Articles Tagués ‘gouvernance’


Paradoxe de la zone Euro : Pourquoi ça ne vaut pas la peine de sauver l’Euro (The Guardian)

 Mark WEISBROT

L’Euro est tombé aujourd’hui à un très bas niveau par rapport au Franc suisse et les taux d’intérêt des bons du trésor italien et espagnols ont atteint des sommets. Le dernier épisode de la crise de la zone Euro provient de la crainte que la contagion ne s’étende à l’Italie. L’Italie qui a une économie de 2000 milliards de dollars et 2,45 mille milliards de dette est trop importante pour qu’on la laisse faire faillite et les autorités européennes sont inquiètes. Bien qu’il y ait peu de chance que les intérêts de la dette italienne n’augmentent assez pour mettre le pays en faillite, les marchés financiers agissent de façon irrationnelle et augmentent ainsi tout à la fois la peur et les chances que ce qu’ils craignent ne se produise. Le fait que les autorités européennes ne puissent même pas se mettre d’accord sur la manière de résoudre le problème de la dette grecque -une économie qui est six fois moins importante que celle de l’Italie- n’inspire pas confiance dans leur capacité de faire face à une crise plus grave.

Les pays dont les économies sont les plus faibles de la zone Euro -la Grèce, le Portugal, l’Irlande et l’Espagne- sont déjà confrontées à la perspective d’années de punition économique, y compris de hauts niveaux de chômage (16, 12, 14 et 21% respectivement). Puisque le but de toute cette souffrance volontaire est de sauver l’Euro, il faut se demander si ça vaut la peine de sauver l’Euro. Et il faut se poser cette question en se mettant à la place de la majorité des Européens qui travaillent pour vivre, c’est à dire en partant d’un point de vue progressiste.

On dit souvent que l’union monétaire qui comprend maintenant 17 pays, est nécessaire à la mise en oeuvre du projet européen qui est d’empêcher la progression du nationalisme de droite pour promouvoir des idéaux respectables comme la solidarité, l’élaboration de principes communs pour les droits de l’homme et l’insertion sociale tout en favorisant aussi bien sûr l’intégration politique et économique qui sous-tend un tel progrès.

Mais cela revient à confondre l’union monétaire, la zone Euro, avec l’Union Européenne elle-même. Le Danemark, la Suède et la Grande Bretagne par exemple font partie de l’Union Européenne mais pas de l’union monétaire. Il n’y a aucune raison pour que le projet européen ne puisse pas se poursuivre et que l’Union Européenne ne puisse pas prospérer sans l’Euro.

Et tout porte à croire que ce serait en effet le cas. Le problème est que l’union monétaire, à la différence de l’Union Européenne est un projet indiscutablement de droite. Si on ne s’en est pas rendu compte au début, on devrait en avoir malheureusement pris conscience maintenant que les économies les plus faibles de la zone Euro subissent le traitement punitif qui était auparavant réservé aux économies du tiers-monde prises dans l’étau du Fond Monétaire International (FMI) et de ses dirigeants du G7. Au lieu d’essayer de sortir de la récession grâce au incitations fiscales et/ou monétaires, comme la plupart des gouvernements l’ont fait en 2009, ces gouvernements sont forcés de faire le contraire au prix d’un énorme coût social. Les humiliations qui s’ajoutent aux souffrances, comme pour les privatisations en Grèce ou « la réforme du marché du travail » en Espagne ; les effets régressifs des mesures prises sur la répartition des revenus et de la richesse ; et la diminution et l’affaiblissement de l’état providence pendant que les banques sont renflouées par les contribuables -tout cela montre clairement que les autorités de l’Europe suivent un programme de droite ; la manière dont elles profitent de la crise pour mettre en place des changement politiques de droite vient corroborer cette analyse.

Le positionnement à droite de l’union monétaire a été institutionnalisé dès le début. Les règles qui limitaient la dette publique à 60% du PIB et les déficits budgétaires annuels à 3% du PIB -même si en pratique elles n’ont pas été appliquées- sont des règles inutilement restrictives en période de récession et de chômage endémique. Le mandat de la banque centrale européenne de veiller seulement sur l’inflation et pas du tout sur les emplois est un autre signe de ce positionnement néfaste. La Réserve Fédérale (Fed) des USA par exemple est une institution conservatrice mais la loi lui demande quand même de s’occuper de l’emploi tout en essayant de contenir l’inflation. Et la Fed – même si elle a prouvé son incompétence en se révélant incapable de prévoir la bulle immobilière de 8000 milliards de dollars qui a fait s’écrouler l’économie des USA, a fait preuve de souplesse en émettant plus de 2000 milliards de dollars dans le cadre de la politique d’expansion monétaire pour faire face à la récession et à la faible reprise. Les extrémistes qui dirigent la banque centrale européenne ont, quant à eux, augmenté les taux d’intérêt depuis le mois d’avril en dépit de la dépression et du taux élevé de chômage dans les économies les plus faibles de la zone Euro.

Des économistes et des observateurs politiques disent que la zone Euro a besoin d’une union fiscale avec une meilleure coordination des politiques budgétaires pour bien fonctionner. Mais la politique fiscale de droite est contre-productive, comme on peut le constater, et le restera même si elle est mieux coordonnée. D’autres économistes -et j’en fait partie- disent que les écarts importants de productivité entre les membres de l’union rendent une union monétaire très difficile. Mais même si on pouvait surmonter ce problème, le fait est que la zone Euro ne vaut pas la peine d’être sauvée si c’est un projet de droite.

L’intégration économique européenne antérieure à la zone Euro était d’une nature différente. A la différence de l’approche « nivellement par le bas » de l’Accord de libre-échange nord américain (NAFTA) qui a provoqué l’exode de centaines de fermiers mexicains tout en faisant baisser les salaires et l’emploi dans les usines des USA et du Canada, l’Union Européenne avait fait des efforts pour augmenter les bas salaires et protéger les plus faibles. Mais les autorités européennes qui président à l’union monétaire se sont révélées impitoyable.

L’idée que l’Euro doit être sauvé pour préserver la solidarité européenne joue sur une interprétation simpliste de la résistance que les contribuables de pays comme l’Allemagne, les Pays-bas et la Finlande opposent au fait « d’aider » la Grèce. Il est certes indéniable que cette résistance vient en partie de préjugés nationalistes -que les médias de masse encouragent souvent- mais pas seulement. Beaucoup d’Européens n’aiment pas l’idée d’avoir à « aider » les banques européennes qui ont fait de mauvais prêts. Et les autorités européennes « n’aident » pas plus la Grèce que les USA et l’OTAN « n’aident » l’Afghanistan -pour mentionner un autre débat où ceux qui s’opposent à des actions destructrices sont aussi qualifiés de « réactionnaires » et « d’isolationnistes ».

Il semble que la gauche européenne ne se rende pas compte que les institutions, les pouvoirs ni surtout les politiques macroéconomiques de la zone Euro sont essentiellement de droite. Cette méconnaissance fait partie d’un problème plus général qui est que personne dans le monde ne comprend les enjeux macroéconomiques ce qui a permis aux banques centrales de droite de mettre en oeuvre des politiques destructrices parfois même sous des gouvernements de gauche. Cela ajouté au manque de participation démocratique explique peut-être que les politiques macroéconomiques de l’Europe soient plus à droite que celles des USA en dépit du fait que l’Europe possède des syndicats et d’autres organismes qui promeuvent une économie progressiste beaucoup plus puissants qu’aux USA.

Mark Weinsbrot

Mark Weinsbrot est économiste et co-directeur du Center for Economic and Policy Research. Il a écrit « the phony crisis » avec Dean Baker, de Social Security.

Cet article a été publié originellement dans The Guardian.

Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/weisbrot07132011.html

Note :

L’économie et la macroéconomie :

L’économie consiste en la réunion de millions de consommateurs et d’entreprises qui interagissent quotidiennement pour déterminer quels biens et services seront produits, quelles entreprises fourniront ces biens et services, quels consommateurs les emporteront chez eux à la fin de la journée et à quels prix ils seront vendus. Même dans les pays à économie de marché, tels que le Canada et les États-Unis, tous les ordres de gouvernement jouent un rôle important : ils se procurent des revenus en levant des impôts sur de nombreuses activités économiques et consacrent ces ressources à la fourniture de services comme la défense, les soins de santé, l’éducation et le logement social. Même lorsqu’ils ne taxent pas et ne dépensent pas directement, les gouvernements font souvent sentir leur présence au moyen des règlements qu’ils prescrivent en matière de sécurité des produits, d’intérêts étrangers, de permis de télédiffusion, de quotas de production laitière et de salaire minimum, pour nommer quelques exemples.

La macroéconomie entre rarement dans le détail des données relatives à des marchés de biens et de services particuliers ; elle s’intéresse plutôt au comportement des indices économiques tels que la production totale, l’inflation, le chômage et la croissance économique. La politique macroéconomique comporte deux grands volets : la politique budgétaire et la politique monétaire. La politique budgétaire est l’ensemble des décisions que prend un gouvernement en matière de fiscalité, de dépense et d’emprunt. Les trois ordres de gouvernement (fédéral, provincial et municipal) ont une politique budgétaire, tous ayant la capacité de se procurer des revenus par une forme quelconque de taxation, et de dépenser ces revenus en biens et services. La politique budgétaire de tout gouvernement, en particulier celle de l’administration fédérale, comporte de multiples dimensions, car les recettes fiscales proviennent de diverses sources et les dépenses peuvent porter sur de nombreux produits dans différentes régions et viser tout un éventail de bénéficiaires. (Site de la Banque du Canada)

URL de cet article 14202

http://www.legrandsoir.info/paradoxe-de-la-zone-euro-pourquoi-ca-ne-vaut-pas-la-peine-de-sauver-l-euro-the-guardian.html


Parution d’un nouvel ouvrage sur les convergences économiques entre le Maroc et l’Algérie

Un nouvel ouvrage intitulé « Algérie et Maroc : quelles convergences économiques? » du conseiller économique et consultant international Camille Sari, vient de paraître aux éditions Cabrera et Gnô sis.

L’ouvrage présente les situations économiques de l’Algérie et du Maroc depuis leur indépendance, pour dégager les points de convergence ou de divergence qui permettront d’avancer vers le parachèvement du marché maghrébin uni.

A l’aide de la littérature existante, des enquêtes et des études menées dans les deux pays voisins, l’auteur a fait des analyses pour expliquer le processus d’intégration économique et démontrer les bénéfices que la région peut tirer d’une meilleure coordination des politiques économiques.

Selon Camille Sari, l’intégration économique maghrébine est « un moyen de gagner en indépendance économique et de développer des échanges mutuellement avantageux entre les pays de la région ». Elle permet aussi « une moindre dépendance et des facilités énormes de commercer sans passer par les devises fortes ».

Il propose également la mise en place d’une monnaie commune, à savoir le « dinrham » (contraction des mots dirham et dinar) qui cohabiterait avec les monnaies nationales.

Cette monnaie vise à « faciliter les échanges de biens, de services et de capitaux sans altérer le droit de battre la monnaie de chaque Etat ». L’objectif est de passer d’un taux des échanges entre pays du Maghreb de 2 à 40 pc, ce qui est la moyenne des échanges au sein des zones économiques internationales.

La publication s’est focalisée aussi sur des questions monétaires, telles l’endettement, le taux de change, l’inflation et la productivité, en les considérant comme étant « les instruments de régulation (…) contribuant à la mise en œuvre d’un système de coordination harmonieux ».

Composé de 449 pages et comportant trois parties, ce livre se veut une référence de la compréhension des relations internationales et de leur importance dans des pays bien distingués dans leur choix de développement, tel que le Maroc et l’Algérie.

Camille Sari est conseiller économique, consultant international et spécialiste des monnaies et de la finance internationale. Il est également Docteur ès sciences économiques et a enseigné dans différentes universités parisiennes, dont Paris III Sorbonne Nouvelle et Paris XIII, et dans de grandes écoles de commerce.

Il a acquis une expertise sur l’évolution économique des pays émergents grâce à des missions économiques menées dans 52 pays.

Camille Sari est membre de Confrontations Europe, un think thank spécialisé en réflexion sur l’Union européenne.

Map
Distributeurs de livre

« Algérie-Maroc : quelles convergences économiques ? »

Distributeurs

France:
Folies d’encre : http://www.foliesdencre.com/
9 avenue de la résistance, 93100 Montreuil (M° Croix-de Chavaux)
Tel: 01 49 20 80 00
L’Harmattan :
Librairie Méditerranée Moyen-Orient : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp
01 43 29 71 15 – 5, rue Basse des Carmes – 75005 Paris
Lundi à samedi de 10h à 12h30 et de 13h30 à 19h
Co editeur en Algerie
ALL MEDIA :
Centre des Affaires de Zéralda N°:84 .Zéralda – Wilaya d’Alger
Ligne directe : 0021321 32 99 83
Email : djamelayouny@gmail.com et djamel_ayouni@hotmail.com

Maroc:
Sochepress : http://www.sochepress.ma/accueil
Angle rues Rahal Ben Ahmed et Saint Saéns, 20300 Casablanca
Tel : +212 (0) 522 40 02 23


L’Algérie cumule les problèmes de l’économie mondiale en crise

Professeur de management à l’Ecole des hautes études commerciales de Montréal et membre fondateur du groupe altermondialiste Humanisme et Gestion, Omar Aktouf est l’un de ces pourfendeurs invétérés du néolibéralisme américain. Il était , et il est toujours, l’un des rares intellectuels en Amérique du Nord à critiquer le capitalisme financier. Il a prédit l’avènement d’une crise financière et économique
mondiale, des années auparavant. Il a revendiqué haut et fort l’humanisation du système économique actuel en remettant l’homme au centre du développement. Dans cet entretien, Omar Aktouf décrypte l’économie algérienne, qui demeure toujours selon ses termes, une économie rentière. Il estime que tout «accord de libre échange » qui se fait doit respecter un minimum d’homogénéités entre les pays contractants. Sinon, c’est un échange entre Goliath et David : le plus fort l’emporte et impose son diktat et ses intérêts, affirme-til. Il s’est interrogé par ailleurs sur les tenants et les aboutissants de la nouvelle politique du gouvernement dénommée le renouveau agricole et rural, en relevant l’incapacité d’y d’aboutir à cause de la politique d’abandon de ce secteur adopté depuis trois générations, que ce soit sur le plan humain ou moyens. Pour instaurer une vraie économie, Omar Aktouf recommande de sortir, urgemment, de tout ce qui peut ressembler au néolibéralisme et au modèle US, car il s’agit d’une «stratégie» de toute première importance pour l’Algérie actuelle.

Algérie News : Au cours de la dernière décennie, les décideurs algériens ont adopté une gestion quasi libérale, promouvant le tout marché à un autre mode de gestion en cours, actuellement dit «patriotisme économique». Est-ce réellement un passage d’une conception à une autre ou nous sommes en présence d’un discours qui signalerait une impasse ou une difficulté dans la conduite des dossiers économiques en Algérie ?

Omar Aktouf :

Je me vois désolé de vous répondre que rien de nouveau ne m’apparaît en quoi que ce soit dans la politique
économique de notre pays, et ce depuis des décennies ! Il n’y a en effet que des changements de visage dans les ministères et des changements de vocabulaire, qui ne veulent strictement rien dire. Que signifie «patriotisme économique» lorsque l’on a tourné le dos depuis «l’ouverture chadliste», à toute autre forme d’économie sinon le «mangeoirisme» généralisé ? Que signifie ce genre de formule sinon, à la lettre, une politique économique très largement teintée de keynésianisme, c’est-à-dire d’une combinaison «planifiée» d’actions économiques où le secteur privé agirait sous l’autorité d’une guidance «pesée – réfléchie» émanant d’autorités étatiques éminemment soucieuses de mener une politique économique

1/autocentrée (visant l’autosuffisance et la satisfaction des besoins essentiels des citoyens avant tout),
2/ inflationniste (où l’Etat est aussi investisseur dans les secteurs stratégiques de la nation surtout : monopoles naturels et ressources clés comme les hydrocarbures…),
3/ autoritaire et protectionniste (un peu comme la Chine, où l’on voit l’Etat tracer les contours des activités économiques et leurs directions futures),
4/ sociale-économique (visant en priorité l’amélioration des forces productives et des conditions de vie-travail : investissements massifs dans l’éducation, les infrastructures, l’agriculture…).

Or où voit-on cela dans les plans et annonces de nos politiques économiques, sinon dans les grandes déclarations d’intentions auxquelles nous sommes habitués, depuis des décennies ? Il est plus qu’évident que notre économie en est une de commerce primaire, de pizzerias-gargotes, de rentes appuyées sur le contrôle occulte de nos principales richesses, de blanchiment d’argent accaparé (se rappeler l’affaire Khalifa), de nouveaux riches extravertis qui se prennent pour des entrepreneurs et qui se croient incarner le décollage économique algérien. Décidément, tout cela n’est pour moi que paroles et mesures de type «cosmétique», où on masque notre désarroi politico-idéologique derrière des mots et des slogans. Ceci dit, je ne peux qu’être pour (et c’est mon discours inlassablement répété depuis des années) une politique économique «patriotique» et keynésienne (protectionnisme, intérêt national avant tout, règles de finances et d’investissements strictes et respectées par tous, surveillance de l’investissement étranger, élargissement le plus ample de l’assise de la demande effective sur le salariat…). Mais lorsque l’opacité et les scandales – vite étouffés -, continuent à accompagner le cœur même de ce qui devrait être le moteur de notre économie, les hydrocarbures et ce qu’on en fait, je ne vois vraiment rien de nouveau à l’horizon, Union européenne ou pas…

Le Maroc et la Tunisie, semble-t-il, ont amorcé avec succès un partenariat avancé et privilégié avec l’Union européenne, l’Algérie, elle, au contraire, gérerait les contrecoups nocifs d’un «étrange» accord de libre-échange. Que pensez-vous de cette situation ? Y a-t-il une alternative pour l’Algérie ?

Tout d’abord, connaissant passablement la situation marocaine et tunisienne, je dirais que nous sommes en présence d’effets de court terme, et de développement essentiellement de secteurs dits «tertiaires non marchands» comme les loisirs, les terrains de golf, les lieux de villégiature, les spectacles, les lieux de «détente» pour classes huppées, la consommation de luxe… Un peu comme ce qui est arrivé au Mexique, où après une quasi euphorie de 2 à 3 ans, entre 1994 et 1999 environ, ledit «libre échange » avec le Canada et les USA a tourné pour les Mexicains au cauchemar économique : de centaines de milliers de PME-PMI en faillite à cause des afflux de produits et services made in US et Canada, des foules de cohortes de chômeurs déguisés, payés pour ne pas mourir le lendemain, des non moins cohortes livrées à des néo-esclavagistes saisonniers pour (notamment) l’agriculture US et canadienne (un peu comme cela se passe pour la main d’œuvre saisonnière sélectionnée marocaine offerte chaque année aux fermiers espagnols)… Tout «accord de libre échange » qui se respecte implique un minimum d’homogénéités (universitaires, académiques, culturelles, technologiques, dotations de facteurs, valeurs ajoutées industrielles, forces monétaires…, puissance gestionnaire de l’Etat, fiscalité…) entre les pays entrant en «libre échange». Sinon, c’est un échange entre Goliath et David : le plus fort l’emporte et impose son diktat et ses intérêts, un point c’est tout ! Il suffit de songer à ce que l’UE a fait pour mettre à niveau (donc en état d’homogénéités) les pays en «arrière» tels que l’Espagne et le Portugal, afin qu’ils puissent «libre-échanger» avec la France, l’Allemagne… (dans un esprit d’intérêts réciproques bien pensés : ajouter deux pays «attardés» au «corps central» européen n’aurait fait qu’affaiblir tout le monde) : tout simplement d’énormes plans (étatiquement guidés et à fonds perdus !) tel le gigantesque «Plan Da Vinci». Qu’y a-t-il de tel entre l’UE et la Tunisie, le Maroc ou l’Algérie ? On me rétorquera à juste titre qu’il ne s’agit pas d’entrer en «union», soit, mais entrer en «libre-échange» en situation de simples fournisseurs de «compléments bon marché» aux pays de l’UE est encore plus intenable.

Le gouvernement amorce également une nouvelle politique appelée « renouveau agricole et rural». Sommes-nous réellement en face d’une nouvelle stratégie agricole ? Si oui, sur quoi porte-t-elle essentiellement sachant que le bilan du PNDRA n’a pas été encore fait ?

Bilan du PNDRA ou pas, la situation catastrophique du secteur agricole algérien n’est un secret pour personne. Qui, en Algérie, ignore que nous importons sûrement pas loin de 90% de ce que nous mangeons
(et je ne dis pas consommons !) ? Il y a belle lurette que le béton des méga-complexes et des non moins méga villas et châteaux de nouveaux riches ont saccagé une bonne partie de nos meilleures terres, de la Mitidja à la vallée de Chlef… Il y a aussi belle lurette que l’âge moyen du «vrai» paysan, sachant planter, quoi planter, où planter… a dépassé les 70 ou 80 ans ! De plus, l’indigence de la formation (quantitative et qualitative) de techniciens agricoles et agronomes (quand ils ne fuient pas à l’étranger) est plus que notoire (d’ailleurs, seulement 13% de l’ensemble des filières de formations supérieures sont de type «technique », depuis l’agriculture jusqu’à l’informatique, la physique… : ce qui est un scandale devant les besoins criants du pays). Alors, je pose la question : d’où viendra ce renouveau agricole et rural, quand on a à ce point, négligé depuis trois générations, paysans, techniciens, agronomes, terres agricoles… ? Par où commencer (quand on sait, de surcroît, que se vendent, en catimini, à des intérêts étrangers de bonnes portions de nos meilleures terres ?). Il faut un minimum de cohérence entre ce que l’on dit et ce qui est fait ! Stopper ventes et saccages des terres arables urgemment, récupérer ce qui peut encore l’être et investir massivement dans la réhabilitation du paysan et la formation à l’agriculture «écologique », seraient les tout premiers pas à annoncer et à entreprendre.

Toujours dans le secteur de l’agriculture, certains experts pensent que l’adoption récente par le Conseil des ministres de la nouvelle loi sur l’orientation agricole, notamment sur le point ayant trait à l’exclusion des étrangers dans l’exploitation des terres agricoles est une erreur, il y a eu une sorte de précipitation, puisqu’on aurait pu tirer profit de leur expérience à l’avenir. Etes-vous de cet avis ?

Exclure les «étrangers» pour les exclure, n’a en soi, bien entendu aucun sens. On a toujours quelque chose à apprendre de l’autre : voir ce que le Japon a fait et ce que la Chine fait en ce sens est toujours très instructif. Mais cela implique élites préoccupées du bien de la nation d’abord… y compris lesdites élites privées, dont l’intérêt bien et intelligemment pensé serait de mettre une majeure partie de leurs gains dans la formation, la qualification, la mise à profit de la présence de ces «étrangers» qui ont des choses à nous apprendre… au lieu de mettre presque tout ce qu’ils «gagnent» dans l’ostentation consumériste, dans les palaces en Europe ou Dubaï, les villas-palais aux abords d’Alger… et les voitures futuristes ! Cela n’est pas un comportement d’entrepreneurs conscients et intelligents mais de parvenus aussi frivoles que globalement nuisibles à long terme. Donc, comme le modèle chinois nous en donne l’exemple frappant (malgré bien des problèmes, bien sûr) : une politique économique globale (de l’agriculture à la pétrochimie) autocentrée d’abord, autoritaire ensuite (avec élites politiques aussi intègres que possible : nul n’est saint, ni parfait), enfin axée sur un «socialisme de marché» qui met l’économique au service du bien-être général et de l’évolution du peuple avant tout. Car il faut bien intégrer ceci : le seul et unique «avantage compétitif » d’un pays, c’est le degré d’éducation et de culture de son peuple ! Rien d’autre ! Et surtout pas le niveau d’enrichissement de ses plus riches !

Les réformes «d’économie de marché», en Algérie, ont débuté à la fin des années 1980, c’est-à-dire à l’ère du néolibéralisme. Trente ans plu tard, l’Algérie retrouve les mêmes pratiques et surtout les mêmes problèmes, avec peut-être plus d’intensité dans ce modèle néolibéral. Que faut-il faire selon vous pour que le pays sorte du piège de l’économie rentière ?

Oui, dès l’ère du chadlisme, je dirais, on a commencé à parler pour l’Algérie, «d’ouverture » économique. C’est-à-dire de recul de l’Etat comme intervenant et guide dans les politiques économiques. Comme si
«Etat» était synonyme de «fermeture»… On ne sait trop à quoi, mais sûrement «fermeture » devant les boulimies et désidératas des classes riches et dominantes. On a très vite confondu, Reaganisme et
Thatchérisme aidant, que revenir au «laisser- faire» total et débridé du capitalisme sauvage du 19e siècle était ce qu’il y avait de mieux à faire pour promouvoir croissance et développement tous azimuts. On en voit les résultats ! La «crise mondiale» actuelle n’en est qu’un avant-goût.

Car on a voulu (les classes dominantes, particulièrement US, qui ont mis un Reagan au pouvoir tout à fait à propos) compenser l’impossibilité de «croissance infinie» de l’économie réelle (nul ne peut faire infiniment de profits avec infiniment d’arbres, par exemple, puisque la Terre ne donne pas d’infinité d’arbre etc.), par l’infinitude illusoire de la multiplication du numéraire par le numéraire : la spéculation, l’économie financière et boursière. C’est-à-dire l’économie casino : à la bourse de type capitalisme financier à la US, on ne «place» pas ses économies, on les «joue», exactement comme dans un casino… On a bien vu ce que cela a donné avec l’affolement du système financier mondialisé et l’effondrement de la bulle immobilière démarrée avec les subprimes (hypothèques fictives) aux USA. A mon avis, l’Algérie cumule les problèmes de l’économie mondiale en crise : une économie de rente basée sur 95% de recettes en hydrocarbures, ces mêmes recettes transformées en partie en importations de presque tout, y compris la main-d’œuvre pour construire nos routes et immeubles, une autre partie en fortunes individuelles aussi soudaines qu’incroyablement élevées, et une troisième partie en pseudo entreprises qui ne font que «acheter-revendre» sans pratiquement aucune valeur ajoutée locale, divers biens et services qui vont de la pizza aux merguez, en passant par les matériaux de construction. Le néolibéralisme n’est que mirage aux alouettes, farouchement profitable aux pays riches et aux classes riches des pays pauvres… mais, même là, hélas pour tout le monde, à court terme et avec de plus en plus de crises meurtrières.

L’ex-ministre de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement, Abdelhamid Temmar, n’est pas parvenu à instaurer une véritable stratégie industrielle. Il semble qu’on hésite toujours sur les grands choix de la politique économique. Ne s’agit-il pas là d’un autre retard préjudiciable pour l’Algérie ?

Abdelhamid Temmar ou pas, nul ne peut aujourd’hui savoir quoi faire avec les dérives de cette démentielle économie néolibérale qui a déferlé sur le monde, par la grâce des non moins démentiels désirs de «profits maximums infinis» des classes dominantes des pays riches en premier. Il suffit de voir à quel point les pays du G-8 et du G-20 ne savent, mais absolument pas, quoi faire devant une crise mondiale de l’économie (devenue pure finance spéculative) qui les dépasse tous ! Lorsque des DSK, des Obama, des Bernanke, des Tricher… et des Geitner ne savent plus du tout à quel saint se vouer, que voulez-vous qu’un Temmar fasse ? Cette folle économie financière livrée à elle-même est exactement comme une immonde démente créature ayant échappé à son Dr Frankenstein ! Nos «économistes» néolibéraux dominants (qui plaisent souverainement à tous les riches et classes dominantes de ce monde) ont tout simplement créé un monstre économique- financier qui les dépasse ! Ils ne savent plus du tout quoi faire, point ! Ils font ce qu’ils ont toujours fait (Alan Greenspan en a été le gourou absolu durant des années) : recourir massivement à la planche à billets pour réalimenter l’infernal cercle vicieux «offre de crédit consommation- sur-demande de crédit…». Cela a donné l’ubuesque sauvetage des brigands des grandes bourses et banques, à coups de milliers de milliards de dollars… au point où toute l’économie US (à commencer par son fleuron GM) n’est plus qu’une sorte de bizarre «communisme d’Etat» auquel personne ne comprend plus rien ! Alors que dire de l’Algérie et de ses «stratégies» ! Comme je le répète depuis des décennies, suivre le modèle US, ne peut que conduire de retard en retard (on le sait depuis le siècle dernier lorsque le modèle des pays du Nord européen et de l’Asie du Sud-Est -sans parler de la Chine aujourd’hui-, l’ont définitivement supplanté avec leurs qualités des produits – services et de vie des citoyens… Sortir, urgemment, de tout ce qui peut ressembler au néolibéralisme et au modèle US, est une «stratégie» de toute première importance pour l’Algérie actuelle.

Le traitement de certains grands dossiers à l’image de Sonatrach, ne renvoit-il pas une mauvaise image de l’Algérie ?

Je crois que cela devait arriver (ou plutôt se révéler) un jour ou l’autre, car qui ignore, ou fait semblant d’ignorer, dans notre pays, que bien des «scandales» couvent sous les tapis ? A mon avis, ces deux cas ne sont que l’une des pointes de multiples icebergs de détournement, de trafic de haut niveau, de malversations, d’abus de biens sociaux… qui finiront par émerger un jour ou l’autre. Mais recherchera-t-on vraiment les coupables, les fera-t-on passer devant une «justice» quelconque… là est le problème crucial.

Il y a longtemps, bien avant «l’ouverture chadliste», que tout un chacun sait (ou soupçonne à tout le moins) que les soudaines colossales fortunes surgies en Algérie (ou d’Algériens hors d’Algérie) dès les débuts de la fin de l’ère Boumédiène, ne sont pas le fruit du hasard ni de l’effort. L’image de l’Algérie est ternie (euphémisme) dans et hors du pays, bien longtemps avant ces affaires que vous citez, hélas ! Et leur «traitement» comme vous dites, ne peut que ternir encore davantage cette lamentable image. Plusieurs hauts affairistes, ministres, hauts fonctionnaires… auraient déjà dû être devant des commissions d’enquête publique, démis de leurs fonctions, traduits devant des tribunaux… mais, comme le dit le si sage dicton populaire, «lorsque l’on veut nettoyer des escaliers, il faut commencer par le haut»… Il est tellement dommage que notre pauvre pays ait si terriblement mis de côté ses (vrais) intellectuels, ses authentiques moudjahidine, ses élites intègres… tous et toutes poussés à l’exil (intérieur ou extérieur) faute d’avoir le moindre droit au chapitre.

Le «mangeoirisme» effréné, l’exemple venant assez vite de très haut, a fait de tout Algérien un insatiable prédateur aussi boulimique que sans scrupules. Au moins deux à trois générations en sont à la fois les acteurs et les victimes : qui arrêtera ce chaos ?

Peut-on savoir sur quoi le professeur Aktouf se penche actuellement ?

Vous voulez absolument me pousser à parler de moi à la troisième personne, comme un certain Delon ? Hé bien, par pur jeu, je vais y consentir ! Le «professeur Aktouf» se penche en ce moment, et son tout dernier livre «Halte au gâchis : en finir avec l’économie-management à l’américaine » , en témoigne de façon, je crois assez prometteuse, sur les raisons et causes profondes de l’échec cuisant d’un système qui se présentait comme irrésistiblement «rationnel» et universellement applicable, le système du «marché» fair-play, au-dessus des égoïsmes personnels, appelant en quelque sorte les humains à être pratiquement malgré eux, les acteurs inconscients et involontaires d’un monde de «concurrence pure et parfaite» où seuls les bons usages des bons «avantages compétitifs» feraient des «gagnants» qui, pour encore mieux «gagner», ne feraient que générer tout autour d’eux, de multiples autres «gagnants» ! C’est ce que promettait la belle «Mondialisation heureuse» comme l’a ingénument écrit un certain Alain Minc il y a quelque 10 à 15 ans. Il (le professeur Aktouf) se penche également sur les métamorphoses de plusieurs pays d’Amérique latine comme le Venezuela, le Brésil… la Chine… la Russie… et les constants succès des pays du Nord de l’Europe, du Japon… quels que soient les bas et les hauts conjoncturels. Et… de tout cela. Il compte bien tirer quelques pistes et leçons pour nos pays du tiers monde en général et de l’Afrique en particulier.
Entretien réalisé

par Massinissa Boudaoud
: Algérie News


Incidences sur l’économie algérienne

La réponse par les réformes

La crise mondiale, sous sa forme financière et économique, est avant tout le résultat d’une mondialisation rampante qui a jeté ses tentacules sur les pays et les continents indépendamment de leurs identités, de leurs langues ou de leurs religions. Comme dans le domaine de la santé, il ne peut y avoir de septicémie que dans un corps où tous les organes sont mis en relation et interagissent solidairement.

La forte expansion des échanges qui a touché les économies de plusieurs pays à la fin du XVIIIe et au début su XIXe siècle, sous la forme de commerce colonial et de commerce entre les nations, a préfiguré la forme de globalisation/mondialisation qui est en train de se dérouler sous nos yeux. Ce phénomène, dont la genèse remonte à plus d’un siècle, a conduit les économistes à dépasser le point de vue mercantiliste de la contradiction des intérêts, et à établir la règle des “avantages comparatifs” promise à une belle fortune sémantique et axiologique.

À partir des dernières décennies du XXe siècle, pour plusieurs catégories de produits industrialisés, «les exportations mondiales de composantes croissent plus vite que les exportations de biens finals», souligne Bernard Lassudrie-Duchene dans sa préface à l’ouvrage intitulé Économie internationale des deux auteurs américains H. Lindert et Ch. P. Kindleberger. Il ajoute : «La multinationalisation des firmes peut être considérée, sous cet aspect, comme la résultante d’une logique puissante qui conduit à mobiliser les capacités différentes de plusieurs groupes nationaux pour obtenir des chaînes d’avantages comparatifs, plus ou moins inégalement répartis entre les firmes et les nations.» L’auteur établit de forts parallèles entre la “croissance des interdépendances productives” et l’unification du marché mondial du crédit et des capitaux.

A.Cotta écrit dans ce sillage : «L’ouverture croissante de toutes les économies, quels que soient leur niveau de développement et leur organisation économique et sociale, commence à apparaître, plus que la rapidité de la croissance elle-même, comme le fait majeur d’un après-guerre qui, à cet égard, n’a pas pris fin.» (in La France et l’impératif mondial-éditions PUF-1978).

Il y a 80 ans

Le krach boursier d’octobre 1929 est inscrit dans les pages les plus noires de l’économie mondiale du XXe siècle. Ses répercussions ont duré une dizaine d’années, et certains historiens sont allés dans leurs diagnostics des conflits mondiaux jusqu’à faire incomber une part importante de responsabilité à cette crise dans la montée en puissance des extrémismes nazi et fasciste à partir des années 1930. La chute brutale des cours des actions à Wall Street a fait que les gains antérieurs furent neutralisés. Les emprunteurs sont mis en difficulté entraînant la chute de certains établissements bancaires. En l’espace de trois ans, 9000 banques ont mis la clef sous le paillasson. La production industrielle aux Etats-Unis baissa alors de 50%, la PIB de un tiers et le chômage monta à 25% de la population active. Le recul du pouvoir d’achat a fait des stocks de produits, surtout agricoles, se sont constitués. On parla alors de “crise de surproduction”. Les marchandises invendues s’accumulent et les usines qui les produisent s’arrêtent les aunes après les autres, faute de débouchés. De nombreuses entreprises font faillite. Les agriculteurs n’arrivent plus à commercialiser leurs produits et les prix baissent continuellement. Des millions d’hommes et de femmes rejoignent le camp des chômeurs. La misère s’installe, alors que la surproduction conduit à la destruction des biens invendus.

L’ampleur et surtout la durée de la crise rendent l’intervention de l’État inévitable. Jusqu’alors, les industriels, les commerçants, les banquiers organisent librement leurs activités économiques. L’intervention de l’État a visé d’abord à réduire la production là où est enregistrée une surproduction. Le rôle de social de l’État s’accroît ; il intervient pour réduire la violence des affrontements sociaux.

Amender le capitalisme ?

Pour la première fois depuis la révolution industrielle, le système capitaliste s’expose d’une façon franche et argumentée à la critique la plus virulente de la part des populations, des syndicats et des partis de gauche. L’espoir socialiste prend de nouvelles couleurs et s’alimente en arguments puissants issus de la crise mondiale. D’autres alternatives invoquent la nécessité d’un chef tout-puissant qui épargnerait à la collectivité une révolution. Cette option conduira à la montée de l’hitlérisme et du fascisme en Europe, ainsi que du nationalisme au Japon. Ces mouvements cherchaient dans l’armement, puis dans l’expansion territoriale et la guerre, des solutions à la crise.

L’intervention de l’État telle qu’elle était mise en branle par le président Roosevelt sous le nom de “New Deal” consiste non seulement à enrayer la crise, mais surtout à éviter d’y retomber une nouvelle fois. «Notre tâche est remettre notre peuple au travail (…) Elle peut s’accomplir par embauche directe par le gouvernement, comme en cas de guerre, mais en même temps, en réalisant les travaux les plus nécessaires pour réorganiser l’usage de nos ressources naturelles», avait déclaré le président Roosevelt dans un discours en mars 1933.

L’action de l’État pour relancer l’économie par la relance de la consommation et par la politique des investissements publics – quitte à supporter un seuil d’inflation et un déficit budgétaire “tolérable” – rejoint largement la théorie keynésienne mise en circulation au premier tiers du XXe siècle.

«Pour ma part, je pense que le capitalisme aménagé peut être rendu probablement plus efficient pour atteindre des fins économiques de tout système alternatif envisagé pour l’instant ; mais je pense était, à bien des égards, extrêmement critiquable. Notre problème est d’établir une organisation sociale qui sera aussi efficiente que possible sans pour autant choquer nos notions concernant un mode de vie satisfaisant», écrivait Keynes dans son Essai de persuasion (1933).

La crise financière et économique qui, presque 80 ans après le krach boursier de 1929, frappera les établissements bancaires principalement en Amérique et en Europe en 2008, a eu son origine immédiate en 2007 dans la crise subprimes, crédits hypothécaires consentis aux ménages américains pour l’acquisition de logements. Devenus insolvables, les ménages n’ont d’autre choix que d’offrir leur logement à leur créancier. Or, il se trouve que les valeurs immobilières ont fortement chuté entre-temps, ce qui donne une valeur de “monnaie de singe” au gage que constitue le logement. Il est déclaré stérile sur le marché américain. Il s’ensuivit une chute en cascades de banques, d’abord en Amérique, ensuite en Europe et en Asie du fait que, aussi bien les acquéreurs de crédits hypothécaires que les établissements créanciers ont tissé une toile d’araignée à l’échelle planétaire en matière de demande, d’offre et de prestations.

L’État pour sauver… le privé

Le recul ininterrompu de la monnaie américaine face à l’euro depuis ces deux dernières années, la banqueroute de prestigieux établissements financiers en Amérique et en Europe depuis le mois de septembre 2008 et la chute subséquente des places boursières à l’échelle de la planète ont ébranlé le système financier international au point que le contribuable américain, via l’approbation par le Congrès du Plan Paulson, est appelé à secourir un des piliers de l’ordre capitalistique mondial. La première intervention du Trésor public US a porté sur la mobilisation de 700 milliards de dollars et la tendance qui se dessine semble ne pas se limiter à ce premier jet. Le Congrès américain est prêt à consentir encore l’argent du contribuable pour sauver des établissements bancaires. Cependant, le président Barack Obama, tout en abondant dans le même sens, considère cependant que le système mondial a plus besoin de réformes profondes que d’interventions publiques conjoncturelles qui ne règlent pas le problème fondamental. Il a même stigmatisé publiquement l’usage qui est fait des deniers publics (primes servis pour les actionnaires), argent pourtant que lesquels l’administration a débloqué pour sauver ces institutions.

Certains analystes en économie ont vite rappelé les vertus d’“un socialisme spontané”, c’est-à-dire sans socialistes ni idéologie de gauche. Réellement, pour sonder ce paradoxe, les choses sont bien moins simples et les pouvoirs publics beaucoup moins altruistes qu’on ledit. C’est toute la mécanique du système financier international et d’une mondialisation rampante qu’il faut “démonter” pour saisir la logique interventionniste du gouvernement américain et des autorités européennes tentées par le même type de réponse. Même si des nuances sont apportées ça et là– à l’exemple des attitudes françaises et allemandes exprimées à Colombey-les-Deux-Églises par Nicolas Sarkozy et Angéla Merkel lors du sommet franco-allemand de novembre 2008 – les réponses envisagées pour juguler la crise financière, ou à tout le moins pour en atténuer les effets sur la croissance, l’emploi et le niveau de vie des populations, s’inspirent toutes d’une intervention plus forte de l’État. «L’idée que les marchés ont toujours raison est une idée folle», dira le président français dans son discours de Toulon le 25 septembre 2008. Il s’agit, estime-t-il, de “refonder” le capitalisme. Ainsi, «l’État garantira la sécurité et la continuité du système bancaire et financier (…). Il interviendrait par des cautions, par des garanties, par des apports en capital ou par une modification de la réglementation bancaire». Pour reconstruire un système financier viable, il importe, comme le dira explicitement Sarkozy, de “moraliser” la capitalisme financier en priorité.

La réunion, au début de l’année en cours, des ministres des Finances de la planète autour des institutions internationales comme le FMI et la BIRD a apporté son lot d’incertitudes en confirmant la tendance à la réduction des liquidités et à la baisse de la croissance à l’échelle mondiale.

Dans l’étape actuelle de l’interdépendance des économies des pays du monde, cette chute en cascade de “citadelles” financières en Amérique et en Europe entraînera imparablement dans son sillage, d’après les spécialistes en finances internationales, le recul des prix du pétrole, un phénomène qui commence à se manifester dangereusement pour les pays exportateurs et qui a placé depuis plusieurs semaines le cours du baril au-dessous de 50 dollars malgré les dernières réductions de production décidées par l’OPEP au sommet de décembre dernier à Oran, soit 1,5 million de 3 à retirer du marché. Une nouvelle réduction était entrevue pour le dernier sommet de Genève de la mi-mars, mais, aucune décision de ce genre n’a été prise.

L’Algérie et la zone cyclonique

Le débat sur la crise financière et économique mondiale dans les médias algériens ne peut avoir évidemment de pertinence que lorsqu’il arrive à insérer – pour un décryptage serein et rationnel – la part ou le degré d’incidence de ces chamboulements planétaires sur l’Algérie. Or, les questionnements sur la relation de l’économie algérienne avec l’espace mondial n’ont pas attendu la crise actuelle pour se manifester. Chez certains spécialistes algériens, elles ont constitué presque un axe de recherche. Le fait est que la tension mondiale actuelle n’est pas la première épreuve que met l’économie de notre pays face à un “destin” mondialisé. La mini-crise de la fin des années 1990, due à chute brutale de certains établissements financiers au Sud-est asiatique, principalement l’Indonésie, du fait de certains investissements douteux qui ont jeté un “froid” dans les mécanismes du crédit, avait entraîné une réduction de consommation de pétrole au point où son prix de cession, moins de 10 dollars le baril, avait failli équivaloir à son coût d’extraction des champs sahariens d’Algérie. L’administration du président Liamine Zeroual était sur une corde raide d’autant plus que l’offensive terroriste était à son pinacle et le plan d’ajustement structurel (PAS), issu du rééchelonnement de la dette extérieure, avait déjà installé misère, chômage et pauvreté par la libéralisation des prix à la consommation et la mise à exécution des plans sociaux dans les entreprises publiques. Si la situation de la faiblesse du prix du pétrole avait duré plus d’un semestre avec le niveau qui était le sien, moins de 10 dollars le baril, ce serait indubitablement la sécurité et la pérennité de l’État national qui auraient été mises en jeu. Le chef de mission du FMI, M.Joël Toujas Bernaté, lors d’une visite au début de l’année en cours dans notre pays, a émis certaines appréhensions quant aux incidences directes ou retardées de la crise mondiale actuelle sur la machine économique et le front social algériens ; cela, contrairement à certains responsables ou gestionnaires algériens qui pensent à l’ “immunité” de l’économie algérienne face aux turbulences charriées par la dérégulation générale du système financier international. Hormis la faiblesse de la relation directe et automatique entre le système financier international et l’économie algérienne, le responsable du FMI n’a pas exclu les contrecoups de la grande bourrasque mondiale sur le futur immédiat de notre économie. Il rappelle, dans la foulée, la dépendance dangereuse du pays vis-à-vis du pétrole et les conséquences qui pourraient en découler. «Au cas où les prix chutent, on va se poser des questions concernant les ressources qui permettent à l’Algérie de poursuivre ses programmes d’investissement. C’est pour cela qu’il est recommandé aux autorités algériennes de se préparer à prendre des mesures préventives concernant les priorités dans les investissements publics et le soutien à la croissance», a-t-il affirmé. On comprend ici que ce sont tous les programmes et grands ouvrages conçus dans le cadre du Plan complémentaire de soutien à la croissance (PCSC), le programme des Hauts Plateaux et le programme Grand Sud qui sont menacés dans leur réalisation à moyen terme.

Auparavant, c’était le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui, tout en se montrant serein quant aux effets directs de la crise financière internationale sur l’Algérie, n’a pas manqué d’appeler à la vigilance en prônant plus que jamais la revivification de l’économie par la diversification des exportations. Il est temps, suggérait-il, d’aller vers les vraies réformes, de les mener par le moyen d’une politique nationale cohérente et concertée, au lieu d’avoir à les subir de l’extérieur par la pire des méthodes, celle qui n’agréerait ni aux populations ni aux intérêts stratégiques du pays. Il est vrai qu’au milieu du brouhaha accompagnant la crise financière mondiale, il difficile de raison garder et la voie s’ouvre plutôt vers toutes sortes de supputations et de procès en sorcellerie.

Une fragilité due à la mono-exportation

Les effets à moyen terme escomptés des entrées libres de marchandises de l’Union européenne suite à l’Accord d’association entré en vigueur en 2005 sont le “réveil” des secteurs algériens touchés par une concurrence féroce et une mise à niveau susceptible de contrebalancer les effets pervers d’une ouverture somme toute dictée par une mondialisation irrésistible des économies. Des “secousses” similaires ou sans doute plus complexes sont aussi prévues dans le cas où notre pays accède à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ce genre de difficultés n’a pas échappé aux décideurs algériens qui sont en train de négocier, au mieux des intérêts du pays, les étapes et les procédures inhérentes à cette accession dont on dit qu’elle va prendre du temps. De même, le Plan complémentaire de soutien à la croissance économique doté de 150 milliards de dollars et initié par le président de la République porte en lui les objectifs d’améliorer les conditions de l’investissement privé par l’installation des projets structurants de l’économie à l’exemple de l’autoroute, des grands barrages hydrauliques, de l’électrification, du chemin de fer, du développement des équipements publics et des soutiens aux secteurs en difficulté comme l’agriculture.

Après avoir franchi le seuil “psychologique” de 100 dollars le baril à la fin de l’année 2007, le prix du baril n’a fait que se conforter au point de caracoler à 150 dollars en juillet 2008. Ces chiffres ont donné du tournis même à nos décideurs. Mais, voilà ; depuis la rentrée 2008, deux événements sont venus “brouiller” cette lecture par trop triomphaliste d’une économie algérienne engoncée dans ses certitudes. D’abord le changement qui a lieu à la tête du gouvernement. En plaçant Ahmed Ouyahia à la tête de l’Exécutif, le président de la République semble vouloir apporter la réponse à une situation presque énigmatique de l’économie algérienne où se multiplient les paradoxes entre richesse potentielle ou virtuelle et pauvreté réelle, ainsi qu’entre la volonté politique de mener les réformes dans les secteurs sensibles de l’économie et de l’administration et les résistances légendaires des cercles d’intérêt, des coteries et de la “médiocratie”.

Ouyahia n’a pas joué à la cachotterie en annonçant publiquement que, même si la loi de Finances était basée sur un prix-étalon du baril de pétrole de 19 dollars jusqu’à fin 2007 et de 37 dollars à partir de la loi de finances complémentaire (LFC) de 2008, la réalité du budget algérien fait que le vrai prix du baril tel qu’il y est intégré dépasse 60 dollars. C’est pourquoi, il dit appréhender fortement la baisse du prix du baril de pétrole au-dessous de 70 dollars, ce qui remettrait en cause les projets d’investissements publics engagés par le gouvernement depuis 2005. A Dieu ne plaise, le recul du prix de l’or noir pourrait, dans un cas extrêmes, une partie des transferts sociaux décidés par les pouvoirs publics dans le cadre du soutien des prix de certains produits alimentaires et autres bonifications fiscales tendues vers l’encouragement de certains créneaux d’investissement.

Pour certains aspects de la crise financière internationale, le Premier ministre nous rassure en expliquant que l’Algérie avait raison de payer ses dettes par anticipation (depuis 2005), comme elle a bien agi en ne cédant pas à l’idée en vogue d’investir son argent dans des fonds souverains, idée défendue mordicus par certains cercles politico-médiatiques en 2008.

Il demeure évident que toutes ces “règles prudentielles” ne nous prémunissent pas ad vitam aeternam contre les répercussions de la crise mondiale, une crise que des analystes n’hésitent pas à comparer à celle de 1929.

Résistances, archaïsmes et impératif de renouveau

Les griefs adressés, particulièrement ces trois dernières années, à l’Algérie par les organismes financiers internationaux dans le domaine de l’action économique sont relatifs à la lenteur dans le processus de privatisation, l’immobilisme des établissements bancaires au sein desquels des surliquidités inquiétantes ont été enregistrées (elles ont atteint en décembre 2008 le montant de 1 400 milliards de dinars) et certaines procédures bureaucratiques liées à la gestion du foncier industriel.

Les spécialistes des questions financières pensent que les derniers scandales qui ont éclaboussé certains établissements bancaires publics (détournements, crédits douteux…) et d’autres établissements privés sont la preuve que les règles administratives et managériales régissant ces institutions sont faussées à la base. Les règles prudentielles – qui ne doivent pas signifier réticence des banques à financer l’économie – doivent être accompagnées d’ingénierie financière et de procédures d’audits réguliers. Les prises de participation ou la privatisation partielle de certains établissements sont une partie de la solution pour leur mise à niveau. Mais, la remise en cause de la privatisation du CPA – processus engagé pourtant depuis 2005 – constitue assurément un handicap pour la crédibilité des autorités financières du pays, même si des voix semi-officielles parlent d’une relance de l’opération.

Certains indices de l’économie algérienne poussent à un optimisme qu’il convient de relativiser par le contexte de leur réalisation. Il en est ainsi des chiffres fluctuants, parfois insaisissables, de l’emploi, selon qu’ils sont présentés par le gouvernement, maniés par le CNES ou triturés par l’ONS. Actuellement, le taux de chômage serait réduit, selon le directeur de l’ANEM, à environ 11,8% de la population active. Ould Abbès a, semble-t-il a trop poussé son optimisme primesautier en parlant de 10% de chômage, chiffre que l’ONS s’est empressé de démentir. Quoi qu’il en soit, l’utilisateur de ce chiffre voudrait savoir si les emplois saisonniers crées par les chantiers du bâtiment, de l’agriculture, des TUP-Himo, ainsi que les universitaires pré-emploi… sont comptabilisés dans ce pourcentage. Le taux d’inflation, quant à lui, a commencé à grimper les échelons à partir de 2007 et il se situe officiellement aujourd’hui à 4,8%, un taux que certains analystes mettent en cause – en suggérant qu’il est sous-évalué – au vu de l’inflation généralisée des produits alimentaires.

Entre déception et légitime vœu de promotion sociale

L’Algérie a engrangé au cours des dernières années des recettes conséquentes issues de l’exportation des hydrocarbures. La dette extérieure, moins de 5 milliards de dollars, ne représente plus une charge pour l’économie du pays après les payements anticipés commencés en 2005. Les autorités ne dramatisent pas l’inflation bien qu’elle ne soit pas loin de 5%. Mais, au lieu des 6 ou 7% de croissance attendue pour l’ensemble de l’économie, le FMI n’escompte pas plus de 3%. Il faut dire, à ce propos, que la plus grande partie des investissements réalisés au cours de ces dernières années et ceux qui sont programmés pour les cinq prochaines années sont des investissements publics conçus dans le cadre du Plan de soutien à la croissance. Ils soutiendront la croissance dans la mesure où ils sont des projets structurants, susceptibles, à terme, d’attirer les véritables investissements via les entreprises industrielles, manufacturières, agroalimentaires, de prestations de services, etc. En quoi ces chiffres secs et ces prévisions, qui relèvent pour l’instant presque du virtuel – d’autant plus que des facteurs de blocage, comme le système financier suranné et les lenteurs bureaucratiques, se mettent au travers des plus énergiques initiatives – peuvent-ils influer sur la vie des citoyens ? L’ancien premier ministre, Ahmed Benbitour, parle carrément du risque d’une explosion sociale. Même Farouk Ksentini, président de l’organisme chargé des droits de l’Homme, y va, dans son rapport présenté au président de la République, de ses griefs et de ses avertissements concernant la situation sociale des populations. En effet, à l’ombre d’un baril fort valorisé, le chômage, la faiblesse du pouvoir d’achat et la situation socioéconomique générale de la population ne poussent pas à l’optimisme.

Beaucoup d’encre a coulé au sujet des augmentations des salaires des travailleurs. Après la signature du fameux Pacte social et économique en 2006, une première augmentation a suivi. Le SMIG est monté à 12 000 dinars. Entre-temps, hormis la Fonction publique financée sur le budget de l’État, les entreprises publiques et privées ont eu d’immenses difficultés à concrétiser la décision du gouvernement. Parfois, cela s’est fait au détriment de la santé financière de l’entreprise et même de l’emploi, sachant que des employeurs ont procédé à des compressions, à l’encouragement de la retraite anticipée et au recrutement très sélectif (évitant les pères de familles et augmentant le nombre de non-déclarés sociaux). Et voilà qu’une nouvelle augmentation prend effet à partir du printemps dernier. Le bon sens populaire avait déjà donné son verdict : «Les futures augmentation sont déjà éliminées et consommées par les augmentations des prix que l’on vit depuis la rentrée sociale 2007.» Bouteflika et Ouyahia ont, au début 2006, refusé d’augmenter les salaires “nominaux” qui ne serviraient qu’à alimenter l’inflation. Seuls la productivité et le marché du travail – que sont censés commander la formation et la compétence- pourront induire le rehaussement du pouvoir d’achat sans passer nécessairement par l’augmentation des salaires. Les voies impénétrables du sérail a, quelques mois plus tard, porté à la Chefferie du gouvernement Abdelaziz Belkhadem, et ce qui devait arriver arriva. Première mesure économique : augmentation des salaires.

Au printemps 2008, il se trouve que quelques réflexes anciens ont repris du poil de la bête suite à une véritable panique qui avait gagné le gouvernement Belkhadem. Ainsi, pour certains produits alimentaires jugés stratégiques et touchés par de fortes hausses des prix, le gouvernement a pris la mesure de les soutenir une nouvelle fois au niveau du segment “consommation”. Il faut espérer que ce ne sont là que des mesures transitoires, lesquelles ne pourront jamais remplacer la stratégie sectorielle basée sur le soutien à l’investissement. S’il y a quelque chose à déplorer, comme a eu à le faire l’ancien argentier du pays, Abdellatif Benachenhou c’est le ciblage aléatoire et la répartition inique des fonds de soutien et les inévitables “faux barrages” de corruption qui leur sont dressés en cours de route.

Les deux plus grands défis qui se poseront au rôle social de l’État dans les prochaines années sont, sans aucun doute, d’une part, la provenance même des fonds qu’il y a lieu de tirer d’une plus-value sociale hors hydrocarbures et, d’autre part, l’efficacité dans la gestion des ressources allouées de façon à les soustraire aux réseaux de corruption.

Investissements : comment sortir de l’ornière ?

Les pouvoirs publics se sont penchés sur l’identification des divers et nombreux blocages qui ont hypothéqué jusqu’ici les grands flux d’investissements que notre pays est en droit d’attendre dans une conjoncture exceptionnellement propice sur le plan des finances publiques et de l’équilibre des grands agrégats économiques. Le traitement des dossiers par l’ancienne APSI, devenue par la suite ANDI (Agence nationale du développement de l’investissement) ne semble pas donner tous les résultats escomptés. Et pour cause, le passage au crible de cette Agence des différents dossiers qui atterrissent sur son bureau se limitait à faire valoir les avantages (fiscaux, douaniers, taux d’intérêt des crédits…) accordés par l’État aux candidats à l’investissement. De nombreux projets validés par cette institution qui travaille pour le compte de l’État n’ont pas pu voir le jour des années après leur validation en raison des lenteurs, entraves et dysfonctionnements qui caractérisent les autres institutions chargées d’encadrer l’investissement (banques, caisses de garantie, services de la wilaya pour ce qui a trait au foncier industriel,…). En tout cas, face à tous ces aléas, le gouvernement a initié un nouveau code des investissements qui est à l’État de gestation, mais qui est censé casser les barrières qui s’opposent aux investissements nationaux et étrangers massifs.

Le rapport 2009 Doing Business de la Banque mondiale portant sur le climat des affaires dans 181 pays étudiés situe notre pays dans la peu flatteuse 132e place. A titre de comparaison, l’Arabie Saoudite est positionnée 16e. Le rapport en question informe l’opinion que, entre juin 2007 et juin 2008, l’Algérie “n’a enregistré aucune réforme majeure”. En matière de création d’entreprises, notre pays occupe la 141e place. Pour l’embauche des travailleurs, l’Algérie occupe la 118e place. Le reste des critères utilisés par la Banque mondiale ne donnent pas une bonne image du climat d’investissement et des affaires de notre pays.

Pourtant, au niveau des orientations politiques officielles, des signaux forts et des mesures incitatives de façon à drainer plus efficacement et plus diligemment les investissements hors hydrocarbures, n’ont pas manqué. Dans les rangs de l’Assemblée populaire nationale, seuls quelques députés remettent en cause la politique nationale de privatisation ou la font accompagner de propositions sociales dissuasives.

Le président de la République mettra en exergue «les réformes en cours qui ont permis une meilleure bancarisation de l’économie, la réduction de la pression fiscale, la libéralisation du commerce extérieur, la convertibilité commerciale de la monnaie nationale, la simplification des formalités douanières». Ce sont des facteurs, assure Bouteflika, «qui doivent concourir à l’assèchement des activités dans la sphère informelle». En tout cas, avec le nombre de personnes qu’il emploie – environ 1,3 million – et l’éventail des activités qu’il embrasse, le secteur de l’informel ne peut laisser indifférents ni les pouvoirs publics, ni les vrais acteurs de la vie économique légalement installés, ni les services des Impôts et Caisses sociales pour lesquelles le manque à gagner se chiffre en centaines de milliards de dinars (évasion fiscale) ni, à plus forte raison, l’opposition politique et les monde syndical.

C’est ce de grisaille économique et d’espoirs de réformes profondes que l’Algérie offre en cette période de crise mondiale qui ne fait peut-être que commencer. La limitation des incidences négatives de cette crise sur la marche générale du pays, le niveau de vie des populations et les ressources naturelles et humaines qu’elles possèdent ne peut s’opérer que par la mise à niveau de l’appareil économique du pays et la réforme institutionnelle dans les domaines. Seul ce mouvement salutaire pourra faire acquérir à l’Algérie d’autres sources de recettes autres qu’énergétiques. Car la situation actuelle de la mono-exportation a figé tous autres mécanismes économiques et c’est le facteur le plus grave qui expose crûment l’Algérie à la crise mondiale. Qu’une vérité soit connue : le docteur Abdelmadjid Bouzidi soutient (magazine Le Cap, 1er janvier 2009) que «l’économie algérienne est, en cette décennie 2000, encore plus dépendante des hydrocarbures qu’elle ne l’était au cours de la décennie 1970. De 30%, la part des hydrocarbures dans le PIB est aujourd’hui passée à 50%».

Par Saâd Taferka in les Débat


Les Algériens vivent au-dessus de leurs moyens, selon un économiste allemand
Écrit par Salim Hairouz Samedi, 23 Avril 2011 18:39 in maghrbemerent

Un dinar plus faible, des salaires plus bas. Ce serait la meilleure politique pour s’attaquer au chômage en Algérie affirme l’économiste et politologue allemand Harmut Elsenhans. Mais une telle démarche suppose une production locale suffisante pour que l’avantage comparatif puisse fonctionner. Manifestement, ce n’est pas encore le cas.

En l’absence d’un feuille de route claire de réformes économiques et sociales, l’Algérie ne pourra pas éviter une grave crise sociale comme ce qui se passe dans plusieurs pays arabes » a déclaré l’économiste et politologue allemand, Hartmut Elsenhans au cours d’une conférence donnée aujourd’hui au club de la presse de la Chambre Algéro-Allemande de Commerce et d’Industrie. Dans un exposé intitulé « l’Algérie entre réformes économiques et Mondialisation », l’économiste estime que l’Algérie doit impérativement accroitre ses exportations hors hydrocarbures vers l’Europe pour régler le problème du chômage élevé chez les jeunes. Le moyen d’y parvenir serait une politique économique et sociale basée fondée sur un dinar encore plus faible qu’il ne l’est actuellement et des salaires plus bas. L’économiste considère les algériens vivent au-dessus de leur moyens et consomment plus qu’ils ne produisent.

Un dinar trop cher !

«Le problème du non-emploi en Algérie vient du fait que le dinar et la force de travail algérienne sont encore trop chers ». Tout en admettant que cela peut être difficile à accepter par la population, l’économiste affirme qu’un « taux de change suffisamment bas est le vrai avantage comparatif qui a fait ses preuves notamment en Asie ». L’expert allemand redécouvre cependant l’objection fondamentale, le préalable pour cette politique ait un sens : que l’Algérie soit capable de fournir des produits agricoles et manufacturiers à des prix accessibles par rapport aux salaires. « Pour que l’avantage comparatif du salaire bas fonctionne, il faut que les produits agricoles, certains articles électroménagers ou textiles soient accessibles et fabriqués localement». L’expert inclut également la disponibilité et l’accessibilité au logement également comme condition préalable à la dévaluation du dinar. Selon lui, l’Algérie pourrait demander aux européens de céder leur surplus de production agricole à des prix abordables dans le cadre d’un commun accord de développement et de partenariat. Il estime que l’idée n’a rien de saugrenue et qu’il est de l’intérêt de l’Europe favoriser l’émergence d’une zone développée et stable au sud de la Méditerranée pour éviter des problèmes de sécurité et d’immigration. Elsenhans n’exclut pas un refus de coopération de la part de l’Europe. « Les pays européens estiment que le Maghreb est source de danger car il y a de graves problèmes de convergence et d’entente entre les divers groupes sociaux ».

Les « cartels de l’offre » et le changement de système

Abordant la question de la politique de subvention des couches moyennes de la société, l’économiste estime qu’elle ne peut fonctionner «dans un climat d’indiscipline et de manque de confiance ». Selon lui, les disfonctionnements de l’administration et les résultats économiques décevants des politiques menées jusqu’à maintenant ont fait perdre au pouvoir la légitimité pour faire fonctionner sa politique sociale. Une situation qui trouve son origine dans une ouverture économique qui s’est faite sur fond de rente pétrolière. « La facilité d’achat sur le marché international a plombé toute démarche tendant à industrialiser le pays » a-t-il expliqué. L’ouverture dans ces conditions a permis la création de réseaux d’affaire puissants qui font tout pour garder les choses dans leur état actuel, argue-t-il. Pour Hartmut Elsenhans, « les cartels de l’offre » doivent escompter des gains supérieurs à ceux qu’ils amassent grâce à leurs réseaux du marché informel pour qu’ils acceptent de participer au changement du système actuel.

Bio Express

Hartmut Elsenhans, est professeur de sciences politiques à l’université de Leipzig en Allemagne et membre de l’association allemande des économistes. Il a enseigné aux universités de Constance, Francfort, Berlin, Dakar, New Delhi et Montréal. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et contributions sur les conflits de décolonisation, les rapports Nord-Sud et les stratégies de développement dont beaucoup ont été publiés notamment en Algérie. Très bon observateur et connaisseur de l’Algérie, il a rédigé une thèse sur la guerre d’Algérie. Il a été associé au développement de l’Algérie en réalisant une étude sur la petite industrie avec le ministère de la planification dans les années 1980.


L’argent « providentiel » et le désordre « organisé »
Par BAB in lanation.info

Mercredi 27 Avril 2011

A longueur de colonnes les médias égrènent, notamment depuis 1999, les sommes astronomiques que rapportent les hydrocarbures, celles qui sont économisées ou celles qui sont dépensées ici et là , également de celles qui sont volées. Parler de milliards, en dinars ou dollars, devient banal. D’une banalité surprenante pour les esprits qui ont encore les pieds sur terre. S’il fallait dire les choses en une phrase simple on dirait : y-a t-il un comptable des deniers publics en Algérie ?

Des « prêts » individuels de 10 millions de dinars à 1% d’intérêt à des jeunes à peine sortis de l’adolescence et sans aucune expérience de la vie active, cela veut dire quoi ? En général, avec cette manne, ils versent tous dans une activité commerciale. Officiellement, ces prêts sont un des moyens de combattre le chômage. Soit. Mais l’activité commerciale est-elle la vocation de tous ces jeunes gens ? Savent-ils vraiment dans quoi ils s’engagent ? Ont-ils une idée de la valeur de cet argent ?

Savent-ils ce que signifie l’effort ? Quelle est leur finalité ? En réalité, on n’en sait rien et personne n’a songé à consulter, au préalable, le prix Nobel 2006, Mohamed Yunus, dit « le banquier des pauvres ». L’économiste bangladais, initiateur de microcrédits adaptés aux pauvres aurait été hors sujet parce que les algériens ne sont pas pauvres et parce qu’ils sont spécifiques.

Spécifiques ? Ils veulent échapper à toutes les grilles de lecture. Pour de nombreux algériens, ces prêts sont juste leur « part des hydrocarbures ». Pour d’autres, c’est la providence du système algérien qui ne compte plus ses sous. Il en fait ce qu’il veut puisque de toutes les façons, il ne rend de compte à personne. C’est en tout cas la perception commune, dominante dans la société algérienne actuelle. Et ça continue.

« One, twoo, three… »

Le 09 avril dernier une dépêche de l’agence APS retraçait les grandes lignes de ce qui est entrepris pour « l’amélioration du niveau de vie des Algériens » d’ici 2014. On aurait du la diffuser en boucle sur les antennes de la télévision et de la radio nationales. On aurait pu alors vérifier si les algériens, en réaction, allaient sortir dans les rues pour exprimer leur joie. Elle n’a pas été diffusée en boucle et même presque pas du tout.

Peut être que si elle annonçait la qualification d’office du onze national à la prochaine coupe du monde de football, elle aurait été accueillie par les « one, two, three, viva l’Algérie », scandés à tue tête jusque tard dans la nuit dans les rues d’un pays en panne de liquidités au bureau de poste du coin.
Sur les cinq années du programme 2010-2014, ce seront ainsi quelque 286 milliards de dollars qui seront « dépensés pour améliorer les conditions de vie des algériens, mettre en place un développement durable », nous dit l’agence de presse APS qui n’est comptable devant personne de ces engagements politiques.

L’air de rien, la même agence annonce qu’une « bonne partie de ce budget est allée vers l’achèvement des grands projets déjà entamés, notamment dans les secteurs du rail, des routes et de l’eau, pour un montant de 9.700 milliards de DA, soit environ 130 milliards de dollars. Quant aux nouveaux projets, ils bénéficieront d’un montant de 11.534 milliards de DA, soit l’équivalent de 156 milliards de dollars. »

La fausse revanche des manants

Dans cet emballage stylistique, l’APS nous fait comprendre que les objectifs du précédent plan quinquennal n’ont pas été atteints dans les délais fixés – soit fin 2009 – et que pour les atteindre il faut juste y mettre 130 milliards de dollars supplémentaires. Rien que cela. L’argent tombe du ciel en Algérie.

Personne ne ressent le besoin de comprendre pourquoi cette énorme rallonge. Ni les partis dits de l’Alliance présidentielle, ni leurs relais, ni même le président de la République. Dans son discours à la nation du 15 avril dernier, il n’a pas jugé utile de fournir un bilan exhaustif du plan précédent. Pourquoi ? Parce que les 130 milliards de dollars à rajouter tombent du ciel ?

Parce qu’il estime n’avoir pas de compte à rendre aux manants ? Les interrogations que suscite ce silence sur l’usage de l’argent public sont très nombreuses. Les manants le lui rendent bien. Ils manifestent, réclament et cassent à l’occasion tout en reniant, hélas au mépris même des valeurs musulmanes basiques auxquelles ils disent tous être attachés, l’idée même qu’il existe des biens collectifs fruits des efforts et des sacrifices de la collectivité nationale.

L’argent censé contribuer à stabiliser la société devient source de désordre. Derrière ce désordre biens des intérêts se sont constitués et ligués pour que cette situation, si fructueuse, persiste. Il y a dans le Fonds de régulation plus de 66 milliards de dollars, soit l’équivalent de 4.800 milliards de dinars, et les réserves de change sont estimés à plus de 155 milliards de dollars. Soit environ 4 000 milliards de dinars multipliés par trois. Je n’arrive pas à aligner les zéros. Désolé pour tous les manants du pays. D’autres le font à notre place et s’occupent des 130 milliards de dollars. Dormons, tranquilles.

BAB in lanation.info


La transsaharienne a besoin d’un « rattrapage » économique

Ahmed yachi, Maghreb Emergent, 24 Avril 2011

La route transsaharienne, lancée dans les années 70, est à un stade de réalisation avancé. 8000 km sur les 9000 de la « route de l’unité africaine » ont été réalisés. Un motif de satisfaction relativisé par le faible impact de l’infrastructure sur les échanges entre les pays concernés.
Le niveau de réalisation atteint a été un motif de satisfaction pour les responsables présents, lundi, à la 54ème session du Comité de liaison de « la route transsaharienne». Mais, estime le secrétaire général du comité, M. Ayadi Mohamed, l’œuvre a raté son objectif commercial même si elle atteint celui du désenclavement des zones déshéritées. Il n’en reste pas moins que le projet visait essentiellement à accroitre les échanges entre les pays membres (Algérie, Mali, Niger, Nigeria, Tchad, Tunisie). Il est très loin d’être atteint. L’évolution des échanges commerciaux entre les pays concernés montre que la transsaharienne a un impact faible sur les échanges commerciaux. Les chiffres publiés dans une sur les « potentialités d’échanges commerciaux » entre les six pays sont éloquents. Pour le cas de l’Algérie, le montant total des opérations d’importations et d’exportation avec les 5 autres pays est passé de 120 millions de dollars en 1999 à 1 038 millions de dollars en 2008. Une hausse qui peut être trompeuse et que M.Ayadi relativise. « Cette croissance consistante est à relativiser en raison de l’augmentation des prix » souligne-t-il en faisant remarquer que « la somme de l’import/export avec les pays du Comité de liaison de la route transsaharienne pour 2008 ne représente que 0,9 de l’import-export du pays ».
La route ne suffit pas
Dans ces chiffres, les échanges avec la Tunisie représentent 78% pour ceux de l’année 2008. « Cela signifie que le flux des échanges routiers n’emprunte pas l’axe central de la route transsaharienne, Alger-Lagos, mais les liaisons avec la Tunisie » explique-t-il. Une faiblesse économique de la transsaharienne confirmée par le fait que le total de l’import/export est respectivement de 4,5 et 3,7 millions de dollars. « Des montants très faibles dans lesquels le troc occupe plus de 90% », argumente-t-il. Pour M.Ayadi, la « route ne suffit pas, il faut un rattrapage économique » pour fructifier le potentiel régional existant. Les professionnels du secteur sont ainsi convaincus que la construction d’une route bitumée ne suffit pas à elle seule pour accélérer les échanges commerciaux. Le consultant qui a réalisé l’étude a suggéré la création d’une instance de promotion des échanges commerciaux. Il faut souligner que ces appréhensions sur le faible impact de l’infrastructure reviennent à chaque réunion du Comité de liaison de la route transsaharienne (CLRT). Il a été déjà question, dans le passé récent, de la création d’une instance permanente pour le suivi des aspects techniques et économiques de la transsaharienne et pour la mise en place de mécanismes d’intensification des échanges commerciaux. L’instance aurait à s’occuper de l’organisation du commerce frontalier, du suivi des accords et de l’encouragement des initiatives privées. « L’Algérie prévoit durant la période 2010-2014 le raccordement de la route Transsaharienne avec la pénétrante autoroutière reliant le port de Djen-Djen (Jijel) à l’autoroute Est-Ouest sur 100 km, offrant ainsi un accès direct sur un des grands ports de la Méditerranée », a déclaré le ministre des Travaux Publics, Amar Ghoul, présent à l’ouverture des travaux.