Articles Tagués ‘FLN’


Le nouveau consensus et la nouvelle société civile

Nous traversons une période de transition. Une période de transition démographique, sociale, économique et politique à l’issue incertaine. Certaines parties, pour des raisons différentes, refusent de la considérer comme telle. Les unes souhaitent tout simplement en masquer les opérations, les autres veulent les ouvrir à la société selon une mesure variable. La thèse que je soutiendrai ici est la suivante : on ne peut à mon sens dissocier la formation d’un consensus de l’émergence d’une élite. Aussi sera-t-il question dans cette transition de la capacité de la société à faire émerger les nouvelles élites qui pourraient diriger le pays et construire le consensus sur la base duquel elles pourraient gouverner. L’ancien consensus qui liait la « famille révolutionnaire » et la société, commence à se déliter en perdant sa base sociale et démographique en même temps que sa légitimité. Le nouveau consensus doit concerner la société civile et la société dans la mesure où il doit aboutir à la construction d’une activité sociale cohérente et équilibrée (1). L’on discutera du caractère implicite ou explicite que peut prendre une telle transition, large ou restreint que peut revêtir un tel consensus.

D’un consensus restreint à son élargissement

Une telle transition sera donc le lieu de luttes de pouvoir autour de la définition du mode de production et de répartition des richesses : comment vont se mettre au travail les différentes catégories sociales, quels droits auront-elles sur le produit de leur travail et les biens communs, quel usage pourront-elles en faire ? C’est dans de tels processus d’appropriation et de production de ressources qu’émergeront les nouvelles forces de la production, les nouvelles élites. Dans une situation caractérisée par une crise de la médiation et de la représentation politique et citoyenne, les autorités pourront répéter qu’elles n’ont pas d’autre choix que d’obtempérer à une politique qui vise à introniser le moindre mal en dégageant les nouvelles élites de l’argent pour prendre le relais du financement public des activités sociales et économiques. La crise de la médiation et de la représentation ayant entamé la capacité de la société à se projeter dans un nouvel état et à s’identifier dans une élite qui pourrait l’y conduire, le nouveau consensus auquel elle peut parvenir ne peut concerner qu’une partie de la société dont la légitimité ne pourra être confortée que par l’efficacité de son action (2). Il faut donc être très modeste.

Un consensus finira par s’imposer à la société, car consensus il doit y avoir, afin que la domination puisse recueillir un minimum d’obéissance. Il pourra être au départ étroit plutôt que large, implicite plutôt qu’explicite, relativement confus plutôt que clair mais au fil de l’exercice du pouvoir, il ne pourra que persister, s’étoffer ou s’amenuiser. Le consensus devra donc être en mesure de se développer. La légitimité démocratique ne pouvant pallier à celle révolutionnaire, la défiance minant le rapport entre les élites et la société, l’autorité devra être confortée par l’exercice du pouvoir (3). De consensus étroit, construit par des intérêts monopolistes dominants, conscients d’eux-mêmes et de leur pouvoir, il devra s’élargir pour intégrer des intérêts toujours plus larges, jusqu’à ce que l’ensemble des intérêts privés aient le pouvoir de se représenter, de s’identifier et de se réaliser dans des intérêts collectifs et des contrats nationaux réguliers. Alors et alors seulement, la légitimité de principe démocratique pourra se substituer à celle de principe révolutionnaire parce que pouvant être suivie d’une légitimité d’exercice qui ne la contestera pas. D’où l’importance de la qualité d’un tel « consensus réduit » au départ : à l’image d’une graine qui renferme le développement d’un arbre et de ses fruits, il doit contenir la formule de son développement étendu.

Pour atteindre le consensus le plus large possible, il aura été remédié à la crise de la médiation et de la représentation sociale et politique. L’identification de la société à son élite aura été réalisée. Il n’y a pas d’autres moyens de sortir la société de sa division, de sa dispersion. Il n’y a pas d’autres moyens de faire contrepoids pour encadrer les intérêts constitués et leur compétition. Il n’y a pas d’autres moyens pour créer une solidarité active entre les différents intérêts et mobiliser de manière intense et rigoureuse les ressources du pays. Un consensus large ne peut être atteint, sans la prise de conscience qu’il est nécessaire et possible d’agréger les demandes, de mutualiser les ressources et les efforts. Mais le consensus le plus large possible ne se donne pas au départ. Ce que nous pouvons avoir au départ c’est un consensus réduit que l’on pourra dire de base qui aura une propension à s’élargir ou à s’effilocher ; c’est la confiance d’une élite en elle-même qui aura tendance ou pas à gagner l’ensemble de la société. La persistance d’un consensus étroit et flottant, qui maintient la société dans l’infra-politique expose celle-ci et le pouvoir politique à une constante instabilité.

Une société civile étagée

Remédier à une telle crise, « entrer dans l’ère politique » aujourd’hui précisément, avec la nouvelle crise mondiale, ne sera pas une chose aisée. En même temps que les marchés concurrentiels se globalisent, se réduit la part du travail dans la production des richesses. Trop de monde est aujourd’hui en dessous des machines, trop peu à côté ou au-dessus. La prise citoyenne sur le cours des choses ne peut être immédiate comme y aspire le plus grand nombre. Dans un contexte technologique de transfert massif du savoir des hommes vers les machines, dans une conjoncture où une énergie fossile bon marché permet l’élargissement de l’usage des machines et où un tel usage aggrave la crise climatique et globalise la menace sur l’espèce humaine, la prise citoyenne ne peut être que complexe et médiate. Aussi la tentation d’un consensus étroit est elle puissante : à quoi bon avoir des associés inutiles ? Car la distance qui sépare une élite en mesure de porter et de défendre les intérêts de la société dans le monde, et la société, a été considérablement réduit mais reste appréciable. Car pour produire une légitimité d’exercice (efficience politique), il ne suffit pas d’une légitimité de principe (révolution ou élections), autrement dit d’une identification de la société à une élite, il faut de plus une élite en mesure de tenir ses promesses et donc de justifier a posteriori sa légitimité. Elle doit conserver la confiance sociale et ne pas la perdre. Dans le cours mondial actuel des choses, dans le sillage du monde occidental, où une part grandissante de l’humanité est vouée à l’irresponsabilité, il n’est pas aisé de tracer le chemin d’une activité volontaire efficace et efficiente. Dans un texte précédent, nous avons distingué un cours local d’un cours mondial, en m’appuyant sur la tripartition de l’économie selon Fernand Braudel. L’un exposé et l’autre soustrait à la compétition internationale. Il nous faudra distinguer deux niveaux de compétition et de représentation et une circulation entre les deux. Sur les deux niveaux, on assistera à une gradation de la prise citoyenne sur le cours des choses qui évoluera d’une nature immédiate à une nature de plus en plus médiate. De directe et simple, elle deviendra de plus en plus indirecte, médiatisée et multiple. Il faudra distinguer des élites avec des objectifs locaux et nationaux d’autres avec des objectifs nationaux et internationaux. Pour que les prises citoyennes puissent être effectives elles doivent être distinctes bien qu’ouvertes les une sur les autres. La maîtrise citoyenne sera sur l’ensemble du corps social ou ne sera pas. Pour être citoyenne, la mise à plat est nécessaire, la maîtrise doit être vérifiable et contestable.

Le militaire exposé, le social impliqué.

Ceci étant dit, quelle place pour le militaire dans un tel consensus ? Cette transition politique a-t-elle des chances de voir les militaires « refoulés » dans leurs casernes à la manière des pays démocratiques comme le réclament bien des opposants ? Autrement dit, au sein de la nouvelle élite quelle place pour celle militaire ? Quel rapport entre les sociétés civile et militaire ? Notre réponse défendue à maintes reprises est la suivante : tant que la base économique aujourd’hui en crise fera défaut, le politique ne pourra pas se séparer du militaire. Et le militaire déteindra sur le politique parce que la sécurité des biens et des personnes primera sur le bien-être matériel. La prise citoyenne sur le cours des choses dépendra donc de son rapport au militaire, à sa sécurité physique, elle sera d’abord une prise militaire ou ne sera pas(4). Dans le contexte africain de relative confusion du social et de l’économique, il faut donc interpréter le primat du politique sur le militaire comme une forte implication de la société dans la gestion de sa sécurité et non pas comme une dissociation du politique (de l’économique et donc) du militaire, à l’image du modèle européen. On ne peut commander à l’armée de l’extérieur quand on ne tient pas les cordons de sa bourse. Il faut faire du gouvernement par le peuple et pour le peuple (du politique) avec un social, un économique et un militaire construits de nouvelle manière, relativement aux sociétés européennes. Les sciences sociales européennes pourraient parler de ré-encastrement de l’économique et du sécuritaire dans le social. Comme je l’ai déjà soutenu ailleurs, la « démocratie » comme système ne peut donc émerger que d’une profonde réforme du secteur de la sécurité (justice, police et défense) qui implique la société et ne l’exclut pas. Quant à la nouvelle société civile, comme médiation de la prise citoyenne sur le monde, elle ne peut émerger que d’une différenciation cohérente et efficiente de la société dans le monde. Nous serions comme en présence de deux mouvements et de leur mise en cohérence : l’un procédant du monde vers la société, l’autre de la société vers le monde. L’un d’incorporation et d’échange des progrès du monde, l’autre d’innovation et de mise en cohérence sociales et territoriales.

Tant qu’il ne pourra y avoir une professionnalisation réelle du secteur de la sécurité (5), la sécurité ne pourra être l’affaire de corps particuliers autonomes et la sécurité, le marché et la société resteront sans autonomie réelle (6). La fonction militaire qui ne pourra pas dès lors s’effacer derrière la fonction économique (assurée par une minorité) et celle politique (assurée au nom de la majorité), apparaîtra à la pointe du travail social (7). Sa prééminence restera bien apparente et sa légitimité qu’elle ne pourra tenir de la seule extériorité professionnelle tiendra de sa capacité à déplier les autres fonctions. C’est pour cette raison que le consensus de base devrait définir précisément la grammaire d’une telle fonction de sorte qu’émerge une élite sociale en mesure de gouverner sur la base d’un large consensus.

Notes :

[1] Le discours politique avait coutume de parler de contrat social plutôt que de consensus. Ce n’est pas le lieu de s’étendre ici sur le sujet. On peut aussi apparenter la notion de consensus à celle d’hégémonie culturelle d’Antonio Gramsci. Tous deux requiert le consentement de la société à une certaine domination.

[2] La légitimité de principe est démocratique ou révolutionnaire ; elle est acquise au cours d’une guerre de libération ou d’un processus électoral. La légitimité d’exercice l’est par l’efficacité et l’efficience du politique, qui accroit la confiance sociale ou la défait. Sur ces deux notions de légitimités cf. Juan Linz dans Breakdown of Democratic Regimes ; sur le net voir Guy Hermet « Autoritarisme, démocratie et neutralité axiologique chez Juan Linz », Revue internationale de politique comparée 1/2006 (Vol. 13), p. 83-94.)

[3] C’est dans cette problématique de conservation de la légitimité (issue du principe révolutionnaire) par celle d’exercice que se comprend le point de vue qui nie la nécessité d’une période de transition. Car à la différence de la légitimité révolutionnaire, celle démocratique trop creuse à leurs yeux ne pourra compter ni sur une expérience de pouvoir, ni sur une réelle adhésion de la société.

[4] Une telle évidence devrait aujourd’hui s’imposer. La construction de la société est tributaire de sa prise sur le territoire et ses richesses et l’état de droit de son consentement à une monopolisation de la violence. Il faut que le militaire redevienne dans la société «comme un poisson dans l’eau » et non comme un appareil de capture parmi d’autres. C’est là une condition de l’efficience du politique et de l’émergence d’une société civile.

[5] C’est-à-dire un développement de l’économie de marché en mesure d’entretenir durablement l’efficience d’un tel secteur. En d’autres termes ce que nous avions désigné au plan de la structure sociale comme une séparation de l’économique et du politique (ou autonomisation de l’économique par rapport au politique), puis du politique et du militaire.

[6] La place de l’implication du travail civil dans le travail militaire ou policier est un bon indicateur de cette confusion entre le civil et le militaire.

[7] La prééminence du militaire est prépondérante dans la compétition internationale. Elle est simplement dissimulée ou exposée. Dans les sociétés industrielles, elle passe en arrière plan derrière les nouvelles institutions civiles. On a tort de ne pas voir que la compétition économique à son niveau monopolistique est militaire. Ce n’est pas simplement la géographie qui sert la guerre (Y. Lacoste), c’est la science tout entière. C’est à elle que sont réservées les innovations de pointe avant de se trouver civilisées par la production concurrentielle. Et c’est le secteur militaire qui les finance. Le capitalisme est d’abord un capitalisme d’Etat, et le capitalisme d’Etat d’une puissance industrielle et militaire, son complexe militaro-industriel. Ensuite, un Etat-nation est d’abord un état militaire (c’est pourquoi on parle de nation-Etat avec Juan LINZ pour séparer l’Etat de son bras armé). La monopolisation de la violence par le secteur de la sécurité dans un champ est la condition d’existence de l’état de droit dans ce champ.

Arezki DERGUINI
Bgayet le 02.02.2015


مديرية الاستعلام والأمن عجزت عن حماية الرئيس بوتفليقة الذي تعرض قبل سنوات لمحاولة اغتيال بباتنة، وبعد كل هذا ”كان من المفروض أن يستقيل الجنرال توفيق من منصبه”.
بلعياط يقول لمحيطه إنه مفوض من سي علي وهو الجنرال توفيق، وهذا الأخير طرف في الحملة التي تستهدف استقرار الحزب وأمينه العام.
يجب أن تعرفوا أن مديرية الأمن الداخلي هي التي أبقت دائما على علاقتها بالطبقة السياسية والصحافة والعدالة. أقول وأكرر هذه المديرية تدخلت في عمل العدالة والصحافة والأحزاب، وفيما يخص الأفالان هناك عقداء يتصلون بأعضاء اللجنة المركزية من أجل تنحيتي.
إذا أردنا أن نقيم مهام الأمن الداخلي في عدة قضايا مهمة نجد هذه المصالح قد ضاعفت من إخفاقاتها. وللأسف بدل أن تهتم هذه المصالح بأمن البلاد اهتمت بشؤون الأحزاب والعدالة والصحافة.
في بلادي الولاية والمؤسسات مراقبة من طرف عقداء، ولا أفهم لماذا هواتف مسؤولين سياسيين تخضع للتنصت، بينما العدالة وحدها تملك سلطة الأمر بذلك، ولا داعي للحديث عن التحقيقات التأهيلية التي تمنع إطارات الدولة من الترقية دون موافقة العقداء.
في الأفالان لا نريد أن يتدخل توفيق في شؤوننا، وليس له أن يقرر إن كان بوتفليقة سيترشح أم لا للرئاسيات القادمة.
العقداء كانوا متواجدين في الشركات التي أودعت أموالها في بنك الخليفة، ماذا فعلوا؟ وكيف سمحوا لعبد المؤمن خليفة بإخراج الأموال عبر الميناء والمطار اللذين يعجان بعقداء الدياراس.
وجود أعوان مديرية الأمن الداخلي على مستوى جميع الهيئات من البلديات وإلى غاية رئاسة الجمهورية يوحي بأن النظام في الجزائر ليس مدنيا، والعديد من الأحزاب السياسية راحت ضحية تدخلات جهاز المخابرات على غرار الأفالان، حزب عبد الله جاب الله والأفافاس.
مكان الجيش في الثكنات، وماذا يفعل عقيد في المخابرات بداخل مقر مجلس الأمة؟ وبأي حق يشارك في اجتماعات اللجنة المركزية للأحزاب؟
إن تعرضت لأي مكروه فسيكون مدبرا من طرف الجنرال توفيق.
هواتف المسؤولين يتم وضعها تحت التصنت من طرف جهاز المخابرات، بالرغم من أن القانون يخول للقاضي وحده أن يتخذ مثل هذا القرار. – See more at: http://www.elkhabar.com/ar/politique/384122.html#sthash.3VHvijAk.dpuf


parti du Front de libération national, Le secrétaire général

22 septembre 2013-09-29

Ref/2459/SG/2013haa

A mon grand frère Hocine Ait Ahmed, Président du Parti du Front des forces socialistes, C’est pour moi un immense honneur que de prendre l’initiative de vous écrire en votre qualité de figure historique de la glorieuse révolution algérienne et de personnalité reconnue et respectée de tous sur les scènes nationales et internationales, et par le président du parti et de la République, son excellence Abdelaziz Bouteflika.
Votre militantisme précoce pour l’affranchissement du peuple algérien du joug colonial, les idées nationalistes qui vous ont très jeune habité, votre qualité de Moudjahid de la première heure, le rôle historique qui a été le vôtre durant la révolution, notamment au sein des plus prestigieuses organisations combattantes d’alors, l’expérience et la notoriété que vous avez acquises à l’international, tout cela a grandement servi vos idées politiques et leur a donné force, crédibilité, légitimité et consistance lorsqu’il s’est agi de défendre les nobles principes qui vous ont éclairé votre vie durant.

L’histoire retiendra également votre action et vos prises de position, très appréciées des Algériennes et des Algériens, mais également des pouvoirs publics nationaux, en faveur de la paix, de la réconciliation et de la cohésion sociétales, de l’unité nationale, du bien être social de nos citoyens et de la non-ingérence  extérieure dans les affaires algériennes.

Votre retrait de la vie politique est une grande perte tant par rapport à ce qu’aurait pu être votre contribution intellectuelle et politique au débat national des idées, à leur richesse et la pluralité des opinions, que par rapport à la crédibilité de vos seuls non, renom et présence peuvent procurer au caractère démocratique de ce débat. Mais votre parcours dans l’honneur et l’exemplarité et ce que vous incarnez comme valeurs et symboles dans la conscience collective nationale doivent pouvoir continuer d’inspirer les générations présentes et futures de militants et de politiciens, quelles que soient leurs sensibilités partisanes.

A cet effet, j’en appelle, en mon nom personnel et au nom des militants du FLN, à ce sens du devoir qui a toujours fondé votre action, pour rester avec nous et vous joindre à la dynamique politique qui anime le pays dans le but de rassembler et de renforcer les rangs de ceux qui aiment la patrie, servent le bien commun et agissent dans l’intérêt national dans les domaines politique, économique et social, et protéger le pays des dangers multiformes qui le guettent.

Chef grand frère Moudjahid, permettez-moi de vous adresser la présente lettre en formulant à votre endroit nos très sincères vœux de longue vie, les miens et ceux de tous les militants de ce Parti FLN dont vous fûtes, personne ne l’oublie, l’un des plus illustres dirigeants à sa naissance, ainsi que nos remerciements pour ce militantisme infatigable dont vous avez fait montre de longues années durant.

Dans l’attente de vous  rencontrer aux échéances les plus rapprochées qui puissent convenir à votre agenda, dans la perspective de bénéficier de vos conseils, de votre sagesse et de votre expérience, je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l’expression de mes sentiments les plus respectueux et les plus fraternels.

Votre frère, Amar Saâdani, secrétaire général du Parti du Front de libération national.

Copie/Son excellence, Monsieur Abdelaziz Bouteflika, Président du parti, président de la République.


Plus fort reste Boudiaf

ALGERIE 1988 à 2000 Autopsie d'une Tragédie.avi_003806440

«Le manque de courage n’est qu’un manque de bon sens.»
(George Meredith)

Il y a vingt et un ans, le 29 juin 1992, l’Algérie perdait en Mohamed Boudiaf un homme courageux, nourri de bon sens. Son assassinat a été alors maquillé en «acte isolé». Les  instigateurs d’un tel acte ont montré par leur lâche, odieux et criminel geste, leur manque de courage et de bon sens.

«L’homme n’est rien d’autre que la série de ses actes», disait Hegel. Par la série de ses actes, Boudiaf est entré dans l’histoire par la grande porte. Par quelle porte sont entrés en Algérie ceux qui ont concocté son assassinat et ceux qui savent et ne disent rien ?
Parmi les premiers responsables du pays au moment de «l’acte isolé», certains ne sont plus de ce monde et d’autres attendent leur tour pour partir, avec comme repère de l’histoire, qu’ils étaient là où ils ont permis d’abattre un homme derrière le dos, par manque de courage de venir le voir en face. Le faire venir de son paisible exil, puis l’assassiner comme ils l’ont fait, est la manifestation et la preuve les plus tangibles de leur manque de bon sens.

Forts ont été ceux qui l’ont abattu ; mais plus fort est Boudiaf qui va revenir incessamment avec son projet de société : le Rassemblement patriotique national, avec sa devise «L’Algerie avant tout». Une devise simple, mais combien porteuse de sérénité, de courage, de bon sens, de sacrifice, de nationalisme, d’intégrité, de vision et de projection vers l’avenir : tous des éléments qui ont fait, font et feront défaut au personnel politique algérien tant qu’il continue à vivre avec le faux, pour le faux en allant toujours vers le faux.

Le  système actuel a, dans la mémoire collective du peuple algérien, la responsabilité de l’assassinat de Boudiaf, les 200 000 morts de la tragédie algérienne des années 1990, les centaines de disparus, la gabegie, la corruption, les fausses élections, la fausse économie, la fausse règle de droit. C’est un système devenu, par la force des choses, esclave de lui-même et, comme disait Sénèque, «être esclave de soi est le plus pénible des esclavages» ; un esclavage duquel ils ne peuvent pas échapper car ils ne pourront jamais échapper à eux-mêmes.

Pour revenir au bon sens, Mohamed Boudiaf, par son sacrifice, a choisi de vendre son âme à Dieu ; par manque de bon sens, ceux qui ont préparé son assassinat ont choisi de vendre leurs âmes au diable et, comme disait Goethe, «c’est une loi des diables et des revenants, qui doivent sortir par où ils sont entrés». Ainsi, le jour du Jugement dernier, El Akhira, Boudiaf viendra se prosterner devant Le Tout-Puissant et ses assassins finiront en compagnie du diable. Mais ce qui importe maintenant, c’est la vie du peuple algérien, un peuple qui existe mais qui ne vit pas. Comme disait Victor Hugo, «le plus grand ennui c’est d’exister sans vivre», et Voltaire le complète en notant que «le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin».

Faisons un peu attention autour de nous et nous remarquerons que l’ennui, le vice et le besoin sont devenus le lot quotidien de l’Algérien, riche ou pauvre, intellectuel ou inculte, religieux ou non. Ainsi, le système a dénaturé l’Algérien. La nature veut que l’homme travaille et que l’oiseau vole. Le système a renversé les valeurs et c’est  l’oiseau qui travaille, en Algérie, et l’homme vole ; il vole dans les caisses de l’Etat, dans la famille, dans tout ce qui présente l’occasion de voler. Le système auquel voulait mettre fin Mohamed Boudiaf est le système qui a inculqué à l’Algérien la mentalité de vouloir boire de l’eau sans jeter le seau dans le puits, de manger de la viande sans élever le cheptel, de manger la noix sans briser la coquille, de manger une omelette sans casser d’œufs.

Ainsi, l’Algérien a perdu le courage de travailler et c’est une perte irréparable ; elle ne sera réparée qu’avec le système qui l’a causée.Dans cet objectif et à la demande de milliers d’Algériens, de tous âges, toutes conditions sociales, je propose à ceux qui partagent les idées de Boudiaf de reprendre le Rassemblement, de réactualiser sa plateforme et de la proposer à la concurrence politique, loyale, sans haine et sans revanche, dans la perspective de répondre aux attentes de la jeunesse, de l’injustice, de la hogra et de tous les maux dans lesquels s’est retrouvé le peuple ces dernières années.

Les  changements intervenus dans le périmètre de l’Algérie devraient ouvrir les yeux aux Algériens pour comprendre une bonne fois qu’avant ce système rien ne manquait à l’Algérie et avec son départ rien ne manquera à l’Algérie. Bien au contraire, l’Algérie se permettra, avec le départ de ce système, tout ce qui lui a manqué depuis l’indépendance confisquée, c’est-à-dire une bonne école, un hôpital accueillant, une vie correcte, paisible et organisée, une justice respectable ; enfin un Etat bon, juste, craint et respecté. Voilà une partie de ce que je propose à tous les inconnus honnêtes, femmes et hommes, qui veulent donner quelque chose au pays et non pas seulement prendre quelque chose de ce pays. Ne vaut rien celui qui n’est utile à personne.

Nacer BoudiafALGERIE 1988 à 2000 Autopsie d'une Tragédie.avi_003806440

Nhttp://www.elwatan.com/contributions/plus-fort-reste-boudiaf-29-06-2013-219231_120.php

 

 


Certains textes restent d’une formidable actualité. Publié par le quotidien d’Oran le 10.11.02…. cet entretien de Hocine Aït-Ahmed interrogé par K.Selim inaugure une série de reprises par La Nation de textes parus ces dernières années et qui illustrent -ô combien- rien n’a été fait pour clarifier les enjeux politiques ( et de mémoire) pour permettre à l’Algérie de sortir de la crise.

Aït Ahmed témoigne sur Abane Ramdane et le congrès de la Soummam

– Le Quotidien d’Oran: Que fut réellement le congrès de la Soummam, un renforcement de la révolution ou une déviation ?

– Hocine Aït Ahmed: Le fait de poser cette question près de quarante ans après la tenue de ce congrès me paraît sidérant. Autant soulever la même question sur le rôle du 1er Novembre 1954, au moment même où l’Algérie vient d’en célébrer le 40ème anniversaire. Soyons clairs: je ne me suis jamais considéré comme un «historique». J’en ai assez souvent martelé les raisons pour ne pas avoir à les ressasser aujourd’hui.

Permettez-moi de les résumer en une seule phrase: la guerre de libération n’est en aucune façon réductible à un appareil, à un parti, encore moins à un homme, un complot, où une coterie, quels que soient par ailleurs les rôles des uns et des autres assumés dans des périodes et des étapes données. Pas plus que je ne suis spécialiste d’étiologie, terme barbare pour dire philosophie politique. Je vous livre donc un témoignage plus existentiel que théorique.

En tant que militant de terrain, je m’interroge d’abord sur le sens des évènements que recouvrent les mots. Ces deux tournants politiques ne sont pas des météorites tombées du ciel. Leur restituer leur signification et leur portée exige le rappel – faute d’analyse – des causes et des enchaînements politiques qui les ont créés. Le déclenchement de la lutte armée en Algérie, le 1er Novembre 1954, a été, bien sûr, déterminé par la radicalisation des combats patriotiques en Tunisie et au Maroc. Le rêve d’un soulèvement maghrébin généralisé était à nos portes. Mais l’annonce de la lutte armée en Algérie est fondamentalement la résultante de la poussée populaire en travail depuis les répressions coloniales sanglantes de mai 1945. N’oublions jamais les dynamiques sociales profondes dont les personnalités et les partis ne sont souvent que la face visible de l’iceberg nationaliste. C’est vrai que les formations politiques ou religieuse, le PPA-MTLD, l’UDMA, le PCA, les Oulémas, s’étaient coupées des masses, tellement leurs stratégies «légalistes» leur paraissaient dérisoires et sans issue. C’est elles qui, de surcroît, en payaient les notes douloureuses, notamment à chacun des «scrutins» grossièrement truqués sous le règne de Naegelen. La formule «élections à l’algérienne» était devenue proverbiale en France même à la moindre anicroche touchant le suffrage universel. Formule ô combien ! Prémonitoire. Ce jeu de toboggan piégé et savonné qui ramenait toujours au point de départ avait fini par excéder nos compatriotes: «Ne nous appelez ni à l’abstention ni à la participation électorale ! Donnez-nous des armes !»: ce message nous parvenait de partout. C’est à ce message qu’a finalement répondu l’appel du 1er Novembre.

 – Q.O.: Pouvons-nous conclure que les dirigeants politiques de l’étape précédente avaient trahi ?

– H.A.A.: Pas d’anathèmes ! Accuser à tout bout de champ de trahison, c’est ce genre de retours destructifs au passé qu’il faut éviter. Il y a des mots qui tuent, surtout dans un pays où la vie et l’opinion des gens continuent de perdre de leurs valeurs. Le sens de la responsabilité doit inciter à la sérénité et à la prudence quand il s’agit de porter des jugements d’ordre politique. Sauf à ravaler ses propres agressions verbales, lorsque les formations en question deviendront parties prenantes à ces premières assises constitutives du FLN.

Le sens capital de cet événement réside dans la nature politique et contractuelle d’une stratégie de libération nationale élaborée par le congrès de La Soummam. De toute évidence, ce pacte national n’aurait pas pu avoir lieu sans le formidable électrochoc psychologique et politique provoqué par les actions entreprises le 1er Novembre 1954, amplifiées par Saout El-Arab et par la panique qui avait gagné les autorités coloniales. Certes, les insuffisances militaires du déclenchement de «La Révolution» s’expliquaient par les improvisations qui ont présidé à son organisation. En prenant, en 1951, la décision de dissoudre l’OS, de démanteler son dispositif et son encadrement, les dirigeants du PPA-MTLD avaient commis une grave faute politique. L’absence d’une stratégie politique qui devait accompagner la proclamation du 1er Novembre sur le terrain risquait de couper les groupes armés de la population. Du reste, les stratèges de la guerre coloniale ne tarderont pas à exploiter ce vide politique. Quand le gouverneur général Soustelle – jusqu’au-boutiste de l’Algérie française – prendra la mesure de remettre en liberté quelques dirigeants politiques algériens qui avaient été arrêtés, au lendemain de la Toussaint, son intention stratégique était d’engager les nationalistes modérés à remplir le vide politique afin de retarder ou de prévenir la généralisation de la dissidence armée.

– Q.O.: Apparemment, il a été pris de court par Abane Ramdane !

– H.A.A.: Tout à fait. Dès son retour au pays, Abane Ramdane, qui venait de purger des années de prison dans le nord de la France, prit contact avec Ouamrane en Kabylie (Ndlr: responsable de la willaya 4, il se réfugia dans la willaya 3 après avoir dirigé des attaques armées dans la région de Blida pour s’informer).

Ayant longtemps assumé des responsabilités, d’abord au sein de l’organisation clandestine du PPA, et ensuite à la tête de l’OS pour la région de Sétif, Ramdane était un véritable animal politique et un organisateur expérimenté. Il n’avait pas besoin de son intuition de mathématicien pour, en premier lieu, identifier le sens du problème prioritaire et urgent: l’absence de vision et de stratégie politiques, et, en deuxième lieu, pour mettre en place les structures cohérentes destinées à soutenir la dynamique populaire. Sans perdre de temps, il se rendit alors au domicile de Rebbah Lakhdar, à Belcourt (Sidi M’hammed). Qui ne connaissait ce personnage hors du commun ? Certes, il était militant chevronné du PPA, mais il était respecté et aimé, y compris par les adversaires politiques, et ce n’est pas peu dire. Car, il avait cet art naturel d’un entregent exceptionnel, fait de gentillesse, d’ouverture d’esprit et d’une serviabilité doublée d’humilité. Petit commerçant dynamique, il connaissait l’ensemble de la classe politique algérienne ainsi que les personnalités religieuses et du monde des affaires. (Cet homme avait toujours refusé d’assumer des responsabilités publiques. Sauf une fois: contraint et forcé par ses dirigeants, il se porta candidat aux élections à l’Assemblée algérienne d’avril 1948, à Sour El-Ghozlane, sa circonscription d’origine. Son tort fut d’être l’enfant du pays idolâtré, puisque c’est là que le coup de force électoral, sous le règne de Naegelen, prit une tournure dramatique avec des «électeurs assassinés à Aumale» et Deschmya. Et ainsi un béni-oui-oui d’une crasse politique fut proclamé représentant du peuple).

Abane ne pouvait donc pas trouver un intermédiaire plus crédible. De but en blanc, il s’adressa en ces termes à Rebbah: » Je veux rencontrer toutes les personnalités qui comptent dans notre société». Pendant des semaines, il squatta l’appartement pour y recevoir ses nombreux interlocuteurs: dirigeants centralistes du PPA-MTLD, de l’UDMA, du PCA, des Oulémas, Aïssat Idir, le futur chef de l’UGTA, Moufdi Zakaria, l’éternel poète symbole d’un Mzab fidèle à lui-même et à l’Algérie, qui sera l’auteur de l’hymne national de notre pays. Sans compter quelques figures de la bourgeoisie en formation pour l’aide financière, nerf de la guerre. L’impact de ces contacts est immense dans la perspective de la mobilisation de toutes les catégories sociales. Au niveau politique et à la suite de multiples rencontres, Ramdane réussit à arracher aux délégués attitrés qu’ils procèdent à la dissolution de leurs formations politiques respectives et qu’à titre individuel, leurs militants s’intègrent dans le processus de création du FLN en vue de soutenir l’ALN dans tous les domaines. Les dirigeants principaux de l’Association des Oulémas se rallieront aussi à cette perspective de rassemblement national. Il restait à transformer l’essai, c’est-à-dire à organiser le Congrès constitutif du FLN.

C’était une véritable gageure. OU, QUAND et COMMENT. Mission quasi impossible ? Où se réunir en pleine guerre, mais dans des conditions de sécurité absolues ? Quand se réunir et dans l’urgence absolue, l’hystérie des répressions coloniales risquant d’étouffer et de réduire les foyers de résistance armée, et comment acheminer les délégués et surtout les états-majors des willayas, étant donné le redoutable quadrillage du territoire par les forces et les opérations de guerre ?

Force est de constater que ce quasi-miracle s’est réalisé. Grâce à la réflexion et au savoir-faire du tandem Ben M’hidi Larbi-Abane Ramdane, aux officiers de l’ALN, à celles et ceux qui ont participé aux commissions préparatoires des assises de cet événement, et aussi à ce mur de vigilance patriotique des villageois qui étaient mobilisés par le sens de l’honneur, sans même savoir la nature de l’événement attendu. En ce qui concerne les résultats des travaux, je vous renvoie aux textes publiés par nos historiens honnêtes. En résumé, pour la première fois, le FLN se donne une plate-forme politique; on peut en discuter les lacunes et les insuffisances.Mais, une première également, les structures de l’ALN et du FLN ont été précisées.

Les professions de foi ne sont pas définies seulement par des idéaux mais par la stratégie de mise en application. En effet, juger comme si les moyens ne sont pas partie intégrante d’un programme relève de l’ignorance délibérée ou de la dissimulation. Ce qui explique que le principe de la primauté du politique sur le militaire avait une portée et garde, jusqu’à nos jours, une validité incontestable.

– Q.O.: Des historiques se sont opposés au congrès de la Soummam ?

– H.A.A.: Quelques historiques se sont effectivement opposés au congrès de la Soummam. Un congrès antagoniste avait même été prévu, soutenu par Nasser et Bourguiba, qui avait notamment mis la «Garde nationale» à la disposition des tenants de la contestation. Une crise extrêmement plus grave que celle qui avait opposé Centralistes et Messalistes par congrès rivaux interposés. Imaginez les engrenages de tueries opposant des hommes, voire des régions ou des wilayas en armes: c’était la guerre fratricide se substituant à la guerre de libération. J’étais le seul à la prison de la Santé à reconnaître les décisions du congrès de la Soummam. Pour toutes les raisons indiquées, et surtout en raison du consensus national qui y fut esquissé et qui pouvait servir de support international à la constitution d’un gouvernement provisoire.

J’avais transmis au CCE – la nouvelle direction élue par le Congrès -, par l’intermédiaire du sénateur Ahmed Boumendjel, notre avocat, un message écrit dans lequel je soulignais l’absurdité d’un conflit de souveraineté, alors que le pouvoir colonial continuait à en être le vrai détenteur au regard de la communauté internationale. Et que je tenais à leur disposition un rapport concernant la constitution urgente d’un gouvernement provisoire. Une initiative qui, non seulement pouvait transcender les blocages résultant des luttes de clans et de personnes, mais qui devait principalement créer la dynamique diplomatique et médiatique indispensable à une solution négociée avec la puissance coloniale. Quant aux prolongements sur la situation actuelle, que dire sinon que l’Algérie n’en serait pas là, exsangue et dévastée, si Abane n’avait pas été assassiné par les siens et si Ben M’hidi n’avait pas été exécuté par les autres. En d’autres termes, si le principe du primat du politique sur le militaire avait été respecté.

– Q.O.: Le congrès de la Soummam donne lieu à des lectures idéologiques contradictoires…

– H.A.A.: Aucune autre lecture idéologique ou partisane ne pouvait être faite de ce congrès. La plate-forme de la Soummam a été, je le répète, le premier pacte politique contractuel, donc fondé sur le respect du pluralisme et non pas sur un consensus populiste. Sauf qu’on n’empêchera pas les racontars d’aujourd’hui – à l’exemple des racontars d’hier – de tenter d’asservir l’histoire à des fins de légitimation et de propagande.

 – Q.O.: Vous avez connu Abane Ramdane. Pouvez-vous nous parler de l’individu, de l’homme qu’il fut ?

– H.A.A.: J’ai connu Ramdane au cours de cet été 1945, le plus chaud et le plus surréaliste. Il venait de Châteaudun – Chelghoum Laïd – où il travaillait comme secrétaire dans l’administration. Il était profondément marqué, malgré sa froideur apparente, par les répressions et la chasse à «l’arabe» qu’il avait vécues de très près.

Je préfère vous parler de l’homme avant de vous donner quelques repères sur son itinéraire. Quelques semaines avant de passer l’examen du baccalauréat 2ème partie au lycée de Blida, il avait sollicité de l’administration d’être dispensé des heures de gymnastique pour mieux se préparer aux examens, car, en plus au lieu de choisir entre le bac philo et le bac mathématiques, il tenait à se présenter aux deux examens. La dispense lui ayant été refusée, il se mit en colère et alla se briser le bras contre un rempart de fer ou de marbre. Ce qui ne l’empêcha pas de bouder les exercices physiques pour mieux se préparer et réussir brillamment le double examen.

Autre anecdote sans commentaire: arrêté par la PRG, alors qu’il était le responsable de l’OS dans la région de Sétif, il n’avait pas fait le moindre aveu malgré toutes les formes de torture utilisées pour le faire parler. Combien de fois il fut transféré d’une prison à une autre, à force de faire des grèves de la faim ou d’inciter les droits communs à l’agitation ou à la violence. Pour se débarrasser de Abane, les services pénitenciers d’Algérie durent l’envoyer en relégation dans le nord de la France.

Quel tempérament ! Son identité, c’est ce qu’il a fait de lui-même dans les pires épreuves. Ceci dit, qui n’a pas de défaut ? Il était autoritaire et jacobin. Son franc-parler le desservait terriblement. Par contre, il savait aussi écouter et exécuter les décisions prises démocratiquement.

– Q.O.: Quels commentaires vous inspire notre rapport à l’histoire ?

– H.A.A.: Pour les Algériens informés, le 20 Août 1956 est inséparable du 1er Novembre 54. Et par-dessus les déclarations officielles, par-dessus les rituels aussi insipides qu’hypocrites, ces deux dates de notre passé suscitent chaque année un engouement de plus en plus réconfortant au sein de notre jeunesse et de ses élites locales et régionales. Et cela, en dépit du délabrement planifié de la mémoire historique et peut-être à cause de ce délabrement. Chez ces exclus, cette avidité naturelle ressemble fort à une volonté de réintégration et d’enracinement profond dans le présent et l’avenir de leur nation. Ce ne sont pas les retours en arrière, à la recherche nostalgique de faits glorieux, qui les intéressent. Ils attendent de l’histoire, en tant que discipline, qu’elle leur livre des leçons et des enseignements. Leur rêve est de participer pleinement et efficacement à l’histoire comme dynamique populaire qui se construit dans les luttes quotidiennes pour une vie de liberté, de dignité et de justice pour tous et toutes.

Propos Recueillis Par : K. Selim

Jeudi 2 Mai 2013

Retour sur la fausse démission de Chadli

25 juillet, 2011 Posté dans Algérie Politique

Par Ait Benali Boubekeur

L’ouverture démocratique en Algérie fut de courte durée. Ce fut l’une des éphémères. La responsabilité de cet arrêt s’incombe à ceux qui ont estimé que le peuple algérien n’était capable de choisir ses représentants. Bien que le choix puisse être par dépit, il n’en demeure pas moins que le choix du peuple fut, lors des élections du 26 décembre 1991, sans appel. Il s’agit pour ces millions d’Algériens de sanctionner un système ne pouvant pas répondre à leurs desiderata. Mais en se trouvant devant la victoire incontestée du Front Islamique du Salut (FIS),  les réels décideurs ont-ils agi de sorte à éviter à l’Algérie l’un des drames  les plus rudes qu’elle ait connue ? Ainsi, à l’annonce des résultats officiels du premier tour des élections législatives, rien n’indiquait en apparence une quelconque manigance des militaires. Mais, derrière la vitrine, les calculs fur
ent légion.

Et si les nouveaux décideurs réclamaient la restitution des biens mal acquis, que ferions-nous alors. Cette option fut en tout cas analysée. La solution se trouva alors dans l’arrêt du processus pouvant conduire à l’alternance. Et ce qui les guida  fut  la sauvegarde des privilèges immenses. Ainsi, pour enclencher une troisième guerre d’Algérie, le haut commandement militaire avait cherché les raisons  dans une presse subordonnée. Celle-ci fut d’une allégeance infaillible au régime. Bien que  les leaders du FIS aient réagi avec une extrême vigilance à l’égard de cette presse partiale, la noria du renversement des résultats fut lancée. Car les organisateurs des élections s’étaient trompés sur les scores. D’ailleurs mêmes les vainqueurs  furent surpris par l’étendue de la victoire.

Contacté par le journaliste de RFI, Abdelkader Hachani  fut médusé par le score réalisé. Tout compte fait, il attendait à ce que  le pourcentage de sièges ne dépasse pas les 30%. Mais une fois l’effet de surprise passé, les leaders du FIS s’employèrent à développer un langage rassurant pour calmer les esprits surchauffés.  Cela dit, affirmer  que les vainqueurs avaient une confiance en ce pouvoir, qui cherchait  la moindre étincelle pour allumer le brasier, fut un leurre. Car ce dernier avait des moyens très importants, notamment en jouant sur la peur. Sa force de mobilisation fut incontestable par tous les observateurs. D’ailleurs, ce régime n’a-t-il pas joué les courants les uns contre les autres pour se pérenniser depuis l’indépendance? Qui a donné les ailes à cette mouvance depuis l’indépendance ? Car, dans un pays musulman, il est nul besoin de jouer la carte religieuse. En revanche, face à la gabegie du régime, ces militants religieux voulurent combattre les dérives du système, notamment la corruption, en s’appuyant sur les principes justes de l’Islam.

Cependant,  une fois de plus, la presse aux ordres vint au secours de ce régime. En effet, la presse thuriféraire a joué un rôle moteur dans la manipulation de l’opinion  induisant des milliers voire des millions d’Algériens en erreur. Ainsi, au lendemain de l’annonce des résultats du scrutin,  Mohammed Said a prononcé dans un prêche des propos apaisants dont  la presse a déformé.  « Nous sommes tous des frères, celui qui versera une goutte de sang de son frère ne connaîtra pas le pardon », a-t-il dit.  Il a ajouté plus loin  « tout va bien et, grâce à dieu,  il n’existe aucune pomme de discorde entre nous. Pour renforcer notre fois, il faut nous conformer aux prescriptions divines sur la façon de nous habiller ou de nous nourrir ». Les correspondants de presse,  qui couvrirent la prière, interprétèrent les propos en les reformulant pour donner à peu prés  ceci : « Mohamed Said demande aux Algériens de changer leurs habitudes vestimentaires et alimentaires ». Un journaliste d’un titre britannique  affirma dans une interview que lui avait soi disant  accordée Hachani  que ce dernier « désire rompre les accords liant l’Algérie au CEE ». Quelques années plus tard,  le journaliste reconnut  n’avoir jamais rencontré l’intéressé.  L’interview fut imaginée en analysant ses discours, reconnut-il. Ainsi cette désinformation ne fut qu’une facette de l’action des putschistes.

Selon José Garçon « le 6 janvier, une assemblée réunit 181 officiers supérieurs qui signent une pétition demandant la démission du président ». Pour étayer la thèse que les dés furent déjà jetés,  l’état major de l’armée  ordonna, le 8 janvier 1992,  le déploiement d’un dispositif militaire autour d’Alger, Oran et Constantine. Bien que  la constitution algérienne fasse du président le premier homme du pays en incarnant l’Etat et l’unité de la nation,  puisse nommer et révoquer les ministres et grade ou dégrade les militaires, le réel pouvoir se trouvait hélas ailleurs. D’où la question suivante : en ayant autant de pouvoir, Chadli aurait-il décidé, de son propre chef, de partir ? Il est difficile de croire cette hypothèse. Car une délégation militaire, conduite par Nezzar et les principaux responsables militaires,  se rendit le 9 janvier 1992 à la présidence pour demander tout uniment au président de se retirer dans l’honneur et de rédiger sa lettre de démission, et ce conformément à une pétition qu’auraient signée 181 officiers. Chadli aurait résisté pendant un petit moment aux pressions  mais il finit par accepter  de partir le 11 janvier.

Dans la lettre de démission,  il expliqua que son départ n’était  pas une fuite de responsabilité mais un sacrifice dans l’intérêt supérieur de la nation. Il s’agit là sûrement de récriminer les militaires qui l’ont forcé à partir. Car s’il s’était agi des islamistes,  il aurait simplement fait allusion au code  civil pour sanctionner les fraudeurs ayant permis la large victoire du FIS.  En tout cas, le départ du président ne fut pas le seul casse tête du haut commandement militaire.  La constitution de 1989 stipulait, dans ce cas de figure, que «  le président de l’assemblée nationale assure l’intérim du chef de l’état et prépare une élection dans 45 jours ». Or celui qui devait succéder au président fut éliminé en montant de toutes pièces la dissolution du parlement. D’après Ali Yahia Abdenour : « Belkhadem,  Président de l’APN,  a révélé au procès des dirigeants du FIS que Chadli,  Président qu’il avait rencontré le 7 janvier ne l’avait pas informé de la dissolution de l’assemblée (décret du 4 janvier) ». En somme,  le président ne pouvait  pas  démissionner dans un pays où il fut nommé. Son départ fut obtenu par des pressions.  Et les Algériens ont le droit de connaitre la vérité à défaut de pouvoir se prononcer sur les personnes qui les gouvernent.



آيت أحمد في حوار مع لاناسيون

 

أحمد سلمان
Lundi 11 Juillet 2011

http://www.lanation.info

 

حتى لو حدث، مع أنه لا يشك بأن النظام يناور وهو يحرك موضوع الإصلاح لا يوجد أثر للتشاؤم عند حسين آيت أحمد فهو يبجل في هذا الحوار عودة كلمة الحرية مع الربيع العربي وبداية تحرر من استعباد طويل للضمائر الذي تلا الاستقلال وهو لا يشك أن الجزائريين الذين قاوموا التدمير الاستعماري سيعرفون كيف يخلقون البديل الديمقراطي لنظام ينكر ويُعنّف. وهو يشيد بالجزائريين وبالمناضلين السياسيين الذين لا يكسبون هذه الصفة بشكل نهائي ويتعلمون كل يوم ضد الصعاب والمحن وضد القمع واليأس كيف يصبحون مناضلين سياسيين ويبقون كذلك.

س ـ يأتي عيد الاستقلال هذه السنة في ظرف وطني ودولي تميزه فكرة الإصلاحات من جهة والربيع العربي من جهة أخرى. ماذا يوحي لكم ذلك؟

 ج ـ في الأول العودة الكبيرة لكلمة الحرية، وبداية التفكيك (أخيرا ! ) لفكرة عبثية أثقلت رؤوس الملايين من النساء والرجال لعشرات السنين، فكرة كانت تزعم أن الشعوب بعد أن نالت استقلالها لم يعد لديها ما تصبو إليه، اللهم إلا بعض المطالب ذات الطابع المادي. وبدلا من أن يكون بداية لمسار التحرر، تحول إعلان الاستقلال، باستعمال القوة والمكر والابتزاز، إلى استعباد طويل للضمائر. إن أول وأعظم انتصار لانتفاضة المجتمعات يكمن في التأكيد على فكرة كانت ممنوعة حتى الآن: على القادة أن ينالوا استحسان الشعوب وليس العكس، على القادة تقديم الدليل على أنهم يحبون أوطانهم ويستحقون ثقة شعوبهم، وليس على الشعوب أن تقدم كل صباح الدليل على وطنيتها بوقوفها في حالة استعداد أمام المستبدين. إن ربيع تونس والتجند الرائع للشعب المصري أعطيا للعالم العربي هذه الهدية التي لا تقدر بثمن.

س ـ وماذا عن عيد الاستقلال؟

 ج ـ هل لاحظتم بهجة المتظاهرين في ساحة التحرير؟ بالرغم من الخوف والوعي بخطورة الرهانات فإن الشعوب تبتهج عندما تناضل من أجل مستقبل أفضل حتى لو لم تكن الأمور مربوحة سلفا. لقد عرفنا هذا النوع من البهجة عندما كانت الحرية تبدو قريبة المنال، وسنسترجع هذا الإحساس البهيج بالنضال عندما يبدو المستقبل أقل قلقا للشباب. إن الجروح التي تم فرضها على هذا البلد من العمق بحيث لا يمكن حصرها في جدول أعمال تبسيطي، واستقلال بدون حرية هو ليس استقلالا في الحقيقة…

س ـ هناك كلام عن إصلاحات سياسية في الجزائر، عن التغيير…

 ج ـ أعرف. يتكلم عنهما في كل مرة لا نعرف فيها ما نفعل. عندما كانت هناك إصلاحات حقيقية فقد افتعلوا حربا لتوقيفها. أبقى متشككا في قدرات النظام على أن يفعل أفضل من المعتاد.

س ـ أهذا كل شيء؟

ج ـ هل تظنون أنها مسألة اقتراحات وأفكار جديدة وبرامج طموحة؟ لقد قدمنا اقتراحات وأصدرنا تصريحات وأرسلنا رسائل ومذكرات. ..

س ـ إذا عما نتحدث؟

 ج ـ عن الإرادة السياسية، هناك انعدام إرادة في فعل الأمور بجدية، هناك الكثير من الأكاذيب والمراوغات والألاعيب المشبوهة، إن هذا البلد مثقل بالخدع والحيل القذرة ووسط كل ذلك هناك استخفاف لا يصدق في تسيير هذا الغضب الهادر، كأن السلطة لم تعد قادرة على تقدير كل ما تم إهداره. إن أصحاب القرار الحقيقيين فرضوا دوما مهارة السلطة السياسية كما لا يمكن أن ننسى الدور والتجربة الطويلة لبوتفليقة في فن إفشال كل إمكانية للتحول الديمقراطي بالحيلة والعنف. عندما لا تكون هناك ثقة يجب البدء باستعادة الثقة. ولا يمكن تصور حوار دون هذا الشرط المسبق.

س ـ استجاب السيد عبد الحميد مهري للجنة بن صالح في الوقت الذي رفضتم فيه الدعوة. كان يبدو أن هناك تقارب بينكما خلال السنوات القليلة الماضية. ما رأيكم في اقتراحاته للخروج من الأزمة؟

 ج ـ أعربت له عن تأييدي بصفة علنية وبصفة خاصة، لِمَا يحاول القيام به ببيداغوجية رفيعة نحو السلطة وكل الذين مازالوا لا يعرفون معنى الديمقراطية وشروط تطبيقها وبناء الثقة في مسعى جدي من أجل التغيير.

س ـ وأنتم ألا تفكرون في « عمل بيداغوجي » اتجاه السلطة؟

 ج ـ لكل منهجه. عندما يكون هناك شيء جديد سأتكلم، أما الآن فأنا لا أرى ذلك.  وتبقى الأولوية بالنسبة إلي هي بناء الحزب واسترجاع الروابط بين المناضلين والمواطنين والقوى الاجتماعية ومواصلة الحوار مع الشركاء الملتزمين في جهد جدي ومثابر من أجل الديمقراطية وتغيير نظام الحكم. إن النضال السياسي في ظل نظام استبدادي هو إعادة تعلم دائم للممارسة السياسية. لا يصبح المرء أبدا مناضلا سياسيا بصفة نهائية، نتعلم يوميا أن نكون كذلك وكي نبقى كذلك.

س ـ قيل كلام كثير خلال الأشهر الأخيرة عن التاريخ، لن أقلل من شأنكم بالطلب منكم الجواب عما قيل، ولكن أتظنون أن الصمت كاف؟

 ج ـ أي صمت؟ التاريخ نصنعه أولا، ثم نكتبه بعد ذلك. أعمل منذ عدة أشهر مع مجموعة من المؤرخين فرنسيين وجزائريين شبابا وأقل شبابا حول ما أعرفه وما شاركت فيه في كتابة الثورة وحرب الاستقلال، وأنا مدين بذلك لكل الوطنيين ورفقاء الكفاح، كما أنني مدين أيضا بذلك للأجيال الشابة. وأترك الثرثرة للمثرثرين.

س ـ لنعد إلى الحاضر. إن الوضع الأمني الذي عرف تهدئة في باقي البلاد يبقى غير صحي في منطقة القبائل.

 ج ـ كيف يمكن أن يكون هناك جو أمني صحي في بلد جوه السياسي، وأستسمحكم في العبارة، فاسد تماما، إن الوضع الأمني هو غير صحي إجمالا في كل البلاد مع بعض الخصوصيات المحلية هنا وهناك. عرف بالطبع العنف « الإرهابي » انحسارا في بعض الأماكن وليس في أخرى ولكننا لا نعرف بالتدقيق من الذي يغذي الممارسة البغيضة في الاختطاف وهناك أشكال أخرى للعنف ظهرت وتعرف تطورات مقلقة.

س ـ ماهي؟

ج ـ إنها عديدة، ولكن كلها لها علاقة بالرشوة في الإدارة والمصالح التي لها علاقة بأمن المواطنين. الجريمة الكبيرة والمخدرات واللصوصية في كل شيء لا تنمو في بلد مؤطر بصفة صحية، فالبطالة المكثفة عند الشباب تجر المجتمع إلى أن يكون أقل حرصا على الأخلاق اليومية. بعد ذلك يكفي أن حالة من عشرة تسقط في شباك تنظيم إجرامي لتدخل في دوامة جهنمية وهنا نلتقي بطبيعة نظام الحكم، إن الرشوة ظاهرة معقدة، ويعيش المواطن الذي يرتكب مخالفة بسيطة في خطر كبير إذ قد يصبح في أمد قصير، نوعا ما، بين أيادي شبكة إجرامية على مستوى الحي حيث يوجد اللص والشرطي الفاسد ومنتخب « الشكارة » والبيروقراطي الفاسد، الذين يشكلون « النخب الجديدة للنظام » والتي تتكفل « بتأطير الشباب ».

س ـ ولكن ماذا تفعل الأحزاب السياسية؟ 

 ج ـ مناضلو الأحزاب السياسية ليسوا أبطالا خارقين للعادة قادرين على مكافحة، في نفس الوقت وبصفة مستمرة، القمع البوليسي والمافيات التي تمثل الأرضية الاجتماعية الحقيقية للنظام ! مع أنهم يفعلون أو يحاولون فعل ذلك، ويحاولون تجاوز التفكك العام، التعب والغضب، في حين أن كل الجهاز الإيديولوجي للنظام يشجع التجهيل السياسي ! تأطير المواطنين عمل جبار عندما يكون هناك عمل تقويضي مقابل يقدم الاختلافات بين الأحزاب السياسية والمناضلين والمنتخبين كمجرد مسائل غيرة وحسد ! بالطبع هذا موجود ولكن هناك في الأساس خط الفصل بين المناضلين النزهاء وأولئك الذين يتعاطون مع الشرطة السياسية أو مع أوساط الرشوة، ولأنه ليس في إمكان المواطنين رؤية الأمور بصفة موضوعية نتيجة لتبعية الإدارة للفاسدين فإنهم يبقون بعيدا بين عمل شغب وآخر، لأنهم يخشون الخطأ وأيضا لأنهم يخشون الانتقامات من كل الأنواع. هذا « الإرهاب » أصبح أكثر قوة، وهو يُغذَّى ويُشجَّع من طرف نظام الحكم. ولكم مثال في قصة قضية خليفة فمن مومن خليفة إلى السارق البسيط في الحي هناك « سلسلة للقيادة » تنطلق من المكاتب الفخمة للنومونكلاتورا للدولة أو بارونات النظام حتى الأحياء الشعبية أو الأحياء القصديرية، إنهم مواطنون بلا قدرة على الطعن كما هم ممنوعون من كل الوسائط « العادية »، يعطون جحافل من الضحايا والمذنبين. بالأمس كانت تغذي الجبال وهي اليوم تغذي جنود الإجرام. هذا ما نحن عليه بعد خمسين سنة من الاستقلال. تحت الاستعمار كان الشباب الجزائري الفقير يجند بالقوة في الجيش الاستعماري واليوم يتم تسليمه إلى المافيا.

س ـ حتى في منطقة القبائل؟

 ج ـ في القبائل لا تكتفي السلطة بالتسيير عن طريق القمع الوحشي والرشوة كما تفعل ذلك في جهات أخرى. في القبائل وحتى يتم تكسير هذه المنطقة، التي كانت تاريخيا متمردة ومسيسة بقوة، بصفة أحسن، تعمل السلطة على الترويج للبدائل الكاذبة. إن التجهيل السياسي تحت وصاية السلطة والذي يقوده بارونات محلية والتي مع أنها مخلوقات خالصة للنظام تمارس خطابا معارضا ليس لنظام الحكم وإنما لباقي الجزائر. والأدهى في هذه القصة أن نفس الدوائر التي تعمل على الترويج لخطاب معاد وعنيف للقبائل في بعض وسائل الإعلام والدوائر هي نفسها التي وراء المجموعات الصغيرة التي تنمي خطابا معاد للعرب في منطقة القبائل. والنتيجة هي هذا التجهيل السياسي المتنامي. إن أثمن ما قدمته القبائل للجزائر هو رأس مالها السياسي. وعندما يتم استبدال السياسة بالتقوقع الشوفيني المقصود هو حرمان الجزائر من عطاء القبائل حتى تحرم منطقة القبائل من الجزائر. إن الناس المسؤولين والجديين لا يمكنهم أن يقولوا أن القبائل هي سويسرا عندما تكون كل البلاد تحت النار والدم ثم يقولون بعد عشر سنوات أن القبائل هي وحدها المستهدفة بالعنف. إلى حد الآن فإن المواطنين في منطقة القبائل وخارج منطقة القبائل يقاومون هذه المناورات وهذه المقاومة تأتي مما تبقى من إرث الحركة الوطنية. وفي هذا الخامس من جويلية علينا أن نحتفل بما تمكن إصرار الجزائريين من المحافظة عليه وإنقاذه من المناورات التدميرية للنظام. وهذا الإصرار العنيد الذي قاوم التدمير الاستعماري سيكون برغم كل الصعاب قادرا على بناء بديل ديمقراطي لهذا النظام الذي لا يطاق


Ahmed Selmane

Lundi 27 Juin 2011

 

 

Le dernier entretien de La Nation avec vous remonte à 15 ans…. Une occasion de vous demander ce qui a changé depuis ce temps là…

Le changement essentiel a consisté durant ces années en l’arrêt des réformes entamées en 1989 avec l’annonce de la constitution et de certaines mesures économiques totalement liées aux réformes politiques. L’action du régime a été, quelque soient ses apparences, entièrement tendue vers l’arrêt de ces réformes. Pour des raisons extérieures sans doute, il était difficile de se contenter seulement d’annuler ce qui a été fait. L’effort a consisté aussi à tendre vers la mise en place d’une démocratie formelle avec le maintien d’un multipartisme formel, une constitution acceptable, des élections et une séparation théorique des pouvoirs.  Donc du point de vue théorique  et des textes, on se donne l’allure d’un régime acceptable. Dans la réalité, les choses sont tout autre et cela ne tient pas  seulement à une non-application, épisodique, comme il a été dit.
C’est, en fait, un système parallèle entier qui est mis en place et qui ruine ce qui est énoncé dans les textes. En matière de multipartisme, on encourage la création des micro-partis qui s’opposent à l’opposition, on exerce des pressions sur les partis d’opposition existant, on interdit, par une décision occulte, la création de nouveaux partis. Et on mène des actions destinées à imposer par tous les moyens, les changements que l’on veut au sein des partis… Quand on agence toutes ces choses, c’est la notion même de multipartisme qui est vidée de son sens. On procède ensuite au regroupement de certains partis dans une alliance gouvernementale qui les vide de leurs programmes propres et les transforme en laudateurs du programme du pouvoir. Toutes ces mesures vident le multipartisme de son contenu. La démocratie formelle, les élections et les assemblées élues sont minées par d’autres moyens : la fraude électorale,  les pressions pour que seuls les personnes agréées par le régime soient candidates,  la mise de ces assemblées élues sous une direction occulte qui dicte ses volontés aux élus. Depuis le début de la crise de 92 à ce jour, nous sommes devant un régime (système de pouvoir) ayant un aspect visible acceptable à travers les textes. Mais il a également une réalité autre, celle d’être un système occulte global qui dirige le pays. Quand on revendique le changement et que l’on nous donne les textes à discuter et à changer, à améliorer ou à amender, cela signifie qu’on limite les changements à la forme et que l’on ne touche pas au fondement du régime.

C’est ce que vous avez dit au membre de la Commission Bensalah ?

J’ai expliqué aux membres de la Commission que leur mission porte sur les apparences alors que le régime que l’on veut changer n’est pas soumis aux textes. J’ai cité des exemples. La fraude électorale n’est autorisée par aucun texte et ne peut être banni, réellement, par un simple texte. J’ai évoqué les manœuvres contre les partis. J’ai cité l’exemple que j’ai vécu personnellement. Il y a eu un hold-up violent de la part de  services de sécurité de l’Etat contre le FLN pour changer sa direction et sa ligne. Une décision a été prise depuis dix ans de ne plus autoriser d’autres  partis politiques. On ne sait pas qui a pris la décision : est-ce une institution, un parti ou une personne ?
Donc la question de la vie politique, du multipartisme ne relève pas des textes. Dans le domaine des libertés publiques, j’ai personnellement subit l’interdit. On m’a interdit d’organiser une rencontre historique sur la Conférence de Tanger. J’ai dit à la Commission que l’éventuel changement des textes ou leur amélioration peut-être l’aboutissement d’une démarche, il ne peut être son commencement. Ce qu’il faut préalablement corriger, c’est de sortir de la démocratie de pure forme. Cela ne peut venir d’un changement dans les textes mais par un accord politique fruit d’un dialogue national entre l’ensemble des forces politiques. Je leur ai dit que la mission de leur commission commence d’emblée par une exclusion. Des forces politiques ont décliné l’invitation mais il n’y a pas d’efforts pour essayer d’en comprendre les raisons. D’autres forces politiques ont été exclues, injustement à mon avis. On me dit qu’il s’agit des gens qui ont appelé à la violence et des islamistes, je réponds simplement : combien sont-ils ? Un nombre réduit d’individus, une catégorie entière du peuple algérien ? Qu’on ne me dise pas que le peuple a décidé. Le peuple peut-il décider d’approuver, par référendum, d’infliger une punition collective à une partie de lui-même ? S’il s’agit d’exprimer une divergence politique avec une démarche, oui ! Je suis contre l’utilisation de la violence et je suis contre une théocratie… Mais dire qu’un tel citoyen n’a plus de droits parce qu’il a pensé ou pense de telle manière, qu’il ne peut être candidat ou qu’il peut être interné au Sahara, cela n’est pas acceptable. On recrée tout simplement l’indigénat.

Comment voyez-vous le fonctionnement de cette commission ?

Dans la lettre que la Commission a envoyée, il est dit que les résultats seront conformes aux avis de majorité. Je leur ai fait remarquer que cette majorité est ainsi créée par la confection de la liste des invités. Donc le contenu de la mission de la Commission commence par l’exclusion et se termine par une présumée majorité. La notion de majorité est-elle de mise sur ces questions ? Non, à mon avis, car il ne s’agit pas d’une gestion ordinaire de l’Etat. Il s’agit d’une réforme qui touche le fondement de l’Etat, de la construction de la maison commune. Et on ne peut en exclure aucune catégorie d’algériens…

Pourquoi un pouvoir occulte accepterait-il de se mettre en débat et d’accepter une situation normale de correspondance entre l’Etat légal et le pouvoir effectif ? 

Poser la question ainsi veut dire qu’il n’existe aucune contrainte pour aller à la réforme. Or, la demande de changement existe dans la société. Elle va crescendo. Le choix est entre une réforme consentie avec l’accord de tout le monde ou une réforme imposée par le développement de la société et des forces qui demandent le changement.  J’ai aussi expliqué qu’en 1989,  et bien que la Constitution constitue une ouverture, j’avais des réserves sur la manière de procéder. J’ai dit au président Chadli Bendjedid : ne faites pas  la réforme seul, il faut organiser un débat large, il faut passer par une assemblée élue. Peu de gens étaient au courant de cette position que j’ai exprimée clairement au président Chadli. Ce que j’ai dit à Chadli en 1989, je le dis à Bouteflika : ne faites pas seul une réforme qui touche les fondements de l’Etat ! Faites là avec les autres. Une véritable réforme digne de ce nom, une réforme pour un changement de régime, requiert une conférence nationale sans exclusion politique, une plateforme consensuelle qui détermine les objectifs à atteindre, les étapes et les moyens d’exécution. A ce moment-là, on pourra commencer à travailler ensemble à asseoir cette réforme. De toute façon, le débat approfondi qui permet à chacun de donner son avis et l’approche consensuelle sont à mon avis des étapes nécessaires pour une approche sérieuse du changement. S’il y a velléité d’imposer le fait accompli, ce n’est pas la réforme, c’est la continuation.

Ce qui se passe dans le monde arabe n’incite-t-il à un accord entre le pouvoir et la société pour aller de l’avant.

Je le souhaite ardemment. Malheureusement certaines déclarations tentent, du moins en apparence, de marteler que ce que l’on veut faire  n’a rien à avoir avec ce qui se passe autour de nous et ce qui se dit chez les forces qui nous sont opposée. C’est une erreur. Une démarche sérieuse, pour qu’elle ait une chance de réussir, doit prendre en compte ce qui se passe dans notre région et ce que disent les autres et surtout les opposants. Répéter constamment que les réformes que l’on veut faire n’ont rien à avoir avec le contexte et que c’est une volonté spécifique du régime, n’est pas tenable.

La Libye a-t-elle montré que l’auto-frein de la société contre les  alliances avec l’extérieur est entrain de sauter…

Oui, dans certaines mesures. Etes les régimes arabes en sont les premiers responsables. Leur obstination, leur docilité à l’égard de puissances occidentales dans le passé et leur outrance dans la répression ont fourni à l’occident et aux puissances intéressées tous les alibis pour se blanchir et se présenter à une partie de l’opinion comme des libérateurs. L’intervention occidentale était bien présente avant le printemps arabe. Elle était tellement présente que les arabes étaient pratiquement absents de la scène internationale où leur sort se décidait… Quand Kadhafi réprime son peuple de façon atroce et le proclame, il fournit tous les alibis aux puissances occidentales pour intervenir avec l’appui de leurs opinions qui étaient réticentes. Des régimes arabes continuent à appeler l’occident à intervenir. Ce n’est pas pour aider le changement mais pour le freiner. Je ne crois pas que l’intervention en Libye, malgré les apparences, avait pour objectif d’aider au changement. En réalité, elle a poussé les masses libyennes à entrer dans une lutte armée mal préparée et ils (les occidentaux) sont parvenus à s’emparer du nœud de la situation et à le moduler à leur guise.

Ces évolutions sont inquiétantes en termes de sécurité nationale…


L’aspect sécurité est évidement présent dans tout changement important qui touche les structures d’un état. Mais ce qu’on appelle le printemps arabe nous révèle, aussi, l’ampleur de méfaits des régimes arabes autoritaires que nous soupçonnions mais qu’on ne voyait pas concrètement. Le fait de faire le lit à l’intervention des occidentaux, qui se présentent maintenant, sous le visage de libérateurs, en est un. Il révèle, également, l’abime qui existe entre les régimes et les masses révoltées qui défendent le changement malgré l’ handicap  de leur passage par un désert politique qui  les a mal préparé… Même les pays arabes les mieux lotis sur le plan social en termes d’élites n’arrivent pas à dégager des forces alternatives…. Cela démontre que la désertification du champ politique a été pleinement réussie par les régimes, en Algérie et ailleurs… Ces forces jeunes qui protestent auraient pu être  investies autrement pour le développement du pays… Dans un régime démocratique, cela aurait été le cas… Ce sursaut des masses arabes nous livre beaucoup d’enseignements.

Ce sursaut intervient, c’est un symbole, 50 ans après l’indépendance algérienne… est-ce la fin d’un cycle ?

C’est ceque j’ai dit, en d’autres termes, également à la Commission. Le changement est inéluctable. Quels que soient les méfaits du régime, il est arrivé à une situation d’incapacité totale. L’Algérie vit sur les hydrocarbures depuis l’indépendance et durant 50 ans rien n’a été fait pour en sortir. Le régime est incapable de lancer une politique économique qui prenne le relais. Dans le domaine économique, l’instabilité a été manifeste au cours de ces dernières années où on a changé plusieurs fois de cap. Le régime est incapable d’avoir une politique économique à long terme. On a vu le président de la république déclarer que la politique économique a échoué, qu’elle elle nous a mené à l’enfer au lieu du paradis promis. Après cette déclaration,  il n’y a pas eu de débat sur les raisons de l’échec de cette politique, sur ce qu’il faut faire à la place…

Pourquoi ?

Le régime ne se sentait pas redevable d’un quelconque compte-rendu ou d’un débat sur le problème. Si actuellement on paye pour calmer la demande sociale qu’en sera-t-il dans 20-30 ans, quand les générations actuelles assisteront à la fin du pétrole… ?

Le régime semble plus craindre des manœuvres en son sein

C’est possible. C’est dans la nature même du régime. Mais, en plus,  la vision des responsables actuels de l’avenir est étriquée. Il n’y a aucune vision capable de mettre le pays sur les rails. Pourquoi ? Parce que le régime n’est tout simplement pas viable. On trouve parfois des intentions louables et des velléités de réformes mais dans une démarche autoritaire.  Les réformes qui ont été initiées dans le secteur bancaire, l’administration, ou l’éducation, ont toutes connu des échecs ou des résultats limités car elles ont été menées avec la même mentalité. On a empêché le débat, on a négligé d’associer les intéressés et on a travaillé sans une perspective générale. En fait, il n’y a jamais eu de politique économique, mais des velléités très changeantes depuis 20 ans. Cela ne permet pas de construire l’avenir… Le changement s’impose car le régime est incapable d’aller plus loin. Quelles que soient les bonnes intentions de certains responsables.  Avec l’instrument (ce système de pouvoir) qu’on a entre les mains on est incapables d’aller plus loin.

Pourquoi n’arrivent-ils pas à faire ce diagnostic qui semble évident?

Certains responsables ne sont pas conscients de la cause de leur propre incapacité, ils ne comprennent pas pourquoi cela ne marche pas. On doit leur dire que ce n’est pas une question de personnes mais de système de gouvernement. Et que quelle que soit leur bonne volonté ils seront toujours incapables si le système ne change pas. Et le système a ses règles de fonctionnement qui sont connues : injonctions d’en haut, absence de débat, la non-responsabilité de ceux qui prennent des décisions capitales parfois, l’anonymat… Il y a un certain nombre de choses auxquelles il faut s’attaquer. Si on ne le fait pas, on risque d’avoir demain un changement de façade avec le maintien de la même culture et des mêmes pratiques, c’est pour cela que le débat est impératif.


Mais M. Ouyahia dit que l’on n’est pas en crise  

S’il croit réellement à ce qu’il a dit, le champ de sa vision du monde est tellement limité qu’il ne voit pas de crise. Il a également essayé de montrer l’inutilité d’une conférence nationale, parce on en a connu cela en 1991… Dans la même logique, on a connu aussi des « dialogues nationaux », qui n’ont rien donné, des « élections » qui ont mal tourné… on ne doit pas refaire tout ce qui a été fait… ? La conférence nationale des années 90 a été organisée par le régime pour des objectifs différents dans un autre contexte… Il n’est pas impératif  que tout ce qui s’appelle conférence découle de la même logique.

Les opposants ont-ils une idée du changement à faire ?

Certains dans l’opposition pensent que changer le régime, c’est changer des responsables… Un ou deux responsables et c’est réglé dans leur esprit… Le débat est nécessaire parce qu’on ne peut pas se contenter d’appeler à la chute du régime ni au changement de régime. Il faut s’entendre sur ce qu’il faut changer et comment. Le débat national doit vaincre  certaines pratiques et même une certaine culture qui déteignent sur certains opposants et rejoignent la démarche générale du régime : l’exclusion de l’autre !
Le débat national est nécessaire pour analyser le fonctionnement du régime et ses pratiques courantes à tous les niveaux : l’injonction verbale et l’injonction d’en haut qui priment sur les règles et les lois. La pratique de l’injonction est une question très importante du fonctionnement du système. Il faut en débattre pour y mettre fin. Le fait que les décisions qui touchent l’intérêt général doivent être absolument authentifiées signées par une institution ou un homme, est une chose très importante. On a besoin de cela pour changer le régime.

Est-ce qu’il y a une mesure par excellence à prendre ?

Le changement doit se faire à partir d’un ensemble de mesures, il n’y a pas une mesure qui peut couvrir le besoin de changement. Pour revenir aux fausses pistes de changement, en 1989, il y avait une campagne aussi bien chez les politiques que les militaires qui estimaient que le changement réel était de changer de président. Beaucoup de responsables militaires et des responsables au sein du FLN plaidaient pour ça. Le président de la république a été changé, la suite on la connaît. Donc il faut se méfier des changements d’apparences qui ne traitent pas les vrais problèmes vécus par l’expérience de 50 ans.

Comment comprendre la démarche du système qui parait si irrationnelle ?

Vue de l’extérieur, la démarche générale du pouvoir est d’empêcher toute possibilité d’alternance. C’est cela l’axe. A partir de là, on œuvre à tuer dans l’œuf ou à neutraliser toutes les velléités, forces et noyaux qui peuvent concrétiser ou cristalliser cette alternance. C’est pour cela qu’on aime avoir des partis bidon avec, des alliances bidon que l’on peut manipuler comme on veut… Le résultat est qu’ils ont nourri le mécontentement, ils ont nourri le rejet et la méfiance sans que les masses arrivent à faire   l’apprentissage de l’action politique. On n’a pas empêché le mécontentement de surgir. On a un mécontentement diminué de l’expérience politique, ce qui est plus dangereux pour le pays…

N’est-on pas entrain de recréer les conditions de la colonisabilité évoquée par de Malek Benabi

C’est peut-être une situation qui offre un exemple  de concrétisation de cette théorie.  Il y a, actuellement, des libyens qui attendent la libération de l’étranger. Beaucoup de nationalistes arabes qui ont passé leur vie à militer contre l’intervention étrangère se sont retrouvés dans une situation perplexe : accepter cette intervention pour éviter un massacre à Benghazi ou non ? Moi, j’impute la responsabilité au régime libyen. La position  contre l’intervention étrangère est juste, mais l’intervention étrangère est déjà concrétisée par la soumission des régimes arabes. La position de l’Algérie aurait gagné en sens si elle avait mis la pression sur Kadhafi en lui demandant d’arrêter les frais….

L’Algérie a peut-être oublié que la Libye  n’est pas une affaire étrangère

La position de l’Algérie sur le problème libyen est assez confuse. Il y a d’abord une solidarité naturelle entre les régimes : on n’ose pas remettre en cause un régime arabe car on est ses semblables. En outre, Kadhafi a dit dans un de ses discours que l’Algérie à utilisé son armée pour mater ses intégristes, donc on se sentait complexé sur ce terrain là. Et troisièmement, et c’est un faux calcul, on minimise la vague qui déferle sur le monde arabe. On se dit que peut-être le gagnant n’est pas celui qu’on croit. Quand l’intervention étrangère a été décidée par la ligue arabe, on a mis l’accent sur cela. Or, je l’ai dit, j’aurais aimé voir le président algérien ou au moins son représentant aller chez Kadhafi pour lui dire d’arrêter les massacres… Cet  effort n’est pas fait jusqu’à maintenant. On demande à l’occident de s’arrêter mais on ne dit pas à Kadhafi de s’arrêter… Ce qui se passe n’est plus une affaire intérieure… Se réfugier derrière le principe de non-ingérence n’est pas convaincant… Les voisins, Algérie, Tunisie, Egypte, auraient pu demander à Kadhafi d’arrêter les frais…

Comment voyez-vous la gestion du printemps arabe par les Etats-Unis ?

Il est difficile d’émettre un jugement définitif ou fini. Je pense que l’occident a perçu l’importance du changement qui s’opère. Il a vite saisi la nécessité pour lui de s’adapter au contexte sans changer fondamentalement de politique dans la région. Il a compris que les régimes qu’il a soutenu jusqu’à présent et qui ont fait le lit des menées antioccidentales ne sont plus valables. Il les change utilement en soutenant en théorie la vague de changement et en maintenant sa présence dans la région. Il change utilement de masque en se présentant avec un visage avenant. Mais c’est un changement de façade pas de politique.

www.lanation.info


49 ans après un 5 Juillet.

Salima GHEZALI
Lundi 4 Juillet 2011
Une bavure militaire à quelques jours de la célébration du 5 juillet n’est pas pour rendre les choses plus festives qu’elles ne l’étaient. Des émeutes à chaque liste d’attribution de logements. Des examens de fin d’année dans un climat d’urgence nationale. Et une série de dysfonctionnements qu’il serait fastidieux et inutile de répertorier. C’est, depuis des années, devenu une banalité de pointer du doigt tout ce qui ne va pas. Et de faire  de la dénonciation l’œuvre ultime de l’acte citoyen. Entre l’immolation individuelle, l’émeute collective et les multiples formes de violence auxquelles conduit le désespoir il ne manque pas d’arguments pour noircir le tableau. En face, une vieille habitude a consisté pour les défenseurs du régime de répondre à tous les mécontents : c’était pire sous colonisation ! Et effectivement, c’était pire. Pour les algériens. Et c’est pour cela que le peuple s’est soulevé. Mouloud Mammeri illustre dans  sa Lettre à un français la valeur de la parole engagée dans un combat salvateur. Nous la reproduisons  dans les deux langues dans ce numéro où nous introduisons des articles en langue arabe.

Mais, aujourd’hui, 49 ans après l’Indépendance, le soulèvement est-il encore la seule forme de lutte que l’on veut concéder aux algériens ? Y acculer la population est peut-être la solution de ceux qui n’ont jamais cru aux vertus de la politique. Et cela est en soi une politique. Que la France coloniale a appliquée avec constance et que l’armée française a recommandée sur tous les théâtres où elle a eu à pratiquer le savoir-faire acquis lors de la Guerre d’Algérie. Même s’il n’était pas attendu de l’Indépendance qu’elle règle tous  les problèmes d’un coup de baguette magique, il est terrible de vouloir limiter de la sorte le champ des possibles. En ce 5 juillet où pour la première fois depuis l’indépendance nationale nous assistons à un redéploiement militaire français dans l’espace maghrébin, la voix de ceux qui ont fait de la construction politique de la société algérienne une option stratégique gagne à être entendue. Hocine Aït Ahmed, Abdelhamid Mehri ou Lakhdar Bouragaa qui soutiennent, chacun à sa manière et avec ses propres mots, que l’alternative à ce régime en déliquescence se fera par et dans la reconstruction de l’encadrement politique de la société algérienne sont les invités de ce numéro. Et par ce que le monde arabe bouge Bassma Kodmani nous donne un éclairage sur le lien entre Souveraineté et Démocratie. Deux termes d’une équation que Derguini Arezki interroge dans un long papier sur lequel nous reviendrons dans un prochain numéro dans le cadre d’un débat contradictoire.


Ahmed Selmane
Dimanche 3 Juillet 2011

رجل مشبع بتجربة سياسية وتاريخية حافلة، كلماته دقيقة ومعبرة، علينا أن نستمع إليه في هذا الحوار .

 يؤكد عبد الحميد مهري على حتمية الإصلاح الذي يكون تتويجا لنقاش مفتوح يشمل كل القوى السياسية في البلاد

لاناسيون : يعود آخر حوار لجريدة « لاناسيون » معكم ل15 سنة خلت، وهي فرصة لنسألكم عما تغير منذ ذلك الحين؟

عبد الحميد مهري : التغيير الأساسي هو إيقاف الإصلاحات التي بدأت سنة 1989 بإعلان الدستور وعدد من الإجراءات في الميدان الاقتصادي لأنها متصلة تماما بالإصلاحات السياسية. وكان رد الفعل كله، مهما كانت مظاهره، يرمي إلى إيقاف هذه الإصلاحات. وربما، كان من الصعب، لمقتضيات خارجية، الاكتفاء بإلغاء ما تم إقراره فقط ولهذا كرس الجهد على إرساء ديمقراطية صورية بالإبقاء على تعددية حزبية شكلية ودستور مقبول نسبيا وانتخابات وفصل نظري بين السلطات. وهذا يعطي على المستوى النظري والنصوص مظهرا لنظام مقبول.. لكن الأشياء في الواقع تختلف تماما عن هذا المظهر، فهناك نظام مواز كامل لنسف ما هو موجود في النصوص. ففي مجال التعددية الحزبية يتم تشجيع حزيبات تعارض المعارضة وتمارس ضغوطا على الأحزاب المعارضة الموجودة، ويمنع بقرار غامض تأسيس أحزاب جديدة والقيام بأعمال تهدف إلى إجراء تغييرات داخل الأحزاب بجميع الوسائل، وعندما نجمع كل هذه الأشياء يتم إفراغ مفهوم التعددية الحزبية من كل محتوى، وينتهي الأمر إلى جمع بعض الأحزاب في تحالف حكومي يفرغها من برامجها الخاصة ويجعلها تسبح ببرنامج السلطة. كل هذه الإجراءات تفرغ التعددية الحزبية من محتواها. فالديمقراطية والانتخابات والمجالس المنتخبة تفرغ بأشكال مختلفة: تزوير الانتخابات ، القيام بضغوط حتى لا يتم ترشيح سوى الأشخاص الذين يرضى عنهم النظام، وجعل المجالس المنتخبة تحت قيادة غير منظورة تملي إرادتها على المنتخبين. إذن فنحن منذ بداية الأزمة سنة 1992 إلى اليوم، أمام نظام حكم له مظهر مقبول عبر النصوص، ولكن له حقيقة أخرى تتمثل في كونه نظاما شاملا غير منظور يسير البلاد. إذن عندما نطالب بالتغيير وتعطى لنا نصوص للنقاش والتحسين أو التغيير فهذا يعني أن التغيير ينحصر في الشكل ولا يمس أسس النظام.

لا ناسيون :هل هذا ما قلته للجنة بن صالح؟

عبد الحميد مهري : بالأساس شرحت لأعضاء اللجنة أن مهمتهم تتعلق بالمظاهر، في حين أن النظام الذي يراد تغييره غير خاضع للنصوص، وأعطيت أمثلة على ذلك : لا يوجد نص يجيز تزوير الانتخابات ولا يمكن منعها في الواقع بنص آخر، وذكرت المناورات ضد الأحزاب والتجربة التي عشتها شخصيا، فقد كان هناك سطو بالقوة من طرف مصالح أمن الدولة على جبهة التحرير لتغيير قيادتها وخطها السياسي. وهناك قرار اتخذ منذ عشر سنوات بعدم السماح بقيام أحزاب سياسية جديدة، ولا نعرف من اتخذ القرار، هل هو حزب، هل هو هيأة، أم هو شخص؟ إذا قضية الحياة السياسية والتعددية الحزبية لا تعود إلى النصوص. وفي مجال الحريات العامة تعرضت شخصيا للمنع، ومنعت من تنظيم لقاء تاريخي حول مؤتمر طنجة. قلت للجنة أن التغيير المحتمل للنصوص أو تحسينها يمكن أن يكون في نهاية المطاف ولا يمكن أن يكون في بدايته. والذي يجب إنجازه قبل ذلك هو الخروج من الديمقراطية الشكلية إلى ديمقراطية حقيقية، وهو ما لا يمكن الوصول إليه بتغيير النصوص بل باتفاق سياسي يكون ثمرة نقاش وطني يشمل كل القوى السياسية. قلت لهم أن مهمة اللجنة بدأت بالإقصاء، فهناك قوى سياسية رفضت الحضور ولكن لا توجد محاولة لفهم أسباب ذلك. وهناك قوى سياسية أخرى أقصيت بغير وجه حق، حسب رأيي. قد يقال لي أنهم أناس نادوا بالعنف أو إسلاميون. أنا أسأل ببساطة : كم عددهم؟ هل هم أفراد قلائل أم فئة كاملة من الشعب الجزائري؟ ولا أفهم أن يقال أن الشعب صادَقَ على ذلك. هل يمكن أن يصادق الشعب في استفتاء على عقاب جماعي؟ إذا كان المقصود هو التعبير عن اختلاف سياسي مع منهج معين فأنا ضد استعمال العنف، وأنا ضد نظام حكم تيوقراطي، ولكن أن يقال أن ذلك المواطن أصبح بلا حقوق لأنه فكر أو يفكر بطريقة ما أو لا يمكن أن يترشح أو أن يرسل إلى الصحراء بدون وجه حق، فهذا غير مقبول. وهذا يعني أننا نحدث مواطنين من درجة دنيا « أنديجان. « 

لاناسيون: كيف ترون سير هذه اللجنة؟

عبد الحميد مهري : نصت الرسالة التي بعثتها اللجنة للمدعوين على أن النتائج ستكون مطابقة لآراء الأغلبية. قلت لهم هذه الأغلبية تُصنع بقائمة المدعوين، إذن فمهمة اللجنة كبدايتها ونهايتها قابلة للنقاش. فهي تبدأ بإقصاء وتنتهي بهذه الأغلبية المزعومة. فهل مفهوم الأغلبية صالح في مشروع مثل هذا؟ لا أظن ذلك لأننا لسنا بصدد التسيير العادي لشؤون للدولة. إننا بصدد إصلاح يمس بنية الدولة. إننا بصدد بناء البيت المشترك ولا يمكن أن نقصي منه أية شريحة من الجزائريين.

لاناسيون: لماذا تقبل سلطة خفية أن تضع نفسها محل نقاش، وتقبل وضعية عادية من التوافق بين الدولة الشرعية والسلطة الفعلية؟

عبد الحميد مهري : طرح السؤال بهذه الطريقة يعني أنه لا يوجد ضغط في اتجاه الإصلاح، في حين أن طلب التغيير موجود في المجتمع وهو في تنام. فالاختيار هو بين إصلاح يقبله الجميع أو إصلاح يفرضه تطور المجتمع والقوات المطالبة بالتغيير. ذكرت أيضا أنه في عام 1989، كانت لي تحفظات على الطريقة التي تم بها الإصلاح، مع أن مشروع الدستور كان يشكل انفتاحا حقيقيا. قلت للرئيس الشاذلي بن جديد لا تقم بالإصلاح وحدك، يجب تنظيم نقاش واسع والمرور عبر مجلس منتخب. قليل من الناس كانوا يعرفون هذا الموقف الذي أعربت عنه بوضوح للرئيس الشاذلي. والذي قلته للشاذلي سنة 1989 أقوله لبوتفليقة اليوم: لا تقم وحدك بإصلاح يمس بنية الدولة ! قم بذلك مع الآخرين، فالإصلاح الحقيقي الجدير بهذا الاسم: إصلاح من أجل تغيير النظام يتطلب ندوة وطنية من دون إقصاء سياسي وأرضية توافقية تحدد الأهداف المنشودة والمراحل ووسائل التنفيذ. وعند ذلك يمكن أن نبدأ العمل متضامنين لتطبيق هذا الإصلاح. وعلى كل حال، فالنقاش المعمق الذي يسمح لكل واحد أن يعبر عن رأيه والمقاربة التوافقية هي في نظري مراحل ضرورية لإثبات جدية التغيير، وإذا كانت هناك محاولة لفرض الأمر الواقع فهذا ليس إصلاحا، بل هو استمرارية.

لاناسيون: ألا يحث ما يجري في العالم العربي حاليا على اتفاق جدي بين السلطة والمجتمع للذهاب قدما؟

عبد الحميد مهري : أرجو ذلك صادقا. لكن مع الأسف هناك بعض التصريحات تحاول ولو في المظهر التأكيد على أن ما يراد القيام به ليس له صلة بما يدور حولنا ولا ما تقوله القوى التي تعارضنا. وذلك خطأ والعكس هو الصحيح. فلكي تتوفر إمكانية النجاح لمسعى جدي عليه أن يأخذ في الحسبان ما يدور في منطقتنا وما يقوله الآخرون، وعلى الخصوص، المعارضون. كما أن تكرار القول بأن الإصلاحات التي تقرر القيام بها ليست لها علاقة مع الظرف وبأنها إرادة بحتة للنظام، غير مقنع.

لاناسيون:أظهرت الحالة الليبية زوال الوازع الذاتي للمجتمعات تجاه تحالفات مع الخارج

عبد الحميد مهري : نعم ، نوعا ما. والأنظمة العربية هي المسؤولة عن ذلك. إن تخاذلها أمام القوى الغربية في الماضي والإفراط في القمع أعطت للغرب جميع الذرائع لتبييض نفسه والتقدم أمام جزء من الرأي العام على أنه قوة محررة. فالتدخل الأجنبي كان موجودا قبل ما يعرف بالربيع العربي، كان موجودا إلى حد أن العرب أصبحوا غائبين عن الساحة الدولية حيث كان يقرر مصيرهم. . . وعندما يقمع القذافي شعبه بصورة بشعة ويعلن ذلك على الملأ يعطى كل الذرائع للقوى الغربية للتدخل بدعم من رأيها العام الذي كان متحفظا. هناك أنظمة عربية ما زالت تنادي الغرب للتدخل، ولكن ليس للمساعدة على التغيير بل لكبحه. ولا أعتقد بتاتا بأن التدخل في ليبيا، بالرغم من المظاهر، هدفه المساعدة على التغيير. إن هذا التدخل دفع الجماهير الليبية أكثر إلى كفاح مسلح غير محضر له ومكن الغرب من القبض على جوهرالوضعية وضبطها وفق مشيئته

لاناسيون: هذه التطورات مقلقة من جانب الأمن الوطني.

عبد الحميد مهري : إن الجانب الأمني هو بالطبع ملازم لكل تغيير هام يمس هياكل دولة ما. لكن ما يسمى بالربيع العربي يبرز لنا أيضا مدى الضرر الذي أحدثته الأنظمة العربية المتسلطة والذي كنا نحسه دون أن نلمسه، فتوفير الأرضية لتدخل الغربيين الذين يقدمون أنفسهم اليوم في صورة محررين هي أحد هذه الأضرار، كما أنه يُظهر أيضا الهوة الرهيبة الموجودة بين الأنظمة والجماهير المتمردة المطالبة بالتغيير رغم الإعاقة التي شكلها المرور عبر صحراء سياسية لم تحضرهم لذلك. وحتى البلدان العربية الأحسن وضعا في وفرة النخب لا تعرف كيف تبرز قوات بديلة. وهذا يظهر أن تصحير المجال السياسي من طرف الأنظمة، في الجزائر وغيرها، كان ناجحا تمام النجاح. لقد كان يمكن استثمار هذه القوات الشابة المحتجة بطريقة أفضل في تنمية البلاد، وهو ما يكون ممكنا في نظام ديمقراطي. إن وثبة الجماهير العربية هذه تعطي لنا كثيرا من العبر.

لاناسيون: هذه الوثبة جاءت رمزيا بعد 50 سنة من استقلال الجزائر، هل هي نهاية لحقبة تاريخية؟

عبد الحميد مهري :هذا ما قلته بعبارات أخرى للجنة. إن التغيير حتمي. ومهما كانت أضرار النظام فإنه وصل إلى حالة من العجز التام، وأعطيت مثلا على ذلك: إن الجزائر تعيش على المحروقات منذ الاستقلال، ولم يحقق، طيلة خمسين سنة، أي شيء للخروج من ذلك، لأن النظام عاجز عن إرساء سياسة اقتصادية تأتي بالبديل. إن عدم الاستقرار كان جليا في المجال الاقتصادي خلال السنوات الأخيرة حيث تم تغيير اتجاه هذه السياسة عدة مرات، لأن النظام غير قادر على إرساء سياسة اقتصادية طويلة الأمد. وقد شاهدنا رئيس الجمهورية يعلن أن السياسة الاقتصادية فشلت وأنها أدت بنا إلى الجحيم بدل الجنة الموعودة، وبعد هذا التصريح لم نسجل أي نقاش حول أسباب فشل هذه السياسة والبحث غن البديل.

لاناسيون:لماذا؟

عبد الحميد مهري : لأن النظام لم يكن لديه أي إحساس بأن عليه تقديم تفسير أو فتح نقاش بخصوص المسألة. وإذا كنا اليوم ندفع حتى نهدئ الطلب الاجتماعي فما ذا يكون عليه الحال بعد 20 أو 30 سنة حين تشهد الأجيال الحالية نهاية البترول؟

لاناسيون: يبدو أن أكثر ما يخشاه النظام هو المناورات من داخله؟

عبد الحميد مهري : هذا ممكن، وهو من طبيعة النظام ذاته، وفضلا عن ذلك فإن نظرة المسؤولين الحاليين للمستقبل ضيقة . لا توجد نظرة كفيلة بوضع البلاد على السكة، كما يقال.

لاناسيون: لماذا؟

عبد الحميد مهري : لأن النظام، بكل بساطة، غير ناجع. نسجل أحيانا نوايا طيبة ومحاولات إصلاح ولكن ضمن مسعى سلطوي. وكل الإصلاحات التي تمت في المجال المصرفي والإدارة أو التعليم عرفت الفشل أو نتائج محدودة لأنها أديرت بنفس الذهنية، التي تمنع النقاش ولا تشرك المعنيين ويتم كل هذا دون وجود أفق عام. لم نشهد في الواقع أبدا سياسة اقتصادية متكاملة. بل محاولات متغيرة منذ 20 عاما، وهذا لا يسمح ببناء المستقبل. فالتغيير إذن ضروري لأن النظام غير قادر على الذهاب أبعد، ومهما كانت النوايا الحسنة لبعض المسؤولين فإن الأداة التي بين أيدينا لا يمكن أن تذهب بنا بعيدا.

لاناسيون: لماذا لا يصل أصحاب النظام إلى هذا التشخيص الذي يبدو بديهيا؟

عبد الحميد مهري :بعض المسؤولين لا يدركون سبب عدم قدرتهم، ولا يفهمون لماذا  » لا تمشي الأمور ». يجب أن نقول لهولاء المسؤولين إن القضية ليست مسألة أشخاص بل مسألة نظام حكم وأنه مهما كانت إرادتهم طيبة سيبقون دائما عاجزين إذا لم يتغير النظام. وللنظام قواعد تسيير معروفة: تعليمات فوقية، غياب النقاش، عدم مسؤولية الذين يتخذون القرارات التي تكون أحيانا مصيرية، التخفي… هناك عدد من الأشياء تجب معالجتها والتطرق إليها وإن لم نقم بذلك فقد يعرض علينا غدا تغييرا في الواجهة مع استمرار نفس الثقافة ونفس الممارسات. ولهذا فالنقاش ضروري.

لاناسيون: ولكن أويحيى يقول أننا لسنا في أزمة؟

عبد الحميد مهري : إذا كان الرجل يؤمن حقيقة بما يقول فهذا يعني أن مجال رؤيته للعالم محدود إلى درجة أنه لا يرى الأزمة. وقد حاول أيضا أن يقنع المستمعين بعدم جدوى عقد ندوة وطنية لأننا- كما قال- قمنا بذلك في 1991 وكانت نتائجها سلبية. إذا سلمنا بهذا المنطق فإننا عرفنا أيضا « حوارات استماعية » لم تعط شيئا وانتخابات كانت نتائجها سيئة، إذا يجب أن لا نعيد كل ما قمنا به في الماضي ! لقد نظم تلك الندوة الوطنية في التسعينيات وأشرف عليها نظام الحكم لأهداف مختلفة وفي ظرف آخر… وليس من الضروري أن كل ما يسمى ندوة يندرج في نفس المنطق.

لاناسيون:هل للمعارضين فكرة عن التغيير الذي يجب القيام به؟

عبد الحميد مهري:يرى بعض المعارضين أن تغيير النظام يتمثل في تغيير المسؤولين، تغيير مسؤول أو اثنين وينتهي الأمر في نظرهم. ولهذا فالنقاش ضروري لأنه لا يمكن أن نكتفي بالمناداة بسقوط النظام أو تغيير النظام. يجب التفاهم حول ما يجب تغييره، وكيف يتم تغييره. فالنقاش الوطني ضروري لأنه السبيل للتغلب على بعض الممارسات وعلى نوع من الثقافة التي تجعل حتى بعض المعارضين يندرجون في المسعى العام للنظام القائم وهو إقصاء الآخر. والنقاش الوطني ضروري لتحليل تسيير النظام وممارساته العادية في جميع المستويات: التعليمة الشفوية، والتعليمة الفوقية التي تتخطى القواعد والقوانين، فطريقة إصدار التعليمات مسألة جد مهمة في فهم سير النظام، والنقاش يهدف لإنهاء تلك الممارسات. إن القرارات التي تتعلق بالمصلحة العامة، يجب أن تكون، بصفة مؤكدة، ممضاة من طرف مؤسسة أو شخص مسؤول. إن هذا أمر مهم، ونحن في حاجة إلى ذلك لتغيير النظام.

لاناسيون:هل هناك إجراء خاص يمكن القيام به؟

عبد الحميد مهري : التغيير يتم عبر جملة من الإجراءات، ولا يمكن لإجراء واحد أن يلبي الحاجة إلى التغيير. وبالعودة إلى الدروب الخاطئة للتغيير أذكر انه كانت في 1989 حملة عند بعض السياسيين والعسكريين تزعم أن التغيير الحقيقي هو تغيير الرئيس، وكان بعض المسؤولين داخل جبهة التحرير ينادون بذلك. ثم تم تغيير رئيس الجمهورية، ونحن نعرف ما حصل بعد ذلك. إذا فلنحذر التغييرات الشكلية التي لا تعالج المشاكل الحقيقية المعاشة من خلال تجربة خمسين سنة.

لاناسيون :كيف يمكن فهم مسعى النظام الذي يبدو غير عقلاني؟

عبد الحميد مهري : المسعى العام للسلطة، من منظور خارجي، هو منع كل إمكانية لقيام البديل. هذا هو الأساس. وانطلاقا من ذلك تحيد أو تقتل في المهد كل المحاولات والقوى والنوايا التي يمكن أن تجسد هذا البديل. ولهذا يفضل أن تكون لدينا أحزاب وهمية بتحالفات وهمية يمكن المناورة بها كما يشاء، والنتيجة هي تغذية السخط وتغذية الرفض والريبة بدون أن تتمكن الجماهير من تعلم العمل السياسي. كل هذا لم يمنع السخط من الظهور، سخط بدون تجربة سياسية، وهذا أخطر على البلاد.

لاناسيون: ألسنا بصدد خلق ظروف قابلية الاستعمار التي ذكرها المرحوم مالك بن نبي .

عبد الحميد مهري :هذه الوضعية قد تعطي مثالا يجسد هذه النظرية، فهناك حاليا ليبيون ينتظرون التحرر من الخارج. وكثير من الوطنيين العرب الذين قضوا كل حياتهم نضالا ضد التدخل الأجنبي وجدوا أنفسهم في وضع مقلق هل يجب تقبل هذا التدخل الأجنبي لتفادي مجزرة في بنغازي أم لا؟ أنا أحمل المسؤولية كاملة للنظام الليبي . إن الموقف ضد التدخل الأجنبي صحيح ولكن التدخل الأجنبي كان مجسدا بتخاذل الأنظمة العربية، فموقف الجزائر يكون له معنى لو ضغطت على القذافي وطلبت منه أن يتوقف.

لاناسيون: ربما نسيت الجزائر أن ليبيا ليست شأنا خارجيا؟

عبد الحميد مهري :ـ موقف الجزائر بخصوص المشكل الليبي غامض نوعا ما. فهناك تضامن طبيعي بين الأنظمة: لا نريد المساس بنظام عربي لأننا نتشابه. فضلا عن ذلك قال القذافي في إحدى خطبه أن الجزائر استعملت جيشها لقمع أصولييها. إذن هناك إحساس بعقدة ما. وفي المقام الثالث هناك حساب خاطئ: نقلل من الموجة التي تكتسح العالم العربي. ونقول ربما أن المنتصر هو ليس من نتصوره. عندما أجازت الجامعة العربية التدخل الأجنبي وقع التركيز على هذا الجانب وحده، وكنت أحبذ أن أرى الرئيس الجزائري أو على الأقل ممثلا له يذهب إلى القذافي ليقول له كف عن المجازر. هذا المجهود لم يتم إلى حد الآن. نطلب من الغرب أن يتوقف ولا نقول للقذافي توقف.

إن الذي يحدث في ليبيا لم يعد مسألة داخلية، واللجوء إلى مبدأ عدم التدخل غير مقنع، فقد كان بإمكان الجيران أي الجزائر، تونس ومصر أن يطلبوا من القذافي أن يكف يده.

لاناسيون :كيف ترون تسيير الربيع العربي من طرف الولايات المتحدة؟

عبد الحميد مهري :من الصعب إصدار حكم نهائي في هذا الموضوع، ولكنني أظن أن الغرب تفطن لأهمية التغيير الذي يطرأ وفهم بسرعة ضرورة التكيف معه دون أن يغير في الأساس سياسته في المنطقة، فهم أن الأنظمة التي دعمها حتى الآن والتي خصبت الأرضية المعادية للغرب أصبحت غير مجدية، وهو يغيرها الآن بسياسة أكثر نفعا تقوم على دعم موجة التغيير نظريا، وإبقاء وجوده في المنطقة. فهو يغير القناع ليقدم نفسه بوجه رحب، ولكنه تغيير في الواجهة وليس في السياسة