.

La fonction politique était de dire que voilà, nous sommes tous autour de la même table, opposition politique, partis du pouvoir, forces de la société civile, personnalités…, assumons-nous et prenons nos responsabilités.
Nous avons essayé de profiler la conférence en la segmentant. Le premier but est d’arriver à tenir la conférence de consensus, les objectifs viendront après cette première rencontre. C’est là que les discussions s’engageront, que les négociations entre partis se feront et, à partir de là, chacun aura son rôle.

Certains reprochent au FFS de venir avec une feuille blanche…

Les objectifs généraux du dernier congrès du FFS sont connus, c’est la démocratie, c’est l’Etat de droit, c’est la diversification économique et le développement durable, c’est aussi l’équité sociale avec toutes ses déclinaisons. Le FFS a une feuille de route en tant que parti, mais dans cette initiative, nous sommes d’abord un facilitateur. C’est atypique comme organisation, la façon dont nous avons conçu la CNC.

Jusqu’au dernier moment, nous nous situons dans la retenue. Notre but n’est pas que le parti signe des accords bilatéraux, ça viendra peut-être après. Notre objectif est de mettre tous les acteurs autour d’une table et qu’il y ait des discussions sur tout. Personnellement, ma préférence serait qu’il y ait des communications libres, mais ça reste toujours à l’état de proposition.

C’est peut-être cela qu’il y a d’inhabituel ; on propose une date d’aucuns disent c’est la date de la conférence, on propose une définition collective, des points à l’ordre du jour et même du programme sur place, les gens butent. Donc je crois que la seule critique que j’admets est qu’on n’a pas assez discuté.

Donc le FFS prendra le temps qu’il faudra pour réunir tout le monde sans exclusive…

Bien sûr et c’est aussi valable pour toutes les forces, partis ou associations qui seraient à l’heure actuelle engagées dans d’autres initiatives, à charge d’évaluer ensemble ce qui pourrait faire consensus et espaces de consensus. Un seul préalable — même si je n’aime pas le mot préalable quand on parle de consensus — c’est de souscrire à l’Etat de droit et à un engagement moral pour éviter que la conférence ne dégénère en polémique.

Nous sommes décidés à poursuivre notre démarche, nous restons en contact avec toutes les forces politiques que nous avons contactées jusque-là. Nous essayerons éventuellement, dans les plus brefs délais, de constituer une espèce de groupe de contact, parce que nous voudrions que les propositions deviennent incontestables.

Si on regarde les expériences de transition démocratique dans des pays comme l’Amérique latine ou l’Espagne,  le rôle de l’armée a été  important. Pensez-vous que, dans le cas de l’Algérie, il soit important d’associer l’armée à l’œuvre de consensus ?

Au-delà de la forme ou de la nature que prendra cette préparation, ce qui est important de préciser — et c’est un espoir chez moi — c’est que dans leur évaluation, tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à cette institution se sont rendu compte que l’intervention de l’armée dans le domaine politique et même sur le terrain éventuellement n’est pas une garantie de stabilité durable. C’est un point particulièrement important.

Vous parliez de l’Amérique latine, on pourrait regarder peut-être un peu plus près de chez nous. Même si les conditions sont différentes, en Tunisie, l’armée n’a pas eu de rôle ; à l’inverse, en Egypte, l’armée est intervenue avec certaines conséquences. Et on voit où a abouti la dislocation d’une armée nationale en Libye.

Donc il s’agit d’intégrer toutes ces expériences et d’en tirer les conséquences. Je ne pense pas qu’il soit utile d’avoir une position immédiate sur cette question. Il est important de rester attentif à la situation d’ensemble qui influera et influencera l’attitude et l’action des différents acteurs. Non seulement sur la conférence nationale du consensus mais sur bien d’autres espaces, qu’ils soient de types institutionnel ou sociétal.

Vous comptez sur les forces du changement dans les institutions ? Elles existent ?

Nous avons toujours pensé que les forces du changement existent dans les institutions. La société algérienne, de façon générale, est un mélange d’homogénéité et d’hétérogénéité ; c’est un peu paradoxal, mais c’est ainsi que je le perçois.C’est une société complexe, qui a subi des différenciations parfois mal perçues ou perçues de façon graduelle. Donc  il n’y a pas de raison de rendre les choses plus complexes ni de désespérer de l’attitude des uns ou des autres.

L’espoir est-il permis que la volonté de changement l’emporte sur le statu quo ?

J’en suis profondément convaincu. Le consensus se fera sur cette nécessité de changement. Et j’espère que ce changement se fera sur le mode pacifique, sur le mode démocratique, même si je suis conscient que le changement  pacifique a ses limites aussi et on le voit, mais il vaut mieux qu’un changement violent, avec ses risques et ses dérives.

Nadjia Bouaricha

In elwatan.dz


Le nouveau consensus et la nouvelle société civile

Nous traversons une période de transition. Une période de transition démographique, sociale, économique et politique à l’issue incertaine. Certaines parties, pour des raisons différentes, refusent de la considérer comme telle. Les unes souhaitent tout simplement en masquer les opérations, les autres veulent les ouvrir à la société selon une mesure variable. La thèse que je soutiendrai ici est la suivante : on ne peut à mon sens dissocier la formation d’un consensus de l’émergence d’une élite. Aussi sera-t-il question dans cette transition de la capacité de la société à faire émerger les nouvelles élites qui pourraient diriger le pays et construire le consensus sur la base duquel elles pourraient gouverner. L’ancien consensus qui liait la « famille révolutionnaire » et la société, commence à se déliter en perdant sa base sociale et démographique en même temps que sa légitimité. Le nouveau consensus doit concerner la société civile et la société dans la mesure où il doit aboutir à la construction d’une activité sociale cohérente et équilibrée (1). L’on discutera du caractère implicite ou explicite que peut prendre une telle transition, large ou restreint que peut revêtir un tel consensus.

D’un consensus restreint à son élargissement

Une telle transition sera donc le lieu de luttes de pouvoir autour de la définition du mode de production et de répartition des richesses : comment vont se mettre au travail les différentes catégories sociales, quels droits auront-elles sur le produit de leur travail et les biens communs, quel usage pourront-elles en faire ? C’est dans de tels processus d’appropriation et de production de ressources qu’émergeront les nouvelles forces de la production, les nouvelles élites. Dans une situation caractérisée par une crise de la médiation et de la représentation politique et citoyenne, les autorités pourront répéter qu’elles n’ont pas d’autre choix que d’obtempérer à une politique qui vise à introniser le moindre mal en dégageant les nouvelles élites de l’argent pour prendre le relais du financement public des activités sociales et économiques. La crise de la médiation et de la représentation ayant entamé la capacité de la société à se projeter dans un nouvel état et à s’identifier dans une élite qui pourrait l’y conduire, le nouveau consensus auquel elle peut parvenir ne peut concerner qu’une partie de la société dont la légitimité ne pourra être confortée que par l’efficacité de son action (2). Il faut donc être très modeste.

Un consensus finira par s’imposer à la société, car consensus il doit y avoir, afin que la domination puisse recueillir un minimum d’obéissance. Il pourra être au départ étroit plutôt que large, implicite plutôt qu’explicite, relativement confus plutôt que clair mais au fil de l’exercice du pouvoir, il ne pourra que persister, s’étoffer ou s’amenuiser. Le consensus devra donc être en mesure de se développer. La légitimité démocratique ne pouvant pallier à celle révolutionnaire, la défiance minant le rapport entre les élites et la société, l’autorité devra être confortée par l’exercice du pouvoir (3). De consensus étroit, construit par des intérêts monopolistes dominants, conscients d’eux-mêmes et de leur pouvoir, il devra s’élargir pour intégrer des intérêts toujours plus larges, jusqu’à ce que l’ensemble des intérêts privés aient le pouvoir de se représenter, de s’identifier et de se réaliser dans des intérêts collectifs et des contrats nationaux réguliers. Alors et alors seulement, la légitimité de principe démocratique pourra se substituer à celle de principe révolutionnaire parce que pouvant être suivie d’une légitimité d’exercice qui ne la contestera pas. D’où l’importance de la qualité d’un tel « consensus réduit » au départ : à l’image d’une graine qui renferme le développement d’un arbre et de ses fruits, il doit contenir la formule de son développement étendu.

Pour atteindre le consensus le plus large possible, il aura été remédié à la crise de la médiation et de la représentation sociale et politique. L’identification de la société à son élite aura été réalisée. Il n’y a pas d’autres moyens de sortir la société de sa division, de sa dispersion. Il n’y a pas d’autres moyens de faire contrepoids pour encadrer les intérêts constitués et leur compétition. Il n’y a pas d’autres moyens pour créer une solidarité active entre les différents intérêts et mobiliser de manière intense et rigoureuse les ressources du pays. Un consensus large ne peut être atteint, sans la prise de conscience qu’il est nécessaire et possible d’agréger les demandes, de mutualiser les ressources et les efforts. Mais le consensus le plus large possible ne se donne pas au départ. Ce que nous pouvons avoir au départ c’est un consensus réduit que l’on pourra dire de base qui aura une propension à s’élargir ou à s’effilocher ; c’est la confiance d’une élite en elle-même qui aura tendance ou pas à gagner l’ensemble de la société. La persistance d’un consensus étroit et flottant, qui maintient la société dans l’infra-politique expose celle-ci et le pouvoir politique à une constante instabilité.

Une société civile étagée

Remédier à une telle crise, « entrer dans l’ère politique » aujourd’hui précisément, avec la nouvelle crise mondiale, ne sera pas une chose aisée. En même temps que les marchés concurrentiels se globalisent, se réduit la part du travail dans la production des richesses. Trop de monde est aujourd’hui en dessous des machines, trop peu à côté ou au-dessus. La prise citoyenne sur le cours des choses ne peut être immédiate comme y aspire le plus grand nombre. Dans un contexte technologique de transfert massif du savoir des hommes vers les machines, dans une conjoncture où une énergie fossile bon marché permet l’élargissement de l’usage des machines et où un tel usage aggrave la crise climatique et globalise la menace sur l’espèce humaine, la prise citoyenne ne peut être que complexe et médiate. Aussi la tentation d’un consensus étroit est elle puissante : à quoi bon avoir des associés inutiles ? Car la distance qui sépare une élite en mesure de porter et de défendre les intérêts de la société dans le monde, et la société, a été considérablement réduit mais reste appréciable. Car pour produire une légitimité d’exercice (efficience politique), il ne suffit pas d’une légitimité de principe (révolution ou élections), autrement dit d’une identification de la société à une élite, il faut de plus une élite en mesure de tenir ses promesses et donc de justifier a posteriori sa légitimité. Elle doit conserver la confiance sociale et ne pas la perdre. Dans le cours mondial actuel des choses, dans le sillage du monde occidental, où une part grandissante de l’humanité est vouée à l’irresponsabilité, il n’est pas aisé de tracer le chemin d’une activité volontaire efficace et efficiente. Dans un texte précédent, nous avons distingué un cours local d’un cours mondial, en m’appuyant sur la tripartition de l’économie selon Fernand Braudel. L’un exposé et l’autre soustrait à la compétition internationale. Il nous faudra distinguer deux niveaux de compétition et de représentation et une circulation entre les deux. Sur les deux niveaux, on assistera à une gradation de la prise citoyenne sur le cours des choses qui évoluera d’une nature immédiate à une nature de plus en plus médiate. De directe et simple, elle deviendra de plus en plus indirecte, médiatisée et multiple. Il faudra distinguer des élites avec des objectifs locaux et nationaux d’autres avec des objectifs nationaux et internationaux. Pour que les prises citoyennes puissent être effectives elles doivent être distinctes bien qu’ouvertes les une sur les autres. La maîtrise citoyenne sera sur l’ensemble du corps social ou ne sera pas. Pour être citoyenne, la mise à plat est nécessaire, la maîtrise doit être vérifiable et contestable.

Le militaire exposé, le social impliqué.

Ceci étant dit, quelle place pour le militaire dans un tel consensus ? Cette transition politique a-t-elle des chances de voir les militaires « refoulés » dans leurs casernes à la manière des pays démocratiques comme le réclament bien des opposants ? Autrement dit, au sein de la nouvelle élite quelle place pour celle militaire ? Quel rapport entre les sociétés civile et militaire ? Notre réponse défendue à maintes reprises est la suivante : tant que la base économique aujourd’hui en crise fera défaut, le politique ne pourra pas se séparer du militaire. Et le militaire déteindra sur le politique parce que la sécurité des biens et des personnes primera sur le bien-être matériel. La prise citoyenne sur le cours des choses dépendra donc de son rapport au militaire, à sa sécurité physique, elle sera d’abord une prise militaire ou ne sera pas(4). Dans le contexte africain de relative confusion du social et de l’économique, il faut donc interpréter le primat du politique sur le militaire comme une forte implication de la société dans la gestion de sa sécurité et non pas comme une dissociation du politique (de l’économique et donc) du militaire, à l’image du modèle européen. On ne peut commander à l’armée de l’extérieur quand on ne tient pas les cordons de sa bourse. Il faut faire du gouvernement par le peuple et pour le peuple (du politique) avec un social, un économique et un militaire construits de nouvelle manière, relativement aux sociétés européennes. Les sciences sociales européennes pourraient parler de ré-encastrement de l’économique et du sécuritaire dans le social. Comme je l’ai déjà soutenu ailleurs, la « démocratie » comme système ne peut donc émerger que d’une profonde réforme du secteur de la sécurité (justice, police et défense) qui implique la société et ne l’exclut pas. Quant à la nouvelle société civile, comme médiation de la prise citoyenne sur le monde, elle ne peut émerger que d’une différenciation cohérente et efficiente de la société dans le monde. Nous serions comme en présence de deux mouvements et de leur mise en cohérence : l’un procédant du monde vers la société, l’autre de la société vers le monde. L’un d’incorporation et d’échange des progrès du monde, l’autre d’innovation et de mise en cohérence sociales et territoriales.

Tant qu’il ne pourra y avoir une professionnalisation réelle du secteur de la sécurité (5), la sécurité ne pourra être l’affaire de corps particuliers autonomes et la sécurité, le marché et la société resteront sans autonomie réelle (6). La fonction militaire qui ne pourra pas dès lors s’effacer derrière la fonction économique (assurée par une minorité) et celle politique (assurée au nom de la majorité), apparaîtra à la pointe du travail social (7). Sa prééminence restera bien apparente et sa légitimité qu’elle ne pourra tenir de la seule extériorité professionnelle tiendra de sa capacité à déplier les autres fonctions. C’est pour cette raison que le consensus de base devrait définir précisément la grammaire d’une telle fonction de sorte qu’émerge une élite sociale en mesure de gouverner sur la base d’un large consensus.

Notes :

[1] Le discours politique avait coutume de parler de contrat social plutôt que de consensus. Ce n’est pas le lieu de s’étendre ici sur le sujet. On peut aussi apparenter la notion de consensus à celle d’hégémonie culturelle d’Antonio Gramsci. Tous deux requiert le consentement de la société à une certaine domination.

[2] La légitimité de principe est démocratique ou révolutionnaire ; elle est acquise au cours d’une guerre de libération ou d’un processus électoral. La légitimité d’exercice l’est par l’efficacité et l’efficience du politique, qui accroit la confiance sociale ou la défait. Sur ces deux notions de légitimités cf. Juan Linz dans Breakdown of Democratic Regimes ; sur le net voir Guy Hermet « Autoritarisme, démocratie et neutralité axiologique chez Juan Linz », Revue internationale de politique comparée 1/2006 (Vol. 13), p. 83-94.)

[3] C’est dans cette problématique de conservation de la légitimité (issue du principe révolutionnaire) par celle d’exercice que se comprend le point de vue qui nie la nécessité d’une période de transition. Car à la différence de la légitimité révolutionnaire, celle démocratique trop creuse à leurs yeux ne pourra compter ni sur une expérience de pouvoir, ni sur une réelle adhésion de la société.

[4] Une telle évidence devrait aujourd’hui s’imposer. La construction de la société est tributaire de sa prise sur le territoire et ses richesses et l’état de droit de son consentement à une monopolisation de la violence. Il faut que le militaire redevienne dans la société «comme un poisson dans l’eau » et non comme un appareil de capture parmi d’autres. C’est là une condition de l’efficience du politique et de l’émergence d’une société civile.

[5] C’est-à-dire un développement de l’économie de marché en mesure d’entretenir durablement l’efficience d’un tel secteur. En d’autres termes ce que nous avions désigné au plan de la structure sociale comme une séparation de l’économique et du politique (ou autonomisation de l’économique par rapport au politique), puis du politique et du militaire.

[6] La place de l’implication du travail civil dans le travail militaire ou policier est un bon indicateur de cette confusion entre le civil et le militaire.

[7] La prééminence du militaire est prépondérante dans la compétition internationale. Elle est simplement dissimulée ou exposée. Dans les sociétés industrielles, elle passe en arrière plan derrière les nouvelles institutions civiles. On a tort de ne pas voir que la compétition économique à son niveau monopolistique est militaire. Ce n’est pas simplement la géographie qui sert la guerre (Y. Lacoste), c’est la science tout entière. C’est à elle que sont réservées les innovations de pointe avant de se trouver civilisées par la production concurrentielle. Et c’est le secteur militaire qui les finance. Le capitalisme est d’abord un capitalisme d’Etat, et le capitalisme d’Etat d’une puissance industrielle et militaire, son complexe militaro-industriel. Ensuite, un Etat-nation est d’abord un état militaire (c’est pourquoi on parle de nation-Etat avec Juan LINZ pour séparer l’Etat de son bras armé). La monopolisation de la violence par le secteur de la sécurité dans un champ est la condition d’existence de l’état de droit dans ce champ.

Arezki DERGUINI
Bgayet le 02.02.2015


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Message de Hocine AIT AHMED aux Algériennes et aux Algériens

Le droit d’avoir des droits.

Les révolutions en cours en Tunisie et en Egypte, la magnifique leçon de courage, d’organisation et de détermination populaire qu’elles ont donné à voir au monde entier nous interpellent directement.
Les développements dramatiques que connait la légitime demande populaire de changement démocratique en Lybie ont révélé au monde les pics de sauvagerie dont sont capables des dictateurs fous n’ayant de compte, à rendre à personne. Et surtout pas à leurs peuples.
La crise algérienne s’inscrit naturellement dans le cadre des crises en cours. Pour autant, il n’est pas question de céder à une quelconque « contagion démocratique » dans l’explication et le traitement de chaque situation nationale.
Deux « constantes » émergent pourtant de l’ensemble des révolutions en cours dans la région : D’une part l’existence de régimes prédateurs, impopulaires et inaptes à porter la demande de liberté et de dignité de leurs populations. Et d’autre part une forte réaffirmation, par les peuples, du droit d’avoir des droits.
Les algériens, qui se sont de longue date inscrits dans le combat pour la démocratie et le changement de régime, ont pour cela payé un prix très lourd.
Si les mobilisations populaires tunisiennes et égyptiennes nous rappellent dans leurs prémices le »printemps démocratique » (89-91), le scandaleux bain de sang déclenché par El Gueddafi rappelle quant à lui la furie éradicatrice des années 90 qui a déchainé – à l’intérieur et à l’extérieur des institutions- des algériens contre d’autres algériens durant toute une décennie.
C’est pour que l’Algérie n’ait plus jamais à payer un tel prix pour la maitrise de son destin, qu’il incombe aux algériens, dans la diversité de leurs convictions et de leurs appartenances, d’indiquer clairement la voie de la construction politique en alternative à la voie de la confusion et de la violence.
Il est plus que jamais temps de mettre à nu les pratiques de dépolitisation et de désarmement moral propagées par les tenants de la violence.
Trop pressés de substituer leur agenda à celui de la société, ils ont voulu profiter de quelques confusions médiatiques soigneusement entretenues pour semer encore une fois le trouble.
A chaque fois que cela sera nécessaire il faudra apporter les clarifications indispensables à une véritable construction politique nationale, démocratique, populaire et pacifique.
Il serait grave d’oublier le lourd tribut payé par les algériens depuis des décennies. Grave de considérer ces années de terreur et de folie comme une « simple erreur de parcours » sur laquelle il faut pudiquement tourner la page. Croire cela possible c’est insulter autant l’humanité de ce peuple que son sens politique.
C’est sur un socle d’amnésies successives que les régimes autoritaires post- coloniaux ont bâti, en Afrique et dans les pays arabes, des légitimités factices. C’est sur ces amnésies que des générations de cliques arrogantes et prédatrices se sont arrogé le droit de cracher un révisionnisme insultant à l’égard de nations bafouées.
Le révisionnisme ne consiste pas seulement à nier les luttes populaires d’hier, il consiste également à refuser aux peuples de leur reconnaitre, aujourd’hui, les qualités de maturité, d’unité, de solidarité et de lucidité dont ils ont su être capables hier.
A trop vite oublier que les peuples ont une mémoire, que cette mémoire structure leurs adhésions et leurs rejets, les régimes finissent par perdre tout lien avec leurs sociétés.

Tous les peuples ont soif de liberté.
Tous les peuples ont soif d’égalité, de justice et de dignité.
Tous les peuples mènent des combats et les paient horriblement cher avant de les voir aboutir.

Il ya plus d’un siècle que les algériens ont entrepris leur longue marche vers la liberté et la dignité dans leur acception politique moderne. (La marche est ici entendue dans son sens de mise en mouvement d’une société engagée en profondeur et non pas un bref footing en ville)
Le rajeunissement nécessaire des élites, les nouvelles formes que prennent leurs luttes, l’extension du champ de leurs revendications, qui secoue le vieux fonds classique des combats de leurs aînés, ne doit pas servir à l’odieux dessein de couper les générations en tranches jetables. Le combat pour l’indépendance nationale et le combat pour la démocratie sont indissociables. Ceux qui ont cru que l’une pouvait faire l’économie de l’autre ont fait la preuve de leur échec.
Cette marche sans cesse contrariée vers la liberté s’inscrit dans les combats des peuples du monde pour la conquête de leur souveraineté et de leurs droits. Elle ne relève ni d’une spécificité religieuse ni d’un particularisme régional.
Elle procède d’un élan démocratique pour l’auto détermination collective et individuelle.
D’abord dans le cadre des luttes de libération nationale. Ensuite contre des régimes despotiques et corrompus.
Les luttes anti- coloniales ont abouti à des libérations inachevées. La liberté conquise de haute lutte par les peuples ne s’est pas inscrite dans des Etats, des institutions et des textes capables de les mettre à l’abri des forces hostiles à l’émancipation des peuples, des sociétés et des individus.
C’est la part confisquée de démocratie, de liberté, de souveraineté, de citoyenneté, de justice et d’égalité devant la loi dans la construction d’un véritable Etat de droit qui a troublé les lendemains des indépendances.
Et c’est cette part de liberté confisquée qui revient périodiquement, portée par de nouvelles générations, pour affirmer, haut et fort, que sans liberté des individus et des peuples il n’ya ni indépendance ni souveraineté nationale, ni développement économique, politique et social.
Cinquante ans après la proclamation de l’indépendance nationale, nous voici face aux mêmes absences : Absence d’un Etat de droit, absence de vie politique, absence de constitution digne de ce nom, absence d’institutions légitimes capables de protéger le peuple autant que le pays des abus et d’assurer son droit à vivre dans la liberté et la dignité.
A peine l’indépendance proclamée par le peuple algérien et reconnue par la puissance coloniale ; un régime oppressif n’a ni tergiversé ni hésité avant de confisquer cette indépendance en enterrant les rêves démocratiques, les droits et la liberté.
On ne peut pour autant mettre sur un même plan la détresse et les souffrances des algériennes et des algériens dépouillés au lendemain d’une liberté chèrement acquise et les imposteurs qui ont confisqué leur droit à l’autodétermination.
Ceux qui ont crié sebaa snin barakat ! en 1962 avaient raison d’exprimer leur lassitude, leur trop plein de souffrance et de sang, leur rejet des divisions, leur crainte des guerres de factions.

Mais ils avaient politiquement tort.
Tort de croire que les divergences politiques de fond se règlent par des embrassades.
Tort de croire que les promesses d’unité et de fidélité aux principes de la révolution peuvent se suffire de discours.
Tort de croire qu’une constitution n’est qu’une formalité sans conséquence.
Tort de croire que l’indépendance d’une nation et la souveraineté d’un peuple peuvent se suffire d‘une page sanglante vite tournée.

Mais ils avaient raison mille fois raison d’affirmer haut et fort que ce peuple a trop payé de son sang !
Des décennies plus tard, il est non seulement impératif de rappeler que le sang des algériens n’a que trop coulé, mais il est aussi impératif de rappeler que c’est aux institutions politiques qu’il appartient de veiller à ce que le recours à la violence ne soit plus la seule option laissée aux algériens.

Cela s’appelle le droit d’avoir des droits. Et cela s’adresse à tous.

Ici, il faut souligner les convergences de vues qui existent entre ceux qui ont choisi la voie de l’exclusion, à l’intérieur comme à l’extérieur des institutions.

Ni Etat intégriste ni Etat policier.
Le malheur de l’Algérie n’aurait pas été si sanglant, ni son désarroi si profond, si le choix de l’exclusion et de la violence n’avait été le fait que du pouvoir. Il se trouve que des courants au sein de la société se sont construits exclusivement sur l’apologie de l’exclusion et de la violence. Quel que soit le lourd soupçon de manipulation par le pouvoir réel qui pèse sur ces courants, il n’en demeure pas moins qu’une clarification de leur part demeure indispensable pour signifier clairement un saut qualitatif dans la formulation du sacré en politique.
Ce qui est sacré, ce n’est plus seulement le sang déjà versé, c’est aussi la construction d’un système politique qui rende sacrée la préservation du sang des algériens. Et cela ne sera possible que dans le cadre d’un Etat de droit, construit précisément par les gens pour respecter et faire respecter le droit des gens.
Il serait léger de croire qu’il suffirait de dissoudre des institutions ou des partis pour que sortent de leurs décombres d’autres institutions et d’autres partis tous prêts pour un usage démocratique.
Tort surtout de croire que l’union est dans le reflux du politique au profit du fusionnel. Les unions sacrées et les faux consensus ne donnent que de fausses solutions).
A chaque moment-clé de notre histoire nous avons été mis en demeure de choisir entre les instruments du politique et les illusions politiques. A chaque fois nous avons dit non aux illusions et avons mis en avant les instruments du politique.
Un Etat de droit, des institutions fortes de leur légitimité, une justice indépendante, des contre – pouvoirs efficaces, une vie politique démocratique réglée par un contrat national, social et politique qui garantisse les libertés individuelles et collectives au même titre qu’il se porte garant de la justice sociale.
Le droit à la sécurité, au travail, au logement, à une scolarité de qualité, à une santé de qualité, à une justice de qualité, à un environnement de qualité, à une vie culturelle de qualité sont des questions qui intéressent tout le peuple.
Et par ce que ces questions intéressent tout le monde, elles mettent en jeux des intérêts contradictoires.

Comment gérer ces contradictions ?
La révolte d’octobre 88 a porté ces questions à travers l’irruption de la jeunesse dans la rue. Le pouvoir a riposté avec sa violence habituelle en semant la mort et en recourant à la torture.
Les réformes politiques et économiques initiées de l’intérieur du régime, combattues avec violence à l’intérieur et à l’extérieur du régime n’ont pas permis d’éviter la guerre.
20 ans de violences, d’errements sécuritaires, politiques et économiques ; preuve est faite, que le primat du droit peut seul permettre une gestion pacifique de conflits d’intérêts contradictoires.
Nous croyons, pour notre part, que les contradictions se gèrent par la construction d’un rapport de force politique, basé sur les discussions, la négociation pacifique, l’arbitrage, et non réductible par la manipulation, la ruse et la violence.
Nous sommes, aujourd’hui encore, loin d’avoir remporté la bataille de la construction démocratique de la Nation et de l’Etat Algériens. Mais nous n’avons jamais été aussi proches d’en voir les prémisses, portés par des pans entiers de la société. Pour accélérer ce processus, certaines vérités doivent être dîtes.
Ce n’est pas seulement la peur qui se dresse devant la conquête du droit d’avoir des droits.
Casser le mur de la peur, cela n’est pas nouveau :
C’est ce qu’ont fait tout au long de ces années de braise et de sang tous ceux qui se sont levés pour dénoncer la dictature autant que le terrorisme.
Oser clamer haut et fort, en 1992, Ni Etat policier, Ni Etat intégriste, les militants du FFS et tous ceux qui se sont retrouvés à leurs cotés l’ont fait ; c’était autrement plus courageux et lucide de le faire à cette époque que ça ne l’est aujourd’hui, que la jonction des deux options se sont réalisés dans le régime politique en vigueur. Ces deux options sont aujourd’hui discréditées auprès de l’ensemble de la société algérienne.

Casser le mur de la peur :
C’est ce qu’ont fait les familles de disparus depuis des années en bravant la répression et les interdits.
C’est ce qu’ont fait les avocats qui les ont soutenues et aidé à porter leur combat dans toutes les arènes nationales et internationales.
C’est ce qu’ont fait les familles de victimes du terrorisme.
C’est ce qu’ont fait les jeunes de Kabylie en 2001.
C’est ce qu’ont fait les jeunes de Ghardaïa
C’est ce qu’ont fait les jeunes d’Ouargla
C’est ce qu’ont fait les jeunes des Aurès
C’est ce qu’ont fait les jeunes de l’Oranie
C‘est ce qu’ont les jeunes de Constantine.
C’est ce qu’ont fait les femmes de Hassi Messaoud traquées et violentées qui ont osé défier la loi de l’omerta.
C’est ce qu’ont fait les syndicats autonomes qui ont osé construire des rapports de forces en faveur des travailleurs depuis des années.
C’est ce qu’ont fait certaines associations… Et tous ces quartiers d’Algérie rendus furieux par la l’exclusion et la hogra…Et ces bataillons de Harragas…
Et même si cela n’a pas fait tomber le régime cela à participé à mettre en évidence ses tares et ses faillites.

Pour l’autodétermination du peuple algérien.
Il manque pourtant à toutes ces résistances à l’injustice, à la violence et à l’oppression un ancrage social plus large.
Il leur manque l’aide et le soutien de médias libres et crédibles.
Il leur manque de se voir et de savoir ce qui les lie et ce qui les sépare et comment ne pas tomber dans les pièges de la division, de la dispersion et de la diversion…
Mais pour autant il serait vain de se mentir et de ne pas voir que le mur de la peur a été remplacé et aggravé au plus profond de la société par un mur de lassitude et de dégoût devant la vénalité et la vassalité des fausses élites imposées à l’ombre de la terreur, de la mafia politico-financière, des élections truquées, des médias sous haute surveillance.
Certes, la proximité des révolutions tunisienne et égyptienne donne un coup d’accélérateur à l’Histoire.
Certes, le contexte international du 21ème siècle ne peut plus se suffire des dictatures impopulaires et corrompues du siècle précédent.
Certes, une époque s’achève avec ses références et ses outils de domination. Une autre est en train d’émerger avec de nouveaux acteurs, de nouvelles générations et de nouvelles méthodes de lutte.
Et, plus que jamais auparavant, la libre auto- détermination des peuples est partout à l’ordre du jour.
C’est pour l’empêcher que des solutions illusoires sont montrées par les mêmes vieilles officines qui ont fait le malheur de ce pays. Des solutions qui mettent de nouveau de côté la mobilisation de la société et son organisation pacifique.
Il est des circonstances de l’histoire où il suffit d’un bulletin de vote pour exprimer l’auto-détermination d’un peuple.
C’est le cas pour mettre un terme à une guerre d’indépendance. Mais pour mettre fin à une guerre de décomposition sociale, l’autodétermination du peuple s’exprime par une large mobilisation de toutes les composantes de la société à l’intérieur de tous les cadres qui sont à sa portée.
Du collectif de quartier au mouvement syndical, de l’association écologique au mouvement d’étudiants et du mouvement des femmes pour leurs droits à celui des lycéens, des chômeurs, de l’organisation autonome des cadres, des intellectuels, des universitaires à l’organisation sérieuse des entrepreneurs et de toutes les corporations.
Pour que la vie des partis politiques ne soit pas qu’une lutte perpétuelle pour le positionnement interne.
Pour que la vie politique nationale ne soit pas mise en hibernation entre deux élections.
Pour que les militants des partis politiques ne soient pas pris en otage par des appareils qui se compromettent à négocier des privilèges indus.
Et pour que le pays ne soit pas en permanence mis en demeure de choisir entre la peste de la guerre civile et le choléra de la dictature politique ou religieuse.
L’autodétermination du peuple doit pouvoir s’inscrire en chaque chose petite et grande de la cité.
Pour que la politique redevienne un acte non coupé de la pratique citoyenne effective. Pour que chaque algérien apporte et assume sa part dans la construction et la sauvegarde de son pays. Une part qui ne peut se résumer au soutien apporté à une équipe de foot- ball ou à un drapeau accroché à un balcon.
Avec le déclenchement d’une dynamique de débat national qui porte sur les préoccupations quotidiennes des citoyens
Avec l’éclairage des intellectuels, des universitaires et des experts engagés auprès de leur société sur la base des préoccupations et des souffrances vécues par cette même société.
Avec la force de conviction et d’engagement des citoyens et des militants, et avec le retour de la confiance en soi et entre soi, le lien social et le lien politique seront de nouveau tissés.

Pour une assemblée constituante.

C’est seulement au terme d’une remobilisation citoyenne et politique des algériens que nous pourrons aborder l’ensemble du processus électoral devant aboutir à une refondation institutionnelle, qui remette les droits des citoyens, leur sécurité et leur développement ainsi que ceux du pays au cœur d’une constitution digne de ce nom, par ce que enfin issue d’une assemblée constituante librement élue par des algériens libres.
Ceux qui participeront à l’élaboration de ce processus seront les premiers algériens véritablement libres, et ceux qui seront partis avant, ne se seront pas battus pour rien.

Hocine .AIT AHMED

consensus1Les réactions allant de la simple critique à la désapprobation nette suite à la rencontre du Front des forces socialistes (FFS) avec les dirigeants du parti du Front de libération nationale (FLN) n’ont pas tardé à se manifester et promettent même de s’intensifier dans les jours à venir, à mesure que le plus vieux parti de l’opposition fera preuve de détermination à poursuivre sa stratégie de réalisation d’un « consensus national » pour faire face à la crise politique qui menace le pays.

Si nombre de sympathisants du FFS s’inquiètent de voir le capital crédit du parti s’en ressentir dans la société et au sein de la classe politique suite à cette démarche ressemblant à une incongruité, qui brouille jusqu’à son message politique traditionnellement articulé autour de l’idée de « dissidence citoyenne » et d’un positionnement souvent loin des centres du pouvoir,  d’autres, à l’instar de Sofiane Djilali, membre de La Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique (CNLTD), n’est pas allé par le dos de la cuillère pour asséner tout haut ce que les détracteurs du FFS pensent tout bas: « nous, on essaie d’aider le pouvoir à s’en aller et le FFS essaie de l’aider à rester ! ». Et le tonitruant chef du parti Jil Jadid (Nouvelle Génération) de conclure que l’initiative du FFS, en plus d’être « immorale », est un « alibi » pour rejoindre le gouvernement en place et à « décréter » sans aucune forme de procès l’excommunication du FFS de la « gentille famille des opposants .

Ces réactions, allant de l’étonnement à la virulence affichée par les uns et les autres à l’endroit de l’initiative du FFS, montrent que les acteurs politiques ont de la peine à analyser la conjoncture politique et du coup comprendre la stratégie du FFS, qui de son côté a besoin d’approfondir la réflexion autour de celle-ci pour ne pas laisser la porte ouverte ni aux spéculations ni encore moins à la suspicion. En effet, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts avec les déboires du « Printemps arabe » qui  ont fini par consacrer la conviction, au niveau du FFS et chez de larges secteurs de la société, que le changement démocratique ne peut advenir dans les termes qui ont été consacrés comme révolutionnaires et entamés avec la chute en Tunisie  du régime autoritaire de Zine el-Abidine Ben Ali en janvier 2011, à savoir par une insurrection populaire et frontale. Cette voie a largement montré ses limites et l’on se rend compte que le remède est pire que le mal.

Pour une raison simple, qu’à la veille du déclenchement du « Printemps arabe », l’on a pas pris la mesure du poids des forces de la contre-révolution façonnées par la mondialisation libérale et des courants de l’Islam politique dominant à s’emparer des mots d’ordre démocratiques pour les vider de leurs sens. Le sentiment dominant à la veille des ces « révolutions » est que les islamistes « ont beaucoup évolué », pour reprendre les termes d’une déclaration de Said Sadi dont le parti est membre de la CNTLD, signifiant par là qu’ils sont solubles dans la démocratie. Le travail de propagande mené par la confrérie des Frères musulmans pour améliorer son image avait porté ses fruits en se replaçant dans le jeu démocratique comme un partenaires fréquentable sans même  jamais se démarquer des organisations les plus radicales comme Al-Qaeda et renoncer à aucun de leur mot d’ordre et en particulier celui d’établir le Califat ou l’Etat islamique qui, au-delà de sa législation rétrograde et surannée, est la négation même de l’Etat-nation né des luttes de libération nationale.
Le FFS et les démocrates conséquents ne peuvent que tirer les conséquences politiques de cet état de fait, à savoir que la pensée islamiste dominante et les modèles qui ont émergé de ses entrailles sur la scène aussi bien nationale que régionale, tels les partis dits salafistes et les Frères musulmans ne peuvent pas être des partenaires sincères et crédibles dans un processus de transformation démocratique. Pire encore, de plus en plus, les islamistes apparaissent aux yeux de larges secteurs de l’opinion, à travers les expériences en cours en Egypte, en Libye, au Yémen en Syrie et même en Tunisie, qu’ils sont les outils de la contre-révolution et les exécutants d’agendas étrangers qui ne visent en définitive que la destruction des Etats nationaux et de leurs armées au seul profit des forces qui portent la mondialisation libérales à leur têtes l’impérialisme anglo-saxon, le sionisme et les vassaux dans la région.

Ces dernières s’appuient partout sur les forces de la régression islamistes soient légales, semi-légales, voire clandestines, ainsi que sur les mouvements séparatistes, les forces de l’argent liées au capital international pour affaiblir les régimes en place et les pays qui montrent la moindre velléité de se soustraire aux injonctions extérieures. L’Algérie n’échappe pas à ces pressions et pourrait être la prochaine cible des plans visant à transformer la région en champ de dévastation et de guerres sans fin. Et ce n’est pas une surprise si le FFS, qui œuvre à la mise en place d un nouveau consensus national, comme celui qui a prévalu lors de la période de la Guerre de libération nationale, soit traîné dans la boue. Le FLN lui aussi subit des attaques en règle qu’il n’est pas difficile de comprendre que ce qui est en cause n’est pas la gestion calamiteuse du parti du FLN, mais l’œuvre du FLN historique. La patronne du Parti des travailleurs,Louisa Hanoune, n’échappe pas elle aussi à cette campagne ciblée juste pour avoir appelé au « renforcement du front interne ».

Que le FFS réoriente sa stratégie politique à la lumière de ces réalités nouvelles n’est pas surprenant. Hocine Aït Ahmed a donné le ton de cette nouvelle stratégie, dans sa lettre  aux congressistes du parti réunis à Zeralda le 23 mai 2013, pour qui  « patriotisme et démocratie sont inséparables ». Dans son message, Hocine Aït Ahmed, écrit en outre: « durant ces cinquante années de lutte, le FFS a d’abord dû lutter pour empêcher qu’on piétine la démocratie au nom du patriotisme pour ensuite se battre pour empêcher qu’on piétine le patriotisme au nom de la démocratie. » Et le constat est sans ambages pour le dernier survivant des dirigeants de la Guerre de libération nationale : « L’actuel désordre mondial joue sans scrupule de tous ces éléments [extrémisme religieux, séparatisme, castes prédatrices et autoritarisme, ndr] pour asservir et dépouiller les peuples. »

Alors que l’Algérie est à un moment charnière de son existence, le pari du FFS de « mettre du mouvement dans le statu-quo »,  sous la forme d’une re-construction du consensus national ne peut que représenter une alternative salutaire face aux menaces et dangers qui guettent le pays. Ce pari peut effectivement avoir un sens, si au-delà des partis et des personnalités à l’image des membres de la CNTLD, qui demeurent arqueboutés dans de vieux schémas de pensée,  le FFS réussit à mobiliser toutes les forces politiques et sociales autour du seul axe stratégique, celui de la résistance face aux assauts de la mondialisation destructrice et aux agressions de plus en plus violentes de ces bénéficiaires et autour d’un grand projet patriotique, démocratique et social qui a pour objectif ultime la consécration véritable de l’indépendance nationale.

La clarté du débat et son inscription dans la situation concrète du pays, ainsi que des défis auxquels il devra faire face contribueront sans le moindre doute à l’accélération de la décantation politique et l’évacuation des questions liées aux personnes, comme celle caricaturale de la mise en œuvre de l’article 88 de la constitution revendiquée par la CNTLD, Barakat et l’ex-candidat à la présidence Ali Benflis,  afin d’aller vers une « transition démocratique ». Une transition pour le moins vaporeuse si ce n’est mortelle pour le pays au regard des contradictions insurmontables que charrie cet attelage fomenté de bric et de broc derrière cette exigence. C’est pourquoi, cette clarification synonyme d’approfondissement des contenus et des convergences est la seule à même de faciliter le plus rapidement la mise en route de ce nouveau consensus national, les modalités et le calendrier de sa réalisation, « sous la garantie de l’armée »,  comme le préconise Mouloud Hamrouche.

Par Ahmed Kaci
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Dans une déclaration rendue publique samedi 25 octobre, l’ancien Chef du gouvernement algérien souligne qu’au regard de la « dimension de la crise » dans le pays, toute « initiative est louable et aucune contribution n’est récusable ».

Vivement attaquée par des membres de la Coordination nationale pour les libertés démocratiques et la transition (CNLTD), la démarche du FFS en vue de réunir une « conférence nationale » pour le consensus a reçu un soutien appuyé de l’ancien Chef du gouvernement réformateur, Mouloud Hamrouche.

L’ancien chef de file des réformateurs, entouré de Mohamed Gherib, ancien ministre du Travail et du professeur Farid Chaoui, a rencontré, jeudi dernier, une délégation du FFS composée de Cherifi Mohand Amokrane et Aziz Baloul, membres de l’Instance présidentielle, et Mohamed Nebbou, premier secrétaire du parti.

Dans une déclaration rendue publique samedi 25 octobre, Mouloud Hamrouche souligne qu’au regard de la « dimension de la crise » dans le pays, toute « initiative est louable et aucune contribution n’est récusable »

La déclaration de Mouloud Hamrouche, sans mentionner directement la déclaration de la CNLTD qui a assimilé la démarche du FFS à une « manœuvre du pouvoir », met en exergue une réalité nationale particulièrement sombre qui oblige à aller vers un « consensus national nouveau » pour chercher et élaborer une « solution globale ».

 Un consensus national entre le pouvoir et l’opposition, « garanti » par l’armée

Mouloud Hamrouche insiste sur une situation de fragilité généralisée qui doit pousser les Algériens à avoir des approches nouvelles et consensuelles avec la participation du pouvoir, de l’opposition et la « garantie » de l’armée.

Ces fragilités s’expriment à travers « l’érosion de la cohésion nationale et la faiblesse de nos structures politiques, économiques, sociales, administratives et gouvernementales ». Une situation alarmante qui oblige, selon Mouloud Hamrouche, « à la mobilisation et à la contribution de tous en faveur en vue d’aboutir à un consensus national nouveau pour chercher et élaborer une solution globale aux différents déficits et faiblesses « .

Il s’agit, ajoute la déclaration d’exprimer une « volonté nationale claire, pour pouvoir édifier un Etat national de droit et pour vaincre de multiples formes de déstabilisations, de terrorismes et de délinquances ».

Pour faire aboutir ce processus, aussi urgent que difficile au regard des constats faits sur l’état des structures du pays, insiste Mouloud Hamrouche « la participation du pouvoir, de l’opposition et la garantie de l’Armée nationale populaire sont indispensables ».

L’ancien chef du gouvernement a commencé sa déclaration par un « hommage appuyé » à Hocine Aït Ahmed et a salué le « rôle de premier plan » joué par le FFS « dans l’animation du débat politique et la mise en perspective démocratique du pays ».

La déclaration de Mouloud Hamrouche intervient au lendemain d’un communiqué de la CNLTD qui critique, sans la citer nommément la démarche du FFS et la qualifie de « manœuvre » du pouvoir. Des membres de la CNLTD ont attaqué de manière directe le FFS qui a décidé, selon nos sources, de ne pas entrer dans une « polémique stérile ».


FFS

 Le Conseil National a pris connaissance des modèles internationaux de consensus, en a tiré les leçons et, instruit par son expérience d’un demi siècle d’action politique, a conclu à la nécessité de réunir les meilleures conditions pour la tenue de la Conférence Nationale du Consensus et d’adopter un mode opératoire inclusif, participatif et transparent pour l’organisation de cette Conférence.

Les leçons à retenir

Il ressort de ces modèles des caractéristiques similaires, pouvant servir de référence pour la réalisation d’un consensus national pour un changement démocratique du système de gouvernance politique, économique, social, culturel et environnemental, notamment

  • La volonté politique du pouvoir,

Aucun processus de dialogue entre le pouvoir, l’opposition et la société civile n’a pu aboutir à un consensus national sans la volonté politique des régimes en place.

  • Le cadre du dialogue

Le cadre privilégié doit être inclusif, neutre, transparent et sans préalable. Les participants ont un statut identique, qu’ils soient du pouvoir, de l’opposition ou de la société civile.

  • L’organisation en commun de la conférence

Pour éviter un échec, l’élaboration du programme doit être un travail commun des parties prenantes de la conférence.

  • Le rôle de l’organisateur

Son rôle est celui de facilitateur. A ce titre, il doit:

–          avant la conférence, consulter les acteurs politiques et ceux de la société civile pour convenir notamment des objectifs et du programme de cette conférence.

–          pendant la conférence, modérer les débats

–          après la conférence, assurer le suivi des recommandations

  • La recherche d’un dénominateur commun

Pour arriver au consensus, il n’y a pas de chemins différents, ni de formules miraculeuses. Les différents acteurs disposés au consensus devront se préparer à céder, à renoncer à l’obtention du cent pour cent de leurs positions respectives, en cherchant un accord a minima possible. Dans le cas contraire, l’entente sera difficilement réalisable. Ceux qui arrivent à la table de négociation en exigeant le tout ou rien ont peu de chance de parvenir à leurs fins.

  • La progressivité et la persévérance dans la démarche

Une autre leçon à retenir des modèles de consensus est d’avancer à petit pas. Qui veut d’embler le tout risque de ne rien obtenir. C’est le cas le plus souvent. Il arrive ainsi que des acteurs s’excluent d’eux-mêmes de ces processus à cause de surenchères internes ou de calculs politiciens à court terme. Mais ceci n’empêche pas d’aboutir à un large consensus car le consensus national ne signifie pas unanimisme.

Le consensus ne s’obtient pas instantanément et ne dure pas indéfiniment. Des efforts de conciliation, avant, pendant et après sont nécessaires pour garantir le succès de tels processus.

  • Autres considérations

-Le consensus ne signifie ni la perte d’autonomie des acteurs, ni la fin de la compétition politique encore moins l’abandon de toute opposition.

– Là où les consensus ont pu se réaliser, la maturité politique des leaders a joué un rôle déterminant.

Dans le cas de l’Algérie

Le Conseil National tient à souligner que le Consensus National que le FFS veut contribuer à instaurer ne se substitue pas et ne constitue en aucun cas une démarche similaire aux autres initiatives.

Pour la simple raison que ces initiatives sont toutes construites unilatéralement, d’un côté ceux qui rejettent le système et de l’autre le pouvoir faisant peu de cas de ces derniers, alors que le Consensus National tel que recommandé par le 5ème Congrès du Parti est inclusif de tous les acteurs, du pouvoir et de l’opposition ainsi que de la société civile.

Ce Consensus National n’est pas défini à l’avance par l’un ou l’autre de ces acteurs, à travers une plateforme ou un programme, mais sera construit par l’ensemble des parties, dans un cadre neutre transparent permettant à chaque acteur, du système et de l’opposition, d’avancer ses propositions pour une meilleure gouvernance du pays sur le plan politique, économique, social, culturel et environnemental.

La Conférence du Consensus National offre ainsi le cadre approprié à ces acteurs pour présenter leurs propositions respectives et découvrir à cette occasion de possibles convergences et un large consensus sur des questions d’intérêt national.

Le Conseil National ne sous estime pas les difficultés de mise en-œuvre

La recherche d’un consensus dans le contexte politique national est une tâche complexe et risquée car sujette à critique par tous ceux qui pourraient y voir une menace pour leur position respective au sein du pouvoir ou dans l’opposition.

C’est la raison pour laquelle des précautions s’imposent surtout que c’est une première dans les annales politiques qu’un parti d’opposition lance une initiative pour la construction d’un Consensus National alors que de tous temps et en tout lieu une telle approche restait du ressort des gouvernements qui l’utilisaient pour élargir leur base de pouvoir.

Notre participation à la  conférence de la CLTD comme aux consultations sur la révision de la constitution initiée par le pouvoir vise à montrer l’intérêt que nous portons aux positions des uns et des autres ainsi que notre capacité unique à parler à tous, en toute confiance et sans préjugés, et de ce fait à même de les concilier dans le cadre de la reconstruction d’un consensus nationale en facilitant les échanges et la médiation entre tous.

En même temps, il faut bien admettre qu’il y a des incertitudes liées à la conjoncture politique nationale qui ne permettent pas d’identifier, le ou les acteurs au sein du régime en mesure d’engager le système dans la reconstruction du Consensus National et que les conditions ne sont donc pas encore réunies pour pronostiquer le succès de cette initiative.

Pour l’ensemble de ces considérations, Le Conseil National recommande :

-d’avancer dans la préparation de la conférence tout en restant vigilant face aux forces qui tenteraient d’entraver notre démarche.

-d’engager tous les acteurs dans toutes les étapes de ce processus, sans exclusive, afin que la conférence soit celle de tous les acteurs rassemblés et non celle du FFS. La réussite de cette conférence sera ainsi l’affaire de tous.

-d’organiser la conférence en deux phases : évaluer les divergences et les convergences lors de la 1ère phase avant d’engager la 2ème phase qui ne se tiendrait que si les conditions de consensus sont réunies.

-de continuer à promouvoir le consensus national, qui place le Parti au cœur du jeu politique et faire de lui un acteur incontournable de toute alternative démocratique.

– de poursuivre notre combat politique d’opposant au service de la population, car la recherche d’un consensus national n’implique pas l’arrêt de nos revendications pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des citoyens et n’empêche pas d’interpeller le pouvoir chaque fois qu’il y‘a violation des libertés individuelles et collectives.

-d’inscrire comme perspective à engager dès à présent de traduire sur le terrain le consensus projeté en implantant les structures du parti au plus proche des populations sur tout le territoire national.

Le Conseil National 


brahim tazaghart

Le FFS et (est) la solution à la crise nationale

De la matrice de l’opposition démocratique, le FFS dévoile de plus en plus son ambitionne de vouloir devenir la matrice de la solution à la crise nationale. Cette ambition est toute naturelle, considérant son prestige et son capital politique inestimable.

Surement, l’exercice de se positionner comme tel et de réussir à entraîner dans son élan l’ensemble de la classe politique est périlleux, tant les oppositions qu’elles soient de l’ordre du politique que de l’ordre du culturelle sont fortes.

Les oppositions politiques se structurent autour du refus du pouvoir en place et des segments du pouvoir qui se sont retrouvés exclus de la décision institutionnelle de considérer les partis politiques comme des entités capables de construire le processus de prise et d’exercice du pouvoir.

Les partis sont plus admis comme des associations qui cautionnent telle ou telle autre démarche, sans plus.

Les oppositions culturelles, quant à elles, s’expriment aussi bien par l’incapacité à saisir la démarche du FFS que par le refus délibéré de le faire, sous prétexte de sa complexité ! A croire que le propre du politique est le simplisme… ! Cela qui n’est pas étonnant lorsqu’on observe le populisme dominer le champ du politique et des idées.

A ce sujet, souhaitons que les choses vont évoluer rapidement, que le débat s’installe sérieusement avec l’ouverture médiatique que tout le monde attend. En effet, si les médias publics sont appelés à donner la parole pour tous, les médias privés ont tout à gagner à informer sans prétention de dicter les conduites à suivre !

Embargo médiatique

Ces oppositions multiples et multiformes expliquent, en partie, l’embargo médiatique dont est victime le parti de Hocine Ait Ahmed, -à l’exception des rares moments ou ses positions croisent conjoncturellement celles des forces qui mettent en place les options lourdes qu’on désire imposer-

Devant ces oppositions toutes prévisibles à l’émergence d’une classe politique autonome et d’une scène animée par des idées novatrices qui placent le peuple au cœur de l’action publique, le FFS résiste tant bien que mal. A vari dire, il le fait péniblement et dans la douleur.

Les coups reçus de toutes parts ne sont pas sans conséquences !

Au retrait de Hocine Ait Ahmed qui a laissé un vide terrible, s’est joint une série de défection de cadres qui étaient aux commandes du parti et qui persistent à faire de la politique en usant de la qualité d’Ex. Ces cadres, au lieu d’assumer les bilans de leurs gestions, ont tout rejeté sur l’appareil sous divers prétextes dans un élan d’irresponsabilité étourdissante !

Positionnement stratégique

C’est rare qu’on demande à un parti de maintenir la même stratégie et les mêmes tactiques lorsque son adversaire change les siennes. Chez nous, cette réclamation est devenue une vérité qui évacue le doute et le questionnement.

Face aux événements de 2011, aux réaménagements de stratégie qu’a apportée le pouvoir à sa politique, le FFS était contraint d’adapter la sienne, sans toucher aucunement à son idéologie.

Seulement, au lieu de saisir la chose, d’admettre, entre temps, qu’aucun parti ne peut échapper à la crise lorsque la société elle-même est secouée par celle-ci, nous avons observé un acharnement à culpabiliser le parti et à faire douter sa base.

Seulement, et contre les attentes de ses contradicteurs, le FFS a apporté une preuve éclatante de sa maturité politique lors de la dernière présidentielle, en échappant à tout conditionnement.

A cet effet, il faut reconnaitre que si le FFS a subis des coups au niveau organique et organisationnel, il est resté égale à lui-même sur le plan politique.

La cohésion d’une démarche

Dans la droite ligne du positionnement stratégique du parti de Hocine Ait Ahmed, la participation à la conférence sur la transition démocratique tenue à Mazafrane ce 10 juin sous la présidence de l’ex premier ministre de Bouteflika, M. Ahmed Ben Bitour est toute normale. Elle exprime un souci d’écoute et de concertation qui est au cœur de sa ligne depuis toujours. Cela d’un coté.

D’un autre coté, cette présence à Mazafrane rend utile l’acceptation de rencontrer l’autre ex premier ministre du même Bouteflika, M. Ahmed Ouyehia, actuellement chef de cabinet à la présidence.

Loin d’être une contradiction comme elle peut être saisie et présentée par certains, cette position exprime la cohésion d’une démarche qui privilégie la recherche du consensus au détriment de la confrontation.

Changement avec le système et non pas contre le système, ont à plusieurs reprises répétés ses responsables.

A bien préciser, avec insistance, que ce souci du consensus n’exclue nullement la pression et l’indispensable construction d’un rapport de force qui s’appuiera sur l’adhésion de la société. Car, sans quoi, le FFS perdra sa qualité d’acteur-partenaire au profit de celle de facilitateur, ce qui peut lui couter très cher.

Rencontre avec Ouyahia

A ne pas douter, la prochaine rencontre avec le représentant du président sera l’occasion pour le FFS d’exposer la démarche qu’il préconise et qui s’articule sur la reconstruction d’un consensus politique national, une transition dynamique à définir, et une constitution consensuelle pour donner corps au nouvel édifice…

Face à deux initiatives lancées respectivement par le pouvoir et une partie de l’opposition, initiatives tirées globalement de la feuille de route du parti de Hocine Ait Ahmed, celui-ci est dans l’obligation morale de se faire entendre par tous.

Cette attitude pragmatique et intransigeante, si elle réconforte la demande de changement exprimée lors de la conférence sur la transition démocratique, vise à empêcher le pouvoir d’opter encore une fois pour la politique de la fuite en avant,
option dangereuse pour le pays.

Eviter une nouvelle bipolarisation politique

Par ce positionnement, le FFS empêche la mise en place d’une nouvelle bipolarisation politique qui pouvait largement profiter au système.
Ainsi assiégé de toutes parts, celui-ci finira par se rendre à l’évidence que le moment du changement est venu, que le statut quo est intenable.

Aussi, face à une dynamique irréversible qui s’installe, l’Armée Nationale Populaire ne doit pas rester « à la marge » ! Seulement, il faut préciser qu’au lieu d’intervenir pour enclencher le processus du changement, elle doit, le moment venu, s’impliquer pour le garantir et le sécuriser.

L’engagement indispensable de la société

L’impacte des images de la conférence de Mazafrane regroupant des personnalités de diverses sensibilités politiques et idéologiques est très bénéfique pour l’avenir…
Certes, « que du temps perdu avant de réaliser que seul le dialogue politique peut être un moyen de règlement des conflits », dira l’autre.

Mais vaut mieux tard que jamais…

J’imagine Hocine Ait Ahmed, le plus grand des politiques algériens sourire : « Enfin, le temps a fait son œuvre ! »

« Mettre le mouvement dans le statut quo, mettre le mouvement dans la société ! »

Il est temps que son appel soit écouté !

contribution publiée le 17 juin par le Journal La Cité.