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Hartmut Elsenhans est professeur de sciences politiques à l’université de Leipzig en Allemagne et membre de l’Association allemande des économistes. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et contributions sur les conflits de décolonisation, les rapports Nord-Sud et les effets pervers de la rente pétrolière. Dans cet entretien, le Pr Elsenhans montre que la décision en faveur de l’exploitation du gaz de schiste s’apparente bel et bien à une triple aberration : politique, économique et écologique.

– Comment voyez-vous l’option d’élargir les ressources pétrolières de l’Algérie par la décision de commencer le fracking ?

Parmi les critiques du projet gouvernemental d’ouvrir de larges régions du sud de l’Algérie pour l’exploitation d’hydrocarbures au moyen du fracking, je vois d’une part la peur des populations locales des conséquences sur l’environnement, encore mal maîtrisées et même mal connues. D’autre part, il y a la critique des conséquences d’une prolongation d’un modèle rentier pour l’épanouissement de l’économie de l’Algérie hors hydrocarbures. Tout cela est complété par une méfiance visible des populations à l’égard de l’État dans les promesses de celui-ci de maîtriser cette nouvelle industrie et ses technologies ci-inclus les dangers environnementaux.

Je m’abstiendrais de commenter sur cet aspect d’une situation intérieure difficile parce que je crois qu’en réalité, il ne s’agit pas de la poursuite d’un modèle économique rentier. Un tel modèle rentier est considéré comme pouvant conduire au développement que si ce modèle est bien encadré par des politiques gouvernementales de diversification économique. En fait ceci est de moins en moins le cas dans une Algérie qui a remplacé une boussole de développement national par une adhésion à une régulation marchande sans discrimination.

Je ne m’attarderais pas non plus sur une discussion des dangers environnementaux qui doivent être évalués par des spécialistes d’autres sciences et cela notamment dans le cadre non seulement des expériences déjà vécues aux États-Unis, mais du caractère imprévisible de beaucoup de risques dans ces technologies aussi nouvelles. L’Algérie n’a pas des ressources naturelles aussi riches que les États-Unis. Une dégradation des nappes phréatiques sera beaucoup plus grave que de tels dangers dans le cadre des États-Unis avec les larges plaines fertiles et  leur capacité de produire des surplus de nourriture sans même engager les technologies les plus performantes sur le plan des rendements agricoles. L’Algérie n’est pas les États-Unis.

– Cette décision en faveur du fracking, la considéreriez-vous comme un saut qualitatif de la politique algérienne d’utilisation des ressources naturelles ?

La politique des ressources naturelles de l’Algérie a été jusqu’à maintenant déterminée par la possibilité de l’appropriation d’une rente différentielle, qui était disponible pour la consommation et même pour l’investissement, au moins en théorie pour la diversification de l’économie. Cette rente différentielle n’existera pas dans le pétrole produit par le cracking. Dans le cas des pétroles conventionnels, l’Algérie commence la production à un moment où les ressources en pétrole traditionnel sont largement épuisées dans les pays industriels, comme les États-Unis.

L’Algérie ne dispose pas de tel pétrole bon marché, mais l’exclusion de nouvelles compagnies pétrolières à la fois d’origine américaine, ouest-européenne et japonaise de la manne pétrolière du Proche-Orient incite celles-ci à chercher des réserves comparables ou au moins meilleur marché que les pétroles conventionnels dans les pays industriels traditionnels. Ceci conduit à l’effort de prospection du colonialisme français dans son ancien empire que l’on appellera l’union française. On découvre en Algérie un pétrole légèrement plus cher qu’au Moyen-Orient, mais largement meilleur marché que les autres pétroles en dehors du tiers-monde.

La différence entre le prix du pétrole algérien et les autres pétroles du monde est ensuite accentuée par deux mouvements : avec le succès de l’OPEP, l’accès des grandes compagnies pétrolières au pétrole bon marché de Moyen-Orient est limité sur le plan quantitatif. Ceci permet à des producteurs marginaux de continuer la production à des prix de vente très élevés, dont bénéficient aussi les ayants droit du protocole bon marché, compagnies pétrolières et états rentier du Moyen-Orient.

Les rentes obtenues par les compagnies pétrolières leur permettent de développer des régions pétrolières difficiles d’accès, notamment en mer, avec des profondeurs de plus en plus accentuées. Ceci pousse encore les prix pétroliers, donnant aux Etats pétroliers des ressources financières pour engager leur diversification économique, et en même temps, aux compagnies pétrolières la possibilité de financer plus aisément que les nouveaux entrants pour le développement de ressources nouvelles, dont le fracking est une.

– Si l’option du fracking y est maintenue, L’Algérie peut-elle se permettre une telle orientation économique, aura-t-elle les moyens de sa politique ?

La technologie du fracking, comme la technologie du forage sont universels dans le monde. Comme dans la prospection et la production pétrolière, l’Algérie ne peut pas espérer développer une technologie à elle. Comme dans le cas de la technologie du forage, l’Algérie à cause de son niveau de développement technologique, ne peut guère espérer de participer à la construction des équipements pour l’exploitation pétrolière par le fracking.

Le caractère très spécifique des technologies de la production minérale se retrouvera dans le fracking : la production de biens d’équipement pour la production minérale est extrêmement concentrée dans le monde avec un nombre limité de grandes compagnies qui en sont demandeuses et des longues traditions de production de technologie pour cette branche dans les anciennes régions minières. En plus, l’Algérie, jusqu’à maintenant, n’a pas connu des succès importants dans la participation de ses industries locales en aval et en amont à la création de facilités de production liées au pétrole.

Il n’y a pas une industrie pétrochimique algérienne comparable à celles du Brésil ou de la Chine. Il n’y a guère de raison de ne pas craindre que les exploitations pétrolières par le cracking pourront être économiquement, sur le plan de leur capacité d’entraînement de l’économie environnante, moins  isolées que l’ancienne production pétrolière traditionnelle du pays. Cet isolement de l’industrie pétrolière traditionnelle était acceptable en Algérie et ailleurs, parce que cette industrie procurait à l’Etat des ressources financières qu’il pouvait utiliser et pour l’investissement, même s’il s’est avéré plus tard que les obstacles politiques pour une telle politique de semer la rente était plus importants que prévu.

Or, le pétrole produit par le fracking est introduit un Algérie à partir de gisements découverts pratiquement en même temps qu’ailleurs, notamment aux États-Unis. L’Algérie entre dans la production par le fracking non pas à un moment où dans les centres de production les plus importantes des réserves faciles à exploiter ont déjà été épuisées.

L’Algérie ne peut donc pas se poser sur le marché comme dépositaire d’une ressource bon marché qui, vu la nécessité de continuer à exploiter des gisements moins faciles, peut capter une rente différentielle, qui alimenterait le budget d’investissement de l’État algérien. Le prix élevé du pétrole par le cracking n’est pas le résultat de coûts de production élevés ailleurs mais bas en Algérie et donc d’une rente différentielle en Algérie, mais des coûts de production élevés ailleurs et en Algérie.
Des coûts de production élevés en Algérie pourraient être interprétés comme une contribution importante algérienne à ce pétrole. Ceci impliquerait que les facteurs de production algériens, notamment du travail algérien et rémunéré dans cette production contribuent à cette production.

L’argument sur le manque de participation de l’Algérie à la production des technologies pour la production pétrolière exclut une telle perspective. Les compagnies internationales apporteront leurs équipements sophistiqués et produiront avec des procédés intensifs en capital un pétrole cher, que l’Algérie aurait des difficultés de taxer, car les processus de production sont également chers en Algérie qu’ailleurs.

L’Algérie  ne vendra plus un don de dieu pour se développer, donc en acceptant finalement de se priver de ce don et en cas d’échec de devenir aussi pauvre que d’autres pays, mais vendra une ressource en acceptant la détérioration massive de l’environnement dans des régions entières, notamment dans le domaine des nappes phréatiques extrêmement importantes pour un pays si pauvre en ressources hydrauliques. A la fin, elle sera plus pauvre que d’autres pays.

– Que faut-il faire dans ce cas ?

Accepter ou ne pas accepter le fracking peut dépendre d’une considération pratique vu les ressources pétrolières que l’Algérie a pour financer une transition vers un modèle économique beaucoup plus basé sur la productivité du travail algérien. La richesse pétrolière a créé une illusion pratiquée, même si ce caractère illusoire de la richesse pétrolière a été bien vu par les décideurs. Mais on a cru pouvoir s’engager lentement, sans trop d’efforts, dans une voie d’acquisition des capacités technologiques qui sont la base de la productivité du travail.

Dans la conférence organisée par la présidence de l’Assemblée populaire nationale en janvier 2009 deux positions se sont affrontées. D’une part, les partisans d’une certaine tradition croyaient pouvoir maintenir qu’il fallait préserver des valeurs comme le développement en principe autocentré, le rejet de l’industrialisation ou rabais, le maintien de l’indépendance nationale par rapport aux multinationales etc.

L’autre groupe a insisté que pour arriver à maintenir à la longue toutes ces valeurs, il fallait coûte que coûte mettre les Algériens au travail en acceptant des conditions peut-être initialement difficiles. Personne n’achètera à l’étranger des produits algériens s’ils sont plus chers que des produits d’autres origines. Et le prix dépend du coût de revient.

Et le coût de revient dépend largement des coûts internationaux du travail algérien. Puisqu’on ne peut pas augmenter la productivité à court terme et à moyenne échéance seulement par la pratique de la formation sur le tas, donc par la production, et si possible par l’élargissement de la production par l’exportation, il faut rendre le travail algérien compétitif par le coût et cela par une dévaluation courageuse de la monnaie algérienne.

Considérant la situation actuelle, les entrepreneurs algériens affirment qu’ils sont même incapables de concurrencer, sur le marché algérien, la sous-traitance internationale qui risquera d’approvisionner pour longtemps l’entreprise automobile d’Oran. Reconquérir le marché  national et s’ouvrir vers le marché international demandent une parité de la monnaie algérienne réaliste. Tous les propos sur le caractère immoral d’un coût international du travail algérien très bas à cause du taux de change abaissé sont sans importance.

Les moudjahidine de la guerre de libération ne se sont pas plaints de n’avoir pas des chars comme l’armée coloniale. Ils ont tout de même combattu et gagné. Il faut revenir à cet esprit et à cette définition de la morale dans le combat au-delà du discours de fenêtre. En mettant l’Algérie au travail, même en acceptant d’abord une spécialisation sur des produits peu compliqués, on crée une qualification qui peut permettre d’acquérir de nouvelles compétences.

– L’Algérie est-elle, selon vous, en mesure de se réindustrialiser dans un contexte difficile marqué par la chute brutale et continue des cours du brut ?

Il n’y a pas de pays ayant réussi son rattrapage industriel (Allemagne, Japon déjà à partir de 1918, Chine, Corée‚Taiwan), qui n’ait pas basé sa percée dans les exportations sur une monnaie sous-évaluée, un taux de change au-dessous de la parité du pouvoir d’achat. Depuis longtemps, j’insiste sur le fait que le monde arabe a un problème très important s’il veut suivre la voie empruntée par la Corée du Sud, le Taiwan, la Chine, et aujourd’hui aussi le Vietnam qui ont bâti leur succès, c’est-à-dire la dévaluation au-dessous de la parité du pouvoir d’achat, Il manque de la capacité de produire de plus en plus les biens simples destinés à la consommation populaire.

Une bonne partie, en Algérie autour de 50 %, sont des produits agricoles. Il faut alors trouver une source pour ces produits agricoles puisque l’Algérie ne saura pas, au niveau démographique actuel, devenir autosuffisante en produits agricoles, comme c’était le cas dans les riches rizicultures de l’Asie de l’Est.

C’est à débattre, comment on peut faire cela. J’avais proposé de chercher une coopération approfondie autour de la Méditerranée. Les conditions sont difficiles pour une telle perspective. Peut-être on pourra utiliser les riches ressources en terre de l’Afrique, que s’accaparent aujourd’hui la Chine, l’Inde, et l’Arabie Saoudite. Mais ce sont là des options à décider par la politique algérienne, non pas par un commentateur extérieur. Néanmoins, la nécessité de développer une telle stratégie s’impose quand on voit que l’Algérie, á cause du manque de succès dans ses efforts de semer la rente, va être acculé à vendre l’intégrité environnementale sans même obtenir une rente.

Naima Benouaret

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En Algérie, les salaires ont augmenté et avec eux les envies de shopping. Mais les produits importés ne sont pas à la portée de toutes les bourses.

Elles sont bien loin les années 1990, cette décennie noire où l’Algérie a dû passer sous la tutelle du Fonds monétaire international (FMI) pour cessation de paiement, où la dette extérieure avait atteint la somme astronomique de 32 milliards de dollars, où les caisses de l’État étaient tellement vides qu’il avait fallu solliciter une monarchie du Golfe pour régler la facture d’un simple bateau de blé. Désormais, le pays a renoué avec l’aisance financière, à la faveur de l’envol des prix du pétrole et du gaz, ses deux principales richesses.

Depuis 1999, l’Algérie a engrangé près de 800 milliards de dollars, a remboursé ses dettes, et même prêté 5 milliards au « méchant » FMI en octobre 2012. Mieux, la Banque d’Algérie a accumulé quelque 200 milliards de dollars en réserves de change – dont une bonne partie a été placée en bons du Trésor aux États-Unis. De quoi assurer trois années d’importations, du jamais vu depuis l’indépendance.

Au cours de la dernière décennie, l’Algérie a connu une hausse substantielle du nombre de millionnaires en dollars, voire de milliardaires.

Et pour clore cette liste de records chiffrés régulièrement exhibée par les autorités pour démontrer que l’Algérie a bien changé, on peut rappeler que les gouvernements successifs du président Bouteflika ont engagé 600 milliards de dollars dans des projets de développement. Qu’ils ont revalorisé à cinq reprises le salaire national minimum garanti (SNMG), fixé à 18 000 dinars (DA, soit environ 180 euros) par mois depuis 2012, alors que la première revalorisation l’avait péniblement fait passer de 6 000 à 8 000 DA en 2001. Qu’ils ont par ailleurs rétabli le crédit à la consommation (supprimé en 2009) et dopé les salaires de 2010 à 2012. Le pouvoir d’achat a-t-il progressé pour autant ? La qualité de vie des Algériens s’est-elle améliorée ? Sont-ils heureux ?

L’Algérie, un eldorado pour ceux qui veulent gagner de l’argent rapidement ?

Invité le 11 mars à une conférence au siège du quotidien Liberté, Djamel Zenati, ancien député du Front des forces socialistes (FFS), s’est fendu de cette savoureuse formule : « Celui qui ne s’est pas enrichi sous Bouteflika ne sera jamais riche. »

Lyes fait partie de ces Algériens qui ont amassé une petite fortune au cours de ces quinze dernières années. Importateur de pièces détachées pour véhicules légers, ce père de 3 enfants se qualifie volontiers de privilégié du système. Plusieurs comptes bancaires garnis, villa avec piscine dans le quartier de Dely Brahim, sur les hauteurs d’Alger, progéniture scolarisée dans un établissement privé, vacances dans le sud de l’Espagne, en Thaïlande ou en Égypte…

Lyes n’a pas de scrupules à faire étalage de sa fortune. Sa dernière acquisition, qu’il aime exhiber dans le quartier de Sidi Yahia, les Champs-Élysées d’Alger : une limousine flambant neuve payée, en liquide, 7 millions de dinars (environ 70 000 euros). « Ces 7 millions sont une goutte d’eau, dit Lyes non sans fierté. Cette somme ne représente même pas la moitié de la valeur d’un conteneur. Or j’en importe deux à trois par mois. Mais cet argent ne fait pas vraiment notre bonheur. Je peux tout me permettre, mais les lieux de savoir, de distraction et d’évasion sont inexistants en Algérie. On s’y ennuie mortellement. »

Ancien trabendiste reconverti dans l' »import-import » – dénomination populaire de l’import-export -, Lyes estime que l’Algérie est un eldorado pour ceux qui veulent gagner de l’argent rapidement. À preuve, au cours de la dernière décennie, le pays a connu une hausse substantielle du nombre de millionnaires en dollars, voire de milliardaires. Une réussite symbolisée par celle de l’industriel Issad Rebrab, patron du groupe privé agroalimentaire Cevital, entré dans le classement 2013 du magazine Forbes avec une fortune estimée à 3,2 milliards de dollars.

« Nous ne produisons rien, nous importons tout, souligne Lyes. C’est pain bénit pour les hommes d’affaires qui sont sur ce créneau, et ce n’est pas demain que cette source va se tarir, car l’économie algérienne dépendra encore de la rente pétrolière dans les vingt prochaines années. On se frotte les mains d’avance… » Il ne croit pas si bien dire. De l’aveu même de l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, l’Algérie a importé pour 370 milliards de dollars au cours des quinze dernières années. Pour la seule année 2014, la facture pourrait même atteindre la barre des 55 milliards de dollars, alors qu’elle était à peine de 10 milliards en 1998. Une vraie dépendance, aussi, au « fabriqué à l’étranger ».

Des produits pas accessibles à toutes les bourses

Forcément, ce boom des importations et le prix des produits importés se ressentent dans la vie quotidienne. De la pomme de terre à la pièce détachée en passant par le téléphone, la voiture, les conserves, les viandes, le blé, les fruits, les vêtements, les Algériens consomment presque exclusivement des produits importés de Chine, d’Argentine, de France, des émirats du Golfe ou de Taïwan. À tel point que certains marchés populaires portent désormais des noms aussi exotiques que Dubaï, Chinatown ou Dallas. De quoi donner à chacun sa petite part de rêve…

Mais si tous les produits sont disponibles, ils ne sont pas accessibles à toutes les bourses. D’autant que le pouvoir d’achat des Algériens a sensiblement diminué au cours de ces cinq dernières années, bien que le SNMG ait été revalorisé et bien que les autorités, qui continuent de soutenir les produits de première nécessité (pain, lait, sucre, huile), aient procédé à des revalorisations salariales substantielles (avec effet rétroactif) pendant l’hiver 2012, dans la foulée des révolutions en Tunisie et en Égypte, pour garantir la paix sociale. Et même si, selon le FMI, le PIB par habitant est passé de 1 630 dollars en 1999 à 5 670 dollars en 2013, le pouvoir d’achat des Algériens s’est érodé. L’inflation, conjuguée à la flambée incessante des prix des produits de grande consommation, grève le budget des ménages.

Médecin au service ophtalmologie d’un hôpital public, mère de deux enfants, Nadjet se plaint de la cherté de la vie, malgré un salaire mensuel de 90 000 DA, pourtant largement supérieur à la moyenne. « Entre la nourriture et le téléphone, l’entretien et le remboursement de la voiture, le loyer, les soins de santé, la scolarité des enfants, les vêtements… Il ne reste plus grand-chose à la fin du mois, maugrée Nadjet. Pour les vacances d’été, il faut se contenter de la plage. Et il faut compter deux ou trois ans d’économies pour un séjour en Tunisie ou en Turquie », qui restent les deux principales destinations des touristes algériens.

Sportives et grosses berlines

Où et comment dépenser son argent ? Pour répondre à cette cruelle question et aux besoins des « nouveaux riches » algériens, quelques temples pour consommateurs haut de gamme ont vu le jour, surtout dans la capitale, où plusieurs concessionnaires proposent des véhicules de standing, négociables entre 5 millions et 20 millions de dinars (DA, entre 50 000 et 200 000 euros).

C’est « le » véritable signe extérieur de richesse. L’engouement pour ces berlines, limousines ou sportives est tel que, du 9 juillet au 9 août 2013, les clients aisés ont pu se rendre à loisir au premier Salon de l’automobile haut de gamme d’Alger. Sur les hauteurs de la capitale et dans ses banlieues chics, les villas avec piscine fleurissent, dont certaines se revendent à plus de 400 millions de DA. Des magasins de luxe, de grandes enseignes d’horlogerie, de vêtements ou d’électronique high-tech ont ouvert à Sidi Yahia, près du quartier huppé de Hydra, à Alger.

Et pour ceux qui aiment la discrétion, rien de tel que l’étranger. Les Algériens qui en ont les moyens aiment passer leurs vacances à Paris, à Monaco, dans le sud de l’Espagne ou à Cuba. Pour le shopping, ils préfèrent Londres, Genève, Dubaï ou Doha, d’autant plus prisé depuis que Qatar Airways propose des vols directs plusieurs fois par semaine. Ils sont aussi de plus en plus nombreux à acquérir maisons, appartements et commerces hors du pays pour assurer l’avenir de leurs enfants, faire des affaires, ou, pour quelques-uns, investir les petites et grandes fortunes amassées.

Par Farid Alilat