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Saskia Sassen
Mardi 6 Septembre 2011
lanation.info

 

Saskia Sassen explore ici la manière dont la créativité du capitalisme avancé a pu conduire à la crise des crédits hypothécaires (subprimes) aux USA. Au passage, elle découvre un lien secret entre la spéculation financière et une approche purement abstraite des réalités territoriales. Là où l’homme du commun assure que la terre vaut pour elle-même, qu’elle est le sol où se fonde toute vie humaine digne de ce nom, et que toute personne est fondée à demander à être protégée de la misère, et a fortiori dans le cas où elle met ses ressources à disposition des autres, il est soudain apparu que les techniques financières, telles le LBO (leverage buy out, achat avec effet de levier) n’étaient nullement cantonnées aux entreprises. D’où la mise en équivalence entre ce qui se développe dans les pays du Sud – lesquels ne se contentent plus d’exporter leurs ressources naturelles, mais vendent leur territoire à des compagnies étrangères – et ce qui s’est passé avec les emprunts hypothécaires. Dans les deux cas, le capitalisme avancé crée des « populations surnuméraires » qui sont réellement exclues de leurs propres villages ou de leur foyer. Il devient impossible aux populations du Sud de développer leur propres produits. Et dans les pays du Nord, un grand nombre de ménages ont été lessivés par des offres de crédits malsaines, et violemment rejetées sans la moindre possibilité de recouvrer l’argent qu’ils avaient placé dans le système. Que se passera-t-il ensuite ?

Saskia Sassen
Lorsque la guerre froide a pris fin, une nouvelle lutte a commencé. Suivant une période de relative redistribution keynésienne dans les économies de marché développées, les États-Unis sont devenus l’acteur clé d’un remodelage radical du capitalisme. La période keynésienne a apporté avec elle une expansion active des logiques qui valorisaient les gens en tant que travailleurs et consommateurs. Ce n’est pas le cas pour la phase actuelle du capitalisme avancé. Au cours des deux dernières décennies, il y a eu une forte augmentation du nombre des personnes qui ont été « expulsées », une quantité bien plus importante que celle des nouvelles classes moyennes « intégrées » dans des pays comme l’Inde et la Chine. J’utilise le terme « expulsé » pour décrire une variété de conditions : le nombre croissant de pauvres vivant dans une misère abjecte, les déplacés des pays pauvres qui sont recasés dans des camps de réfugiés formels et informels, les stigmatisés et les persécutés des pays riches qui sont destinés aux prisons, les travailleurs au corps détruit à la tâche et rendus inutiles à un âge bien trop précoce, des populations surnuméraires pourtant capables mais parquées dans les ghettos ou des zones. Mon propos est que cette expulsion massive signale en fait une transformation systémique plus profonde qui a été documentée par petits bouts, par bribes, mais pas vraiment présentée comme une dynamique globale qui nous emporte vers une nouvelle phase du capitalisme mondial.
Dans cet essai, j’examine trois enjeux. Tout d’abord, j’analyse brièvement ce qui nous a menés à ce point. Ensuite, je discute une nouvelle logique du profit qui peut prospérer sur les dévastations produites par la logique dominante des deux dernières décennies : la transformation de ce qui fut jadis construit comme territoire national souverain en terre à vendre sur le marché global. Ce sont des terres en Afrique, en Asie Centrale et en Amérique Latine qui sont achetées par de riches investisseurs ou des gouvernements pour produire de la nourriture, pour accéder aux eaux souterraines, ainsi qu’aux minéraux et aux métaux. Le troisième point peut être présenté comme une extension globale des mécanismes financiers qui ont, jusqu’ici, été confinés aux États-Unis mais qui ont pour trait caractéristique la possibilité de réaliser des profits financiers massifs sur le dos de foyers aux revenus modestes, ceux-ci étant globalement au nombre de 2 milliards.

Fabriquer des instruments complexes pour des extractions élémentaires

Deux changements profonds marquent le début des années 1980. Le premier fut l’ascension de la finance. Si l’activité d’une banque traditionnelle consiste à vendre de l’argent que vous avez, avec la finance vous vendez de l’argent que vous n’avez pas. A cette fin, la finance doit envahir des secteurs non-financiers pour obtenir le grain pour son moulin. Et aucun instrument n’est meilleur pour cela que le produit dérivé. Le résultat a été qu’en 2005, la valeur notionnelle des produits dérivés en suspens était de 630 mille milliards de dollars, soit 14 fois le PIB mondial. Ce n’est pas sans précédent dans l’histoire occidentale, mais c’est une transformation majeure par rapport à la période keynésienne, qui était marquée par la vaste expansion des économies matérielles : la production de masse et la construction massive d’infrastructures et de banlieues.
Le second déplacement fut le développement matériel d’un nombre croissant de régions du monde en zones-limites dévolues à des opérations économiques clés : la délocalisation globale d’industries à bas salaires, de services et de travail intellectuel vers des régions à faibles salaires, et l’expansion rapide dans le monde entier des villes globales comme espaces stratégiques pour des fonctions économiques avancées – ce qui vise aussi bien la construction de Dubaï à partir de rien que la rénovation souvent brutale de zones centrales des villes plus anciennes.
Le poids croissant de la logique financière explique également pourquoi la dernière crise a affecté les économies des pays les plus riches davantage que les crises précédentes, pourtant nombreuses, au cours des deux dernières décennies. Davantage encore, cela explique la combinaison d’une croissance énorme de la richesse individuelle depuis les années 1990 et de la disparition à la fin de 2009 de l’essentiel de la création d’emplois et de la croissance du revenu national observées dans cette période. Après deux décennies de financiarisation sauvage, on se retrouve avec une économie à croissance nulle dans la plupart des pays riches, en particulier les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Japon. Plus généralement, le monde compte davantage de pauvreté, davantage d’inégalités, davantage de concentration des richesses, et des économies encore plus dévastées dans le Sud Global.
Que sera la suite ?

Quand la terre a plus de valeur que les personnes et les entreprises qu’elle abrite

A l’intérieur du capitalisme lui-même, on peut caractériser la relation entre capitalisme avancé et traditionnel comme marquée par l’extraction et/ou la destruction. Dans le cas le plus extrême, cela peut signifier l’appauvrissement et l’exclusion d’un nombre croissant de personnes qui cessent d’avoir une valeur en tant que travailleurs et consommateurs. Mais cela signifie également que les petites bourgeoisies et bourgeoisies nationales traditionnelles cessent d’avoir de la valeur. Cela fait partie de l’approfondissement systémique actuel des relations capitalistes. Une manière brutale d’illustrer ce propos consiste à dire que les ressources naturelles dans la plupart de l’Afrique, de bonnes parties de l’Amérique Latine et de l’Asie Centrale ont plus de valeur que les gens de ces continents n’en ont en tant que travailleurs et consommateurs. Quand cela arrive, nous avons laissé derrière nous des formes du capitalisme qui prospéraient sur l’expansion accélérée de classes travailleuses et moyennes prospères. Maximiser la consommation des foyers était une dynamique essentielle au cours de cette période ; cela l’est aujourd’hui dans les économies dites émergentes.
Aujourd’hui, après vingt ans d’un type particulier de capitalisme avancé, nous sommes confrontés à un paysage humain et économique marqué par une dynamique à double hélice.
D’un côté, il y a un mélange de situations codées en populations surnuméraires croissantes et en expansion croissante de territoires dévastés – par la pauvreté et la maladie, par les soi-disant guerres civiles, par des gouvernements qui dysfonctionnent sous l’effet d’une corruption aiguë, d’un endettement élevé, et une incapacité extrême à répondre aux besoins des gens. Ces conditions existent, d’une certaine manière, dans les pays développés, mais elles prennent des formes extrêmes dans le monde moins développé. Nous pouvons y ajouter des tendances globales, notamment l’usage de plus en plus grossier des personnes – comme les travailleurs du sexe, ou tous les travailleurs qui ne sont pas simplement utilisés mais usés par des conditions de travail extrêmes puis jetés, les gens qui sont simplement des pourvoyeurs d’organes, et ainsi de suite. Il y a une rapide, et souvent très active production de population surnuméraire – des gens déplacés par la prolifération de conflits armés en Afrique sub-saharienne, ou la forte augmentation du nombre de prisonniers aux États-Unis et dans d’autres pays du Nord, toutes sortes de gens déplacés rassemblés dans des camps de réfugiés gérés par le système humanitaire international qui est (dans le meilleur des cas) financé par les contribuables du monde entier.
D’un autre côté, dans un nombre croissant de régions du Sud, le territoire cesse d’être considéré comme représentant des États-nations, pour être est systématiquement transformé en ressources disponibles1. Les dévastations décrites brièvement ci-dessus, notamment dans le Sud Global, combinées à la mise en œuvre de programmes de restructuration du FMI et de la Banque mondiale, ont eu des effets nombreux. Ici, je m’attarde en particulier sur l’un d’eux, que je tiens pour central dans la nouvelle phase de capitalisme avancé qui se déploie depuis que la crise financière a éclaté en 2008. Il s’agit du fait que ce mélange de processus a eu pour effet de « reconditionner » les terrains que représentent ces pays pour une expansion du capitalisme avancé, y compris sous ses formes criminelles.
La manière la plus simple d’illustrer ce point est de considérer les chiffres liés à l’acquisition accélérée de terres de pays pauvres pour la plupart par les investisseurs et les gouvernements étrangers. Ce n’est pas la première fois dans les temps modernes : il s’agit d’une dynamique récurrente qui tend à faire partie de réajustements impériaux. L’acquisition par la Chine de mines en Afrique est liée à son ascension en tant que puissance mondiale. La Grande-Bretagne, la France, les États-Unis et les autres ont tous fait cela dans les phases impériales initiales, et, dans de nombreux cas, ont possédé d’importantes parties de territoires situés dans des pays étrangers pour des centaines d’années. Mais chaque période est spécifique. Un trait particulier de notre époque est que, à la différence des empires du passé, le monde d’aujourd’hui est très largement composé d’États-nations reconnus comme souverains – peu importe la faiblesse de ce pouvoir souverain. Plutôt que la saisie impériale, le mécanisme en usage est, parmi d’autres, l’investissement direct étranger (IDE).
L’Institut international de recherche en politique alimentaire (International Food Policy Research Institute, IFPRI) a relevé en 2009 qu’entre 15 et 20 millions d’hectares de terres agricoles dans des pays pauvres ont été sujettes à transactions ou discussions impliquant des étrangers depuis 20062. C’est l’équivalent d’un cinquième de toutes les terres agricoles de l’Union européenne. En prenant une estimation conservatrice pour la valeur des terres, l’IFPRI a calculé que ces négociations s’élèvent à entre 20 et 30 milliards de dollars. Cela représente dix fois le montant du fonds d’intervention pour l’agriculture récemment annoncé par la Banque mondiale et quinze fois plus que le nouveau fonds du gouvernement américain pour la sécurité alimentaire. Quoiqu’il n’y ait pas de données d’ensemble, il y a un certain nombre d’études – et les résultats de l’IFPRI sont certainement les plus détaillés. Les formes contractuelles sous lesquelles ces terres sont acquises comprennent l’acquisition directe et le bail. Quelques exemples permettent de repérer les acheteurs et les lieux. L’Afrique est une destination majeure pour l’acquisition de terres. La Corée du Sud a signé des contrats pour l’équivalent de 690.000 hectares et les Émirats Arabes Unis pour 400.000, tous deux au Soudan. Les investisseurs saoudiens dépensent 100 millions de dollars pour cultiver du blé, de l’orge et du riz sur des terres qui leur sont louées par le gouvernement éthiopien ; ils bénéficient d’exemptions fiscales et exportent les récoltes vers l’Arabie Saoudite3. La Chine s’est assurée le droit de cultiver l’huile de palme pour des biocarburants sur 2,8 millions d’hectares au Congo, ce qui serait la plus grande plantation pour l’huile de palme au monde. Elle négocie en Zambie pour cultiver des biocarburants sur 2 millions d’hectares. Peut-être moins connu que l’exemple africain est le fait que des territoires privatisés dans l’ancienne Union soviétique, particulièrement en Russie et en Ukraine, sont également en train de devenir l’objet d’acquisitions par des étrangers. Rien qu’en 2008, on dénombrait les cas suivants : une société suédoise, Alpcot Agro, achetant 128.000 hectares en Russie ; le Sud-Coréen Hyundai Heavy Industries payant 6.5 millions de dollars pour devenir majoritaire au sein de Khorol Zerno, une entreprise qui possède 10.000 hectares en Sibérie orientale ; Morgan Stanley achetant 40.000 hectares en Ukraine ; des investisseurs du Golfe projettent d’acquérir Pava, le premier semencier russe coté sur les marchés financiers pour vendre 40% de sa filiale foncière, leur donnant accès à 500.000 hectares. Encore moins connu que le cas africain est celui du Pakistan offrant un demi-million d’hectares aux investisseurs du Golfe, en promettant 100.000 hommes pour protéger ces terres.
Ces développements font partie d’une combinaison plus large de tendances. Premièrement, il y a le fait immédiat que la demande globale de nourriture, entretenue par le demi-milliard d’individus appartenant aux nouvelles classes moyennes en Asie, signifie qu’il y a des profits à réaliser grâce aux aliments et aux terres. Nous avons maintenant un marché global de la nourriture et des terres contrôlé par des grandes entreprises et des gouvernements, et il a été un secteur de croissance tout au long de la crise financière. Dans ces conditions, le pricing est une affaire bien en main. Deuxièmement, il y a la demande continue pour les métaux et les minerais de toute sorte – et une nouvelle demande pour des ressources encore peu exploitées jusque-là dont le besoin provient de développements récents dans le secteur de l’électronique. L’Afrique, moins densément peuplée et moins construite que d’autres parties du monde, est devenue une destination clé pour les investissements miniers. Troisièmement, la demande croissante pour l’eau et la disparition d’eaux souterraines dans plusieurs parties du monde. Quatrième point, et peut-être le moins connu, est le déclin important des IDE dans le secteur manufacturier en Afrique, signalant également la reconfiguration de ce territoire. En Afrique du Sud et au Nigeria – les deux plus grands récipiendaires d’IDE, comptant pour 37% d’entre eux en Afrique en 2006 -, ont connu une forte augmentation d’IDE dans le secteur primaire et une baisse sensible dans le secteur secondaire4. C’est aussi le cas pour le Nigeria, où les investissements étrangers dans le secteur pétrolier ont été un facteur majeur : la part du secteur primaire dans les stocks d’IDE s’y élevait à 75% en 2005, contre 43% en 1990. D’autres pays africains connaissent des évolutions similaires. Même à Madagascar, l’un de ces rares parmi les petits pays à connaître une hausse des flots d’IDE dans les années 1990, celle-ci fut bien au-dessous de la hausse dans le secteur primaire.
Je développe ces enjeux plus longuement ailleurs et m’emploie à démontrer que l’extraction de valeur du Sud et, en particulier, la mise en œuvre de programmes de restructuration dirigés par le FMI et la Banque mondiale, ont eu pour effet de « reconditionner » les terrains représentés par ces pays pour une expansion du capitalisme avancé, y compris sous ses formes explicitement criminelles. L’achat de vastes bandes de terres en Afrique et en Asie Centrale pour les besoins de l’agriculture « offshore », de l’extraction d’eau souterraine et de l’accès aux métaux et aux minerais, est une opération plus aisée pour les investisseurs dominants actuels et les gouvernements s’ils font face à des gouvernements et des élites locales affaiblis et/ou corrompus, ainsi qu’à des citoyens sans pouvoir.

Expulsions dans les pays du Nord

Au début du nouveau millénaire, la forte accélération des valeurs financières par rapport au PIB réel générait une intense demande pour des titres soutenus par de vrais actifs. C’est dans ce contexte que même des crédits mal notés pour des logements modestes sont devenus du blé pour le moulin financier aux États-Unis. Cette combinaison d’une dette de mauvaise qualité et d’actifs modestes est probablement l’investissement le moins attractif pour la finance. Mais les crédits hypothécaires sur les maisons modestes étaient l’un des rares secteurs sous-financiarisés aux États-Unis : la financiarisation des crédits normaux et des prêts aux consommateurs étaient déjà en place depuis deux décennies, si bien que tout ce qu’il restait était aux marges – des crédits mal notés, des prêts pour les études, etc. Alors qu’augmentait la demande pour des titres soutenus par des actifs, l’usage de crédits hypothécaires à risque (subprimes) pour concevoir de tels titres connut lui aussi un essor .
Leur sous-jacent était une caractéristique vitale de ces instruments d’hypothèques en vue de leur possible extension au marché mondial des 2 milliards de foyers aux revenus faibles et moyens. On a bien trop insisté, dans les explications sur la crise, sur l’idée commune selon laquelle ce furent les acheteurs irresponsables de ces crédits hypothécaires qui auraient dû savoir qu’ils ne pourraient pas les payer. Cette caractéristique est le découplage des profits potentiels pour les vendeurs de crédits et les investisseurs de la capacité des consommateurs à rembourser. Il aura fallu un mélange complexe d’innovations pour rendre possible ce décrochage très élémentaire. Le fait qu’un acheteur puisse rembourser ses mensualités ou pas comptait moins que de faire signer au moins 500 de ces acheteurs. Chacun de ces crédits hypothécaires put ensuite être découpé en de multiples fragments, chacun de ceux-ci put ensuite être combiné avec une dette à la note élevée mais non soutenue par des actifs, puis l’on a pu générer ainsi un « produit d’investissement » qui put à son tour être vendu aux investisseurs comme un titre soutenu par des actifs. Mission accomplie !
Ainsi, la crise des saisies qui a éclaté en 2007 n’était pas une crise pour les investisseurs financiers. Ce fut une crise pour les millions de familles de la classe moyenne, la plupart ayant signé, nous le savons maintenant, en fonction de fausses prémisses. Ils ne purent rembourser leurs crédits et perdirent tout, y compris le peu qu’ils possédaient avant d’emprunter. Quinze millions de foyers ont désormais perdu leur maison du fait de saisies, ce qui est plus que la population des Pays-Bas. Des millions d’entre eux vivent maintenant dans des tentes.
Pour la haute-finance, ces millions de saisies en 2006 et 2007 ont créé une crise de confiance. Elles étaient le signe que quelque chose n’allait pas mais, en raison de la complexité des instruments combinés, il devint impossible d’identifier les éléments toxiques. La valeur en jeu, 300 milliards de dollars, n’aurait pas pu faire chuter le système financier. Il y a une ironie profonde dans cette crise de confiance : le talent de ceux qui ont conçu ces instruments financiers a contribué à la faillite d’un grand nombre d’investisseurs (en plus de celle des familles aux revenus modestes à qui l’on a vendu ces crédits). Le lien toxique était que pour que ces crédits hypothécaires marchent comme actifs pour les investisseurs, un grand nombre d’entre eux furent vendus sans qu’on se soucie de savoir si les acheteurs pourraient repayer leurs mensualités. Plus vite ces crédits hypothécaires étaient-ils vendus, plus vite ils pouvaient être combinés à des instruments financiers et revendus à des investisseurs. Au total, les subprimes ont plus que triplé entre 2000 et 2006, et ils ont compté pour 20% de tous les emprunts immobiliers aux États-Unis en 2006. Cette primauté accordée à la vitesse a également permis de garantir les commissions des vendeurs de subprimes et de réduire l’effet des défaillances sur leurs profits. En fait, ces vendeurs de subprimes qui n’ont pas pu s’en débarrasser, combinés à d’autres instruments, ont finalement fait faillite, mais pas sans avoir auparavant touché les commissions versées par les acquéreurs.
Les crédits hypothécaires peuvent être des instruments utiles pour aider les foyers aux revenus modestes à acquérir une maison. Mais ce qui s’est passé aux États-Unis au cours des dernières années a constitué un abus du concept. L’épargne modeste ou les futurs revenus de foyers aux revenus faibles furent utilisés dans le seul but de développer un instrument financier qui permettrait aux investisseurs de réaliser des profits même si ces foyers faisaient faillite. Dans un monde de plus en plus globalisé, les bons et les mauvais usages de cet instrument vont proliférer.
La vente agressive de subprimes à ceux qui ne pouvaient les rembourser est devenue un phénomène clair dans ce microcosme qu’est New York City. Les Blancs, qui ont un revenu bien plus élevé que tous les autres groupes de la ville, étaient bien moins susceptibles de souscrire aux subprimes que les autres. Ainsi, seulement 9.1% de tous les Blancs qui ont souscrit à des crédits immobiliers ont pris des subprimes en 2006, contre 13.6% d’Asiatiques, 26.6% d’Hispaniques et 40.7% de Noirs. Certes, tous les groupes ont connu des taux de croissance importants, si l’on considère la période des pires excès, de 2003 à 2005 : plus qu’un doublement pour les Blancs, un triplement pour les Asiatiques et les Hispaniques, et un quadruplement pour les Noirs. La plupart de ces foyers ont perdu leurs maisons à cause de saisies, et beaucoup de quartiers sont devenus des espaces urbains sinistrés.

2002 2003 2004 2005 2006
Blanc 4.6% 6.2% 7.2% 11.2% 9.1%
Noir 13.4% 20.5% 35.2% 47.1% 40.7%
Hispanique 11.9% 18.1% 27.6% 39.3% 28.6%
Asiatique 4.2% 6.2% 9.4% 18.3% 13.6

Taux de prêts hypothécaires à risque conventionnels par race, New York City, 2002-06.
Source : Furman Center for Real Estate & Urban Policy, 2007

Il est possible d’utiliser plusieurs ensembles de données pour anticiper le marché global potentiel pour ces instruments, et, de fait, leur potentiel pour dévaster les ménages, les quartiers et davantage encore. Une comparaison de la valeur de toutes les dettes de crédits immobiliers (crédits hypothécaires faibles à élevés) rapportée au PIB à travers les pays révèle des variations profondes. D’une certaine manière, la variation de cette valeur est fonction du timing. Elle est bien au-dessus de 100% aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Australie et dans plusieurs pays européens, notamment 145% en Suisse. Ici, le marché de l’immobilier a longtemps été privé et, plus important, le système financier est très développé dans bien des domaines. Ainsi, l’incidence des crédits est à la fois élevée et étendue en termes de variétés des circuits financiers qu’elle touche. Point central dans cette histoire, la différence entre les prêts immobiliers rapportés au PIB et le taux de croissance de ces prêts. De fait, le second est très bas dans les pays dotés de jeunes marchés de l’immobilier, comme en Inde et en Chine, où il s’élève à 10%. Par contraste, sur des marches plus matures en Asie, cette valeur peut être supérieure – s’élevant à 60% à Singapour, et 40% à la fois pour Taiwan et Hong Kong – mais le taux de croissance est bien plus bas. Entre 1999 et 2006, la croissance annuelle moyenne des crédits immobiliers en Chine et en Inde était extrêmement élevée, certainement au-dessus des autres types d’emprunts. Ces deux pays ont des nouvelles classes moyennes de 200 millions d’individus chacun, et donc des marchés immobiliers croissant rapidement. Ils sont donc au commencement d’une nouvelle phase économique de développement. Si l’on considère les innovations financières particulières – les emprunts immobiliers et les crédits hypothécaires à risque des foyers à modestes ou bas revenus -, alors l’on comprend combien le marché des emprunts immobiliers en Chine et en Inde peut être attractif.
Les capitaux liés aux emprunts immobiliers se développent, mais il faut les replacer dans un contexte financier plus large. Ainsi, même si la masse financière des emprunts représente une proportion significative du PIB dans des pays comme le Royaume-Uni et les États-Unis, la valeur totale des actifs financiers est sans commune mesure. Comme indiqué plus haut, le ratio de la finance rapportée au PIB américain est de 450%, comme c’est le cas pour le Royaume-Uni. L’autre histoire, dans ce cas, c’est la manière dont la finance est parvenue à trouver des mécanismes pour produire des bénéfices sans relation directe avec la croissance réelle des économies nationales. De ce point de vue, la titrisation des emprunts immobiliers peut être considérée comme un instrument puissant pour une financiarisation toujours plus importante des économies.
Finalement, un moyen plus avancé pour comprendre le marché potentiel des emprunts immobiliers peut être la mise en équivalence du système bancaire/financier d’un pays avec la valeur de son parc immobilier (Sassen 2008). Pour le système financier, on peut utiliser les données sur la part d’emprunts immobiliers dans les crédits totaux d’un pays. De fait, une telle part, dans les « marchés émergents », s’élève à 9% en Russie, 13% en Pologne, 20% en Afrique du Sud, avec la plupart des pays situés entre ces extrêmes. Dans les pays développés, cela varie énormément. La part la plus basse est de 17% en Allemagne et dans d’autres pays européens. Les plus élevées sont aux États-Unis, à 40%, au Canada, à 60%, en Australie, à 50%, en Norvège, à 60%, et ainsi de suite. Autrement dit, il y a une réelle marge de croissance pour les emprunts immobiliers dans la somme totale des crédits distribués par les systèmes bancaires et financiers. Il se pourrait qu’une partie de cette croissance prenne la forme de subprimes, avec ses risques pour les foyers aux revenus modestes et le levier additionnel que cela apporte au système financier.
En ce qui concerne les ménages, on observe, sur une période de temps très courte, une croissance rapide du ratio de la dette des ménages rapportée au revenu disponible. De fait, pour prendre des exemples de hausses fortes dans les marchés émergents, en République tchèque, ce ratio a bondi de 8% en 2000 à 27% en 2005 ; en Hongrie, de 11% à 39% ; en Corée du Sud, de 33% à 68%. Dans les marchés matures, ces ratios sont passés : de 83% à 124% en Australie, de 65% à 113% en Espagne, et de 104% à 133% aux États-Unis. Ce sont des taux élevés qui signalent le potentiel de croissance dans les pays ayant connu récemment de fortes hausses, tout comme ils annoncent ce qui peut arriver là où la hausse est restée limitée. On trouvera un signe de la propension de ce marché à devenir global dans la forte part de cette dette détenue par des étrangers dans certains pays. Cela vaut pour des économies aussi différentes que, par exemple, la Pologne, la Hongrie et la Roumanie, où respectivement 35%, 40% et 42% de la dette des ménages est détenue par des étrangers.

Conclusion : Une logique d’expulsion

L’une des manières de penser ces processus émergents dont nous parlons pose l’extension de l’espace opérationnel du capitalisme avancé. S’appropriant de nouveaux espaces, il en expulse des gens aussi bien dans le Sud que dans le Nord. Dans le Sud, ces espaces consistent en divers agrégats territoriaux visant la capture des richesses de la terre, des cultures d’exportation aux réserves d’eau ou aux ressources rares des minéraux et des métaux. Dans le Nord, les motifs réels pour s’approprier des espaces brusquement libérés sont moins évidents. Reste que l’on assiste dans les deux cas à la création massive de « populations surnuméraires », expression où le mot « surnuméraire » renvoie pour moi à une condition intentionnellement créée au sein d’un système et non pas à une condition spontanée.
Le Sud peut être vu comme une espèce d’avant-garde systémique pour une phase nouvelle du capitalisme avancé, laquelle prend le relais de la période d’hyper-financiarisation ouverte dans les années 80. Les économies du Sud, dévastées et en butte une ou deux décades durant aux programmes structuraux imposés par le FMI pour le remboursement de la dette, sont à présent intégrées aux nouveaux circuits du capitalisme avancé. Cela se produit par le biais de l’acquisition fébrile de millions d’hectares de terres par des investisseurs étrangers, tant pour produire de la nourriture que pour pomper de l’eau ou extraire des minerais au profit des pays investisseurs. L’important accroissement du nombre des déplacés – actuellement estimé à 26 millions, dont 17 l’ont été dans les toutes dernières années – est un indicateur de cette phase nouvelle.
Le tableau est moins clair dans les pays du Nord. La complexité plus forte de leur économie a pour effet une démultiplication des logiques d’extraction. Ici, j’ai fait état brièvement à la crise des crédits hypothécaires, cette logique spécifique aux pays du Nord qui aboutit à détourner le concept initial du crédit hypothécaire, cet instrument destiné à favoriser l’accession à la propriété de ménages aux ressources limitées. Je lie ce détournement à l’extension du domaine de la finance spéculative, et cela détache en réalité le circuit financier du bien réel qu’est la maison, tout autant que de son quartier ou des familles à qui l’on prête. Dans l’usage qui en est fait, la maison n’importe qu’en tant que le contrat la mentionne comme un gage matériel, et pour autant que des milliers de ces prêts peuvent être agrégés. Les familles sont ainsi requises pour développer un instrument financier : une fois le contrat signé, il n’est pas vraiment important de savoir si elle pourront s’acquitter ou non de leurs traites. En fin de compte, des quartiers entiers seront finalement expulsés, au sens propre, des circuits traditionnels du capital.

Traduit de l’américain par Gérard Wormser

Notes
1  Cf. « needed » resources (Sassen 2009).
2  Il n’est pas inutile de relever que cela est arrivé quand l’index des prix alimentaires publié par The Economist (23 mai 2009) a augmenté de 78% et que le soja et le riz ont tous deux grimpé de 130%. Dans l’intervalle, les stocks alimentaires se sont effondrés. Parmi les cinq plus grands exportateurs, les ratios de stocks de consommation + exportations sont tombés à 11% en 2009, en-dessous de la moyenne sur dix ans, qui était de plus de 15%. Au-delà des prix, les interdits commerciaux et les crises posent des risques même aux pays riches qui dépendent des importations de nourriture.
3  D’un autre côté, le Programme Alimentaire Mondial (World Food Programme) engage 116 millions de dollars entre 2007 et 2011, pour fournir 230.000 tonnes d’aide alimentaire aux 4.6 millions d’Éthiopiens qu’il estime être menacés par la faim et la malnutrition. Cette coexistence, au sein d’un pays, de profits liés à la production agricole pour l’exportation et de famines, les contribuables du monde entier payant en fin de compte pour l’aide alimentaire, tel est le schéma triangulaire qui s’est répété au fil des décennies depuis la fin de la Seconde guerre mondiale (Cf. Sassen 1998).
4  La part du primaire (qui comprend principalement les mines et l’agriculture) dans les stocks d’IDE est passée à 41% en 2006, contre 5% en 1996. Par contraste, la part du secondaire est tombée à 27%, contre 40%, sur la même période (UNCTAD, 2008).


من الفاسد السلطة أم المجتمع ؟!!

 

هل السلطة الفاسدة نتاج مجتمع فاسد؟ وهل المجتمع هو الذي يفسد سلطته أم أن ممارسات السلطة

هي التي تنشر الفساد بين الناس؟ تساؤل يحير الكثيرين ويرد في الكثير من التعليقات.

ذلك في نظري تحريف خطير وغير مفيد للأولويات وللنقاش الذي ينبغي أن يخوضه المجتمع والرأي العام حول معطيات الوضع القائم وكيفية تجاوزها بالطلاق بالتراضي أو بالتطليق.

فساد السلطة يعيده البعض للسياسات ولعدم إنجاز الوعود بل ويعيده البعض الآخر لإنحراف الثورة والسطو عليها. وفساد المجتمع يعود في الغالب عند الكثيرين للانحطاط والتخلف وأيضا لفساد السلطة والحاكم.

بالنسبة للتفسير الأول الخاص بفساد السلطة الدكتور محي الدين عميمور وهو أحد الكتاب الأكثر التصاقا بالحكم في مراحله المختلفة، كتب مرة يتحدث عن سطو الطلقاء على الدولة ومؤسساتها، فمن هم الطلقاء ولماذا تمكنوا من السطو على الدولة ولماذا فشل  » اصحاب العصبية الأولى » بتعبير ابن خلدون أو  » المجاهدون » بالتعبير الشرعي والسياسي في حماية الدولة من هؤلاء الطلقاء؟ مهما كانت الإجابة  » حزب فرنسا » أو تواطؤ النخبة أو عجزها فإن ذلك أمر لا مسؤولية للمجتمع فيه سوى أنه لم يكن طرفا في معادلة الحكم والقرار، حتى وإن كان الغاية الأساسية في خطاب التبرير السياسي؟

ويمكن أن نتساءل هل ينبغي أن يصلح المجتمع السلطة فيه أم ينبغي على السلطة أن تصلح المجتمع وأن تصلح نفسها؟

المسألة واضحة، لو اقترنت السلطة بالقيادة لقلنا أن على عاتق هذه القيادة تقع مسؤولية قيادة المجتمع وتحديد الأهداف والعلاجات اللازمة لإصلاحه وإصلاح مؤسساته وأولها الحكم والسلطة.

فمهمة بناء دولة المؤسسات ودولة القانون هي مهمة قيادية. وعندما تغيب القيادة وتغيب الشرعية والمصداقية تأتي مثل تلك التساؤلات المحيرة التي تجعل المسألة كلها عبارة عن زوبعة في فنجان مكسور!

البعض راح يروج وبشكل مغرض وخاطىء بل ومجرم لفكرة  » كما تكونوا يولى عليكم » بما يعني أن المجتمع الفاسد لا بد له من سلطة فاسدة تحكمه بفساده.

إن الشرع، الذي يستند له البعض بشكل عفوي وسطحي أو بشكل مغرض تحركه أطراف لها مصلحة في نشر تلك الثقافة الخانعة للحاكم وجعل ذلك واجبا شرعيا، قلت الشرع يجعل مسؤولية أولي الأمر تطبيق أحكام الشرع وإصلاح الرعية ويحملهم مسؤولية سعادة الرعية دنيا وأخرى.

ولتوضيح الفكرة ينبغي التساؤل: كيف يتم اختيار  » أولي الأمر »؟ وأي شورى لا بد من اتباعها باعتبارها قاعدة (وأمرهم شورى بينهم)، ومن يشارك في هذه الشورى  » أهل الشورى!! » أم كل المسلمين، وإن حدث اختلاف بين المسلمين فكيف الفصل فيها؟ وإن انحرف ولي الأمر أو قصر كيف ينبغي تقويمه، وإذا رفض وتجبر ما العمل وكيف يمكن إنهاء طغيانه؟ هذه التساؤلات ليست مسألة فقهية، يتولاها رجال الدين، بل مسألة سياسية ومؤسساتية، يتولاها ذوو الاختصاص في الكثير من العلوم مثلما هي شأن عام يهم كل أفراد المجتمع المسلم.

ويمكن القول عمليا أليس مبرر وجود أي سلطة هو وضع القاعدة التي تخدم الصالح العام ، وتطبيق القاعدة القانونية التي وضعتها هي؟ هل يمكن منطقيا أن تبرر السلطة الرشوة وانتشارها بفساد المجتمع؟ هل يمكن أن نسلم هكذا أن الإنسان فاسد بطبعه أو أنه يعيش مرحلة انحطاط تجعله فاسدا ولا مسؤولية للسلطة على ذلك الفساد إلا إدراته وحتى الخضوع له وتركه ينمو بحرية؟!! منطقيا الكل سيجيب طبعا لا؟

مهما كانت التفسيرات التي يقدمها علماء الاجتماع وعلماء الشرع والفقهاء فإن مسؤولية أي سلطة هي تطبيق القانون وهي قيادة المجتمع باتجاه غايات تم التعاقد عليها سياسيا، وذلك غير ممكن من دون اختيار هذه السلطة من قبل الناس. وهذا الاختيار هو أساس التعاقد. من دون فإن الغايات تتحد على ضوء تقدير مصلحة الأطراف النافذة في الحكم والمستفيدة منه وبما يضمن استمرار هذا الحكم. في هذا الاحتكار يأتي مناخ الفساد والإفساد. والخروج منه يبدأ من المنطقة نفسها. كسر الاحتكار.

في كل الأحوال واضح أن احتكار المجال السياسي واحتكار الثروة واجتماعهما عامل ناشر للفساد وحامي له. إن هذا الفساد هو الذي يقف حجر عثرة في وجه أي إصلاح للمجتمع والدولة. الإصلاح يبدأ من السلطة والحكم والتمكين من بروز قيادة حقيقية وقادرة للمجتمع.

نقلا عن الخبر

مصطفى هميسي
Dimanche 28 Août 2011
lanation.info

 

Le retour de l’information sécuritaire.

Salima GHEZALI
Mardi 2 Août 2011

Des attentats à la voiture piégée, des kamikazes neutralisés, des dénonciations pour terrorisme, des familles de disparus qui se plaignent de harcèlement et de plus, comme au plus fort de la sale guerre des années 90, l’annonce par les journaux d’une prochaine recrudescence de l’activité terroriste notamment à Alger.

 

Vingt ans de baromètre aléatoire

Aucune parole officielle n’est venue expliquer aux algériens en quoi un attentat terroriste qui fait trois victimes aux abords d’un commissariat ou d’un autre lieu  urbain est-il plus symptomatique de recrudescence de la violence terroriste qu’un attentat qui fait une vingtaine de victimes sur une route de montagne. Pourtant, des journaux remettent régulièrement en Une des informations sécuritaires qui, en d’autres occasions, sont reléguées en page intérieure.
En plus de vingt ans, les algériens ont vu les médias officiels ou privés ainsi que les responsables du pays réagir au cas par cas aux actes terroristes. Ignorant les uns, réagissant aux autres sans que rien ne vienne permettre au citoyen de se faire une opinion précise. Et pas seulement pour savoir qui tue qui ?
Le traitement des informations « sécuritaires » semble relever d’une logique que le citoyen ne comprend pas toujours. En quoi la mort d’une vingtaine de militaires sur une route de Jijel ou de Kabylie est-elle moins inquiétante que la mort d’un policier et de deux citoyens près de Bordj M’naiel  par exemple ?
Est-il normal qu’aucune institution officielle ne réagisse quand tombent certaines de ces nouvelles ? Rien n’est venu éclairer les citoyens sur la hiérarchie qui préside au classement des actes terroristes en graves ou moins graves. Aucune indication sur la portée stratégique de l’un par rapport à l’autre. Le fait de viser des civils est-il plus préjudiciable au moral national que le fait de cibler des militaires ? Quand les victimes sont étrangères cela compte-t-il davantage pour nos dirigeants ? L’attentat en contexte rural est-il moins spectaculaire qu’en contexte urbain ? Ou alors, est-ce le fait de cibler Alger qui est l’indice de nuisance majeure d’un acte terroriste ?

Une conscience à l’échelle du quartier

L’information sécuritaire est probablement le véritable baromètre des humeurs du pouvoir. Mais l’information sécuritaire ne recoupe pas forcément  la situation sécuritaire réelle. Entre les deux il ya le vaste domaine qui sépare d’une part des faits qui peuvent se produire, ou pas, dont on peut parler, ou pas, qui peuvent être reliés entre eux, ou pas, et d’autre part la manière de rendre compte de ces faits, réels ou supposés, dans une forme banalisée ou spectaculaire. La marge d’incertitude est telle devant une information de cette sorte que le seul critère qui reste déterminant est la proximité. Le concept de sécurité nationale se trouve alors, aux yeux du citoyen, ramené aux frontières du quartier. Avec toutes sortes d’effets pervers. Dont le fait d’accentuer le sentiment de marginalisation et la mise en concurrence sécuritaire des régions. Chacun ne croyant qu’en la réalité de la violence dont il est la victime. C’est non seulement la solidarité qui ne se manifeste plus mais également le sentiment de vivre dans le même pays qui en vient à s’estomper.
On a pu voir lors des émeutes de janvier dernier dans de nombreux quartiers de la capitale des citoyens se regrouper devant leurs immeubles pour les protéger de la furie des casseurs, la rue se trouvant entre  deux immeubles n’appartenant à personne en particulier pouvait être tranquillement saccagée.

Les services de sécurité sous le contrôle de l’armée.

Un arrêté interministériel publié dans le journal officiel du 05 juin 2011 met les autres corps de sécurité, la gendarmerie nationale et la police sous l’Autorité de l’Armée ont récemment annoncé les journaux. La mesure porte sur le contrôle de la lutte anti-terroriste : «  Le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire en charge du commandement, de la conduite et de la coordination des opérations de lutte contre le terrorisme et la subversion dispose du contrôle opérationnel visant à favoriser les conditions de mise en œuvre et d’emploi des forces et moyens concourant à la lutte contre le terrorisme et la subversion. »
Voilà une nouvelle qui aurait gagné à être expliquée dans ses tenants et aboutissants. Non par des commentateurs de presse exclusivement mais par des responsables ou des spécialistes faisant autorité en la matière. En quoi une telle décision est-elle stratégique du point de vue de la lutte anti-terroriste ? Pourquoi avoir attendu vingt ans pour adopter une telle mesure ? Pourquoi a –t-il été jugé utile de préciser le point suivant : «  L’intervention des unités et formations de l’Armée nationale populaire en zone urbaine ne se fera qu’en cas de nécessité et en renforcement des services de sécurité » ?
Par ailleurs la référence à la notion de « subversion » est elle-même assez troublante. Dans un pays qui n’a pas pour caractéristique principale la démocratie et le contrôle citoyen des institutions la notion de « subversion » peut relever de bien des interprétations. Le fait de s’organiser pour demander la vérité sur les disparus  par exemple est-il considéré comme un acte subversif ?  Est-ce la raison pour laquelle des familles de disparus sont mises sous pression par des agents de l’Etat ?

L’information sécuritaire va-t-elle sortir de l’informel ?

Puisque la coordination de la lutte anti-terroriste relève désormais du chef d’état-major de l’Armée nationale populaire et que tous les services de sécurité  impliqués dans la lutte anti-terroriste se trouvent regroupés sous son autorité faut-il s’attendre à la nomination d’un porte-parole officiel en charge d’informer le pays sur les questions d’ordre sécuritaire ?
Depuis l’arrêt des élections en janvier 92 et le basculement du pays dans le terrorisme, la lutte anti-terroriste s’est appuyée sur un dispositif de contrôle de l’information sécuritaire assez fluctuant. Au plus fort de la censure et du contrôle sur la presse, des journaux ont régulièrement été alimentés de manière informelle en matière d’information sécuritaire. Une situation qui n’a pas forcément servi la vérité.
Pour rappel, le ministère de la communication avait dû retirer leurs accréditations aux correspondants des agences de presse britannique Reuters et française AFP en Juin 2008 suite à de fausses informations données sur des attentats terroristes démentis par les autorités. A l’époque, le ministre de la communication avait déclaré : « … la fausse information qu’ils ont colportée a eu pour effet de terroriser la population(…) l’éthique journalistique exige que l’information soit vérifiée et à plus forte raison lorsqu’il s’agît de la sensible information sécuritaire. »

S’il n’est pas certain que l’affaire en question ait constitué à elle seule un problème de sécurité nationale il est par contre flagrant que les pouvoirs publics n’ont jusqu’ici pas réussi à se doter d’une information sécuritaire crédible. Et le vide ainsi crée favorise toutes les intoxications. Si l’information sécuritaire ne sort pas de l’informel la coordination de la lutte anti-terroriste se trouvera de fait amputée du nerf de la guerre.



آيت أحمد في حوار مع لاناسيون

 

أحمد سلمان
Lundi 11 Juillet 2011

http://www.lanation.info

 

حتى لو حدث، مع أنه لا يشك بأن النظام يناور وهو يحرك موضوع الإصلاح لا يوجد أثر للتشاؤم عند حسين آيت أحمد فهو يبجل في هذا الحوار عودة كلمة الحرية مع الربيع العربي وبداية تحرر من استعباد طويل للضمائر الذي تلا الاستقلال وهو لا يشك أن الجزائريين الذين قاوموا التدمير الاستعماري سيعرفون كيف يخلقون البديل الديمقراطي لنظام ينكر ويُعنّف. وهو يشيد بالجزائريين وبالمناضلين السياسيين الذين لا يكسبون هذه الصفة بشكل نهائي ويتعلمون كل يوم ضد الصعاب والمحن وضد القمع واليأس كيف يصبحون مناضلين سياسيين ويبقون كذلك.

س ـ يأتي عيد الاستقلال هذه السنة في ظرف وطني ودولي تميزه فكرة الإصلاحات من جهة والربيع العربي من جهة أخرى. ماذا يوحي لكم ذلك؟

 ج ـ في الأول العودة الكبيرة لكلمة الحرية، وبداية التفكيك (أخيرا ! ) لفكرة عبثية أثقلت رؤوس الملايين من النساء والرجال لعشرات السنين، فكرة كانت تزعم أن الشعوب بعد أن نالت استقلالها لم يعد لديها ما تصبو إليه، اللهم إلا بعض المطالب ذات الطابع المادي. وبدلا من أن يكون بداية لمسار التحرر، تحول إعلان الاستقلال، باستعمال القوة والمكر والابتزاز، إلى استعباد طويل للضمائر. إن أول وأعظم انتصار لانتفاضة المجتمعات يكمن في التأكيد على فكرة كانت ممنوعة حتى الآن: على القادة أن ينالوا استحسان الشعوب وليس العكس، على القادة تقديم الدليل على أنهم يحبون أوطانهم ويستحقون ثقة شعوبهم، وليس على الشعوب أن تقدم كل صباح الدليل على وطنيتها بوقوفها في حالة استعداد أمام المستبدين. إن ربيع تونس والتجند الرائع للشعب المصري أعطيا للعالم العربي هذه الهدية التي لا تقدر بثمن.

س ـ وماذا عن عيد الاستقلال؟

 ج ـ هل لاحظتم بهجة المتظاهرين في ساحة التحرير؟ بالرغم من الخوف والوعي بخطورة الرهانات فإن الشعوب تبتهج عندما تناضل من أجل مستقبل أفضل حتى لو لم تكن الأمور مربوحة سلفا. لقد عرفنا هذا النوع من البهجة عندما كانت الحرية تبدو قريبة المنال، وسنسترجع هذا الإحساس البهيج بالنضال عندما يبدو المستقبل أقل قلقا للشباب. إن الجروح التي تم فرضها على هذا البلد من العمق بحيث لا يمكن حصرها في جدول أعمال تبسيطي، واستقلال بدون حرية هو ليس استقلالا في الحقيقة…

س ـ هناك كلام عن إصلاحات سياسية في الجزائر، عن التغيير…

 ج ـ أعرف. يتكلم عنهما في كل مرة لا نعرف فيها ما نفعل. عندما كانت هناك إصلاحات حقيقية فقد افتعلوا حربا لتوقيفها. أبقى متشككا في قدرات النظام على أن يفعل أفضل من المعتاد.

س ـ أهذا كل شيء؟

ج ـ هل تظنون أنها مسألة اقتراحات وأفكار جديدة وبرامج طموحة؟ لقد قدمنا اقتراحات وأصدرنا تصريحات وأرسلنا رسائل ومذكرات. ..

س ـ إذا عما نتحدث؟

 ج ـ عن الإرادة السياسية، هناك انعدام إرادة في فعل الأمور بجدية، هناك الكثير من الأكاذيب والمراوغات والألاعيب المشبوهة، إن هذا البلد مثقل بالخدع والحيل القذرة ووسط كل ذلك هناك استخفاف لا يصدق في تسيير هذا الغضب الهادر، كأن السلطة لم تعد قادرة على تقدير كل ما تم إهداره. إن أصحاب القرار الحقيقيين فرضوا دوما مهارة السلطة السياسية كما لا يمكن أن ننسى الدور والتجربة الطويلة لبوتفليقة في فن إفشال كل إمكانية للتحول الديمقراطي بالحيلة والعنف. عندما لا تكون هناك ثقة يجب البدء باستعادة الثقة. ولا يمكن تصور حوار دون هذا الشرط المسبق.

س ـ استجاب السيد عبد الحميد مهري للجنة بن صالح في الوقت الذي رفضتم فيه الدعوة. كان يبدو أن هناك تقارب بينكما خلال السنوات القليلة الماضية. ما رأيكم في اقتراحاته للخروج من الأزمة؟

 ج ـ أعربت له عن تأييدي بصفة علنية وبصفة خاصة، لِمَا يحاول القيام به ببيداغوجية رفيعة نحو السلطة وكل الذين مازالوا لا يعرفون معنى الديمقراطية وشروط تطبيقها وبناء الثقة في مسعى جدي من أجل التغيير.

س ـ وأنتم ألا تفكرون في « عمل بيداغوجي » اتجاه السلطة؟

 ج ـ لكل منهجه. عندما يكون هناك شيء جديد سأتكلم، أما الآن فأنا لا أرى ذلك.  وتبقى الأولوية بالنسبة إلي هي بناء الحزب واسترجاع الروابط بين المناضلين والمواطنين والقوى الاجتماعية ومواصلة الحوار مع الشركاء الملتزمين في جهد جدي ومثابر من أجل الديمقراطية وتغيير نظام الحكم. إن النضال السياسي في ظل نظام استبدادي هو إعادة تعلم دائم للممارسة السياسية. لا يصبح المرء أبدا مناضلا سياسيا بصفة نهائية، نتعلم يوميا أن نكون كذلك وكي نبقى كذلك.

س ـ قيل كلام كثير خلال الأشهر الأخيرة عن التاريخ، لن أقلل من شأنكم بالطلب منكم الجواب عما قيل، ولكن أتظنون أن الصمت كاف؟

 ج ـ أي صمت؟ التاريخ نصنعه أولا، ثم نكتبه بعد ذلك. أعمل منذ عدة أشهر مع مجموعة من المؤرخين فرنسيين وجزائريين شبابا وأقل شبابا حول ما أعرفه وما شاركت فيه في كتابة الثورة وحرب الاستقلال، وأنا مدين بذلك لكل الوطنيين ورفقاء الكفاح، كما أنني مدين أيضا بذلك للأجيال الشابة. وأترك الثرثرة للمثرثرين.

س ـ لنعد إلى الحاضر. إن الوضع الأمني الذي عرف تهدئة في باقي البلاد يبقى غير صحي في منطقة القبائل.

 ج ـ كيف يمكن أن يكون هناك جو أمني صحي في بلد جوه السياسي، وأستسمحكم في العبارة، فاسد تماما، إن الوضع الأمني هو غير صحي إجمالا في كل البلاد مع بعض الخصوصيات المحلية هنا وهناك. عرف بالطبع العنف « الإرهابي » انحسارا في بعض الأماكن وليس في أخرى ولكننا لا نعرف بالتدقيق من الذي يغذي الممارسة البغيضة في الاختطاف وهناك أشكال أخرى للعنف ظهرت وتعرف تطورات مقلقة.

س ـ ماهي؟

ج ـ إنها عديدة، ولكن كلها لها علاقة بالرشوة في الإدارة والمصالح التي لها علاقة بأمن المواطنين. الجريمة الكبيرة والمخدرات واللصوصية في كل شيء لا تنمو في بلد مؤطر بصفة صحية، فالبطالة المكثفة عند الشباب تجر المجتمع إلى أن يكون أقل حرصا على الأخلاق اليومية. بعد ذلك يكفي أن حالة من عشرة تسقط في شباك تنظيم إجرامي لتدخل في دوامة جهنمية وهنا نلتقي بطبيعة نظام الحكم، إن الرشوة ظاهرة معقدة، ويعيش المواطن الذي يرتكب مخالفة بسيطة في خطر كبير إذ قد يصبح في أمد قصير، نوعا ما، بين أيادي شبكة إجرامية على مستوى الحي حيث يوجد اللص والشرطي الفاسد ومنتخب « الشكارة » والبيروقراطي الفاسد، الذين يشكلون « النخب الجديدة للنظام » والتي تتكفل « بتأطير الشباب ».

س ـ ولكن ماذا تفعل الأحزاب السياسية؟ 

 ج ـ مناضلو الأحزاب السياسية ليسوا أبطالا خارقين للعادة قادرين على مكافحة، في نفس الوقت وبصفة مستمرة، القمع البوليسي والمافيات التي تمثل الأرضية الاجتماعية الحقيقية للنظام ! مع أنهم يفعلون أو يحاولون فعل ذلك، ويحاولون تجاوز التفكك العام، التعب والغضب، في حين أن كل الجهاز الإيديولوجي للنظام يشجع التجهيل السياسي ! تأطير المواطنين عمل جبار عندما يكون هناك عمل تقويضي مقابل يقدم الاختلافات بين الأحزاب السياسية والمناضلين والمنتخبين كمجرد مسائل غيرة وحسد ! بالطبع هذا موجود ولكن هناك في الأساس خط الفصل بين المناضلين النزهاء وأولئك الذين يتعاطون مع الشرطة السياسية أو مع أوساط الرشوة، ولأنه ليس في إمكان المواطنين رؤية الأمور بصفة موضوعية نتيجة لتبعية الإدارة للفاسدين فإنهم يبقون بعيدا بين عمل شغب وآخر، لأنهم يخشون الخطأ وأيضا لأنهم يخشون الانتقامات من كل الأنواع. هذا « الإرهاب » أصبح أكثر قوة، وهو يُغذَّى ويُشجَّع من طرف نظام الحكم. ولكم مثال في قصة قضية خليفة فمن مومن خليفة إلى السارق البسيط في الحي هناك « سلسلة للقيادة » تنطلق من المكاتب الفخمة للنومونكلاتورا للدولة أو بارونات النظام حتى الأحياء الشعبية أو الأحياء القصديرية، إنهم مواطنون بلا قدرة على الطعن كما هم ممنوعون من كل الوسائط « العادية »، يعطون جحافل من الضحايا والمذنبين. بالأمس كانت تغذي الجبال وهي اليوم تغذي جنود الإجرام. هذا ما نحن عليه بعد خمسين سنة من الاستقلال. تحت الاستعمار كان الشباب الجزائري الفقير يجند بالقوة في الجيش الاستعماري واليوم يتم تسليمه إلى المافيا.

س ـ حتى في منطقة القبائل؟

 ج ـ في القبائل لا تكتفي السلطة بالتسيير عن طريق القمع الوحشي والرشوة كما تفعل ذلك في جهات أخرى. في القبائل وحتى يتم تكسير هذه المنطقة، التي كانت تاريخيا متمردة ومسيسة بقوة، بصفة أحسن، تعمل السلطة على الترويج للبدائل الكاذبة. إن التجهيل السياسي تحت وصاية السلطة والذي يقوده بارونات محلية والتي مع أنها مخلوقات خالصة للنظام تمارس خطابا معارضا ليس لنظام الحكم وإنما لباقي الجزائر. والأدهى في هذه القصة أن نفس الدوائر التي تعمل على الترويج لخطاب معاد وعنيف للقبائل في بعض وسائل الإعلام والدوائر هي نفسها التي وراء المجموعات الصغيرة التي تنمي خطابا معاد للعرب في منطقة القبائل. والنتيجة هي هذا التجهيل السياسي المتنامي. إن أثمن ما قدمته القبائل للجزائر هو رأس مالها السياسي. وعندما يتم استبدال السياسة بالتقوقع الشوفيني المقصود هو حرمان الجزائر من عطاء القبائل حتى تحرم منطقة القبائل من الجزائر. إن الناس المسؤولين والجديين لا يمكنهم أن يقولوا أن القبائل هي سويسرا عندما تكون كل البلاد تحت النار والدم ثم يقولون بعد عشر سنوات أن القبائل هي وحدها المستهدفة بالعنف. إلى حد الآن فإن المواطنين في منطقة القبائل وخارج منطقة القبائل يقاومون هذه المناورات وهذه المقاومة تأتي مما تبقى من إرث الحركة الوطنية. وفي هذا الخامس من جويلية علينا أن نحتفل بما تمكن إصرار الجزائريين من المحافظة عليه وإنقاذه من المناورات التدميرية للنظام. وهذا الإصرار العنيد الذي قاوم التدمير الاستعماري سيكون برغم كل الصعاب قادرا على بناء بديل ديمقراطي لهذا النظام الذي لا يطاق


Impasses majeures et fenêtre de tir
Par Salima Ghezali
Mercredi 25 Mai 2011

Cette semaine ont débuté les consultations entre le Pouvoir, les partis politiques et la société civile autour des réformes annoncées par le Président de la République.

La multiplication des impasses.

Que pouvons-nous penser de cette démarche sachant ce que nous savons sur la manière avec laquelle le Pouvoir a conduit les affaires du pays depuis des décennies ?
Une conduite unilatérale. Brutale. Faisant peu de cas de la concertation. Ne procédant à aucune évaluation de sa démarche. Aucun bilan de la gestion de la séquence précédente. Sommant la société de s’aligner sur un agenda dont elle n’est pas convaincue et sur lequel elle n’a aucune prise. Aucun contrôle.

Qu’est-ce qui a changé pour que l’actuelle convocation du personnel politique et associatif soit différente des convocations antérieures ?

Depuis que des réformes ont été annoncées dans le sillage du « printemps arabe » rien dans l’attitude ni dans les déclarations publiques des dirigeants du pays ne laisse deviner une quelconque prise de conscience de la nature nouvelle de la séquence en cours.

Rien non plus pour ce qui est de l’esprit- radicalement nouveau- avec lequel il est essentiel que cette nouvelle phase de la crise nationale soit abordée.
Jusqu’ici, à chaque fois que sa gestion l’a conduit dans unes de ses impasses structurelles, le pouvoir a réagit de la même manière. En proposant d’entrer dans une autre impasse. Pour y rejouer la même vieille pièce.

Est-il possible, encore une fois, que le Pouvoir n’ait d’autre agenda que gagner du temps ?

Le Pouvoir a gagné

En vérité, le pays est usé jusqu’à la corde. Le Pouvoir a gagné. Il n’a plus d’adversaire en mesure d’affronter ses ruses et ses dribbles. Et ses menaces. Et ses fausses promesses.

Difficile à dire dans un pays où le machisme dominant consiste d’abord à se réfugier dans le déni de réalité. Le constat est pourtant là : Le pouvoir a gagné. Contre la politique qui ne mobilise plus. Contre la société qui ne s’organise plus. Contre le gouvernement qui ne gouverne plus. Contre la loi qui ne règne plus.
Il ne reste que deux acteurs majeurs : L’argent et la force. Deux acteurs qui se partagent le pays sur les deux modes selon lesquels ce dernier se décline. Un mode légal en déclin et un mode illégal en expansion croissante.

Dans une journée algérienne bien remplie, une fois que le ministre a fini la tournée de distribution de son quota de rente, c’est « le baron de l’Informel » qui prend le relais. Pour un puissant banditisme en col blanc. Qui reprend à son compte la rente injectée légalement dans une économie sans ressorts légaux efficaces. Le seul système qui permette de « salir » de l’argent propre.

Quand le policier a fini de réprimer les manifestants, de poursuivre les petits délinquants et de fignoler ses dossiers, c’est le voyou qui prend la main. Dans les quartiers populaires où la violence des bandes fait des incursions de plus en plus musclées et dans les bidonvilles où ne règne que la loi de la pègre.
Sans aller jusqu’à ce qui passe dans les maquis. Ni le long des frontières. Ni dans le grand sud transformé en échiquier grandeur nature pour la géopolitique globale. Avec ses narco- trafiquants. Ses contrebandiers. Ses tribus en manque d’Etat. Et tout ce beau monde lourdement armé.

Le pouvoir a gagné contre tout ce qui pouvait protéger la société. Des institutions crédibles. Une vie politique respectable. Une économie régie par des lois. Un Etat de Droit. Des libertés publiques. Une société civile puissante. Des élus reconnus par un véritable électorat. Un arbitrage légal et une justice au dessus de tout soupçon.
Et ce pouvoir ne semble même pas réaliser combien la faiblesse de la société finit par déboucher sur la faiblesse de l’Etat.

De coups de forces en coups de Jarnac. Et à force de coups, le Pouvoir a gagné le droit à un splendide isolement. Au dessus d’un champ de ruines. Et du désengagement civique d’une population en colère. Et meurtrie.

Changer d’approche

Dans le sillage du « printemps arabe », et même bien avant, les partenaires étrangers du pouvoir algérien, tout en lui apportant leur soutien, ont régulièrement souligné leur souci de voir émerger les instruments d’une bonne gouvernance, une société civile forte, des institutions démocratiques, un élargissement de la base sociale du régime… Et bien d’autres formules pour dire leur intérêt à voir les autorités garder le contrôle des populations.

Tant que ce contrôle pouvait se suffire de la lutte anti-terroriste comme cadre global de résolution, nulle insistance particulière ne s’est exprimée. Mais les turbulences que traversent le monde et la région rendent impérative une reprise en main des affaires de « monsieur tout le monde ». Celui justement qui a été jeté aux oubliettes, méprisé, humilié, torturé, menacé, licencié, appauvri…

Toutes ces choses qui rendent si semblables des régimes arabes trop enclins à se proclamer différents par delà la similitude de leurs pratiques. Et l’état de délabrement dans lequel ils laissent leurs sociétés respectives.

Ce n’est pourtant pas de cela que le Pouvoir veut discuter.

Le pouvoir veut recueillir des avis ou des propositions sur des amendements
constitutionnels et sur des lois. Deux choses qui ne déterminent en aucune manière, dans le système actuel, la nature des rapports entre le pouvoir et la société.

Comment changer la nature des rapports entre Pouvoir et société ? Comment arriver à rendre le Pouvoir aux lois ? Comment donner une puissance effective à la constitution du pays ? Comment confier la sauvegarde des institutions au jeu institutionnel lui-même ? Comment donner aux processus électoraux leur caractère démocratique et politique ? Comment mettre les élections à l’abri des puissances d’argent, des maffias et de la violence politique ? Et quels mécanismes fiables pour l’évaluation de tout cela ?

En un mot, comment assainir un climat politique pour y rendre à nouveau possible l’exercice de… la politique ?

Entre la colère émeutière, la violence mafieuse, les pressions externes et la faiblesse des forces sociales organisées il ne reste au pays qu’une mince « fenêtre de tir » pour lancer une véritable entreprise de réforme de son système de pouvoir.

La disponibilité à s’en saisir est le seul critère qui permette de différencier entre un despote patriote et un despote imbécile. Le premier acceptant de changer pour le bien de son pays et le deuxième entrainant son pays dans sa perte.

Le monde arabe a donné à voir quelques fameux spécimens de la deuxième catégorie de despotes. L’Algérie va-t-elle inaugurer le cycle des patriotes ? C’est en tous cas seulement à cette condition qu’elle pourra prétendre à la différence. De traitement.

lanation.info



Mercredi 20 Avril 2011

Entre le dernier éditorial de La Nation et celui d’aujourd’hui 15 années sont passées. Et beaucoup de choses n’ont pas changé dans les termes de l’équation politique.
D’abord le mot politique lui-même qui continue d’être nié par les responsables en poste qui refusent de voir dans la grave crise de gouvernance que vit le pays sa nature essentiellement politique..

Entre le dernier éditorial de La Nation et celui d’aujourd’hui 15 années sont passées. Et beaucoup de choses n’ont pas changé dans les termes de l’équation politique.

D’abord le mot politique lui-même qui continue d’être nié par les responsables en poste qui refusent de voir dans la grave crise de gouvernance que vit le pays sa nature essentiellement politique.

Un déni qui en entraine un autre. Celui d’acteurs de premier rang qui se défendent de vouloir faire de la politique. Mais qui veulent la démocratie, la liberté d’expression, d’organisation, d’entreprendre etc. Ou qui veulent la bonne gouvernance, l’efficacité gestionnaire, le bon management des entreprises, la souplesse des services publics, la qualité de l’hygiène publique… Leur domaine d’intervention particulier, qu’il s’agisse de l’Entreprise, de l’Hôpital, de l’action sociale, de l’école ou de l’Université, leur fait constater que le pays est ligoté par le mode de gouvernance en vigueur. Une gouvernance, de l’aveu de tous, archaïque, qui rend hors de portée toutes ces « choses » sans lesquelles le travail n’est plus du travail. Les études ne sont plus des études. Le loisir n’est plus du loisir. Et entre les deux la vie devient impossible.

La contestation de ce type de gouvernance est, qu’on le veuille ou pas, un acte politique à assumer comme tel. Au même titre qu’il convient d’assumer son identité d’entrepreneur, de syndicaliste, de député, de chômeur etc. Ce qu’il ya d’intéressant dans les mouvements populaires en cours c’est qu’ils s’inscrivent dans la défense décomplexée d’intérêts particuliers.

A force de crier « l’Algérie avant tout ! » Des légions de prédateurs en tous genres ont mis les algériens en dessous de tout. En dessous du seuil de pauvreté. En dessous du minimum démocratique. En dessous des droits de l’homme, en dessous des droits syndicaux etc.

L’aspect sectoriel et parfois étroitement corporatiste que prennent certaines revendications s’inscrit alors logiquement sur la ligne de défense ultime à laquelle « l’algérien qui ne fait pas de politique » a été acculé. La ligne ultime étant ici une école ou un institut universitaire, là un corps de métier ou une entreprise particulière, et là bas un quartier privé de transport, d’eau ou d’électricité.

En jouant sur le brouillage des lignes et de la planche à billets, le Pouvoir a jusqu’ici réussi à maintenir chacune de ces demandes particulières à l’écart des autres. Quand il ne les a pas carrément mises en conflit entre elles.
Et puis vint la surprise de chez les voisins. Chez qui on partait massivement en vacances par ce qu’ils avaient ce que nous n’avions pas. Des services de qualité, de l’hygiène et de la civilité. Mais nous on avait La Révolution !

Et voici que même notre Révolution devient désuète en comparaison de celle des voisins. Et leur révolution moderne, organisée et pacifique n’a aucun problème avec la politique.

Les associations, les syndicats, les patrons, les corporations, les ligues, les groupes de réflexion, les experts, les intellectuels, les universitaires sont proches de tel ou tel courant politique. Ou plus précisément de tel ou tel parti politique. Cela ne les empêche pas de défendre leurs intérêts particuliers auprès de ces partis. Comme auprès des pouvoirs publics.

En fait, il n’ya de problème avec la politique que lorsqu’on vit dans un système non démocratique. C’est là que la pression du pouvoir est trop grande. Sur les patrons comme sur les syndicats. Sur les experts comme sur les institutions. Sur les groupes comme sur les individus.
Et quand il ya pression, la politique devient difficile à assumer. Mais pas que la politique. Quand il ya pression il n’ya plus de garantie ni pour la liberté d’entreprendre ni pour la liberté de s’organiser ni pour la liberté de gérer, ni pour la liberté de choisir…

Tout le monde n’est pas obligé de faire de la politique. Mais tout le monde a intérêt à ce que l’exercice de la politique soit garanti dans les textes et dans les faits.

Sinon tous les autres exercices seront eux aussi soumis au bon vouloir du prince. Il ne suffit pas de se défendre de faire de la politique. Et de croire que la mauvaise gouvernance se combat dans l’évitement de la confrontation. Il faut s’organiser et revendiquer clairement et ouvertement la défense de ses intérêts particuliers. Aux patrons le patronat. Aux travailleurs les syndicats. Au jeu politique d’organiser la relation entre les deux. Et à l’Etat de garantir les droits de chacun.

Sinon Adieu Entreprise, Expertise et Think tank !


Après plusieurs années d’absence, La Nation revient ! (www.lanation.info)

Très bonne nouvelle pour les partisans du changement et les militants de la démocratie en Algérie : l’hebdomadaire « La Nation » est de retour. Après de longues années d’absence en raison de la pression exercée par le pouvoir sur les journaux libres et réellement indépendants, La Nation revient dans une version électronique. http://www.lanation.info
«Nous nous sommes décidés à faire paraître la Nation parce que nous ne pouvons être ni loin ni indifférents à la dynamique enfantée par la jeunesse du monde arabe pour recouvrir la dignité, la liberté, toutes les libertés dans tous les domaines. Nous nous sommes décidés également d’être à nouveau sur la scène médiatique algérienne car nous ne pouvons être ni loin ni indifférents à tout ce qui se passe dans notre pays qui souffre de mille maux depuis tant d’années », a écrit Omar Attia dans une lettre publiée aujourd’hui http://www.lanation.info
Selon l’éditeur, «des changements sont annoncés dans le monde arabe et des voix de personnalités historiques en Algérie appellent au changement pacifique dont la réalisation est l’affaire de tous (…) C’est pour apporter notre contribution au débat que la Nation paraît fidèle à une ligne rédactionnelle indépendante, objective et responsable».