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Semaine du Web d’Alger

« L’entreprise des TIC ressemble à ce beau cyber parc …entouré de zones hostiles »
Samir Hir, Maghreb Emergent, 25 Avril 2011

La semaine du web d’Alger s’est déroulée du 18 au 23 avril dans le bâtiment baptisé « l’incubateur » du cyber-parc de Sidi Abdellah. Pour rejoindre cet « échantillon » de la future Algérie, situé dans la commune de Mehelma à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Alger, point de train électrique, de bus à propulsion d’hydrogène ou de jet pack. Il faut se munir de bonnes chaussures de trappeur, avoir un bon sens de l’orientation en guise de GPS et une capacité d’étonnement au-dessus de la normale.

A chercher le lieu sur google earth, on risque de se perdre. On finit par les découvrir, en marchant, nichés au milieu de vastes champs verdoyants – boueux et impraticables quand on s’y aventure – que se partagent les communes de Mehelma et Rahmania. Les blocs d’immeubles cubiques, gris béton ou bleu vitrail, du cyber parc cassent le paysage à la façon du monolithe de l’odyssée de l’espace 2001. Un habitant du coin à la langue de scie affirme que se connecter à internet reste encore une histoire de science-fiction malgré la proximité du « célèbre » cyber-parc. 2001 n’est pas que la référence d’un film culte. C’est aussi en cette année qu’avait été lancée l’étude de faisabilité de la «technopole » Sidi Abdellah. Et de son cyber-parc qui devait regrouper une série de dix bâtiments «intelligents ». Dix ans plus tard, seul trois blocs sont achevés avec l’inévitable revêtement aluminium et verre pour suggérer la modernité de l’ouvrage. Les autres bâtiments, nul besoin de vos dix doigts et encore moins d’une calculette pour les compter, sont encore à l’état de grandes carcasses en béton entourées de charpentes métalliques dénudées inesthétiques. Moussa Benhamadi, le ministre de la Poste et des TIC, himself, qui se disait « sceptique » lors de la réception de la demande de parrainage de l’évènement, est bien venu pour inaugurer la semaine du web. Un jeune participant – décidément, ils respectent rien ces jeunots ! – a trouvé le visiteur « un peu encombrant » puisqu’il a « retardé le déroulement du programme » et focaliser l’attention des médias avec des déclarations sans grande nouveauté. Pourquoi la connexion ADSL reste chère et plafonnée à 1 méga ? Comment expliquer le retard, difficilement justifiable, de la 3G et du paiement électronique ? Réponses à noyer un poisson électronique et rendez-vous fixé à… juin. Mais le ministre s’informe et demande ce que coute le prix de l’abonnement ADSL… 2000 dinars ? Etonnement. Ce n’est pas si cher que cela ! Mais avec un public « averti », le ministre a eu les bonnes comparaisons : c’est le prix que payer un européen avec un salaire minimum dix fois supérieur à celui de l’Algérien pour avoir une connexion d’un débit 20 fois plus rapide et bien plus riche en valeurs ajoutés. Pour la 3G, le ministre évoque le caractère «colossal » de l’investissement. Des « avertis » refont la comparaison et rappellent ce temps, pas si lointain, où personne ne misait sur la rentabilité de la téléphonie mobile avant l’arrivée de l’opérateur privé. Remarque balayée et non avenue ! Pour le payement en ligne, rien de neuf. Une affaire de mentalité des algériens qui continuent à préférer du palpable. Les centaines d’étudiants et visiteurs de la semaine du web auraient eu des avis fort différent mais ils étaient déjà occupés ailleurs.

De cent fournisseurs à… aucun

Ailleurs. C’est un programme qui s’est étalé sur six jours. Plusieurs conférences, dont une, très remarquée, en présence du ministre des TIC, animée par Mebarek Boukaba directeur général de Vorax Technologies et vice-président de l’association algérienne des fournisseurs de services internet. Des chiffres sont lancés sur les régressions enregistrées notamment pour les fournisseurs de services internet passés d’une « centaine en 2000 » à « aucun » aujourd’hui pour cause d’agréments retirés. La régression se décline même sur un mode poétique (poé-TIC ?) : «l’entreprise des TIC en Algérie ressemble à ce beau cyber parc…entouré de zones hostiles ». Ah, ces embuches administratives ! Et cet environnement pas préparé. Le programme de la semaine du web, initié principalement par deux jeunes entrepreneurs, Omarouayache Ahmed Mehdi fondateur de CONNEXT, une web agence installée au parc technologique de Sidi Abdellah, et Arab Farid, fondateur de Pureplayer (agence publicitaire) et acteur du web parisien, était riche. Le meilleur, c’était la « startup week-end Alger ». Un concours qui consiste à créer une start-up (entreprise naissante) en moins de 52 heures. On commence par présenter une idée en une minute ! Il faut faire fastoche au pays du dougua dougua (doucement- doucement). De sélection en sélection, sur les 36 équipes participantes, dix sont choisies. Elles passeront deux nuits autour d’une table pour travailler et affiner leurs idées. Au final, quatre équipes décrochent le gros lot, celui d’être suivie professionnellement au sein de l’incubateur du cyber-par cet une possibilité de louer un local dans l’aile des start-up (5000 DA par mois) pour créer une entreprise.

Un pauvre petit méga

Durant cette semaine, on beaucoup parlé de Joomla, système de gestion de contenu web, avec lancement officiel et interventions d’experts venus de l’étranger. Le seul bémol de cette semaine du web est dans… son site web, semaineduweb.com… Un site finalement pas très dynamique, pourtant certifié Joomla, qui manquait de mise à jour, et ne permettait même pas de suivre le déroulement de la semaine du web…sur le web. Les organisateurs ne sont pas les seuls fautifs. Dans ce haut-lieu des TIC qui est censé préfigurer l’E-Algérie de demain, on ne dispose que d’une connexion d’un méga.

Vincent, entrepreneur et développeur web français, invité de la semaine du web d’Alger résume un peu la situation sur son blog (blognode.fr) « Pour les français qui me suivent et qui ont l’habitude d’avoir au minimum 8 Méga de débit avec de l’ADSL ou même du 100 Mega avec de la fibre optique, il faut imaginer qu’en Algérie une connexion de 1 Mega est sans doute un des meilleurs débits que vous pourrez trouver à prix abordable. Du coup, la plupart des sites web algériens proposent peu de contenu, pour l’instant… »


Promotion de l’emploi

D’aucuns savent que les nouvelles technologies de l’information et de la communication constituent de vraies plateformes pour la création d’emplois. Et c’est ce qui incite l’Algérie à se lancer dans la perspective de concrétiser la création d’emplois dans le secteur à travers les différents plans de développement préconisés par Algérie Poste.
Et comme tout passe d’abord par l’autonomie dont devrait jouir cet organisme public, voilà que le ministre du secteur, M. Moussa Benhammadi, déclare, à partir de Constantine, lors d’une visite dans cette wilaya, que les structures locales d’Algérie Poste jouissent « désormais » d’une « autonomie » en matière de gestion des personnels et des finances. Cette décision a été annoncée par le ministre de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication, lundi dernier, durant l’inspection de la recette postale de la nouvelle ville Ali-Mendjeli à Constantine. Le ministre a tenu à relever que cette décision s’inscrit en droite ligne des mesures prises par les pouvoirs publics en vue de promouvoir l’emploi. La précision du ministre est de taille. « Chaque structure de wilaya est dorénavant appelée à déterminer ses besoins en toute autonomie, qu’il s’agisse de recrutements ou d’acquisition d’équipements », dira-t-il Et c’est ainsi qu’il n’a pas omis d’appeler les responsables concernés à « exploiter pleinement » la convention signée entre le ministère de la Poste et des TIC et celui de l’Emploi. Il est utile de remarquer qu’en Algérie, les TIC forment 4% du PIB. Pour évoluer vers la création de 100.000 emplois nouveaux directs et 300.000 autres indirects, l’Algérie doit moderniser ses infrastructures. Le développement des TIC, tendance qui favorise la création d’emplois, va ainsi avoir un effet d’entraînement sur la société algérienne. Avec l’avènement de la 3G, une autre opportunité de création de nouveaux métiers, 32 millions d’abonnés de la téléphonie mobile, 800.000 abonnés à l’internet et deux millions d’accès à l’ADSL, l’on enregistre néanmoins que 15% d’entreprises sont connectées et moins de 40% des PME en sont équipées. Pour le web, l’un des moyens importants de fonctionnement des entreprises, le nombre de sites ne dépasse pas 6000 dans tout le pays, ce qui doit inciter les entreprises algériennes à engager plus d’efforts pour être visibles sur le marché international. C’est donc dans ce même ordre d’idées que le ministre a tenu à expliquer, lors de sa visite d’inspection et de travail à Constantine, que « l’enjeu est d’ouvrir, par le biais des dispositifs de soutien à l’emploi, de nouvelles perspectives aux jeunes disposant des diplômes nécessaires et désireux d’investir dans des créneaux en rapport avec les TIC ». Il s’agit, selon M. Benhamadi, de « rompre avec les schémas classiques » afin de permettre également au secteur de se développer davantage en tirant la quintessence du savoir-faire des jeunes algériens en la matière. Il faut rappeler aussi que le chiffre d’affaires pour les télécoms était évalué à 4,7 milliards de dollars en 2009, dont la part consacrée au matériel logiciels et services ne compte pas beaucoup d’activités, alors que ce sont les créneaux les plus porteurs Il est nécessaire de savoir qu’au rythme où s’oriente le développement des TIC, l’économie de l’information est en train d’évoluer vers une économie de réseau qui transforme radicalement le monde du travail. En Algérie, et à titre d’exemple pour citer les nouvelles débouchées pour les femmes, les technologies de l’information et de la communication engendreront de nouvelles formes de travail qui avantagent les femmes en leur permettant de travailler à domicile et de mieux concilier leurs horaires professionnels et familiaux. Pour l’instant, les débouchés les plus prometteurs pour elles sont les emplois qui se créent dans les centres d’appels et ceux dans le traitement de données. D’autres opportunités s’ouvriront également aux femmes algériennes, à savoir les emplois délocalisés à l’échelle internationale, tels que la transcription de comptes rendus médicaux ou les services informatiques, lesquels auront à transformer leur existence et les perspectives de leur carrière. Avec le projet national d’installation de 62 000 km de câbles de fibre optique, l’on assistera à la création de plus de sociétés travaillant dans le secteur de la nouvelle technologie de l’information et de la communication (NTIC), la présence des investisseurs étrangers et la création de milliers d’emplois. On a estimé que 100.000 emplois seront générés par les TIC en Algérie. Et justement à l’annonce de la possibilité de générer ce nombre important de débouchés pour la jeunesse algérienne par la seule mobilisation des moyens offerts par les TIC, le ministre de la Poste et des Technologies de l’Information et de la communication, M. Benhamadi, n’a pas manqué de souligner, au début du mois de février dernier, que la réalisation de cet objectif est lié à la réussite du programme e-Algérie. Autrement dit, la modernisation des infrastructures des télécoms, condition sine qua non pour l’accès au haut et très haut débit et synonyme de réduction de la fracture numérique, est un passage obligé pour la génération par l’appropriation des TIC de nouveaux gisements du travail en Algérie. D’autre part, et lors d’une séance de travail avec les responsables locaux du secteur à Oran, M. Benhamadi avait bien souligné que l’application rigoureuse de e-Algérie permettra de générer 100.000 postes d’emploi directs au bénéfice des jeunes diplômés universitaires et 300.000 autres indirects à travers la création de PME-PMI pour garantir des services dans les TIC.
Saïd Ben