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La transitologie: mode d’emploi pour la transition et la démocratie ?

par Tobias Hagmann

Avec la stabilisation des régimes démocratiques en Amérique latine et l’effondrement du régime soviétique, un grand nombre d’économistes, de politologues et de sociologues spécialisés dans la  » transition démocratique  » ont suscité une attention
croissante ces dernières années. En effet, les études sur la démocratisation de régimes autoritaires se sont multipliés dans les revues spécialisées des sciences sociales pour donner naissance à ce qu’on appelle la  » transitologie « .
Ainsi, les maîtres de cette  » proto-science « , attribués de l’étiquette de  » transitologues  » – des auteurs comme Guillermo O’Donnel, Philippe C. Schmitter, Arend Lijphart, Juan J. Linz ou Giovani Sartori –  » prétendent expliquer et, à la fois guider, le passage d’un régime autoritaire à un régime démocratique  » en pratiquant cette discipline(1.). Unifiés dans une approche
comparative à fort penchant quantitatif, ces auteurs visent à démontrer qu’en appliquant un ensemble de concepts et d’hypothèses universels, il est possible d’expliquer et de gérer la transition démocratique dans un pays non-démocratique donné(2.).

Dans ce sens, la transitologie cherche à tirer des généralisations et des leçons à partir de l’observation des démocratisations passées afin de formuler – pour les transitions futures – des recommandations institutionnelles et constitutionnelles ayant souvent un caractère prescriptif excessif(3.). Ainsi, les différentes vagues de démocratisation – ex-puissances fascistes à la fin de la Seconde guerre mondiale, les pays méditerranéens dans les années 70, les régimes autoritaires de l’Amérique du Sud une décennie plus tard et les ex-Républiques soviétiques à l’heure actuelle – constituent le moteur et la source première des réflexions transitologiques(4.). En ce sens, il est intéressant de cerner d’abord la philosophie et les conceptions sous-tendant la transitologie pour pouvoir ensuite analyser le va-et-vient opéré entre les différents passages démocratiques et la  » théorie  » relative.
Le régime autoritaire, et la nécessité impérative de le modifier, constituent le point de départ de tout transitologue. Une analyse exhaustive et systématique(5.) s’ensuit, mettant en perspective tant les conjonctures que les acteurs décisifs pour le destin d’un pays donné, dans le but de réfléchir aux possibilités de démocratisation ou de transfert de « technologie institutionnelle « . L’attachement au changement est au coeur de cette approche et toute la transitologie peut être caractérisée comme  » une entreprise de dévoilement et de prédiction de l’avenir politique « (6.). A part la volonté prononcée d’élaborer des lignes directrices
pour la transition, on retrouve dans la littérature spécialisée un langage révélateur d’une certaine conception prescriptive et déterministe ;
déterministe non pas d’un point de vue épistémologique, mais dans le sens où les  » leçons  » ou  » recettes  » héritées des observations passées sont souvent propagées de manière mécanique(7.). Par conséquent, la transitologie a tendance à généraliser à l’extrême ses théorèmes institutionnels pour arriver à des conclusions qui sont présentées comme des acquis scientifiques.A ce propos Valérie Bunce relève une certaine ironie dans la mesure où les nouveaux régimes politiques de l’Europe de l’Est – après s’être
débarrassé du  » socialisme scientifique  » – sont maintenant informés par des  » experts  » occidentaux qu’il existe  » une démocratie et un capitalisme scientifiques  » imposables du haut vers le bas(8.).

Concernant la relation entre la transitologie et son objet d’étude, on constate que  » de nombreux observateurs des transitions sont devenus acteurs de celle-ci « (9.). L’exemple le plus connu nous est fourni par le sociologue brésilien Fernando Henrique Cardoso qui a gagné une réputation en tant que spécialiste dans le domaine du développement et le la théorie de la dépendance dans les années 70 et qui est devenu président de son pays en 1994. Dans le contexte de la transition et de la stabilisation démocratiques des nouvelles Nations en Europe orientale, on peut observer que les liens entre les transitologues – en premier lieu des économistes et des juristes – et les milieux politiques se sont multipliés au cours de ces dernières années.

A un niveau plus profond, l’essor de la transitologie – et de l’idéal de transition démocratique ainsi véhiculée – témoigne également des bouleversements politiques et idéologiques des deux dernières décennies. Ainsi, on peut considérer que le paradigme
démocratique a désormais réussi à s’imposer comme seul référentiel légitime tant au niveau idéel et scientifique qu’au niveau des formes de gouvernement concrètement adoptées. En théorisant, idéalisant et naturalisant la démocratie représentative telle que nous la connaissons à l’heure actuelle(10.), la transitologie néglige pourtant le fait que le modèle démocratique est le produit de configurations historiques spécifiques et que celles-ci sont également soumises à des transformations. Pour citer Ignacio Ramonet,  » la thèse de Francis Fukuyama sur la  » fin de l’histoire  » pouvait triompher : la démocratie était l’horizon indépassable de tout régime politique « (11.).

Par conséquent, sans vouloir nier les mérites et les effets positifs de la transitologie, on peut s’interroger sur ses capacités analytiques : elle ne propose aucune alternative au modèle de la démocratie libérale et de l’économie de marché ; modèle trop souvent perpétué sans questionnement critique par une certaine ingénierie politico-sociale.

Tobias Hagmann, SSP, Lausanne1 P. C. Schmitter,  » La transitologie : Art ou pseudo-science ? « , dans l’article très complet de
J. Santiso,  » De la condition historique des transitologues en Amérique latine et en Europe centrale et orientale « , in Revue internationale de Politique Comparée, vol. 3, n°1, 1996, p. 43
2 P. C. Schmitter et T. L. Karl,  » The Conceptual Travels of Transitologists and Considologists : How Far to the East Should They Attempt to Go ? « , in Slavic Review, vol. 53, n°1, 1994, p. 173
3 Voir comme exemple représentatif de ce ton péremptoire : A. Lijphart,  » The Southern European Examples of Democratization : Six Lessons for Latin America « , in Government and Opposition, vol. 25, n°1, 1995, pp. 69-84
4 Lire l’article de C. Offe,  » Vers le capitalisme par la construction démocratique ? : la théorie de la démocratie et la triple transition en Europe de l’Est « , in Revue française de science politique, vol. 42, n°6, décembre 1992, pp. 924-925
5 Lire les analyses systématiques élaborées dans le contexte de la démocratisation en Europe et en Amérique du Sud de G. O’Donnell, P. C. Schmitter et L. Whitehead, Transitions from Authoritarian
Rule : Prospects for Democracy, London, John
Hopkins University Press, 1984
6 J. Santiso, op. cit., p. 18
7 Ainsi A. Lijphart a soutenu à plusieurs reprises que la démocratie consociative serait la meilleure médecine pour des sociétés fragmentées, en leur  » prescrivant  » les mesures institutionnelles relatives à sa théorie sur la démocratie consociative.
8 Lire l’article critique de Valérie Bunce,  » Should Transitologists be grounded ? « , in Slavic Review, vol. 54, n°1, 1995, p.116
9 J. Santiso, op. cit., p. 43

10 En matière de typologie démocratique,l’ouvrage de A. Lijphart constitue une référence indispensable. Il est repris de manière quasi dogmatique par la grande majorité des politologues contemporains : A. Lijphart, Democraties : Patterns of Majoritarian and
Consensus Government in Twenty-One Countries, London, Yale University Press, 1984
11 I. Ramonet,  » chancelante démocratie « , in Le Monde diplomatique, octobre 1996, p. 1a contrario, numéro 6 janvier 1998


Ni glaciation, ni guerre civile, ni attentisme pour notre pays

Encore une fois, devant la gravité et l’urgence de ce qui se passe en Algérie à l’occasion de cette psychédélique «élection présidentielle 2014», je ne peux m’empêcher de penser que ce serait criminel, de la part de tout Algérien qui se respecte, de surcroît revêtu du privilège de faire un métier d’intellectuel comme j’en ai l’honneur et le privilège, de demeurer indifférent, encore moins silencieux.

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Levons tout d’abord une tenace ambiguïté à mon sujet, ambiguïté qui me fait de la peine et qui est injuste, entretenue par certains milieux que cela arrange afin de discréditer mes «dérangeants» discours et interventions en me faisant la réputation d’être un «arriviste» qui a «fui l’Algérie pour mener la belle vie ailleurs», doublé d’un nostalgique dangereux cryptocommuniste, sous-produit d’un non moins dangereux cryptoboumédiéniste.

Tous ceux qui me connaissent savent — j’explique cela en détail dans Algérie, entre l’exil et la curée, paru en 1989) — que j’ai été, de diverses mais fermes et efficaces façons, poussé vers la porte de sortie de mon pays dès le milieu des années 1970. C’était la mort dans l’âme et le cœur déchiqueté que ma famille et moi avons pris la voie de l’exil. Avec nos têtes et nos tripes, nous vivons toujours au sein de ce pays que nous aimons sans limites. La plaie est vive et ne se fermera jamais, pour ce qui me concerne. Quant au cryptoboumédiénisme, innombrables sont les témoins qui pourraient attester du fait que j’étais l’un des plus précoces amères critiques de ce système, alors que beaucoup de ceux qui m’en accusent en étaient de zélés adeptes et profiteurs.C’est donc en Algérien, en simple et total Algérien que je lance ce cri à mon pays et à ceux qui pourraient intervenir, avant que ne soit ouverte la voie au pire, afin de stopper immédiatement cette macabre mascarade électorale et tenter de nous mettre sur des pistes qui pourraient sauver le futur.

Quelle que soit la personne «élue» avec l’actuel «système algérie», le scénario mortifère demeurera et s’aggravera très vite, boycott ou non

Tout d’abord, le non-engagement, l’appel au boycott ou le retrait de la course de «figures» comme les Mouloud Hamrouche, Ahmed Benbitour, Soufiane Djilali, Kamel Benkoussa ou encore le général TaharYala… m’incitent à en faire une lecture à la fois mitigée et amère. Une lecture mitigée, d’un côté, parce que j’ignore les vraies motivations (je ne parle pas des motifs déclarés) qui se tissent derrière chacune de ces attitudes en termes de véritables et profondes convictions ou, encore moins, les authentiques différences et distances par rapport aux socles du «système Algérie» tel qu’il a toujours été et tel qu’il est pérennisé par Bouteflika.

Ces «figures» restent, qu’on le veuille ou non, d’une façon ou d’une autre, «redevables» à ce même système pour leur propre «ascension» et, forcément, peu ou prou liées à l’un ou l’autre des clans des «traditionnels» faiseurs de pouvoir en notre pays… Comment imaginer l’avènement de la radicale révolution des mœurs politiques dont on a urgemment besoin ? Une lecture amère, d’un autre côté, parce que je me vois obligé de faire le constat qui semble se dégager, dans nos sphères de prise potentielle du pouvoir, qu’aucune force-tendance suffisamment solide pour réellement modifier en profondeur ou transcender cinquante années de gabegie politique érigée en cynique et ostentatoire mode de gouvernance qui ne dissimule même plus ni sa profonde corruption ni ses pestilentielles pratiques mafieuses.

Cette gabegie devient de plus en plus surréaliste mortifère «système» mais en plus, désormais, hallucinante arrogance d’incompétents-impotents propre à faire rougir Ubu, Néron, Amin Dada et Caligula réunis ! Car rien, absolument rien, en l’état, ne me paraît, à ce que j’observe, pouvoir stopper l’accélération des létales nuisances (et l’action-pouvoir de leurs acteurs enracinés) qui minent le pays. Autant de murailles dressées contre toute évolution (révolution) digne de ce nom.

Calcul de gain politique pour plus tard ? mais quel horizon de «plus tard» pour un pays descendu aussi bas et sous menace d’explosion imminente ?

Sans parler de puissances extérieures fort intéressées par une certaine «continuité» des choses en Algérie : pensons à l’heureux «hasard» de la récente virée algérienne de John Kerry et à l’hallucinante pièce de vaudeville jouée autour de la «traduction» de ses paroles faisant état «d’élections claires et transparentes…» ! Je comprends donc et approuve ces retraits, même s’il peut y avoir d’habiles calculs de plus ou moins basse politique politicienne derrière certains, mais je ne peux résister à me poser la question : in fine, quelle élection de qui aurait été, ou serait, le prélude à la révolution copernicienne dont le système Algérie a besoin ? Quel boycott stoppera une chronique de réélection annoncée, de surcroît ostensiblement souhaitée-appuyée par Washington et consorts ?

Ma lecture serait cependant incomplète si je ne revenais à la question cruciale du rôle de cet énorme lobby montant qu’est le milieu du business en Algérie. Même en proie à de fortes bisbilles entre factions qui ne relèvent pas des mêmes hommes-liges en haut lieu, ce lobby est forcément objectivement porté à plutôt s’accommoder d’une continuité des opacités et magouillages qui tiennent lieu de politiques économiques algériennes qu’à encourager le (vrai) changement. Comment en juger autrement quand à peine 40 membres du FCE sur 500 se présentent à une réunion dont l’objet était le positionnement quant à cette quatrième candidature ? Quand ce lobby finit par adouber officiellement l’inimaginable ? Pour moi donc, la situation est limpide et m’inspire ceci :
1- il est impossible d’imaginer un «challenger» qui ne soit dans l’obligation de s’allier moult appuis occultes de notre sombre «système Algérie» et «alliés internes et externes», y compris parmi la kyrielle de très hauts officiers actuels (presque tous issus de «l’Ouest») nommés et placés par Bouteflika ;
2- il est tout aussi impossible de soutenir ni cautionner une candidature qui ne soit et s’annonce clairement capable d’être en rupture totale (je dis bien totale) avec tout ce qui ce qui touche de près ou de loin à une quelconque «continuité» par rapport au système algérien tel qu’il est depuis pratiquement l’indépendance. Système auquel il convient d’ajouter aujourd’hui les carnages de l’adoption d’une idéologie économique (donc modèle de gouvernance) résolument néolibérale, ce qui n’est pour déplaire à aucune des factions magouilleuses, à commencer par le milieu du business.

On comprendra que je fais ici allusion à ce que, devant l’insondable cul-de-sac dans lequel nous sommes et devant l’impossible attentisme, notre armée se décide à prendre les choses en main car elle reste le dernier recours. Mais c’est une grande question qui est ici posée car elle touche aussi le cœur de ce que j’appelle le «système Algérie». Sans l’ALN, puis l’ANP et ses hauts gradés, à commencer par le défunt Boumediène, rien de consistant sur l’histoire algérienne récente et contemporaine ne peut se dire. Tout d’abord, il est clair que notre armée — en particulier bien sûr, ses hauts officiers — est loin d’être si homogène et monolithique qu’on pourrait le penser.

Tous les cadres de l’ANP, sans doute plus particulièrement parmi les générations promues post-indépendance, ne sont pas, loin s’en faut, des accapareurs tous azimuts, des assoiffés de prestige, de luxe, de pouvoir-hagra ou de sombres éminences grises. Il y a donc, en Algérie, armée et armée, et en particulier les nouvelles générations de hauts gradés capables de penser et agir de façon désintéressée-transcendantale. De surcroît, le rôle historique de cette institution en a toujours fait un élément incontournable parmi les institutions et les interlocuteurs de la politique de notre pays. Elle doit donc prendre, plus que jamais, de grandes responsabilités devant l’histoire.

Notre pays n’en peut tout simplement plus. Les temps de l’amateurisme et des incompétences boulimiques ont atteint leurs ultimes limites. Il y a péril imminent en la demeure Algérie. Il faut absolument que l’unique institution qui en est capable, notre armée, «stoppe tout» immédiatement et convoque en urgence une Assemblée constituante en règle (la Tunisie vient d’en recueillir les fruits, pourquoi pas nous ?) représentative de toutes les tendances politiques, ethniques, régionales… de toute l’Algérie, de tous ses recoins, et veiller à ce qu’elle aboutisse à une seconde République largement appuyée sur le peuple et la société civile, et non pas sur des groupes de pression, de forces ou d’influences instituées telles que la religion, l’argent, la propriété, les clercs de service…

C’est là le scénario de salut public algérien que je privilégie depuis toujours et que je réclame depuis des années : tout effacer et reprendre à zéro ; seule l’amputation rapide et à vif peut venir à bout de la gangrène. Et cette gangrène est aussi profonde que tentaculaire, comme en témoignent les tristes statistiques suivantes concernant le classement et la situation de l’Algérie dans le monde : 185e place (sur 192 pays) dans le Doing Business, 152e place dans la corruption, 175e place dans l’efficacité de l’administration, 134e place dans l’innovation et recherche (sur 141 pays), 146e place dans liberté économique (sur 178 pays)… dépendance dramatique des importations en produits de consommation tels que le sucre (100%),  les légumes secs (85%), les viandes rouges (18%), les huiles végétales (95%), les céréales (70%), les viandes blanches (90%), le lait (57%),  et même… les poissons (11%)… Ajoutons au portrait les avalanches de scandales politico-financiers qui n’en finissent plus (Khalifa, Sonatrach, autoroute Est-Ouest, BRC…), les taux d’inflation et de chômage record, les injustices et inégalités abyssales, l’inéluctable imminente dégringolade des prix mondiaux des hydrocarbures combinée à la non moins inéluctable montée en flèche des prix des produits importés… et nous avons un cocktail si explosif que toute solution «attentiste» ne serait qu’un criminel plongeon vers de bien sombres perspectives.

Peut-être, diront certains, que ce que je propose s’apparente aussi à une forme d’attentisme… soit, mais quel autre choix avons-nous ? Sinon l’espoir qu’un nouveau pouvoir sorti des suffrages du peuple (avec un intérim le plus bref et le plus neutre-intègre possible) puisse nous tracer des voies de sortie, hors les pièges des girons néocolonialistes de type «mondialisation/néolibéralisme» dont on constate chaque jour les carnages et telles que certaines qui ont fait leurs preuves comme en Malaisie, Indonésie, Corée du Sud…

Omar Aktouf : Professeur titulaire, HEC Montréa

Portrait — Hachemi Hamdi (I)

Serial retourneur de veste

La Presse  Enquêter sur ce personnage trouble, attendu comme un messie par les milliers de personnes, notamment à Sidi Bouzid, qui ont voté pour ses listes, plus que controversé et traité de tous les noms par des collectifs de partis et d’avocats, n’a pas été chose aisée. Comment se concentrer sur le passé de Hachemi Hamdi, émaillé de coups de théâtre et de nombreuses zones d’ombre, lorsque son actualité évolue à la vitesse de la lumière ? Comment trouver le fil rouge qui raconterait la vie et la «vérité» de cet homme dont les résultats exceptionnels sortis des urnes du 23 octobre ont déstabilisé plus d’une force politique «historique», alors que chacune de ses déclarations retransmises à partir de sa chaîne de télé «Al Mustakilla», basée à Londres, ou recueillies à travers les stations de TV et de radios nationales provoquent polémiques et créent le buzz sur les réseaux sociaux ?

Enquêter sur ce personnage trouble, attendu comme un messie par les milliers de personnes, notamment à Sidi Bouzid, qui ont voté pour ses listes, plus que controversé et traité de tous les noms par des collectifs de partis et d’avocats, n’a pas été chose aisée. Comment se concentrer sur le passé de Hachemi Hamdi, émaillé de coups de théâtre et de nombreuses zones d’ombre, lorsque son actualité évolue à la vitesse de la lumière ? Comment trouver le fil rouge qui raconterait la vie et la «vérité» de cet homme, dont les résultats exceptionnels sortis des urnes du 23 octobre ont déstabilisé plus d’une force politique «historique», alors que chacune de ses déclarations retransmises à partir de sa chaîne de télé «Al Mustakilla», basée à Londres, ou recueillies à travers les stations de TV et de radios nationales provoquent polémiques et créent le buzz sur les réseaux sociaux ?
Le long d’un parcours déroutant, incohérent, Hachemi Hamdi* apparaît comme un sérial retourneur de vestes. Qu’est-ce qui le fait courir ? Probablement la fascination du pouvoir et ce besoin acharné d’être toujours sous les lumières y compris lorsqu’il a comme aujourd’hui, à force de coaliser avec des formations politiques de tous bords, de droite comme de gauche, épuisé toutes ses cartes…

Une jeunesse islamiste

Mohamed Hachemi Hamdi est né en 1962 à El Hawamed, village situé à 12 km de Sidi Bouzid et portant comme emblème le nom d’une importante tribu du Centre-Ouest du pays, celle de Hachemi. Dans l’un de ses talk-shows sur «Al Mustakella», l’homme a affirmé s’apparenter à «la lignée du Prophète Mohamed». Sa famille fait partie de la modeste notabilité du village. «Ce sont de petites gens à la moralité irréprochable, religieux mais sans extrémisme», assure Lazhar Hamdi, fervent supporter du fondateur de la chaîne britannique. Il poursuit ses études secondaires à Sidi Bouzid et se voit grâce à ses talents de récitateur du Coran propulsé par le directeur imam de son lycée. Le Mouvement de la tendance islamique (MTI) repère ce garçon, orateur doué, plein d’assurance, qui présente tous les signes extérieurs d’un bon dirigeant. Il s’en mordra les doigts quelques années plus tard…
Hachemi Hamdi  deviendra une fois monté à Tunis pour poursuivre des études en langues et lettres arabes à La Manouba l’un des leaders les plus influents du mouvement islamique à l’université au début des années 80. Années où il fera deux courts séjours en prison, en 1983 et en 1984, tout en poursuivant des collaborations régulières avec le journal Essabah et les revues Le Maghreb et Errai.
«De quelle souffrance parlez-vous ? C’est une prison quatre étoiles de luxe, celle qu’a connue Hachemi Hamdi. Notre repère à nous c’est combien de «rôtis», de noyades ou d’électrocutions nos hommes ont subis. Il n’a rien enduré de tout cela», insiste Zoubeïr Chehoudi, membre de l’Instance constitutive d’Ennahdha.

Un agent double ?

Hachemi fuit le pays en 1987 au moment où Bourguiba poursuit et condamne des milliers d’islamistes à de lourdes peines. A Londres, il se spécialise dans l’histoire et les études islamiques et décroche en 1996 le titre qu’il aime tellement arborer «docteur ès lettres». A Londres, il continue à militer avec les islamistes et se rapproche beaucoup d’un autre exilé tunisien dans la capitale britannique… Rached Ghannouchi, dont il devient le bras droit.
A quand remontent ses liaisons dangereuses avec le président Ben Ali ? Aurait-il été un agent double, lui dont le journal Al Mustakella se vendait d’après notre confrère Najeh M’barek du quotidien le Maghreb (l’édition du 26 octobre) en Tunisie depuis 1993? En tout cas, le début du lourd contentieux qui oppose Hachemi Hamdi au Mouvement islamique tunisien, baptisé depuis 1989 Hezb Ennahdha (parti de la Renaissance), commence selon Slah Eddine Jourchi, journaliste, ex militant MTI et activiste des droits de l’Homme, avec la publication en 1996 et en anglais du futur Docteur de sa thèse dans laquelle «il divulgue des documents secrets du mouvement que les services secrets du pays hôte exploitera à souhait».
Trahison suprême. Exclusion d’Ennahdha. Hachemi entre dans la dissidence. En 1999, il lance sa télévision et commence à jouer les intermédiaires entre le pouvoir tunisien et les islamistes en difficulté, les prisonniers, ceux interdits de passeports, de droits sociaux. Chose qui affole les dirigeants d’Ennahdha. L’ombre de la fitna (discorde) rôde : «Ils ont considéré la mobilisation de Hamdi en faveur des leurs comme une volonté préméditée pour créer une scission au sein du mouvement», ajoute Slah Eddine Jourchi. Voilà ce qui explique d’une part le veto opposé par Rached Ghannouchi et Hamadi Jebali au moindre dialogue, à la moindre coalition avec les listes indépendantes de la Pétition populaire que dirige Hechmi Hamdi et qui ont raflé 25 sièges aux élections de l’Assemblée constituante avant que l’Isie ne décide le 27 octobre dernier d’invalider six listes. Et d’autre part, le refus catégorique et visiblement terrorisé perceptible à travers l’écran du fondateur d’Al Mustakella de réintégrer le pays tant que Jebali serait l’élu favori au poste de prochain chef du gouvernement (voir La Presse d’hier).

Le Docteur contre le Président

Mais pourquoi la lune de miel entre le Docteur et le Président s’arrête-t-elle net ?
A la fin de l’année 2000, Hachemi Hamdi ouvre sa télé aux opposants les plus acharnés au régime de Ben Ali. Dans un article intitulé «Internalisation du champ télévisuel en Tunisie», le sociologue des médias Riadh Ferjani écrit* : «L’émission intitulée Al Maghrib Al Kabir (le Grand Maghreb), mais exclusivement consacrée à la Tunisie, fera, dès le départ, l’objet d’un débat au sein de la société tunisienne puisqu’elle donne la parole aux personnalités de l’opposition démocratique non reconnue par les autorités. De Mohamed Charfi, ancien ministre de l’Education nationale, à Moncef Marzouki, ex-président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, en passant par Omar S’habou, figure du journalisme indépendant, exilé en France, les bêtes noires du gouvernement ont pu s’exprimer librement sur les antennes d’Al Mustakilla, devant une chaise vide réservée au représentant du pouvoir. Ce dernier, tout comme le mouvement islamiste Ennahdha, n’a jamais daigné répondre aux sollicitations répétées de Hachemi Hamdi».
L’émission Al Maghrib Al kabir, diffusée dimanche après-midi, provoque en Tunisie la fureur des autorités et une campagne médiatique se déchaîné dès le mois de juin 2001 contre son initiateur jugé sur les pages du journal La Presse d’«intégriste intégral», de «traître», d’«espion». Sa télévision est taxée d’«écran de la honte».  En juin 2001, Sihem Ben Sedrine, porte-parole du Conseil national pour les libertés en Tunisie interviewée par Al Mustakilla révélera des noms de personnalités mêlées à des affaires de corruption.  A son retour de Londres, elle sera interceptée dès son arrivée à l’aéroport de Tunis Carthage et emprisonnée pendant plus d’un mois…

A suivre …..

(Demain : à l’ombre du RCD)

(*) Contacté à Londres au téléphone pour une demande d’interview, Hachemi Hamdi après avoir accepté avec un  enthousiasme apparent notre proposition, n’a pas répondu à nos questions envoyées par email. Nous attendons toujours…
(*) Article publié dans l’ouvrage collectif : «La Mondialisation des médias contre la censure», sous la direction de Tristan Mattelart, Paris, Ina-Deboeck, 2003.

source; http://www.lapresse.tn

 


Les blogueurs du Printemps arabe en conclave à Tunis

Quelque 200 blogueurs arabes se retrouvent aujourd’hui à Tunis pour débattre du cyberactivisme et du rôle politique des réseaux sociaux, pour la première rencontre de ce genre depuis le déclenchement du Printemps arabe, a-t-on appris hier auprès des organisateurs tunisiens.

La troisième Rencontre des blogueurs arabes – les deux précédentes s’étaient tenues à Beyrouth en 2008 et 2009 – aura pour thème principal le rôle des cyberactivistes en période de transition démocratique, a indiqué à l’AFP Malek Khadraoui, co-organisateur de l’événement et administrateur du site collectif tunisien Nawaat. «C’est une rencontre exceptionnelle. Il y a eu trois révolutions arabes, et la plupart des blogueurs invités ont été impliqués dans ces révolutions, cela va leur permettre de se rencontrer et de développer les réseaux de solidarité», a-t-il ajouté. «Nous allons réfléchir ensemble aux nouveaux défis, évoquer les mouvements en cours en Syrie, à Bahreïn, au Yémen…», a-t-il poursuivi, soulignant le côté symbolique de la tenue de cette rencontre en Tunisie, «pays qui a ouvert le bal des révolutions arabes».

Le forum durera trois jours et abordera des thèmes tels que l’implication des blogueurs dans la vie politique, notamment en Tunisie où sept d’entre eux sont candidats à l’élection du 23 octobre, le rôle de WikiLeaks dans le Printemps arabe, la fiabilité des informations sur Twitter ou facebook…Cette rencontre se tient aussi alors que les noms de blogueurs arabes tels que la Tunisienne Lina Ben Mhenni, qui a tenu la chronique de la révolution sur internet, ou le cybermilitant égyptien Wael Ghonim, circulent pour le prix Nobel de la paix, qui sera remis le 7 octobre à Oslo.

AFP

 

 

L’étincelle allumée par Mohamed Bouazizi en Tunisie au mois de décembre 2010 a enflammé les masses arabes opprimées du Maroc à Bahreïn, de l’Egypte au Yémen en passant par l’Irak, la Syrie et la Jordanie. Aucun pays n’a véritablement échappé à cette vague de révoltes qui a déferlé sur le monde arabe. Une profonde aspiration à la démocratie et à la dignité s’est emparée des peuples de cette région du monde. Deux dictateurs sont déjà tombés. Le troisième, Ali Abdallah Saleh restera probablement en Arabie Saoudite en compagnie de Ben Ali. En tout cas le peuple du Yémen considère que son départ est sans retour. Mais les révolutions et les contre-révolutions vont de pair. La révolution arabe n’a pas échappé à cette dialectique de la lutte des classes.

Les classes dirigeantes arabes, avec l’aide de l’impérialisme américain, font tout pour se maintenir au pouvoir, et celles qui l’ont déjà perdu, n’aspirent qu’à le reprendre. Surpris par la rapidité avec laquelle les régimes tunisien et égyptien sont tombés, l’impérialisme américain et son caniche européen tentent de sauver les autres despotes de la colère de leurs peuples. Ainsi ils ont envoyé le 14 mars 2011 l’armée saoudienne à Bahreïn, dans le cadre du Conseil de Coopération du Golfe(CCG), pour briser la révolte du peuple de ce petit royaume et sauver la dynastie des Al Khalifa dont les jours étaient comptés. La place de la Perle, haut lieu de la résistance populaire a été évacuée dans le sang le 16 mars et son monument a été détruit comme l’ont été également plusieurs mosquées. «Tous les moyens, dont les plus abjects et les plus infâmes, sont utilisés pour briser cette magnifique volonté de changement du peuple de Bahreïn»(1). La répression sauvage contre un mouvement pacifique reste la seule arme dont dispose la classe dirigeante et ses alliés extérieurs pour se maintenir au pouvoir. Le 22 juin 2011, un tribunal spécial a condamné à perpétuité huit personnalités, figures emblématiques de la contestation du Royaume. La famille Al-Khalifa poursuit également devant ses tribunaux 48 chirurgiens, médecins, infirmières les accusant de vouloir renverser la monarchie, alors qu’ils ne faisaient que soigner les manifestants pacifiques blessés par les balles de la police du régime. Le silence complice des bourgeoisies américaine et européenne sur les condamnations à mort, les tortures, les assassinats et la répression féroce des manifestations pacifiques, la poursuite devant les tribunaux des médecins etc. montre à quel point l’impérialisme est l’ennemi des peuples, de la démocratie et du progrès.

Au Yémen, malgré un puissant mouvement populaire de protestation, Ali Abdallah Saleh au pouvoir depuis 1978 n’a pu se maintenir à la tête de l’État que grâce, entre autres, au soutien de Washington. Le dictateur du Yémen est considéré par les américains comme un allié dans ce qu’ils appellent «la lutte contre le terrorisme». Si le peuple du Yémen a enregistré sa première victoire avec le départ de Saleh en Arabie Saoudite pour se faire soigner, le régime et ses institutions sont toujours en place. La contre-révolution menée par les États-Unis et l’Arabie Saoudite vont utiliser la situation chaotique que connaît le Yémen, les divisions qui déchirent les différents acteurs et opposants d’Ali Saleh, la révolte des Houthis au Nord, les sécessionnistes au Sud etc. pour détourner les objectifs de la révolution au profit d’un nouveau régime qui servira leurs intérêts. Selon le New York Times du 8 juin 2011, Washington intensifie ses frappes aériennes au Yémen (2). Encore une fois, la lutte contre Al Qaida sert de prétexte pour s’immiscer dans les affaires intérieures des pays souverains. En fait ce qui intéresse surtout les États-Unis, c’est la situation géostratégique du Yémen. Ce n’est pas la lutte contre le terrorisme qui pousse la bourgeoisie américaine à s’installer dans cette région, mais c’est bel et bien le détroit de Bāb al-Mandab et le Golfe d’Aden, deux voies maritimes par lesquelles transite une partie importante du commerce mondial dont une bonne part de pétrole à destination de la Chine et de l’Europe.

La France, qui a toujours soutenu Ali Abdallah Saleh, n’a pas de présence véritable dans cette région. En échange de quelques contrats liés à la vente du matériel de défense et de sécurité notamment, elle a décoré de la légion d’honneur en 2010 Amar Saleh, neveu du président et directeur-adjoint de la sécurité nationale, qui s’est illustré par sa cruauté dans la répression des manifestants.

De ce chaos yéménite, émerge le mouvement des jeunes révolutionnaires dont le but est de construire un Yémen uni, démocratique et moderne(3). Leur ennemi est le régime d’Ali Saleh qu’ils veulent renverser pacifiquement. La contre-révolution intérieure et extérieure mobilisera tous les moyens dont elle dispose pour contrecarrer et anéantir ce projet révolutionnaire. Seul le temps nous dira si la révolution triomphera de l’ensemble de ses ennemis et mettra le Yémen sur la voie de la démocratie et des réformes sociales progressistes.

La situation en Libye est différente de celle de Bahreïn et du Yémen. La fuite de Ben Ali vers l’Arabie Saoudite le 14 janvier 2011 a soulevé un immense espoir de changement dans tout le monde arabe. S’adressant au peuple tunisien non pas pour le féliciter, mais pour regretter le départ de son ami dictateur, Kadhafi déclarait avec beaucoup de mépris et d’arrogance : «Vous avez subi une grande perte (…) Il n’y a pas mieux que Zine(El Abidine Ben Ali) pour gouverner la Tunisie,(…) Je n’espère pas seulement qu’il reste jusqu’à 2014, mais à vie» (4). Ainsi parlait Kadhafi de la révolution tunisienne. Pour lui comme pour tous les dictateurs, le pouvoir n’est pas un moyen mais une fin en soi; le pouvoir pour le pouvoir. Après 42 ans de règne sans partage, la Libye de Kadhafi est encore une société archaïque et tribale alors que le pays regorge de pétrole et de gaz naturel. Kadhafi comme l’écrivait à juste titre Samir Amin «n’a jamais été qu’un polichinelle dont le vide de la pensée trouve son reflet dans son fameux «Livre vert» »(5). Tantôt socialiste, tantôt nationaliste, Kadhafi n’a réellement jamais été ni l’un ni l’autre. Bien avant les révoltes des peuples arabes, il avait engagé la Libye sur la voie du libéralisme en ouvrant l’exploitation de sa richesse pétrolière et gazière aux compagnies américaines et européennes. Commence alors une période marquée par les privatisations, les réductions des dépenses publiques et l’explosion du chômage. Ces difficultés économiques et sociales, conséquences des politiques libérales, combinées aux soulèvements populaires qui ont chassé Ben Ali et Moubarak dans la Tunisie et l’Égypte voisines ont probablement entraîné l’explosion de février 2011. Ces événements traduisent en même temps la volonté du peuple libyen, comme les autres peuples de la région, d’un changement profond. Mais la Libye n’est ni la Tunisie ni l’Égypte. Dès le départ, cette aspiration au changement du peuple libyen a été confisquée par des groupes armés qui veulent prendre la place de Kadhafi. Le contraste est saisissant entre les masses tunisiennes et égyptiennes qui ont renversé les deux dictateurs pacifiquement, et le Conseil National de Transition libyen (CNT) livrant une véritable guerre au régime de Khadafi pour s’emparer du pouvoir. Le monde entier a vu ces images d’hommes et de femmes scander à l’unisson «Ben Ali dégage» sur l’avenue Bourguiba, ou sur la désormais célèbre place Tahrir des centaines de milliers d’égyptiens exiger pacifiquement le départ de Moubarak. De la Libye, nous avons surtout vu, avant l’intervention de l’OTAN, des hommes en treillis surarmés, des pick-up équipés d’armes antiaériennes, des ruines, des cadavres, bref des images d’une véritable guerre civile entre l’armée d’un despote et un gouvernement provisoire autoproclamé qui parle au nom des libyens et téléguidé par l’impérialisme américain et européen. Car le CNT n’a pas tardé à faire appel à l’OTAN pour renverser le régime de Kadhafi. Et c’est le Conseil de Coopération du Golfe qui a demandé une réunion extraordinaire de la Ligue arabe et a invité «le Conseil de sécurité de l’ONU à protéger les civils libyens, notamment à l’aide d’une zone d’exclusion aérienne».Ce sont ceux-là mêmes qui massacrent des manifestants pacifiques à Bahreïn et qui exigent la protection des civils en Libye!! Le CCG, instrument de l’impérialisme américain, joue de plus en plus le rôle de la contre-révolution dans le monde arabe.

Depuis son intervention en Libye, combien de victimes civiles innocentes sont tombées sous les bombes de l’OTAN ? Dans la nuit du samedi 18 juin, l’OTAN a mené un raid aérien sur un quartier populaire de Tripoli faisant plusieurs morts dont deux enfants. Les corps ont été retirés des décombres devant la presse mondiale. Il ne s’agit là que d’un crime en plus parmi les innombrables massacres de la bourgeoisie occidentale commis à travers le monde, loin des États-Unis et de l’Europe. En guise de protéger les civils, on les massacre!!

La volonté de l’impérialisme de pomper, à l’instar d’un vampire, le pétrole libyen est sans limite. Il est prêt à sacrifier autant de vies humaines que nécessaire pour assouvir sa soif de l’or noir dont il a besoin pour faire tourner sa machine économique, base matérielle de sa domination (6).

En Syrie, le parti Baath est confronté à son tour à cette formidable volonté de changement qui secoue le monde arabe. Le peuple syrien, à l’instar des autres peuples arabes, aspire profondément lui aussi au changement, à la liberté et à la démocratie. Même Bachar Al Assad a reconnu dans son discours du 20 juin 2011 la nécessité des réformes :«le processus de réformes est une conviction totale dans l’intérêt de la patrie et aucune personne raisonnable ne peut aller à l’encontre de la volonté du peuple» disait-il. Mais le parti Baath au pouvoir depuis 1963 peut-il répondre à cette aspiration vusa base sociale petite bourgeoise et sa nature policière dont les deux piliers restent l’armée et les services secrets, les fameuses et redoutables «Moukhabarat»? C’est ce qui explique, entre autres, le nombre important de victimes.

Le Baath syrien s’est éloigné lui-même de sa propre idéologie nationaliste panarabe (une espèce de foi mystique dans la nation arabe) et laïque. La renaissance arabe(baath signifie en arabe renaissance, résurrection) a été abandonnée. Le parti Baath qui était au pouvoir en Syrie et en Irak n’a jamais réussi à unir ces deux pays. La laïcité est restée un concept creux, vide de tout sens et le parti est devenu un instrument entre les mains de militaires assoiffés de pouvoir. Hafez Al Assad est le principal bénéficiaire de cette dégénérescence du parti. La Syrie est devenue la propriété privée du clan Al Assad. La priorité des priorités est de garder le pouvoir non pas pour transformer la société et sortir la Syrie du sous développement en menant des réformes sociales progressistes, mais pour le pouvoir lui-même. La rhétorique anti-sioniste du régime contraste cruellement avec sa passivité face à l’occupation du plateau du Golan par Israël. Le statu quo reste le meilleur garant de l’hégémonie de l’État sioniste dans la région et la négation des droits du peuple palestinien.

Pour Israël, qui semble regretter quelque peu cette remarquable stabilité, l’affaiblissement du régime syrien risquerait de précipiter celui-ci dans les bras de l’Iran, son principal ennemi dans la région.

Mais l’opposition actuelle représente-t-elle vraiment le peuple syrien? Quel est son programme ?

Quelle est l’influence des Frères musulmans, des hommes d’affaires et de la réaction en général au sein de cette opposition? Quel est le rôle de la Turquie dans ce mouvement de protestation? Pour l’instant l’opposition se contente de slogans et de vouloir renverser le régime. La conférence d’Antalya, financée par la riche famille Wassim Sanqar, qui a réuni du 31 mai au 3 juin 2011 quelques centaines d’opposants n’a pas vraiment apporté de réponses à ces interrogations. Toutefois la déclaration finale des participants affirme «le rejet sans équivoque d’une intervention militaire étrangère» (7).

La manipulation de l’opposition par l’impérialisme pour casser l’axe Syrie/ Iran / Hezbollah / Hamas n’est pas à exclure non plus.

Au Maroc, le Mouvement du 20 février exige une monarchie parlementaire où le roi règne mais ne gouverne pas. C’est une véritable révolution pour un pays habitué à être gouverné par des rois depuis des siècles.

A la suite des manifestations pacifiques, Mohamed VI est intervenu à la télévision le 9 mars pour annoncer un ensemble de réformes constitutionnelles importantes comme le «renforcement du statut du Premier ministre en tant que chef d’un pouvoir exécutif effectif», la «consolidation du principe de séparation et d’équilibre des pouvoirs», ou encore «l’élargissement du champ des libertés individuelles et collectives» etc. Il a désigné une commission ad hoc pour la révision de la constitution. Le 17 juin le roi du Maroc a présenté le projet de la nouvelle constitution qui sera soumis au référendum le premier juillet 2011. La plupart des partis politiques plus ou moins liés au pouvoir, la Confédération générale des entreprises du Maroc(patronat) ont applaudi chaleureusement ce projet comme d’ailleurs l’Union européenne, l’Administration Obama, l’ONU, le FMI etc.

Par contre, le Mouvement du 20 février estime que ni le discours, ni le projet de la nouvelle constitution ne répondent aux aspirations profondes du peuple marocain à un véritable changement. Pour le Mouvement, la constitution doit être votée par une assemblée constituante elle-même élue démocratiquement. Le Mouvement du 20 février appelle le peuple marocain à poursuivre le combat «historique et pacifique contre l’oppression, la corruption et pour la liberté, la dignité et la justice sociale» par des marches pacifiques dans tout le pays et à boycotter le référendum. Il faut préciser par ailleurs que si la direction de l’Union Socialistes des Forces Populaires (USFP) a appelé à voter pour le projet, sa base notamment sa jeunesse appelle, elle, à voter contre.

De son côté, le pouvoir mobilise tous les moyens dont il dispose y compris le recours au lumpenproletariat pour casser la dynamique créée par le Mouvement et faire voter le projet de la nouvelle constitution.

La résistance au changement est menée sur le plan intérieur, pour simplifier au maximum, par la bourgeoisie marocaine tant industrielle que financière très liée au Makhzen (appareil du pouvoir au Maroc), les grands propriétaires terriens, les partis politiques qui depuis de longues décennies ont accepté les règles du jeu politique tracées par le pouvoir. Sur le plan extérieur, nous retrouvons, comme dans tous les pays arabes, l’impérialisme américain et européen qui sont farouchement contre tout changement aussi minime soit-il. Car le processus de changement en cours est fondamentalement en contradiction avec l’immobilisme et le statu quo garants de leurs intérêts. Face à ce bloc réactionnaire se dresse l’ensemble des couches populaires et même la classe moyenne laminée par la mondialisation capitaliste. Les jeunes issus de ces deux classes dont une bonne partie d’entre eux souffrent du chômage ou survivent avec des petits boulots, sont à la pointe de la contestation. Leur maîtrise de la technologie de l’information et de la communication les a aidés à dépasser l’idéologie dominante véhiculée notamment par les grands médias au service du pouvoir.

En Égypte, la contre-révolution est menée par la bourgeoisie (avec toutes ses fractions civiles, militaires, religieuses etc.) et les grands propriétaires terriens. Ces deux composantes de la réaction sont intimement liées à l’impérialisme américain et ses institutions internationales comme le FMI, La Banque mondiale etc. La contre-révolution ne cherche pas à «ressusciter» l’ancien régime qui a fait son temps, mais à limiter l’ampleur des changements démocratiques et surtout détourner les objectifs de la révolution pour sauvegarder ses propres intérêts. Ce bloc réactionnaire utilise non seulement l’État et son appareil, mais également les organisations politiques notamment la confrérie des Frères musulmans pour atteindre ses objectifs. Rappelons que ce courant politique conservateur était le dernier à rejoindre le soulèvement populaire et le premier à le quitter pour aller «dialoguer» avec le vice-président Omar Souleiman qui, dans une ultime tentative de sauver le régime de Moubarak, avait appelé au dialogue national. La révolution égyptienne du 25 janvier est démocratique et non religieuse. Les États-Unis peuvent jouer la carte des Frères musulmans pour éviter une Égypte démocratique qui remettrait en cause les intérêts de l’impérialisme et d’Israël dans la région.

L’Administration Obama ne se contente pas seulement de déverser directement des milliards de dollars sur le nouveau pouvoir égyptien pour le maintenir dans sa dépendance, mais elle utilise également le FMI, ennemi de tous les peuples, pour ancrer l’économie égyptienne dans le libéralisme à travers ses programmes d’ajustement structurel (PAS) condition essentielle de sa dépendance vis à vis de la mondialisation capitaliste. C’est ce qui explique cette précipitation du FMI à accorder 3 milliards de dollars début juin 2011 au gouvernement égyptien. Les monarchies du Golfe, qui jouent le rôle de la contre-révolution dans le monde arabe, ne sont pas en reste. L’Arabie Saoudite et le Qatar veulent également «aider» au redressement de l’économie égyptienne en investissant 14 milliards de dollars notamment dans le secteur de la presse pour mieux contrôler les médias égyptiens et propager leur idéologie réactionnaire. Au sommet du G8 à Deauville, les dirigeants ont évoqué un «partenariat durable» avec les nouveaux régimes tunisien et égyptien.

Conscient des dangers qui guettent la révolution, le peuple d’Égypte descend régulièrement dans la rue pour rappeler au Conseil suprême des forces armées(CSFA), qui dirige la transition, et à la contre-révolution, son attachement aux objectifs de la révolution et qu’il est prêt à se mobiliser massivement à nouveau pour les réaliser. Ainsi une immense manifestation a réuni plusieurs millions d’égyptiens dans tout le pays le vendredi 27 mai. Le 8 juillet 2011, les jeunes révolutionnaires appellent les citoyens à manifester massivement «pour protéger la révolution». Le combat du peuple égyptien pour la démocratie et la justice sociale est un combat permanent.

En Tunisie, d’où est partie l’étincelle qui a embrasé tout le monde arabe (8), la contre-révolution est partout. Car si la tête du régime est tombée, son corps est toujours là. Les figures familières de l’ancien régime sont omniprésentes, à commencer par Fouad Mebazaâ l’actuel président par intérim de la Tunisie.Les difficultés économiques constituent un obstacle de taille que la contre-révolution n’hésitera pas à exploiter, d’une manière ou d’une autre, pour briser la jeune révolution tunisienne. C’est aussi un prétexte supplémentaire pour les États-Unis et la France en collaboration avec la bourgeoisie locale d’ enfermer la Tunisie dans des stratégies économiques ultra-libérales à travers notamment les prêts du FMI et de la Banque mondiale.

Mais le véritable danger qui guette la révolution tunisienne, et toutes les révolutions en général, est la déception des classes populaires qui voulaient révolutionner leur condition d’existence, et qui constatent que celles-ci n’ont pratiquement pas changé. Elles avaient mis tout leur espoir dans la révolution. Les chômeurs, qui se comptent par centaines de milliers, sont déçus. Beaucoup d’entre eux, tentés par une vie meilleure en Europe (qui les expulse sans scrupules), quittent la Tunisie. Les mesures prises par le gouvernement (allocations versées aux familles pauvres, titularisation d’une partie des précaires dans la fonction publique, subventions des produits de première nécessité, politique de réinsertion des jeunes diplômés à travers le programme Amal etc.)sont peu visibles, car sans effet réel sur les plus démunis. Trotsky avait raison lorsqu’il a écrit en 1926 que «La désillusion d’une partie considérable des masses opprimées dans les acquis immédiats de la révolution et le déclin de l’énergie et de l’activité révolutionnaire de classe engendre un regain de confiance parmi les classes contre-révolutionnaires»(9).

La révolution et la contre-révolution dans le monde arabe sont le produit de la lutte des classes. Ce sont les conditions matérielles d’existence inhumaines de larges fractions des couches populaires qui ont produit ces soulèvements. Le refus de la démocratie et la résistance à tout changement des bourgeoisies locales et de l’impérialisme, responsables de décennies entières d’exploitation et d’humiliation, montrent que la révolution est un combat de longue haleine. Mais la contre-révolution a également ses propres limites. Les États-Unis sont empêtrés dans une crise économique et financière dont ils n’arrivent pas à s’en sortir. La chambre des représentants a adopté le 13 juin 2011 un amendement interdisant d’utiliser les fonds pour financer l’intervention en Libye. Les États-Unis n’ont plus les moyens, comme il y a encore quelques années, de leurs ambitions. L’échec cuisant de leurs interventions en Irak et en Afghanistan sont des exemples de l’affaiblissement de l’impérialisme américain. L’Arabie Saoudite elle-même doit affronter le rejet du statu quo et la profonde aspiration au changement du peuple saoudien. Sur les réseaux sociaux, les jeunes s’expriment aussi et préparent l’avenir qui passera nécessairement par la contestation de la monarchie. La convergence des luttes des peuples du sud et du nord de la méditerranée peut ouvrir des perspectives plus lumineuses. Et comme l’écrivait le romancier et journaliste yéménite Ahmad Zein dans sa lettre à Mohamed Bouazizi :

«Plus rien n’est impossible depuis que tu as ouvert la route avec ton corps qui continue de brûler comme une torche de lumière dans l’esprit des peuples».

Mohamed Belaali

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(1) Voir «Répression et résistance à Bahreïn» balaali.over-blog.com

(2) http://www.nytimes.com/2011/06/09/world/middleeast/09intel.html?_r=1&hp

(3) Voir en arabe http://www.facebooom/media/set/?set=a.182693685113633.42241.169040416478960

(4) http://www.france24.com/fr/20110115-le-colonel-kadhafi-regrette

(5) http://www.comite-valmy.org/spip.php?article1536

(6) Des centaines d’hommes et de femmes notamment des travailleurs africains meurent également en méditerranée en tentant de fuir la Libye. Le Gisti va déposer plainte contre l’OTAN, l’Union européenne et les pays de la coalition en opération en Libye.

http://www.gisti.org/spip.php?article2304

Voir également le témoignage de Donatella Rovera conseillère spéciale d’Amnesty International qui accuse les «rebelles libyens» de commettre des crimes contre les migrants africains, Le Monde du 24 juin 2011 page 5.

(7) http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=10793#01

(8) http://belaali.over-blog.com/article-que-l-etincelle-tunisienne-embrase-tout-le-monde-arabe

(9) http://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1926/11/lt19261126.htm


: « Chakib Khalil était au cœur de la pourriture à Sonatrach»

Un nouveau câble diplomatique de l’ambassade américaine à Alger, mis en ligne par le site Wikileaks, montrent l’intérêt que les Américains portent au scandale de corruption qui a secoué la compagnie nationale Sonatrach en janvier 2010. Dans un mémo en date du 21 février 2010, l’ambassadeur analyse les conséquences à moyen et à long terme de ces affaires de malversations présumées qui ont décapité la direction de l’entreprise pétrolière. Le même révèle également que l’ancien ministre de l’Energie, Chakb Khelil, n’a pas informé ni le Premier ministre ni le Président que les capacités d’exportations de gaz, « un dossier explosif », sont menacées à l’horizon 2015.
Intitulé « les compagnies pétrolières inquiétés par l’avenir de l’énergie algérienne », le diplomate fait référence à deux rencontres tenues séparément avec le manager de PB (British Pétroleum) en Algérie ainsi que le directeur de ConocoPhillips.
En préambule, l’ambassadeur, David Pearce, note que les grands groupes pétroliers nourrissent des inquiétudes sur l’impact du scandale sur le management de Sonatrach et sur l’avenir ds projets en cours. « Le ministre de l’Energie, Chakib Khelil, est perçu comme étant au cœur de la pourriture au sein de Sonatrach (a the center of the rot in Sonatrach) », écrit le diplomate.
Il ajoute que ces compagnies estiment que les enquêtes sur la corruption constituent des attaques contre l’influence exerce le clan de l’ouest du président Bouteflika. Toutefois, note-t-il, l’ambassade américaine ne dispose pas d’éléments probants pouvant accréditer cette théorie.

Procédure de gré-à-gré

Le patron de BP, Akli Brihi, explique que les investigations à Sonatrach concernent la règle du gré-à gré instaurée par les dirigeants de l’entreprise pour octroyer des marchés à des compagnies pétrolières ou à des sociétés de services.
« La compagnie soumet une offre gonflée, puis elle rétribue les initiés de Sonatrach », dit-il. Il cite alors l’exemple de l’italienne Saïpem qui a obtenu un contrat « d’un milliard de dollar » de gré-à-gré pour l’usine de GNL d’Arzew.
Il cite aussi l’exemple de l’entreprise canadienne SNC-Lavalin qui a décroché en juillet 2009 un contrat de 320 millions de dollars, sous la même procédure, pour la construction de la « Nouvelle ville » de Hassi Messaoud. Le contrat, ajoute l’hôte de l’ambassadeur, était « souillé par un arrangement similaire ». Le directeur de ce projet, Mourad Zeriati, a été arrêté et jeté en prison.
Le manger de PB affirme « qu’il n’était pas inconcevable que les entreprises américaines soient impliquées dans ces transactions, mais il n’avait jamais entendu parler d’informations concrètes. »

Foreign Corrupt Pracices Act

David Pearce rappelle que les compagnies américaines « sont soumises à des procédures très strictes contenues dans le Foreign Corrupt Pracices Act ». Les dispositions anticorruption, votées en décembre 1977, interdisent aux sociétés, ou à leurs intermédiaires, de verser des pots-de-vin ou d’offrir un quelconque objet de valeur à un « fonctionnaire » dans le but de l’influencer ou d’en tirer un « avantage indu ».

Le directeur de PB affirme à l’ambassadeur que le scandale a éclaté à un mauvais moment, parce que Sonatrach et les autorités algériennes ne sont éveillées au fait que l’Algérie fait face à une baisse de production de gaz et à une éventuelle incapacité de satisfaire aux obligations d’exportation et la hausse de la demande intérieure à l’orée de l’année 2015.
Le manager de British Petroleum est convaincu que le ministre de l’Énergie et des Mines Chakib Khelil, dégommé de son post en mai 2010, est « responsable de la culture de corruption à Sonatrach ».

Réda Hemche l’éminence grise de Meziane

L’ambassade américaine a reçu des rapports indiquant qu’un proche de Khelil (un cousin ou un neveu), l’ancien chef de cabinet de Sonatrach, était l’homme derrière les contrats douteux.
« Travaillant pour le compte de Khelil, écrit le mémo de l’ambassade, Hemche conseillait Mohamed Meziane sur les contrats à signer, faisant de Meziane le responsables légal et laissant Hemche hors d’atteinte. Le patron de PB croit savoir que Meziane avait signé de nombreux contrats sous la contrainte.
Il a indiqué « que M. Khelil avait fait un excellent travail en tant que ministre » jusqu’à ce que sa loi sur les hydrocarbures soit rejetée en 2006. Il note que c’est à partir de cette année-là que que M. Khelil a installé Hemche et commencé à virer les cadres de haut niveau de Sonatrach pour les remplacer par des « yes-men ». Des béni oui-oui…

Réserves de gaz en baisse

Sonatrach, dit-il, n’est pas sur la bonne voie pour réaliser l’objectif déclaré publiquement par Khelil d’élever la production de gaz de 60 à 80 milliards de mètres cubes par an. La production de gaz est en baisse en raison de l’épuisement des réserves de gaz conventionnel du pays.

« L’Algérie a besoin de développer du gaz non-conventionnel », ajoute le représentant de PB. Y compris les gaz de schiste, présents en quantité mais dont l’exploitation nécessite un savoir-faire et de grands investissements.
Or il n’y a que trois entreprises qui possèdent la technologie et les ressources financières ressources pour ce faire: Exxon, BP et Shell. Il faudrait du temps et jusqu’à 50 milliards de dollars pour développer les infrastructures nécessaires, précise-t-il.

Khelil a caché un dossier explosif à Bouteflika et à Ouyahia

Interrogé par l’ambassadeur pour savoir quelle est l’étendue de cette pénurie à l’exportation qui se profile à l’horizon, le patron de PB Algérie affirme que Chakib Khelil en est conscient mais qu’il « pas présenté ce ‘dossier explosif’ au Premier ministre Ahmed Ouyahia et au président Bouteflika ».

Pourquoi les autorités algériennes ne se sont-elles pas intéressées à ce dossier ? Le patron de BP explique que « M. Bouteflika est très intelligent », mais n’écoute pas les autres. Et que dans tous les cas, le secteur de l’énergie ne constitue pas son principal centre d’intérêts, qui reste la politique. « Il a confié les questions liées à l’énergie à Khelil, qui est resté le conducteur de la politique énergétique de l’Algérie. »

Les experts de Sonatrach qui étaient au courant pendant des années de cette imminente vulnérabilité de l’Algérie ont été écartés ou marginalisés par Khelil, ajoute le câble diplomatique.

DNA – Dernières nouvelles d’Algérie


Retour sur la fausse démission de Chadli

25 juillet, 2011 Posté dans Algérie Politique

Par Ait Benali Boubekeur

L’ouverture démocratique en Algérie fut de courte durée. Ce fut l’une des éphémères. La responsabilité de cet arrêt s’incombe à ceux qui ont estimé que le peuple algérien n’était capable de choisir ses représentants. Bien que le choix puisse être par dépit, il n’en demeure pas moins que le choix du peuple fut, lors des élections du 26 décembre 1991, sans appel. Il s’agit pour ces millions d’Algériens de sanctionner un système ne pouvant pas répondre à leurs desiderata. Mais en se trouvant devant la victoire incontestée du Front Islamique du Salut (FIS),  les réels décideurs ont-ils agi de sorte à éviter à l’Algérie l’un des drames  les plus rudes qu’elle ait connue ? Ainsi, à l’annonce des résultats officiels du premier tour des élections législatives, rien n’indiquait en apparence une quelconque manigance des militaires. Mais, derrière la vitrine, les calculs fur
ent légion.

Et si les nouveaux décideurs réclamaient la restitution des biens mal acquis, que ferions-nous alors. Cette option fut en tout cas analysée. La solution se trouva alors dans l’arrêt du processus pouvant conduire à l’alternance. Et ce qui les guida  fut  la sauvegarde des privilèges immenses. Ainsi, pour enclencher une troisième guerre d’Algérie, le haut commandement militaire avait cherché les raisons  dans une presse subordonnée. Celle-ci fut d’une allégeance infaillible au régime. Bien que  les leaders du FIS aient réagi avec une extrême vigilance à l’égard de cette presse partiale, la noria du renversement des résultats fut lancée. Car les organisateurs des élections s’étaient trompés sur les scores. D’ailleurs mêmes les vainqueurs  furent surpris par l’étendue de la victoire.

Contacté par le journaliste de RFI, Abdelkader Hachani  fut médusé par le score réalisé. Tout compte fait, il attendait à ce que  le pourcentage de sièges ne dépasse pas les 30%. Mais une fois l’effet de surprise passé, les leaders du FIS s’employèrent à développer un langage rassurant pour calmer les esprits surchauffés.  Cela dit, affirmer  que les vainqueurs avaient une confiance en ce pouvoir, qui cherchait  la moindre étincelle pour allumer le brasier, fut un leurre. Car ce dernier avait des moyens très importants, notamment en jouant sur la peur. Sa force de mobilisation fut incontestable par tous les observateurs. D’ailleurs, ce régime n’a-t-il pas joué les courants les uns contre les autres pour se pérenniser depuis l’indépendance? Qui a donné les ailes à cette mouvance depuis l’indépendance ? Car, dans un pays musulman, il est nul besoin de jouer la carte religieuse. En revanche, face à la gabegie du régime, ces militants religieux voulurent combattre les dérives du système, notamment la corruption, en s’appuyant sur les principes justes de l’Islam.

Cependant,  une fois de plus, la presse aux ordres vint au secours de ce régime. En effet, la presse thuriféraire a joué un rôle moteur dans la manipulation de l’opinion  induisant des milliers voire des millions d’Algériens en erreur. Ainsi, au lendemain de l’annonce des résultats du scrutin,  Mohammed Said a prononcé dans un prêche des propos apaisants dont  la presse a déformé.  « Nous sommes tous des frères, celui qui versera une goutte de sang de son frère ne connaîtra pas le pardon », a-t-il dit.  Il a ajouté plus loin  « tout va bien et, grâce à dieu,  il n’existe aucune pomme de discorde entre nous. Pour renforcer notre fois, il faut nous conformer aux prescriptions divines sur la façon de nous habiller ou de nous nourrir ». Les correspondants de presse,  qui couvrirent la prière, interprétèrent les propos en les reformulant pour donner à peu prés  ceci : « Mohamed Said demande aux Algériens de changer leurs habitudes vestimentaires et alimentaires ». Un journaliste d’un titre britannique  affirma dans une interview que lui avait soi disant  accordée Hachani  que ce dernier « désire rompre les accords liant l’Algérie au CEE ». Quelques années plus tard,  le journaliste reconnut  n’avoir jamais rencontré l’intéressé.  L’interview fut imaginée en analysant ses discours, reconnut-il. Ainsi cette désinformation ne fut qu’une facette de l’action des putschistes.

Selon José Garçon « le 6 janvier, une assemblée réunit 181 officiers supérieurs qui signent une pétition demandant la démission du président ». Pour étayer la thèse que les dés furent déjà jetés,  l’état major de l’armée  ordonna, le 8 janvier 1992,  le déploiement d’un dispositif militaire autour d’Alger, Oran et Constantine. Bien que  la constitution algérienne fasse du président le premier homme du pays en incarnant l’Etat et l’unité de la nation,  puisse nommer et révoquer les ministres et grade ou dégrade les militaires, le réel pouvoir se trouvait hélas ailleurs. D’où la question suivante : en ayant autant de pouvoir, Chadli aurait-il décidé, de son propre chef, de partir ? Il est difficile de croire cette hypothèse. Car une délégation militaire, conduite par Nezzar et les principaux responsables militaires,  se rendit le 9 janvier 1992 à la présidence pour demander tout uniment au président de se retirer dans l’honneur et de rédiger sa lettre de démission, et ce conformément à une pétition qu’auraient signée 181 officiers. Chadli aurait résisté pendant un petit moment aux pressions  mais il finit par accepter  de partir le 11 janvier.

Dans la lettre de démission,  il expliqua que son départ n’était  pas une fuite de responsabilité mais un sacrifice dans l’intérêt supérieur de la nation. Il s’agit là sûrement de récriminer les militaires qui l’ont forcé à partir. Car s’il s’était agi des islamistes,  il aurait simplement fait allusion au code  civil pour sanctionner les fraudeurs ayant permis la large victoire du FIS.  En tout cas, le départ du président ne fut pas le seul casse tête du haut commandement militaire.  La constitution de 1989 stipulait, dans ce cas de figure, que «  le président de l’assemblée nationale assure l’intérim du chef de l’état et prépare une élection dans 45 jours ». Or celui qui devait succéder au président fut éliminé en montant de toutes pièces la dissolution du parlement. D’après Ali Yahia Abdenour : « Belkhadem,  Président de l’APN,  a révélé au procès des dirigeants du FIS que Chadli,  Président qu’il avait rencontré le 7 janvier ne l’avait pas informé de la dissolution de l’assemblée (décret du 4 janvier) ». En somme,  le président ne pouvait  pas  démissionner dans un pays où il fut nommé. Son départ fut obtenu par des pressions.  Et les Algériens ont le droit de connaitre la vérité à défaut de pouvoir se prononcer sur les personnes qui les gouvernent.