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Au fond des choses avec Hocine Malti : Sur Sonatrach, les réserves de gaz, la formation des cadres et l’état de l’Algérie

Ali Saket
Mardi 27 Septembre 2011
lanation.info

Le secteur vital des hydrocarbures a été mis en « débat » récemment avec la publication des câbles diplomatiques par l’organisation Wikileaks avec notamment des estimations alarmistes sur l’état des réserves gazières. Ce thème et d’autres questions liées au secteur des hydrocarbures et donc nécessairement à l’état général du pays sont évoqués au fond dans cet entretien avec Hocine Malti, un des fondateurs de Sonatrach et l’auteur d’une « Histoire Secrète du Pétrole Algérien » publié aux éditions « La Découverte ».

La Nation : Un câble de Wikileaks rendu public récemment  laisse penser que l’Algérie éprouverait bientôt des difficultés à honorer ses contrats gaziers en raison de l’épuisement des gisements. Qu’en est-il d’après vous ?

Hocine Malti : En fait, ce câble reprend les propos de l’ancien DG de BP Algérie qui annonce que le pays ne pourrait plus honorer ses engagements à partir de 2014. Si l’on se base sur les chiffres publiés par le ministère de l’Energie, l’Algérie aurait exporté 69 milliards de m3 de gaz naturel en 2008 et 63 en 2009. Certes il y a une diminution des quantités exportées non pas en raison de l’épuisement de la ressource mais du fait de la baisse de la demande, probablement en lien avec la crise économique globale.  L’Algérie produit environ 140 milliards de m3 par an dont grosso modo la moitié est réinjectée dans les puits (après extraction des condensats) et l’autre moitié est commercialisée. Au rythme actuel de production et de consommation les quantités de gaz réinjectés représentent à elles seules la couverture des besoins de l’exercice suivant. Il est néanmoins certain que dans un avenir assez lointain la production pourrait baisser mais certainement pas dans les années à venir et encore moins à partir de 2014. Cette réalité peut être illustrée, entre autres,  par le fait que le nouveau gazoduc Galsi qui doit approvisionner l’Italie via la Sardaigne devrait entrer en fonctionnement en 2014. Ce gazoduc est propriété d’un consortium composé de Sonatrach, associé minoritaire et de compagnies étrangères, italiennes en particulier, dont on voit mal qu’elles se seraient engagées avec une confondante légèreté sur des engagements à long terme. Le même raisonnement explique le récent règlement du litige qui avait opposé la Sonatrach à la compagnie espagnole Gas Natural.

Siège de la Direction Générale de Sonatrach à Alger
Mais alors pourquoi ce représentant de BP avance-t- il des prévisions aussi alarmantes ?

Soit par incompétence soit, ce qui est plus probable, parce qu’il cherche à nuire à l’image de Sonatrach. Ce dirigeant avance, selon ce même télégramme, que BP est l’une des trois grandes compagnies mondiales qui maitrise la technique d’exploitation des gaz de schiste, ce qui est exact. S’agirait-il alors d’une approche marketing qui viserait à pousser Sonatrach à se lancer dans l’exploitation de ces fameux gaz de schiste ?

Il est quand même incompréhensible qu’un responsable de ce niveau puisse colporter de telles allégations et que l’ambassadeur des Etats-Unis les prenne pour argent comptant. Ceci alors même qu’il aurait pu vérifier une information aussi sensationnelle auprès des compagnies américaines présentes en Algérie !

C’est effectivement incompréhensible. Par ailleurs, dans l’hypothèse où la situation des gisements aurait atteint un tel seuil catastrophique, à brève échéance de surcroit,  je vois mal l’ancien ministre de l’énergie ne pas en référer au chef de l’Etat, quoique l’on puisse penser des uns et des autres. Cette autre affirmation de l’ancien DG de BP est au moins aussi surprenante que celle relative au soi-disant épuisement des réserves de gaz. Imaginez vous que l’on dise aujourd’hui pour le lendemain qu’on ne livre plus de gaz à la France ou à l’Italie…C’est purement invraisemblable. Il ne s’agit pas de gestion boutiquière, mais bien de relations stratégiques et de questions éminemment sensibles. Comment penser qu’à l’image d’un épicier de quartier Sonatrach dise à l’un de ses clients « Ca manque…. ». Ce n’est pas sérieux.

La presse nationale s’est fait récemment l’écho de propos particulièrement sévères de l’actuel ministre de l’énergie Yousfi sur la situation héritée de son prédécesseur le décidemment très contesté Khelil en matière de formation. Existe- il vraiment un risque de pénurie de cadres dans le secteur des hydrocarbures ?

Si les propos rapportés par la presse sont exacts et si la réalité est telle que décrite, nous nous trouvons alors devant une situation désastreuse : l’Algérie est revenue quarante ans en arrière, au moins. Le ministre dit que nous avons pris un énorme retard dans le forage et que nous n’avons pas d’équipes d’engineering. S’agissant du forage, l’effort de formation consenti dès les années soixante-dix avait permis de produire un nombre de cadres qualifiés au point qu’une bonne partie des équipes de foreurs opérant aujourd’hui dans le Golfe sont constituées d’Algériens. En Algérie même, les plus grandes compagnies de forage au monde, Nabors par exemple, emploient des ingénieurs et techniciens algériens débauchés de Sonatrach. Au sujet de l’engineering, le ministre ne fait que confirmer ce que l’on savait et que j’avais personnellement dénoncé en de nombreuses occasions, à savoir que BRC n’avait pas formé d’Algériens dans ce domaine et n’était, en réalité, qu’une courroie de transmission, un apporteur d’affaires agissant pour le compte de Brown and Root, filiale de Halliburton, dont le président n’était autre que Dick Cheney, vice-président des Etats-Unis.
L’exode massif de cadres est le résultat direct de la faiblesse des rémunérations, de l’absence de plan de carrières et plus généralement de la politique de gestion de personnel voulue par Chakib Khelil en personne. Le système mis en place pour la promotion des cadres par ce ministre n’a servi en définitive que de camouflage à la promotion des pistonnés et des protégés et bien évidemment, au départ en nombre des plus expérimentés et des plus méritants. D’ailleurs pour revenir à ce fameux télégramme diplomatique américain, l’ambassadeur reconnait lui même qu’à une seule exception, tous les cadres supérieurs de la Sonatrach restés en place après les arrestations de 2010 ne présentaient pas le niveau requis par leurs fonctions.
Quant à l’IAP, sa situation s’est particulièrement  dégradée suite à la décision de Chakib Khelil de transformer l’Institut en entreprise privée en y associant une compagnie étrangère, la norvégienne Statoil. L’actuel ministre déplore que l’Algérie  n’ait pas formé le moindre spécialiste de l’offshore. Ceci est d’autant plus étonnant que l’associé norvégien est précisément l’un des plus grands spécialistes au  monde de l’offshore…On  peut se poser légitimement des questions sur un tel état de fait plutôt curieux. Peut-être est il plus profitable pour des intérêts particuliers de faire appel à des compétences extérieures plutôt qu’à des nationaux…

La situation du secteur des hydrocarbures nous emmène naturellement à évoquer celle du pays. Dans un contexte international troublé l’Algérie semble en panne de projet et de perspectives ?

Le seul projet que l’on peut identifier est celui du maintien en l’état du régime grâce à la rente hydrocarbures justement. Le régime dispose d’un très important matelas financier qui lui permet d’acheter un semblant de paix sociale et de conforter ses fragiles alliances extérieures. Ce que l’on constate aujourd’hui est que de l’ensemble des pays de la région, le seul pays immobile est l’Algérie. Tous ont bougé, du Maroc, même si c’est superficiel, à l’Egypte. L’Algérie est sans voix alors même que l’Otan est à ses portes. Il fut un temps où les Occidentaux tenaient  compte de la position algérienne, sourcilleuse quant aux intrusions étrangères et aux aventures militaires des puissances extracontinentales. Cela appartient au passé. Le régime actuel est complètement dépendant pour sa survie de ces puissances qui ne rencontrent donc plus aucune résistance dans leurs stratégies de domination. Mais cette situation ne peut perdurer,  car un pays composé à plus de 70% de jeunes de moins de trente ans ne peut indéfiniment être dirigé par un groupe inamovible de quasi-octogénaires. C’est le même personnel, en place depuis l’indépendance il y a cinquante ans, qui conduit dans une impasse renouvelée une société en panne.

Beaucoup se posent la question : pourquoi la jeunesse algérienne ne bouge-t-elle pas ?


Je ne vous apprendrai rien en vous disant que cette jeunesse ne veut pas imposer au pays le retour à la violence et aux atrocités de la guerre civile des années quatre-vingt-dix. Chacun de ces jeunes a un parent, un voisin, un ami ou connait quelqu’un qui a tué ou a été tué, torturé ou emprisonné ; cette jeunesse est saturée de violence et ne veut pas revivre ce cauchemar. Par ailleurs, le régime  continue de bénéficier du soutien des grandes puissances qui n’ont pas encore sifflé la fin de partie. Mais aussitôt que les Occidentaux auront stabilisé la situation en Libye, ils seront amenés naturellement à traiter l’exception algérienne. Les puissances qui ont conduit la guerre en Libye ne rééditeront probablement pas le même scénario en Algérie, les conditions n’étant  pas les mêmes que chez le voisin.  Elles affirment néanmoins haut et fort que la stabilité à long terme, dont elles ont besoin pour la préservation de leurs intérêts, ne peut être garantie que par un système  démocratique. L’épouvantail islamiste semble avoir fait son temps et l’alibi ne trompe plus grand monde. Il est certain que des pressions de plus en plus vives s’exerceront sur le pouvoir réel pour l’amener à évoluer et à ouvrir sérieusement le champ politique. Personne ne se satisfera à l’intérieur et à l’extérieur de réformettes cosmétiques. Les risques induits par le blocage actuel sont très importants en termes de sécurité régionale notamment. La panne économique et sociale de l’Algérie pourrait déboucher sur des ruptures extrêmement graves. L’évolution démocratique est inscrite dans la logique de l’Histoire.

En conclusion, êtes-vous  plutôt optimiste ou pessimiste ?

Hocine Malti: Je suis de nature optimiste et j’ai confiance en la jeunesse algérienne. Elle saura imposer le changement. Les potentialités sont immenses et la construction d’une société libre et heureuse appartient au domaine du possible. Utiliser nos ressources pour construire un pays prospère où tous auraient leur chance est largement dans nos moyens. Les facteurs du blocage actuel, aussi puissants soient-ils, sont condamnés à disparaitre. Espérons que leur chute sera la moins douloureuse possible pour une population qui a déjà payé un tribut très élevé pour sa liberté.


Les Etats-Unis en voie d’exiger l’éviction d’Assad hors de Syrie

18 août

par Bill Van Auken pour WSWS

Le gouvernement Obama est en voie d’exiger explicitement la chute du président Bachar al-Assad de Syrie alors que des puissances régionales rivales intriguent pour se positionner dans le pays déchiré par la crise.

Des responsables gouvernementaux, s’exprimant anonymement, ont déclaré à certains milieux médiatiques qu’Obama publierait un communiqué dès cette semaine pour appeler, au bout de cinq mois d’affrontements sanglants entre les forces de sécurité et les adversaires du régime, à la fin des 11 années de règne d’Assad. Certains avaient prédit que l’annonce paraîtrait jeudi.

Au lieu de cela, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, s’est montrée prudente, refusant de se laisser induire à exiger le retrait du président syrien. A une question posée lors d’une interview jeudi à la chaîne de télévision CBS News sur les raisons pour lesquelles Washington n’avait pas « fait un demi pas de plus » pour dire « Il doit partir », Clinton a hésité.

« Et bien, je pense que nous avons été très clair dans ce que nous avons dit sur sa perte de légitimité, » a-t-elle dit. « Mais, il est important qu’il ne s’agisse pas seulement de la seule voix américaine. Et nous voulons veiller à ce que ces voix émanent du monde entier. »

Clinton a alors adressé requête non pas à Assad, mais aux puissances de l’Europe occidentale : « Ce que nous devons vraiment faire pour mettre la pression sur Assad c’est sanctionner l’industrie pétrolière et gazière. Et nous voulons voir l’Europe faire plus d’avancées dans cette direction. »

Entre-temps, la Maison Blanche d’Obama a diffusé son propre communiqué jeudi et qui s’est aussi abstenu de réclamer un « changement de régime » syrien. A la place, le communiqué décrit la conversation qui a eu lieu jeudi sur la Syrie entre Obama et le premier ministre turc Recep Tayyip Ergodan. « Les deux dirigeants ont souligné l’urgence de la situation en réitérant leur profonde préoccupation concernant l’usage de la violence par le gouvernement syrien contre les civils et leur conviction de la nécessité de répondre à l’exigence légitime d’une transition démocratique du peuple syrien, » précise le communiqué de la Maison Blanche.

Mercredi, Washington a annoncé une légère augmentation des sanctions américaines contre la Syrie, visant la banque commerciale d’Etat de la Syrie (Commercial Bank of Syria) et le premier opérateur de téléphonie mobile syrien, Syriatel.

Le communiqué diffusé jeudi par la Maison Blanche se fait l’écho du contenu de ce que les médias turcs ont appelé un « ultimatum » lancé par le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, qui était en déplacement mardi à Damas où il a eu un entretien de six heures avec Assad.

L’ambassadeur turc s’est ensuite rendu dans la ville de Hama qui avait été occupée par les forces de sécurité syriennes, et qui auraient utilisé des chars contre les détracteurs du régime, tuant un grand nombre de personnes. S’exprimant à Ankara, Davutoglu a dit que la visite avait confirmé le retrait des unités militaires et des chars syriens de la ville. Hama, un point chaud central dans l’actuelle série de troubles, avait été le théâtre en 1982 de la répression sanglante d’une révolte islamiste. Dirigée contre le père de l’actuel président et son prédécesseur, Hafez al-Assad, la répression avait provoqué la mort de 10.000 à 20.000 personnes.

Le premier ministre Erdogan a qualifié le retrait de victoire de l’intervention diplomatique turque. « Notre ambassadeur est allé à Hama et a dit que les chars et les forces de sécurité avaient commencé à quitter Hama, » a-t-il dit lors d’une intervention télévisée. « C’est extrêmement important pour montrer que nos initiatives ont eu des résultats positifs. »

Même après l’intervention turque, des reportages ont fait état de nouveaux actes de répression militaire, y compris dans des villes situées près de la frontière turque.

Davutoglu a toutefois semblé minimiser ces actions en refusant de les interpréter comme un défi des exigences de la Turquie. « Il est difficile de s’attendre à un retrait dans de telles conditions lorsque la tension s’est tellement exacerbée, » a dit aux journalistes le ministre des Affaires étrangères à Ankara.

L’intervention de la Turquie a fait suite aux dénonciations dimanche dernier de la répression du régime d’Assad par le roi Abdallah d’Arabie saoudite dans ce qui a été décrit comme un discours public sans précédent au peuple syrien.

Abdallah a qualifié les actions du régime d’Assad d’« inacceptables » et a exigé la fin de « la machine de mort et de l’effusion de sang. » Il a aussi demandé au régime syrien d’accorder des « réformes étendues rapidement. »A la fin de ses remarques, le roi saoudien a annoncé qu’il rappelait l’ambassadeur saoudien de Damas. Le Koweït et Bahreïn ont rapidement fait de même.

Le discours et les initiatives diplomatiques de la part des émirats ont été salués publiquement par Washington qui a probablement encouragé ces actions. Les Etats-Unis ne se soucient visiblement pas de la franche ironie de ces trois puissances qui ont collaboré dans la répression sanglante du mouvement de masse en faveur de réformes démocratiques au Barheïn, où est basée la Cinquième flotte américaine, et qui se présentent maintenant en  défenseurs de la démocratie en Syrie.

Alors que des groupes d’opposition syriens et des gouvernements occidentaux ont fait état de 1.600 à 2.000 Syriens tués – dont près d’un cinquième sont du personnel de sécurité – durant les cinq mois de répression et d’affrontements, ce n’est pas la souffrance du peuple syrien qui motive Washington et les autres pouvoirs régionaux à adopter une ligne plus dure contre Assad mais bien plutôt des intérêts stratégiques.

Avec 260 millions de dollars investis en Syrie en 2010, la Turquie détient des intérêts majeurs en Syrie qu’elle est déterminée à sauvegarder et à développer. Il existe aussi des préoccupations de longue date qui ont souvent dominé des relations turco-syriennes conflictuelles, notamment des préoccupations relatives au séparatisme kurde.

Selon le quotidien turc Zaman, Erdogan a tenu la semaine dernière une réunion consacrée à la sécurité avec sa hiérarchie militaire nouvellement nommée pour discuter du « terrorisme » et de la situation syrienne.

Le journal a cité un rapport secret préparé par l’Organisation nationale de renseignement turc, estimant que quelque 1.500 parmi les 3.800 combattants supposés du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) actifs dans le Sud-Est de la Turquie, près de la frontière syrienne, sont soit des Kurdes syriens soit sont basés en Syrie. Tout en reconnaissant que le régime d’Assad a mené sa propre répression du mouvement kurde, des responsables des services de sécurité turcs se sont plaints de ce que la Syrie a refusé d’extrader vers la Turquie des membres capturés du PKK.

Ils se sont aussi plaints de ce que l’Iran, tout en bombardant les bases de l’aile iranienne du PKK, le Parti pour une vie libre du Kurdistan (PJAK), dans le Nord de l’Irak, a refusé de pratiquer tout échange de renseignement avec la Turquie.

Les implications de ces plaintes sont que la Turquie considère l’instabilité en Syrie comme une menace pour sa sécurité nationale interne. Elle est également hostile à l’influence de l’Iran en Syrie qu’elle cherche à supplanter.

La monarchie saoudite qui est restée silencieuse des mois durant sur les événements en Syrie, même lorsqu’elle a aidé la monarchie de Bahreïn à organiser sa propre répression sanglante, regarde également les événements survenus en Syrie par le prisme de son hostilité à l’influence iranienne dans la région. Sa subite intervention publique peut être motivée par une combinaison de pression exercée par Washington et une tentative opportuniste de déplacer l’équilibre du pouvoir en sa faveur dans des conditions où Assad pourrait être contraint de partir.

L’Iran quant à lui a cherché à renforcer le régime d’Assad, son seul Etat allié dans le monde arabe, tout en cherchant à gagner un soutien arabe contre une intervention américaine dans la crise syrienne. Le président de la Commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du parlement iranien Majlis, Alaeddin Boroujerdi, a rencontré jeudi au Caire le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, et loué la déclaration de ce dernier appelant à un « dialogue sérieux » en Syrie.

Boroujerdi a aussi déconseillé à la Turquie d’adopter un ton menaçant vis-à-vis de la Syrie, en avertissant que les Etats-Unis étaient en train d’accroître leur intervention dans la région parce qu’ils avaient perdu leur « base » en Egypte après les soulèvements qui ont renversé le président Hosni Moubarak.

Dans sa réaction aux événements syriens, Washington est freiné par sa crainte que la chute d’Assad pourrait provoquer le chaos dans l’ensemble de la région et créer un régime moins inféodé aux intérêts des Etats-Unis. S’exprimant au terme d’une visite la semaine dernière en Irak, le chef d’état-major des armées des Etats-Unis, l’amiral Mike Mullen, a exclu toute intervention directe de l’armée américaine en Syrie.

« En ce qui concerne la Syrie, nous critiquons la violence et la violence doit cesser aussi rapidement que possible, » a dit Mullen aux journalistes. « Il n’y aucune indication de quelque sorte que ce soit que les Américains. seront impliqués directement dans cette affaire. »

Washington, tout comme les pouvoirs régionaux, tente d’exploiter la crise pour promouvoir ses propres intérêts dans la région. Les exigences que Clinton a adressées aux puissances européennes donnent un exemple de la diplomatie intéressée de Washington. Alors que les investissements américains en Syrie sont négligeables, les entreprises pétrolières européennes détiennent des intérêts significatifs dans le pays qui exporte environ 150.000 barils par jour vers l’Europe. Les exportations pétrolières comptent pour près de 30 pour cent des revenus du régime d’Assad.

C’est en raison des intérêts de profit des groupes énergétiques européens, comme Total en France et le géant anglo-hollandais Royal Dutch Shell, que l’Union européenne traîne des pieds pour imposer des sanctions majeures contre le régime syrien.

A l’occasion d’une réunion la semaine passée des ambassadeurs européens en Allemagne, Reuters a rapporté qu’une décision avait été prise pour l’élaboration d’un texte présentant plusieurs options pour « entamer le processus d’examen de la question » des sanctions. Il doit être présenté lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne le 2 et 3 septembre prochain en Pologne, a dit un responsable de l’UE à l’agence de presse.

Bill Van Auken

(Article original paru le 12 août 2011)

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Source : WSWS


Les enjeux du gaz pour les vingt prochaines années
L’OPEP du gaz n’est finalement pas une si mauvaise idée… » C’est le ministre de l’Energie et des Mines qui vient de le déclarer, il y a quelques jours, dans un entretien qu’il a accordé à un journal russe(1) ! Il y a des retournements de situation qui valent un détour.
En effet, il y a moins de deux ans, ce même ministre déclarait dans la presse nationale et internationale que l’idée même d’une OPEP du gaz était totalement absurde, qu’il n’y avait pas de marché du gaz puisque totalement vendu et que ses prix étaient automatiquement indexés à ceux du pétrole… Circulez, il n’y a rien à voir ! Des experts étrangers(2) venus à la rescousse et invités en grande pompe en Algérie nous répétaient que l’idée d’une OPEP du gaz était « incongrue et irréalisable », voire sotte car, argumentaient-ils, le marché du gaz était « régional », indexé aux prix du pétrole et n’avait pas de producteur dominant. Nous avions modestement fait remarquer(3) que la régionalisation était levée par la liquéfaction(4) du gaz (son transport, par méthaniers, permet de livrer tous les marchés mondiaux), que l’indexation aux prix du pétrole(5), non seulement n’était pas automatique, mais faisait l’objet d’âpres négociations(6), d’arbitrages et de contentieux internationaux. Le prix du gaz(7), enfin, prenait de plus en plus ses distances par rapport à celui du pétrole et entrait, de plein fouet, dans le paradigme d’un produit de substitution relative, chantier vierge, nécessitant des études spécifiques importantes.
En outre, le caractère long des contrats gaziers (entre 15 et 20 ans) peut être renégocié, dans la mesure où il extrait artificiellement ce produit de la logique du marché, à la condition expresse qu’une solidarité sans faille entre pays exportateurs se construise. Ces dossiers majeurs n’ont jamais été examinés au Conseil national de l’énergie(8), présidé par le chef de l’Etat et conçu justement pour étudier les points sensibles du secteur de l’énergie. Il a fallu attendre l’intervention du président de la République, dans le quotidien espagnol El Pais, où il affirma que « l’idée n’est pas à rejeter a priori et mérite d’être examinée et discutée par les intéressés », pour que le tir soit rectifié et que le ministre de l’Energie et des Mines déclare que « … l’OPEP du gaz peut être créée », dans une interview accordée au journal russe Kommersant… un an après. Dès lors, les événements se précipitent et le FPEG(9) voit le jour le 23 décembre 2008 à Moscou, adopte ses statuts (similaires à ceux de l’OPEP) et fixe son siège à Doha, après plus d’une année de tergiversations stériles et de sous- entendus malsains. Le 9 décembre 2009, le secrétaire général du FPEG est élu en la personne de Leonid Bokhaniovski(10), il dote d’un budget de 6 millions de dollars. Ce poste est primordial pour la coordination de l’activité du Forum et la cohérence de son action. En outre, la Russie doit présenter une étude exhaustive sur le marché international du gaz, pour débat(11). Le plus dur vient d’être accompli, reste à rendre cette institution opérationnelle, ce qui est loin d’être une sinécure. En effet, les enjeux sont à la fois économiques, géopolitiques et stratégiques et impliquent des pays de différentes cultures politique, économique et sociale et répartis dans toutes les régions du monde. Le point nodal de convergence du FPEG réside dans le fait que les pays membres ont tous pris conscience qu’ils possèdent une énergie qui a un certain nombre d’avantages et qu’ils souhaitent en faire un usage commercial qui leur soit profitable.
En outre, la conjoncture internationale actuelle, mais surtout future, leur est favorable, s’ils savent tirer toutes les conclusions utiles de l’histoire de la découverte du pétrole en Afrique et au Moyen-Orient et des bouleversements majeurs qu’elle a induits ces cinquante dernières années. L’épuisement des ressources énergétiques fossiles, dans les vingt prochaines années, va très certainement faire du gaz une énergie qui pèsera de plus en plus dans le bilan énergétique mondial, d’autant qu’elle est plus propre et donc, moins polluante que le pétrole. Cette donnée ouvre des perspectives prometteuses, à moyen et long terme, pour peu que des stratégies équilibrées et réalistes(12), entre producteurs de pétrole et de gaz, soient mises en œuvre dans leur intérêt, bien compris, sans oublier celui des pays consommateurs d’énergie (la Chine en particulier). Les aspects techniques doivent être relégués au second plan par rapport à ceux géopolitiques et économiques. En effet, comment mener une politique énergétique commune à long terme qui assure la sécurité et la régularité des approvisionnements et génère un revenu juste qui rende compte de la situation réelle du marché, cela nous paraît être un point central à prendre en charge, pour créer des relations de confiance entre les producteurs et les consommateurs ?
La fièvre spéculative qui s’empare des marchés spots doit également faire l’objet d’un traitement spécifique qui doit la restreindre dans une marge raisonnable, de manière à ne pas fausser les donnés objectives du marché(13). Un dialogue permanent, fructueux et constructif doit permettre de trouver un consensus qui préserve les intérêts de toutes les parties, s’agissant d’une ressource non renouvelable et qui exige pour son développement des investissements très lourds, consentis par les pays producteurs (exploration, production, recherche-développement, transport, liquéfaction, raffinage, commercialisation, sécurisation…). Des efforts de convergence soutenus devront être déployés par tous les pays exportateurs de gaz(14) de manière à faire passer les intérêts stratégiques en priorité par rapport aux avantages immédiats et éphémères qu’offriraient certaines opportunités en matière de prix (15). En d’autres termes, l’adoption d’un « gentlemen agreement » entre les membres du FPEG faciliterait la recherche de solutions aux problèmes que devra surmonter le marché du gaz, à moyen et long terme, de manière à éviter les pressions exercées par les marchés spéculatifs, les énergies de substitution ou encore sur les stratégies de préservation de cette ressource non renouvelable. A l’évidence, les enjeux du gaz pour les vingt prochaines années conduisent à l’élaboration d’un cadre de concertation entre pays exportateurs de gaz qui préservent leurs intérêts respectifs, bien compris et notamment en matière de niveau de prix, de fluidité des marchés, de sécurité des approvisionnements, du financement des investissements, de politique de liquéfaction et de transport. En outre, il ne faut surtout pas oublier la consommation intérieure des pays exportateurs de gaz et son impact sur le bilan énergétique mondial. Nul doute que le FPEG s’imposera sur la scène énergétique mondiale, en attendant son sommet d’avril 2010 à Oran.
– L’auteur est : Président de l’ASNA (Association des universitaires algériens pour la promotion des études de sécurité nationale)
Notes de renvoi :
– 1) Expert Magazine.
– 2) C. Ruehl (ancien expert de la Banque mondiale) et économiste chez BP.
– 3) El Watan économie du 8 au 14 octobre 2007.
– 4) Le GNL représente 10% de la production totale de gaz, pour l’instant.
– 5) Un baril de pétrole équivaut à environ 6 MBTU. Or, sur le marché, le prix du gaz s’établit à un baril de pétrole pour 10 à 11 MBTU, soit une différence de 4 à 5 MBTU.
– 6) L’Algérie en connaît un chapitre pour avoir eu à négocier durement avec les Français, les Italiens et les Espagnoles notamment.
– 7) Il est particulièrement intéressant d’entendre le ministre de l’Energie estimer que le prix du gaz devrait se situer à un niveau deux fois plus élevé que le cours actuel.
– 8) Cette institution ne s’est pratiquement pas réunie depuis sa création, il y a vingt ans.
– 9) Le Forum des pays exportateurs de gaz compte douze membres fondateurs dont la Russie, le Qatar, l’Iran, la Libye, l’Egypte, le Nigéria, la Bolivie, le Venezuela, la Guinée équatoriale, Trinidad, Tobago et l’Algérie. D’autres pays ont été invités à le signer comme le Yémen, la Norvège, les Emirats arabes unis, la Malaisie, le Turkménistan, l’Indonésie et Brunei.
– 10) Il occupe le poste de premier vice-président de la société russe Stroytransgaz. L’Algérie obtient la présidence du FPEG pour l’année 2010.
– 11) Ce document est primordial à la compréhension de l’évolution du marché gazier mondial, d’autant que l’introduction de technologies nouvelles d’extraction par les USA a permis à ces derniers de revoir à la hausse leurs réserves de gaz et donc, de diminuer leurs importations à moyen terme, ce qui a influencé, à la baisse, les prix relatifs.
– 12) Les pays exportateurs de pétrole ne sont pas forcément exportateurs de gaz, d’où la nécessité d’un dialogue obligatoire entre l’OPEP et le FPEG.
– 13) Il faut rappeler que la production de brut était en équilibre, avec un million de barils par jour en plus des besoins, aussi bien quand les prix ont atteint 150 $/b, que quand ils étaient à 70 $/b.
– 14) Les contrats de fourniture de gaz devraient s’acheminer vers une « standardisation » de toutes les clauses, de manière à normaliser et à préserver les intérêts des pays membres du FPEG et faciliter la résolution des contentieux.
– 15) Les prix historiques du gaz qui combinaient des éléments de généralisation d’utilisation du gaz et de couverture des investissements colossaux pour son transport et sa liquéfaction ont vécu. Un processus de fixation des prix du gaz sur la base du double marché régulé et spot est en construction, excluant l’indexation qui a été utilisée qu’à notre désavantage.
Par Dr Mourad Goumiri
El Watan, 13 janvier 2010



Par Arezki Derguini
Mardi 31 Mai 2011

Dans un texte antérieur (« Des préférences collectives à la corruption ») j’avais soutenu l’idée que la corruption commençait avec nos préférences collectives, qu’ensuite advenaient les problèmes de droits de propriété mal définis et de marchés inefficients et que finalement, la rente en tant que revenu spécifique n’était pas vraiment une cause. En vérité, ces diverses causes conspirent conjointement à la formation du même état, des mêmes comportements. On ne peut ignorer le fait que la rente comme revenu prépondérant est à l’origine de la concentration du pouvoir.

La propriété illégitime.

Je parlerai de malédiction dans le sens de la culture populaire quand on parle de ce qu’il faut attendre de « la consommation de l’illicite ». Selon le Vénézuélien Juan Pablo Pérez Alfonzo, l’un des fondateurs de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), le pétrole n’est pas de l’or noir, c’est l’excrément du diable. Il y aurait malédiction parce que nous étant appropriés quelque chose qui ne nous appartient pas, quelque chose qui ne nous est pas dû ou ne devait pas nous revenir, la chose n’étant pas allée à sa place, il s’ensuit un désordre, une corruption du monde, desquels nous finirons par récolter les fruits et être tenus responsables par une quelconque partie de l’univers. Cette idée de malédiction comporte celle d’une justice immanente, en ce que le résultat de nos actions, s’il ne nous affecte pas immédiatement le fera plus tard, étant simplement différé, décalé dans le temps. L’effet de nos actions s’il n’était pas décalé d’une génération, passant d’une vie à l’autre, relèverait d’une justice immanente immédiate et aurait été rapidement dissuasif. Ainsi les parents consommant de l’illicite ont beau eux-mêmes échapper aux néfastes effets de leurs actions, la mémoire collective n’oubliera pas de rapporter le malheur de leur progéniture à leurs actions. Sanction que n’aura de cesse d’exécuter un bras vengeur ou une œuvre de la providence. Cette culture suppose la croyance en l’existence d’une justice dans ce monde et une justice qui ne peut être continuellement empêchée. Nous ne sommes pas loin de l’idée libérale d’un ordre (d’un équilibre) naturel empêché par les hommes et la société, mais qui n’a de cesse de se rétablir, de retrouver son cours ou de la croyance scientifique en l’existence de lois gouvernant le monde qui ne peuvent être impunément défiées.
A qui appartiennent les richesses naturelles que sont le sol et renferment le sous-sol ? Dans nos traditions, il est établi que nous appartient que ce qui a été acquis par nous-mêmes : nous ne pouvons vendre ce que nous n’avons pas acheté. Ce que la logique n’a pas eu de mal à accepter : sur la production privée s’établit la propriété privée. On peut ajouter ici que la propriété privée telle que nous la connaissons dans le monde occidental a une histoire très ancienne bien antérieure à la propriété mobilière de la bourgeoisie. Elle a son origine dans l’histoire de la féodalité. Alors que la propriété dans nos sociétés est celle que se divise continuellement des frères, en Occident elle est celle de maisons qui cultivent la conservation du patrimoine. La propriété a donc une histoire pour chaque société, pour chaque civilisation (entendue au sens de la civilisation matérielle de Fernand Braudel où chaque société se fonde sur un certain nombre de choix). Pour ce qui concerne notre sujet ici, je soutiendrai que la propriété du sol et du sous-sol est collective et ne peut être à priori privée. La colonisation en léguant un énorme secteur public n’a pas modifié les choses. Peut être la propriété privée trouvera-t-elle sa voie dans le futur, mais pour le moment, notre société, du point de vue de son expérience collective, ne peut accepter que ces biens sortent de la propriété collective sans qu’elle y consente. Parce que ses membres peuvent y consentir parfois malencontreusement, la propriété a besoin d’être protégée de l’appropriation privative sauvage. En ce qui concerne les richesses du sous sol, les générations actuelles ne peuvent se considérer comme les propriétaires exclusifs, elles doivent les considérer comme un capital naturel qu’elles n’ont pas produit et dont elles ne peuvent donc disposer librement. Ces richesses doivent être considérées comme un legs des générations passées et un prêt des générations futures aux générations présentes, et répétons le, comme un capital qu’elles n’ont pas produit et dont elles ne peuvent donc disposer librement. On ne peut envisager la construction d’une société complexe sans une propriété absolument légitime et la seule légitimité de la propriété dans les temps modernes c’est le travail. Pas de travail, pas de multiplication de droits, pas d’extension de leurs échanges. Les revenus principaux de la société doivent être ceux du travail. Le revenu de la rente doit être un revenu secondaire, un prêt à l’économie. C’est la seule façon de sortir de l’économie de la prédation qui n’a de cesse d’appauvrir, de prolétariser la société.

La formation des préférences

Ce retour de bâton, cette sanction divine, pour nous être appropriés ce qui ne nous appartient pas, s’expriment dans le phénomène que les économistes appellent la malédiction des ressources naturelles ou la maladie hollandaise (« dutch disease »). Ce phénomène tout en étant une consommation de capital naturel (par définition non reproductible), exprime la destruction des autres formes de capitaux. Jusqu’au capital social que certains économistes appellent cinquième facteur de production et qui se manifeste par une défiance sociale généralisée. Il explique, pour faire simple, comment en enrichissant une minorité (celle qui accumule des fortunes à l’étranger, possède des comptes en Suisse), le pétrole appauvrit, détruit les conditions d’existence de la majorité : avec l’accroissement de la part des exportations de pétrole dans l’ensemble des exportations, nos productions diminuent et nos importations augmentent. Nos productions diminuent parce qu’elles coûtent plus chères que nos importations et qu’elles diminuent le pouvoir d’achat de nos dollars. Car en vérité nous avons des dollars mais pas de « monnaie nationale ». Le marché mondial détermine nos valeurs sans que nous y ayons quelques parts. La monnaie nationale exprimant la compétitivité des capitaux nationaux : son pouvoir d’achat s’accroit ou diminue avec leur puissance. Avec nos dollars, plutôt que de produire nous préférons importer des marchandises ou du travail pour produire ce qui ne peut être importé (infrastructures). Préférant importer plutôt que de produire, il n’y a pas de raison que l’on épargne pour investir. Tous nos projets de production sont en vérité des projets de distribution de la rente que chacun se dispute comme il peut. La mauvaise monnaie chassant la bonne, les dollars qui entrent cherchent rapidement la sortie. Nous sommes donc condamnés à nous appauvrir si nous refusons d’envisager une transformation de notre système de préférences en faveur de l’accumulation du capital, car nous détruisons notre stock de capital sans être en mesure de le renouveler.

Remettre le travail au centre de l’économie contributive.

Cependant on ne peut remettre en cause un système de préférences si on ne remet pas en cause la centralité de la rente pétrolière dans l’économie contributive. De même que l’adoption d’un régime démocratique ne permettra pas d’échapper à la « malédiction des richesses naturelles » car la prépondérance de la rente dans le revenu national est une incitation forte à la connivence entre les hommes politiques et les hommes d’affaires et elle n’en empêchera pas moins l’effet économique tel que décrit par le syndrome ou maladie hollandais. Les contrepouvoirs garants de la responsabilité des dirigeants sont absents car font défaut les institutions capables de faire contrepoids (Hicham El MOUSSAOUI 2009). La démocratie et ses institutions ne peuvent limiter la concentration du pouvoir si elle ne s’attaque pas à l’unicité de la source du pouvoir, de la richesse. Le régime politique du parti unique est en très bonne accointance avec le régime économique rentier basée sur l’exploitation d’une ressource naturelle « monopolisable » telle le pétrole. Ici le pouvoir est un parce que le contribuable est un. Ce régime ne peut être confondu avec un régime économique basé sur la propriété privée de la terre car la rente foncière ne conduit pas à une concentration du pouvoir puisqu’elle ne permet pas une monopolisation de la source de richesse au niveau national. On ne peut donc soutenir qu’il faut dissocier la question de la rente énergétique de l’analyse du fonctionnement global de l’économie (Talahite 2000) étant donné sa prépondérance. On ne peut confondre le cas de la Norvège et des Etats Unis avec ceux des pays africains ou moyen-orientaux. Et les institutions internationales suivent un peu trop la pente des intérêts de leurs membres influents quand elles critiquent le régime politique et ferment les yeux sur le régime économique qui consacre une division internationale du travail en faveur des anciennes puissances. La démocratie devient alors une idéologie de combat pour empêcher le renchérissement des matières premières qui accompagnent la hausse de la demande mondiale suite à l’émergence de nouvelles puissances d’un côté et la diminution du pouvoir d’achat des « monnaies nationales » des pays exportateurs et l’accroissement de leurs besoins de l’autre. Il faut simultanément transformer le système de préférences, définir clairement les droits de propriété et établir un système de gestion démocratique.

Inventer une société.

Cependant le problème majeur auquel renvoie le système de préférences (préférences vis-à-vis du futur par rapport au présent, de l’appropriation productive par rapport à la prédation) pose le problème de la hiérarchie sociale que la société a toujours éludé dans son organisation et que l’on a vainement essayé de lui imposer. Nos échecs en matière de développement renvoient largement à nos refus de construire les hiérarchies civiles nécessaires à nos entreprises, nos universités et nos marchés. Nous sommes devant le dilemme suivant : inventer une société souveraine ou renoncer à la souveraineté.
Il faut donc associer différentes transformations : en clarifiant les droits de propriété sur les richesses du sol et du sous-sol (comprenant le droit des générations futures) et en se disposant à redonner au travail la place centrale dans l’économie contributive (seule façon de rétablir le lien entre propriété et travail, travail et puissance), en transformant notre système de préférences en faveur d’une différenciation sociale basée sur le travail et en nous projetant dans une nouvelle société, nous obtenons les conditions nécessaires à la formation d’une économie performante et à un fonctionnement démocratique de la société.