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Afrique du Nord en danger

Algérie dans le viseur des USA

François Charles. http://www.lautreafrique.info lundi 10 février 2014

Il y a déjà plusieurs mois que les Etats-Unis, après avoir classé l’Algérie comme « pays à risque pour la sécurité des diplomates », ont implanté des installations militaires avec contingents de marines, à la pointe sud de l’Espagne, sans cacher le moins du monde leurs intentions interventionnistes vers le nord de l’Afrique.

Sachant par ailleurs, que les Etats-Unis visent désormais la région frontalière située entre le sud tunisien et l’Algérie : « Signe que les Etats-Unis sont décidés à agir, le Pentagone vient de récupérer, dans le sud de la Tunisie, une ancienne base désaffectée qui doit être rénovée pour intervenir sur le théâtre libyen, affirme une source diplomatique à Tunis. (le Figaro, 1er février 2014), le moins qu’on puisse dire, même s’il n’est question pour l’instant que d’intervenir en Libye, est que l’ogre se rapproche…

Menaces de punition pour n’avoir pas suffisamment soutenu l’intervention militaire française au Mali ? Projet de déstabilisation d’un dernier bastion encore par trop indépendant de l’influence US ?

Toujours est-il que, après les maliens et au vu de l’état de tension régnant dans toute la sous-région, les algériens sont fondés à nourrir de grandes inquiétudes.

Une intervention militaire annoncée

500 marines, huit avions militaires de combat…Les Etats-Unis ont ainsi déployé, depuis l’été 2013, une force militaire d’intervention conséquente, dans la petite ville de Moron en Espagne. Si le stationnement de militaires américains sur le sol espagnol n’est pas un scoop, ce qui est nouveau en revanche est la spécificité dédiée à cette nouvelle implantation. L’aveu du gouvernement espagnol à ce sujet est d’ailleurs de taille : » permettre à l’armée américaine d’intervenir dans le nord de l’Afrique en cas de troubles majeurs ». On ne saurait, en effet, être plus clair !

Aujourd’hui, alors que les USA viennent de faire une demande officielle au gouvernement Rajoy d’augmenter de moitié le contingent des marines déjà en place, appelé « Force de riposte pour la crise en Afrique », on apprend, par le quotidien espagnol El Pais, que sont prévus d’importants mouvements de la marine militaire US sur les côtes espagnoles : » Le 11 février prochain le destroyer américain USS Donald Cook arrivera avec ses 338 membres d’équipage à la base navale de Cadix. Un second navire, USS Ross arrivera en juin et deux autres, USS Porter et USS Carney, en 2015. Au total, ce seront 1100 marines, avec leurs familles, qui s’installeront sur la base de Cadix ».

Interrogé à propos de toutes ces manoeuvres et implantations militaires, Gonzalo de Benito, secrétaire d’Etat espagnol aux affaires étrangères, se contentera de commenter : » Quelles opérations réaliseront ces marines suréquipés ? Je ne peux pas le dire car ces forces sont pas venues pour des opérations précises mais pour des contingences qui peuvent se produire… »

Entre menaces et langue de bois, on mesure combien ces bruits de bottes sont à prendre au très sérieux.

Que ce soit en Italie ou en Espagne, au Nord Mali ou au Niger, qu’elles soient françaises ou US, force est de constater que les implantations militaires se multiplient dans la région proche Maghreb.

L’humanitaire d’abord et puis… la guerre

Toutes les interventions extérieures qui ont procédé, et y tendent encore, à ce processus de désintégration territoriale et politiques des nations, notamment africaines… ont toujours été précédées de campagnes ultra-médiatiques menées sur le terrain de « l’humanitaire ». On connaît parfaitement le déroulé des opérations : « humanitaires » et ONG signalent, généralement là où on le leur dit, une situation dramatique pour les civils, y dénoncent des famines en cours ou à venir, identifient des multitudes de génocides (ou risque de), abreuvent les opinions publiques d’images-choc et finalement… les grandes puissances se voient »contraintes », à leur corps défendant s’entend… d’intervenir au nom du « droit à la vie des populations concernées ». CQFD en Libye, en Côte d’Ivoire, en Centrafrique, au Mali…tous désintégrés, découpés et finalement partitionnés.

C’est ainsi que, après avoir rôdé il y a fort longtemps son procédé au Biafra et en Somalie, tous deux désintégrés (1), le »bon » docteur Kouchner, devenu ministre français de gauche et de droite, allait inventer en ex-Yougoslavie, elle aussi désintégrée, la version définitive du « droit d’ingérence » ! Invention qui, après avoir montré toute son efficacité dans l’implosion des Balkans, allait faire florès aux quatre coins d’une planète soumise à la globalisation impériale.

De l’Irak des « armes de destruction massive » à la Libye du « sanguinaire » Kadhafi » meilleur ami de la France, de la Syrie au Mali, de la Côte d’Ivoire à la Centrafrique… on s’aperçoit que c’est surtout au nombre de guerres menées, en son nom, sur le continent qu’on peut mesurer les résultats de cette politique « humanitaire ».

Afrique du Nord, Algérie et Tunisie clairement visées

Qu’on n’oublie pas que le département américain des affaires étrangères a récemment classé l’Algérie dans sa trop fameuse liste des pays « à risque sécuritaire pour les diplomates ». Par ailleurs, au même moment, sous forme d’amendements, était rediscutée au Congrès américain la loi anti-terroriste avec comme objectif affiché de permettre l’intervention des Forces Armées, sans consultation préalable en…Afrique du Nord ! Tiens donc…

Les ONG humanitaires dont on a déjà dit l’empressement à « appeler les grandes puissances » et leurs armées au secours, sont depuis longtemps à pied d’oeuvre en Algérie. Selon la centrale syndicale UGTA (Union Générale des Travailleurs Algériens) ces ONG mènent campagne dans le but de diviser et opposer les populations entre elles : Nord contre Sud, Berbères contre Arabophones, salariés contre chômeurs… En tête de liste de ces « humanitaires » on trouve les ONG telles que Freedom House, Canvas, NED…dont les liens avec la CIA sont un secret de polichinelle. (2)

L’UGTT les accuse nommément d’infiltrer les mouvements sociaux aux fins de « les dévoyer et de les conduire vers des actions violentes, cherchant ainsi à créer une situation de troubles pouvant justifier une intervention extérieure » et encore » Alors que les jeunes manifestent légitimement pour la création d’emplois, contre la précarité et l’exploitation, les jeunes animateurs de Canvas leur proposent de régler la question de l’emploi dans un cadre séparatiste, du Sud de l’Algérie, c’est à dire là où se trouvent les grandes richesses minières, pétrolières et gazières. » Comme par hasard, serait-on tenté d’ajouter ou plutôt…comme d’habitude. (3)

Insécurité et troubles sociaux provoqués en de ça des frontières, insécurité généralisée provoquée au delà. La méthode est connue. Les USA qui s’appuient déjà sur la déstabilisation régionale pour justifier le déploiement de leurs dispositifs militaires en Méditerranée ne manqueront pas de prendre demain le prétexte des troubles sociaux ou « du danger pour les diplomates » pour intervenir directement.

Ne serait-il pas légitime, pourtant, de poser la question de la responsabilité des grandes puissances, et très précisément de celle des USA, dans la prolifération des activités terroristes armées dans toute cette région d’Afrique ? N’est-ce pas, et ce n’est pas là le moindre des paradoxes, au nom de cette insécurité que les USA, par OTAN et France interposées, ont décidé de faire exploser la Libye en 2011 ? N’est-ce pas pour les mêmes raison que l’armée française est entrée en guerre au Mali en 2012. Deux interventions qui, rappelons le, loin de ramener la paix, ajoutant la déstabilisation à la déstabilisation, ont fait du Sahel, et de toute la sous-région, une véritable poudrière.

Ces nouvelles menaces US inscrites dans le cadre de la stratégie dite des « dominos », si chère à l’ancienne administration Bush, doivent être prises très au sérieux. On le voit, les prétextes même les plus fallacieux, ne manquent pas et ne manqueront pas, dans un avenir proche, pour une intervention militaire extérieure. Les grandes puissances ne s’arrêteront pas, bien au contraire, devant les risques de désintégration régionale et leurs conséquences meurtrières pour les peuples.

Déjà, c’est toute la région qui subit l’incroyable prolifération des armes due à l’explosion de l’état Libyen et au flux continu d’armements en tout genre, totalement irresponsable, à destination d’islamistes extrêmes en Syrie. Les ondes de choc de cette situation on les connait au Mali où une France militairement dépassée se montre très (trop) bienveillante à l’égard de séparatistes très bien équipés, en Algérie où ressurgit une certaine forme de terrorisme islamiste qu’on pensait éradiquée et jusqu’en Tunisie où sévissent désormais des groupes paramilitaires se réclamant de l’Islam et où, dans le même temps, le pouvoir laisse impunis les assassinats d’opposants politiques.

Il apparaît de plus en plus clairement aux populations concernées que ces menées distillatrices dirigées contre des états souverains n’ont pour objectif que de laisser des nations affaiblies aux mains de supplétifs, divisées et impuissantées, incapables de résister aux appétits des multinationales.

C’est bien pourquoi les états d’où sont originaires ces multinationales s’entendent si bien, au gré de leurs intérêts et quoi qu’ils en disent, avec les islamistes les plus furieux, qu’il s’agisse aujourd’hui du Sahel et de la Syrie ou de la Libye hier. Autrement dit, à chacun son pré-carré, à chacun ses profits et ses caisses bien remplies.

Décidément, jamais les « vieilles chimères », portées par les pères fondateurs des Indépendances, comme le « panafricanisme » ou « l’Afrique aux africains »… jetées depuis aux oubliettes de l’histoire, ne semblent pourtant avoir été autant d’actualité.

De toutes les manières et quoi qu’il en soit des débats urgents qu’impose la situation dramatique infligée au continent, l’actualité dicte que l’Algérie ne se voit pas dicter sa conduite sous intervention militaire.

1/ Après le Biafra, Bernard Kouchner expliquera qu’il convient de « convaincre » d’abord les opinions publiques. S’en suivirent alors les opérations à grand spectacles comme « un sac de riz pour la Somalie », « un bateau pour le Vietnam »…les dissensions avec MSF, son départ et la fondation de Médecins du monde.

2/ UGTA Alger le 28 juin 2013 in Fraternité journal du PT algérien

3/ Sur le rôle néfaste des « humanitaires », des ONG et la dislocation des nations, voir http://www.lautreafrique.info (« Banque Mondiale et ONG déstabilisent les états »)



Dossier: Libye: sanctions contre Kadhafi

COPENHAGUE, 26 avril – RIA Novosti

Le premier ministre russe Vladimir Poutine n’a pas exclu mardi devant les journalistes à Copenhague que l’actuelle situation en Libye soit liée à l’intérêt suscité à l’étranger par ses réserves de pétrole et de gaz.

« A signaler que pour les réserves de brut en Afrique, la Libye arrive en première position et en quatrième pour le gaz. Une question se pose: n’est-ce pas là l’intérêt essentiel de ceux qui y opèrent à présent? », a déclaré M.Poutine à l’issue des négociations avec son homologue danois Lars Loekke Rasmussen.

Plusieurs pays, notamment la Grande-Bretagne, la France, les Etats-Unis, le Canada, la Belgique, l’Italie, l’Espagne, le Danemark et la Norvège, sous le prétexte de protéger la population libyenne en se référant à la résolution de Conseil de sécurité de l’Onu, ont lancé une opération militaire mettant en place une zone d’exclusion aérienne au-dessus du pays. Ils exigent maintenant le départ du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.


Urgent: Entre 2000 et 3000 mercenaires algériens en Libye !
16 avril, 2011 Posté dans Algérie Révolte

Dans une lettre qu’il a adressée ce vendredi au président de la LADDH, Mostefa Bouchahci, le secrétaire général de la ligue libyenne des droits de l’Homme, Slimane Abou Chouakir, a indiqué que le délégué de son organisation dans la ville de Benghazi, a été surpris, lors d’une visite effectuée aux mercenaires détenus par les forces armées du conseil national de transition, de la présence de nombreux mercenaires algériens qui combattaient aux côtés de l’armée de Kadhafi.
Dans une déclaration qu’ils ont signée, explique M. Abou Chouaki, les mercenaires algériens avouent ne rien comprendre à la situation en Libye et condamnent la position officielle de l’Algérie qui soutient le régime Kadhafi. «Les services algériens nous ont mobilisés sous prétexte de combattre les groupes d’El Qaida aux pays du Maghreb», ont reconnu les mercenaires. «Les services algériens nous ont promis de l’argent et des postes de travail en Libye après la victoire de Kadhafi», ont ajouté les mercenaires.
Selon le responsable de la ligue libyenne, le nombre de mercenaires mobilisés par les services algériens est de l’ordre de 2000 à 3000. Les mercenaires croient qu’ils étaient en mission officielle et qu’à cet effet, ils font assumer la responsabilité de tout ce que peut leur arriver aux autorités algériennes.
La ligue libyenne annonce par ailleurs que le conseil national de transition va décréter une amnistie en faveur de ces mercenaires afin de leur permettre de regagner leur pays.



Aide présumée de l’Algérie au régime libyen
Le CNT libyen saisit officiellement la Ligue arabe, Alger réfute les accusations

Les relations se tendent entre le CNT libyen et l’Algérie. Selon plusieurs médias saoudiens et égyptiens, le CNT, via son ambassadeur, s’est plaint officiellement auprès de la
concernant l’aide de l’Algérie au régime du colonel Mouamar Kadhafi. Le Conseil libyen a demandé à Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, de mener des discussions avec Alger sur ce dossier. Il a également demandé de mener des enquêtes sur la violation par l’Algérie de la zone d’exclusion aérienne au dessus de la Libye. Une source diplomatique algérienne a indiqué à TSA que le document a été déposé au secrétariat de la Ligue arabe et non auprès du Secrétaire général.
Asharq Al Awsat, journal saoudien basé à Londres, affirme détenir une copie du mémorandum adressé par le CNT à la Ligue arabe. Composé de trois pages, il contient des chiffres et des documents prouvant l’implication de l’Algérie dans l’aide au régime libyen. Selon le document, la libyan Human Rights Solidarity (LHRS), une ONG basée à Genève en Suisse, a obtenu des documents prouvant que des avions civils et militaires algériens ont effectué des missions de transport pour le compte du régime libyen. Le mémorandum parle de 15 vols effectués par les avions algériens. Le document rappelle également que des mercenaires ayant la nationalité algérienne ont été arrêtés en Libye. TSA a tenté de joindre la LAHR. En vain.

Contactée, une source autorisée au ministère des Affaires étrangères a une nouvelle fois démenti l’implication de l’Algérie dans le conflit en Libye. « Les documents auxquels se réfère Asharq Al Awsat émanent d’une pseudo association de ‘‘défense des droits de l’homme’’, établie à Genève qui sert, en fait, de faux nez à un groupuscule hostile à l’Algérie composé de criminels recherchés par la justice. D’ailleurs, il n’est pas sans intérêt de signaler que des représentants de ce groupuscule sont présents à Benghazi », affirme notre source. « Je confirme, encore une fois, tous les démentis que nous avons déjà opposés à ces allégations malveillantes », a t elle ajouté.

Mais ces accusations récurrentes mettent le pouvoir algérien dans une situation délicate. L’Algérie est le seul pays arabe qui est publiquement accusé par les rebelles libyens de prêter main forte au régime de Mouamar Kadhafi. Les démentis pourraient s’avérer insuffisants pour convaincre l’opinion publique nationale et internationale.
Samir Allam – tsa


encore et toujours

L’économie de la Libye est totalement dépendante des revenus liés au pétrole. Son industrie n’est que peu développée et peu diversifiée. De plus, à l’instar de nombreux pays en transition vers une économie de marché, la Libye connaît des difficultés liées à la faiblesse institutionnelle du pays, à son cadre juridique peu adapté et aux rigidités de sa structure qui sont autant de frein face aux possibles réformes. Un troisième élément qui peut expliquer les difficultés que connaît le pays concerne les sanctions économiques internationales imposées par les Nations Unies entre 1992 et 1999 et par les Etats-Unis entre 1986 et 2006. Ces sanctions ont créé un isolement de la Libye par rapport au commerce international en décourageant les investisseurs étrangers dont une industrie pétrolière comme celle de la Libye a fortement besoin. Ces sanctions ont eu une influence considérable sur le secteur pétrolier, particulièrement sur les activités d’exportation et le développement de ce secteur. Kadhafi a régulièrement utilisé cet argument pour expliquer les difficultés économiques et sociales de son pays. Il estime que ces sanctions internationales lui ont coûté entre 24 et 28 milliards de dollars, ont affaibli le taux de croissance de son pays, ont provoqué un taux de chômage important ainsi qu’une inflation élevée.

Un faible renouvellement de l’appareil productif

La faiblesse de l’investissement étranger, mais également national n’a pas permis de nouvelles explorations. L’interdiction, depuis 1993, de vendre à la Libye tout matériel lié à l’industrie pétrolière a eu un effet dévastateur pour le pays. Le manque de pièce de rechange et donc l’entretien difficile ont ralenti la capacité de production du pays qui a baissé de 3,3 millions de barils par jour en 1973 à seulement 1,73 millions en 2007. Un expert pétrolier au Caire explique : «Même si la Libye a pu conserver son niveau de production autour de 1,5 million de barils par jour, il est devenu de plus en plus difficile et onéreux d’acheter des pièces de rechange sur le marché parallèle. Il existe un risque que la production chute brutalement. Ce serait dramatique pour le régime» . La levée de ces sanctions a permis à ce secteur de retrouver une certaine vitalité. Conscient des risques d’explosion sociale liés à une telle économie, le colonel Kadhafi a choisi de laisser sa fierté de côté et d’extrader les deux suspects des attentats de Lockerbie vers les Pays-Bas pour ainsi mettre fin à cet isolement. Cependant, si les Nations Unies annoncent rapidement la suspension des sanctions, la Libye continue à être isolé sur le plan international. Il reste encore trois importants dossiers à régler. Ce sont : les attentats, le terrorisme et les armes de destruction massive. Les Etats-Unis considèrent le régime du colonel Kadhafi comme un Etat terroriste depuis 1979, à cause du soutien qu’il a apporté à des organisations terroristes au Moyen Orient ou en Europe, ainsi qu’à des groups révolutionnaires d’Amérique latine. Cependant, la condamnation par Tripoli des attentats du 11 septembre 2001 comme la légitimité accordée de l’intervention américaine en Afghanistan vont donner une nouvelle dynamique à un rapprochement entre les deux pays.
Dès la levée de ces sanctions, le colonel Kadhafi a souhaité montrer au reste du monde que son pays avait changé, qu’il était devenu plus humain et n’était plus un pays révolutionnaire. Dans ce but, il a encouragé la Libye à se tourner vers les autres pays de son continent, ainsi qu’à accepter les investissements étrangers et à reprendre un dialogue avec les Etats-Unis. Il estimait que les pays arabes ne l’avaient pas assez soutenu durant ces années d’isolement international. C’est pour cette raison que, depuis 1997, Kadhafi a choisi de développer des relations avec des pays d’Afrique. Il a donc noué des liens étroits avec certains pays. Il a créé en 1998 la Communauté des Etats sahélo-sahariens.

Une économie basée sur le pétrole

La croissance de l’économie du pays est fortement liée au secteur énergétique. Le PIB suit l’évolution du prix du pétrole. Lorsque celui-ci augmente, le PIB fait de même. La croissance du PIB est estimée à 6,8 % en 2007 contre 5,6 % en 2006. Le pétrole est le moteur de la croissance nationale. Avec un prix du baril assez élevé, la dépendance de l’économie nationale au secteur pétrolier se renforce. En 2007, 99 % du revenu des exportations et 78 % des recettes publiques sont liées à ce secteur.
Pour diversifier son économie, la Libye devrait encourager la croissance dans d’autres secteurs que celui de l’hydrocarbure et créer de nouveaux emplois. Elle pourrait faciliter la transition vers une économie de marché en utilisant dans ce but les revenus du pétrole par un renforcement de la gestion des finances publiques, une plus grande transparence dans la formulation et l’exécution du budget et une bonne gestion des revenus liés au pétrole. Contrairement à d’autres pays, la Libye a une situation économique assez confortable pour lui permettre une telle transition tout en mettant en place des « filets de sauvegarde » lui permettant de réduire les coûts liés à l’ajustement à cette transition.
Pour passer à une économie de marché, il est aussi important de renforcer le secteur privé. Dans ce but, la Libye a rédigé, en octobre 2003, une liste de 360 entreprises, provenant de secteurs variés tels que l’acier, la pétrochimie, le ciment ou l’agriculture, potentiellement privatisables entre 2004 et 2008.
La Libye est un pays vaste. Sa surface équivaut à quarante fois celle de la Suisse. Cependant, il compte seulement un peu plus de 5 millions d’habitants. La population a été estimée à 5,32 millions lors du recensement de 2006. Le taux de croissance démographique, qui est en recul par rapport aux décennies précédentes, s’élève à 1,8 %. La part de la population âgée de plus de 15 ans est passée de 51 % en 1984 à 68 % lors du dernier recensement. Comme une majorité a moins de 20 ans, le marché du travail subit une pression importante, tout comme l’éducation et la santé.

Politique monétaire

En 1971, le dinar est sorti de la zone sterling. Depuis cette date, la politique de change de la Libye a beaucoup évolué. Le taux de change du dinar a continué à s’ajuster. La Banque centrale du pays avait mis en place une politique de change très active.
Il y a, jusqu’à aujourd’hui, quatre grandes phases caractéristiques dans le système de change libyen. Il y a d’abord eu, entre 1952 et 1986, la phase de l’étalon-or ; puis la phase de rattachement aux droits de tirage spéciaux entre 1986 et 1994 ; une phase avec deux taux de change fixes entre 1994 et 2001 et finalement le retour à un taux de change fixe et unique depuis février 1999. La Banque centrale de Libye (BCL) intervient fréquemment en dévaluant la monnaie dans le but de conserver un taux de change fixe.
Entre 2000 et 2004, le pouvoir d’achat a connu une amélioration importante en Libye, principalement grâce à l’unification des taux de change et aux mesures de libéralisation commerciale. Mais le désengagement de l’Etat, le développement du secteur privé, comme les pressions inflationnistes sont de réelles menaces. Selon des statistiques, 14 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Cependant, le nombre absolu de ces personnes est passé de 605 000 en 1993 à 739 000 en 2001.

De nombreuses avancées sociales

Selon le recensement de 2006, 30,7 % de la population occupe une activité sur le marché du travail. Bien que ce taux soit plus important que dans les années 1990, il reste bas par rapport à d’autres pays de la région. Son taux de chômage, bien qu’il y baissé ces dernières années, reste élevé. Il se situe à 14,8 % en 2006. Comme l’Etat emploi 60,5 % de la population, la transition vers l’économie de marché et ses conséquences au niveau social sera une étape cruciale à maîtriser. De plus, l’Etat a un rôle important dans la tendance à faire s’estomper les inégalités. L’Etat libyen apporte une aide importante en subventionnant et soutenant diverses aides sociales. Ce mécanisme peut être profondément altéré par une transition vers une économie de marché.
Des progrès sociaux importants ont été réalisés ces dernières années. L’espérance de vie à la naissance est passée de 63 ans en 1993 à 69 ans en 2004. Alors que le taux de mortalité infantile pour les moins de 5 ans est descendu de 16 % en 1970 à 1,9 en 2001. De plus en plus d’enfants sont vaccinés. Selon un rapport du PNUD, 99 % des enfants de moins de un an sont vaccinés contre la tuberculose et 93 % contre la méningite. Quant au taux d’alphabétisation, il a également considérablement augmenté. Le taux de la population analphabète est passé de 26,6 % à 18,3, alors que le taux de scolarisation atteint 94 % contre seulement 88 au milieu des années 1990. Depuis novembre 2007, la Libye occupe la 56e place mondiale et la première place africaine dans le classement des Nations unies. Elle est d’ailleurs passée d’un pays ayant un indice de développement humain moyen à un des 70 pays ayant un indice de développement élevé.
Bien que le pays possède plusieurs hôpitaux publics et centres de santé, dont les principaux se situent à Tripoli et à Benghazi, les années de sanction internationale ont débouché sur une détérioration de la qualité des services offerts. C’est pourquoi les Libyens possédant des capacités financières en-dessus de la moyenne se déplacent vers l’étranger et en particulier vers la Tunisie pour y subir des soins. Cependant, depuis 2002, le gouvernement libyen a décidé d’augmenter le budget de la santé dans le but d’en améliorer les services.

Bien que la Libye semble avoir réalisé des progrès considérables ces dernières années, sur les plans économique et social, il lui reste encore beaucoup à faire. Elle se doit avant tout de diversifier son économie, pour ne plus être totalement dépendante du pétrole, une ressource épuisable.

Eugénie Bron
Assistante de recherche

Sources :

Haddad, Saïd, « La Libye et l’Occident depuis 1999 : entre tropisme américain et ancrage euroméditerranéen », in Afrique contemporaine, Printemps 2004, pp. 179-196.

Martinez Louis, « L’économie libyenne à l’épreuve de la suspension de l’embargo », in Gongofi, Paola, Libia ogggi. I quaderni di Merifor. Sguardi sul Mediterraneo, 2005, Casa editrice il Ponte.

Martinez, Louis, « Libye : transformations socio-économiques et mutations politiques sous l’embargo », in Centre d’étude et de recherche internationale, juillet-août 1999, URL : http://www.ceri-sciencespo.com/archive/jaugust/artlmli.pdf

OCDE, Perspective économique en Afrique, 2008, URL : http://www.oecd.org/dataoecd/5/30/40570608.pdf

World Bank, Social and Economic Development Group, Middle East and North Africa Region, « Socialist People’s Libyan Arab Jamahiriya Country Economic Report », Report No. 30295-LY, July 2006


par Manlio Dinucci

Le 16 avril 2011
ilmanifesto.it

Aux rebelles libyens seront fournis « non seulement des armes mais aussi des instruments de communication et des appareils pour l’interception des communications radio du régime » : c’est le ministre des affaires étrangères Frattini qui l’a annoncé à son retour de la réunion du « Groupe de contact » (dont font partie 20 pays et organisations internationales) qui s’est déroulée à Doha, capitale du Qatar. Siège idéal pour la défense des « droits humains » en Libye, requise par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon, lui aussi présent à Doha : le Qatar, qui participe à la guerre de Libye avec les chasseurs-bombardiers Mirage que la France lui a vendus, est gouverné par une monarchie héréditaire qui non seulement concentre tous les pouvoirs dans ses mains et nie à son peuple les plus élémentaires droits humains mais a envoyé des troupes au Bahrein pour écraser dans le sang la requête populaire de démocratie.

Alors que tous les participants sont d’accord pour financer les rebelles, a dit Frattini, sur la fourniture d’armes « il n’y a pas une unanimité de prévision et chaque pays pourra évaluer comment aider ». Parmi les rebelles se trouvent en fait des groupes islamistes -comme le Groupe combattant islamique, fondé en Afghanistan par des moudjahidine libyens et relié à la Cia et au MI6 britannique- qui sont aujourd’hui utiles contre Kadhafi mais pourraient demain être dangereux pour les intérêts étasuniens et alliés en Libye. Italie, France et Qatar ont en tous cas accepté de fournir des armes aux rebelles, a dit la porte-parole du « Comité national transitoire » à Bengazi, en précisant qu’on est en train de « définir les derniers détails ». Naturellement, avec les armes, seront aussi envoyés en Libye des instructeurs italiens et français pour entraîner les rebelles à leur utilisation.

Le « Groupe de contact », qui se réunira de nouveau à Rome début mai, a été unanime pour demander à l’Alliance atlantique d’ « intensifier les raids aériens contre les forces du régime ». Depuis que l’OTAN a pris le commandement de la guerre en Libye, renommée « Opération protecteur unifié », sa Task force conjointe, dont le quartier général est à Naples, a effectué en deux semaines, avec environ 200 avions, plus de 2.000 raids en Libye : une moyenne de 160 par jour.

A ces attaques, effectuées surtout par des chasseurs-bombardiers britanniques et français, participent aussi les étasuniens qui sont passés de l’US Air Force à l’OTAN. Parmi les avions étasuniens mis à disposition de l’OTAN se trouvent les A-10 Thunderbolt et AC-130 Specter (avions furtifs) : ceux dont les canons tirent jusqu’à 6.000 projectiles à la minute, en majorité à l’uranium appauvri.

D’après les comptes-rendus officiels de l’OTAN, en une seule journée (le 12 avril) ont été détruits par les attaques aériennes, 16 chars d’assaut et d’autres véhicules. La vidéo, effectuée par un avion britannique à Misurata, montre un char qui est pris dans le viseur et explose tout d’un coup, avec une déflagration de l’intérieur : l’effet typique d’un missile à tête à uranium appauvri qui, en perçant le blindage et en explosant à l’intérieur, développe une température de milliers de degrés.

A l’explosion du char d’assaut, filmée par l’avion, un grand nuage s’élève et se propage dans la zone habitée alentour : c’est le nuage de poussière radioactif qui provoque des tumeurs et même des malformations dans les générations suivantes. Les attaques aériennes ne suffisent pourtant pas et le « Groupe de contact » demande qu’elles soient intensifiées. Tandis que le secrétaire général de l’ONU déclare, à la réunion de Doha, être « préoccupé par la situation humanitaire en Libye ».

Edition de vendredi 15 avril 2011 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio