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ait ahmed

Le système tribal fondé sur une parenté ethnique réelle ou mythique existe toujours dans les zones rurales des pays en voie de développement.

L’effondrement, aux alentours du 15ème siècle, des trois principales dynasties maghrébines a abouti à un démembrement en de multiples royaumes. L’unification administrative réalisée sous leur bannière s’est brisée pour laisser place à l'(ré)émergence des tribus. Celles-ci, libérées de toute arbitrage imposé par une  » autorité centrale  » tombèrent dans des cycles de guerres inter-tribales.

La Kabylie fait exception dans son organisation de type communautaire mais dont l’unité est le village. Le Professeur Duverger donne trois exemples de cité – républiques : l’Agora hellénique, les Landsgemeinde ( demi-cantons helvétiques ) et la Djamaa kabyle. Le vote des lois en présence de l’ensemble des villageois, les traditions de débats publiques lié au principe de rès publica. Le conseil du village kabyle est désigné par consensus, pour une courte période ( au moins une année ) il est assisté de représentants des différentes parties du village au sein de Tajmaât, l’instance collégiale du village ( dont certains sont plus collégiaux que les autres pour des raisons sociales ou économiques, presque partout et toujours ). Le pus souvent les villages se fédèrent à d’autres villages, pour constituer des douars.

Sans vouloir idéaliser l’Agora, les landsgemeinde et les djamâa Kabyles comme des modèles de démocratie, puisque les femmes et les étrangers, notamment, étaient exclus du débat et des droits attachés à la citoyenneté antique. Ces franchises seront, du reste, finalement acquises partiellement par les femmes. Toutefois, la cité Kabyle engage son honneur à protéger la vie et les biens des étrangers ou exilés qui se mettent sous la protection de Tadjmaât.

Pendant des siècles l’Empire romain s’était vu obligé de traiter avec le « Conseil de la Confédération Quinquegentienne  » englobant les 5 plus grandes vallées des 2 versants du Djurdjura. Des siècles plus tard, pour sauvegarder leurs institutions ancestrales contre les velléités centralisatrices des dynasties maghrébines, les kabyles ont pris l’initiative d’arabiser les noms de leurs instances villageoises. C’est ainsi que le Gouram ( le sage ) chef du village s’appelle l’Amin, l’un des surnoms du prophètes qui signifie intègre et digne de confiance. De même que le conseil du village a pris le nom de Tadjmaât ( la djemâa en arabe ), qui veut dire communauté. Même les autres membres de Tadjmâat, prennent l’appellation arabe de Tamen ( plur. Touman ), celui ou ceux qui se portent garant de la gestion de l’Amine.

Les villages et douars ont également fait échec aux tentatives du pouvoir ottoman d’Alger qui, dès le 16e siècle sur les ruines des dynasties maghrébines, s’étaient acharnés à briser ce cadre d’organisation en tentant de ressusciter le système et les conflits tribaux.

En Algérie le phénomène tribal avait été maintenu par la colonisation. Il avait d’abord été géré par  » les Bureaux Arabes  » mis en place pendant la longue conquête militaire pour mieux contrôler les régions amazighophones plus difficiles à soumettre.  » Les Affaires indigènes » désignent à leurs têtes des caids, des aghas et Bachaghas, dénominations et fonctions calquées sur le modèle  » ottoman « . Elles ont pris en compte la spécificité de la Kabylie en nommant des caids à la tête des villages regroupés en douars.

Les prédispositions du village kabyle à devenir des municipalités avaient probablement incité le ministre de l’intérieur socialiste Depreux en visite en Kabylie, en automne 1945, après les grandes répressions de Mai 1945 à ériger, à titre d’expérience, le statut de quelques villages ou douars de Kabylie en communes de  » pleine exercice ». Par opposition aux communes indigènes appelées pudiquement  » mixtes « , dirigées par des potentats – administrateurs. A noter que les Djemâas kabyles ont presque toujours réussi à doubler les institutions administratives coloniales. C’est elles qui désignent des comités Ad Hoc appelés aussi Djamâa, pour régler des litiges intérieurs, réconcilier des villages d’un même douar. Elles parvenaient même à court-circuiter les méandres de la justice coloniale, en réglant de graves crises entre douars de différentes vallées dont les enjeux pouvaient porter sur des questions de souveraineté territoriale ou des dettes d’honneur par exemple.

Les Assemblées communales instituées après l’indépendance avaient une existence fictive et inopérante dans l’ensemble du pays. Leur fonctionnement était faussé par les truquages électoraux, par la primauté du parti unique, l’intrusion généralisée de réseaux mafieux, et la tutelle draconienne et corruptrice des préfets. Le vide politique consécutif à l’extinction des libertés d’expression et d’organisation autonomes, a certes rabattu l’opinion vers les mosquées, mais c’est le système ârouch qui, dans les Constantinois récupérera la scène politicarde, surtout électorale au bénéfice des officiers et autres dignitaires de la Nomenclatura. En Oranie et dans le Sud algérien cette prééminence allait plutôt aux confréries religieuses, en bulletins de vote ou en défilés carnavalesques de soutien aux potentats du coin.

En Kabylie, ni les ârouch ni les confréries religieuses, n’avaient fait leur apparition pendant les élections municipales de 1997. Jamais élections algériennes, même à l’époque coloniale, n’avaient été si ouvertement et brutalement falsifiées, par des commandos fascistes de l’armée, de la police et des milices. Les wilayas de Kabylie ont échappé aux coups de force hystériques grâce a leur contexte sociologico – stratégique. L’habitat n’est pas atomisé comme dans la plupart des campagnes algériennes. Villages et douars formés par des traditions publiques, disons pré-civiques, jaloux de leur souveraineté, et averties contre les techniques de la fraude ont su imposer leur contrôle.

Une grosse épreuve de falsification de la part du pouvoir aurait provoqué des torrents de révolte que le FFS aurait eu du mal à calmer.

Bien sûr, la fraude n’a pas manqué au niveau des listes électorales revues et corrigées par les agents de la DRS nommés à la tête des mairies. Le FFS à remporté 75 pour cent de l’ensemble des APC et des APW ( Conseils de Wilayas ). A Tizi-Ouzou, sur les 67 APC, le FFS en a remporté 48 plus l’APW. A Bejaia, il dirige 36 APC sur 52 et il gère l’APW de Bejaïa. La gestion transparente de ces municipalités en présence des citoyens et citoyennes a permis un dialogue permanent avec eux. Ces derniers savent le refus des autorités de financer les projets économiques et culturels des APC / FFS. Quoiqu’il en soit, les délibérations des ces communes se font en présence de la population; la distribution des logements sociaux se fait sous leur contrôle, recourant notamment au tirage au sort, mais toujours au profit exclusif des familles en détresse. Cette expérience de gestion détonne, évidemment, avec les pratiques mafieuses qui, ailleurs, constituent la règle et provoquent chaque jour des émeutes. Dans d’autres régions du pays.

Le pouvoir local FFS gène, par son caractère exemplaire; cependant, il ne deviendra un  » casus Belli « , que lorsque le Livre Noir confectionné par nos différents élus locaux et wilayaux publia les noms d’officiers et autres comparses civils, qui avaient fait main basse sur les biens communaux tout en s’adonnant aux spéculations foncières. C’est alors que commença en Kabylie la gestation du futur phénomène ârouch : déjà, le serpent était dans l’œuf : les agents de la police politique, les mafieux nommément désignés par le Livre Noir, les chefs des milices, les officiers de gendarmerie privés de leurs bons d’essence gratuits et autres plus grosses faveurs offerts par les APC de papa, se mirent, alors à multiplier rencontres clandestines harcèlement des commerçants et provocations des citoyens.

Hocine Aït-Ahmed

26 mars 2002


dalho, Note politique du 26 mars 2002

Il faut s’interroger sur ces mots, ensuite sur les faits qu’ils recouvrent et enfin tenter de reconstruire le sens de la vision qui explique leur intrusion soudaine ainsi que la poursuite de leur instrumentalisation stratégique.

Arouch est le pluriel de Arch. L’utilisation faite indistinctement de l’un pour l’autre, tout particulièrement en Kabylie où il fit une apparition spectaculaire lors du Printemps Noir 2001 illustre le dépérissement total, de la mémoire collective sinon du mot lui-même, du moins de tout mythe prétendument fondateur ou prestigieux. (Voir la brève note historique accompagnant ce texte)

VERITE D’ADEQUATION

C’est par l’établissement des faits – indépendamment des stratégies ou des buts recherchés, que passe la frontière entre la vérité et l’affabulation. L’embrasement généralisé de la Kabylie dont le monde fut témoin, à partir de fin avril 2001 ne fut pas un phénomène de génération spontané suscité par je ne sais quel appel ou rappel d’une mythologie tribale légendaire .

L’assassinat d’un adolescent, dans l’enceinte même d’une gendarmerie, le 18 avril 2001, fut le déclic d’une onde de choc qui déclencha des manifestations pacifiques de protestation et de solidarité à travers toute la région. Telle est la vérité d’adéquation; C’est évidemment cette jeunesse, l’écrasante majorité de la population, qui, flairant le complot, mit en branle organisa et réussit, pendant une dizaine de jours à maîtriser la formidable insurrection morale de la rue. Il est vrai que ces jeunes avaient déjà acquis des réflexes de mobilisation rapides à force de désamorcer les grosses manipulations du pouvoir. Grâce à eux, notamment, les 2 coups de force pervers : le faux vrai ou le vrai-faux enlèvement du chanteur Lounès Matoub, puis son assassinat, avaient été mis en échec; le but obsessionnel des deux opérations était manifestement de faire basculer la Kabylie dans la stratégie éradicatrice et militariste des généraux. Le quadrillage de la Kabylie par les sections du Front des Forces Socialistes (FFS) et par ses municipalités largement majoritaires dans les wilayas de la région, avait bien sûr contribué à noyer et neutraliser par des marches imposantes et pacifiques, les groupuscules subversifs et activistes dont le rôle était d’inciter à la violence et à l’émeute.

VERITE : BAS LES MASQUES !
TENTER DE DEVOILER LA NOUVELLE STRATEGIE GLOBALE DU POUVOIR EN KABYLIE

Le sort du Printemps noir 2001 ne sera pas du tout le même que les deux cabales criminelles qui l’avaient précédé. Bien que l’objectif stratégique fut le même à savoir : noyer la Kabylie dans le sang pour mettre fin à son rôle politique moteur. Apparemment les stratèges en chambre ont tiré les leçons des deux opérations avortées – même si le meurtre de Matoub, avait, hélas, réussi. Enfermés dans leurs recours traditionnels au gangstérisme en vue de régler les problèmes politiques, ont-ils compris que leur absence de tactique a torpillé leur stratégie ?

Force est de constater d’abord que le Printemps noir n’est pas une opération ponctuelle ; il continue à s’installer dans la durée ; dans moins d’un mois, il aura imposé à la population au quotidien une année d’intimidations, d’humiliations et de provocations intolérables. Sans remonter loin dans le passé, les expériences récentes ont démontré que l’instant nécessaire pour appuyer sur la gâchette ne peut suffire à comploter la déstabilisation d’une société politiquement aguerrie. Même avec le soutien d’une armature d’agitateurs, de pyromanes bien rodés et de faux démocrates à l’affût.

Mais quel sens construire à partir du TEMPS ainsi érigé en élément tactique décisif, sinon qu’il s’agit cette fois d’une opération de grande envergure ? On ne lésine pas sur les moyens et les batteries de « L’Etat » mais encore faut-il prendre le temps pour les rassembler, les affûter puis les combiner .

L’impitoyable chasse à l’homme déclenchée, sans motif apparent, par les forces de la gendarmerie à partir du 28 avril 2001, ne contredit pas pour autant l’existence d’un plan stratégique global. Bien au contraire, et sans en révéler les tenants et aboutissants, elle a malgré tout trahi ses objectifs politiques, psychologiques et diplomatiques immédiats. La conduite même de cette répression sauvage était une traduction opérationnelle d’une volonté politique sans équivoque. Elle a été cyniquement revendiquée. Sortant ainsi de leur art confirmé du déguisement, les autorités n’en ont ni accusé les  » Islamistes  » ni incriminé des  » bavures  » selon leurs vieux clichés. En tout cas, pour ce qui est des bavures, ce serait un modèle du genre, vu la simultanéité des dizaines d’assassinats perpétrés à balles réelles, le même jour, samedi 28 avril, presque dans le même quart d’heure et ce, dans des agglomérations et villages éloignés les uns des autres. Que des gendarmes aient poursuivis des blessés pour les achever à coup de bottes ­ selon les témoignages de journalistes pourtant proches du pouvoir – ne laisse aucune marge au hasard -: Les unités de la gendarmerie avaient bel et bien reçu, d’Alger, l’ordre de réprimer sans états d’âme les populations désarmées, fussent-ils manifestants ou non.

Un double message se dégage de l’ampleur et de la brutalité de ce coup de force : d’une part frapper de terreur la population et surtout la jeunesse de la région. A l’exemple du carnage des jeunes algérois abattus à la mitrailleuse lourde en octobre 1988. Et d’autre part frapper de stupeur la communauté internationale afin d’éviter des réactions hostiles à la dictature et, du coup, pour décourager un mouvement de solidarité internationale avec l’opposition démocratique

C’est dire que la planification globale des facteurs diplomatico – psychologiques avait pour priorité d’aggraver l’isolement international et le désespoir des populations dans le but de les réduire à la merci du régime.

En bref, cette opération de grande envergure avait pour souci fondamental de combiner tous les moyens pour désorganiser, démoraliser et normaliser la Kabylie. Cependant, instruits de leur méconnaissance totale des réalités du terrain et non encore remis des échecs de leurs tentatives de déstabilisation précédentes, les généraux ont fini par comprendre que la destruction des forces stratégiques de la région constitue le préalable incontournable à la réalisation de leur dessein totalitaire .

Curieusement le mouvement Arch- Arouch ­ le monstre du Loch Ness – surgit au lendemain des manifestations impressionnantes organisées par le FFS à Alger le 3 et 31 mai 2001, et au moment où la dissidence nationale citoyenne et pacifique ( note ) amorcée en Kabylie s’était progressivement élargie à d’autres régions du pays. Ces sursauts de détermination populaire venaient de contredire les analyses classiques superficielles fondées sur la passivité des Algériens et sur la fiction bi-polaire pouvoir/intégriste. Ils ont rétabli aux yeux de l’opinion internationale la véritable équation politique qui oppose la société algérienne au système mafieux qui s’est imposé depuis prés de 4 décennies.

Pire pour le sort de la junte : la société apparaissait grosse d’une protesta à l’échelle nationale.

Que l’émergence spontanée de cette organisation ârch-ârouch, soit venue se greffer sur un profond mouvement de dissidence citoyenne pacifique et national, pour le coiffer, le prendre en main et le pervertir n’était pas une simple coïncidence. Il s’agit de la plus monstrueuse machination politico – psychologique qu’ait connu cette région. Sans ancrage historique ni implantation sociale, elle ne fait qu’instrumentaliser la colère d’une formidable jeunesse otage d’une répression féroce et d’une impasse national sans issue. Elle pousse l’escroquerie jusqu’à revendiquer la formulation  » dissidence citoyenne  » – un mot d’ordre largement popularisé par le FFS – pour la dépouiller de sa signification et de sa portée nationale. Une technique totalitaire bien rompue dans l’art de semer la confusion en galvaudant et dénaturant le vocabulaire démocratique.

FAIRE VIRER LE SENS DES MOTS EN ABSENCE DE SENS.

Par contre elle bénéficie de nombreux atouts : Une sur-médiatisation quotidienne par la presse dite indépendante. Des troupes politiques importantes intégrant les divers appareils militaro – sécuritaires déguisés en civil ( gendarmes, milices ). La DRS offrant un quadrillage professionnel renforcé de ses structures locales et willayales. Des centaines de miliciens au service de deux seigneurs de la guerre. Les associations ACT et ACB ( Associations citoyennes de Tizi-Ouzou et de Bejaïa ), qui ,certes gardent une nuisance corruptrice parce que subventionnées sans limites par le pouvoir, mais qui restent politiquement marginalisées dans la société; car leur chef, Aïssat Rachid notoirement connu comme colonel de la DRS a été promu depuis 3 ans  » conseiller aux Affaires kabyles  » auprès de Bouteflika. Il faut ajouter à cette constellation, un agrégat de groupes gauchistes ainsi qu’un résidu de noyaux durs du RCD – non remis de leur discrédit politique – qui, en sous-main, redoublent de zèle au sein des ârouchs chargés de l’agitation violente et des actes de sédition .

En tout état de cause, l’effet d’annonce spectaculaire que fut la manifestation gigantesque organisée, par les Arouch à Alger le 14 juin 2001, fut leur consécration la plus frappante. L’estimation donnée de cette ruée sur la capitale avoisinait 1 million de manifestants pouvait difficilement être contestée, malgré les légendaires sur – ou sous – évaluations « algériennes ». Il est vrai que l’événement surgit dans un climat de répression et de terreur à son paroxysme, et, au surplus sur un terrain politique totalement bloqué par l’impuissance et le désespoir. Le discours non-violent et pacifique du FFS ne pouvait être qu’en porte-à-faux avec le ras-le-bol général. D’autant que la stratégie d’une omerta totale imposée par le pouvoir réel, depuis près de 3 mois, ne permettait aucune lueur d’espoir. Qui plus est: la société n’avait aucun recours puisque les 3 instances destinées à jouer le rôle de recours et de façade démocratiques : le » chef de l’Etat et des forces armées « , l’Assemblée Populaire Nationale et le gouvernement, était frappées d’un mutisme absolu: pas le moindre message d’apaisement à la population et surtout pas la moindre mise en garde aux forces de sécurité. D’ailleurs les événements tragiques de Kabylie auraient été sûrement évités, si le discours que Mr. Bouteflika vient de prononcer, le 12 mars dernier, l’avait été il y a un an. C’était au moment où les unités de gendarmerie avaient précisément lancé à Bejaïa leurs vastes manœuvres de racket et d’humiliations gratuites, en prélude bien lisible, au Printemps noir. Il avait alors choisi la provocation à la prévention.

INSTRUMENT POLITIQUE POUR QUELLE STRATEGIE

Le concept des Arouch, dernière découverte des laboratoires de la police politique, illustre l’opacité et la manipulation qui fondent le fonctionnement du régime. Tout en induisant en erreur l’opinion nationale et internationale, l’intrusion des Arouch vise du même coup à fausser les analyses des responsables étrangers. Mais l’objectif central des mafieux est surtout de ne révéler ni leurs intentions ni leurs dispositifs, en sorte que les démocrates crédibles et conséquents ne puissent anticiper et rien entreprendre avec certitude.

Or, au départ déjà, la nature populiste fascisante de ce mouvement s’est trahi en jouant sur la surenchère du consensus communautaire, c’est à dire sur l’unité de la Kabylie à travers son unicité politique. Le dessein maquillé étant de détruire le dernier bastion de toutes les formes de pluralisme arrachées de haute lutte. Cette organisation présentée comme porteuse de modernité a exclu la participation des mouvements associatifs et syndicaux, celle des femmes en particulier. Dès lors cette stratégie de l’apprenti sorcier, condamnent ses auteurs à exercer une redoutable violence historique en s’acharnant à enfoncer dans un moule tribal archaïque, une population forgée pendant des siècles par les traditions de forum et de participation publiques dans les villages et les douars
( groupes de villages ).

Par ailleurs, la pratique de cette organisation durant ce Printemps noir qui n’en finit pas, prouve qu’elle constitue, – en l’absence quasi totale de ce qui est appelé Etat et que s’installe un chaos organisé et rusé – l’instrument principal pour réaliser les objectifs du pouvoir en Kabylie.

A savoir:

– Régionaliser , ghettoïser et pervertir la problématique en jouant sur un irrédentisme régionaliste, autonomiste voire séparatiste.

– Diviser pour régner, en s’acharnant à isoler et diaboliser la Kabylie aux yeux du peuple algérien, qui s’était fortement solidarisé par des manifestations à travers le pays lors des tueries du printemps dernier.

– Inciter à l’émeute, entretenir un climat de violence, menaces de provocations et d’intimidations, pour mettre politiquement hors-jeu les forces démocratiques autonomes et pacifiques. Et, partant, pour que les Arouch parviennent à exercer une hégémonie autoritaire tout en monopolisant la représentation politique au profit de leurs commanditaires.

– Faire de la Kabylie un abcès de fixation obsessionnel, afin de pervertir et d’évacuer les enjeux politiques nationaux majeurs liés au retour de la paix, à l’exercice véritable de la citoyenneté et à l’éradication des fléaux sociaux.

– Centrer la problématique fondamentale du pays sur la plate-forme d’El-Kseur qui revendique notamment le départ de la gendarmerie et la reconnaissance de Tamazight comme « langue nationale ». C’est une façon d’enterrer les propositions de sortie de crise contenues dans le mémorandum adressé par le FFS à Bouteflika, et aux généraux Mediène et Lamari en juin dernier. En termes concrets, la manœuvre consiste à substituer la demande du rappel de la gendarmerie de Kabylie – simple mesure de sécurité -, aux revendications FFS de nature fondamentale portant sur la levée du dispositif d’exception lié à l’état d’urgence, et sur le retrait de l’armée du champ politique. En effet, tous les moyens sont prioritaires pour éviter d’aborder l’impératif d’une solution politique à la sale guerre qui vient de dépasser sa 10éme année de tueries et de dévastation.

– Préparer les conditions d’une « blitz-répression » généralisée pour mâter la population, une fois pour toute, et entamer un processus de réformes – coups de force pour éradiquer les forums des villages et des douars, ces derniers espaces publiques qui échappent à l’empire du pouvoir et de ses lois scélérates. Certes, Causa Nostra sacralisée par l’Unité Nationale se suffit à elle-même et pourrait donc se passer de toute justification au regard de l’opinion internationale. Mais aux actes criminels d’échelle, elle trouvera des déguisements d’échelle, comme, par hypothèse, de mettre au même niveau national les prérogatives et le fonctionnement des collectivités locales. L’heureuse standardisation patriotique oblige.

L’éventualité d’une tentative de tchétchénisation de la Kabylie est rendue plausible par l’apparition – aussi spontanée que les Arouch ­ d’une mouvance terroriste : les ( GSPC ) Groupes Salafistes pour la Prédication et le Combat, proche des thèses de Ben Laden – déjà créditée, d’une redoutable nuisance à côté des nombreux G.I.A.

Après tout, Poutine, l’instructeur d’hier, n’a fait que copier sur ses anciens élèves algériens, le savoir-déclencher une guerre: il suffit de manigancer un attentat aveugle intégriste qui fauche effroyablement des centaines de victimes parmi la population civile, et le tour est joué devant l’opinion nationale. Quant aux répercussions internationales, il peut les affronter avec ou sans l’exemple de la 2e guerre d’Algérie car il n’a pas perdu la main d’une diplomatie agressive et habile, et d’un rideau de fer adéquat pour dissimuler ses crimes contre l’humanité et s’entêter à refuser toute solution politique. Le livre qui vient de paraître  » Un témoin Indésirable « , sous la plume d’Andreï Babitski, est utile pour comprendre et la tragédie algérienne et les risques de tchétchenisation de la Kabylie.

Plus significative est l’organisation des Arouchs en 2 branches complémentaires: « dialoguistes » et  » radicaux « . Elle illustre la mise en place d’un dispositif tactique, destiné à camoufler la grosse frappe stratégique en préparation. En réalité les faux dialogues avec le Premier ministre visent à accréditer à l’étranger l’esprit d’ouverture des autorités sur les problèmes « kabyles ». De plus en reconnaissant les Arouch comme uniques interlocuteurs de la région, ils excluent les forces démocratiques représentatives. Par ailleurs la gestion des affaires kabyles par le dialogue, pourrait faire croire à la communauté internationale qu’un dégel similaire pourrait évoluer vers un véritable dialogue national en faveur de la paix. Hypothèse qui est totalement étrangère à la réflexion et aux comportements des décideurs.

Quant à la branche « radicale », signalons d’abord qu’elle vient d’ajouter le qualificatif  » révolutionnaire  » au sigle  » Dissidence citoyenne  » pour le substituer au caractère  » pacifique et nationale  » de l’authentique dissidence prônée par le FFS. En réalité, c’est elle qui prend en charge les tâches et les manœuvres stratégiques. Elle s’occupe des tentatives de manipulation des populations et notamment de l’encadrement des jeunes dont la tranche d’âge se situe entre 14 et 20 ans. L’état de grâce étant terminé, ses mots d’ordre de grèves ou de marches se heurtent à la prudence, à la méfiance et à la force d’inertie des montagnards. D’autant que les chefs clandestins du mouvement n’ont pas réussi à garder longtemps l’anonymat et qu’ils ont dévoilé leurs liens secrets avec les appareils d' »Etat ».

La capacité de nuisance des « radicaux » ainsi d’ailleurs que des « dialoguistes » est dans leurs moyens financiers colossaux. Des centaines de permanents locaux, nommés chefs de quartiers, d’îlots et de villages, s’ajoutent au maillage étroit de la Kabylie par leurs agents. Ils déversent des sommes énormes pour entraîner des bandes de jeunes – otages de l’extrême pauvreté – à l’émeute, à la pyromanie, au brigandage et à la violence. Ils disposent de parcs de véhicules de toutes sortes, et ne se gênent pas pour réquisitionner par la contrainte, camions et surtout tracteurs pour casser à grande échelle. En outre ils entretiennent sans arrêt, des campagnes de propagande, de rumeurs, de manipulations et d’agitations psychologiques, grâce à leurs énormes moyens d’impression et de communication.

Le plus inquiétant est que les Arouch ne cachent plus leurs attaches avec les généraux. Le samedi 23 mars, sous prétexte de dialoguer, leurs chefs ont rencontré longuement deux généraux : Touati, qui avait géré l’Etat de siège en octobre 1988, aujourd’hui conseiller à la présidence et à la défense, et Saïd Bey, qui fut chef de la 1ère Région militaire de Blida lors des massacres de la Mitidja et qui est aujourd’hui à la tête de la 5ème Région de Constantine. Entre Alger et Constantine semble donc s’esquisser l’étau qui pourrait le cas échéant perpétrer un complot contre le cœur de notre pays, qui serait de loin plus dévastateur que la terreur coloniale hystérique de Mai 1945 .

Sans tomber dans les déductions hâtives ou les a-prioris idéologiques, ne peut­on pas s’interroger sur les méthodes singulières dont les dirigeants du parti, des dizaines de cadres fédéraux et locaux et des centaines de militants base, ont été ciblés, arrêtés voire enlevés, puis interrogés et surtout soigneusement listés, à la suite de la manifestation interdite du 14 mars dernier ? N’y ­a-t-il pas là des signes précurseurs d’une mesure préliminaire destinée, en cas d’opération policière ou meurtrière, à détruire l’encadrement démocratique expérimentée de la Kabylie ( à l’exemple des démocrates Hutus, portés sur les listes noires des miliciens, et dont les dictateurs rwandais se sont débarrassés dans la foulée de leur entreprise génocidaire contre les Tutsis ).

Que conclure, sinon que le devoir de responsabilités impose – sans tomber systématiquement dans le catastrophisme – d’envisager les pires scénarii. En espérant que l’annonce d’un péril plausible suscitera les sursauts internationaux capables de le désamorcer à temps. Sursauts que l’historien Toynbee a dénommé les « réflexes d’œdipe », et dont nous espérons qu’ils contribueront à mettre fin à cette sale guerre infligée à la nation algérienne et qui, depuis 10 ans est exclue du champ politique et médiatique international .

Hocine Aït-Ahmed

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Plus fort reste Boudiaf

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«Le manque de courage n’est qu’un manque de bon sens.»
(George Meredith)

Il y a vingt et un ans, le 29 juin 1992, l’Algérie perdait en Mohamed Boudiaf un homme courageux, nourri de bon sens. Son assassinat a été alors maquillé en «acte isolé». Les  instigateurs d’un tel acte ont montré par leur lâche, odieux et criminel geste, leur manque de courage et de bon sens.

«L’homme n’est rien d’autre que la série de ses actes», disait Hegel. Par la série de ses actes, Boudiaf est entré dans l’histoire par la grande porte. Par quelle porte sont entrés en Algérie ceux qui ont concocté son assassinat et ceux qui savent et ne disent rien ?
Parmi les premiers responsables du pays au moment de «l’acte isolé», certains ne sont plus de ce monde et d’autres attendent leur tour pour partir, avec comme repère de l’histoire, qu’ils étaient là où ils ont permis d’abattre un homme derrière le dos, par manque de courage de venir le voir en face. Le faire venir de son paisible exil, puis l’assassiner comme ils l’ont fait, est la manifestation et la preuve les plus tangibles de leur manque de bon sens.

Forts ont été ceux qui l’ont abattu ; mais plus fort est Boudiaf qui va revenir incessamment avec son projet de société : le Rassemblement patriotique national, avec sa devise «L’Algerie avant tout». Une devise simple, mais combien porteuse de sérénité, de courage, de bon sens, de sacrifice, de nationalisme, d’intégrité, de vision et de projection vers l’avenir : tous des éléments qui ont fait, font et feront défaut au personnel politique algérien tant qu’il continue à vivre avec le faux, pour le faux en allant toujours vers le faux.

Le  système actuel a, dans la mémoire collective du peuple algérien, la responsabilité de l’assassinat de Boudiaf, les 200 000 morts de la tragédie algérienne des années 1990, les centaines de disparus, la gabegie, la corruption, les fausses élections, la fausse économie, la fausse règle de droit. C’est un système devenu, par la force des choses, esclave de lui-même et, comme disait Sénèque, «être esclave de soi est le plus pénible des esclavages» ; un esclavage duquel ils ne peuvent pas échapper car ils ne pourront jamais échapper à eux-mêmes.

Pour revenir au bon sens, Mohamed Boudiaf, par son sacrifice, a choisi de vendre son âme à Dieu ; par manque de bon sens, ceux qui ont préparé son assassinat ont choisi de vendre leurs âmes au diable et, comme disait Goethe, «c’est une loi des diables et des revenants, qui doivent sortir par où ils sont entrés». Ainsi, le jour du Jugement dernier, El Akhira, Boudiaf viendra se prosterner devant Le Tout-Puissant et ses assassins finiront en compagnie du diable. Mais ce qui importe maintenant, c’est la vie du peuple algérien, un peuple qui existe mais qui ne vit pas. Comme disait Victor Hugo, «le plus grand ennui c’est d’exister sans vivre», et Voltaire le complète en notant que «le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin».

Faisons un peu attention autour de nous et nous remarquerons que l’ennui, le vice et le besoin sont devenus le lot quotidien de l’Algérien, riche ou pauvre, intellectuel ou inculte, religieux ou non. Ainsi, le système a dénaturé l’Algérien. La nature veut que l’homme travaille et que l’oiseau vole. Le système a renversé les valeurs et c’est  l’oiseau qui travaille, en Algérie, et l’homme vole ; il vole dans les caisses de l’Etat, dans la famille, dans tout ce qui présente l’occasion de voler. Le système auquel voulait mettre fin Mohamed Boudiaf est le système qui a inculqué à l’Algérien la mentalité de vouloir boire de l’eau sans jeter le seau dans le puits, de manger de la viande sans élever le cheptel, de manger la noix sans briser la coquille, de manger une omelette sans casser d’œufs.

Ainsi, l’Algérien a perdu le courage de travailler et c’est une perte irréparable ; elle ne sera réparée qu’avec le système qui l’a causée.Dans cet objectif et à la demande de milliers d’Algériens, de tous âges, toutes conditions sociales, je propose à ceux qui partagent les idées de Boudiaf de reprendre le Rassemblement, de réactualiser sa plateforme et de la proposer à la concurrence politique, loyale, sans haine et sans revanche, dans la perspective de répondre aux attentes de la jeunesse, de l’injustice, de la hogra et de tous les maux dans lesquels s’est retrouvé le peuple ces dernières années.

Les  changements intervenus dans le périmètre de l’Algérie devraient ouvrir les yeux aux Algériens pour comprendre une bonne fois qu’avant ce système rien ne manquait à l’Algérie et avec son départ rien ne manquera à l’Algérie. Bien au contraire, l’Algérie se permettra, avec le départ de ce système, tout ce qui lui a manqué depuis l’indépendance confisquée, c’est-à-dire une bonne école, un hôpital accueillant, une vie correcte, paisible et organisée, une justice respectable ; enfin un Etat bon, juste, craint et respecté. Voilà une partie de ce que je propose à tous les inconnus honnêtes, femmes et hommes, qui veulent donner quelque chose au pays et non pas seulement prendre quelque chose de ce pays. Ne vaut rien celui qui n’est utile à personne.

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Nhttp://www.elwatan.com/contributions/plus-fort-reste-boudiaf-29-06-2013-219231_120.php

 

 


Le tirailleur marocain Ben Bella, l’infiltré du FLN

Le général De Gaulle « avait programmé en juin 1958 la mise au pouvoir de Ben Bella dans quatre ans, avec l´espoir de conserver 70% du pétrole et d´avoir la main mise sur le Sahara » a révélé, dans une émission de radio, Jean Méo qui fut son chargé de mission (1958-1960), puis Pdg d’Elf-Erap (1964-1972).

Voici donc une nouvelle pièce du puzzle historique algérien délivrée au compte-goutte, découverte par hasard. Le casse-tête de l’écriture de notre Histoire cause des migraines à plusieurs générations d’Algériens devenus schizophrènes et paranoïaques à force de se triturer les méninges sur les causes de la déliquescence chronique d’un Etat construit par des putschs, impostures, trahisons, forfaitures, mensonges et corruption.

Les moudjahidines authentiques et les militants sincères de la génération de novembre savent beaucoup de choses mais ne disent rien. Tandis que la génération postindépendance perd son temps à essayer de découvrir et de comprendre les vérités de notre glorieuse révolution dévoyée et de notre identité bafouée, selon les bribes d’information récoltées ici ou là.

On n’avait pas prêté grande attention aux propos accusateurs de la veuve d’Abane Ramdane qui avait déclaré à la presse que Ben Bella a été fabriqué par les Français : « Naturellement, ce sont les Français qui lui ont fait cette propagande pour lui donner un nom. C’est à partir de là que les Français ont préparé un président pour l’Algérie… La France voulait donner un chef à la Révolution algérienne, le plus bête des chefs. C’est la dernière farce que la France nous a faite. » (Liberté du 8 novembre 2002)

Le personnage du marocain Ben Bella est un élément clé du bâclage de l’indépendance algérienne trahie par les manigances de De Gaulle et les complots des services secrets coloniaux.


Ben Bella héros de guerre français

Ben Bella Mohamed (son vrai nom) dit Ahmed, dit Hemimed, alias Abdelkader Mebtouche, alias Messaoud Meziani, serait né le 25 décembre 1916 (ou 1918), à Maghnia à la frontière algéro-marocaine. Fils de paysans marocains originaires de Marrakech, Embarek Ben Mahdjoub et SNP Fatma Bent El Hadj, propriétaires de terres agricoles et d’un café fondouk populaire. (1)

Appelé sous les drapeaux français en 1937, il effectue son service militaire au 141e Régiment d’Infanterie Alpine (RIA) à Marseille où il devint sergent.

Féru de football, il joua milieu de terrain dans l’équipe des Mitrailleurs 2.15 la saison 39-40. Il figure aussi dans l’historique des effectifs du club de l’Olympique de Marseille pour lequel il ne joua l’intégralité que d’un seul match officiel, où il marqua un but sur les 9 à 0 contre le FC Antibes. Ce passage éclair dans l’effectif de l’OM reste à ce jour un mystère. (2)

Selon sa biographie officielle, il effectua la campagne de France en 39-40 durant laquelle il aurait obtenu une croix de guerre pour avoir abattu un stuka allemand dans le port de Marseille, ce qui reste à vérifier.

Démobilisé, il est rappelé en 1943 et incorporé, non pas dans un régiment de tirailleurs algériens, mais au 5e Régiment de Tirailleurs Marocains (RTM), au sein de la 2e Division d’Infanterie Marocaine (DIM) au grade de sergent-chef, puis d’adjudant.

Il côtoya dans la campagne d’Italie d’autres Marocains qui vont devenir célèbres comme Mohamed Oufkir, Driss Ben Omar El Alami, des tirailleurs tunisiens… et des tirailleurs algériens, dont les adjudants Mohamed Boudiaf et Mostefa Ben Boulaïd, le caporal Krim Belkacem, le sergent Larbi Ben M’Hidi, Rabah Bitat, etc.

Le sous-officier Ben Bella, âgé de 28 ans, avait les qualités des soldats marocains, « des guerriers rustiques, solides, courageux et faisant preuve d’un attachement infaillible à leurs chefs… capables d’endurer de très longues marches, en sachant parfaitement bien s’adapter aux exigences du combat, particulièrement dans la montagne. Ayant un sens inné de la manœuvre et du terrain, ils possèdent une acuité visuelle étonnante, « l’œil de crécerelle » (petit oiseau rapace diurne), leur permettant de distinguer le moindre déplacement adverse. Leur adresse au tir est également exceptionnelle. Autant de qualités qui vont s’exprimer, de façon encore plus éclatante qu’auparavant, dans la campagne d’Italie. » (3)

Ben Bella se distingua par sa conduite héroïque et sa détermination lors de la fameuse bataille de Monte Cassino. Il aurait été cité quatre fois pour son comportement au combat dont deux fois à l’ordre de l’armée, seul ou avec son régiment.

Ben Bella se voit remettre la Médaille militaire par le général De Gaulle en personne lors d’une prise d’armes en 1944, peu après la libération de Rome, qui consacre l’énorme sacrifice des soldats nord-africains en Italie

Il raconte, lui-même cet épisode particulier de sa rencontre avec De Gaulle : « La première fois que nous nous sommes rencontrés, c’était en avril 1944, en Italie, au nord du Monte Cassino. Il avait insisté, contre l’avis des Alliés, pour que le corps expéditionnaire français participe à cette campagne. La plupart des troupes venaient d’Afrique du Nord. J’appartenais à une unité d’élite, le 5e régiment de tirailleurs marocains (RTM), basé à El Malah. Cet hiver-là, le froid fut terrible. Nous progressions dans les montagnes, pied à pied, repoussant l’ennemi à la baïonnette, à la grenade, à l’arme automatique, parfois à coups de poignard… De Gaulle nous a gratifiés d’une visite spéciale. Il allait, disait-on, décorer cinq ou six officiers. Moi, le sous-off, je ne me sentais pas concerné. Juste avant la cérémonie, le colonel me fait chercher : « Comment, vous n’êtes pas prêt ? Dépêchez-vous donc, on vous attend ! » De Gaulle, ce jour-là, m’a remis la médaille militaire pour faits de guerre exceptionnels. » (Tribune publiée le 26 octobre 1995 par Le Monde).

On peut lire dans les archives du Journal Officiel ce « fait de guerre exceptionnel » parmi d’autres dans la rubrique Indigènes. (JO français du 19-11-1944, Décret du 9-11-1944 portant concession de médailles militaires).

« BEN BELLA MOHAMED, mle 6269, sergent-chef, N° R. T. : remarquable de devoir et de courage. Le 31 mai 1944, chargé d’une mission dangereuse avec une section de premier échelon, l’a remplie avec succès. Pris sous un violent tir de canon automoteur, s’est porté au secours d’un tirailleur blessé. Malgré l’intensité du feu ennemi, n’a pas hésité à se reporter en avant pour assurer la liaison devenue précaire à la suite d’un bombardement intense et prolongé. »

Le général Alphonse Juin, né à Annaba et surnommé l’Africain, commandant de la campagne d’Italie, a souligné les « brillants états de service » de Ben Bella. Comme beaucoup d’autres Maghrébins, Ben Bella avait signé pendant la guerre son pacte de fidèle serviteur de la France et du gaullisme, « à l’insu de son plein gré ».


Infiltration et démantèlement de l’Organisation Spéciale

La guerre terminée, Ben Bella, démobilisé en juillet 1945, rentre en Algérie et s’engage dans le mouvement nationaliste « à pas de loup ».

Il décrit lui-même son parcours militant sur le Procès-verbal de son audition établi le 12 mai 1950 par la police coloniale après son arrestation à Alger. Etonnement détaillé et précis, ce PV ressemble étrangement à un rapport de mission circonstancié.

« J’ai commencé à faire de la politique juste après ma démobilisation. Je me suis inscrit aux AML (Amis du manifeste et de la liberté) mais je n’avais aucune fonction particulière ni aucune responsabilité. Aux élections municipales de fin 1945 ou début 1946, je me suis présenté sur une liste d’union indépendante. J’ai été élu et c’est quelques mois après cela que j’ai été sollicité par le PPA pour entrer dans le parti et organiser une section politique à Maghnia. » (4)

Contrairement à ce que rapporte plusieurs dictionnaires et biographies sommaires, Ben Bella n’a jamais « contribué à la fondation de l’Organisation spéciale (OS) », mais l’a rejoint après sa création, décidée par le Congrès du PPA-MTLD en février 1947.

Il le confirme lui-même dans le fameux PV : « J’ai rencontré Madjid. Je le voyais pour la première fois.

Il m’a dit dans les grandes lignes ce que le parti attendait de moi. Une organisation paramilitaire, super clandestine venait d’être créée et le parti me mettait à la disposition de cette formation… C’est au cours de contacts successifs que Madjid m’a expliqué le détail de ma mission. » (4)

Le nom de Ben Bella aurait été « recommandé » pour ses compétences militaires par ses anciens compagnons d’armes algériens ou marocains de la campagne d’Italie.

Ce Madjid, dont Ben Bella ne connaissait pas l’identité exacte à l’époque, était Hocine Aït-Ahmed qui devint chef d’état-major de l’OS, remplaçant Mohamed Belouizdad souffrant de tuberculose. Il fut qualifié dans le PV par Ben Bella « d’élément trouble et perturbateur ».

La propagande coloniale de l’époque avait fait un « tapage médiatique » sur le rôle-clé de Ben Bella présenté à la fois comme « cerveau et chef du commando » de l’attaque de la Poste d’Oran dans la nuit du 4 au 5 avril 1949, qui rapporta plus de trois millions de francs. Cette version continue à être reprise de nos jours par les médias et des livres d’histoire. Il n’en est rien. C’est encore Ben Bella lui-même qui le reconnaît : « C’est au cours d’une réunion de l’état-major de l’OS, à Alger, que Madjid nous a fait connaître l’intention du parti d’attaquer la poste d’Oran, pour se procurer de l’argent… Il m’a chargé de trouver sur place, à Oran, un local où nous pourrions en toute quiétude mettre sur pied le plan de réalisation d’une telle opération… A plusieurs reprises, je vous ai parlé de l’attaque à main armée perpétrée contre la poste d’Oran. Je viens de vous dire qu’il s’agissait d’une manifestation de l’OS, que ce coup de force avait été tenté pour satisfaire aux exigences des trublions politiques du MTLD. Je vais donc par le détail vous dire tout ce que je sais sur cet attentat. » (4)

Ben Bella affirme qu’il n’a jamais été question qu’il fasse partie du commando, ni même Aït-Ahmed : « Pour ma part, je devais rejoindre Alger deux ou trois jours avant la date et revenir à Oran par le train de jour qui arrive à quinze heures. Madjid, lui, devait rentrer à Alger la veille, en prenant le train qui part d’Oran à vingt-deux heures environ.

Ces consignes ont été scrupuleusement respectées et le 5 avril vers 13h je suis arrivé à Oran… C’est par le journal du soir Oran-Soir que j’ai connu le montant du vol et appris certains autres détails. Je devais reprendre le train du soir pour rendre compte de ma mission à Madjid… Dès le matin, j’étais rentré à Alger par le train de la veille, au soir, j’ai pris contact avec Madjid auquel j’ai rendu compte de ma mission. Là, se terminait mon rôle. Par la suite, j’ai appris par Madjid lui-même que l’argent avait été transporté chez Boutlelis où le député Khider devait en prendre livraison… Le produit du vol a été entièrement versé au MTLD par Khider. » (4)

Le commando d’attaque de la Poste était composé de « Djelloul (Bakhti) Nemiche employé à la poste d’Oran, Ahmed Bouchaib, Boudjemaa Souidani, Mohammed Ali Khider (à ne pas confondre avec le député du même nom), Omar Haddad et d’autres militants. Khider fut chargé par Lahouel de se rendre à Oran pour transporter la somme à Alger. Conscient de l’enjeu, Khider utilisa sa voiture parlementaire, toujours protégée par la cocarde « bleu, blanc, rouge » pour accomplir sa mission. L’argent fut versé à la trésorerie du Parti. La police ne connaîtra les véritables auteurs, que bien plus tard… » (5)

Quelques semaines après cette spectaculaire opération, Ben Bella se retrouve propulsé à la tête de l’OS à la faveur de la « crise berbériste » qui provoqua une purge au sein du MTLD et la mise à l’écart d’Aït-Ahmed et des Kabyles.

« Le chef national de l’OS, Madjid, est passé au berbérisme et le parti, en la personne de Khider, m’a chargé de m’occuper de l’OS… en juillet-août 1949… C’est à lui et à lui seul que je rendais compte de l’activité de la formation paramilitaire. C’est de lui et de lui seul que je recevais les directives et les consignes. Aucune décision grave, aucune réforme importante n’était prise sans en référer au député Khider. C’est d’ailleurs lui, qui, chaque mois, me remettait les fonds nécessaires à la rétribution des permanents de l’OS. » (4)

Durant la courte chefferie de Ben Bella, l’OS n’entreprendra aucune action importante. Et le temps que Ben Bella connaisse tous les rouages de l’organisation, l’OS fut démantelée au printemps 1950.
La plupart des responsables de l’OS entreront en clandestinité, mais « Ben Bella, chef d’Etat-major de l’OS, fut appréhendé le 12 mai 1950 dans son refuge à Alger. Il était armé. Il n’avait pas pris la précaution de changer de domicile alors que l’alerte était chaude. » (5)
Avant son limogeage, Ait Ahmed avait rédigé une brochure intitulée « L’attitude du militant devant la police », définissant le comportement en cas d’arrestation pour conserver le secret sur l’existence de l’OS, de ses membres et les caches d’armes. Ben Bella n’a donc pas respecté ces consignes et s’est mis tout de suite à table en livrant toute l’organisation.

« Toutes ces arrestations en chaîne ― environ 500 ― opérées en mars-avril-mai 1950, amenèrent le démantèlement de l’OS et la saisie d’un nombreux matériel : mitraillettes, chargeurs, pistolet, cheddite, cordon bickford, mèche lente, détonateurs, amorces, grenades de modèles variés, postes émetteurs radio, documents, manuels militaires. L’Administration avait des preuves concrètes de l’existence organique de l’OS, de son armement, de sa structure hiérarchique et de sa subordination étroite au PPA-MTLD. » (5)

Evasion rocambolesque

Les quatre procès collectifs de l’Organisation Spéciale qui se tiennent de janvier 1951 à mars 1952 vont être l’occasion de mettre en valeur Ben Bella et surdimensionner son rôle par rapport aux autres responsables (Aït-Ahmed, Boudiaf, Ben Tobbal, Ben Boulaïd, Bitat, Ben M’Hidi, Didouche,…).

La presse coloniale brosse un portrait flatteur de Ben Bella comme « Chef de l’Organisation ».

Sur les 363 militants arrêtés, 252 seront jugés, mais la justice française tient à protéger les « traîtres », en imposant le huis clos par un jugement de la Cour d’appel : « Tous les membres de l’association paramilitaire ne sont pas actuellement hors d’état de nuire et poursuivent leurs activités. Qu’il importe en conséquence de ne pas permettre, par un débat public, aux malfaiteurs non encore arrêtés de se rendre exactement compte de ce qui a pu être découvert par nos services de police, ni de ce qui a été révélé par les prévenus, d’une part, …, d’autre part, pour éviter que des vengeances ne soient exécutés contre les prévenus ou leurs familles… ». (6) Les responsables de l’OS en fuite ne sauront donc pas, au moment du procès, jusqu’à quel point Ben Bella les avait dénoncés et dévoilé tous les ressorts de l’organisation. Deux ans après son arrestation et à peine le procès était-il terminé, que Ben Bella s’évade « miraculeusement » en avril 1952 de la prison de Blida, d’où il parvient à gagner tranquillement Le Caire via Marseille, Paris et la Suisse.

Cette évasion est évoquée dans le livre d’un cousin d’Abane Ramdane : « Evasion rocambolesque de Ben Bella de la prison militaire de Blida en 1952 arrangée par les autorités coloniales en échange de sa coopération. Cet épisode opaque de l’itinéraire militant de Ben Bella lui sera sévèrement reproché par ses camarades de l’OS et du MTLD, notamment par Abane Ramdane qui l’accusera d’avoir trahi en livrant toute l’Organisation à la police française sans avoir subi la moindre violence. » (7)

Pour Yacef Saadi, la compromission de Ben Bella ne fait aucun doute. « Troublante évasion ! Chez les anciens on en parle encore. Ben Bella s’évade, qui plus est de la prison de Blida. A l’époque où il était président de la République, un ancien inspecteur principal de la DST, Mohand Ousmer le connaît fort bien. Il n’hésitera pas à répandre des informations sur “l’évasion” d’Ahmed Ben Bella de cette prison de Blida dont il disait qu’elle avait été plus ou moins arrangée pour permettre à ce dernier d’arriver au Caire et ne pas manquer la grande effervescence populaire qui avait envahi les rues à la faveur de la déposition du roi Farouk par les “officiers libres”. Mais le plus important dans les propos de l’ancien officier de la DST, c’est la version qu’il donne quand il affirme que parmi les gens qui composaient la délégation extérieure du MTLD à cette époque-là, Ben Bella avait été retourné par les services spéciaux français souffrant alors d’un manque critique de renseignements sur la nouvelle direction politique de l’Égypte des militaires. » (8)

Au Caire, Ben Bella ne perd pas de temps et c’est par l’entremise du major Fathi Dib, chef des services secrets égyptiens qu’il est présenté à Nasser, gagne sa confiance et se met à son service au nom du panarabisme.

L’historiographie coloniale est très romancée : « Ben Bella voyage beaucoup entre l’Égypte et le Maroc, alors en pleine effervescence, l’Italie et l’Espagne. Il échappe de peu à des attentats organisés par les services secrets français (une bombe est déposée dans son bureau du Caire ; un agent des services secrets tente de l’abattre dans le hall d’un hôtel) et gagne une réputation de baraka. » (9)

Cet exil au Caire de Ben Bella, Khider et Aït-Ahmed leur octroie une participation « honorifique » dans le Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA) créé en mars 1954. Mais ne leur permettra pas de figurer dans la liste du Groupe des 22, réunis à Alger le 25 juin 1954, qui décideront du principe du déclenchement de la révolution armée et délégueront cette initiative à un groupe de six : Boudiaf, Ben Boulaïd, Ben M’Hidi, Didouche, Bitat et Krim, qui deviendront les six « chefs historiques » du FLN.

L’intégrité de ces hommes ne fait aucun doute puisque la préparation et le déclenchement des opérations militaires du 1er Novembre, qui a ébranlé le pouvoir colonial, s’effectueront dans le plus grand secret, auquel même les trois du Caire n’auront pas accès.

C’est Roger Wybot lui-même qui l’explique. Directeur du Bureau Central de Renseignements et d’Action (BCRA) lors de la seconde guerre mondiale, puis Directeur de la Surveillance du Territoire (DST) de 1944 à 1959, il est entre autres, Commandeur de la Légion d’honneur, Commandeur du Ouissam Alaouite (Maroc), Grand Officier du Nicham Iftikar (Tunisie).

« Mitterrand, ministre de l’Intérieur, me fait téléphoner aussitôt ce jour-là par son directeur de cabinet adjoint, qui se lance dans une longue tirade accusatrice :

― Vous savez ce qui se passe en Algérie ? C’est proprement incroyable ! Des éléments étrangers, venus de l’extérieur, viennent d’y débarquer pour fomenter des troubles et provoquer une véritable rébellion. C’est absolument inadmissible ! Comment se fait-il que vous n’ayez pas prévu cette action étrangère ? La DST n’a pas fait son travail.

Je le laisse parler sans l’interrompre puis, lorsqu’il arrive au bout de son discours indigné, je réplique froidement :

― J’ai le sentiment d’un léger malentendu. Tout d’abord, pour ma part, je ne crois pas à une intervention étrangère. L’explication est trop commode. Que des fonds, des armes, soient parvenus d’ailleurs, c’est probable. Mais c’est en Algérie même que le mouvement de révolte s’est développé, structuré, entraîné.

Ce n’est pas Le Caire qui est passé à l’action, mais le “CRUA”. A ce propos, je vous suggère de vous reporter à mon rapport de mars 1954. Tout ce qui arrive aujourd’hui y était annoncé, les chefs de la rébellion nommés, les effectifs, méthodes, intentions, plans analysés. Ce document complet, il est sur le bureau du ministre de l’Intérieur depuis cinq mois.

Le gouvernement a changé mais ce rapport, j’ai rappelé son existence en juillet. Ce n’est pas ma faute si vous n’en avez rien fait et si vous ne savez même pas ce qu’il y a dedans ! » (10)

On ne peut être plus clair. La DST savait tout depuis le « rapport de mars 1954 », lorsque Ben Bella apprend son intégration au CRUA… Elle avait « rappelé son existence en juillet » après la création du groupe des 22 et des six historiques le 25 juin… Mais « ce n’est pas Le Caire qui est passé à l’action », parce que Ben Bella ignorait tout des préparatifs du déclenchement de la Révolution.

Le détournement de « l’avion de Ben Bella »

Lakhdar Ben Tobbal, décédé le 23 août 2010, a affirmé que la seule contribution de Ben Bella, est « d’avoir annoncé le début de l’insurrection aux autorités égyptiennes », au lendemain du 1er Novembre.

Pour Mahfoud Benoune, anthropologue et historien, « l’autoproclamé zaïm de la Révolution algérienne n’a finalement jamais joué de rôle déterminant, ni dans son déclenchement, ni dans son déroulement, ni dans sa victoire finale ».

La mise à l’écart de Ben Bella coïncide étrangement avec le désarroi des services de renseignement français pris de vitesse par les rebelles algériens qui aboutira à l’apothéose du Congrès de le Soumam réuni le 20 août 1956 au cœur de la Kabylie, qui consacre la naissance du Comité de coordination et d’exécution (CCE) organe central de la direction du FLN, composé de cinq membres (Larbi Ben M’hidi, Abane Ramdane, Benyoucef Benkhedda, Krim Belkacem, Saad Dahlab).

Ben Bella vivra très mal sa mise à l’écart et en gardera une rancune et une haine tenace à Abane Ramdane au point de déclarer à la chaîne qatarie El Djazira, en 2002, que « le Congrès de la Soummam, célébré à grand bruit, a, en vérité, fait dévier la Révolution des objectifs tracés le 1er novembre ». Tout en accusant Abane Ramdane de « trahison ».

Les services français ont alors imaginé une opération de grande envergure pour remettre en selle Ben Bella. Le 22 octobre 1956, l’avion marocain d’Air Atlas conduisant Ben Bella, Khider, Boudiaf et Aït Ahmed de Rabat à Tunis est détourné et contraint de se poser à Alger. La presse titrera à la une sur le détournement de « l’avion de Ben Bella ».

Qui a averti les services français du plan de vol ? L’Histoire le dira peut-être un jour. Lorsqu’un journaliste égyptien a évoqué en 2008 des complicités marocaines dans le détournement de l’avion, Hocine Ait Ahmed a vivement démenti alors que Ben Bella n’a toujours pas réagi.
La photo prise à leur descente d’avion est très expressive. Boudiaf, Aït-Ahmed, Khider et Lacheraf s’agitent et regardent dans tous les sens, ne comprenant pas encore ce qui leur arrive. Alors que Ben Bella reste droit, immobile, au garde-à-vous fixant l’objectif du photographe comme s’il savait exactement ce qui se passait.

La veuve d’Abane Ramdane évoque cette anecdote étonnante qui lui a été racontée par Boudiaf lui-même. « Sur le bitume de l’aéroport, Mohamed Boudiaf tenait un porte-documents entre les mains. Un gendarme s’est avancé vers lui, le lui a pris pour le remettre à Ahmed Ben Bella. À ce moment-là, un flash a crépité pour immortaliser l’instant… Pour faire croire que c’est Ben Bella le premier dirigeant ».

Ben Bella et ses compagnons vont passer six années de détention en France. Le prestige personnel du prisonnier Ben Bella ne cesse alors de croître. En 1958, il est désigné comme vice-président du premier Gouvernement Provisoire de la République algérienne (GPRA).

Son nom est martelé sans cesse en toute occasion pour conditionner l’opinion publique. Le général de Gaulle, lors d’une fameuse conférence de presse tenue le 11 avril 1961, évoque le « chef du FLN » alors qu’aucune question ne lui avait été posée à son sujet : « Quelqu’un m’avait posé une question au sujet de Ben Bella, je crois, n’est-il pas vrai ? », déclenchant un éclat de rire général des journalistes dans la salle… qui ont apprécié la subtilité. (11)

Il poursuit : « Je ne cache pas que beaucoup de gens m’en parlent (de Ben Bella)… j’en ai parlé avec le président Bourguiba… j’ai fait des communications au sujet de qui nous parlons au Roi du Maroc (Mohamed V)… et aussi à son fils (Hassan II)… à d’autres encore qui m’en ont entretenu… ».

Le général explique qu’une fois le cessez-le-feu obtenu « Ben Bella et ses compagnons de rébellion » seront renvoyés à Rabat. Il ne prononcera jamais un autre nom que celui de Ben Bella. Et il en parle avec cette condescendance et cette suffisance du général qui a décoré le sergent-chef indigène à Monte Cassino en 1944.

Dans cette conférence mémorable, De Gaulle résume les grandes lignes de sa stratégie d’indépendance pour l’Algérie tout en veillant à la sauvegarde des intérêts français, notamment concernant une souveraineté partagée sur le Sahara, les essais nucléaires et le pétrole.

A l’entendre parler on comprend vite à quel point l’enjeu est trop important pour laisser les Algériens décider seuls de la construction de leur Etat et du choix de leurs dirigeants. Pour De Gaulle, l’Algérie, malgré sa révolution et ses martyrs, ne sera pas l’exception africaine à qui on peut accorder une indépendance sans contrôle.

Le message est très clair, comme l’a révélé Jean Méo. C’est bien De Gaulle et le pouvoir colonial qui ont conditionné et préparé Ben Bella depuis bien longtemps et décidé qu’il serait le 1er Président algérien. Ce n’était donc ni Nasser, ni Hassan II, ni Boussouf et encore moins Boumediene.

Démantèlement du GPRA après l’OS

Quand on revoit le parcours de Ben Bella, on comprend encore mieux aujourd’hui pourquoi et comment le GPRA et les 3B (Boussouf, Ben Tobbal, Belkacem Krim) ont été balayés d’un revers de la main par De Gaulle en quelques semaines. Tous les scénarios qu’on nous a fait avaler depuis l’indépendance s’avèrent faux et édulcorés.

L’intronisation de Ben Bella à la tête du FLN et de l’Etat a certes été faite manu militari, au pas de charge, mais les ficelles étaient tirées ailleurs. On peut revoir les images d’archives de l’époque qui montrent bien que ni Ben Bella, ni Boumediene n’avaient la carrure pour renverser à eux seuls les Boussouf, Krim, Ben Tobbal, Ben Khedda, Boudiaf, Aït-Ahmed, etc. D’autres infiltrés s’activaient dans l’ombre pour mener à bien le plan colonial. (12)

Boumediene, l’Etat-Major Général (EMG), le clan d’Oujda et l’armée des frontières, encadrée par les déserteurs de l’armée française (DAF), ont exécutés les ordres de De Gaulle, avec le consentement de Nasser, Bourguiba et Hassan II.

Lorsqu’en mars 1962 les accords d’Évian sont signés, Ben Bella, libéré et rentré en Algérie se sépare de ses codétenus et provoque immédiatement le démantèlement total du GPRA, des structures issus de 8 ans de guerre, des états-majors des wilayas, des partis fondés sur des décennies de militantisme, etc. De la même façon qu’il avait provoqué le démantèlement de l’OS quelques mois seulement après avoir pris son commandement.

Ce sont désormais les structures extérieures créées à Oujda et Ghardimaou (armée des frontières, sécurité militaire, fonctionnaires du Maroc) qui viendront gérer l’Etat colonial, en remplaçant les français.

Ferhat Abbas, intellectuel idéaliste et romantique, aigri par son éviction de la présidence du GPRA avait fait l’erreur fatale de cautionner la prise de pouvoir par Ben Bella en le rejoignant à Tlemcen. Il le regrettera amèrement un an plus tard lorsqu’il sera emprisonné au Sahara.

A la fois candide et amer, il avouera dans un livre qu’il avait apporté sa caution historique et morale à un homme qu’il ne connaissait pas : «Je connaissais très peu Ben Bella. Ce que je savais de lui, je l’avais appris par des tiers… Le Dr Lamine Debaghine me mit en garde contre Ben Bella… Abane Ramdane me fit un portrait peu flatteur du futur président de la République en me disant “C’est Ben Bella qui dénonça notre Organisation Spéciale, l’OS”… Le même avertissement me fut donné par Boudiaf… Sa renommée a été créée de toutes pièces par les Egyptiens, les Français et les Marocains… La vérité est que Ben Bella a été le démolisseur de l’union nationale réalisée durant les combats… La médaille militaire qu’il a gagnée à Cassino sous les ordres du général Juin n’a pas, dans le destin de l’Algérie, le poids d’une seule goutte de sang de nos chouhada. Voilà ce que retiendra notre Histoire. Les élucubrations de l’ancien président de la république ne changeront rien à la vérité » (13)

Le règne destructeur de Ben Bella prit fin le 19 juin 1965, après avoir balisé le terrain pour une prise totalitaire du pouvoir par Boumediene à mi-chemin entre le nassérisme et le stalinisme.

De Gaulle tenta vainement de faire libérer son protégé en dépêchant à Alger plusieurs émissaires. Ben Bella le confirmera en 1995 : « Du fond de ma prison, j’ai appris que de Gaulle était intervenu auprès de Boumediene, par la voix de Jean de Broglie, alors secrétaire d’Etat, pour que j’aie la vie sauve. » (Le Monde du 26 octobre 1995)

Après 15 années de détention, Ben Bella a été libéré par Chadli Bendjedid en 1980. Il s’exile en Europe où il crée en 1982 un parti politique d’opposition, le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA). Il revient à Alger en 1990 à la faveur de l’ouverture politique et repart aussitôt après l’assassinat de Boudiaf en juin 1992, comprenant enfin que son retour au pouvoir est plus qu’improbable, dangereux. Depuis, il faisait le tour de ses amis (France, Maroc, Egypte, Irak, Libye, URSS,…), mangeant à tous les râteliers. Hassan II, Khadafi, Saddam Hussein, etc. l’ont aidé à accumuler des richesses et des biens immobiliers. Il possèderait un château et un appartement en Suisse, ainsi que divers biens en Algérie, France, Maroc, Belgique, Espagne…

Son compatriote et complice Bouteflika n’hésite pas à l’honorer à chaque occasion, comme lors des funérailles nationales organisées à l’attention de son épouse Zohra Sellami, décédée le 23 mars 2010 à l’âge de 67 ans à Paris où elle se faisait soigner tout en résidant à l’hôtel Crillon aux frais de l’Etat algérien.

Aujourd’hui, Ahmed Ben Bella a 94 ans et réside en permanence à Alger, son état de santé ne lui permettant plus de voyager.

La stratégie d’infiltration de De Gaulle et la DST

Ben Bella n’était pas le seul infiltré manipulé par le système colonial. C’est Roger Wybot, patron de la DST, qui explique cette stratégie d’infiltration et la méthode qu’il a utilisée contre le FLN.
« Je développe mon système d’infiltration des réseaux du FLN par des agents à nous. Les hommes que nous glissons dans le dispositif adverse, souvent à des postes subalternes, nous les aidons à conquérir progressivement de l’importance au sein de la rébellion. Nous leur permettons par exemple de passer des armes, de l’argent pour le FLN.

Leurs convois clandestins sont protégés par la DST alors que les transports d’armement d’autres chefs fellagas sont bloqués, saisis. Avec notre accord et la complicité de l’armée française, nos agents FLN montent également des opérations bidon, de manière à se couvrir de gloire aux yeux de l’état-major du Caire et de Tunis. Chaque fois, nous organisons tout nous-mêmes pour rendre le coup de main rebelle totalement crédible.

Au fur et à mesure, nous déblayons le terrain devant eux. Leurs camarades se font prendre, leurs chefs jouent également de malchance. Ce qui leur permet de grimper dans la hiérarchie clandestine, de remplacer ceux que nous choisissons d’éliminer. Certains de ces agents doubles vont atteindre les plus hauts échelons dans l’état-major FLN. Il nous est arrivé de manipuler des chefs et des chefs adjoints de willayas. (…)

Grâce à ce noyautage de l’adversaire, j’ai pu tenir à jour, dès la première minute , tout l’organigramme de la rébellion, surtout en métropole. Dès qu’un attentat FLN est commis, je sais qui l’a perpétré. Si je veux en arrêter les auteurs, je n’ai qu’un signe à faire. (…)
Mais ce qui m’intéresse, ce n’est pas tellement d’appréhender quelques terroristes algériens. La plupart du temps, je les laisse courir un peu, en les surveillant discrètement, enregistrant leurs contacts, leurs cachettes. Ma tactique c’est de lancer, de temps à autre, de vastes coups de filet décapitant partiellement leur organisation. Volontairement, je laisse toujours échapper quelques proies que je fais filer.

J’attends que les willayas démantelées se reconstituent avec du sang neuf, puis je frappe à nouveau. Ce qui me permet, à tout moment, de contrôler l’état major ennemi, parfois d’en dresser les chefs les uns contre les autres. Par exemple, lors de certaines arrestations massives, j’épargne les éléments les plus durs, mais de manière à faire peser sur eux un climat de suspicion. Leurs amis se posent des questions, s’étonnent qu’ils aient pu s’échapper si facilement. Ils seront dénoncés comme indicateurs de police par les agents doubles que j’ai mis en place moi-même, et se feront éliminer comme traîtres…» (10)

Le fils du général de Gaulle avait rapporté dans son dernier livre « Mon père De Gaulle », une confidence étonnante et lourde de sens faite par son père : « Nous avons laissé 140.000 harkis infiltrés dans les rangs de l’ALN ».

Lakhdar Ben Tobbal confirme ce chiffre et la dégradation de la situation depuis le retour au pouvoir du général De Gaulle. Dans un chapitre inédit de ses Mémoires, non encore publiées intégralement, il révèle qu’à partir de 1958 « des djounoud faits prisonniers acceptaient de se joindre à l’ennemi. (…) On ne peut même pas dire qu’ils étaient l’objet de pressions directes puisque, pour des groupes de cinquante à soixante hommes armés, un seul Français suffisait pour en prendre la tête. (…) Vers les années 1959-1960, on comptait 160.000 Algériens armés, combattant du côté de l’armée française. (…) Cela se passait partout, dans les villes, les campagnes, les montagnes. Dans ces régions, l’ALN, avec ses djounoud et ses moussebiline, ne comptait pas plus de 30.000 hommes qui devaient faire face aux 500.000 soldats français et aux 160.000 auxiliaires algériens (…) Ceux qui quittaient les rangs étaient plus nombreux que ceux qui les rejoignaient. On assistait à des faits absolument nouveaux, des ralliements de groupes entiers de l’ALN à l’armée française… des unités de l’ALN finirent par se replier sur elles-mêmes. Les coups qu’elles recevaient et les pertes de plus en plus fréquentes qu’elles subissaient avaient fait que les hommes s’étaient mis à s’interroger sur eux-mêmes, sur ceux qui auraient pu s’infiltrer dans leurs rangs pour renseigner l’ennemi. Le doute et la suspicion avaient commencé à s’emparer des esprits. » (14)


Le devoir de mémoire

La facilité d’infiltration coloniale et des trahisons maghrébines ont en fait pris leurs racines durant les deux guerres mondiales lorsque des liens étroits de fureur, de sang et de baroud se sont noués entre les officiers français et les tirailleurs de l’Armée d’ Afrique.

Il faut remonter aux différentes campagnes, notamment la fameuse bataille de Monte Cassino, menée par le Corps Expéditionnaire Français, pour comprendre comment se sont forgés chez des soldats algériens, marocains, tunisiens, sénégalais,… l’amour du drapeau français, la fierté du devoir accompli, la loyauté et le dévouement à leurs chefs au détriment de leur propre pays.

Ils ont subi un véritable lavage de cerveau dans une époque trouble et complexe du 20e siècle dominée par le colonialisme, le nazisme, le fascisme, le stalinisme, l’impérialisme qui glorifiaient la supériorité de l’homme blanc et semaient la terreur.

Enrôlés de force ou engagés volontaires, les jeunes maghrébins et africains sortaient de leurs conditions de paysans pauvres et illettrés pour découvrir subitement le pouvoir des armes, de l’ordre et la discipline militaires.

Le réalisateur algérien Rachid Bouchareb a réveillé les consciences en réalisant un film exceptionnel, « Indigènes », sorti en 2006, qui retrace l’épopée des soldats indigènes de l’Armée d’Afrique. (15)
Les officiers français d’élite, qui ont commandés les goumiers et les tirailleurs seront ensuite versés dans les services secrets (DST, SDECE, Service Action, 11e choc,…). Ils n’avaient aucun mal à recruter ou retourner leurs compagnons d’armes maghrébins, leurs enfants ou leurs petits-enfants, et les convaincre de trahir leurs pays… en défendant « la mère-patrie de nos ancêtres les Gaulois ».
Par contre, les combattants qui ont manifesté un esprit rebelle intact et un attachement viscéral à la défense de leur terre lorsque leur véritable patrie les a appelés au devoir, seront vite neutralisés ou assassinés.

Cela explique aussi l’acharnement des services français à écarter sournoisement mais énergiquement la revendication berbériste, en encourageant le panarabisme nassérien, tout-venant idéologique où n’importe qui pouvait se fondre.

Que des Marocains et Tunisiens aient participé à la guerre de libération, c’est une excellente chose, tout comme les maghrébins l’ont fait pour combattre le nazisme durant la seconde guerre mondiale. Mais qu’ils accèdent aux plus hautes responsabilités de l’Etat algérien par l’imposture et le mensonge en cachant leur véritable identité dans les conditions que l’on sait, c’est une grave anomalie historique qui continue de persister en 2010.

Il est temps d’ouvrir les archives coloniales et militaires et que les cinéastes, universitaires, historiens ou non, se mettent au travail et au devoir de mémoire.

Saâd Lounès
7 septembre 2010
http://saadlounes.unblog.fr/
Notes :

(1) http://encyclopedie-afn.org/index.php/BEN_BELLA
(2) Alain Pecheral – La grande histoire de l’OM – Ed. Prolongations – 2007
http://www.om-passion.com/effectif_425_ben-bella.html
(3) http://www.edulyautey.org/~marocomb/articles.php?lng=fr&pg=74
(4) PV d’audition de Ben Bella du 12 mai 1950 publié par La Tribune le 21-11-2002 http://rouina.ifrance.com/repertoirehtml/benbella.html
(5) http://rouina.ifrance.com/repertoirehtml/origines1ernov.htm
(6) Sharon Elbaz – L’avocat et sa cause en milieu colonial. La défense politique dans le procès de l’Organisation spéciale du Mouvement pour le triomphe des libertés en Algérie (1950-1952)
(7) Belaid Abane «L’Algérie en guerre, Abane Ramdane et les fusils de la rébellion» L’Harmatan – Paris – 2008
(8) Yacef Saadi – Article publié par le quotidien Liberté du 11-11-2002 http://www.webzinemaker.com/admi/m9/page.php3?num_web=11154&rubr=2&id=61847
(9) http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Ben_Bella/98828
(10) Philippe Bernert, «Roger Wybot et la bataille pour la DST», Presse de la Cité, Paris 1975.
(11) Conférence de presse du Général de Gaulle du 11-04-1961
http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/autres-conflits/video/CAF09002063/conference-de-presse-du-general-de-gaulle.fr.html (pour écouter ce passage aller directement vers la fin de l’entretien 1h07 sur 1h31)
(12) Le putch de Ben Bella et le Clan d’Oujda sur le GPRA été 1962 http://www.youtube.com/watch?v=SWy_ivKPVHU
(13) Ferhat Abbas – L’indépendance confisquée, 1962-1978, Flammarion, Paris, 1984
(14) http://forumdesdemocrates.over-blog.com/35-index.html
(15) Documentaire sur le film Indigènes


Hocine

Aït-Ahmed: “Ferhat Abbas était un humain vrai et véritable, intelligent, franc et sincère”

Chers compatriotes,

Evoquer le rôle patriotique de Ferhat Abbas c’est démythifier la guerre de libération menée par le peuple mais confisquée et détournée à des fins de pouvoir politique par les dictateurs qui se sont succédé au pouvoir depuis l’indépendance.
Ne craignons pas les mots: Décoloniser l’histoire c’est la libérer des manipulations continuelles des groupes militaro-policiers, c’est restituer à la nation sa mémoire, sa fierté et sa dignité. C’est redonner aux Algériennes et Algériens confiance en eux-mêmes pour reprendre en mains pacifiquement leur destin.

Ce retour à la légitimité populaire et la volonté de construction d’un Etat et des institutions démocratiques à tous les niveaux furent le fondement même de la plate-forme de la Soummam. Le 20 août 1956 est dialectiquement complémentaire du 1er Novembre 1954, et indispensable à la mobilisation révolutionnaire. Ce fut le premier pacte politique contractuel, fondé sur le respect du pluralisme, des libertés d’expression et d’organisation et non pas sur le bricolage populiste exploité par des “Historiques libérateurs” devenus des “tyrans”. Il ne portait donc, ni sur la forme ni sur la militarisation des dirigeants mais sur le fond, sur la garantie aux Algériennes et Algériens des droits fondamentaux et de toutes les libertés démocratiques, conditions sine qua non pour que soit concrétisée la République démocratique et sociale. Une promesse solennelle et historique que personne ne peut contester ouvertement sans se mettre à porte à faux par rapport aux engagements imprescriptibles sacralisés par la proclamation du 1er novembre1954.

Que dire de Ferhat Abbas en tant qu’homme ?
Que c’était, dès son jeune âge, un militant politique anticolonial, sérieux et responsable, faisant partie des quelques élus exigeant l’émancipation du peuple algérien.

La première impression que j’ai retenu de lui à Alger et lors de mes passages à Sétif, toujours clandestin, mais friand de contacts intéressants, décrivait un humain vrai et véritable, intelligent, franc et sincère, digne de confiance; l’exact contraire du frimeur, du bavard, du menteur et de l’imposteur.

Et que dire de lui en tant que politique sérieux et conséquent ?
Ses perspectives n’étaient pas définies seulement par des idéaux mais aussi, dans les grands moments historiques, par des initiatives stratégiques.

C’est ainsi que lors de l’opération torche, le gigantesque débarquement Allié, il a tout de suite fait signer à ses amis et notamment au docteur Lamine dirigeant du PPA, ainsi qu’à d’autres personnalités un Manifeste du peuple algérien, remis aux autorités américaines, à leurs alliés, et même au gouverneur général.

Le manifeste demandait l’abolition du colonialisme, engageait le peuple algérien à se mobiliser aux côtés des Alliés. Il revendiquait le droit du peuple algérien à récupérer son indépendance, conformément aux promesses du Pacte de l’Atlantique.
Cette initiative ne tardera pas à susciter un immense espoir et un réveil patriotique d’un bout à l’autre du Pays. Le Congrès des Amis du Manifeste et de la Liberté qui s’est tenu en 1944 ne tardera pas à rassembler la plupart des partis et des forces politiques à l’exception du PCA.

Le lancement du mouvement des Amis du Manifeste et de la Liberté suscita un tel enthousiasme dû à la réalisation de l’Unité Nationale que la multiplication rapide des sections qui a suivi dans les villes et aussi dans les campagnes, reste un phénomène rarissime dans les pays décolonisés.

Hélas, la grosse colonisation avait deux raisons d’organiser des massacres à Sétif et Guelma. La peur de la puissance politique et organisationnelle, et la volonté de se débarrasser de Ferhat Abbas qu’elle pensait avoir choyé.

Hocine

10 janvier, 2010 Posté dans Ait Ahmed Hocine