Articles Tagués ‘constituante’


La transitologie: mode d’emploi pour la transition et la démocratie ?

par Tobias Hagmann

Avec la stabilisation des régimes démocratiques en Amérique latine et l’effondrement du régime soviétique, un grand nombre d’économistes, de politologues et de sociologues spécialisés dans la  » transition démocratique  » ont suscité une attention
croissante ces dernières années. En effet, les études sur la démocratisation de régimes autoritaires se sont multipliés dans les revues spécialisées des sciences sociales pour donner naissance à ce qu’on appelle la  » transitologie « .
Ainsi, les maîtres de cette  » proto-science « , attribués de l’étiquette de  » transitologues  » – des auteurs comme Guillermo O’Donnel, Philippe C. Schmitter, Arend Lijphart, Juan J. Linz ou Giovani Sartori –  » prétendent expliquer et, à la fois guider, le passage d’un régime autoritaire à un régime démocratique  » en pratiquant cette discipline(1.). Unifiés dans une approche
comparative à fort penchant quantitatif, ces auteurs visent à démontrer qu’en appliquant un ensemble de concepts et d’hypothèses universels, il est possible d’expliquer et de gérer la transition démocratique dans un pays non-démocratique donné(2.).

Dans ce sens, la transitologie cherche à tirer des généralisations et des leçons à partir de l’observation des démocratisations passées afin de formuler – pour les transitions futures – des recommandations institutionnelles et constitutionnelles ayant souvent un caractère prescriptif excessif(3.). Ainsi, les différentes vagues de démocratisation – ex-puissances fascistes à la fin de la Seconde guerre mondiale, les pays méditerranéens dans les années 70, les régimes autoritaires de l’Amérique du Sud une décennie plus tard et les ex-Républiques soviétiques à l’heure actuelle – constituent le moteur et la source première des réflexions transitologiques(4.). En ce sens, il est intéressant de cerner d’abord la philosophie et les conceptions sous-tendant la transitologie pour pouvoir ensuite analyser le va-et-vient opéré entre les différents passages démocratiques et la  » théorie  » relative.
Le régime autoritaire, et la nécessité impérative de le modifier, constituent le point de départ de tout transitologue. Une analyse exhaustive et systématique(5.) s’ensuit, mettant en perspective tant les conjonctures que les acteurs décisifs pour le destin d’un pays donné, dans le but de réfléchir aux possibilités de démocratisation ou de transfert de « technologie institutionnelle « . L’attachement au changement est au coeur de cette approche et toute la transitologie peut être caractérisée comme  » une entreprise de dévoilement et de prédiction de l’avenir politique « (6.). A part la volonté prononcée d’élaborer des lignes directrices
pour la transition, on retrouve dans la littérature spécialisée un langage révélateur d’une certaine conception prescriptive et déterministe ;
déterministe non pas d’un point de vue épistémologique, mais dans le sens où les  » leçons  » ou  » recettes  » héritées des observations passées sont souvent propagées de manière mécanique(7.). Par conséquent, la transitologie a tendance à généraliser à l’extrême ses théorèmes institutionnels pour arriver à des conclusions qui sont présentées comme des acquis scientifiques.A ce propos Valérie Bunce relève une certaine ironie dans la mesure où les nouveaux régimes politiques de l’Europe de l’Est – après s’être
débarrassé du  » socialisme scientifique  » – sont maintenant informés par des  » experts  » occidentaux qu’il existe  » une démocratie et un capitalisme scientifiques  » imposables du haut vers le bas(8.).

Concernant la relation entre la transitologie et son objet d’étude, on constate que  » de nombreux observateurs des transitions sont devenus acteurs de celle-ci « (9.). L’exemple le plus connu nous est fourni par le sociologue brésilien Fernando Henrique Cardoso qui a gagné une réputation en tant que spécialiste dans le domaine du développement et le la théorie de la dépendance dans les années 70 et qui est devenu président de son pays en 1994. Dans le contexte de la transition et de la stabilisation démocratiques des nouvelles Nations en Europe orientale, on peut observer que les liens entre les transitologues – en premier lieu des économistes et des juristes – et les milieux politiques se sont multipliés au cours de ces dernières années.

A un niveau plus profond, l’essor de la transitologie – et de l’idéal de transition démocratique ainsi véhiculée – témoigne également des bouleversements politiques et idéologiques des deux dernières décennies. Ainsi, on peut considérer que le paradigme
démocratique a désormais réussi à s’imposer comme seul référentiel légitime tant au niveau idéel et scientifique qu’au niveau des formes de gouvernement concrètement adoptées. En théorisant, idéalisant et naturalisant la démocratie représentative telle que nous la connaissons à l’heure actuelle(10.), la transitologie néglige pourtant le fait que le modèle démocratique est le produit de configurations historiques spécifiques et que celles-ci sont également soumises à des transformations. Pour citer Ignacio Ramonet,  » la thèse de Francis Fukuyama sur la  » fin de l’histoire  » pouvait triompher : la démocratie était l’horizon indépassable de tout régime politique « (11.).

Par conséquent, sans vouloir nier les mérites et les effets positifs de la transitologie, on peut s’interroger sur ses capacités analytiques : elle ne propose aucune alternative au modèle de la démocratie libérale et de l’économie de marché ; modèle trop souvent perpétué sans questionnement critique par une certaine ingénierie politico-sociale.

Tobias Hagmann, SSP, Lausanne1 P. C. Schmitter,  » La transitologie : Art ou pseudo-science ? « , dans l’article très complet de
J. Santiso,  » De la condition historique des transitologues en Amérique latine et en Europe centrale et orientale « , in Revue internationale de Politique Comparée, vol. 3, n°1, 1996, p. 43
2 P. C. Schmitter et T. L. Karl,  » The Conceptual Travels of Transitologists and Considologists : How Far to the East Should They Attempt to Go ? « , in Slavic Review, vol. 53, n°1, 1994, p. 173
3 Voir comme exemple représentatif de ce ton péremptoire : A. Lijphart,  » The Southern European Examples of Democratization : Six Lessons for Latin America « , in Government and Opposition, vol. 25, n°1, 1995, pp. 69-84
4 Lire l’article de C. Offe,  » Vers le capitalisme par la construction démocratique ? : la théorie de la démocratie et la triple transition en Europe de l’Est « , in Revue française de science politique, vol. 42, n°6, décembre 1992, pp. 924-925
5 Lire les analyses systématiques élaborées dans le contexte de la démocratisation en Europe et en Amérique du Sud de G. O’Donnell, P. C. Schmitter et L. Whitehead, Transitions from Authoritarian
Rule : Prospects for Democracy, London, John
Hopkins University Press, 1984
6 J. Santiso, op. cit., p. 18
7 Ainsi A. Lijphart a soutenu à plusieurs reprises que la démocratie consociative serait la meilleure médecine pour des sociétés fragmentées, en leur  » prescrivant  » les mesures institutionnelles relatives à sa théorie sur la démocratie consociative.
8 Lire l’article critique de Valérie Bunce,  » Should Transitologists be grounded ? « , in Slavic Review, vol. 54, n°1, 1995, p.116
9 J. Santiso, op. cit., p. 43

10 En matière de typologie démocratique,l’ouvrage de A. Lijphart constitue une référence indispensable. Il est repris de manière quasi dogmatique par la grande majorité des politologues contemporains : A. Lijphart, Democraties : Patterns of Majoritarian and
Consensus Government in Twenty-One Countries, London, Yale University Press, 1984
11 I. Ramonet,  » chancelante démocratie « , in Le Monde diplomatique, octobre 1996, p. 1a contrario, numéro 6 janvier 1998


Ni glaciation, ni guerre civile, ni attentisme pour notre pays

Encore une fois, devant la gravité et l’urgence de ce qui se passe en Algérie à l’occasion de cette psychédélique «élection présidentielle 2014», je ne peux m’empêcher de penser que ce serait criminel, de la part de tout Algérien qui se respecte, de surcroît revêtu du privilège de faire un métier d’intellectuel comme j’en ai l’honneur et le privilège, de demeurer indifférent, encore moins silencieux.

Taille du texte normale

<br />

Levons tout d’abord une tenace ambiguïté à mon sujet, ambiguïté qui me fait de la peine et qui est injuste, entretenue par certains milieux que cela arrange afin de discréditer mes «dérangeants» discours et interventions en me faisant la réputation d’être un «arriviste» qui a «fui l’Algérie pour mener la belle vie ailleurs», doublé d’un nostalgique dangereux cryptocommuniste, sous-produit d’un non moins dangereux cryptoboumédiéniste.

Tous ceux qui me connaissent savent — j’explique cela en détail dans Algérie, entre l’exil et la curée, paru en 1989) — que j’ai été, de diverses mais fermes et efficaces façons, poussé vers la porte de sortie de mon pays dès le milieu des années 1970. C’était la mort dans l’âme et le cœur déchiqueté que ma famille et moi avons pris la voie de l’exil. Avec nos têtes et nos tripes, nous vivons toujours au sein de ce pays que nous aimons sans limites. La plaie est vive et ne se fermera jamais, pour ce qui me concerne. Quant au cryptoboumédiénisme, innombrables sont les témoins qui pourraient attester du fait que j’étais l’un des plus précoces amères critiques de ce système, alors que beaucoup de ceux qui m’en accusent en étaient de zélés adeptes et profiteurs.C’est donc en Algérien, en simple et total Algérien que je lance ce cri à mon pays et à ceux qui pourraient intervenir, avant que ne soit ouverte la voie au pire, afin de stopper immédiatement cette macabre mascarade électorale et tenter de nous mettre sur des pistes qui pourraient sauver le futur.

Quelle que soit la personne «élue» avec l’actuel «système algérie», le scénario mortifère demeurera et s’aggravera très vite, boycott ou non

Tout d’abord, le non-engagement, l’appel au boycott ou le retrait de la course de «figures» comme les Mouloud Hamrouche, Ahmed Benbitour, Soufiane Djilali, Kamel Benkoussa ou encore le général TaharYala… m’incitent à en faire une lecture à la fois mitigée et amère. Une lecture mitigée, d’un côté, parce que j’ignore les vraies motivations (je ne parle pas des motifs déclarés) qui se tissent derrière chacune de ces attitudes en termes de véritables et profondes convictions ou, encore moins, les authentiques différences et distances par rapport aux socles du «système Algérie» tel qu’il a toujours été et tel qu’il est pérennisé par Bouteflika.

Ces «figures» restent, qu’on le veuille ou non, d’une façon ou d’une autre, «redevables» à ce même système pour leur propre «ascension» et, forcément, peu ou prou liées à l’un ou l’autre des clans des «traditionnels» faiseurs de pouvoir en notre pays… Comment imaginer l’avènement de la radicale révolution des mœurs politiques dont on a urgemment besoin ? Une lecture amère, d’un autre côté, parce que je me vois obligé de faire le constat qui semble se dégager, dans nos sphères de prise potentielle du pouvoir, qu’aucune force-tendance suffisamment solide pour réellement modifier en profondeur ou transcender cinquante années de gabegie politique érigée en cynique et ostentatoire mode de gouvernance qui ne dissimule même plus ni sa profonde corruption ni ses pestilentielles pratiques mafieuses.

Cette gabegie devient de plus en plus surréaliste mortifère «système» mais en plus, désormais, hallucinante arrogance d’incompétents-impotents propre à faire rougir Ubu, Néron, Amin Dada et Caligula réunis ! Car rien, absolument rien, en l’état, ne me paraît, à ce que j’observe, pouvoir stopper l’accélération des létales nuisances (et l’action-pouvoir de leurs acteurs enracinés) qui minent le pays. Autant de murailles dressées contre toute évolution (révolution) digne de ce nom.

Calcul de gain politique pour plus tard ? mais quel horizon de «plus tard» pour un pays descendu aussi bas et sous menace d’explosion imminente ?

Sans parler de puissances extérieures fort intéressées par une certaine «continuité» des choses en Algérie : pensons à l’heureux «hasard» de la récente virée algérienne de John Kerry et à l’hallucinante pièce de vaudeville jouée autour de la «traduction» de ses paroles faisant état «d’élections claires et transparentes…» ! Je comprends donc et approuve ces retraits, même s’il peut y avoir d’habiles calculs de plus ou moins basse politique politicienne derrière certains, mais je ne peux résister à me poser la question : in fine, quelle élection de qui aurait été, ou serait, le prélude à la révolution copernicienne dont le système Algérie a besoin ? Quel boycott stoppera une chronique de réélection annoncée, de surcroît ostensiblement souhaitée-appuyée par Washington et consorts ?

Ma lecture serait cependant incomplète si je ne revenais à la question cruciale du rôle de cet énorme lobby montant qu’est le milieu du business en Algérie. Même en proie à de fortes bisbilles entre factions qui ne relèvent pas des mêmes hommes-liges en haut lieu, ce lobby est forcément objectivement porté à plutôt s’accommoder d’une continuité des opacités et magouillages qui tiennent lieu de politiques économiques algériennes qu’à encourager le (vrai) changement. Comment en juger autrement quand à peine 40 membres du FCE sur 500 se présentent à une réunion dont l’objet était le positionnement quant à cette quatrième candidature ? Quand ce lobby finit par adouber officiellement l’inimaginable ? Pour moi donc, la situation est limpide et m’inspire ceci :
1- il est impossible d’imaginer un «challenger» qui ne soit dans l’obligation de s’allier moult appuis occultes de notre sombre «système Algérie» et «alliés internes et externes», y compris parmi la kyrielle de très hauts officiers actuels (presque tous issus de «l’Ouest») nommés et placés par Bouteflika ;
2- il est tout aussi impossible de soutenir ni cautionner une candidature qui ne soit et s’annonce clairement capable d’être en rupture totale (je dis bien totale) avec tout ce qui ce qui touche de près ou de loin à une quelconque «continuité» par rapport au système algérien tel qu’il est depuis pratiquement l’indépendance. Système auquel il convient d’ajouter aujourd’hui les carnages de l’adoption d’une idéologie économique (donc modèle de gouvernance) résolument néolibérale, ce qui n’est pour déplaire à aucune des factions magouilleuses, à commencer par le milieu du business.

On comprendra que je fais ici allusion à ce que, devant l’insondable cul-de-sac dans lequel nous sommes et devant l’impossible attentisme, notre armée se décide à prendre les choses en main car elle reste le dernier recours. Mais c’est une grande question qui est ici posée car elle touche aussi le cœur de ce que j’appelle le «système Algérie». Sans l’ALN, puis l’ANP et ses hauts gradés, à commencer par le défunt Boumediène, rien de consistant sur l’histoire algérienne récente et contemporaine ne peut se dire. Tout d’abord, il est clair que notre armée — en particulier bien sûr, ses hauts officiers — est loin d’être si homogène et monolithique qu’on pourrait le penser.

Tous les cadres de l’ANP, sans doute plus particulièrement parmi les générations promues post-indépendance, ne sont pas, loin s’en faut, des accapareurs tous azimuts, des assoiffés de prestige, de luxe, de pouvoir-hagra ou de sombres éminences grises. Il y a donc, en Algérie, armée et armée, et en particulier les nouvelles générations de hauts gradés capables de penser et agir de façon désintéressée-transcendantale. De surcroît, le rôle historique de cette institution en a toujours fait un élément incontournable parmi les institutions et les interlocuteurs de la politique de notre pays. Elle doit donc prendre, plus que jamais, de grandes responsabilités devant l’histoire.

Notre pays n’en peut tout simplement plus. Les temps de l’amateurisme et des incompétences boulimiques ont atteint leurs ultimes limites. Il y a péril imminent en la demeure Algérie. Il faut absolument que l’unique institution qui en est capable, notre armée, «stoppe tout» immédiatement et convoque en urgence une Assemblée constituante en règle (la Tunisie vient d’en recueillir les fruits, pourquoi pas nous ?) représentative de toutes les tendances politiques, ethniques, régionales… de toute l’Algérie, de tous ses recoins, et veiller à ce qu’elle aboutisse à une seconde République largement appuyée sur le peuple et la société civile, et non pas sur des groupes de pression, de forces ou d’influences instituées telles que la religion, l’argent, la propriété, les clercs de service…

C’est là le scénario de salut public algérien que je privilégie depuis toujours et que je réclame depuis des années : tout effacer et reprendre à zéro ; seule l’amputation rapide et à vif peut venir à bout de la gangrène. Et cette gangrène est aussi profonde que tentaculaire, comme en témoignent les tristes statistiques suivantes concernant le classement et la situation de l’Algérie dans le monde : 185e place (sur 192 pays) dans le Doing Business, 152e place dans la corruption, 175e place dans l’efficacité de l’administration, 134e place dans l’innovation et recherche (sur 141 pays), 146e place dans liberté économique (sur 178 pays)… dépendance dramatique des importations en produits de consommation tels que le sucre (100%),  les légumes secs (85%), les viandes rouges (18%), les huiles végétales (95%), les céréales (70%), les viandes blanches (90%), le lait (57%),  et même… les poissons (11%)… Ajoutons au portrait les avalanches de scandales politico-financiers qui n’en finissent plus (Khalifa, Sonatrach, autoroute Est-Ouest, BRC…), les taux d’inflation et de chômage record, les injustices et inégalités abyssales, l’inéluctable imminente dégringolade des prix mondiaux des hydrocarbures combinée à la non moins inéluctable montée en flèche des prix des produits importés… et nous avons un cocktail si explosif que toute solution «attentiste» ne serait qu’un criminel plongeon vers de bien sombres perspectives.

Peut-être, diront certains, que ce que je propose s’apparente aussi à une forme d’attentisme… soit, mais quel autre choix avons-nous ? Sinon l’espoir qu’un nouveau pouvoir sorti des suffrages du peuple (avec un intérim le plus bref et le plus neutre-intègre possible) puisse nous tracer des voies de sortie, hors les pièges des girons néocolonialistes de type «mondialisation/néolibéralisme» dont on constate chaque jour les carnages et telles que certaines qui ont fait leurs preuves comme en Malaisie, Indonésie, Corée du Sud…

Omar Aktouf : Professeur titulaire, HEC Montréa

Portrait — Hachemi Hamdi (I)

Serial retourneur de veste

La Presse  Enquêter sur ce personnage trouble, attendu comme un messie par les milliers de personnes, notamment à Sidi Bouzid, qui ont voté pour ses listes, plus que controversé et traité de tous les noms par des collectifs de partis et d’avocats, n’a pas été chose aisée. Comment se concentrer sur le passé de Hachemi Hamdi, émaillé de coups de théâtre et de nombreuses zones d’ombre, lorsque son actualité évolue à la vitesse de la lumière ? Comment trouver le fil rouge qui raconterait la vie et la «vérité» de cet homme dont les résultats exceptionnels sortis des urnes du 23 octobre ont déstabilisé plus d’une force politique «historique», alors que chacune de ses déclarations retransmises à partir de sa chaîne de télé «Al Mustakilla», basée à Londres, ou recueillies à travers les stations de TV et de radios nationales provoquent polémiques et créent le buzz sur les réseaux sociaux ?

Enquêter sur ce personnage trouble, attendu comme un messie par les milliers de personnes, notamment à Sidi Bouzid, qui ont voté pour ses listes, plus que controversé et traité de tous les noms par des collectifs de partis et d’avocats, n’a pas été chose aisée. Comment se concentrer sur le passé de Hachemi Hamdi, émaillé de coups de théâtre et de nombreuses zones d’ombre, lorsque son actualité évolue à la vitesse de la lumière ? Comment trouver le fil rouge qui raconterait la vie et la «vérité» de cet homme, dont les résultats exceptionnels sortis des urnes du 23 octobre ont déstabilisé plus d’une force politique «historique», alors que chacune de ses déclarations retransmises à partir de sa chaîne de télé «Al Mustakilla», basée à Londres, ou recueillies à travers les stations de TV et de radios nationales provoquent polémiques et créent le buzz sur les réseaux sociaux ?
Le long d’un parcours déroutant, incohérent, Hachemi Hamdi* apparaît comme un sérial retourneur de vestes. Qu’est-ce qui le fait courir ? Probablement la fascination du pouvoir et ce besoin acharné d’être toujours sous les lumières y compris lorsqu’il a comme aujourd’hui, à force de coaliser avec des formations politiques de tous bords, de droite comme de gauche, épuisé toutes ses cartes…

Une jeunesse islamiste

Mohamed Hachemi Hamdi est né en 1962 à El Hawamed, village situé à 12 km de Sidi Bouzid et portant comme emblème le nom d’une importante tribu du Centre-Ouest du pays, celle de Hachemi. Dans l’un de ses talk-shows sur «Al Mustakella», l’homme a affirmé s’apparenter à «la lignée du Prophète Mohamed». Sa famille fait partie de la modeste notabilité du village. «Ce sont de petites gens à la moralité irréprochable, religieux mais sans extrémisme», assure Lazhar Hamdi, fervent supporter du fondateur de la chaîne britannique. Il poursuit ses études secondaires à Sidi Bouzid et se voit grâce à ses talents de récitateur du Coran propulsé par le directeur imam de son lycée. Le Mouvement de la tendance islamique (MTI) repère ce garçon, orateur doué, plein d’assurance, qui présente tous les signes extérieurs d’un bon dirigeant. Il s’en mordra les doigts quelques années plus tard…
Hachemi Hamdi  deviendra une fois monté à Tunis pour poursuivre des études en langues et lettres arabes à La Manouba l’un des leaders les plus influents du mouvement islamique à l’université au début des années 80. Années où il fera deux courts séjours en prison, en 1983 et en 1984, tout en poursuivant des collaborations régulières avec le journal Essabah et les revues Le Maghreb et Errai.
«De quelle souffrance parlez-vous ? C’est une prison quatre étoiles de luxe, celle qu’a connue Hachemi Hamdi. Notre repère à nous c’est combien de «rôtis», de noyades ou d’électrocutions nos hommes ont subis. Il n’a rien enduré de tout cela», insiste Zoubeïr Chehoudi, membre de l’Instance constitutive d’Ennahdha.

Un agent double ?

Hachemi fuit le pays en 1987 au moment où Bourguiba poursuit et condamne des milliers d’islamistes à de lourdes peines. A Londres, il se spécialise dans l’histoire et les études islamiques et décroche en 1996 le titre qu’il aime tellement arborer «docteur ès lettres». A Londres, il continue à militer avec les islamistes et se rapproche beaucoup d’un autre exilé tunisien dans la capitale britannique… Rached Ghannouchi, dont il devient le bras droit.
A quand remontent ses liaisons dangereuses avec le président Ben Ali ? Aurait-il été un agent double, lui dont le journal Al Mustakella se vendait d’après notre confrère Najeh M’barek du quotidien le Maghreb (l’édition du 26 octobre) en Tunisie depuis 1993? En tout cas, le début du lourd contentieux qui oppose Hachemi Hamdi au Mouvement islamique tunisien, baptisé depuis 1989 Hezb Ennahdha (parti de la Renaissance), commence selon Slah Eddine Jourchi, journaliste, ex militant MTI et activiste des droits de l’Homme, avec la publication en 1996 et en anglais du futur Docteur de sa thèse dans laquelle «il divulgue des documents secrets du mouvement que les services secrets du pays hôte exploitera à souhait».
Trahison suprême. Exclusion d’Ennahdha. Hachemi entre dans la dissidence. En 1999, il lance sa télévision et commence à jouer les intermédiaires entre le pouvoir tunisien et les islamistes en difficulté, les prisonniers, ceux interdits de passeports, de droits sociaux. Chose qui affole les dirigeants d’Ennahdha. L’ombre de la fitna (discorde) rôde : «Ils ont considéré la mobilisation de Hamdi en faveur des leurs comme une volonté préméditée pour créer une scission au sein du mouvement», ajoute Slah Eddine Jourchi. Voilà ce qui explique d’une part le veto opposé par Rached Ghannouchi et Hamadi Jebali au moindre dialogue, à la moindre coalition avec les listes indépendantes de la Pétition populaire que dirige Hechmi Hamdi et qui ont raflé 25 sièges aux élections de l’Assemblée constituante avant que l’Isie ne décide le 27 octobre dernier d’invalider six listes. Et d’autre part, le refus catégorique et visiblement terrorisé perceptible à travers l’écran du fondateur d’Al Mustakella de réintégrer le pays tant que Jebali serait l’élu favori au poste de prochain chef du gouvernement (voir La Presse d’hier).

Le Docteur contre le Président

Mais pourquoi la lune de miel entre le Docteur et le Président s’arrête-t-elle net ?
A la fin de l’année 2000, Hachemi Hamdi ouvre sa télé aux opposants les plus acharnés au régime de Ben Ali. Dans un article intitulé «Internalisation du champ télévisuel en Tunisie», le sociologue des médias Riadh Ferjani écrit* : «L’émission intitulée Al Maghrib Al Kabir (le Grand Maghreb), mais exclusivement consacrée à la Tunisie, fera, dès le départ, l’objet d’un débat au sein de la société tunisienne puisqu’elle donne la parole aux personnalités de l’opposition démocratique non reconnue par les autorités. De Mohamed Charfi, ancien ministre de l’Education nationale, à Moncef Marzouki, ex-président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, en passant par Omar S’habou, figure du journalisme indépendant, exilé en France, les bêtes noires du gouvernement ont pu s’exprimer librement sur les antennes d’Al Mustakilla, devant une chaise vide réservée au représentant du pouvoir. Ce dernier, tout comme le mouvement islamiste Ennahdha, n’a jamais daigné répondre aux sollicitations répétées de Hachemi Hamdi».
L’émission Al Maghrib Al kabir, diffusée dimanche après-midi, provoque en Tunisie la fureur des autorités et une campagne médiatique se déchaîné dès le mois de juin 2001 contre son initiateur jugé sur les pages du journal La Presse d’«intégriste intégral», de «traître», d’«espion». Sa télévision est taxée d’«écran de la honte».  En juin 2001, Sihem Ben Sedrine, porte-parole du Conseil national pour les libertés en Tunisie interviewée par Al Mustakilla révélera des noms de personnalités mêlées à des affaires de corruption.  A son retour de Londres, elle sera interceptée dès son arrivée à l’aéroport de Tunis Carthage et emprisonnée pendant plus d’un mois…

A suivre …..

(Demain : à l’ombre du RCD)

(*) Contacté à Londres au téléphone pour une demande d’interview, Hachemi Hamdi après avoir accepté avec un  enthousiasme apparent notre proposition, n’a pas répondu à nos questions envoyées par email. Nous attendons toujours…
(*) Article publié dans l’ouvrage collectif : «La Mondialisation des médias contre la censure», sous la direction de Tristan Mattelart, Paris, Ina-Deboeck, 2003.

source; http://www.lapresse.tn

 


Les blogueurs du Printemps arabe en conclave à Tunis

Quelque 200 blogueurs arabes se retrouvent aujourd’hui à Tunis pour débattre du cyberactivisme et du rôle politique des réseaux sociaux, pour la première rencontre de ce genre depuis le déclenchement du Printemps arabe, a-t-on appris hier auprès des organisateurs tunisiens.

La troisième Rencontre des blogueurs arabes – les deux précédentes s’étaient tenues à Beyrouth en 2008 et 2009 – aura pour thème principal le rôle des cyberactivistes en période de transition démocratique, a indiqué à l’AFP Malek Khadraoui, co-organisateur de l’événement et administrateur du site collectif tunisien Nawaat. «C’est une rencontre exceptionnelle. Il y a eu trois révolutions arabes, et la plupart des blogueurs invités ont été impliqués dans ces révolutions, cela va leur permettre de se rencontrer et de développer les réseaux de solidarité», a-t-il ajouté. «Nous allons réfléchir ensemble aux nouveaux défis, évoquer les mouvements en cours en Syrie, à Bahreïn, au Yémen…», a-t-il poursuivi, soulignant le côté symbolique de la tenue de cette rencontre en Tunisie, «pays qui a ouvert le bal des révolutions arabes».

Le forum durera trois jours et abordera des thèmes tels que l’implication des blogueurs dans la vie politique, notamment en Tunisie où sept d’entre eux sont candidats à l’élection du 23 octobre, le rôle de WikiLeaks dans le Printemps arabe, la fiabilité des informations sur Twitter ou facebook…Cette rencontre se tient aussi alors que les noms de blogueurs arabes tels que la Tunisienne Lina Ben Mhenni, qui a tenu la chronique de la révolution sur internet, ou le cybermilitant égyptien Wael Ghonim, circulent pour le prix Nobel de la paix, qui sera remis le 7 octobre à Oslo.

AFP

 

 

L’étincelle allumée par Mohamed Bouazizi en Tunisie au mois de décembre 2010 a enflammé les masses arabes opprimées du Maroc à Bahreïn, de l’Egypte au Yémen en passant par l’Irak, la Syrie et la Jordanie. Aucun pays n’a véritablement échappé à cette vague de révoltes qui a déferlé sur le monde arabe. Une profonde aspiration à la démocratie et à la dignité s’est emparée des peuples de cette région du monde. Deux dictateurs sont déjà tombés. Le troisième, Ali Abdallah Saleh restera probablement en Arabie Saoudite en compagnie de Ben Ali. En tout cas le peuple du Yémen considère que son départ est sans retour. Mais les révolutions et les contre-révolutions vont de pair. La révolution arabe n’a pas échappé à cette dialectique de la lutte des classes.

Les classes dirigeantes arabes, avec l’aide de l’impérialisme américain, font tout pour se maintenir au pouvoir, et celles qui l’ont déjà perdu, n’aspirent qu’à le reprendre. Surpris par la rapidité avec laquelle les régimes tunisien et égyptien sont tombés, l’impérialisme américain et son caniche européen tentent de sauver les autres despotes de la colère de leurs peuples. Ainsi ils ont envoyé le 14 mars 2011 l’armée saoudienne à Bahreïn, dans le cadre du Conseil de Coopération du Golfe(CCG), pour briser la révolte du peuple de ce petit royaume et sauver la dynastie des Al Khalifa dont les jours étaient comptés. La place de la Perle, haut lieu de la résistance populaire a été évacuée dans le sang le 16 mars et son monument a été détruit comme l’ont été également plusieurs mosquées. «Tous les moyens, dont les plus abjects et les plus infâmes, sont utilisés pour briser cette magnifique volonté de changement du peuple de Bahreïn»(1). La répression sauvage contre un mouvement pacifique reste la seule arme dont dispose la classe dirigeante et ses alliés extérieurs pour se maintenir au pouvoir. Le 22 juin 2011, un tribunal spécial a condamné à perpétuité huit personnalités, figures emblématiques de la contestation du Royaume. La famille Al-Khalifa poursuit également devant ses tribunaux 48 chirurgiens, médecins, infirmières les accusant de vouloir renverser la monarchie, alors qu’ils ne faisaient que soigner les manifestants pacifiques blessés par les balles de la police du régime. Le silence complice des bourgeoisies américaine et européenne sur les condamnations à mort, les tortures, les assassinats et la répression féroce des manifestations pacifiques, la poursuite devant les tribunaux des médecins etc. montre à quel point l’impérialisme est l’ennemi des peuples, de la démocratie et du progrès.

Au Yémen, malgré un puissant mouvement populaire de protestation, Ali Abdallah Saleh au pouvoir depuis 1978 n’a pu se maintenir à la tête de l’État que grâce, entre autres, au soutien de Washington. Le dictateur du Yémen est considéré par les américains comme un allié dans ce qu’ils appellent «la lutte contre le terrorisme». Si le peuple du Yémen a enregistré sa première victoire avec le départ de Saleh en Arabie Saoudite pour se faire soigner, le régime et ses institutions sont toujours en place. La contre-révolution menée par les États-Unis et l’Arabie Saoudite vont utiliser la situation chaotique que connaît le Yémen, les divisions qui déchirent les différents acteurs et opposants d’Ali Saleh, la révolte des Houthis au Nord, les sécessionnistes au Sud etc. pour détourner les objectifs de la révolution au profit d’un nouveau régime qui servira leurs intérêts. Selon le New York Times du 8 juin 2011, Washington intensifie ses frappes aériennes au Yémen (2). Encore une fois, la lutte contre Al Qaida sert de prétexte pour s’immiscer dans les affaires intérieures des pays souverains. En fait ce qui intéresse surtout les États-Unis, c’est la situation géostratégique du Yémen. Ce n’est pas la lutte contre le terrorisme qui pousse la bourgeoisie américaine à s’installer dans cette région, mais c’est bel et bien le détroit de Bāb al-Mandab et le Golfe d’Aden, deux voies maritimes par lesquelles transite une partie importante du commerce mondial dont une bonne part de pétrole à destination de la Chine et de l’Europe.

La France, qui a toujours soutenu Ali Abdallah Saleh, n’a pas de présence véritable dans cette région. En échange de quelques contrats liés à la vente du matériel de défense et de sécurité notamment, elle a décoré de la légion d’honneur en 2010 Amar Saleh, neveu du président et directeur-adjoint de la sécurité nationale, qui s’est illustré par sa cruauté dans la répression des manifestants.

De ce chaos yéménite, émerge le mouvement des jeunes révolutionnaires dont le but est de construire un Yémen uni, démocratique et moderne(3). Leur ennemi est le régime d’Ali Saleh qu’ils veulent renverser pacifiquement. La contre-révolution intérieure et extérieure mobilisera tous les moyens dont elle dispose pour contrecarrer et anéantir ce projet révolutionnaire. Seul le temps nous dira si la révolution triomphera de l’ensemble de ses ennemis et mettra le Yémen sur la voie de la démocratie et des réformes sociales progressistes.

La situation en Libye est différente de celle de Bahreïn et du Yémen. La fuite de Ben Ali vers l’Arabie Saoudite le 14 janvier 2011 a soulevé un immense espoir de changement dans tout le monde arabe. S’adressant au peuple tunisien non pas pour le féliciter, mais pour regretter le départ de son ami dictateur, Kadhafi déclarait avec beaucoup de mépris et d’arrogance : «Vous avez subi une grande perte (…) Il n’y a pas mieux que Zine(El Abidine Ben Ali) pour gouverner la Tunisie,(…) Je n’espère pas seulement qu’il reste jusqu’à 2014, mais à vie» (4). Ainsi parlait Kadhafi de la révolution tunisienne. Pour lui comme pour tous les dictateurs, le pouvoir n’est pas un moyen mais une fin en soi; le pouvoir pour le pouvoir. Après 42 ans de règne sans partage, la Libye de Kadhafi est encore une société archaïque et tribale alors que le pays regorge de pétrole et de gaz naturel. Kadhafi comme l’écrivait à juste titre Samir Amin «n’a jamais été qu’un polichinelle dont le vide de la pensée trouve son reflet dans son fameux «Livre vert» »(5). Tantôt socialiste, tantôt nationaliste, Kadhafi n’a réellement jamais été ni l’un ni l’autre. Bien avant les révoltes des peuples arabes, il avait engagé la Libye sur la voie du libéralisme en ouvrant l’exploitation de sa richesse pétrolière et gazière aux compagnies américaines et européennes. Commence alors une période marquée par les privatisations, les réductions des dépenses publiques et l’explosion du chômage. Ces difficultés économiques et sociales, conséquences des politiques libérales, combinées aux soulèvements populaires qui ont chassé Ben Ali et Moubarak dans la Tunisie et l’Égypte voisines ont probablement entraîné l’explosion de février 2011. Ces événements traduisent en même temps la volonté du peuple libyen, comme les autres peuples de la région, d’un changement profond. Mais la Libye n’est ni la Tunisie ni l’Égypte. Dès le départ, cette aspiration au changement du peuple libyen a été confisquée par des groupes armés qui veulent prendre la place de Kadhafi. Le contraste est saisissant entre les masses tunisiennes et égyptiennes qui ont renversé les deux dictateurs pacifiquement, et le Conseil National de Transition libyen (CNT) livrant une véritable guerre au régime de Khadafi pour s’emparer du pouvoir. Le monde entier a vu ces images d’hommes et de femmes scander à l’unisson «Ben Ali dégage» sur l’avenue Bourguiba, ou sur la désormais célèbre place Tahrir des centaines de milliers d’égyptiens exiger pacifiquement le départ de Moubarak. De la Libye, nous avons surtout vu, avant l’intervention de l’OTAN, des hommes en treillis surarmés, des pick-up équipés d’armes antiaériennes, des ruines, des cadavres, bref des images d’une véritable guerre civile entre l’armée d’un despote et un gouvernement provisoire autoproclamé qui parle au nom des libyens et téléguidé par l’impérialisme américain et européen. Car le CNT n’a pas tardé à faire appel à l’OTAN pour renverser le régime de Kadhafi. Et c’est le Conseil de Coopération du Golfe qui a demandé une réunion extraordinaire de la Ligue arabe et a invité «le Conseil de sécurité de l’ONU à protéger les civils libyens, notamment à l’aide d’une zone d’exclusion aérienne».Ce sont ceux-là mêmes qui massacrent des manifestants pacifiques à Bahreïn et qui exigent la protection des civils en Libye!! Le CCG, instrument de l’impérialisme américain, joue de plus en plus le rôle de la contre-révolution dans le monde arabe.

Depuis son intervention en Libye, combien de victimes civiles innocentes sont tombées sous les bombes de l’OTAN ? Dans la nuit du samedi 18 juin, l’OTAN a mené un raid aérien sur un quartier populaire de Tripoli faisant plusieurs morts dont deux enfants. Les corps ont été retirés des décombres devant la presse mondiale. Il ne s’agit là que d’un crime en plus parmi les innombrables massacres de la bourgeoisie occidentale commis à travers le monde, loin des États-Unis et de l’Europe. En guise de protéger les civils, on les massacre!!

La volonté de l’impérialisme de pomper, à l’instar d’un vampire, le pétrole libyen est sans limite. Il est prêt à sacrifier autant de vies humaines que nécessaire pour assouvir sa soif de l’or noir dont il a besoin pour faire tourner sa machine économique, base matérielle de sa domination (6).

En Syrie, le parti Baath est confronté à son tour à cette formidable volonté de changement qui secoue le monde arabe. Le peuple syrien, à l’instar des autres peuples arabes, aspire profondément lui aussi au changement, à la liberté et à la démocratie. Même Bachar Al Assad a reconnu dans son discours du 20 juin 2011 la nécessité des réformes :«le processus de réformes est une conviction totale dans l’intérêt de la patrie et aucune personne raisonnable ne peut aller à l’encontre de la volonté du peuple» disait-il. Mais le parti Baath au pouvoir depuis 1963 peut-il répondre à cette aspiration vusa base sociale petite bourgeoise et sa nature policière dont les deux piliers restent l’armée et les services secrets, les fameuses et redoutables «Moukhabarat»? C’est ce qui explique, entre autres, le nombre important de victimes.

Le Baath syrien s’est éloigné lui-même de sa propre idéologie nationaliste panarabe (une espèce de foi mystique dans la nation arabe) et laïque. La renaissance arabe(baath signifie en arabe renaissance, résurrection) a été abandonnée. Le parti Baath qui était au pouvoir en Syrie et en Irak n’a jamais réussi à unir ces deux pays. La laïcité est restée un concept creux, vide de tout sens et le parti est devenu un instrument entre les mains de militaires assoiffés de pouvoir. Hafez Al Assad est le principal bénéficiaire de cette dégénérescence du parti. La Syrie est devenue la propriété privée du clan Al Assad. La priorité des priorités est de garder le pouvoir non pas pour transformer la société et sortir la Syrie du sous développement en menant des réformes sociales progressistes, mais pour le pouvoir lui-même. La rhétorique anti-sioniste du régime contraste cruellement avec sa passivité face à l’occupation du plateau du Golan par Israël. Le statu quo reste le meilleur garant de l’hégémonie de l’État sioniste dans la région et la négation des droits du peuple palestinien.

Pour Israël, qui semble regretter quelque peu cette remarquable stabilité, l’affaiblissement du régime syrien risquerait de précipiter celui-ci dans les bras de l’Iran, son principal ennemi dans la région.

Mais l’opposition actuelle représente-t-elle vraiment le peuple syrien? Quel est son programme ?

Quelle est l’influence des Frères musulmans, des hommes d’affaires et de la réaction en général au sein de cette opposition? Quel est le rôle de la Turquie dans ce mouvement de protestation? Pour l’instant l’opposition se contente de slogans et de vouloir renverser le régime. La conférence d’Antalya, financée par la riche famille Wassim Sanqar, qui a réuni du 31 mai au 3 juin 2011 quelques centaines d’opposants n’a pas vraiment apporté de réponses à ces interrogations. Toutefois la déclaration finale des participants affirme «le rejet sans équivoque d’une intervention militaire étrangère» (7).

La manipulation de l’opposition par l’impérialisme pour casser l’axe Syrie/ Iran / Hezbollah / Hamas n’est pas à exclure non plus.

Au Maroc, le Mouvement du 20 février exige une monarchie parlementaire où le roi règne mais ne gouverne pas. C’est une véritable révolution pour un pays habitué à être gouverné par des rois depuis des siècles.

A la suite des manifestations pacifiques, Mohamed VI est intervenu à la télévision le 9 mars pour annoncer un ensemble de réformes constitutionnelles importantes comme le «renforcement du statut du Premier ministre en tant que chef d’un pouvoir exécutif effectif», la «consolidation du principe de séparation et d’équilibre des pouvoirs», ou encore «l’élargissement du champ des libertés individuelles et collectives» etc. Il a désigné une commission ad hoc pour la révision de la constitution. Le 17 juin le roi du Maroc a présenté le projet de la nouvelle constitution qui sera soumis au référendum le premier juillet 2011. La plupart des partis politiques plus ou moins liés au pouvoir, la Confédération générale des entreprises du Maroc(patronat) ont applaudi chaleureusement ce projet comme d’ailleurs l’Union européenne, l’Administration Obama, l’ONU, le FMI etc.

Par contre, le Mouvement du 20 février estime que ni le discours, ni le projet de la nouvelle constitution ne répondent aux aspirations profondes du peuple marocain à un véritable changement. Pour le Mouvement, la constitution doit être votée par une assemblée constituante elle-même élue démocratiquement. Le Mouvement du 20 février appelle le peuple marocain à poursuivre le combat «historique et pacifique contre l’oppression, la corruption et pour la liberté, la dignité et la justice sociale» par des marches pacifiques dans tout le pays et à boycotter le référendum. Il faut préciser par ailleurs que si la direction de l’Union Socialistes des Forces Populaires (USFP) a appelé à voter pour le projet, sa base notamment sa jeunesse appelle, elle, à voter contre.

De son côté, le pouvoir mobilise tous les moyens dont il dispose y compris le recours au lumpenproletariat pour casser la dynamique créée par le Mouvement et faire voter le projet de la nouvelle constitution.

La résistance au changement est menée sur le plan intérieur, pour simplifier au maximum, par la bourgeoisie marocaine tant industrielle que financière très liée au Makhzen (appareil du pouvoir au Maroc), les grands propriétaires terriens, les partis politiques qui depuis de longues décennies ont accepté les règles du jeu politique tracées par le pouvoir. Sur le plan extérieur, nous retrouvons, comme dans tous les pays arabes, l’impérialisme américain et européen qui sont farouchement contre tout changement aussi minime soit-il. Car le processus de changement en cours est fondamentalement en contradiction avec l’immobilisme et le statu quo garants de leurs intérêts. Face à ce bloc réactionnaire se dresse l’ensemble des couches populaires et même la classe moyenne laminée par la mondialisation capitaliste. Les jeunes issus de ces deux classes dont une bonne partie d’entre eux souffrent du chômage ou survivent avec des petits boulots, sont à la pointe de la contestation. Leur maîtrise de la technologie de l’information et de la communication les a aidés à dépasser l’idéologie dominante véhiculée notamment par les grands médias au service du pouvoir.

En Égypte, la contre-révolution est menée par la bourgeoisie (avec toutes ses fractions civiles, militaires, religieuses etc.) et les grands propriétaires terriens. Ces deux composantes de la réaction sont intimement liées à l’impérialisme américain et ses institutions internationales comme le FMI, La Banque mondiale etc. La contre-révolution ne cherche pas à «ressusciter» l’ancien régime qui a fait son temps, mais à limiter l’ampleur des changements démocratiques et surtout détourner les objectifs de la révolution pour sauvegarder ses propres intérêts. Ce bloc réactionnaire utilise non seulement l’État et son appareil, mais également les organisations politiques notamment la confrérie des Frères musulmans pour atteindre ses objectifs. Rappelons que ce courant politique conservateur était le dernier à rejoindre le soulèvement populaire et le premier à le quitter pour aller «dialoguer» avec le vice-président Omar Souleiman qui, dans une ultime tentative de sauver le régime de Moubarak, avait appelé au dialogue national. La révolution égyptienne du 25 janvier est démocratique et non religieuse. Les États-Unis peuvent jouer la carte des Frères musulmans pour éviter une Égypte démocratique qui remettrait en cause les intérêts de l’impérialisme et d’Israël dans la région.

L’Administration Obama ne se contente pas seulement de déverser directement des milliards de dollars sur le nouveau pouvoir égyptien pour le maintenir dans sa dépendance, mais elle utilise également le FMI, ennemi de tous les peuples, pour ancrer l’économie égyptienne dans le libéralisme à travers ses programmes d’ajustement structurel (PAS) condition essentielle de sa dépendance vis à vis de la mondialisation capitaliste. C’est ce qui explique cette précipitation du FMI à accorder 3 milliards de dollars début juin 2011 au gouvernement égyptien. Les monarchies du Golfe, qui jouent le rôle de la contre-révolution dans le monde arabe, ne sont pas en reste. L’Arabie Saoudite et le Qatar veulent également «aider» au redressement de l’économie égyptienne en investissant 14 milliards de dollars notamment dans le secteur de la presse pour mieux contrôler les médias égyptiens et propager leur idéologie réactionnaire. Au sommet du G8 à Deauville, les dirigeants ont évoqué un «partenariat durable» avec les nouveaux régimes tunisien et égyptien.

Conscient des dangers qui guettent la révolution, le peuple d’Égypte descend régulièrement dans la rue pour rappeler au Conseil suprême des forces armées(CSFA), qui dirige la transition, et à la contre-révolution, son attachement aux objectifs de la révolution et qu’il est prêt à se mobiliser massivement à nouveau pour les réaliser. Ainsi une immense manifestation a réuni plusieurs millions d’égyptiens dans tout le pays le vendredi 27 mai. Le 8 juillet 2011, les jeunes révolutionnaires appellent les citoyens à manifester massivement «pour protéger la révolution». Le combat du peuple égyptien pour la démocratie et la justice sociale est un combat permanent.

En Tunisie, d’où est partie l’étincelle qui a embrasé tout le monde arabe (8), la contre-révolution est partout. Car si la tête du régime est tombée, son corps est toujours là. Les figures familières de l’ancien régime sont omniprésentes, à commencer par Fouad Mebazaâ l’actuel président par intérim de la Tunisie.Les difficultés économiques constituent un obstacle de taille que la contre-révolution n’hésitera pas à exploiter, d’une manière ou d’une autre, pour briser la jeune révolution tunisienne. C’est aussi un prétexte supplémentaire pour les États-Unis et la France en collaboration avec la bourgeoisie locale d’ enfermer la Tunisie dans des stratégies économiques ultra-libérales à travers notamment les prêts du FMI et de la Banque mondiale.

Mais le véritable danger qui guette la révolution tunisienne, et toutes les révolutions en général, est la déception des classes populaires qui voulaient révolutionner leur condition d’existence, et qui constatent que celles-ci n’ont pratiquement pas changé. Elles avaient mis tout leur espoir dans la révolution. Les chômeurs, qui se comptent par centaines de milliers, sont déçus. Beaucoup d’entre eux, tentés par une vie meilleure en Europe (qui les expulse sans scrupules), quittent la Tunisie. Les mesures prises par le gouvernement (allocations versées aux familles pauvres, titularisation d’une partie des précaires dans la fonction publique, subventions des produits de première nécessité, politique de réinsertion des jeunes diplômés à travers le programme Amal etc.)sont peu visibles, car sans effet réel sur les plus démunis. Trotsky avait raison lorsqu’il a écrit en 1926 que «La désillusion d’une partie considérable des masses opprimées dans les acquis immédiats de la révolution et le déclin de l’énergie et de l’activité révolutionnaire de classe engendre un regain de confiance parmi les classes contre-révolutionnaires»(9).

La révolution et la contre-révolution dans le monde arabe sont le produit de la lutte des classes. Ce sont les conditions matérielles d’existence inhumaines de larges fractions des couches populaires qui ont produit ces soulèvements. Le refus de la démocratie et la résistance à tout changement des bourgeoisies locales et de l’impérialisme, responsables de décennies entières d’exploitation et d’humiliation, montrent que la révolution est un combat de longue haleine. Mais la contre-révolution a également ses propres limites. Les États-Unis sont empêtrés dans une crise économique et financière dont ils n’arrivent pas à s’en sortir. La chambre des représentants a adopté le 13 juin 2011 un amendement interdisant d’utiliser les fonds pour financer l’intervention en Libye. Les États-Unis n’ont plus les moyens, comme il y a encore quelques années, de leurs ambitions. L’échec cuisant de leurs interventions en Irak et en Afghanistan sont des exemples de l’affaiblissement de l’impérialisme américain. L’Arabie Saoudite elle-même doit affronter le rejet du statu quo et la profonde aspiration au changement du peuple saoudien. Sur les réseaux sociaux, les jeunes s’expriment aussi et préparent l’avenir qui passera nécessairement par la contestation de la monarchie. La convergence des luttes des peuples du sud et du nord de la méditerranée peut ouvrir des perspectives plus lumineuses. Et comme l’écrivait le romancier et journaliste yéménite Ahmad Zein dans sa lettre à Mohamed Bouazizi :

«Plus rien n’est impossible depuis que tu as ouvert la route avec ton corps qui continue de brûler comme une torche de lumière dans l’esprit des peuples».

Mohamed Belaali

————————-

(1) Voir «Répression et résistance à Bahreïn» balaali.over-blog.com

(2) http://www.nytimes.com/2011/06/09/world/middleeast/09intel.html?_r=1&hp

(3) Voir en arabe http://www.facebooom/media/set/?set=a.182693685113633.42241.169040416478960

(4) http://www.france24.com/fr/20110115-le-colonel-kadhafi-regrette

(5) http://www.comite-valmy.org/spip.php?article1536

(6) Des centaines d’hommes et de femmes notamment des travailleurs africains meurent également en méditerranée en tentant de fuir la Libye. Le Gisti va déposer plainte contre l’OTAN, l’Union européenne et les pays de la coalition en opération en Libye.

http://www.gisti.org/spip.php?article2304

Voir également le témoignage de Donatella Rovera conseillère spéciale d’Amnesty International qui accuse les «rebelles libyens» de commettre des crimes contre les migrants africains, Le Monde du 24 juin 2011 page 5.

(7) http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=10793#01

(8) http://belaali.over-blog.com/article-que-l-etincelle-tunisienne-embrase-tout-le-monde-arabe

(9) http://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1926/11/lt19261126.htm


: « Chakib Khalil était au cœur de la pourriture à Sonatrach»

Un nouveau câble diplomatique de l’ambassade américaine à Alger, mis en ligne par le site Wikileaks, montrent l’intérêt que les Américains portent au scandale de corruption qui a secoué la compagnie nationale Sonatrach en janvier 2010. Dans un mémo en date du 21 février 2010, l’ambassadeur analyse les conséquences à moyen et à long terme de ces affaires de malversations présumées qui ont décapité la direction de l’entreprise pétrolière. Le même révèle également que l’ancien ministre de l’Energie, Chakb Khelil, n’a pas informé ni le Premier ministre ni le Président que les capacités d’exportations de gaz, « un dossier explosif », sont menacées à l’horizon 2015.
Intitulé « les compagnies pétrolières inquiétés par l’avenir de l’énergie algérienne », le diplomate fait référence à deux rencontres tenues séparément avec le manager de PB (British Pétroleum) en Algérie ainsi que le directeur de ConocoPhillips.
En préambule, l’ambassadeur, David Pearce, note que les grands groupes pétroliers nourrissent des inquiétudes sur l’impact du scandale sur le management de Sonatrach et sur l’avenir ds projets en cours. « Le ministre de l’Energie, Chakib Khelil, est perçu comme étant au cœur de la pourriture au sein de Sonatrach (a the center of the rot in Sonatrach) », écrit le diplomate.
Il ajoute que ces compagnies estiment que les enquêtes sur la corruption constituent des attaques contre l’influence exerce le clan de l’ouest du président Bouteflika. Toutefois, note-t-il, l’ambassade américaine ne dispose pas d’éléments probants pouvant accréditer cette théorie.

Procédure de gré-à-gré

Le patron de BP, Akli Brihi, explique que les investigations à Sonatrach concernent la règle du gré-à gré instaurée par les dirigeants de l’entreprise pour octroyer des marchés à des compagnies pétrolières ou à des sociétés de services.
« La compagnie soumet une offre gonflée, puis elle rétribue les initiés de Sonatrach », dit-il. Il cite alors l’exemple de l’italienne Saïpem qui a obtenu un contrat « d’un milliard de dollar » de gré-à-gré pour l’usine de GNL d’Arzew.
Il cite aussi l’exemple de l’entreprise canadienne SNC-Lavalin qui a décroché en juillet 2009 un contrat de 320 millions de dollars, sous la même procédure, pour la construction de la « Nouvelle ville » de Hassi Messaoud. Le contrat, ajoute l’hôte de l’ambassadeur, était « souillé par un arrangement similaire ». Le directeur de ce projet, Mourad Zeriati, a été arrêté et jeté en prison.
Le manger de PB affirme « qu’il n’était pas inconcevable que les entreprises américaines soient impliquées dans ces transactions, mais il n’avait jamais entendu parler d’informations concrètes. »

Foreign Corrupt Pracices Act

David Pearce rappelle que les compagnies américaines « sont soumises à des procédures très strictes contenues dans le Foreign Corrupt Pracices Act ». Les dispositions anticorruption, votées en décembre 1977, interdisent aux sociétés, ou à leurs intermédiaires, de verser des pots-de-vin ou d’offrir un quelconque objet de valeur à un « fonctionnaire » dans le but de l’influencer ou d’en tirer un « avantage indu ».

Le directeur de PB affirme à l’ambassadeur que le scandale a éclaté à un mauvais moment, parce que Sonatrach et les autorités algériennes ne sont éveillées au fait que l’Algérie fait face à une baisse de production de gaz et à une éventuelle incapacité de satisfaire aux obligations d’exportation et la hausse de la demande intérieure à l’orée de l’année 2015.
Le manager de British Petroleum est convaincu que le ministre de l’Énergie et des Mines Chakib Khelil, dégommé de son post en mai 2010, est « responsable de la culture de corruption à Sonatrach ».

Réda Hemche l’éminence grise de Meziane

L’ambassade américaine a reçu des rapports indiquant qu’un proche de Khelil (un cousin ou un neveu), l’ancien chef de cabinet de Sonatrach, était l’homme derrière les contrats douteux.
« Travaillant pour le compte de Khelil, écrit le mémo de l’ambassade, Hemche conseillait Mohamed Meziane sur les contrats à signer, faisant de Meziane le responsables légal et laissant Hemche hors d’atteinte. Le patron de PB croit savoir que Meziane avait signé de nombreux contrats sous la contrainte.
Il a indiqué « que M. Khelil avait fait un excellent travail en tant que ministre » jusqu’à ce que sa loi sur les hydrocarbures soit rejetée en 2006. Il note que c’est à partir de cette année-là que que M. Khelil a installé Hemche et commencé à virer les cadres de haut niveau de Sonatrach pour les remplacer par des « yes-men ». Des béni oui-oui…

Réserves de gaz en baisse

Sonatrach, dit-il, n’est pas sur la bonne voie pour réaliser l’objectif déclaré publiquement par Khelil d’élever la production de gaz de 60 à 80 milliards de mètres cubes par an. La production de gaz est en baisse en raison de l’épuisement des réserves de gaz conventionnel du pays.

« L’Algérie a besoin de développer du gaz non-conventionnel », ajoute le représentant de PB. Y compris les gaz de schiste, présents en quantité mais dont l’exploitation nécessite un savoir-faire et de grands investissements.
Or il n’y a que trois entreprises qui possèdent la technologie et les ressources financières ressources pour ce faire: Exxon, BP et Shell. Il faudrait du temps et jusqu’à 50 milliards de dollars pour développer les infrastructures nécessaires, précise-t-il.

Khelil a caché un dossier explosif à Bouteflika et à Ouyahia

Interrogé par l’ambassadeur pour savoir quelle est l’étendue de cette pénurie à l’exportation qui se profile à l’horizon, le patron de PB Algérie affirme que Chakib Khelil en est conscient mais qu’il « pas présenté ce ‘dossier explosif’ au Premier ministre Ahmed Ouyahia et au président Bouteflika ».

Pourquoi les autorités algériennes ne se sont-elles pas intéressées à ce dossier ? Le patron de BP explique que « M. Bouteflika est très intelligent », mais n’écoute pas les autres. Et que dans tous les cas, le secteur de l’énergie ne constitue pas son principal centre d’intérêts, qui reste la politique. « Il a confié les questions liées à l’énergie à Khelil, qui est resté le conducteur de la politique énergétique de l’Algérie. »

Les experts de Sonatrach qui étaient au courant pendant des années de cette imminente vulnérabilité de l’Algérie ont été écartés ou marginalisés par Khelil, ajoute le câble diplomatique.

DNA – Dernières nouvelles d’Algérie


Retour sur la fausse démission de Chadli

25 juillet, 2011 Posté dans Algérie Politique

Par Ait Benali Boubekeur

L’ouverture démocratique en Algérie fut de courte durée. Ce fut l’une des éphémères. La responsabilité de cet arrêt s’incombe à ceux qui ont estimé que le peuple algérien n’était capable de choisir ses représentants. Bien que le choix puisse être par dépit, il n’en demeure pas moins que le choix du peuple fut, lors des élections du 26 décembre 1991, sans appel. Il s’agit pour ces millions d’Algériens de sanctionner un système ne pouvant pas répondre à leurs desiderata. Mais en se trouvant devant la victoire incontestée du Front Islamique du Salut (FIS),  les réels décideurs ont-ils agi de sorte à éviter à l’Algérie l’un des drames  les plus rudes qu’elle ait connue ? Ainsi, à l’annonce des résultats officiels du premier tour des élections législatives, rien n’indiquait en apparence une quelconque manigance des militaires. Mais, derrière la vitrine, les calculs fur
ent légion.

Et si les nouveaux décideurs réclamaient la restitution des biens mal acquis, que ferions-nous alors. Cette option fut en tout cas analysée. La solution se trouva alors dans l’arrêt du processus pouvant conduire à l’alternance. Et ce qui les guida  fut  la sauvegarde des privilèges immenses. Ainsi, pour enclencher une troisième guerre d’Algérie, le haut commandement militaire avait cherché les raisons  dans une presse subordonnée. Celle-ci fut d’une allégeance infaillible au régime. Bien que  les leaders du FIS aient réagi avec une extrême vigilance à l’égard de cette presse partiale, la noria du renversement des résultats fut lancée. Car les organisateurs des élections s’étaient trompés sur les scores. D’ailleurs mêmes les vainqueurs  furent surpris par l’étendue de la victoire.

Contacté par le journaliste de RFI, Abdelkader Hachani  fut médusé par le score réalisé. Tout compte fait, il attendait à ce que  le pourcentage de sièges ne dépasse pas les 30%. Mais une fois l’effet de surprise passé, les leaders du FIS s’employèrent à développer un langage rassurant pour calmer les esprits surchauffés.  Cela dit, affirmer  que les vainqueurs avaient une confiance en ce pouvoir, qui cherchait  la moindre étincelle pour allumer le brasier, fut un leurre. Car ce dernier avait des moyens très importants, notamment en jouant sur la peur. Sa force de mobilisation fut incontestable par tous les observateurs. D’ailleurs, ce régime n’a-t-il pas joué les courants les uns contre les autres pour se pérenniser depuis l’indépendance? Qui a donné les ailes à cette mouvance depuis l’indépendance ? Car, dans un pays musulman, il est nul besoin de jouer la carte religieuse. En revanche, face à la gabegie du régime, ces militants religieux voulurent combattre les dérives du système, notamment la corruption, en s’appuyant sur les principes justes de l’Islam.

Cependant,  une fois de plus, la presse aux ordres vint au secours de ce régime. En effet, la presse thuriféraire a joué un rôle moteur dans la manipulation de l’opinion  induisant des milliers voire des millions d’Algériens en erreur. Ainsi, au lendemain de l’annonce des résultats du scrutin,  Mohammed Said a prononcé dans un prêche des propos apaisants dont  la presse a déformé.  « Nous sommes tous des frères, celui qui versera une goutte de sang de son frère ne connaîtra pas le pardon », a-t-il dit.  Il a ajouté plus loin  « tout va bien et, grâce à dieu,  il n’existe aucune pomme de discorde entre nous. Pour renforcer notre fois, il faut nous conformer aux prescriptions divines sur la façon de nous habiller ou de nous nourrir ». Les correspondants de presse,  qui couvrirent la prière, interprétèrent les propos en les reformulant pour donner à peu prés  ceci : « Mohamed Said demande aux Algériens de changer leurs habitudes vestimentaires et alimentaires ». Un journaliste d’un titre britannique  affirma dans une interview que lui avait soi disant  accordée Hachani  que ce dernier « désire rompre les accords liant l’Algérie au CEE ». Quelques années plus tard,  le journaliste reconnut  n’avoir jamais rencontré l’intéressé.  L’interview fut imaginée en analysant ses discours, reconnut-il. Ainsi cette désinformation ne fut qu’une facette de l’action des putschistes.

Selon José Garçon « le 6 janvier, une assemblée réunit 181 officiers supérieurs qui signent une pétition demandant la démission du président ». Pour étayer la thèse que les dés furent déjà jetés,  l’état major de l’armée  ordonna, le 8 janvier 1992,  le déploiement d’un dispositif militaire autour d’Alger, Oran et Constantine. Bien que  la constitution algérienne fasse du président le premier homme du pays en incarnant l’Etat et l’unité de la nation,  puisse nommer et révoquer les ministres et grade ou dégrade les militaires, le réel pouvoir se trouvait hélas ailleurs. D’où la question suivante : en ayant autant de pouvoir, Chadli aurait-il décidé, de son propre chef, de partir ? Il est difficile de croire cette hypothèse. Car une délégation militaire, conduite par Nezzar et les principaux responsables militaires,  se rendit le 9 janvier 1992 à la présidence pour demander tout uniment au président de se retirer dans l’honneur et de rédiger sa lettre de démission, et ce conformément à une pétition qu’auraient signée 181 officiers. Chadli aurait résisté pendant un petit moment aux pressions  mais il finit par accepter  de partir le 11 janvier.

Dans la lettre de démission,  il expliqua que son départ n’était  pas une fuite de responsabilité mais un sacrifice dans l’intérêt supérieur de la nation. Il s’agit là sûrement de récriminer les militaires qui l’ont forcé à partir. Car s’il s’était agi des islamistes,  il aurait simplement fait allusion au code  civil pour sanctionner les fraudeurs ayant permis la large victoire du FIS.  En tout cas, le départ du président ne fut pas le seul casse tête du haut commandement militaire.  La constitution de 1989 stipulait, dans ce cas de figure, que «  le président de l’assemblée nationale assure l’intérim du chef de l’état et prépare une élection dans 45 jours ». Or celui qui devait succéder au président fut éliminé en montant de toutes pièces la dissolution du parlement. D’après Ali Yahia Abdenour : « Belkhadem,  Président de l’APN,  a révélé au procès des dirigeants du FIS que Chadli,  Président qu’il avait rencontré le 7 janvier ne l’avait pas informé de la dissolution de l’assemblée (décret du 4 janvier) ». En somme,  le président ne pouvait  pas  démissionner dans un pays où il fut nommé. Son départ fut obtenu par des pressions.  Et les Algériens ont le droit de connaitre la vérité à défaut de pouvoir se prononcer sur les personnes qui les gouvernent.


Etat d’exception et modèle d’accès réduit : Mezrag, Khalifa, Gharbi et Beliardouh.

Salima GHEZALI
Mardi 19 Juillet 2011

Les émeutes de janvier dernier ont plongé l’Algérie dans un climat de tension qui a ouvert un nouveau cycle à l’intérieur de l’Etat d’exception imposé au pays depuis des décennies. Ce nouveau cycle prolonge l’ancien, fait de violences et de prédation, et tend à inscrire ces dernières comme les seules formes d’expression validées par le régime et reconnues au sein de la société.

Lutte dans les hautes sphères.

Rien de sérieux ne transpire des luttes  qui se mènent au sein des sphères directement impliquées dans le contrôle des institutions. Des luttes menées en vue de  la reconfiguration du pouvoir, avec comme forte probabilité le maintien de son caractère prédateur et fermé. Toutefois, certains faits mis sur la place publique tracent les contours de quelques uns des enjeux au cœur de ces luttes. Les affaires de corruption qui alimentent  la chronique judiciaire s’inscrivent en partie dans ce cadre conflictuel sans pour autant en épuiser toutes les dimensions.
Mohammed Hachemaoui,  qui soutient que la corruption colonise l’Etat,  montre, à travers l’analyse de l’affaire Khalifa,  la manière avec laquelle s’organise, de l’intérieur du système, la prédation économique et le pillage des richesses nationales. Pour autant, la mise en cause de l’autoritarisme si elle suffit à réunir les conditions propices à la prolifération de la corruption, ne permet pas, à elle  seule, de rendre compte de l’effondrement institutionnel à l’œuvre. Une situation qui peut sembler relever de l’acte irresponsable de quelqu’un qui scie la branche sur laquelle il est assis.

Un effondrement institutionnel organisé.

Un tel effondrement, nié par le discours officiel, est largement illustré par les formes de plus en plus radicales que prend la protestation sociale. Violence des émeutes, multiplication des suicides de protestation, banalisation de la criminalité sous toutes ses formes et face à cela une impuissance quasi-totale des pouvoirs publics. Une autre violence se tient, elle, en amont et en aval de ce qui ressemble à un long processus de redistribution des cartes.
Pensé  en amont par les « sorciers blancs » des réajustements institutionnels ou induit par la seule logique de la corruption, le contournement du fonctionnement économique et administratif légal avait besoin du contournement de l’exercice légal de la violence pour achever sa domination des institutions de l’Etat et de la société (tous deux nés- dans leur forme contemporaine- de la lutte pour l’Indépendance nationale).

Redistribution des monopoles.

En matière de violence, la guerre a permit de redistribuer les monopoles et de les  mettre en concurrence. Porté massivement et continuellement sur la place publique selon le formatage voulu par la sale guerre des années 90 (résistance versus djihad) le volet relatif à la redéfinition de la légitimité en matière de violence est une partie intégrante de la lutte pour le pouvoir.

Inaugurée par l’islamisme radical la contestation du monopole de l’exercice de la violence par l’Etat, a trouvé, derrière les discours patriotiques antiterroristes, dans les notables locaux ses principaux bénéficiaires directs. Ces derniers, s’ils ne sont pas tous membres de la caste prédatrice des seigneurs de la guerre, le sont quand même assez souvent pour poser un problème structurel à l’existence d’un Etat de droit où les citoyens seraient tous égaux devant la loi.

Avec ce paradoxe qu’aujourd’hui ce sont des  « terroristes islamistes repentis » qui réclament l’arbitrage légal qu’ils combattaient hier les armes à la main et des « défenseurs de la république » qui revendiquent la dépénalisation de l’assassinat politique. Du point de vue d’une opinion publique, toujours aussi divisée, il ya des « terroristes repentis » et d’autres qui veulent faire de la terreur des années 90 un instrument de  domination sociale et politique. Et ces derniers se recrutent dans les deux camps.

L’affaire Gharbi qui occupe les devants de la scène depuis de nombreuses années, et qui a donné l’occasion cette semaine à Madani Mezrag d’interpeler directement le président Bouteflika,  reflète un fonctionnement politique dans lequel, depuis 20 ans, la conjugaison de l’extrémisme idéologique et de la violence physique entrave la constitution d’un espace public pacifié
Par delà l’affaire elle-même, qui consacre le recours individuel à la violence pour « faire justice », ce qui est fondamentalement remis en cause est le principe de l’arbitrage légal égal pour tous. Le fonctionnement institutionnel républicain qui a été combattu par l’islamisme au nom de la chariaa se trouve de fait  récusé par les partisans de Gharbi au nom du patriotisme aujourd’hui anti islamiste et demain ? Dans le sillage de ces contestations d’un ordre légal déjà malmené, on assiste à l’expression plus ou moins « spontanée » de la revendication d’un retour au droit coutumier1 tribal en lieu et place de la législation nationale.

L’affaire Beliardouh et l’ordre nouveau.

Parmi les innombrables affaires de violences à l’actif de certains notables locaux ,aux mœurs féodales les plus brutales, l’affaire Beliardouh2, du nom de ce journaliste poussé au suicide, bien avant Bouazizi, par les méthodes du pouvoir réel est bien plus symptomatique des forces au profit desquelles travaille la renégociation du monopole sur la violence que l’affaire Gharbi  elle-même. En plus de l’héritage de « la sale guerre » qui n’a toujours pas été apuré c’est de la place et de la forme qu’est en train de prendre la violence au sein de la société algérienne qu’il s’agit. Ni les groupes armés islamistes ni les milices armées par le pouvoir ni les forces de sécurité n’ont été en mesure d’empêcher la prolifération de toutes sortes de maffias. Qui se sont curieusement multipliées alors que le pays connaissait une  mobilisation sans précédent du nombre d’hommes armés et injectés dans le sauvetage  de l’Etat, de la religion ou de la république. Force est de reconnaitre que les trois sont sortis éreintés d’un exercice qui n’a profité qu’à la résurgence assumée de rapports sociaux marqués par l’archaïsme.

La mort publique de l’affaire Beliardouh, avec la mort physique de Beliardouh lui même et le triomphe politico-juridique de Garboussi  dessinent bien plus clairement les vainqueurs et les vaincus de l’ère  nouvelle que l’Affaire Gharbi.

Par ce que l’affaire Beliardouh illustre bien le type d’ordre qui règne dans un pays une fois que la violence a été entérinée comme mode de régulation  des contentieux. Qu’un notable local s’autorise à kidnapper un citoyen , qu’il s’autorise à le séquestrer et à le brutaliser en toute impunité au vu et au su de tous,  à l’humilier et à le pousser au suicide comme ce fût le cas de Belliardouh  n’a été  possible que par la remise en cause du monopole légal sur la violence. Revendiqué dans le cadre de la « défense de la République » le recrutement de nouveaux agents de la violence a surtout bénéficié aux barons locaux.

D’autres notables dans d’autres régions du pays ont eux aussi en toute impunité enlevé, séquestré et tué des citoyens désarmés et ont été mis à l’abri de toute poursuite judiciaire. Parfois les plaignants se sont même retrouvés sur le banc des accusés. Il ya dans la manière dont certains cercles ont voulu faire de l’affaire Gherbi un symbole de l’héroïsme et du patriotisme  les ingrédients d’une autre guerre en gestation. Mais si certains, aveuglés par la haine ou par l’idéologie, n’obéissent qu’à un besoin de vengeance, d’autres veulent ainsi se positionner dans la reconfiguration des rapports de force au sein du pouvoir et de la société.

Coloniser l’Etat par la corruption en colonisant la politique par la violence. 

Pour que la corruption puisse aisément coloniser l’Etat il est de la plus haute importance que la violence colonise la politique et son prolongement naturel qu’est l’espace public.
« Le totalitarisme moderne peut-être défini comme l’instauration,  par l’état d’exception, d’une guerre civile légale, qui permet l’élimination physique non seulement des adversaires politiques, mais de catégories entières de citoyens qui, pour une raison ou une autre, semblent non intégrables dans le système politique…Devant l’irrésistible progression de ce qui a été défini comme une « guerre civile mondiale », l’état d’exception tend toujours plus à se présenter comme le paradigme dominant dans la politique contemporaine. Ce passage d’une mesure provisoire et exceptionnelle à une technique de gouvernement menace de transformer radicalement-et a déjà en fait sensiblement transformé- la structure et le sens de la distinction traditionnelle entre les différentes sortes de constitution. L’Etat d’exception se présente dans cette perspective comme un seuil d’indétermination entre démocratie et absolutisme. »3

Mohammed Gharbi  d’une part et  Madani Mezrag d’autre part constituent de manière emblématique les composants politico-militaires de cet état d’exception consacré  par le pouvoir au sein de la société. Alors que l’Etat voulu par le 1er Novembre, la plate-forme de la Soummam et le sacrifice de millions d’algériens révoltés  par l’injustice coloniale et engagés pour l’abolition des privilèges de caste se voulait l’Etat de  la justice et de l’égalité de tous devant la loi.

La lecture attentive de l’interview accordée aux journaux4par Mohammed Gharbi et celle de la lettre de Madani Mezrag5 laisse clairement voir que les deux sont dans un rapport de connivence avec les pouvoirs publics et qu’ils estiment trahis les termes d’une négociation politico-militaire dont le public ne sait rien.

Que le politique ait été réduit ici à l’exacerbation extrême des tensions idéologiques qui travaillent le corps social et que le militaire se résume à l’acte de prendre les armes pour éliminer par la violence un adversaire  est moins un dérapage que l’aboutissement logique d’une conception de l’organisation politico-économique de la société fondée sur la suspension du droit et la manipulation d’un pouvoir de destruction.

Douglass North chez les indigènes

Douglass North, prix Nobel d’économie et grand gourou de la Banque mondiale, de l’Agence française pour le développement et par ricochet d’une large partie des élites sous influence décrit ainsi le type d’Etat que nous voyons se mettre en place : « Les Etats naturels partagent quatre éléments qui les caractérisent comme un « modèle d’accès limité’’. Ce modèle se définit par : 1)- Une économie à croissance lente, vulnérable aux chocs. 2)-  Des régimes politiques sans consentement généralisé des administrés. 3)- Un Etat plus réduit et plus centralisé. 4)- Une prédominance des relations sociales organisées sur un mode personnel reposant sur des privilèges, une hiérarchie sociale, des lois appliquées au cas par cas, des droits de propriété fragiles et le présupposé que tous les individus ne sont pas égaux. »6

Cette inégalité entre citoyens réclamée ouvertement aujourd’hui a profité en le manipulant et en l’exacerbant d’un clivage de la société algérienne  que décrit par Djamel Guerid : « … En Algérie, ce sont deux sociétés différentes appartenant à deux cultures différentes qui se font face et chacune, par l’intermédiaire de son élite, s’efforce d’asseoir son hégémonie sur l’ensemble social tout entier. Ce qui distingue cet effort est qu’il vise l’effacement de l’autre, son « éradication »(…) La question qui est aujourd’hui la nôtre, est la question de la dualité et de l’opposition des deux tendances qui travaillent en profondeur la société algérienne et son élite.»7 Loin de tout essentialisme Guerid rappelle les conditions historiques qui ont présidé à cette fracture et cite Harbi : «  L’Algérie est entrée au XIXème siècle sous l’égide de la colonisation  dans un processus de modernisation forcée. Ce n’est donc pas sous l’effet d’une évolution interne, par développement naturel, que la société s’est modifiée. Ce changement était d’autant plus douloureusement ressenti qu’il s’est accompli rapidement dans l’assujettissement et la violence. L’unité du socle culturel est brisée. Le traumatisme qui en est résulté perdure encore. Le passé est toujours présent(…) parce que nombre d’algériens ont perdu leurs repères et sont encore trop ébranlés pour examiner objectivement leur histoire. Ils continuent à s’affronter autour des enjeux de mémoire et opposent les ruptures politiques et sociales intervenues, à la continuité du pays ».8

Après 20 ans de guerre, de pertes humaines inestimables et de destruction innombrables on débouche sur une reconfiguration de la scène politique, non au profit de l’une ou l’autre des élites en conflit, mais au profit de leur insertion dans un cadre global où la violence joue un rôle déterminant et permanent.

Derrière l’hostilité caricaturale au changement politique, le choix opéré par le pouvoir en faveur de la gestion du politique par la violence a concouru à sa généralisation.
Ne pouvant mettre ‘’un soldat derrière chaque citoyen pour assurer l’ordre’’, comme s’en était plaint un responsable militaire, le système, en rusant avec l’histoire, peut aujourd’hui mettre derrière chaque citoyen, armé ou non, un autre citoyen armé. Que ce dernier soit un « terroriste repenti » un «patriote armé » un «notable intouchable» ou un délinquant. La recomposition violente de l’espace public débouche sur un état de guerre civile latente après des années d’horreurs de grande ampleur. Et qui ne demande qu’à être réveillée faute de solution sérieuse à des problèmes de fond.
___________________________

1 Article paru dans El Watan 31 Août 2008, et déclaration de la LADH.
2 Journaliste d’El Watan Abdelhaï Beliardouh qui s’était opposé à Saâd Garboussi ( à l’époque président de la Chambre de commerce et d’industrie de Nemmenchas, englobant deux wilayas, Tébessa et Souk Ahras.)
3 Réf : Giorgio Agemben : ETAT D’EXCEPTION, homo sacer, Paris, éditions du seuil, 2003.
4 Interview publié par les quotidiens le soir d’Algerie et El Watan en date du 9 Juillet 2011
5 Communiqué de Madani Mezrag en date du 15 Juillet 2011.
6 Douglass C. North, John Joseph Wallis et Barry R. Weigast, Violence et orders sociaux, Paris, editions Gallimard, 2010.
7 Djamel Guerrid : L’exception algérienne, la modernisation à l’épreuve de la société, Alger, Casbah Edition, 2007
8 Harbi Mohammed, Préface à Perville G. Les étudiants algériens de l’université française 1880-1962, Alger, Casbah Edition, 1997.

Premier semestre 2011

Algérie : L’excédent commercial en hausse à 13 milliards de dollars

21 juillet 2011

L’excédent commercial de l’Algérie s’est inscrit en hausse pour s’établir à 13,34 milliards de dollars au premier semestre 2011, contre 11,22 milliards durant la même période en 2010, selon le Centre national de l’informatique et des statistiques des douanes (CNIS).

Les exportations ont atteint 36,63 milliards de dollars, contre 31,27 milliards de dollars au cours de la même période de l’année écoulée, en hausse de 17,13 %, a précisé le CNIS. Quant aux importations, elles se sont établies à 23,29 milliards de dollars contre 20,05 milliards de dollars au cours de la même période en 2010, soit une hausse de 16,14 %, indiquent les chiffres provisoires du CNIS.

Sur le montant global des exportations, les hydrocarbures ont représenté 97,15 % en s’établissant à 35,59 milliards de dollars lors des six premiers mois 2011, contre 30,45 milliards de dollars durant la même période de 2010, en hausse de 16,87 %. Les exportations hors hydrocarbures, malgré une hausse de près de 27 % durant les six premiers mois de 2011, demeurent toujours faibles, avec seulement 1,04 milliards de dollars, soit 2,85 % des exportations globales de l’Algérie.

Les principaux produits hors hydrocarbures exportés sont constitués du groupe des demi-produits avec 798 millions de dollars (+30,18 %), des biens alimentaires avec 155 millions de dollars (+ 27,05 %), des produits bruts avec 68 millions de dollars (+13,33 %) et des biens d’équipements industriels avec 15 millions de dollars (+7,14 %), selon la même source. Par ailleurs, les exportations du groupe des biens de consommation non alimentaires ont connu une baisse de 46,15 % totalisant sept millions de dollars durant les six premiers mois 2011, contre 13 millions de dollars à la même période en 2010. Pour les importations, il est constaté une hausse de tous les groupes de la structure à l’exception de celui de l’énergie et lubrifiants, qui a reculé de 34,42 % pour un montant de 404 millions de dollars, note le CNIS. La hausse la plus importante de la structure des importations a été enregistrée par le groupe « alimentation » avec 4,83 milliards de dollars (+59,87 %), « produits bruts » 907 millions (+35,37 %) et des biens de consommation non alimentaires 3,39 milliards de dollars (+28,23 %).

Les autres groupes de produits de la structure des importations ont également connu des hausses, il s’agit des biens d’équipements agricoles avec 218 millions de dollars (+26,74 %) et des biens d’équipements industriels avec 8,19 milliards de dollars en hausse de 5,48 %.

La France toujours premier fournisseur et les Etats-Unis premiers clients

De janvier à juin 2011, les cinq principaux clients de l’Algérie étaient les Etats-Unis (8,29 milliards de dollars), l’Italie (4,91 milliards de dollars), l’Espagne (3,81 milliards de dollars), la France (2,86 milliards de dollars), et les Pays-Bas (2,38 milliards de dollars). Quant aux fournisseurs, la première place est revenue à la France (3,65 milliards de dollars), suivie de l’Italie (2,55 milliards de dollars), la Chine (2,02 milliards de dollars), l’Espagne (1,70 milliards de dollars) et l’Allemagne (1,30 milliard de dollars).

Plus de la moitié des importations proviennent de l’UE

La répartition par régions économiques montre que les pays de l’UE restent toujours les principaux partenaires de l’Algérie, avec 53,78 % des importations et 45,69 % des exportations. Par rapport au premier semestre 2010, les importations en provenance de l’UE ont enregistré une hausse de 19,05 %, passant de 10,52 milliards de dollars à 12,52 milliards de dollars, les exportations de l’Algérie vers ces pays ayant augmenté de 10,69 %, passant de 15,12 milliards de dollars durant le premier semestre 2010 à 16,74 milliards de dollars à la même période en 2011.

Les pays de l’OCDE (hors UE) viennent en deuxième position avec 38,98 % des importations et de 37,76 % des exportations de l’Algérie. Par rapport aux six premiers mois 2010, des augmentations « appréciables » des exportations algériennes ont été réalisées avec ces pays, passant de 11,40 milliards de dollars à 13,84 milliards de dollars, en hausse de 21,36 %, alors que les importations ont diminué de 1,27 %, passant de 3,23 milliards de dollars à 3,13 milliards de dollars. Les échanges commerciaux entre l’Algérie et les autres régions restent marqués par de faibles proportions. Ainsi, le volume global des échanges avec les pays Asiatiques s’est établi à 6,67 milliards de dollars au premier semestre 2011 contre 6,31 milliards de dollars à la même période 2010, enregistrant ainsi une hausse de 5,79 %. Avec les pays arabes (hors UMA), le volume des échanges est passé à 1,35 milliard de dollars au premier semestre 2011, contre 882 millions de dollars, en hausse également de 53,17 %.

Le volume des échanges avec les pays de l’Union du Maghreb Arabe (UMA) a augmenté lui aussi de 55,41 %, passant de 924 millions de dollars durant les six premiers mois 2010 à 1,44 milliard de dollars durant la même période de référence en 2011.

Tags: Algérie Exportation Importation Devises Balance commerciale

Source : El-annabi.com

 


Propos recueillis par Hamid Guemache TSA

Vous venez de publier votre premier livre, « La Martingale algérienne ». Pourquoi avez‑vous décidé de parler maintenant ? 
Parce que nous sommes à une étape de changement fondamental et crucial pour notre pays. Avec l’arrivée au pouvoir des nouvelles générations qui n’ont pas vécu octobre 1988  et qui pensent qu’il faut faire table rase du passé pour réussir. Ces générations se trompent. Il faut au contraire tenir compte du passé et surtout des erreurs passées. J’ai 59 ans, bientôt 60 ans. Je parle à ces jeunes parce qu’il y a une chance qu’il ne faut pas rater. Eux sont prêts, et à un moment où le reste du monde est dans un processus de changement profond.  L’Algérie ne peut rater cette séquence.
 
Que dites-vous dans votre livre ?
Je donne des clés qui permettent de concrétiser la transition, entre l’ancien et le nouveau; entre l’ancienne et la nouvelle génération, à un moment où tout est possible. Il y a un puzzle qui se met en place pour permettre aux nouvelles générations de prendre les destinées du pays. Dans mon livre, il y a des formules pour tenter de comprendre. Ces formules constituent des axes directeurs à partir desquels  je voudrais engager un débat avec la nouvelle génération.
Il faut se rappeler que le Maghreb était fort durant la période préhistorique. C’était une zone d’inventions. Mais nos ancêtres avaient dû quitter leur territoire pour des régions mieux pourvues en eau, indispensable pour tout développement. Aujourd’hui, c’est la première fois qu’on peut faire venir l’eau vers nous, grâce à la technologie et non pas aller vers l’eau, comme l’avaient fait nos ancêtres. La richesse se construit autour de l’eau, de l’agriculture et des richesses du sous‑sol mais bien sûr, surtout de l’homme. Aujourd’hui, nous avons tout pour réussir. On peut ramener l’eau vers nous et on a les compétences humaines. Ne laissons pas le système perdurer. C’est un système destructeur de valeur.
 
 
La transition va‑t‑elle se faire ?
Il faut absolument initier un dialogue avec les jeunes ! Nos prédécesseurs ont fait le 1er novembre 1954, mais ils ont tourné le dos à   leurs prédécesseurs comme Messali Hadj et Ferhat Abbas. Aujourd’hui ils refusent de passer le témoin à la nouvelle génération ; considérant même la mienne comme étant trop jeune. C’est cela qui les a affaiblis face aux manipulations de l’État colonial et c’est cela encore qui ne permet pas, encore aujourd’hui, la construction d’un État moderne. La solidarité des générations est fondamentale dans l’évolution d’un peuple.
 
Quel diagnostic faites‑vous de l’économie algérienne aujourd’hui ?
Il n’y a plus de réflexion sur l’économie algérienne depuis 20 ans. Dans le temps, il y avait un système cohérent, avec le plan, les statistiques, les études stratégiques. Tout cela a été détruit. L’administration et le pouvoir se sont retrouvés sans capacités d’études et de prospectives.
On ne peut parler d’économie. Il y a des décisions administratives, sans soubassement économique, ni idéologique, ni technique. On ne comprend pas s’il y a une politique de création de richesse, une politique industrielle. L’Algérie participe au bon fonctionnement de l’économie mondiale au détriment de la création d’emplois et de sa propre économie. Les augmentations erratiques de salaires, les passations de contrat avec l’étranger sans contreparties en sont des manifestations éloquentes.
Dans le livre, j’essaie d’expliquer que cette situation n’est pas le fait d’un individu, mais d’un processus dans lequel nous nous sommes progressivement installés. Mon message est qu’il est urgent d’engager une réflexion pour sortir des pièges et des impasses dans lesquelles nous stagnons, à la lumière d’une grille d’analyse  qui est précisément le contraire d’une martingale.
 
Vous proposez une refondation de l’État algérien…
Je propose une reconstruction du système politique algérien sur la base de l’expérience internationale mais aussi de l’expérience nationale en remontant jusqu’au néolithique s’il le faut. On ne fait pas de démocratie parlementaire en tournant le dos à la Djemâa (assemblée du village). Nos institutions traditionnelles ont résisté aux épreuves du temps. Calquer des institutions théoriques provoque le rejet des populations. L’homme neuf, issu de la tabula rasa, ne peut être que le produit d’un fascisme ordinaire ou d’esprits dérangés.
A votre avis, le dialogue politique initié par le président Bouteflika va‑t‑il aboutir à de véritables réformes démocratiques ?
Je reviens à mon livre. Je parle de l’économie informelle dont nous savons que son existence est liée à la présence d’un pouvoir informel. C’est dire que nous avons une société civile désignée qui parle avec la façade désignée du Pouvoir. Donc, la réalité du pouvoir, comme celle de la population, n’est pas concernée par le débat. La population n’est pas concernée par les débats actuels, elle en subira pourtant les conséquences.
La situation d’aujourd’hui est la conséquence de ce qui s’est passé depuis 1956 dans notre pays. Au départ, nous n’avions pas pu résoudre la question liée à l’équilibre des pouvoirs. Les choses n’ont fait que se compliquer pour aboutir aujourd’hui à une impasse.
 
Vous avez dirigé la Banque centrale d’Algérie. Cette institution est‑elle indépendante aujourd’hui ?
Lorsqu’on a un pouvoir informel, on ne peut pas avoir une Banque centrale autonome et tenue par le formalisme et la légalité. C’est objectif. Ce n’est pas lié à un gouverneur particulier.

Abderrahmane Hadj Nacer dédicacera son livre, « La Martingale algérienne », samedi prochain à 14 h 30 la librairie du Tiers‑Monde, place Emir Abdelkader, Alger.